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et qui pouvaient servir à rintelligence d'ane langue aussi tssentielle k la religion chrétienne. Pfefferkorn ( c'est le nom du juif ) «ntre en fureur : il ameute les moines : on écrit contre Reuchlin : on s'assemble : on délibère : on le condamne : il est appelé à la cour de l'empereur t et à celle du souverain pontife. Erasme et d'autres savans prennent sa défense. On revient sur le projet barbare d'anéantir en un jour les monumens les plus précieux de l'église chrétienne. On absout Benchlin ', et l'ignorance et la superstition confondues n'en sont que plus violemment irritées. Cependant l'hérésie de Lother s'élève : les peuples s'arment : le sang se répand : des villes se désertent, et Reuchlin perd son état , sa fortune, ses livres, tombe dans l'indigence , et est réduit k enseigner les langues pour vivre. Les troubles de sa vie dérangèrent sa santé, il devint languissant , et il mourut à Stutgard , Agé de soixante-sept ans. Il faut écrire son nom paVrai les premiers restaurateurs des lettres dans nos contrées. Les erreurs dont l'Ëglise était infectée , ne lui échappèrent point; il s'en expliqua quelquefois asseï librement; cependant il ne se sépara point de notre communion. Il professa la philosophie /y^ M^ofvopiatonico cabaUêiigue ^ ainsi qu'il paraît par l'ouvrage qu'il a intitulé de artecabalisti'câ , et par celui qu'il a publié de tferbo miri^ fico. Il dit ailleurs : Marsile Fivin a relevé la etaiue de Platon en Italie; Faber celle cPJriêtoie en France'^ il tr^ était réeenfé de resH' tuer celle de Pythagore, Maie ce philosophe instruit par les Chtd^ déens , ne pouvait être entendu sans f étude de la cabale, Cest la clef de sa doctrine : je l'ai cherchée^ et je fai trouvée. Qu'avait-il découvert à l'aide de cette merveilleuse clef, et d'une application de vingt ans? Que Baruch renfermait l'explication de tous les noms ineffables, qu'ils s'appliquaient à Jésus-Christ sans ex* ception, et que ces quatre lettres 7,^,5, frétaient le grand tétragramrae/>x^Aa^ori>n. Reuchlin n'est pas le centième d'entre les philosophes qui se sont livrés à des travaux incroyables pour illustrer un certain genre de folie. Celui-ci étudia la doctrine chaldaïque , égyptienne , thrace , hermétique , orphique, et hé— bra'iqiw*; mais l'école d'Alexandrie avait tout corrompu. Reuchlin s'en rapporta au témoignage de Pic, et Pic ne distinguant rien, s'était confié indistinctement, et aux livres c^s anciens auteurs , et à ceux qui leur avaient été supposés. Qu'est-ce qu'il y avait après cela de surprenant , lorsqu'il découvrait de tout côté des vestiges du christianisme , que son imagination excitée multiplia ensuite à l'infini? d'où il arriva qu'il ne connut bien , ni le pythagortsme , ni le platonisme , ni la cabale , ni le christianismie François Georges le vébitien vivait encore en i532 ; ce fut un philosophe très-subtil , mais dont l'imagination égarait le jnge^
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ment. H a laissé deux ouvrages, l'un , sur I^harmonie du monde : Tautre , sur des problèmes relatifs à l'intelligence de quelques poinls de l'Ecriture. C'est un mélange de doctrine chrétienne et d'opinions rabbiniques , qui fut proscrit. Voici quelques uns de ses principes.
Les nombres sont la cause de l'ordre uniyersel ; ils s'élèvent de la terre aux cieux , et redescendent des cieux à la terre ^ formant une chaîne d'émanations , par laquelle des natures di* verses et des accidens opposés sont liés.
C'est aux hommes que Dieu a éclairés de son esprit , a nou$ instruire sur le monde. Entre ces hommes , il faut s'attacher particulièrement aux Hébreux , à ceux des autres nations qui ont connu le Messie , Paul , Jean ^ Origèue d'un coté; de l'autre ^ Platon , Pythagore , etc.
Il est un Dieu. La fécondité des êtres nous démontre la, fécondité de Dieu : un Dieu réfléchisseur sur lui-m^me , 21 produit son fils ; le Saint-Ilsprit , ou l'amour qui unit le père et le fils , a procédé de l'un et de l'autre i et le monde est émané de tous les trois.
Il y avait si peu d'hommes purs et saints « dignes de connaître la vérité toute nue , qu'il a fallu la voiler d'énigmes , de sym-* boles et d'emblèmes.
Quelque diversité d'opinions qu'il y ait entre les philosophes ,, On peut rapprocher d'un même système tous ceux qui admet*^ tront l'existence et la liberté d'un être seul créateur.
Les sages s'accordent à mesurer le temps de la création, et Te renfermer dans l'espace de six jours , auquel on a ajouté un septième jour de repos. En effet , le nombre six est très-« parfait. Six fois un font six , trois fois deux font six , un , deux, trois font six , etc.
Je n'ai pas le courage de suivre cet auteur dans le détail de ses extravagances; c'est une arithmétique corrompue, des propriétés de nombre imaginaires et mal vues p appliquées au système des émanations.
Ce que j'y trouve de plus singulier , c'est que le méchant est animé de deux esprits , son âme et un mauvais génie qui est entré dans son corps au moment de la dépravation. Voilà de quoi étendre le système du P. Bougeant; Les mauvais anges ne seront pas seulement occupés k animer les animaux , mab encore à doubler, tripler, quadrupler les âmes des méchans. On trouvera même dans l'Ecriture des passages favorables à cette opinion. Ainsi les Guignards, les Oldecorn , les Malagrida , les Damiens , et tous ceux qui ont été coupables ou qui sont suspects de monarchomachie , sont possédés d'une légion de mauvais
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génies qui se sont associés à leurs âmes à mesure que leur dépravation s'accroissait ; en sorte qu'on peut les regarder comme des sortes d'enfers ambulans. Les diables sont établis dans les corps des hommes ; ils y entrent , ils en sortent , selon qu'on amende ou qu'on empire.
Agrippa naquit à Mettesheym , dans le territoire de Cologne , à peu près en i463. Il professa* toutes sortes de conditions ^ soldat, politique, homme de lettres, philosophe, théologien, alchimiste , pjrrhonien , charlatan , voyageur, médecin , érudit , astrologue , riche, pauvre, méprisé , considéré; que sais-je quoi encore ? 11 n'est pas trop de notre objet de suivre cet homme divers dans toutes ses formes } nous remarquerons seulement ici qu'il eut de commun avec la plupart des philosophes , de connaître l'ignorance , l'hypocrisie et la méchanceté des prêtres , de s'en eipliquej quelquefois trop librement , et d'avoir par cette indiscrétion empoisonné toute sa vie. Un inquisiteur s'était emparé d'une pauvre femme qu'il avait résolu de perdre; Agrippa osa prendre sa défense , et le voilà Ini-méme accusa d'hérésie , et forcé de pourvoir à sa sûreté. Il erre , mais partout il trouve des moines , partout il les déchire , et partout il en est persécuté. Il met lui-même le comble à son infortune , par son ouvrage de la vanité des sciences. Cette misérable production aliéna tous les esprits. Il tomba dans l'indigence : il emprunta } ses créanciers le poursuivirent, et le firent emprisonner à Bruxelles. Il ne sortit des prisons de Bruxelles que pour tomber dans celles de Lyon. La cour de France , qu'il avait irritée par des expressions peu ménagées sur la mère du roi régnant, crut devoir l'en châ^ tier; ce fut la dernière de ses peines. Il mourut en i536, après avoir beaucoup couru , beaucoup étudié , beaucoup invectivé , beaucoup souffert, et peu vécu. Nous allons exposer quelques uns des principes de cette philosophie qu'Agrippa et d'autres ont professée sous le nom à'occulie. Ils disaient :
Il y a trois mondes , l'élémentaire , le céleste et l'intellectuel.
Chaque monde subordonné est régi par le monde qui lui est supérieur.
Il n'est pas impossible de passer de la connaissance de l'un à la connaissance de l'autre, et de remonter jusqu'à l'archétype. C'est cette échelle qu'on appelle la magie,
La magie est une contemplation profonde qui embrasse la nature, la puissance, la qualité, la substance, les vertus, les similitudes, les différences, l'art d'unir, de séparer, de composer ; en un mot le travail entier de l'univers.
Il y a quatre éléniens , principes de la composition et de la décomposition^ l'air, le feu, l'eau et la terre.
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Us sont triples chacun.
Le feu et la terre , Tun principe actif, l'autre principe passif, fuifisent à la production des merveilles de la nature.
Le feu par lui-même, isolé de toute matière à laquelle il soit uni, et qui serve à manifester sa présence et son action, est immense, invisible, mobile, destructeur, restaurateur, porté vers tout ce qui Tavoisine , flambeau de la nature , dont il éclaire les secrets. Les mauvais démons le fuient , les bons le cherchent; ils s'en nourrissent.
La terre est le suppôt des élémens , le réservoir de toutes les influences célestes ; elle a en elle tous les germes et la raison de toutes les production^ : les vertus d'en haut la fécondent. Les germes de tous les animaux sont dans l'eau. L'air est un esprit vital qui pénètre les êtres , et leur donne la consistance et la vie, unissant, agitant, remplissant tout : il reçoit immédiatement les influences qu'il transmet. V II s'échappe des corps des simulacres spirituels et naturels qui frappent nos sens. '
'il y a un moyen de peindre des images, des lettres qui portées k travers l'espace immense , peuvent être lues sur le disque de la lune qui les éclaire, par quelqu'un qui sait et qui est prévenu. ' Dans le mondç archétype tout est en tout } proportion gardée , c'est la même chose dans celui-ci.
Les élémens dans les mondes inférieurs , sont des formes grossières , des amas immenses de matière. Au ciel, ils sont d'une nature plus énergique , plus subtile , plus active , vertus dans les intelligences ; idées dans l'archétype.
Outre les qualités élémentaires que nous connaissons , les êtres en ont de particulières, d'inconnues, d'innées, dont les effets nous étonnent : ce sont ces dernières que nous appelons occultes» Les vertus occultes émanent de Dieu , unes en lui , multiples dans l'âme du monde, infuses dans les esprits , unies ou séparées des corps , faibles ou fortes , selon la distance de l'être à l'archétype.
Les idées sont les causes de l'existence et de la spécification ; c'est d'elles que naissent les qualités qui passent dans la matière en raison de son aptitude à les recevoir.
Dieu est la source des vertus; il les confie aux anges ses mi* nistres ; les anges les versent sur les cieux et les astres ; les astres les répandent sur les hommes , les plantes , les animaux , la terre , les élémens.
Yoici donc l'ordre d'émanation des vertus : les idées , les intelligences y les cieux, les élémens, les êtres.
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Aucan être n*est content de sa nature , s'il est prîyé de tout secours divin.
Les idées sont les causes premicros de la forme et des vertus.
Les vertus .ne passent point des êtres supérieurs aux inférieurs sans rintermëde de l'àme du monde , qui est une cinquième essence.
Il n'y a pas une molécule dans l'univers à laquelle une particule de cette âme du monde , ou de cet esprit universel ne soit présente.
Distribuée en tout et partout , elle ne Test pas également. H j a des êtres qui en prennent les uns plus , les autres moins.
Il y a antipathie et sympathie en tout ; de là une infinité de rapports , d'unions et d'aversions secrètes.
Les êtres en qui la vertu , la particule divine est moins embarrassée de matière , ne cessent pas de produire des effets étonnans après leurs destructions.
Les choses inférieures sont dominées par les supérieures. Les mœurs des hommes dépendent des astres.
Le monde sublunaire est gouverné par les planètes, et le. monde planétaire par celui des fixes.
Chaque astre a sa nature , sa propriété , sa condition , ses rayons, qui vont imprimer sur les êtres un caractère, une signature distincte et particulière.
Quelquefois les influences se confondent dans un même être , elles y entrent selon des rapports déterminés par un grand nombre de causes, entre lesquelles la possession est une des principales.
Il y a une liaison continue de l'âme du monde à la matière ; c'est en conséquence de cette liaison que Tâme du monde agit sur tout ce qui est.
