‹ ŒuvresChapitre 32 sur 50 · PU · texte numérisé non relu

PU

forces auxquelles on ne peut point comparer la totalité cle celles des despotes modernes qui ont asservi ces pays : ceux-ci commandent k de yfiis esclaves, accablés sous leurs fers , qui ne travaillent que pour satisfaire les caprices d*un tyran , d'un visir , d*un eunuque; les premiers commandaient à des citoyens échauffés par Tamour de la patrie , de la liberté, de la gloire. Combien de fois la Grèce a-t-elle ébranlé les trônes de ces monarques asiatiques , soutenus par des millions de bras? Les armées innombrables des Xercës , des Darius , sont venus briser leurs forces contre la puisnance athénienne. Tous les efforts de la monarchie, espagnole , soutenue par les richesses des deax mondes , ont échoué contre la vigueur des Hollandais généreux.

C'est de l'esprit dont un souverain sait animer ses peuples que dépend sa vraie puissance. S'il leur inspire l'amour de la vertu , de la gloire ; s'il leur rend cher sa patrie par le bonheur dont il les y fait jouir ; s'il les excite aux grandes actions par des récompenses ; s'il effraie les mauvais citoyens par des peines , l'état sera puissant , il sera respecté de ses voisins , ses armées seront invincibles. Mais s'il souffre que le luxe et le vice corrompent les mœurs de ses sujets ; s'il permet que leur ardeur guerrière s'amollisse; si la subordination , les lois , la discipline sont méprisées ; si l'on dégrade les âmes des peuples par l'oppression ; alors l'avidité prendra la place de l'honneur , l'amour des richesses succédera à celui de la patrie , de la gloire ; il n'y aura plus de citoyens ; chacun ne s'occupera que de &e% intérêts particuliers; on oubliera le bien général auquel toutes les volontés doivent concourir pour rendre une nation puissante. Alors ni le nombre des armées , ni l'immensité des trésors , ni la fertilité des champs ne pourront procurer à l'état une puU%anc€ réelle.

Ainsi que les hommes robustes , les nations sont souvent ten«tées d'abuser de leurs forces. Ceux qui les gouvernent font con* sister leur puissance à étendre leurs conquêtes ; à faire la loi k leurs voisins; à entrer dans toutes les querelles qui agitent les autres peuples ; k entreprendre des guerres longues et sanglantes , auxquelles des passions injustes ou frivoles ont souvent plus de part que les intérêts de l'état ; ainsi , pour faire une vaine parade de puissance , on épuise des forces réelles qui de- Traient être réservées pour le soutien de la nation. Ployez Paix.

PURITAINS , s. m. pi. ( HisL eecUs. mod. ) C'est ainsi que l'on nomma en Angleterre les partisans d'une secte de la reb'gion protestante , qui faisait profession d'une plus grande pureté que les autres dans la doctrine et dans les mœurs, et qui sous ce prétexte , se livra k toute la fureur et les excès que le fanatisme puisse inspirer. Henri VIII en se séparant de l'église romaine ^

avait conservé presque tous les dogmes que cette église enseigne , ainsi que la plus grande partie des fits et des cérémonies que son culte prescrit. Sous Edouard *¥! son fils, les ministres qui gouvernaient durant la minorité de ce prince, favorisant les opinions de la réforme , firent que la religion anglicane s'éloigna encore davantage de la foi catholique. Sous le règne de Marie , qui en conservant l'ancienne religion , avait adopté les maximes sanguinaires de Philippe II son époux , on chercha à rétablir par le fer et par le feu la religion primitive de l'Angleterre , qui avait été considérablement altérée sous les règnes précédons. Le» violentes persécutions de Marie obligèrent un grand nombre de ceux qui avaient embrassé les nouvelles opinions , à chercher ua asile dans les pays étrangers. Là ib eurent occasion de fréquenter les sectateurs de Calvin et de ta réforme. La reine £li>abeth étant montée sur le trône , changea toutes les mesures prises par sa sœur pour le rétablissement de- la religion catholique. Cette princesse accorda toute sa protection aux Protestans ; elle persécuta les Catholiques sans cesser pour cela de conserver un grand nombre de leurs cérémonies , ainsi que la hiérarchie des évéques , l'habillement des prêtres , etc. Alors les Protestan» qui pendant le règne de Marie s'étaient retirés en France, à Genève et dans les Pays-Bas, retournèrent dans leur patrie , et y rapportèrent avec eux les sentimens de Calvin , et le xèle que la nouveauté inspire aux partisans d'une secte. Quelques Ecossais revinrent aussi dans leur pays , et y apportèrent leur» opinions et leur fanatisme. Le plus bouillant de ces zélateurs écossais s'appelait Jean Knox. Ce prédicateur insolent s'éleva avec une furie incroyable contre la fameuse reine Marie Stuart , qui professait la religion catholique. Il ne lui donnait d'autre nom que celui de Jezabel. Il cherchait à soulever les peuples contre le gouvernement de cette princesse; et cet apôtre fougueux, rempli de la lecture de l'ancien Testament, où il n'avait puisé que Tindocilité et l'intolérance du peuple juif, ne rappelait à ses auditeurs que les exemples d'Agag, roi des Amalécites, tué par Samuel , des prêtres de Baal , égorgés par le prophète Elie , etc. Secondé par d'autres fanatiques aussi pervers que lui , et par des enthousiastes qui prenaient le ton des prophètes , Jean Knox parvint à allumer le zèle féroce de ses compatriotes. U fut cause de tous les malheurs de la reine d'Ecosse. Ils ne finirent que par la catastrophe sanglante qui lui fil perdre la tête sur un échafaud.

En Angleterre les Puritains n'avaient pas moins de fanatisme que leurs frères d'Ecosse , mais le gouvernement rigoureux de la' reine Elisabeth , jalouse de ces prérogatives , ne leur permit point

de Texercer. Cette princesse alarmée des entreprises audacieuses des nouveaux sectaires , dont les opinions devenaient dangereuses pour son trône, crut devoir les réprimer. Peut-être Teûtelle fait efficacement si ces fanatiques n'eussent trouvé parmi ses 'ministres des protecteurs cachés y qui paraient les coups que rauVorité voulait leur porter. L'animosité de ces nouveaux sectaires contre la religion catholique , faisait qu'ils ne trouvaient point la religion établie en Angleterre , assez éloignée de celle du pape. Ils appelaient celte dernière la religion de Cante^ christ , la pro8(,ituée de Bahylone , etc. L'ordre des évêques leur paraissait odieux, il n'était à leurs yeux qu'un reste du papisme^ ils condamnaient l'usage du surplis dans les ecclésiastiques ; la confirmation des enfans ; le signe de la croix dans le baptême ; la coutume de donner un anneau dans les mariages ; l'usage de se mettre à genou en recevant la communion ; celui de faire la révérence en prononçant le nom de Jésus , etc. Tels étaient les objets de la haine des Puritains, Ils sont bien propres à nous faire vt)ir à quel point les plus petites cérémonies peuvent échauffer l'esprit des peuples, lorsqu'elles donnent matière aux disputes des théologiens.

Persécuter une secte , c'est la rendre intéressante. Si Marie n'e&t point tourmenté les Protestans, il n'y eût peut*étre jamais eu de puritains en Angleterre. Lorsqu'ils y revinrent sous Elisabeth , ils furent regardés comme des confesseurs de la foi ; ils ne tardèrent point à fkire des prosélytes, leur nombre augmenta journellement. Enfin sous les règnes suivans ils se rendirent formidables aux souverains et à la religion établie dans le royaume. Charles I*'. en qualité de chef suprême de l'église anglicane , ayant voulu établir l'uniformité du culte en Ecosse comme ea Angleterre , rencontra dans les Puritains un obstacle invincible à ses desseins. Ces sectaires aveuglés par leur zèle fongueux , excitèrent dans la Grande-Bretagne des guerres civiles qui l'inondèrent du sang de ses citoyens. Des ambitieux profitèrent de l'égarement dans lequel le fanatisme avait jeté les peuples } ils mirent le comble à ces désordres par le supplice du roi , que Cromwel et ses adhérens firent périr sur un échafaud. Tels sont les effets de la persécution et du fanatisme; tels sont les suites de l'importance que les souverains mettent dans les disputes théologiques. Elles entraînent presque toujours des animosités si cruelles, qu'elles menacent de ruine les états les plus puissans. La mort de Charles 1''. fît tomber les Anglais sous la tyranniede Cromwel. Cet usurpateur prit le titre fastueux de protecteur de la nation. Après le rétablissement de Charles II , le pouvoir des Puritains qui avaient causé tant de imaux à leur patrie , fut

entièrement anéanti. Ils sont connus aujourd'hui sous le nom de presbylériens y et quoiqu'ils n'admettent ni l'hiérarchie épiscopale , ni le surplis « ils sont maintenant sujets paisibles d'un état que leurs prédécesseurs ont ébranlé.

PYRRHOMENNE ou SCEPTIQUE Philosophie. (Hist, de la Philosophie. ) Les Grecs étaient fatigués de tant de disputes sur le vrai et le faux, sur le bien et le mal , sur le beau et sur le laid , lorsqu'il s'éleva parmi eux une secte qui fit en peu de temps beaucoup de prosélytes. Ce fut la pyrrhonienne ou sceptique. Dans les autres écoles , on avait un système reçu , des principes avoués, on prouvait tout , on ne doutait de rien : dans celle-ci, on suivit une méthode de philosopher toute opposée , on prétendit qu'il n'y avait rien de démontré ni de démontrable; que la science réelle n'était qu'un vain nom ; que ceux qui se l'arrogaient n'étaient que des hommes ignorans , vains ou menteurs ; que toutes les choses dont un philosophe pouvait disputer , restaient malgré ses efforts couvertes des ténèbres les plus épaisses ; que plus on étudiait , moins on savait , et que nous étions condamnés à flotter éternellement d'incertitudes en incertitudes , d'opinions en opinions , sans jamais trouver un point fixé d'oii nous pussions partir et oii nous pussions revenir et uous arrêter. D'oii les ^ce^/>//^{««5 concluaient qu'il était ridicule de définir ; qu'il ne fallait rien assurer ; que le sage suspendrait en tout son jugement ; qu'il ne se laisserait point leurrer par la chimère de la vérité ; qu'il réglerait sa vie sur la vraisemblance, montrant par sa circonspection que si la nature des choses ne lui était pas plus claire qu'aux dogmatiques les plus décidés, du moins l'imbécillité de la raison humaine lui était mieux connue. Le sceptique était donc un eniiemi commun.