On peut remonter des choses d'ici'-bas aux astres , des astres aux intelligences, des intelligences à Tarchétype. Cest une corde qui touchée à un bout frémit à l'autre ; et la magie consiste à juger de la correspondance de ces moavemens qui s'exécutent à des distances si éloignées. C'est une oreille fine qui saisit des * résonnances fugitives , imperceptibles aux hommes ordinaires. L'homme ordinaire n'entend que dans un point. Celui qui a la science occulte , entend sur U terre , au ciel et dans l'in^ tervalle.
n y a de bons et de mauvais génies.
On s*unit aux bons génies par la prière et les sacrifices; aux mauvais par des arts illicites.
Il y a des moyens d'attacher un esprit à un corps.
Il y a des suffumigattons analogues à des influences , soit qu'il s'agisse de les attirer ^ soit qu'il s'agisse de les écarter.
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La luduêrc est un acte simple , une image divine imprimée dans tous les êtres , émanée du përe au fils , du dU k Tesprit saint , de l'esprit saint aux anges , des anges aux astres , des as<* très à la terre , aux hommes , anx plantes , aux animaux. Elle affecte le sens et l'imagination de l'homme.
L'imagination violemment émue peut changer le corps , lui donner de l'empire , de l'action et de la passion , l'approprier à certaines maladies, à certaines impressions, etc.
La contention violente de l'âme humaine , l'élëve , l'unit aux intelligences , J'éclaire , l'inspire , porte dans ses actions et ses concepts quelque chose de divin et de surnaturel.
L'âme humaine a en elle la vertu de changer , d'approcher , d'éloigner, de lier ; elle peut dominer et les choses et les esprits , par une énergie particulière de sa vertu on de ses passions.
Les noms des choses ont aussi leur pouvoir. L'art magique a sa langue : cette langue a ses vertus ; c'est une image des signatures. De là l'effet des invocations, évocations, adjurations, conjurations , et autres formules.
n parait que le nombre est la raison première de Tenchatuement des choses.
Les nombres ont leur vertu , leur efficacité bien ou malfaisante!
L'unité est le prindpe et la fin de tout j elle n'a ni fin ni principe.
Le nombre binaire est mauvais. Le dualisme est un démon malfaisant , ou il y a multitude matérielle.
Le ternaire représente Dieu , l'âme du monde , l'esprit de l'homme.
Le quaternaire est la base de tous les nombres.
Le quinaire a une force particulière dans les expiations sacrées. Il est tout. Il arrête l'effet des venins. Il est redoutable aux mauvais génies.
Le septénaire est très-pnissant , soit en bien soit en mal.
Dieu est la monade. Avant qu'elle ne s'étendit hors d^elie , et ne produisît les êtres ^ elle engendra en elle le nombre ternaire.
Le nombre denaire est la mesure de tout.
Les caractères des mots ne sont pas sans vertu. On en peut tenir la connaissance des propriétés et des événemens.
L'harmonie analogue au concert des cieux , en provoque ncr* veilleusement l'influence.
L'homme a tout en lui , le nombre , la mesure ^ le poids, le ^^ouvementi les élémenSi riuiriiioaie.
Il y a une cause sublime , secrète et n^ssaire du sort. Il peut conduire à la yërité.
Le monde , les cieux , les astres ont des âmes ; ces âmes ne Sont pas sans affinité avec la nôtre.
Le monde vit ; il a ses organes ^ il a ses sens.
L'ame du monde a ses opérations intellectuelles ; elle tient de la nature divine.
Les imprécations ont leurs efficacités. Elles s'attachent sur les êtres , et les modifient.
La liaison universelle des choses constate la réalité et la certitude de la magie.
La magie est un art sacré qu'il ne faut pas divulguer.
Elle suppose une suspension du commerce de l'âme avec le corps, une absence entière de toutes distractions , une union intime avec les intelligences. On l'obtient par les cérémonies religieuses , les expiations, les sacrifices, la prière, les consécrations , etc.*
Il faut avoir surtout la foi , l'espérance et la charité : ce sont ces vertus qui lèvent le voile qui couvre le miroir divin , et qui permettent à l'œil de l'homme de recevoir par réflexion la connaissance des états , des effets et des causes.
Quoique Dieu soit tout dans l'union essentielle des trois* personnes , on peut cependant y considérer encore quelques quah't^ divines , quelques intelligences réelles que les philosophes des nations ont appelées divinités , les Hébreux aépkiroéh , et que nous appelons attributs.
Les différens noms de Pie^ nç désignent point des essences divines , mais des propriétés analogues à ses bienfaits , à s^ châtimens.
Dieu est le maître ; mais il a des ministres bien et malfaisans. Les astres sont aussi des instrumens de sa puissance : elle a encore d'autres canaux.
L'intelligence de Dieu est incorruptible , immortelle , insensible , présente à tout , influant sur tout.
* Il y a trois classes de démons ; des esprits célestes , intelligens , sans corps. Leur fonction unique est de transmettre la lumière de Dieu. Des esprits qui président à ce monde, et qui résident dans les astres. Des esprits qui nous sont attachés. Ils sont dans l'air, dans l'eau , dans le feu , dans la terre. Ils ont des corps; ils sont susceptibles de passions. Leurs corps ne sont pas sensibles.
L'aspect des planètes au moment de la naissance de l'homme, indiquera la nature de son génie tutélarre.
L'homme est abandonné à trois démons ) l'un est divin , il
préside k son âme ; l'autre est ou bien ou malfaisant , il domine il sa naissance ; le troisième décide de sou sort.
Les caractères des esprits et leurs signatures, ne sont pas intelligibles à tous les yeux : c'est une lecture réseryée à quelques hommes privilégiés.
On enchaîne les démons , et on leur commande par des moyens empruntés ou du monde élémentaire, ou du monde céleste , ou du monde intellectuel et divin.
Voici l'ordre des êtres animés. Dieu , les intelligences , les démons , les héros , les semi-dieux , les dieux mortels , les dieux terrestres, les hommes, les animaux.
L'esprit humain est corporel , mais sa substance est très-subtile , et d'une union facile avec la particule qui est en nous.
Le mal naît de la mauvaise disposition de ce qui reçoit , et non de la dépravation de ce qui influe.
L'âme qui sera souillée dans ce monde , sera punie après la dissolution du corps , par son union avec un autre corps formé de vapeurs élémentaires , oii elle subira toute la gène d'une prison.
Ces âmes punies se précipitent quelquefois dans les corps des animaux , les tourmentent et les obsèdent } leur présence y opère à l'instar des démons.
Elles se plaisent à errer autour des cadavres, elles en aiment là vapeur ; c'est un moyen de les évoquer. De là la nécromancie. ^
Il y a dans l'homme le corps , l'esprit , la raison et l'idole. Ces trois derniers constituent l'âme qui est une. L'esprit éclaire la raison; la raison s'occupe de l'idole; l'idole vient des objets.
L'âme qui est de Dieu , ou qui émane du monde intelligible , est immortelle et éternelle.
Celui qui attend un oracle se disposera à le recevoir par la pureté , l'abstinence , les jeûnes , la continence , la solitude , la tranquillité , le silence et l'élévation.
La pénitence et l'aumône sont les deux grands moyens expiatoires.
Qui croirait que des hommes instruits aient donné sérieusement dans ce tissu indigeste et ridicule de supposition? qui croirait que dans ce siècle même oh l'esprit humain a fait de si grands progrès en tout genre , il y ait encore des gens qui n'en sont pas détrompés? Le fait cependant n'est que trop vrai. C'est le d^ordre de l'imagination qui invente ces systèmes ; c'est la nouveauté qui les accrédite ; c'est l'intérêt qui les perpétue. S'il faut croire au diable , s'il faut s*j donner pour obtenir une dignité y jouir d'une femme , exterminer une rivale ^ connaître
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l'avenir , posséder un trésor , on y croira , on s'y donuera; De» femmes titrées, à l'entrée de la nuit, monteront dans leurs équi-» pages , se feront conduire à l'extrémité d'un faubourg , grimperont à un cinquième étage, et iront interroger sous les tuiles y quelque vieille indigente à qui elles persuaderont elles-4iiém£a que le présent , l'avenir et le passé sont ouverts à ses yeux , et qu'elle possède le livre du destin. Il n'y a aucun excès auquel lea gens k sabbats ne puissent se porter ^ ils ne seront effrayés ni da meurtre , ni du vol , ni du sacrilège. C'est en encourageant la philosopbie qu'on réussira k éteindre dans un état toute con^^ fiance dans les arts occultes. Les prestigiateurs redoutent l'œil du philosophe. Déjà ces femmes qui se font aujourd'hui piétiner , donner des coups d'épée , crucifier, frapper à coups de bik-» ches , étendre sur des brasiers , ont exclu de leurs assemblées théurgiques les beaui^ esprits , les physiciens , les académiciens , les prêtres mêmes ', elles disent que ces gens retardent par leur présence l'opération de Dieu, et que leurs merveilles ne s^'opèrent qu'en faveur des libertins , des gens du monde et des juifs ; ce sout eu effet les seuls qu'elles admettent , et ceux dont les lumières ne sont pas fort à craindre pour elles.
Le mot philosophie pythagoreo-platonico^ahalistiquë n*étaii pas plus odieux sous François Patrice , que le mot encyclopédie aujourd'hui , que le moi philosophie dans tous les temps. Qoe 6t cet homme? il coupa à ce monstre deux de ses t^ tes. Il réduisit le système au platonisme pur , et s'occupa sérieusement à cob^ naître cette doctrine , et à la répandre. Combien l'érudition , la critique, l'histoire, la philosophie, les lettres n'au raient-elles pas àù. a Patrice , si sa vie n'avait pas été pleine de distractions et de troubles ! L'Aristotélisme n'eut pas d'ennemi plus redoutable et plus adroit. Il l'attaqua sous cent formes diverses. Soa nom est encore célèbre dans l'histoire littéraire , quoiqu'il ait professé le Platonisme de l'école d'Alexandrie , qu'il ait cherché à concilier la doctrine de l'académie avec celle de l'Eglise , et qu'il ait prétendu que le philosophe athénien avait connu la résurrection des morts , entrevu nos mystères , et prédit la venue de Jésus -Christ. Il ne soupçonna pas la supposition de tous ces livres qui avaient été publiée dans les premiers temps du Chris* tianismc sous les noms à* Hermès ^ d* Orphée, de Zorocutre^ de Pythagore et d'autres ; il recueillit le poëmandre , le discours^ sacré , la clef, le discours à son fils , le discours à Asclépius , la Miuerve du monde , et s'en fît éditeur; il tenta même de rapprocher Aristote , Jésus-Christ et Platon. Voici le titre du plus rare de ses ouvrages : Nova de imiversis phUosophia libri IF^^ com^ prehensa , in qua AristoUlem methodo non per mottun y êcd per
liwem H iumina ad primant causam oêcendiiur ; dêinds nmya
Îuœdam et peculiari methodo Platoniaa rerum uniîfersitas à Dec 'educUurj autore Francisco Patricio , philasopho eminentissitno^ et in celeberrimo romano gym/Hieio êununa cum laude eandem philosophiam publiée interpretaia. Quibus postremo sunt ad/ecta Zoroast.,. oracula cccxx , ex Platonicis collecta , Hermetie Tre-» megisli libellis et fragmenta quotcumque reperiuntur j ordine scientifico disposita, Asclepii discipuli très libelii , myetica jEgyptiorum à Platane dicta ta, ab Arietotele encepta et pe^rempta philosophia, Platonicorum diiUcgorum^ nopus penitua à Francisco Patricio inventuê ordo scientificue. Capita demitm multa in quibus Plato concors , Ariètotelea pero cat)iolicœ fidei adveraariua ohtendilur, Télésius renouvelait alors la philosophie pannënidienne , et Patricius profita de ses idées. Il dit , l'unité était avant tout ^ tout procède de l'unité. L'unité est Dieu. Dieu est l'auteur des premières monades ; les premières monades, des autres monades ; celles-ci, des- essences ; les essences , des vies ; les vies , des intelligences ; les intelligences , des esprits ; les esprits , des natures ; les natures , des propriétés ; les propriétés , des es^ pèces ; les espèces , des corps. Tout est dans l'espace , la chaleur et la lumière. L'objet de la philosophie est de. s'élever à Dieu. La sensation est le premier principe de la connaissance. La lu** mière céleste est Timage de Dieu. Dieu est la lumière primitive, La lumière est présente à tout, vivifie tout , informe tout , etc. Il crut donner à toutes ces imaginations télésiennes , parméni-' diennes et platoniciennes du relief par des expressions nouvelles ; mais le temps qui apprécie tout , a réduit son travail à rien , et nous regrettons qu'un homme aussi laborieux , aussi pénétrant , qui sut tant de choses , qui eut tant de talens , soit né dans des circonstances si malheureuses , qu'il était presque impossible qu'il en tirât un grand avantage. Il naquit en 1629 et vécut cinquante-un ans. Il eut une amie du premier mérite ^ c'est la cé-*lèbre Tarquinia Molza. Cette femme sut les langues grecque , latine et étrusque. Elle lisait les historiens , les poètes, les orateurs , les philosophes anciens comme s'ils avaient écrit dans son idiome maternel. Aristote , Pindare, Sophocle et Platon lui étaient familiers. Elle avait étudié la logique. La morale , la
Ïhysique et l'astrologie même ne lui étaient point étrangères. Jle était musicienne jnsqu'à étonner les premiers maîtres de l'Italie, n y a pent^tre plus de femmes qui se sont illustrées , que d'hommes qui se sont fait un nom , eu égard au petit nombre de celles qu'on élève, et qu'on destine aux choses importantes. Quant à l'énergie de l'âme , elle a une mesure donnée d«ns la plus grande des terreurs, celle de la mort. Or combien ne
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compte-t-on pas de femmes qui ont bravé ïa mort ! Tout être qui sait braver la mort , Pattendre sans se troubler, la voir saut pâlir, la souffrir sans murmurer, a la plus grande force d'âme , peut concevoir les idées les plus hautes, est capable du plus violent enthousiasme, et il n'y a rien qu'on n*en doive attendre, soit qu'il parle , foit qu^l agisse , surtout si une éducation convenable a ajouté aux qualités naturelles ce qu'elles ont coutume d'en recevoir.
Le PylhagoreO'platonico^cahalUfne fit aussi quelques progrès en Angleterre. On y peut compter parmi ses sectateurs Théor philc Galle , Radulphe Cudwortb et Henri Morus.
Galle se fit un système théosophique ; cartésien , platonicien , aristotélicien , mosaïque et rationnel. Confondanttout , \\ corrompt tout.
Cudwortb fut atomiste et plastique en philosophie naturelle , et platonicien , selon l'école d'Alexandrie , en métaphysique et morale.
Morus passa successivement de l'aristotélisme au platonisme , du platonisme au scepticisme , du scepticisme au quiétisme , et du quiétisme à la théosophie et à la cabale. -
Il suit de ce qui précède que ces derniers philosophes se sont tourmentés long-temps et inutilement pour restituer une philosophie dont il ne restait aucune trace certaine ; qu'ils ont pris les visions de l'école d'Alexandrie pour la doctrine de Platon ; qu'ils ont méconnu la supposition des ouvrages attribués à Pythagore et à d'autres anciens philosophes; qu'ils se sont perdus dans les ténèbres de la cabale des Hébreux ; qu'ils ont fait le plus mauvais usage qu'il était possible des connaissances incroyables qu'ils avaient acquises, et qu'ils n'ont presque servi de rien au progrès de la véritable philosophie.
QUALITÉ. ( Métaphysique. ) Ce mot exprime tonte détermination intrinsèque de l'être , qui peut élre comprise par ellemême , et sans recourir à la voie de comparaison ; c'est ce qui dislingue les qualités de la quantité. La quantité existe dans le sujet , mais elle ne saurait être exprimée par la seule description ; pour rendre sa notion communicable , il faut chercher quelque quantité homogène déterminée , que vous prenez pour une unité et sur laquelle vous mesurez la première ; c'est un grand homme , dites-vous. Jusques-là la grandeur n'est qu'une quiUitê; mais en voulez-vous déterminer la quantité , vous ne le ferez qu'en disant, il a tant de pieds et de pouces. An lieu que si vous parlez d'une étoffe rouge, d'une pierre chaude , etc. , lasimple dénomination de ces qualités en excite l'idée.
Toute détermination intrinsèque de l'être , est qualité ou quan-
tité, et par conséquent tont ce qui n'estpas quantité est ^z^i^^ ; prenez une boule de bois. Qu'y a-t-il à observer dans ce sujet? Des^quantités } savoir, la grandeur de la boule , et de son dia-* mëtre , la multitude dëterminable de ses parties , et la quantité de son poids. Des qualités; savoir , sa figure , l'espèce de sa matière , sa pesauteur, sa couleur, etc.; voilà tout de que ce sujet , et quelque autre que ce soit peuvent fournir.
Les déterminations essentielles , les attributs, les possibilités et les modes mêmes, en tant qu'on en sépare l'idée de la quantité, sont les çualiléa de l'être ; il y en a de primitives , qui n'en re-> connaissent point d^autres oii elles aient leur raison / il y en a de dérit^atii^es , dont la raison suffisante , tant d'actualité que de possibilité , se trouve dans d'autres antérieures.
Les qualités déri^atives sont, ou nécessaires, ou contingentes. Les premières ont la raison suffisante de leur actualité dans les primitives : les autres n'y ont qu'une raison prochaine, ou même éloignée de leur possibilité. Ainsi les qualités dérivatives néce'-< saires sont la même chose que les attributs) et les qualités dérivatives contingentes coïncident avec les modeSé
Les qualités servent à distinguer les choses ; celles qui sont constantes, c6mme les qualités primitives, et les dérivatives nécessaires distinguent les objets en tout temps ; mais les contingentes ne peuvent servir à cet usage que dans un temps donné. Les choses semblables ont les mêmes qualités^ et celles qui ont les mêmes qualités sont semblables.
La doctrine des qualités a fort occupé les scholastiques qui l'ont embarrassée de leurs subtilités , et qui aun qualités réelles avaient joint utie foule de qualités occultes , qu'ils employaient pour Texplication des phénomènes , et que la saine philosophie n'a peut-être pas encore entièrement extirpées.
Aristote s'en est tenu à la notion confuse du vulgaire sur ce sujet , en définissant la qualité ^ ce que nous répondons à la ques» tion, qu'elle est une telle chose? Quelques scholastiques ont fait leurs efforts pour rendre cet^e notion plus distincte , en indiquant les marques qui* dénotent les qualités dans les sujets; mais leur esclavage n'a pas permis qu'ils fissent de grands progrès dans cette analyse. Cependant cette notion confuse adoptée par l'école , n'est point en contradiction avec la notion distincte que notre définition en donne ; et toutes les qualités que nous comprenons sous cette définition , peuvent servir de réponse k la question, quel est ce sujet ? Tout ce qu*il jr a , c'est que la voie vulgaire ne sert qu'à distinguer confusément les objets dans la pratique; au lieu que la route philosophique en enseigne les distinctions à priori. -
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RAISON, 8. f. (Logique.) On peut se former J! verses notions da mot raison, i*. On peut entendre simplement et sans restriction cette facnlté naturelle dont Dieu a pourvu les hommes , pour connaître la vérité , qnelque lumière qu'elle suive , et à quelque ordre de matières qu'elle s'applique.
2*. On peut entendre par raison cette même faculté considérée, non absolument , mais uniquement en tant qu'elle se conduit dans Wfè recherches par certaines notions , que nous apportons en naissant, et qui sont communes à tous les hommes du monde. D'autres n'admettent point ces notions , entendent par la lumière naturelle, l'évidence des objets qui frappent l'esprit , et qui lui enlèvent son consentement.
3*". On entend quelquefois par la raison , cette lumière natu-* relie même , par laquelle la faculté que nous désignons par ce même nom, se conduit. C'est ainsi qu'on l'entend ordinairement, lorsqu'on parle d'une preuve , ou d'une objection prise de la raison y qu'on veut distinguer par-là des preuves et des objections prises de l'autorité divine ou humaine. Au contraire , on entend cette faculté que nous appelons raison , lorsqu'on dit que cette poison te trompe, ou qu'elle est sujette à se tromper, qu'elle est ayeugle , qu'elle est dépravée ; car il est visible que cela convient fort bien à la faculté , et nullement à la lumière naturelle.
4®. Par raison on peut aussi entendre l'enchaînement des vérità auxquelles l'esprit humain peut atteindre naturellement , sans être aidé des lumières de la foi. Les vérités de la raison sont de dem sortes : les unes sont ce qu'on appelle les vérités éu-rnelles^ qui sont absolument nécessaires ; en sorte que l'opposé implique contradiction ; et telles sont les vérités dont la nécessité est logique, métaphysique ou géométrique , qu'on ne saurait renverser sans être mené à des absurdités. Il y en a d'antres qu'on peut ap^ peler positives, parce qu'elles sont les lois qu'il a plu à Dieu de donner à la nature, ou parce qu'elles en dépendent. Nous les apprenons ou par l'expérience , c'est-à-dire à posteriori , ou par la raiêon^ et à priori ^ c'est-à-dire par des considérations tirées de la convenance , qui les ont fait choisir. Cette convenance a aussi ses règleset ses raisons; mais c'est le choix libre de Dieu , el non une nécessite géométrique qui fait préférer leconvenable. Ainsionpeut dire que la nécessité physique est fondée sur la nécessité morale , c'est-à-dire sur le choix du sage , digne 'de sa sagesse , et que Tune aulsi-bien que l'autre doit être distinguée de la nécessité géométrique. Cette nécessité physique est ce qui fait l'ordrede la nature, et consiste dans les règles du mouvement et dans quelques autres lois générales , que Dieu a établies en créant cet univers. Les lois de la nature sont toujours sujettes à la dispensation du législateur^
qui peut, qAand îllni platt, les arrêter et les suspendre: au lieu que les vérités éternelles , coranie celles de la géométrie , ne sont assujetties à aucune loi arbitraire. Or c*est à ces dernières vérités que la foi ne saurait jamais être contraire. La vérité ne peut jamais être attaquée par une objection invincible ; car si c*est une démonstration fondée sur des principes ou sur des faits incontestables , formée par un enchaînement de vérités éternelles , la conclusion est certaine et indispensable ; et ce qui est opposé doit être nécessairement faux, autrement deux contradictoires pourraient être vraies en même temps. Que si l'objection n*est point démonstrative , elle ne peut former qu'un argument vraisemblable, qui n'a point de force contre la foi, puisqu'on convient que les mystères de la religion sont contraires aux apparences. Foyet l'article Mystères , oii l'on prouve contre Bayle la con« formité de la foi avec la raison prise pour cet enchaînement de vérités éternelles, qui sont absolument nécessaires. Il faut maintenant marquer les bornes précises qui se trouvent entre la foi et la raison,
I*. Nulle proposition ne peut être reçue pour révélation di-^ vine , si elle est coiitradictoirement opposée à ce qui nous est connu , ou par une intuition immédiate , telles que sont les pn>* positions évidentes par elles-mêmes , ou par des déductions évidentes de la raison , comme dans les démonstrations ; parce que l'évidence qui nous fait adopter de telles révélations ne pouvant surpasser la certitude de nos connaissances, tant intuitives que démonstratives, si tant est qu'elle puisse l'égaler, il serait ridicule de lui donner la préférence; et parce que ce serait renverser les principes et les fondemens de toute connaissance et de tout assentiment : de sorte qu'il ne resterait plus aucune marque caractéristique de la vérité et de la fausseté, nulles mesures da croyable et de l'incroyable, si des propositions douteuses devaient prendre la place devant des propositions évidentes par alles-^nêmes. Il est donc inutile de presser comme articles de foi des propositions contraires à la perception claire que nous avons de la convenance on delà disconvenance de nos idées. Par conséquent, dans toutes les choses dont nous avons une idée nette et distincte , la raison est le vrai juge compétent ; et quoique la révélation en s'accordant avec elle pnisse confirmer ces décisions , elle ne saur rait pourtant dans de tels cas invalider ses décrets; et partout on nous avons une décision claire et évidente de Ja raison ^ nous ne pouvons être obligés d'y renoncer pour embrasser l'opi-^ nion contraire , sous prétexte que c'est une matière de foi. La raison de cela, c'est que nous sommes hommes avant que d'être chrétiens.