Pyrrhon , disciple d'Anaiarque de la secte éléatique , exerça le premier cette philosophie pusillanime et douteuse qu'on appelle de son nom pyrrhonisme , et de sa nature scepticisme. Si l'on ekamine la méthode des académiciens , ou ne la trouvera pas fort éloignée de celle de Pyrrhon.

Pyrrhonnaquit à Elée deparens obscurs. Il fut mauvais peintre avant que d'être philosophe. Il eut pour premier maître Brison , fils de Stilpon , disciple de Clinomaque, qui l'instruisit de cette dialectique épineuse, particulière aux Lristiques. 11 entendit ensuite Anaxarque , disciple de Métrodore de Chio , et s'attacha 'à ce philosophe. Ils suivirent ensemble Alexandre dans l'Inde , et conférèrent avec les Brachmanes. et les Gymnosophistes. Une retint de la doctrine de ses maîtres que les principes qui favorisaient son penchant naturel à ce doute. Il débuta d'une manière qui ne dut guère moins oiTenser que surprendre : il dit qu'il n'y

avait rîea d'honnête nî cle dëshonnéte , rî€n d'injuste ni de juste , rien de beau ni de laid , rien de vrai ni de faux , et ce furent ses premiers mots. L'éducation, Tusage commun, l'habitude , étaient , selon lui , les seuls fondemens des actions et des assertions des honmies. On assure que sa conduite fut conséquente à sa philosophie; qu'il ne se précautionnait contre rien • qu'il ne se détournait point; qu'il allait droit à un char, à un précipice , à un bûcher , à une béte féroce ; qu'il bravait dans les occasions les plus périlleuses le témoignage évident de ses sens , et que souvent il dut son salut à ses amis qui l'accompagnaient. Si cela est , il faut regarder Pyrrhon comme une de ces têtes qui naissent étonnées , et pour qui tout est confondu : mais il n'en est rien; il raisonnait comme un insensé et se conduisait comme tout Ijb monde. On lui remarqua seulement plus d'indifférence , plus d'indulgence et plus de résignation. N'ayant point d'avis , il n'était pas difficile de le déterminer • nulle notion du bien et du mal , comment pouvait-on l'offenser? de quoi se serait plaint un homme qui ne distinguait pas la peine et le plaisir ? La suprême tranquillité d'âme qu'il avait acquise étonnait Epicure. Ses concitoyens le créèrent grandprêtre. Quelle que fût sa philosophie^ le bien était donc la règle de sa vie : il n'en faut pas douter. L'acatalepsie de Pyrrhon ne s'étendait pas au rapport des sens : c'était une arme qu'il avait inventée contre l'orgueil des dogmatiques , et qu'il n'employait qu'avec eux. Il avait ses sentimens particuliers dans l'école , et la conduite commune dans la société. II fleurit dans la cent dixième olympiade; il mourut âgé de quatre-vingt-dix ans. Les Athéniens lui élevèrent une statue auprès du portique 2 il eut aussi un monument dans sa patrie.

Pyrrhon avait appris sous Démocrite qu'il n'y avait rien de réel que les atomes ; qui ce que nous regardons comme des qualités propres des corps, n'étaient que des affections de notre entendement , des opinions , une disposition , un ordre, une per- , ception; dans l'école éléatique , que le témoignage des sens était trompeur; sousStilpon, l'art funeste de disputer pour et contre presque avec un même avantage; c'était un homme d'un caractère dur; il voyait les philosophes répandus en une infinité d'écoles opposées , et les uns sous le lycée , les autres sous le portique , criant 2 « C'est moi qui possède la vérité ; c'est ici M qu'on apprend à être sage ; venez ^ messieurs , donnez-vous la » peine d'entrer : mon voisin n'est qu'un charlatan qui vous en » imposera. » Et ces circonstances concoururent à le conduire au scepticisme qu'il professa.

Pyrrhon eut beaucoup de sectateurs. Le premier dont on fasse

mention est Euriloqne : c'était un homme violent , dont 1« conduite rendit de temps en temps ridicule une secte qui prêchait le doute dans U recherche de la vérité , et Tataraxie dans Tusage des passions : il avait gardé pour les sophistes la haine de son maître ; cependant ils le harcelèrent tellement en Elide par leurs questions épineuses , que d'impatience Euriloque jeta par terre son manteau et se précipita dans TAlphée, laissant un fleuve entre eui et lui.

Il y eut un Pyrrhon d'Athènes , disciple de Pjrrrhon d'Elée , aimant la solitude comme son maître , et fuyant aussi les dis^ putes de l'école et le tumulte du monde.

Timon le Phliasien fut danseur avant que d'être sceptique \ mais dégo&té de cet art frivole , il alla à Mégare étudier la dialectique sous Stilpon , et de Mégare en Elide , écouter Pyrrhon. Il aima la table : il se faisait un honneur de biea boire : ses débauches le réduisirent à la mendicité ; alors il se mit 4 courir l'Hellespont et la Prôpontide , professant la philosophie et prêchant la sobriété. Il se fit de la réputation dans ce voyage ; il rétablit ses affaires , et reparut dans Athènes , oii il demeura jusqu'à sa mort. Ce fut un homme de grande pénétration; personne ne saisissait pins rapidement et plus sûrement le vice d'un raisonnement , ni le faible d'un système. Maître dans l'art de manier l'ironie, il accablait de ridicule ceux qu'il avait terrassés : il se plut à écrire des satires. La calomnie et la médisance n'y étaient pas épargnées ; il déchira les plus honnêtes gens , et n'en fut que plus agréable au peuple aàié* nien. Il donna une des plus fortes preuves qu'on puisse exiger de la sincérité de son indifférence philosophique ) c'est qu'auteur d'ouvrages , il en soignait si peu les copies , qu'elles étaient pourries « rongées des rats , perdues , et que souvent il était obligé de suppléer les endroits défectueux, de mémoire. Il mourut âgé de quatre-vingt-dix ans.

La secte pyrrhoniertne dura peu. Elle s'éteignit depuis Timon le Phliasien jusqu'à Enésidème , contemporain de Gicéron. En voici les principaux axiomes.

Le scepticisme est l'art de comparer entre elles les choses qu'on voit et qu'on comprend , et de les mettre en opposition.

On peut opposer ou les choses qu'on voit à celles qu'on voit, ou les choses qu'on entend à celles qu'on entend , ou les choses qu'on entend à celles qu'on voit.

L'Ataraxie est le but du Scepticisme.

Son grand axiome , c'est qu'il n'y a point de raison qui ne puisse être contrebalancée par une raison opposée et de même poids. - •

Le sceptique ne décide rien ; ce n'est pas qu'il ne soit ftfieeté

i;emnie les autres hommes , et que la sensation n'entraine son

jugement ; mais il réserve son doute , pour l'opposer à l'orgueil

des dogmatiques , pour qui tout est évident dans les sciences.

Sous ce point de vue , le êceplique ne forme point une secte ; toute secte supposant un système de plusieurs dogmes liés entre . eux, et énonçant des choses conformes aux objets des sens.

C'est un sectaire , en ce qu'il y a des apparences d'après lesquelles il se croit obligé de régler sa conduite.

Il ne nie point les apparences y mais bien tout ce qu'on ai&rme de l'objet apparent.

U a trois motifs qui le déterminent à acquiescer aux apparences; l'instruction naturelle; l'effort des passions^ lesiois, les usages et la tradition des arts.

Celui qui prononcera qu'il y a quelque chose de bon ou da mauvais en soi, sera troublé toute sa vie , tantôt par l'absence du bon, tantôt par la présence du mauvais ; il cherchera à éloigner une chose , et en rapprocher une autre , et il sera tout k ce travail.

Le sceptique peut se promettre l'ataraxie , en saisissant Top* position des choses qu'on aperçoit par le sens et de celles qu'on connaît par la raison, ou par la suspension du jugement lorsque l'opposition dont il s'agit ne peut être saisie.

Il y a dix lieux communs qui conduisent k la suspension du jugement.

Le premier, c'est que les images varient selon la différence des animaux.

Le second , c'est que les images varient s^elon la différence des hommes ; elles ne sont pas les mêmes d'un homme à un autre.

Le troisième se tire de la différence des sens ; ce qui est agréable à l'odorat est souvent désagréable au goAt.

Le quatrième , des circonstances ; comme les habitudes , les dispositions, \e% conditions , Je sommeil , la veille , l'âge ^ le mouvement , le repos , l'amour , la haine , la faim , la satiété , la confiance, la crainte, la joie , le chagrin. Toutes ces choses influent d'un homme k un antre dans le même moment , et d'un homme à lui-même en différens momens, ou il est d'expérience que les images varient.

Le cinquième , des positions, des temps | des lieux, et des in-« tervalles.

Le sixième , de la combinaison , car ancnn objet ne tombe solitaire sous nos sens , peuU-être pouvons-nous prononcer sor cette combinaison , mais non sur les objets combinés. L.e septième; des quantités et des constitutions des sujets. 3. 09

«5o PY

Le hdîtiëniey ies mppoHs.

Le neavi^me , de la fréquence , et dé k rareté des sensatîonfi

Le diiiiëine , des constitutions , des coutumes , des lois , des superstitions, dt$ pH$)ugés, dés dogmes qui pt^èntent une Ibale d'oppositions qni doivent suspeudrè lé {ugénient de tout homme circonspect , sur le fond.

A ces Heui dés anciens icèptiquêi^ ceut qui vinrent après en ajoutèrent cinq autf^s , la diversité des opinions dn philosophe et du peuple , du philosophé au philosophe , dn philoèo|>he à rhomme dn peuplé , et de ThOmme dn peuple k l*hbmihe du peuple) le circuit des raisons k l'infini ^ la condition de ceini qui Toit ou comprend relativement à l'objet vu Ou com|>ris; la snppoèilions qu'on prend pouf des principes démontrés , la pétition de principe dans laquelle on prouvé Une chose par une autre eC celle-^ |>ar fa première.

Les étiotogiés des dogmatiques peuvent se réfuter de huit manières) en montrant i*. que l'espèce de la cànsè assignée n'est pas de choses évidentes, hi une Suite avouée de choses évidentes; 2*. qu'entre différens partis qu'on pourrait prendre si l'on connaissait toutes les raisons de se déterminer , on suit celui qu'il plaît aniL dogmatiques qui cèlent on qui ignorent les raisons qui rendraient perpleté; 3*. quetont ce qui est eiirt soumis à nn ordre, et que leurs raisons n'en montrent poiilt) 4^. qu'ils admettent les apparences comme elles se font, et qu'ils imaginent avoir conçu la manière dont se font les non-apparens , tandis que les apparens et les non-appêrens ont peut-être une même manière d'être , peut-être une manière particulière et diverse ; 5*. que presque tons rendent raison d'après des éléméns supposés , et non d*après des lois générales , communes et avouées ; 6*. qu'ils choisissent les phénomènes qui s'eipltqnent facileihent d'après leurs suppositions , mais qu'ils ferment les yéut sur cen% qni les contredisent et les renversent; f *. que les raisons qu'ils rendent fépngaent quelquefois non-seulement ant apparenees, mais à leurs propres hypothèses ; 9f. qu'ils concluent déS iippai*éneifsà ce qui est en question , quoiqu'il n'j ait pas pins de tlarté d'ùù côté que de l'autre.

11 est invpossible d'apporter une raison qni convienne généralement à toutes les sectes de philosophes , aux sens , à la chose ^ aui apparences.

Le sceptique ne définit point son assentiment , il s'abstient même d'ekpressions qni caractérisent une négation du une affirmation formelle. Ainsi il a perpétueJlemeht k la bouche , «« je » ne définis rien , pas plus ceci que cela ; peut-être oui , peut-être )» non ; je ne sais si cela est permis ou non permis , possible om

^ impossible ; qu'est-ce qu'on connaît? cltre et voir est peut-être M une même chose. » •

Dans une question proposée par le dogmatique , le pour et le contre lui conviennent également.

Quand il dit qu'on ne comprend rien , cela signifie que de toutes les questions agitées entre les dogmatiques , il n'en a trouvé aucune parmi celles qu'il a examinées , qui soit compréhensible.

Il ne faut confondre le Scepticisme ni avec l'Héraclitisme, ni avec le Démocritismey ni avec le système de Progatoras , ni avec la philosophie de l'académie, ni avec l'empirisme.

Il n'y a aucun' caractère théorétique du vrai et du faux, il y en a un pratique. Le caractère théorétique qu'on apporte du vrai et du faux , doit avoir le sien ; je raisonne de même de celuici , et ainsi à l'infini.

Le caractère théorétique du vrai ou du faux, dans celui qui )uge , ou dans l'homme ne se peut ni entendre ni démontrer.

Quel est entre tant d'avis opposés , celui auquel il faut se conformer?

Le caractère du vrai et du faux considéré relativement au sens et à l'entendement n'est pas moins obscur. L'homme ne juge pas par le sens seul , par l'entendement seul , ni par Fun et Fautre conjointement.

Le caractère du vrai et du faux relativement à l'imagination est trompeur ; car qu'est-ce que l'image ? Une impression faite dans Fentendement par Uobjet aperçu. Comment arrive-t-il que ces impressions tombent successivement les unes sur les autres , et ne se brouillent point? Quand d'ailleurs cette merveille s'expliquerait 9 l'imagination prise comme une faculté de l'entendement ne se concevrait pas plus que l'entendement qui ne se conçoit point.

Quand nous conviendrions qu'il y a quelque caractère de la vérité , à quoi servirait-il ? les dogmatiques nous disant que la vérité abstraite ne subsiste pas , elle n'est rien.

Une chose obscure n'a point de caractère qui démontre que cette chose soit plutôt cela qu'autre.

Mais la liaison dans le raisonnement ne se connaît pas plus que l'objet; il faut toujours en venir à prouver une liaison par une autre « ou celle-ci par celle-1^ 9 ou procéder k l'infini , ou s'arrêter à quelque chose de non démontré.

D'oii il s'ensuit qu'on ne sait pas même encore ce que c'est qu'une démonstration , car toutes les parties du raisonnement ne coexistent pas ensemble , ni la démonstration qui en résulte , ni la force conclusive , ni séparément. •

Le syllogisme simple est vicieux ; on l'appuie sur une base ruilMi}Sf , ou des propositions universelles ; dont la vérité est admise

sur une înjuctîon faîte des singulière , ou des propositions singulières , dont la vérité est admise sur ufle concession précédente de la vérité des universelles.

L'induction est impossible , car elle suppose Texhaustion de tous les singuliers : or les singuliers sont infinis en nombre.

Les définitions sont inutiles; car celui qui définit ne comprend pas la cbose par la définition qu'il en donne , mais il applique la définition à une chose qu'il a comprise ; et puis si nous voulons tout définir, nous retomberons dans l'impossibilité de l'infini ; et si nous accordons qu'il j a quelque cbose qu'on peut comprendre sans définition , il s'ensuivra qu'alors les définitions sont inutiles , et que par conséquent il n'y en a point de nécessaire.

Autre raison pour laquelle les définitions sont inutiles ; c'est qu'il faut commencer par établir la vérité des définitions , ce qui engage dans des discussions interminables.

Le genre ou l'espèce sont ou des notions de l'entendement oa des substances. Si c'est le premier , il y a la même incertitude que s'il s'agissait de l'entendement; si c'est le second , les espèces ne peuvent être comprises dans les genres , et il n'y a plus ni espèces ni genres.

Des différens sopbismes qu'on peut faire , la dialectique ne résout que ceux dont la solution est inutile ; ce n'est point le dialecticien , c'est l'homme versé dans l'art ou la science qui les résout. •

Il en faut dire autant des amphibologies. Les distinctions da dialecticien sont utiles dans le cours de la vie ; c'est l'homme instruit de l'art ou de la science qui apercevra l'amphibologie qui tromperait.

Si le sceptique nevoitque de l'incertitude dans la philosophie naturelle, croit-on que la philosophie morale lui soit moins suspecte? Il se conforme à la vie commune , et il dit avec le peuple , il y a des dieux , il faut les adorer , leur providence s'étend sur tout; mais il dispute de ces choses contre le dogmatique, dont il ne peut supporter le ton décisif.

Entre les dogmatiques , les uns disent que Dieu est corporel^ d'autres qu'il est incorporel ; les uns qu'il a forme , les autres qu'il n'ena point; les uns qu'il est dans le lieu , les autres qu'il n'y est pas; les uns qu'il est dans le monde, les autres qu'il est hors du monde : mais que peut-on prononcer sur un être dont la substance , la nature , la forme , et le lieu sont inconnus?

Les preuves ^ue les dogmatiques apportent de son existence sont mauvaises ; ou Ton procède par l'évident ou par l'obscur; par l'évident , c'est une absurdité , car si l'on conçoit ce que Toià

se propose de démontrer , la démonstration ne signifie rien ; par l'obscur, c'est une impossibilité.

On ne peut ni démontrer Texistence de Dieu , ni la reconnaître par la providence, car s'il se mêlait des choses ë'ici-bas, il n'y aurait ni mal physique ni mal moral.

Si Dieu ne se montre point par sa providence , si l'on ne remarque point des vestiges de son existence dans quelques effets ; si on ne le conçoit ni en lieu , ni par quoi que ce soit hors de lui , d'oh sait-on qu'il est?

II faut ou nier qu'il existe , ou le rendre auteur du mal qu'il n*a point empêché , s'il l'a pu , ou le rendre impuissant, s'il s'est fait sans qu'il pût l'empêcher. Le dogmatique est serré entre l'impuissance d'un coté , ou la mauvaise volonté de l'autre.

Il est vraisemblable qu'il y a cause; car sans cause comment y aurait-il accroissement , décroissement , génération , corruption , mouvement, repos, effets. Mais d'un autre côté , on peut soutenir avec le même avantage et la même vraisemblance qu'il n'y a point de cause , car la cause ne se connaît que par l'effet ; l'effet ne se conçoit que par la cause : comment sortir de ce cercle ?

D'ailleurs puisqu'il s'agit de l'existence de la cause , des le premier pas on sera forcé de remonter à la cause de cette cause, et à la cause de celle-ci , et ainsi de éuite à l'infini : or ce progrès de causes à l'infini est impossible.

Les principes matériels ne se comprennent pas davantage ; les dogmatiques en parlent d'une infinité de manières diverses ; il n'y a aucun caractère de vérité qui décide plutôt en faveur d'une opinion que d'une autre.

Le corps est incompréhensible par lui-même. Il n'est rien sans la longueur, la largeur, la profondeur, et l'impénétrabilité, et ces qualités ne sont rien sans le corps.

Voilà pour les corps simples } l'incertitude est bien autre sur les composés. On ne sait ce que c'est que le contact , la combinaison , l'affinité , la sympathie^ le mélange } et la diversité de •pinions est infiniment plus grande encore. Ceux qui assurent qu'il y a mouvement ont pour eux l'expérience ; ceux qui le nient ont pour eux la raison. Comme homme qui juge d'après les apparences, le sceptique l'admet ; comme philosophe qui demande la démonstration de tout ce qu'il admet , il le rejette.