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2°. Comme Dieu , en nous accordant la lamiëre de la rtùson , ne s'est pas ôté la liberté de nous donner, lorsqu'il le juge à propos , le secours de la révélation sur des matières où nos facultés naturelles ne sauraient atteindre; dans ce cas y lorsqu'il a pin k t)ieu de nous fournir ce secours extraordinaire , la révélation doit l'emporter sur toutes les résistances de notre raison; ces résistances n'étant ici fondées que sur des conjectures probables ; parce que l^esprit n'étant pas certain de la vérité de ce qu'il na connaît pas évidemment , mais se laissant seulement entraîner à la probabilité, il est obligé de donner son assentiment à un témoignage qu'il sait venir de celui qui ne peut tromper ni être trompé. Lorsque les principes de la raison ne nous font pas voif évidemment qu'une proposition est vraie ou fausse , dans ce cas la révélation manifeste a lieu de déterminer l'esprit, comme étant un autre principe de vérité : et ainsi la proposition appuyée de la révélation devient matière de foi, et au-dessus de la raison\ La raison ne pouvant s'élever au-dessus de la probabilité , la foi a déterminé l'esprit oii la raison est v^nue à manquer.
Jusques-là s'étend l'empire de la foi; et cela sans faire aucune violence à la raison , qui n'est point blessée ou troublée , mais assistée et perfectionnée par de nouvelles lumières émanées de la source éternelle de toute connaissance. Tout ce qui est du ressort de la révélation doit prévaloir sur nos opinions, sur nos préjugés et sur nos intérêts , et est en droit d'exiger de l'esprit un parfait assentiment. Mais une telle soumission de notre raison k la foi ne renverse pas pour cela les limites de la connaissance kumaine , et n'ébranle pas les fondemens de la raison ; elle nous laisse la liberté d'employer nos facultés à l'usage pour lequel elles nous ont été données.
Si l'on n'a pas soin de distinguer les différentes juridictions de la foi et de la raison par le moyen de ces bornes , la raison n'aura point de lieu en matière de religion, et l'on n'aura aucun droit de se moquer des opinions et des cérémonies extravagantes qu'on remarque dans la plupart des religions du monde. Qui ne voit que c'est là ouvrir un vaste champ au fanatisme le plus ou* tré,.aux superstitions les plus insensées I Avec un pareil prtn* cipe , it n'y a rien de si absurde qu'on ne croie. Par là il arrive que la religion , qili est l'honneur de l'humanité , et la préroga-* tive la plus excellente de notre nature sur les bêtes, est souvent la chose du monde en quoi les hommes paraissent les plus déraisonnables.
BAISONNABLE, adj. ( Gramm, ) Il se dit des personnes et des choses. Un homme raisonnable ^ ou dont la conduite est conforme à la raison y une action raisonnable ^ ou dont le. motif est
conforme à la raison. Ce mot a une acception un peu détourqée, lorsqu'y est appliqué à la femme) une femme raisonnable est celle qui ne se laisse point emportera Tesprit régnant de la galanterie. Raisonnable est quelquefois synonyme à juste | et en efiet , la raison dans laconduite, ou la pbijosophie, ou la justice, c'est la même chose. Je ne lui refuserai rien de ce qu'il est raisonnable d'exiger en pareil cas. Savoir bien raisonner , est un » et être raisonnable , un autre. Raisonnable se prend auçsi quelquefois pour modique. On vit en province à un prix raisonnable.
RAISONNEMENT , s. m. ( Logique et Métaphysique, ) Le raisannemsnt n'est qu'un enchaînement de jugemens qui dépendent les uns des autres. L'accord ou la discordance de deux idées ne se rend pas toujours sensible par la considération de ces deux seules idées. Il faut en aller chercher une troisième , ou même davantage , si cela est nécessaire , pour les comparer avec ces idées intermédiaires conjointement ou séparément; et l'acte par lequel nous jugeons cette comparaison faite, que l'une ou l'autre de ces deux idées , ou toutes les deux s'accordent ou ne s'accordent pas avec la troisième , s'appelle raisonnement.
Le père Malebranche prouve d'une manière assez plausible | que toute la différence qui se trouve entre la simple perception , le jugement et \t raisonnement ^ consiste en ce que , par la simple perception , l'entendement perçoit une chose sans rapport à une autre : que, dans le jugement , il perçoit le rapport qui est entre deux choses ou un plus grand nombre : et qu'enfin , dans le rai'êonnement^ il perçoit les rapports perçus par le jugement ; de sorte que toutes les opérations de l'âme se ramènent à des perceptions^
Il y a différentes sortes de raisonnement; mais le plus parfait et le plus usité dans les écoles, c'est le syllogisme , qui se définit , un tissu de trois propositions^ fait de manière , que si les deux premières sont vraies , il est impossible que la troisième ne le soit pas. La conséquence ou conclusion est la proposition principale du syllogisme, et à laquelle les deux autres doivent se rapporter; car on ne fait un syllogisme que pour obliger quelqu'un d'avouer une troisième proposition qu'il n'avouait pas auparavant. Supposé la vérité des deux prémfsses du syllogisme^ il faut que la conséquence soit nécessairement vraie , parce qu'elle est enfermée équivalemment dans les prémisses. Pour rendre ceci intelligible, il faut se souvenir qu'une proposition est vraie, lorsque l'idée du sujet contient l'idée de l'attribut. Comme donc il ne s'agit dans un syllogisme , que de faire sentir que la troisième proposition, dite la conséquence ^ est vraie, il ne s'agit aussi que de faire apercevoir comment dans cette conséquence , l'idée du sujet contient Tidée de l'attribut. Or que fait-on pour montrer '3. 33
que la conséquence contient l'idée de l'attribut ? On 'prend une troisième idée appelée moyen terme ( parce qu'en effet elle^est mitoyenne entre le sujet et l'attribut) : de manière qu'elle est contenue dans le sujet, et qu'elle contient l'attribut; car si une première chose en contient une seconde , dans laquelle seconde une troisième soit contenue , la première nécessairement contiendra la troisième. Si une liqueur contient du chocolat dans lequel est contenu du cacao, il est clair que cette liqueur contient aussi du cacao. Voyez Siellocisme.
Ce que les logiciens ont dit du raisonnement dans bien des volumes , parait entièrement superflu et de nul usage; car, comme le remarque l'auteur de l'art de penser, la plupart de nos erreurs viennent bien plus de ce que nous raisonnons sur des principes faux, que non pas de ce que nous ne raisonnons pas suivant nos principes. Raisonner, dans le sens précis et philosophiqae, n'est autre chose que de donner son aveu ou son assentiment à la convenance que l'esprit aperçoit entre des idées qui sont actuellement présentes à l'esprit ; or comme nos idées sont pour nous autaut de perceptions intimes , et que toutes nos perceptions intimes nous sont évidentes, il nous est impossible de ne pas aper^ cevoir évidemment , si de ces deux idées que oous avons actuellement dans l'esprit, l'une est la même que l'autre; ou |i elle n'est pai la même. Or apercevoir qu'une idée est ou n'est pas une autre idée , c'est raisonner juste : donc il est impossible à tout homme de ne pas bien raisonner.
Quand donc nous trouvons qu'un homme raisonne mal , et qu'il tire une mauvaise conséquence , ce n'est pas que cette conquence ne soit juste par rapport à l'idée ou au principe d'oii il la tire, mais c'est qu'il n'a pas actuellement dans l'esprit l'idée que nous lui supposons. Mais , dira-t-on , il arrive souvent qu'un autre convient avec moi d'une même pensée ou idée , et cependant il en tire une conséquence toute différente de celle que je tire : c'est donc que lui ou moi nous raisonnons mal, et que sa conséquence ou la mienne ne sont pas justes : à quoi je réponds que la pensée ou idée dont vous convenez avec lui , n'est pas aa juste la même pensée ou idée que la vôtre; vous en convenez seulement dans l'expression , et non pas dans la réalité. Rien n*est plus ordinaire que d'user de la même expression qu'un autre , sous laquelle je n'ai pas la même idée que lui. Vous ajoutez qn'ua même homme employant le même mot , et se rappelant la même pensée, en tire une conclusion différente^de celle qu'il avait tirée auparavant, et qu'il avoue lui-même *qu'il avait mal raisonné : je réponds de nouveau qu'il a tort de s'en prendre à son raisonnement : mais croyant se rappeler la même pensée., à
cause que c'est peut-être le même mot , la pensée d'oîi il tire aujourd'hui une conclusion dificrente de celle d'hier: que cette pensée , dis-je, est différente de celle d'hier, et cela par quelque altération d'idées partiales imperceptibles; car si c'était la même pensée , comment n'y trouverait-il plus la même convenance avec la conclusion d'hier, une pensée et sa conclusion étant une même idée par rapport à la convenance qu'y trouve notre esprit?
A prendre la chose de ce biais, un art des plus inutiles serait Fart de raisonner, puisqu'on ne peut jamais manquer à bien raisonner, suivant les idées qu'on a dans Fesprit actuellement. Tout le secret dépenser juste consistera donc h se mettre actuellement dans l'esprit avec exactitude , la première idée qu'il faut avoir des choses dont on doit juger j mais c'est ce qui n'est point du ressort de la logique, laquelle n'a pour but essentiel que de trouver la convenance ou disconvenance de deux idées qui doivent être pré* sentes actuellement à l'esprit.
La justesse de cette première idée peut manquer par divers endroits : i'. du côté de l'organe de nos sens , qui n'est pas dis-^ posé de la même manière dans tous les hommes: 2"*. du côté de notre caractère d'esprit , qui étant quelquefois tourné autrement que celui des autres hommes , peut nous donner des idées particulières avec lesquelles nous tirons des conséquences impertinentes , par des rahonnemens légitimes : 3*. la justesse des idées manque encor'e faute d'usage du monde, faute de réflexion, faute d'être assez en garde contre les sources de nos erreurs : 4**. faute de mémoire , parce que nous croyons nous bien souvenir d'une chose que nous avons bien sue , mais qui ne se rappelle pas assez dans notre esprit : S*", par le défaut du langage humain , qui étant souvent équivoque, et signifiant selon diverses occasions , des idées diverses , nous fait prendre très-fréquemment l'une pour l'aulre.
Quoi qu'il en soit , l'erreur d'une première idée , d'oii nous tirons une conséquence toujours conforme à cette première idée , ne regarde point la nature de la vérité interne et logique, ou du raisonnement pris, dans la précision philosophique. Elle regarde ou la métaphysique qui nous instruit des premières vérités et des premières idées des choses : ou la morale , qui modère les passions dont l'agitation trouble dans notre esprit les vraies idées des objets : ou l'usage du monde, qui fournit les justes idées du* commerce de la société civile , par rapport aux temps et aux pays dîvers: ou l'usage des choses saintes, et surtout de la loi de Dieu ,
3ui seul nous fournit les idées les plus essentielles à la conduite e l'homme : maisencore une fois, l'erreur ne regarde nullement le raisonnement , en tant que raisonnement ^ c'est-à-dire, en tant qtic
la perception de la convenance ou dîsconyenance d'une idée qui est actuellement dans notre esprit , avec une autre idée qui j est actuellement aussi, et dont la convenance ou disconvenance s'aperçoit toujours infailliblement et nécessairement. Logique du père Buffier,
Je ne puis mieux terminer ce que j'ai à dire du raUonnemenl^ qu'en rendant raison d'une expérience. On demande comment on peut dans la conversation développer , souvent sans hésiter, des rcdsonnemena fort étendus. Toutes les parties en sont-elles présentes dans le même instant? Et , si elles ne le sont pas , comme il est vraisemblable , puisque l'esprit est trop borné pour saisir tout à la fois un grand nombre d'idées , par quel hasard se conduit-il avec ordre ? Voici comme l'explique l'auteur de l'Essai sur l'origine des connaissances humaines.
Au moment qu'un homme se propose de faire i)n raiêonnement^ l'attention qu'il donne à la proposition qu'il veut prouver , lui fait apercevoir successivement les propositions principales , qui sont le résultat des difiërentes parties du rcdêonnement qu'il va faire. Si elles sont fortement liées , il les parcourt si rapidement, qu'il peut s'imaginer les voir toutes ensemble. Ces propositions saisies , il considère celle qui doit être exposée la première. Par ce moyen , les idées propres à la mettre dans son jour se réveillent en lui selon l'ordre de la liaison qui est entre elles; de là il passe à la seconde , pour répéter la même opération , et ainsi de suite jusqu'à la conclusion de son raisonnement. Son esprit n'en embrasse donc pas en même temps toutes les parties ; mais par la liaison qui est entre elles , il les parcourt avec asses de rapidité , pour devancer toujours la parole , à peu près comme l'œil de quelqu'un qui lit haut , devance la prononciation. Peutêtre demandera-t-on comment on peut apercevoir les résultats d'un raisonnemeni , sans en avoir saisi les différentes parties dans tout leur détail. Je réponds que cela n'arrive que quand nous pai^ Ions sur des matières qui nous sont familières , ou qui ne sont pas loin de l'être , par le rapport qu'elles ont à celles que nous con» naissons davantage. Voilà le seul cas , oii le phénomène proposé peut être remarqué. Dans tout autre l'on parle en hésitant : ce qui provient de ce que les idées étant liées trop faiblement , se réveillent avec lenteur : ou Ton parle sans suite ^ et c'est un effet de l'ignorance.
RÉCOMPENSE , s. f. , prix accordé pour quelque action qu'on juge bonne et utile* Dans la croyance des Chrétiens , et même des Déistes , il j a des châtimens et des récompenses à venir, n y a des philosophes qui nient l'immortalité de l'âme et la vie future 9 admettant l'existence de Dieu, parce que la vertu ^
selon eux , est suffisamment récompensée par elle-même , et le yice suffisamment pani des ce monde-ci. Ils croient que la loi qui anéantit les êtres sans retour , est universelle et s'exëcute sur l'homme , ainsi que sur tons les autres animaux. Rien ne dégoûte plus de bien faire , que les récompenses mal placées. Quelle bitarrerie dans nos lois ! Tous les crimes ont leur punition ; aucune vertu n'a sa récompense ; comme si les citoyens n'avaient pas autant de besoin d'être encouragés à la vertu , qu'effirayés du vice. En cela les Chinois sont plus sages que nous. On dit : pourquoi pous récompenser? F^ous avez fait vetre devoir. Mais ne m*en a-t-il rien coûté pour faire ce devoir?
RECUEIL , s. m. (Beiles^Letires. ) , signifie parmi les savans, un registre ou une collection raisonnée de toutes les choses dignes de remarque , qu'un homme a retenu dans $es lettres ou dans ses études , tellement disposées , que parmi un grand nombre de titres et de sujets de toute espèce , on puisse tronvei^facilement celui qu'on cherche , et y avoir recours dans l'occasion.
Les recueils sont d'une grande utilité , ce sont des espèces de magasins oii l'on dépose les meilleurs et les plus beaux endroits des auteurs afin de les avoir toujours prêts pour s'en servir. Différentes personnes ont différentes manières de les disposer. Mais la plus estimée et la plus usitée parmi les savans | c'est celle de ce grand maître dans la méthode , M. Locke. U jugea à propos de la rendre publique dans une lettre adressée à M. Toynard , y étant déterminé autant par les sollicitations de ie$ amis qui en avaient éprouvé toute Tutilité , que par le grand avantage que lui en avait fait reconnaître à lui-même une expérience de plus de vingt années.
Nous donnerons ici au lecteur la substance de cette méthode, afin qu'il puisse lui-même la mettre en pratique j s'il le juge à propos , et rien n'est plus aisé.
La première page du livre en blanc , dont vous voulez faire votre recuàl , doit lui servir comme d'une espèce A^index , et contenir les renvois à tous les diffiérehs sujets et à toutes les diverses matières dont il y est parlé.
Tout le secret , tout l'art de cette méthode consiste donc dans la disposition simple et avantageuse de cet index , en sorte qu'il puisse admettre une quantité et une variété suffisante de sujets sans confusion.
Pour y parvenir il faut diviser en vingt -> cinq parties par des lignes parallèles et borisontales, les deux premières pages qui sont yis-à-vis l'une de l'antre ; ensuite chaque cinquième ligne sera distinguée des autres par une couleur différente ou par quelque autre manière. Ces lignes doivent être coupées perpendiculaire-
ment par d^autres lignes iîrées de haut en bas , et dans cliacnm des espaces résultaris de Tintersection de ces lignes horizontales et perpendiculaires , on écrira les lettres de Taiphabet et majuscules et minuscules , selon Tordre que Ton voit ci-dessous.
JVota benêÊ Que ceci rcpr<;t»eDle ce qui e&t sur une seule page penditfit qu^U y en a autant sur l^autre ; car chaque page est divisée en deux parties.
On concevra tout d'un coup par ce modèle dressé par les quatre lettres B C D E , ce qu'il faudrait faire pour toutes les autres lettres de l'alphabet , de même que la manière dé tirer les lignes horizontales et perpendiculaires , de former les divisions et d'y écrire les lettres minuscules.
Ayant ainsi disposé Vind^x de votre recueily il est tout préparé , vous pouvez y inscrire toutes sortes de sujets, et voici comment. Considérez à que] titre vous rapporteriez le passage que vous voulez mettre dans votre recueil , et auquel vous seriez conduit le plus naturellement pour le chercher : remarquez dans ce titre la lettre initiale et la. première voyelle qui la suit , ce sont les deux lettres caractéristiques d'oii dépend tout l'usage de Vindex.
Supposez , par exemple , que je veuille insérer dans mon necueil un passage qui ait rapport à ce titre dispute y je remarque que D est la première lettre , et que i est la première voyelle ; cherchant alors dans Vindex la division D î , et dans ^Ile-ci la ligne ( car c'est la place de tous les mots dont la première lettre est D, et la première voyelle i), comme dispute , distrait ^ dim-* nilé , discours , dissimulation , discorde ^ etc, et ne trouvant point de nombres déjà marqués qui m'indiquent aucune page du livre cil ces mots sont insérée, je tourne les feuillets jusqu'à la première page blanche , et comme je suppose qu'on ne s'est pas encore servi du recueil ^ ce sera la seconde, et là j'écris ce que j'avais intention de mettre sous le titre dispute , observant de mettre toujours les titres à la marge , en sorte qu'ils soient isolés da corps de l'article , et par là qu'ils se présentent plus facilement à la vue. Ceci étant fait , je marque un a dans Vindex à la diri-
sion D I , qui dès ce moment est en possession de la seconde et de la troisième page , assignées pour lors aux lettres de cette ca«
racteVistique.
Si j'avais trouvé le numéro de quelque page déjà marqué dans l'espace D i, j'aurais été obligé de recourir à cette page et d'y écrire (le passage que je voulais insérer ) dans la place qui reste , de sorte que si après avoir écrit un passage sur la dUptUe ou sur quelque sujet semblable , je voulais en mettre un autre sur le diêlraii ou* sur quelque sujet semblable , trouvant la page a déjà en possession de l'espace de cette caractéristique , je commencerais le passage qui regarde le distraie dans le reste de la page qui ne pouvant contenir le tout , m'oblige à continuer jusqu'à la page 3 , qui par là est encore pour D / ^ et j'ajoute le nombre 3 dao^ Vin€Ux,
Un exemple rendra sensible la méthode d'écrire les chapitres ; le premier est tiré de Montaigne , et le deuxième de La Brujère. Diupute. Quels vices n'éveillent pas les disputes , dit Montaigne , étant presque toujours commandées par la colère? Nous entrons en inimitié , premièrement contre les raisons , et puis contre les personnes : nous n'apprenons à disputer que pour contredire , et chacun contredisant et étant contredit , il arrive que le fruit de la dispute est d'anéantir la vérité. L'un va en orient , et l'autre en occident; on perd le principal et on s'éc^te dans la presse des incidens; au bout d'une heure de tempête , on ne sait ce qu'on cherche ; l'un est bas , l'autre est haut , l'autre à c^té; l'un se prend à un mot et à Une similitude y l'autre n'écoute et n'entend plus ce qu'on lui oppose , et iV est si engagé dans sa course qu'il ne pense plus qu'à se suivre et non pas vous. Il y en a qui se trouvant faibles , craignent tout , refusent tout , confondent la dispute dès l'entrée ou bien au milieu de la contestation , se mutinent à se taire , affectant un orgueilleux mépris ou une sottement modeste fuite de contention , pourvu qu'il ne regarde pas combien il se découvre. L'autre compte ses mots et les pèse pour raisons ; celui-là n'y emploie que l'avantage de sa voix et de ses poumons ; on en voit qui concluent contre eux-mêmes, et d'autres qui lassent et étourdissent tout le monde de préfaces et de digressions inutiles ; il y en a enfin qui s'arment d'injures, et qui fpront une querelle d'allemand , pour se défaire de la conférence d'un esprit qui presse le leur.
Diêiraii, Ménalque descend son escalier , ouvre sa porte pour sortir , il la referme , il s'aperçoit qu'il est en bonnet de nuit , et venant à se mieux examiner , il se trouve ra^é à moitié , etc. (i).
Quand les deux pages destinées à une classe sont remplies j
(i) Cet exemple i\»nx très-coima > nous croyons qa'il suffit de rindiqucr.
chercliez le premier revers blanc , si c'est celui qui suit , Prives à la marge , an bas de la page qui est déjà remplie , la lettre Y pour verte j tournez , et la même en haut de la page suiyante , et continuez dans cette nouvelle page comme ci-devant; si les pages qui suivent immédiatement la précédente sont remplies par ■ d'autres classes , écrivez toujours de même au bas de cette dernière la lettre Y, mais ajoutez-y le numéro de la premiërje page qui se trouve vide , et au liant de cette page le numéro de la dernière page remplie par la même classe , mettant filors le titre à cette nouvelle page ; procédez comme ci-dessus par ces deux nombres de renvoi , l'un au haut , l'autre au bas de la page , quoique les mêmes sujets se trouvent dans des pages éloignées les unes des autres , ils sont toujours liés ensembje ; il ne sera pas mal non plus qu'à chaque fois que vous mettez un nombre aa bas d'une page , vous le mettiez aussi dans V index.
Nota que hï le titre est un monosyllabe commençant par une voyelle , cette voyelle devient en même temps et la lettre initiale et la lettre caractéristique ; ainsi le mot ari doit être écrit dans la division A a.
M. Locke exclut deux lettres de soi» index ,,qui sont K et Y, et il y supplée par les équîvalens C et I ; et pour le Q, comme il est toujours suivi d'un u ^ il le met dans la cinquième division de Z, et ainsi il n'a point de Z 2^ , qui est une caractéristique qui se trouve rarement. Q étant ainsi le dernier de Vindex ; la régularité de celui-ci est toujours conservée sans diminuer soo étendue ; d'autres aiment mieux garder la division Zi«, et donner une place au Qa au-dessous de ['index.
Si quelqu'un imagine que 'ces cent classes ne sont pas sulB^ santés pour comprendre è^$ sujets de tous les genres sans confusion , il peut , en suivant la même méthode , les augmenter , et même jusqu'à cinq \:ents, en faisant entrer une caractéris» tique de plus dans chaque classe. Mais l'an leur nous assure que pendant nn grand nombre d'années , s'étant servi d'un index entièrement semblable à celui dont il trace le plan pour ses collections , il n'y avait jamais remarqué ce défaut.
Tel est le précis que M. Chambers donne de la méthode - de M. Locke , auquel nous n'avons rien changé que les deux exemples cités ci-dessus , que nous avons substitués à ceux qu'allègue l'auteur anglais sur les mots beaiOé et bienveillance , qui commencent par les mêmes lettres en anglais , s'écrivant beauiy et benevolence , ce qu'on ne pouvait rendre en français par la différence delà première voyelle , ni par conséquent alléguer en exemple de la lettre iriitiale et de la caractéristique j mais afin que le lecteur ne soit pas entièrement privé de ce que M. Cham-
bers a dit , nous allons ajouter ici ce qu'on trouve dans son article sur la l>eautë.