Le raisonnement qui suit, entre autres , suspend surtout son jugement dans la question du mouvement. S'il y a quelque chose de mû , il l'est ou de lui-même on par un autre. S'il est mA par un autre, celui-ci le sera ou de lui-même ou par un autre,, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on soit arrivé à un être m& d^ luimême , ce qui ne se conçoit pas.

L'accroissement , la âiminiitîoti , la soustraction , la translation offrent les mêmes difficultés que le mouvement.

Le tout ne se comprend point ; car qu'est-ce que le tout , sinon Taggrégation de toutes les parties? Toutes les parties 6tées , le tout se rëduit à rien.

Mais les parties ou elles sont parties du tout , ou parties les unes des autres , ou parties d'elles-mêmes. Parties du tout , cela ne se peut , car le tout et Bes parties c'est une même chose ; parties les unes des autres ou d'elles-mêmes , cela ne se peut.

Mais s'il n'y a notion certaine ni du tout ni de ses parties , il n'y aura notion certaine ni d'addition ni de soustraction , ni d'accroissement , ni de diminution , ni de corruption y ni de génération y ni d'aucun autre effet naturel.

Si la substance est fluiile , comme le prétendent les dogmatiques , et que sans cesse il s'en échappe quelque chose , et que sans cesse quelque chose s'y joigne , il n'y a point de corps en repos I aucun état permanent dans là substance.

Si le lieu est l'espace que le corps occupe , ou il a les dimensions mêmes du corps , ou il ne les a pas ; s'il les a , c'est la même chose que le corps ; s'il ne les a pas , le lieti et le corps «ont inégaux.

Les dogmatiques ne savent ce que c'est que le lieu , l'espace et le vide , surtout s'ils distinguent le lieu du vide ; l'espace ayant des dimensions, il s'ensuit ou que des corps se pénètrent , ou que le corps est son propre esjykce.

A juger du temps par les apparences , c'est quelque chose ; par ce qu'en disent les dogmatiques y on ne sait plus ce que c'est.

La notion du temps est liée à celle du mouvement et du repos. Si de ces trois idées il y en a une d'incertaine , les autres le deviennent.

Le temps peut-il être triple ? Le passé et le futur ne sont pas : l'un n'est jdus , l'autre n'est pas encore. Le présent s'échappe , et sa vitesse le dérobe li notre conception.

Le sceptique compte dans la société , il sait ce que c'est que nombre quand il n'en dispute pas avec les dogmatiques ; mais il ne les a pas plutôt entendus sur ce sujet , que toutes ses notions se confondent.

Lorsque les dogmatiques rapportent le^bien à ce qui excite notre désir , à ce qui nous est utile , à ce qui fait notre bonheur y ils spécifient bien les effets du bien , mais ils ne désignent^ point ce que c'est.

Chacun a son bien particulier. Il n'y a aucun bien qui soit bien et qui le soit de la même manière pour deux individus : la notion du bien est donc aussi vague qu'aucune autre.

Le désir du bien n'est pas le bien , sans quoi nous aifUons le bien qne nous désirons ; ce n'est pas la cbose désirée , car la chose désirée n'est en elle-même ni le bien ni le Qial. Le bien n'est donc ni en nous , ni hors de nous : ce n'est donc rif n.

Quand le sceptique établit entre les choses les distinctions de bien ^t de mal , de juste et d'injuste, il se conforme à l'usage ^ au lieu que le dogmatique croit se conformer k l'évidence et à la raison.

Le sceptique est sans passion relativemei^t à cerjtaines choses , et très-modéré dans sa passion relativement à d'auti^s. Tout est a&ire de convention poçr lui. Il sait que ce qui est bien dans un moment et pour lui , dans )e méiQe momei^t est mal pour un autre , et dans le moment suivant sera mal pour loi ;' que ce qui est estimé boni\éte ou dédionaêté dans Atbëncs ou dans Rome 9 prend ailleurs le nom d'indifférent. Quoi qu'il voie, quoi -qu'il entende, quoi qu'on fasse , il reste immobile; laut lui parait également ^en ou mal , on rien en soi.

Hais ,si le bien et le mal ne sont rien en soi , il n'y a plus de règle ni des mceurs ni de la vie.

La vertu est une habitude; or on ne sait ce que c'est qu'une habitude ni en soi ni dans ses el&ts.

Les ^ots d'arts et de sciences sont ponr le sceptique yides de sens. Au reste , il ne soutient cél paradoxes que pour se détacher des choses, écarter les troubles de son âme , réduire ce qui l'environne à sa juste valeur , ne rien craindre , ne rieu d^rer^ ne rien admirer , ne rien louer , ne rien blâmer, être heureux, et faire sentir au dogmatique sa piisere et fa témérité.

D'oii l'on voit que le doute avait conduit le sceptique à la même conclusion que le stoïcien tenait de la nécessité.

Que ces philosophes avaient rendu ii la philosophie un service très-important en découvrant les sources réélus de nos erreurs , et en marquant les limites de notre entendement.

Qu'an sortir de leur école on devait prononcer avec beaucoup de circonspection sur les choses qu'on éroyait entendre le mieux.

Que leur doctrine i^iquait les objets sur lesquels nous étions dans les ténèbres et que nous jie connaîtrions jamais.

Qu'elle tendait à rendre les hommes indulgens les uns envers les antres , et tempérer en tous l'impétuosité des passions. . Et que la conclusion qu'on en tirait , c'est qu'il y a dans l'usage de la raison une sorte de sobriété dont on ne s'écarte point impunément.

Il n'était pas possible qu'une secte qui ébranlait tout principe, qui disait que le vico et la vertu étaient des mots sans idées , et

qu'il n'y avait rien en 'soi it vrai et de faux , de bon et de niau-« vais , de bien et de mal , de juste et d'injuste , d'honnête et de dëshonnéte , fit de grands progrès chez aucun peuple de U terre. Le sceptique avait beau protester qu'il avait une manière de juger dans l'école et une autre dans la société , il est sûr que sa doctrine tendait à avilir tout ce qu'il y a de plus sacré parmi jes hommes. Nos opinions ont une influence trop immédiate sur nos actions y pour qu'on pût traiter le scepticisme avec indifférence. Cette philosophie cessa promptement dans Athènes ; elle £t peu de progrès dans Rome , surtout sous les empereurs. Auguste favorisa les Stoïciens et les Péripatéticiens ; ies courtisans étaient tous épicuriens ; le superstitieux Tibère inclina pour le Pjthagôrisme et sa divination } Gaïus , Claude , et Néron ne firent aucun cas de la philosophie et des philosophes } les Pythagoriciens et les Stoïciens furent en honneur k la cour de Yespasien et de Tite } Trajan et Adrien les aimèrent tous indistinctement. Les Antonins professèrent eux-mêmes la philosophie dog^ matique et stoïcienne. Julie concilia la faveur de Sévère aux Platoniciens ; il parut cependant de temps en temps quelques sceptiques.

On donne ce nom à Claude Ptolomée. Il est sûr qu'il fit asses peu de cas de la raison et des lumières de l'entendement. Corneille Celse avait une érudition trop variée et trop superficielle pour être dogmatique. Nous ne dirons rien de Sextus Empixicus ; qui est-ce qui ne connaît pas 8e$ hypotyposes ? Sextus Empiricus était africain. Il écrivit au conmiencement du troisième siècle. Il eut pour disciple Saturninus , et pour sectateur Tbéodose Tripolite. Le sceptique Uranius parut sous le règne de Justinien. t

Le Scepticisme s'assoupit depuis ce temps jusqu'en i562 , que naquit le portugais François Sanches. Il publia un ouvrage intitulé y de muliàm nobili et prima univenali acierUià -quod nihil êciiur. Ce fut une manière adroite d'attaquer TAristotélisme sans se compromettre. Sanches en voulait aux erreurs qui régnaient de son temps. Jérôme Hirnhaym en voulait à ton le connaissance humaine , comme il paraît par le titre de son ouvrage , de iytho generis humani , sive ecientiarum humanarum inani ac ventono humore y difficuUcU9\ labiliiate ^ftdeitaie y jac» tanlià y presumptione , incommodia et pericuUs y tractaiue br0^ via y in quo eiiam ifera aapientia àfaiaa diaeemitur, et aimpU^ citaa mundo contempta exioUitur, idiotie in aolatium y doctia in cautelam conbcriptua. Hirnhaym était chanoine de l'ordre de Prémontré , et abbé de Strahow en Bohême. Ce pieux sceptique poussa le doute aussi loin qu'il peut aller. Il n'y a pour lui au-

ean axiome de philosophie qui soit infaiHible. Il oppose la philosophie à la théologie y la révélation k la raison , la création à l'axiome ex nihilo nihilfit ; l'Eucharistie à l'axiome il est impossible qu'un même corps soit en plusieurs lieux à la fois ; la Trinité à l'axiome que un et un font deux , et deux et un font trois. Selon lui les apôtres qui ont vécu avec Jésus-Christ, qui* l'ont vu , qui l'ont entendu , qui l'ont touché , avec qui ils ont mangé, ne sont sûrs de ces faits que par la foi, et non par le témoignage de leurs sens qui a pu les tromper. Il rapporte tout à l'infaillibilité de l'Eglise : le bon hom'me ne s'aperçoit pas que cette proposition , l'Eglise est infailh'ble , ne peut jamais acquérir l'évidence qu'il refuse à celle-ci ; il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps ; le tout est plus grand que sa partie, et autres qu'il combat de bonne foi.

Le pyrrhonien , François la Mothe-le-Va^'cr, naquit à Paris en i586; c'est le Plutarque français. Il avait beaucoup lu et beaucoup réfléchi. Il est sceptique dans son Horatius Tuheron , Cjrnique dans son Hexameron ntstique. Libre dans ses écrits et sévère dans ses mœurs , c'est un des exemples à objecter à ceux qui se hâtent de juger des actions des hommes par leurs discours.

Pierre-Daniel Huet marcha sur les traces de la M othe-le-Va jer, et se montra parmi nous un très- hardi contempteur de la raison.

Huet naquit à Caen en i63o , ce fut un des hommes les plus savans que nous ayons eu j les lettres , la philosophie , les mathématiques , l'astronomie , la poésie , les langues hébraïque , grecque et latine , l'érudition , toutes les connaissances lui furent presque également familières. Il eut les liaisons les plus étroites avec la plupart des grands hommes de son siècle , Petau , Labbe , G>8sart , Bochard , Yavassor, et Rapin. Il inclina de bonne heure au scepticisme , prenant la force de son esprit qu'il trouvait souvent au-dessous des difficultés des questions , pour la mesure de l'étendue de l'esprit humain; ce en quoi il y avait bien peu d'hommes à qui il faisait injustice , il en concluait au dedans de lui-même , que nous ne sommes pas destinés à connaître la vérité. De jour en jour ce préjugé secret se fortifiait en lui , et il ne connut peut-être qu'il était sceptique , qu'au moment oii il écrivit son ouvrage de la faiblesse de l'entendement humain. Ou arrive au Pyrrhonisme par deux voies tout-à-fait opposées , ou parce ifa'ôn ne sait pas asses, ou parce qu'on sait trop. Huet suivit la dernière , et ce n'est pas la plus commune.

Maïs parmi les sectateurs du. Pyrrhonisme, nous avons oublié Michel de Mootaignê , Vauteur de ces Essais qui seront lus tant

qu'il y aura des hommes qui aimeront la vérité, la force, la simplicité. L'ouvrage de Montaigne est la pierre de touche d'un bon esprit. Prononces de celui à qui cette lecture déplaît , qu'il a quelque vice de cœur ou d'entendement ; il n'y a presque aucune question que cet auteur n'ait agitée pour et contre , et tonjours avec le même air de persuasion. Les contradictions de son ouvrage sont l'image fidèle des contradictions de l'entendement humain. Il suit sans art l'enchainement de set idées; il lui importe fort peu d'oii il parte , comment il aille , ni ou il aboutisse. La chose qu'il dit, c'est celle qui l'ai&cte dans le moment. Il n'est ni plus lié , ni plus décousu en écrivant , qu'en pensant ou en rêvant. Or il est impossible que l'homme qui pense ou qui rêve , soit tout-à-fait décousu. Il faudrait qu'un effet pât cesser sans causé , et qu'un autre eSét pût commencer subitenveat et de lui-même. Il y a une liaison nécessaire entre les deux pensées les plus disparates ; cette liaison est , ou dans la sensation , ou dans les mots , ou dans la mémoire , ou au dedans , ou au dehors de l'homme. C'est une rcgle à laquelle les fous mêmes sont auu* jétis dans leur plus grand désordre de raison. Si nous avions l'histoire complète de tout ce qui se passe en eux , nous verriona que tout y tient , ainsi que dans l'homme le plus sage et le plua aensé. Quoique rien ne soit si varié que la suite des objeta qui se présentent k notre philosophe , et qu'ils semblent amenés par le hasard , cependant ils se touchent tous d'une ou d'autre manière ; et quoiqu'il y ait bien loin de la matière des coches publics , À la harangue que les Mexicains firent aux Européena , quand ils mirent le pied pour la première fois dans le nouveau inonde , cependant on arrive de Bordeaux k Gusco sans inter* ruption ; mais à la vérité , par de bien longs détours. Chemin faisant , il se montre sous toutes sortes de faces , tantôt bon , tantôt dépravé , tantôt compatissant, tantôt vain , tantôt incrédule , tantôt superstitieux. Après avoir écrit avec force contre la vérité des miracles , il fera l'apologie des augures ; mais quelque chose qu'il dise, il intéresse et il instruit. Mais le .Scepticisme n'eut ni chez les anciens , ni ches les modernes , aucna athlète plus redoutable que Bayle.

Bayle naquit dans l'année 1647* La nature lui donna l'imagination, la force , Ja subtilité , la mémoire, et l'édocatioo^ tout ce qui peut contribuer à faire sortir les qualités naturelles. 11 apprit les langues grecque et latine ; il se livra de bonne heure ut presque sans relâche k toutes sortes de lectures et d^éiudes. Plutarque et Montaigne furent ses auteurs favori$« Ce fut là qn^il prit ce germe de pyrrhonisme , qui se développa dans la suite en. lui d'une manière si surprenante. U s'occupa de la dialec*

tique ayant vingt ans. Il était biei» jeanêr encore , lorsqu'il fit connaissance avec un ecclésiastique , qui profitant des incertitudes dans lesquelles il flottait y lui prêcha la nécessité de s'en rapporter à quelque autorité qui nous décidât , et le détennina à abjurer publiquement la religion qu'il avait reçue de ses parens. A peine eut-^l fait ce pas , que l'esprit de prosélytisme s'empara de lui. Bayle qui s'est tant déchaîné contre les con- Terttsseurs , le devint 5 et il ne tint pas à lui qu'il n'inspirât à ses frères , à se$ parens et k ses anus , les sentimens qu'il avait flfdoptés. Mats son frëre , qui n'était pas un bomme sans mérite y et qui exerçait les fonctions de ministre parmi les réformés , le ramena au culte de sa famille. Le Catholicisme n'eut point à s'affliger y ni Je Protestantisme à se glorifier de ce retour. Bayle ne tarda pas à connaître la vanité de la plupart des systeipaes religieux y et à les attaquer tous , sous prétexte de défendre celui qu'il avait embrassé. Le séjour de la France l'eût exposé aux persécutions , il se retira à Genève. Ce fut là , que passant d'une premi^e abjuration & une seconde , il quitta l'Arisl^lisme 7>our le Cartésianisme , mais avec aussi peu d'attachement à l'une de ces doctrines y qu'à l'autre ; car on le vit dans la suite , opposer les sentimens des philosophes les uns aux autres y et s'en jouer également. Nous ne pouvons nous empêcher de regretter ici le temps qu'il perdit à deux éducations dont il se chargea successivement. Celui qu'il passa à professer la philosophie à Sedan y ne fut guère mieux employé. Ce fut dans ces circonstances que Poiret publia son ouvrage sur Dieu , sur l'Ame et sur ie mal. Bayte proposa ses difficultés à l'auteur 5 eebii-ei répondit , et cette controverse empoisonna la vie de l'un et de l'autre. Bayle traduisit Poiret comme un fou , et Poiret , Bayle comme un athée ; mais on est fou et non athée impunément. Poiret aimait la Bourignon ; Bayle disait que la Bourignon était nue mauvaise cervelle de femme troublée ; et Poiret , que Bayle était un fauteur secret du Spinostsme. Poiret soupçonnait Bayle d'avoir excité la sévérité des magistrats contre la Bourignon , et il se vengeait par une accusation qui compromettait à leurs yeux son adversaire d'une manière beaucoup plus dangereuse. La Bourignon eàt peut-être été enfermée , mais 3ayle eàt été brûlé. Le principe de Descartes qui constitue l'essence du corps dans l'étendoe , l'engagea dans une autre dispute. En 1681 , parut cette comète fameuse par sa grandeur , et plus peut-être encore par les pensées de Bayle , ouvrage ou à l'occasion de ce phénomène y et des terreurs populaires dont il était accompagné , notre philosophe agite les questions les plus importantes , sur les miracles , sur la nature de Dieu y sur la superstition. H

s'occupa ensuite à l'examen de l'histoire an Calvinisme, que Mainbonrg avait publiée. Mainbourg même louait son ouvrage. Le grand Condé ne dédaigna pas de le lire } tout le monde le dévorait et le gouvernement le faisait brûler. Il commença en 1684 sa République des Lettres. Engagé par ce genre de travail à lire toutes sortes d'ouvrages , k approfondir les matières les plus disparates , à discuter des questions de mathématiques , de philosophie , de physique, de théologie, de jurisprudence, d'histoire ; quel champ pour un pyrrhonien ! Le théosophe Maiebranche parut alors sur la scène. Entre un grand nombre d'opi* nions qui lui étaient particulières , il avait avancé que toute volupté était bonne. Arnaud cnit voir dans cette masime 1» renversement de la morale , et l'attaqua. Dajle intervint dans cette querelle , expliqua les termes , et disculpa Malebranche de l'accusation d'Arnaud. Il lui était déjà échappé dans quelques antres écrits , des principes favorables à la tolérance : il s'expliqua nettement sur ce sujet important , dans son commentaire )>hilosophique. Cet ouvrage parut par parties. Il plut d'abord également à tous les partis ; il mécontenta ensuite les Catholiques , et continua de plaire aux Réformés; puis il naécootenta également les uns et les autres , et ne conserva d'approbateurs constans , que les philosophes : cet ouvrage est un chef-d'œuvre d'éloquence. Nous ne pouvons cependant dissimuler qu'il avait été précédé d'une brochure , intitulée , Junii BruU , polcni , vindiciœ pro iibertaie religionis , qui contient en abrégé tout ce que Bayle a dit. Si Bayle n'est pas l'auteur de ce discours anonyme , sa gloire se réduit à en avoir fait un commentaire excellent. Il y avait long-temps que le ministre Jurieu était jaloux de la réputation de Bayle. Il croyait avoir des raisons particulières de s'en plaindre. Il regardait ses principes sur la tolérance, comme propres à inspirer l'indifierence en fait de religion. VL était dévoré d'une haine secrète , lorsque l'avis important ans réfugiés sur leur retour prochain en France , ouvrage écrit avec fmesse , où l'on excusait les vexations que la cour de France avait ordonnées contre les Protestans , et ou la conduite de ces transfuges n'était pas montrée sous un coup d'œil bien favorable , excita dans toutes les Eglises réformées le plus grand scandale. On chercha à en découvrir l'auteur. On l'attribue aujourd'hui à Pélisson. Jurieu persuada à tout le monde qu'il était de Bayle y et cette imputation pensa le perdre. Bayle avait formé depuis long-temps le plan de son dictionnaire historique et critiqua. Les disputes dans lesquelles il avait misérablement vécu , commençant à s'apaiser, il s'en occupa nuit et jour , et il ea publia le premier volume en 1697. On connaissait son esprit, ses ta-

lens y sa dialectique , on connut alors immensité de son érudition j et son penchant décidé au Pyrrhonisme. £n effet , quelles sont les questions de politique, de littérature, de critique, de phiîosophie ancienne et moderpe , de théologie, d'histoire, de logique et de morale, qui n'y soient examinées pour et contre? C'est là qu'on le voit semblable au Jupiter d'Homère qui assemble les nuages ; au milieu de ces nuages on erre étonné et désespéré. Tout ce que Sextus £mpiricus et Huet disent contre la raison , l'un dans ses hypotyposes , l'autre dans son traité de la, faiblesse de l'entendement humain , ne vaut pas un article choisi du dictionnaire de Bayle. On y apprend bien mieux k ignorer ce que l'on croit savoir. Les ouvrages dont nous venons de rendre compte, ne sont pas les seuls que cet homme surprenant ait écrits, et cependant il n'a técu que cinquante-neuf ans : il mourut en janvier 1706.