Beauté, C'est avec raison qu*on appelle sens la faculté que nous avons d'apercevoir les idées de la beauté ; son affinité avec les autres sens étant si semblable , que de même que dans ceuxci , le plaisir qu'elle excite en nous ne vient point d'aucune connaissance de l'utilité de l'objet , de principes de proportion ou de causes , puisque ce plaisir de la beauté n*est- point augmenté par le savoir le plus exact ^^ quoiqu'à la vérité il puisse , par des vues d'utilité , ajouter au plaisir de la beauté , un plaisir raisonnable eotiërement différent. De plus , les idées de la beauté , comme les autres idées sensibles , nous sont nécessairement agréables , aussi-bien qu'elles le sont immédiatement , puisque nulle résolution de notre part , nulles considérations d'aucun avantage ou désavantage , ne sont capables de changer la beauté ou la laideur d'un objet ; car de même que dans les Bensations externes , nulle vue d'intérêt , nulle crainte de dœnmage , distincte de la sensation immédiate de la douleur , ne peuvent nous rendre un objet agréable ou désagréable ; tellelement que si vous nous proposiez un monde entier pour récompense y OU que vous nous menaciez du plus grand malheur , pour nous faire aimer un objet difforme , ou haïr un objet aimable , les récompensées ou les menaces nous feraient bien dissimuler ou nous porteraient à nous abstenir extérieurement de la recherche de l'objet aimable , et à rechercher l'objet difforme; mais les sensations résultantes de leurs formes , et les perceptions qu'ils produisent en nous seraient toujours i invariablement les mêmes. De là il parait clairement que certains objets sont les causes immédiates du plaisir qu'excite en nous la beauté ; que nous fommes organisés pour les apercevoir , et que ce plaisir est réellement distinct de cette joie produite par l'amour-propre , à la vue de tout avantage futur. Ne voyons-nous pas souvent qu'on sacrifie la commodité et l'utilité à la beauté , sans d'autres vues d'avantages dans la belle forme que de se procurer les idées flatteuses de la beauté ? Ceci nous montre donc , que de quelque manière que l'amour-propre nous engage à rechercher les beaux objets dans la vue de ressentir les plaisirs qu'ils excitent en nous , comme dans l'architecture , le jardinage , etc. , que cependant il doit j avoir en nous un sens de beauté , antérieur même à la perspective de ces avantages , sans lequel sens ces objets ne nous paraîtraient pas avantageux sous ce point de vne, ni n'exciteraient «point en nous ce plaisir qui les constitue avantageux. Le sentiment de beauté que certains objets excitent en nous , par lequel nous les constituons avantageux j est fort distinct
du désir que nous en avons, lorsqu'ils sont ainsi constitués : notre désir de la beauté peut être contrebalancé par les récompenses et les punitions ; mais le sentiment qu'elle excite en nous , est toujours le même ; otez ce sentiment de la beauté, les maisons , les jardins , les habits , les carosses , pourront bien nous intéresser comme commodes , fertiles , chauds , doux , mais jamais comme beaux } et dans les visages , je ne vois rien qui nous plairait que la vivacité des couleurs et la douceur de la peau.
RECUEILLEMENT , s. m. , terme de Grammaire , action qui consiste à dét<icher son esprit de tous les objets de la terre , et à le ramener en soi pour l'appliquera la contemplation des choses de la vie éternelle. Les moudains et les médecins prennent le recueillement Habituel pour une affection mélancolique.
RÉDACTEUR, s. m. (Gramm. ), celui qui s'occupe à rédiger , à réduire sous un moindre volume , à' extraire d'un ouvrage les choses essentielles , et à les présenter séparément. Si les livres: continuent à se multiplier à l'infini , ce «era un jour une fonction très-nécessaire et très-importante que celle de rédacteur. Le titre d'homme de génie sera si difficile à acquérir , et la rédaction des ouvrages publiés si avantageuse , que la considération pubHque sera accordée aux sous^-rédacieurs , que la foule des esprits se portera de ce côté , et que peut-être les rédacteurs venant à leur tour à surabonder, il faudra des rédacteurs de rédactions.
RÉFLEXION , s. f. ( Logique, ) La réflexion est unCopération de notre âme , qui dirige successivement son attention sur les diverses parties d'un tout. C'est la réflexion qui la retire de la dépendance ou elle est de tous les objets qui agissent sur elle. Maîtresse par son moyen de se rappeler les choses qu'elle a vues , elle y peut porter son attention , et la détourner de celles qu'elle voit; elle peut ensuite la rendre à celles-ci , ou seulement à quelques unes , et la donner alternativement aux unes et aux autres. A la vue d'un tableau, par exemple, nous nous rappe-> Ions les connaissances que nous avons de la nature , et des règles qui apprennent à l'imiter ; et nous portons notre attention suecessivement de ce tableau à ces connaissances , et de ces connaissances à ce tableau , ou tour à tour à ces différentes parties. C'est par une suite de tette liberté oii nous met la réflexion de disposer de notre attention , que nous pouvons à notre gré, ou fixer nos regards sur le tronc d'un arbre , ou les élever sur la tige , et les promener ensuite sur les branches , les feuilles , les fleurs. Nous pouvons prendre de nouveau une feuille , et procéder de même dans l'exanaen que nous en faisons. Il est vrai que l'exercice donne la facilité de manier , pour ainsi dire , l'atten-
tion , et qu'ici , comme partout ailleurs , la coutume perfectionne la nature.
Cette manière d'appliquer de nous-mêmes notre attention tour à tour à divers objets , ou aux différentes parties d'un seul ; c'est donc ce qu'on appelle réfléchir. On ne peut mieux en faciliter l'exercice , qu'en s'occupant des objets qui , exerçant davantage l'attention , lient ensemble un plus grand nombre de signes et d'idées. Tout dépend de là : cela fait voir que l'usage oii Ton est de n'appliquer les enfans pendant les premières années de leurs études, qu'à des choses auxquelles ils ne peuvent rien comprendre , ni prendre aucun intérêt , est peu propre à développer leurs talens; cet usage ne forme point de liaison d'idées , ou les forme si légères , qu'elles ne se conservent point.
C'est à la réflexion que nous commençons à entrevoir tout ce dont l'àme est capable : tant qu'on ne dirige point soi-même son attention , l'àme est assujettie à tout ce qui l'environne , et ne possède rien que par une ve^# étrangère ; mais si maître de son attention , on la guide selon ses désirs ; l'âme alors dispose d'ellemême , en tire des idées qu'elle ne doit qu'à elle , et s'enrichit de son poopre fonds.
L'efTet de cette opération est d'autant plus grand . que par elle nous disposons de nos perceptions, à peu près comme si nous avions le pouvoir de les produire et de les anéantir. Que parmi celles que j'éprouve actuellement, j'en choisisse une , aussitôt la conscience en est si vive et celle des autres si faible , qu'il me paraîtra qu'elle est la seule chose dont j'aie pris connaissance. Qu'un instant après , je veuille l'abandonner , pour m'occnper d'une de celles qui m'affectaient le plus légèrement ; elle me paraîtra rentrer dans le néant , tandis qu'une autre m'en paraîtra sortir. La conseience de la première , pour parler moins figurément , deviendra 'si faible, et celle de la seconde si vive, qu'il me semblera que je ne les ai éprouvées que l'une après l'antre. On peut faire cette expérience , en considérant un objet fort composé. Il n'est pas douteux qu'on n'ait en même temps conscience de toutes les perceptions que ses différentes parties , disposées pour agir sur les sens ,* font naître Mais on dirait que la réflexion suspend à son gré les impressions qui se font dans l'âme , pour n'en conserver qu'une seule.
La géométrie nous apprend que le moyen le plus propre à faciliter notre réflexion^ c'est de mettre sous les sens les objeti mêmes des idées dont on veut s'occuper , parce que la conscience en est plus vive. Mais on ne peut pas se servir de cet artifice dans toutes les sciences. Un moyen qn'on employera partout
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avec succès , c^est de mettre dans nos méditations de la clarté , de la précision , et de Tordre. De la clarté , parce qne plus les signes sont clairs , plus nous avons conscience des iàées qu'ils signifient, et moins par conséquent elles nous^ échappent : de la précision , afin que TaUention moins partagée , se fixe avec moins d'efforts : de l'ordre , afin qu'une première idée plus con^ nue, plus familière , prépare notre attention pour celle qui doit suivre.
La réfitxion qui nous donne le pouvoir de distinguer nos idées, nous donne encore celAi de les comparer, pour en connaître les rapports. Cela se fait en portant alternativement notre attention des unes aux autres, ou en la fixant en même temps sur plusieurs. Quand des notions peu composées font une impression asses sensible pour attirer notre attention sans effort de notre part , la comparaison n'est pas difficile : mais les difficultés augmentent , à mesure que les idées se composent davantage , et qu'elles font une impression plus légère. Les comparaisons sont , par exemple , communément p%7 aisées en géométrie qu'en métaphysique. A>'ec le secours de cette opération , nous rapprocherons les idées les moins familières de celles qui le sont davantage;'et les rapports que nous y trouvons , établissent entre elles des liaisons très-propres à augmenter et à fortifier la mémoire , l'imagination , et par contre-coup la réflexion.
Quelquefois, après avoir distingué plusieurs idées , nous les considérons comme ne faisant qu'une seule notion : d'autres fois nous retranchons d'une notion quelques unes des idées qui la composent; c'est ce qu'on nomme composer et décomposer ses idées. Par le moyen de ces opérations , nous pouvons les comparer sous toutes sortes de rapports , et en (aire tons les jours de nouvelles combinaisons. Pour bien conduire la première , il faut remarquer quelles sont les idées les plus simples de nos notions ; comment et dans quel ordre elles se réunissent à celles qui surviennent. Par là on sera en état de régler également la seconde ; car on n'aura qu'à défaire ce qui aura été fait ; cela fait voir comment elles viennent l'une et l'autre de la réflexion,
La réflexion n'a point lieu dans les enfans nouveau-nés; et même les personnes en âge de raison ne réfléchissent pas , à beaucoup près , sur tout ce qu'elles voient et sur tout ce qu'elles font. On voit des personnes , qui emportées par la vivacité de leur tempérament , et n'ayant pas été accoutumées à la réflexion , parlent, jugent, agissent, conformément à l'impression actuelle qu'elles éprouvent , et ne se donnent jamais la peine de peser le pour et le contre des partis qu'on leur propose. On peut passer ainsi sa vie dans la société; mais les sciences ^ c'est-à-dire, les
véritables sciences, les théories , ne s'acqniërent qu'à l'aide de Tattention et de la réflexion; et quiconque néglige ces secours, ne fera jamais de progrès dans les connaissances spéculatives. Vojêz t Essai sur V origine des connaissances humaines.
RÉGICIDE , s. m. ( Hist. et Politique, ) C'est ainsi qu'on nomme l'attentat qui prive un roi de la vie. L'kistoire ancienne et moderne ne nous fournit que trop d'exemples de souverains tués par des sujets furieux. La France frémira to^jours du crime qui la priva d'H«nri lY , l'un des plus grands et des meilleurs de ses rois. Les larmes que les Français ont versées sur un attentat plus récent , seront encore long-temps à se sécher; ils trembleront toujours au souvenir de leurs alarmes , pour les jours précieux d'un monarque , que la bonté de son cœur et l'amour de ses sujets semblaient assurer contre toute entreprise funeste.
La religion chrétienne , cet appui inébranlable du trône , défend aux Sujets d'attenter à la vie de leurs maîtres. La raison et l'expérience font voir , que les désordres qui accompagnent et suivent la mort violente d'un roi , sont souvent plus terribles , que les efièts de ses déréglemens et de ses crimes. Les révolutions fréquentes et cruelles auxquelles les despotes de l'Asie sont exposés , prouvent que la mort violente des tyrans ébranle toujours l'état , et n'éteint presque jamais la tyrannie. Comment se trouve-t-il donc des hommes audacieux et pervers, qui enseignent que l'on peut 6ter la vie à des monarques , lorsqu'un faux xële ou l'intérêt lies fait traiter de tyrans ? Ces maximes odieuses, cent fois proscrites par les tribunaux du royaume , et détestées par les bons citoyens, n'ont été adoptées que par des fanatiques ambitieux , qui s'efforcent de sapper les fondemens du trône , lorsqu'il ne leur est point permis de s'y asseoir à côté du souverain.
L'Angleterre donna dans le siècle passé à l'univers étonné , le spectacle affreux d'un roi jugé et mis à mort par des sujets rebelles.. N'imputons point à une nation généreuse , un crime odieux qu'elle désavoue, et qu'elle expie encore par ses larmes. Tremblons à la vue des excès auxquels se porte l'ambition , lorsqu'elle est secondée par le fanatisme et la superstition.