Bayle eut peu d'égaux dans l'art de raisonner , peut-être point de supérieur. Personne ne sut saisir plus subtilement le faible d'un système , personne n'en sut faire valoir plus fortement les avantages^ redoutable quand il prouve, plus redoutable encore qnand il objecte : doué d'une imagination gaie et féconde , en même temps qu'il prouve , il amuse, il peint, il séduit. Quoiqu'il entasse doute sur doute , il marche toujours avec ordre : c'est un polype vivant qui se divise en autant de polypes qui vivent tous ; il les engendre les uns des autres. Quelle que soit la thèse qu'il ait k prouver , tout vient à son secours , l'histoire , l'érudi^ tion , la philosophie. S'il a la vérité pour lui , on ne lui résiste pas ; s'il parle en faveur du mensonge , il prend sous sa plume toutes les couleurs de la vérité : impartial ou non , il le parait toujours ; on ne voit jamais l'auteur, mais la chose.

Quoi qu'on dise de l'homme de lettres , on n'a rien à reprocher ^ l'homme. Il eut l'esprit droit et le cœur honnête ^ il fut officieux , sobre , laborieux , sans ambition , sans orgueil , ami du vrai , juste , même envers ses ennemis , tolérant , peu dévot, peu crédule , on ne peut moins dogmatique , gai , plaisant , conséquemment peu scrupuleux dans ses récits , menteur comme tous les gens d'esprit, qui ne balancent guère à supprimer ou à ajouter une circonstance légère à. un fait , lorsqu'il m devient plus comique ou plus intéressant , souvent ordurier. On dit que Jnrieu ne commença à être si mal avec lui, qu'après s'être aperçu qu'il était trop bien avec sa femme ; mais c'est une fable qu'on peut sans injustice croire ou ne pas croire de Bayle qui ^'est complu à en accréditer un grand nombre de pareilles. Je ne pense pas qu'il ait jamais attaché grand prix à la continence, À la pudeur ^ k U fidélité conjugale , çt k d*autres vertus de cette

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clas^j sans qooi il eàt été plut réserva dini tes jogemem. On a dit de 868 écrits , guamdiu %ngehufU , lié mit ; et nous fimirons soa histoire par ce trait.

11 suit de ce qui précède que let premiers scêpéiques ne s'élevèrent contre la raisoa que pour mortifier l'orgueil des dogmatiques ; qu'entre les êceptiques modernes , les uns ont chercHé 4 décrier la philosophie , pour donner de l'autorité à la révélation; les autres , pour l'attaquer plus sûrement , en minant la solidité delà hase sur laquelle il faut l'établir , et qu'entre les seeptt^ues anciens et modernes , il y en a quelques uns qui ont douté de bonne, foi , parce qu'ils n'aperceraient dans la plupart des questions que des motifs d'incertitude.

Pour nous , nous conclurons que tout étant lié dans la nature, il n'y a rien , à proprement parler y dont l'homme ait une connaissance parfaite , absolue , complète , pat même des axiomes les jrfus évidens, parce qu'il faudrait qu'il eût la connaissance de tout. ,

Tout étant lié , s'il ne connaît pas tout, il faudra nécessaire^ ment que de discussions en discussions , il arrive & quelque chose d'inconnu : donc en remontant de ce point inconnu , on sera fondé à conclure contre lui ou l'ignorance, ou l'obscurité, ou l'incertitude du point qui précède , et de celui qui précède celuici , et ainsi jusqu'au principe le plus évident.

11 y a donc une sorte de sobriété dans l'usage de la raison , à laquelle il faut s'assujettir , ou se résoudre à flotter dans l'incei^ titude ; un moment oii sa lumière qui avait toujours été en croissant , commence à s'affaiblir , et ok il faut s'arrêter dans toutes discussions.

Lorsque de conséquences en conséquences , j'aurai conduit un homme à quelque proposition évidente , je cesserai de disputer. Je n'écouterai plus celui qui niera l'existence des corps , les règles de la logique , le témoignage des sens , la distinction da vrai et du faux , du bien et du mal , du plaisir et de la peine ^ du vice et de la vertu , du décent et de l'indécent , du juste et de l'in)uate, de l'honnête et du déshonnête. Je tournerai le dos k celui qui cherchera à m'écarter d'une question simple, pour m'ei»barquer dans des dissertations sur la nature de la matière , sur celle de l'entendement, de la substance, de la pensée, et 'antres sujets qui n'ont ni rive ni fond.

L'homme un et vrai n'aura point deux philosophies , l'une de cabinet et l'autre de société ; il n'établira point dans la spécula* tion des principes qu'il sera forcé d'oublier dans la pratique.

Que dirai-je à celui qui prétendant que, quoi qu'il voie, quoi qu'il touche ; qu'il entende , qu'il aperçoive ^ ce n'est poup-

tant jamais que sa sensation qu'il aperçoit : qu'il pourrait avoir été organisé de manière que tout se passât en lui , comme il s'y passe , sans qu'il y ait rien au dehors , et que peut-être il est le seul être qui soit ? Je sentirai tout à coup l'absurdité et la profondeur de ce paradoxe; et je me garderai bien de perdre mon temps à détruire dans un homme une opinion qu'il n'a pas , et & qui ]e n'ai rien à opposer de plus clair que ce qu'il nie. Il faudrait pour le confondre , que je pusse sortir de la nature , l'eu tirer , et raisonner de quelque point hors de lui et de moi , ce qui est impossible. Ce sophiste manque du moins à la bienséance de la conversation qui consiste à n'objecter que des choses auxquelles on ajoute soi-même quelque solidité. Pourquoi m'époumonerais-je à dissiper un doute que vous n'avez pas? Mon temps est-il de si peu de valeur à vos yeux ? En mettez-vous si peu au vôtre? N'y a-t-il plus de vérités à chercher ou à éclaircir? Occupons-nous de quelque chose de plus important; ou si nous n'avons que de ces frivolités présentes , dormons et digérons.

PYTHAGORISME , ou Philosophie de Pithagore. {Histoire de la Philosophie, ) Voici la seconde Uge de la philosophie sectaire de la Grèce. Socrate avec la troupe de ses successeurs sortait de l'école ionique ; Heraclite , Épicnre , et Pyrrhon sortirent de l'école éléatîqne italique.

L'école éléalique s'appela italique^ de l'endroit de son premier établissement , la partie inférieure de lltalie. Cette contrée et les tles voisines étaient peuplées de colonies grecques ; ainsi la . secte italique -est encore une secte grecque; elle est née dans le pays qu'on appelait la grande Grèce ; et il s'écoula du temps avant qu'elle prît le nom de Pythagorique.

Pythagore fut élevé par Phérécide , dont le nom est célèbre parmi les philosophes de la Grèce ; Phérécide naquit à Syros, l'une des cyclades , dans la quarante-cinquièipe olympiade. Il étudia la théologie et la philosophie en Egypte ; il est le premier qui ait entretenu les Grecs de l'immortalité de l'âme, et écrit en prose de la nature et des dieux j jusqu'alors ce philosophe avait été poète. On montrait à Scyros une invention astronomique qui marquait les solstices , les équinoxes , le lever et le coucher des étoiles , et qu'on attribuait k Phérécide; le reste de sa T\e est un tissu de contes merveilleux. Si les peuples qu'il avait éclaifés ont cherché à honorer sa mémoire , les prêtres dont il . avait décrié la superstition et les mensonges , se sont occlipés Ae leur côté à la flétrir. Mais en mettant quelque distinction entre les motifs qui ont animé les uns et les autres, il faut égalem(?nt rejeter le bien et le mal qu'ils en ont dit. L'ouvrage de Phérécide sur l'origine des choses , commenjsutpar ces moti : Jupiter^

le Temps et la Masse , étaieni un ; mais la Masse s^appeUt Terre , lorsque Jupiter Veut douée. Il pensait que la cause uni-* yerselle , ordinatrice et première , ëtai| bonne ; il était dans Topinion de la métempsycose \ l'obscurité qui régnait dans ses livres les a fait négliger , et ils se sont perdus. Nous avons cra devoir exposer ce que nous savions de Phérécide , ayant que de passer à l'histoire de Pythagore 'son disciple.