REMORDS, s. m. ( Gramm,) , reproche secret de la conscience ; il est impossible de l'éteindre lorsqu'on Ta mérité , parce que nous ne pouvons nous en imposer au point de prendre le faux pour le vrai , le laid pour le beau , le mauvais pour le bon. On n'étouffe point à discrétion la lumière de la raison , ni par conséquent la voix de la conscience. Si l'homme était naturellement mauvais , il semble qu'il aurait le remords de la vertu , et non le remords du crime. Celui qui est tourmenté de remoAs ,
ne peut vivre avec luî-méme ; il faut qu'il se fuie. C'est là peutêtre la raison pour laquelle les mécbans sont rarement sédentaires; ils ne restent en place que quand ils méditent le mal , ils errent après l'avoir commis. Que les brigands sont à plaindre î poursuivis par les lois , ils sont obligés de s'enfoncer dans le fond des forets , où ils habitent avec le crime , la terreur et le remordê.
REPRÉSENTANS. {Droit politiq, ffisû. mod, ) Les représen-tans d'une nation sont des citoyens choisis, qui dans un gouvernement tempéré sont chargés par la société de parler en son nom , de stipuler ses intérêts , d'empêcher qu'on ne l'opprime ^ de concourir à l'administration.
Dans un état despotique , le chef de la nation est tout , la nation n'est rien ; la volonté d'un seul fait la loi , la société n*est point représentée. Telle est la forme du gouvernement en Asie , dont les habitans soumis depuis un grand nombre de siècles à un esclavage héréditaire , n'ont point imaginé de moyens pour balancer un pouvoir énorme qui sans cesse les écrase. II n'en fut pas de même en Knrope , dont les habitans plus robustes , plus laborieux , plus belliqueux que les Asiatiques , sentirent de tout temps l'utilité et la nécessité qu'une nation fût représentée par quelques citoyens qui parlassent au nôm de tous les autres , et qui s'opposassent aux entreprises d'un pouvoir qui devient souvent abusif lorsqu'il ne connaît aucun frein. Les citoyens choisis pour être les organes , ou les repreaentans de la nation , suivant les différens temps , les différentes conventions et les circonstances diverses, jouirent de prérogatives et de droits plus ou moins étendus. Telle est l'origine de ces assemblées connues sous le nom de diètes^ d^élats^^généraux , de parlemens , de sénats , qui presque dans tous les pays de l'Europe participèrent à l'administration publique , approuvèrent ou rejetèrent les propositions des souverains , et furent admis à concerter avec eux les mesures nécessaires au maintien de l'état.
Dans un état purement démocratique la nation , à proprement parler , n'est point représentée ; le peuple entier se réserve le droit de faire connaître ses volontés dans les assemblées générales, composées de tous les citoyens ; mais dès que le peuple a choisi des magistrats qu'il a rendus dépositaires de son autorité, ces magistrats deviennent ses représentans ; et suivant le plus ou le moins de pouvoir que le peuple s'est réservé , le gouvernement devient ou une aristocratie , ou demeure une démocratie.
Dans une monarchie absolue le souverain ou jouit , du consentement de son peuple , du droit d'êlre l'unique représentant de sa nation , ou bien , contre son gré , il s'arroge ce droit. Le
souverain parle alors au nom de tous ; les lois qu'il fait sont , ou du moins sont censées l'expression des volontés de toute la nation qu'il représente.
Dans les monarchies tempérées , le souverain n'est dépositaire que de la puissance exécutrice , il ne représente sa nation qu'en cette partie, elle choisit d'autres re/^r^'^e/i^a/z^ pour les autres branches de l'administration. C'est ainsi qu'en Angleterre la puissance exécutrice réside dans la personne du monarque , tandis que la puissance législative est partagée entre lui et le parlement, c'est-à-dire l'assemblée générale des difTérens ordres de la nation britannique , composée du clergé , de la noblesse et des communes ; ces dernières sont représentées par un certain nombre de députés choisis par les villes, les bourgs et les provinces de la Grande-Bretagne. Par la constitution de ce pays , le parlement concourt avec le monarque à l'administration publique; dès que ces deux puissances sont d'accord , la nation entière est réputée avoir parlé , et leurs décisions deviennent des lois.
En Suède , le monarque gouverne conjointement ^vec un sénat , qui n'est lui-même que le représentant de la diète générale du royaume ; celle-ci est l'assemblée de tous les représenians de la nation suédoise.
La nation geripanique, dont l'empereur est le chef, est représentée par la diète de l'empire , c*est-à-4ire par un corps composé de vassaux souverains , ou de princes tant ecclésiastiques que laïques , et de députés des villes libres , qui représentent toute la nation allemande. F^oyez Diète de l'Empire.
La nation française fut autrefois représentée par l'assemblée des états-généraux du royaume , composée du clergé et de la noblesse , auxquels par la suite des temps on associa le tiers-état , destiné à représenter le peuple. Ces assemblées nationales ont été discontinuées depuis l'année 1628.
Tacite nous montre les anciennes nations de la Germanie , quoique féroces , belliqueuses et barbares , comme jouissant toutes d'un gouvernement libre ou tempéré. Le roi , ou le chef, proposait et persuadait , sans avoir le pouvoir de contraindre la nation à plier sous ses volontés : Ubi rex , velprinceps , audiuntur autorltate siiadendi magi^ quam jubendi poteatate. Les grands délibéraient entre eux des affaires peu importantes ; mais toute la nation était consultée sur les grandes affaires : de minoribua rébus principes constUtant , de major ibus omnes. Ce sont ces peuples guerriers ainsi gouvernés , qui , sortis des forêts de la Germanie , conquirent les Gaules , TEspagne , l'Angleterre , etc. , et fondèrent de nouveaux royaumes sur les débris de l'empire romain. Ils portèrent avec eux la forme de leur gouvernement ;
il fut partout militaire , la nation subjuguée, disparut ; réduite en esclavage , elle n^eut point le droit de parler pour elle-même; elle n'eut pour représenians que les soldats conquérans , qui après l'avoir soumise par les armes , se subrogèrent en sa place.
Si l'on regionte à l'origine de tous nos gou vememens modernes, on les trouvera fondt^s par des nations belliqueuses et sauvages , qui sorties d'un climat rigoureux, cherchèrent à s'emparer de contrées plus fertiles , formèrent des établissepiens sous un ciel plus favorable , et pillèrent des nations riches et policées. Les anciens habitans de ces pays subjugués ne furent regardés par ces vainqueurs farouches , que comme un vil bétail que la victoire faisait tomber dans leurs mains. Ainsi les premières institutions de ces brigands heureux, ne furent pour l'ordinaire que des effets de la force accablant la faiblesse ; nous .trouvons toujours leurs lois partiales pour les vainqueurs , et Rinestes aux vaincus. Yoilà pourquoi dans toutes les monarchies modernes nous voyons partout les nobles , les grands, c'est-à-dire des guerriers , posséder les terres des anciens habitans , et se mettre en possession du droit, exclusif de représenter les nations ; celles-ci avilies , écrasées , opprimées , n'eurent point la liberté de joindre leurs voix à celles de leurs superbes vainqueurs. Telle est sans doute la source de cette prétention de la noblesse , qui s'arrogea long-temps le droit de parler exclusivement à' tous les autres aa nom des nations ; elle continua toujours k regarder ses concitoyens comme des esclaves vaincus , même un grand nombre de siècles après une conquête à laquelle les successeurs de cette noblesse conquérante n'avait point eu de part. Mais l'intérêt secondé par la force , se fait bientôt des droits; l'habitude rend les nations complices de leur propre avilissement , et les peuples malgré les changemens survenus dans leurs circonstances , continuèrent en beaucoup de pays à être uniquement représentés par une noblesse , qui se prévalut toujours contre eux de la vio* lence primitive , exercée par des conquérans aux droits desquels elle prétendit succéder.
Les Barbares qui démembrèrent l'empire romain en Europe étaient païens ; peu à peu ils furent éclairés des lumières de l'Évangile , ils adoptèrent la religion des vaincus. Plongés euxmêmes dans une ignorance qu'une vie guerrière et agitée contribuait à entretenir, ils eurent besoin d'être guidés et retenus par des citoyens plus raisonnables qu'eux ; ils ne purent refuser leur vénération aux ministres de la religion , qui à des mœurs plus douces joignaient plus de lumières et de science. Les monar» ques et les nobles jusqu'alors représenians uniques des nations , consentirent donc qu'on appelât aux assemblées nationales les
tninistres ât TÉglise. L«6 rais , fatigua sans doute enz-mémes des entreprises continuelles d'une noblesse trop puissante pour être soumise^, sentirent qu'il était de leur intérêt propre de contrebalancer le pouvoir de leurs vassaux indomptés , par celui des interprètes d'une religion respectée par les peuples. D'ailleurs le clergé devenu possesseur de grands biens , fut intéressé à l'administration publique , et dut à ce titre , avoir part aux délibérations.
Sous le gouvernement féodal , hi noblesse et le clergé eurent long-temps le drojt exclusif de parler au nom de toute la nation, on d'en être les uniques représenêans. Lie peuple composé des cultivateurs , des habitans des villes et des campagnes , des usanufacturîers, en un mot , de la partie la plus nombreuse , la plus laborieuse , la plus utile de la société , ne fut point en droit de parler pour lui-même; il fut forcé de recevoir sans murmurer les lois que quelques grands concertèrent avec le souverain. Ainsi le peuple ne fut point écouté , il ne fut regardé que comme un vil amas de citoyens méprisables , indignes de joindre leurs voix à celles d'un petit nombre de seigneurs orgueilleux et ingrats , qui jouirent de leurs travaux sans s'imaginer leur rien devoir*. Opprimer , piller , vexer impunément le peuple , sans que le chef de la nation pût y porter remède , telles furent les prérogatives de la noblesse , dans lesquelles elle fit consister la liberté. £n effet , le gouvernement féodal ne nous montre que des souverains sans forces , et des peuples écrasés et avilis par une aristocratie, armée également contre le monarque et la nation. Ce ne fut que lorsque les rois eurent long-temps souffert des excès d'une noblesse altière , et des entreprises d'un clergé trop riche et trop indépendant , qu'ils donnèrent quelque influence à la nation dans les assemblées qui décidaient de son sort. Ainsi la voix du peuple fut enfin entendue , les lois prirent de la vigueur, les excès des grands furent réprimés , ib furent forcés d'être justes envers des citoyens jusque-là mépnsés ; le corps de la nation fut ainsi opposé à une noblesse mutine et intraitable.
La nécessité des circonstances oblige les idées et les institutions politiques de changer; les mœurs s'adoucissent, l'iniquité se nuit à elle-même ; les tyrans des peuples s'aperçoivent k la longue que leurs folies contranent leurs propres intérêts } le commerce et les -manufactures deviennent des besoins pour les états, et demandent de la tranquillité ; les guerriers sont moins nécessaires ; les disettes et les famines fréquentes ont fait sentir à la fin le besoin d'une bonne cultnre, que troublaient les démêlés sanglans de quelques brigands armés. L'on eut besoin de lois ; l'on respecta ceux qui en furent lc9 interprètes ; on les regarda 3a 34
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comtae les conservftiênrs de la sûreté publique ; dînsi le magîs* trat dans un état bien cotutitué , deyint un homme conlidéré , et plus capable de prononcer sur les droits des peuples « q«e des nobles ignorans et dépourvus d'équité eux-mêmes ^ qui ne cou* naissaient d'autres droit! que l'épée » ou qui Tendaient la )iuiice à leurs vassaux.