Pythagore a vécu dans des temps reculés ; il n'admettait pas dans son école indistinctement toutes sortes d'auditeurs ; il ne se communiquait pas; il exigeait le sile&ce et le secret; il n'a point écrit; il voilait sa doctrine; il j avait près d'un siècle qu'il n'était plus , lorsqu'on recueillit ce que ses disciples avaient laissé transpirer de ses principes » et ce que le peuple , ami de Xsi fable et du merveilleux , débitait de sa vie : comment discerner la vérité au milieu de ces ténèbres? -

On savait en général que Pythagore avait été un philosophe du premier ordre; qu'il avait reconnu l'existence d'un Dieu; qu'il admettait la métempsycose ; qu'il avait été profondément versé dans l'étude de la physique, de l'histoire naturelle , des mathématiques , et de la musique ; qu'il s'était fait un système particulier de théologie; qu'il avait opéré des choses prodigieuses; qu'il professait la double doctrine \ qu'il rapportait tout à la science des nombres. Lorsque les premiers ennemis du Christianisme lui supposèrent des miracles , des livres 9 des voyages , des discours , et ne négligèrent rien pour l'opposer avec avantage au fondateur de notre sainte religion ; voici quelle était la pensée scélérate et secrète d'Amraonius , de Jamblique , de Plotin , de Julien , et des autres. Ils disai.ent en eux-mêmes , ou l'on admettra indistinctement les prodiges de Jésus-Christ , d'Apollonius et de Pythagore; ou l'on rejetera indistinctement les uns et les autres. Quel que soit le parti qu'on prenne , il nous convient ; en conséquence , ils répandirent que Pythagore était (ils d'Apollon ; qu'un oracle avait annoncé sa naissance ; que l'âme de Dieu était descendue du ciel , et n'avait pas dédaigné d'animer son corps ; que l'Éternel l'avait destiné à être le médiateur entre l'homme et lui ; qu'il avait eu la connaissance de ce qui se passe' dans l'univers ; qu'il avait commandé aux élémens , aux tempêtes , aux eaux , à la mort et à la vie. En un mot , l'histoire véritable de Jésus-Christ n'offrait pas un événement prodigieux , qu'ils n'eussent parodié dans l'histoire mensongère de Pythagore. Ils citèrent en leur faveur la tradition des peuples , les monumens de toute espèce , les ouvrages des anciens et des modernes ; et ils embarrassèrent la question de tant de difficultés , que quelques uns des premiers pères virent moins d'inconyéniens à admettre

les mîraclei du paganisme qu'à les nier; et se retranchèrent à montrer la supériorité de la puissance de Jésus-Christ sur toute autre.

Pythagore naquit à Samos , entre la q,uarante- troisième et la cinquante-troisième olympiade^ il parcourut la Grèce, l'Egypte, l'Italie ; il s'arrêta à Crotone , où il Ht un séjour fort long. Il épousa Théano , qui présida dans son école après sa mort ; il eut d'elle Mnésarqne et Thélauge , et plusieurs filles j Astrée et Zamolxis le législateur des Grecs , furent deux de ses esclaves; mais il paraît que Zamolxis est fort antérieur k Pythagore.: ce philosophe mourut entre la soixante-huitième et la soixante et dix-septième olympiade. Les peuples qui sont toujours stupides, jaloux , et méchans , offensés de la singularité de ses mœurs et de sa doctrine , lui rendirent la vie pénible et conspirèrent l'extinction de son école. On dit que ces féroces Crotoniates qui regorgèrent à l'âge de cent quatre ans, le placèrent ensuite au rang des dieux , et firent un temple de sa maison. La conditiom de sage est bien dangereuse : il n'y a presque pas une nation qui ne se soit souillée du sang de quelques uns de ceux qui l'ont professée. Que faire donc? Faut-il être insensé avec les insensés? Non ; mais il faut être sage en secret , c'est le plus sûr. Cependant si quelque homme a montré plus de courage que nous ne nous en sentons , et s'il a osé pratiquer ouvertement la sagesse , décrier les préjugés , prêcher la vérité au péril de sa vie , le blâmerons-nf us ? Non ; nous conformerons dès cet instant notre jugement à celui de la postérité , qui rejette toujours sur les peuples l'ignominie dont ils ont prétendu couvrir leurs philosophes. Vous lisez avec indignation la manière avec laquelle les Athéniens en ont usé avec Socrate , les Crotoniates avec Pythagore ; et vous ne pensez pas que vous exciterez un jour la même indignation , si vous exercez contre leurs successeurs la même barbarie.

Pythagore professa la double doctrine , et il eut deux sortes de disciples ; il donna- des leçons publiques , et il en donna de particulières ; il enseigna dans les gymnases , dans les temples , et sur les places } mais il enseigna aussi dans l'intérieur de sa maison. 11 éprouvait la discrétion , la pénétration , la docilité, le courage , la constance , le zèle de ceux qu'il devait un jour initier à ses connaissances secret es, s'ils le méritaient, par l'exercice des actions les plus pénibles j il exigeait qu'ils se réduisissent à une pauvreté spontanée ; il les obligeait au secret par le serment; il leur imposait un silence de deux ans , de trois ans , de cinq , de sept , selon que le caractère de l'homme le demandait. Un voile partageait son école en deux espaces , et dérobait sa 3. 3o

présence à nne partie de son auditoire. Cen qui étaient admis en àeçk da voile t'entendaient seulement ; les autres le voyaient et l'entendaient ; sa philosophie était énigma tique et symbolique pour les uns ; claire , expresse , et dépouillée d'obscurité et d'énigmes pour les autres. On passait de l'étude des mathématiques k celle de la nature , et de l'étude de la nature à celle de la théologie , qui ne se professait que dans l'intérieur de l'école , au-delà du voile ; il y eut quelques femmes à qui ce sanctuaire fut ouvert; les maîtres, les disciples, leurs femmesi, et leurs enfans , vivaient en commun ; ils avaient une règle k laquelle ils étaient assujettis; on pourrait regarder les Pythagoriciens comme une espèce de moines païens d'une observance très-austère; leur journée était partagée en diverses occupations ; ils se levaient avec le soleil ; ils se disposaient à la sérénité par la musique et par la danse ; ils chantaient , en s'accompagna nt de la lyre ou d'un autre instrument , quelques vers d'Hésiode ou d'Homère; ils étudiaient ensuite; ils se promenaient dans les bois , dans les temples , dans les lieux écartés et déserts; partout x>h le silence , la solitude , les objets sacrés , imprimaient k l'âme le frémissement , la touchaient, relevaient, et l'inspiraient. Ils s'exerçaient k la course ; ils conféraient ensemble ; ils s'interrogeaient ; ils se répondaient; ils s'oignaient; ils se baignaient; ils se rassemblaient autour de tables servies de pain , de fruits , demielt et d'eau ; jamais on n'y buvait de vin ; le soir on faisait des libations ; on lisait , et l'on se retirait en silence.* «

Un vrai pythagoricien s'interdisait l'usage des viandes, des poissons , des œufs , des fèves , et de quelques autres légumes ; et n'usait de sa femme que très-modérément , et après des préparations relatives à la santé de l'enfant.

Il ne nous reste presque aucun monument de la doctrine de Pythagore ; Lysis et Archyppus , les seuls qui étaient absens de la maison , lorsque la faction cylonienne l'incendia , et fit périr par les flanmies tous les autres disciples de Pythagore, n'en écrivirent que quelques lignes de réclame. La science se conserva dans la famille , se transmit des pères et mères aux enfans , mais ne se répandit point. Les commentaires abrégés de Lysis et d'Archyppus , furent supprimés et se perdirent; il en restait à peine un exemplaire au temps de Platon, qui l'acquit de Philolaîis. On attribua dans la suite des ouvrages et des opinions k Pythagore ; chacun interpréta comme il lui plut , le peu qu'il en savait; Platon et les autres philosophes corrompirent son Système ; et ce système obscur par lui-même, mutilé, défiguré, s'avilit et fut oublié. Voici ce que des auteurs très-suspects nous ont transmis de la philosophie de Pythagore.

Principes généraux du Pylhagorisme» Toi qui yeui être philosophe , tu te proposeras de délivrer ton âme de tous les lieû$ qui la contraignent ^ sans ce premier soin , <|ue1qae usage que tu fasses de tes sens , tu ne sauras rien de vrai.

Lorsque ton âme sera lihre , tu l'appliqueras utilement; tu t'ëleveras de connaissance en connaissance , depuis les objets les plus communs , jusqu'aux choses incorporelles et éternelles.

arithmétique de Pyihagore. L'objet des sciences mathématiques tient le milieu entre les choses corporelles et les incorpo^ relies; c'est un des degrés de l'échelle que tu. «s à parcourir.

Le mathématicien s'occupe ou du nomlnre^ ou de la grandeur; il n'y a que ces deux espèces de quantité. La quantité ttutnérique . se coDsîdëre ou en elle-même , ou dans un autre ; la quantité étendue est ou en repos ou en mouvemenjt. ha quantité numérique en elle-même est objet de l'arithmétique; dans tin autre » comme le son , c'est l'objet de la musique ; la quantité étendue en repos , est l'objet de la géométrie ; en mouvement , de U sphérique.

L'arithmétique est la plus belle des connaissances humaines ; celui qui la saurait parfaitement , posséderait le souverain bien.

Les nombres sont ou intellectuels ou scientifiques.

Le nombre intellectuel subsistait avant tout dans l'entendement divin; il est la base de l'ordre universel , et le lien qui enchaîne les choses.

Le nombre scientifique est la cause génératrice de la multiplicité qui procède de l'unité et qui s'y résout.

Il faut distinguer l'unité de l'art ; l'uuité appartient aux nombres; l'art aux choses nombrables.

Le nombre scientifique est pair ou impair.

Il n'y a que le nombre pair qui souffre une infinité de divisions en parties toujours paires; cependant l'impair est plus parfait.

L'unité est le symbole de l'identité , de l'égalité , de l'existence ^ de la conservation , et de l'harmonie générale.

Le nombre senaire est le symbole de la diversité , de l'inégalité^ de la division , de la séparation y et des vicissitudes.

Chaque nombre , comme l'unité et le binaire, a ses propriétci qui lui donnent un caractère symbolique qui lui est particulier»

La monade ou l'unité est le dernier terme, le dernier état, le i^os de l'état dans son décroissement.

.e ternaire est le premier des impairs; le quaternaire le plu#

P^hit , la racine des autres.

^Jiagore procède ainsi jusqu'à dix f attachant à chaque nom-

bre des qualités arithmétiques , physiques , théologiques et morales.

Le nombre denaire contient , selon lui , tous les rapports numériques et harmoniques , et forme ou plutôt termine son abaque ou sa table.

n j a une liaison entre les dieux et les nombres , qui constitue Tcspëce de divination appelée arUhmomancie.

Muêique de Pythagàre, La musique est un concert de plusieurs discordans.

Il ne faut pas borner son idée au son seulement. L'objet de l'harmonie est plus général.

L'harmonie a ses règles invariables.

Il y a deux sortes de voix , la continue et la brisée. L'une est le discours , l'autre Iç chant. Le chant indique les changemens qui s'opèrent dans les parties du corps sonore.

Le mouvement des orbites célestes , qui emportent les sept planètes, forme un concert parfait. /

L'octave , la quinte et la quarte sont les bases de l'arithmétique harmonique.

La manière dont on dit que Pythagore découvrit les rapports, en nombre de ces intervalles de sons marque que ce fut un homme de génie.

Il entendit des forgerons qui travaillaient. Les sons de leurs marteaux rendaient l'octave , la quarte et la quinte. Il entra dans leur atelier. Il fit peser leurs marteaux. De retour che» lui , il appliqua aux cordes tendues par des poids l'expérience qu'il avait faite , et il forma la gamme du genre diatonique , d'oU il déduisit ensuite celles des genres chromatiques et enhar-* moniques , et il dit :

Il y a trois genres de musique , le diatonique , le chromatique et l'enharmonique.

Chaque genre a son progrès et ses degrés. Le diatonique procède du semi-ton au ton , etc.

Cest par les nombres et non par le. sens qu'il faut estimer la sublimité de la musique. Étudiez le monocorde.

Il y a des chants propres à chaque passion , soit qu'il s'agisse de les tempérer , soit qu'il s'agisse de les exciter.

La flûte est molle. Le philosophe prendra la lyre ) il en jouera le matin et le soir.

Géométrie de Pythagore, En géométrie , l'unité représenter le point *, le nombre binaire la ligne ; le ternaire la surface , ^ le quaternaire le solide.

Le point est l'unité donnée de position. •

Le nombre binaire représente la ligne , parce qu'elle est la première dimension , engendrée d'un mouvement indivisible.

Le nombre ternaire représente la surface , parce qu'il n'y a point de surface qui ne puisse se réduire à des élemens de trois limites.

Le cercle , la plus parfaite des figures curvilignes , contient le triangle d'une manière cachée ; et ce triangle est formé par le centre et une portion indéterminée de la circonférence.

Toute surface étant réductible au triangle , il est le principe de la génération et de la formation des corps. Les élemens sont triangulaires.

Le carré est le symbole de l'essence divine.

Il n'y a point d'espace autour d'un point donné , qu'on ne puisse égaler à un triangle » à un carré ou à un cercle.

Les trois angles internes d'un triangle sont égaux à deux angles droits.

Dans un triangle rectangle , le carré du côté opposé k l'angle droit est égal au carré des deux autres côtés.

On dit que Pythagore immola aux muses une hécatombe , pour les remercier de la découverte de ce dernier théorème , ce qui prouve qu'il en connut toute la fécondité.

Astronomie de Pythagore, Il y a dans le ciel la sphère îtTt ou le firmament ; la distance du firmament à la lune , et la distance de la lune k la terre. Ces trois espaces constituent l'univers.

Il y a dix sphères célestes. Nous n'en voyons que neuf, celles des étoiles fixes , des sept planètes et de la terre. La dixième y qui se dérobe à nos yeux , est opposée à notre terre.

Pythagore appelle cette dernière Vanthictone.

Le feu occupe le centre du monde. Le reste se meut autour.

La terre n'est point immobile. Elle n'est point au centre. Elle est suspendue dans son lieu. Elle se meut sur elle-même. Ce mouvement est la cause du jour et de la nuit.

La révolution de Saturne est la grande année du monde; elle s'achève en trente ans. Celle de Jupiter en vingt. Celle de Mars . en deux. Celle du Soleil en un. La révolution de Mercure y de Vénus et de la Lune est d'un mois.

Les planètes se meuvent de mouvemens qui sont entre eux , comme les intervalles harmoniques.

Vénus y Hesper et Phosphoruê sont un même astre.

La luAe et les autres planètes sont habitables.

Il y a des antipodes.

De la PfiUoêophie de Pythagore en général. La sagesse et la P^osophie sont deux choses fort diffiérentes.

La 8Ag<>8se est la sciaDce réelle.

La science réelle est celle des choses immortelles, étemelles , efEcientes par elles-mêmes.

Les êtres qui participent sealement de ces premiers , qui ne sont appelés êtres qu'en conséquence de cette participation , qui sont matériels , corporels , sujets k génération et k corruption , ne sont pas proprement df»s êtres , ne peuvent être ni bien connus, ni bien définis, parce qu'ils sont infinis et momentanés dans l:*nr8 états, et il n'y a point de sagesse relative k eux.

La science des êtres réels entraîne néoessai rement la science des êtres équivoques. Celui qui travaille à acquérir la première , s'appellera philoaophe.

Le philosophé n'est pat celui qui est sage, mais celui qui est ajni de la sagesse.

La philosophie s'occupe donc de la connaissance de tous les êtres , entre lesquels les uns s^bservent en tout et partout j les autres souvent , certains seulement en des cas particuliers. Les premiers sont l'objet de la science générale ou philosophie prt- B^ière ; lès seconds sont l'objet des sciences particulières.

.Celui qui sait résoudre tous les êtres en un seul et même principe , et tirer alternativement de ce principe un et seul , tout ce qui est , est le vrai sage , le sage par excellence.

La fin de la philosophie est d'élever l'iime de la terre vers le ciel , de connaître Dieu et de lui ressembler.

On parvient à cette fin par la vérité , ou l'étude des êtres éternels , vrais et immuables.

Elle exige encore que l'Âme soit affranchie et purgée , qu'elle s'amende, qu'elle aspire aux choses utiles et divines, que la jouissance lui en soit accordée , qu'elle ne craigne point la dissolution du corps , que l'éclat des incorporels ne l'éblouisse pas , qu'elle n'en détourne pas sa vue , qu'elle ne se laisse pas enchaîner par les liens des passions , qu'acné lutte contre tout ce qui tend à la déprimer , et i la ramener vers les choses corruptibles et de néant, et qu'elle soit infatigable et immuable dans sa lutte.

On n'obtiendra ce degré de perfection que par la mort philosophique, ou la cessation du commerce de l'âme avecle corps, état qui suppose qu'on se connaît soi-même, qu'on est conyaincu que l'esprit est détenu dans une demeure qui Ini est étrangère , que sa demeure et lui sont des êtres distincts , qu'il est d'un nature tout-à-fait diverse; qu'on s'exerce à se tecoei II ir , on* séparer son âme de son corps , à l'affranchir de ses affectionnât de ses sensations, k l'élever an-dessus de la douleur, dfla colère , de la crainte , de la cupidité', des besoins , des eppé** >

et il raccontnmer tellement aux choses analognes à Sa ilatare , qu'elle agisse, pour ainsi dire, séparémient du corps, l'âme étant toute k son objet , et le corps se portant d'un mouvement automate et mécanique sans la participation de l'âme ; l'âme ne se consentant ni ne se refusant à aucun de ses moayemens vers les choses qui lui sont propres.

Cette mort philosophique n'est point une chimère. Les hommes accoutumés à une forte contemplation l'éprouvent pendant des intervalles assez longs. Alors ils ne sentent point l'existence de leur corps ; ils peuvent être blessés sans s'en apercevoir 5 ils ont ^ bu et mangé sans le savoir 5 ils ont vécu dans un onbli profond de leur corps et de tout ce qui l'environnait , et qui l'eût affecté dans une situation diverse.

L'âme affranchie par cet exercice habituel existera en elle^ elle s'élèvera vers Dieu ; elle sera tonte à la contemplation des choses étemelles et divines.

Il parait par cet axion:ie qne Py thagore , SocFate et les antres contemplateurs anciens , comparaient le géomètre^ le moraliste , le philosophe profondément occupé de ses idées , et , pour ainsi dire, hors de ce monde , à Dieu dans son immensité ; avec cette seule différence , que les concepts du philosophe s'éteignaient en lui , et qne ceux de Dieu se réalisaient hors de lui.

On ne s'élève point an-dessas de soi , sans le secours de Dieu et des bons génies.

Il faut les prier | il faut les invoquer 1 surtout son génie tutélaire.

Celui qu'ils auront exaucé ne s'étonnera de rien ; il aura remonté jusqu'aux formes et aux causes essentielles des choses.

Le philosophe s'occupe ou des vérités à découvrir , on des actions à faire , et sa science est ou théonque , ou pratique.

Il faut commencer par la pratique des vertus. L'action doit précéder la contemplation.

La contemplation suppose l'oubli et l'abstraction parfaite des choses de la terre.

Le philosophe ne se déterminera pas inconsidérément à se mêler des affaires civiles.

La philosophie considérée relativement à ses élèves est ou exotérique , ou ésotérique. L'exotérique propose les vérités sous des symboles , les enveloppe , ne les démontre point. L'ésotérique les dépouille du voile , et les montre nues à ceux dont les yeux ont été disposés à les regarder»

Philosophie pratique de Pythagore, Il y a deux sortes de ^rtus. Des vertus privées qui sont relatives à nous-mêmes } d^ vertus publiques qui sont relatives aux autres.

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