Ce n'est que par des degrés lents et imperceptibles que les gouyernemens prennent de l'assiette } fondés d'abord par la force , ils ne penyetit pourtant se maintenir que par des lois équitables qui assurent les propriétés et les droits de chaque citoyen , et qui le mettent & couvert de l'oppression ; les hommes éont forcés à la fin de chercher dans l'équité , des remèdes contre leurs propres fureurs. Si la formation des goutememens n'eèt pas été pour l'drdinaire l'outrage de la yiolence et de la déraison , on eût «enti qu'il ne peut j avoir de société durable si les droits d'un chacun ne sont mis à l'abri de la^ puissance qui toujours veut abuser^ dans quelques mains que le pouvoir soit placé , il devient funeste s'il n'est contenu dans des bornes ; ni le souverain , nt aucun drdre dé l'état ne peuvent exercer une autorité nuisible k la nation « s'il est vrai que tout gouvernement n'ait pour objet que le bien du peuple gouverné. La moindre réflexion eât donc aufi pour montrer qu'un lûonarque ne peut jouir d'une puissance véritable , s'il ne commande k des sujets heureux et réunis de volontés ; pour les rendre tels , il faut qu'il assure leurs possessions > qu'il les défende contre l'oppressioîi , qu'il-ne sacrifie jamais les intérêts de tous à ceux d'un petit nombre , et qu'il porte ses Tues sur les besoins de tous les ordres dont son état est codiposé. Nul homme , quelles que soient ses lumières y n'est capable sans cémeils 9 sans secours , de gouverner une nation entière ; nul olrdre dans l'état ne peut avoir la capacité ou la volonté de connaître les besoins des afutres ; ainsi le souverain impartial doit écouter les voix de tous ses sujets , il est également intéfessé 4 les entendre et à remédier à leurs maux } mais pour que les sujets s'e^diquent sans tumulte , il convient qu'ils aient des r^Hrétertiana y c'est-à-dire éeê citoyens plus éclairés que les autres, plus intéréàëés à la chose, que leurs possessions attadient à la patrie , que leur position mette à portée de sentir les besoins de l'état y les abus ^ui s'introduisent y et les reikiëdes qu'il convient d'y porter.
ïhias les états despotiques tels que la Turqvie , la natmi ne peut avoir de r^présênêtms 5 on n'y voit point de noblesse , le despote m'a que dca es4;laves égalèmant vils à ses yewL ; il m'est point de justice , parce que la volonté du maître est rmiii{ue loi; le magistrat ne faft qu'exécuter ses wdres; le commerce est
opprimé , Tagriculture abandonnée , Tindiistrie* anéantie , et personne ne songe à travailler parpe qne personne B>ât sûr de jouir du fruit de ses travaux ^ la nation entière réduite au silence, tombe dans Finertie , ou ne s'explique que par des révoltes. Un snltan n'est soutenu que par une soldatesque efirenée , qui ne lui est el]e-»raéme soumise qu'autant qu'il lui permet de piller et d'opprimer le reste des sujets \ enfin souvent ses janissaires regorgent et disposent de son trône , sans que la nation s'intéresse à sa chute ou désapprouve le changement.
Il est donc de l'intérêt du souverain que sa nation soit représentée \ sa sAreté propre en dépend \ l'affection des peuples est le plus ferme rempart contre les attentats des méchans \ mais comment le souverain peut-il se concilier l'affection de son peu^ pie , s'il n'entre dans ses besoins , s'il ne lui procure les avantages qu'il désire , s'il ne le protège contre les entreprises des puissans, s'il ne cberohe à soulager ses maux ? Si la nation n'est point représentée ^ comment son chef peut^l être instruit de ces misères de détail que du haut de son trône il ne voit jamais que dans l'éloignement , et que la flatterie cherche toujours à lui cacher? Comment , sans connaître les ressources et les forces de son pays , le monarque pourrait-il se garantir d'en abuser? Une nation privée du droit de se faire représenter, est à la merci des imprudens qui l'oppriment j elle se détache de ses maîtres , elle espère que tout changement rendra son sort plus doux ; elle est souvent exposée à devenir l'instrument des passions de tout factieux qui lui promettra de la secourir. Un peuple qui souffre s'attache par in^inct à quiconque a le courage de parler pour elle ; il se choisit tackement des protecteurs et des représentans , il approuve les réclamations que l'on fait en son nom; est-il poussé à bout? il choisit souvent' pour interprètes des ambitieux et des fourbes qui le séduisent, en lui persuadant qo'ils prennent en main sa cause , et qui renversent l'état sous prétexte de le défendre. Les Guises en France, les Cromwels en Angleterre, et tant d'autres séditieux , qui sous prétexte du bien public jetèrent leurs nations dans les plus affreuses convulsions , furent des représentans et des protecteurs de ce genre , également dangereux pour les souverains et les nations.
Pour maintenir le concert qui doit toujours subsister entre les souverains et leurs peuples , pour mettre les uns et les autres à couvert des attentats des mauvais citoyens , rien ne serait plus avantageux qu'noe constitution qui permettrait à chaque ordre de citoyens de se faire représenter , de parler dans les assemblées qtii ont le bien général pour objet. Ces assemblées , pour être utiles et j os tes ; devrai^ t être composées de ceux que leurs
possessiom rendent citoyens , et qae leur état et lears Jomîëre» mettent à portée de connaître les intérêts de la nation et les besoins des peuples ; en un mot c'est Ja propriété qui fait le ci* tojen ; tout homme qui possédé dans l'état , est intéressé au bien de l'état , et quel que soit le rang que des conventions^rticu* liëres lui assignent y c'est toujours comme propriétaire y c'est en raison de ses possessions qu'il doit parler | ou qu'il acquiert le droit de se faire représenter.
Dans les nations européennes, le clergé , que les donations des souverains et des peuples ont rendu propriétaire de grands biens , et qui par là forme un corps dé citoyens opulens et puissans , semble dës-lors avoir nn droit acquis de parler ou de se faire représenter dans les assemblées nationales ; d'ailleurs la confiance des peuples le met à portée de voir de près ses besoins et de connaître ses vœux.
Le noble , par les possessions qui lient son sort k celui de la patrie , a sans doute le droit de parler ; s'il n'avait que de& titres y il ne serait qu'un homme distingué par les conventions ; s'il n'était que guerrier , sa voix serait suspecte , son ambition et son intérêt plongeraient fréquemment la nation dans des guerres inutiles et nuisibles.
. Le magistrat est citoyen en vertu de ses possessions ; msis ses fonctions en font un citoyen plus éclairé , à qui l'expérience fait connaître les avantages et les désavantages de .la législation , les abus de la jurisprudence , les moyens d'y remédier. C'est la loi qui décide du bonheur des états.
Le commerce est aujourd'hui pour les états une source de force et de richesse ; le négociant s'enrichit en même temps que l'état qui favorise ses entreprises , il partage sans cesse ses prospérités et ses revers ; il ne peut donc sans injustice être réduit au silence ; il est un citoyen utile et capable de donner ses avis dans les conseils d'une nation dont il augmente l'aisance et le pouvoir.
Enfin le cultivateur, c'est-à-dire tout citoyen quivpossede des terres , dont les travaux contribuent aux besoins de Ja société , qui fournit à sa subsistance , sur qui tombent les impôts , doit être représenté; personne n'est plus que lui intéressé au bien public; la terre est la base physique et politique d'un état; c'est sur le possesseur de la terre que retombent directement ou indirectement tous les avantages et les maux des nations ; c'est en proportion de ses possessions , que la voix du citoyeot doit avoir du poids dans les assemblées nationales.
Tels sont les différens ordres dans lesquels les nations modernes se trouvent partagées; comme tous concourent k leur manière
au maîniîen cle la république , tous doivent être écoutés; la religion , la guerre , la îuslice , le commerce , ragricuUure , sont faits dans un état bien constitué pour se donner des secours mutuels ; le pouvoir souverain est destiné à tenir la balance entre eux } il empêchera qu'aucun ordre ne soit opprimé par un autre , ce qui arriverait infailliblement si un ordre unique avait le droit exclusif de stipuler pour tous.
// n^ est point y dit Edoyard I, roi d'Angleterre, de règle plus équitable ; que les choses qui intéressent tous ^ soient approuvées par tous , et que les dangers communs soient repoussés par des efforts communs, S\ la constitution d'un état'permettait à un ordre de citoyens de parler pour tous les autres , il s'introduirait bientôt une aristocratie sous laquelle les intérêts de la nation et du souverain seraient immolés k ceux de quelques hommes puissans , qui deviendraient immanquablement les tyrans du monarque et du peuple. Telle fut , comme on a vu , l'état de presque toutes les nations européennes sous le gouvernement féodal y c'est-à-dir&, durant cette anarchie systématique des nobles, qui lièrent les mains des rois pour exercer impunément la licence sous le nom de liberté ; tel est encore aujourd'hui le gouvernement de la Pologne , oii sous des rois trop faibles pour protéger les peuples , ceux-ci sont à la merci d'une noblesse fougueuse , qui ne met des entraves à la puissance souveraine que pour pouvoir impunément tyranniser la nation. Enfin tel sera toujours le sort ^un état dans lequel un ordre d'hommes devenu trop puissant , voudra représenter tous les autres.
Le noble ou le guerrier , le prêtre ou le magistrat , le commerçant, le manufacturier et le cultivateur, sont des hommes égalenient nécessaires; chacun d'eux sert à sa manière la grande familTe dont il est membre ; tous sont enfans de l'état, le souverain doit entrer dans leurs besoins divers ; mais pour les connaître- il faut qu'ils puissent se faire eniendre , et pour se faire entendre sans tumulte , il faut que chaque classe ait le droit de choisir ses organes ou ses représentons ; pour que ceux-ci expriment le vœu de la nation , il faut que leurs intérêts soient indivisiblement unis aux siens par le lien des possessions. Comment un noble nourri dans les combats , cpnnaitrait-il les intérêts d'une religion dont souvent il n'est que faiblement instruit , d'un commerce qu'il méprise, d'une agriculture qu'il dédaigne, d'une jurisprudence dont il n'a point d'idées? Comment un magistrat, occupé du soiri pénible de rendre la justice au peuple, de sonder les profondeurs de la jurisprudence, de se garantir des embûches de la ruse , et de démêler les pièges de la chicane , pourrait-il décider des affaires relatives à la guerre , utiles au
commerce î aux manufactures , à l'agricalture ? Comment un clergé y dont l'attention est absorbée par des étndes et par des soins qui ont ]e ciel pour objet , paDrraif>il juger de ce qui est le plus convenable k la navigation , à la guerre , 4 la jurisprudence ?
Un état n*est heureux \ et son souverain n'est puissant , qae lorsque tous les ordres de Tétat se* prêtent réciproquement la main ; pour opérer un effet si salutaire , les chefs de la société politique sont intéressés à maintenir entre les différentes classes de citoyens , un juste équilibre , qui empêche chacune d'entre elles d'empiéter suc les autres. Toute a'utorité trop grande 9 mise entre les mains de quelques membres de la sciciété , s'établit ans dépens de la sûreté et du bien-être de tous ; les passions des hommes les mettent sans cesse aux prises ; ce conflit ne sert qu'il leur donner de l'activité ; il ne nuit à l'état que lorsque U puissance souveraine oublie de tenir la balance , pour empêcher qu'une force n'entraîne toutes les autres. La V(hx dHine noblesse remuante , ambitieuse , qui ne respire que la guerrç , doit être contrebalancée par celle d'autres citoyens , aux vues desquels la paix est bien plus nécessaire; si les guerriers décidaient seuls du sort des empires , ils seraient perpétuellement en feu , et la nation succomberait même sous le poids de ses propres succès ; les lois seraient forcées de se taire , les terres demeureraient incultes , les campagnes seraient dépeuplées , en un mot on verrait renaître ces misères qni pendant tant de siècles ont accompagné la licence des nobles sous le gouvernement féodal. Un commerce prépondérant ferait peut-être Irop-négliger la guerre ; l'état, pour s'enrichir, ne s'occuperait point asse2 du soin de sa sûreté , ou peut-être l'avidité le plongerait-il souvent dans des guerres qui frustreraient ses propres vues. Il n'est point dans un état d'objet indifiërent et qui ne demande des hommes qui s'en occupent exclusivement; nul ordre de citoyens n'est capable de stipuler pour tous ; s'il en avait le droit , bientôt il ne stipulerait que pour lui-même ; chaque classe doit être représentée par des hommes qui connaissent son état et ses besoins ; ces besoins ne sont bien connus que de ceux qui les tentent.
Les rsprésenUms supposent des constituais de qui leur pouvoir est émané , auxquels ils sont par conséquent subordonnés et dont ils ne sont que les organes. Quels que soient les usages ou les abus que le temps a pu introduire dans les gouvernemens libres et tempérés , nn représentant ne peut s'arroger le droit de faire parler à ses constitu^ins un langage opposé k leurs intérêts ^ les droits des constituans sont les droits de Id^ation , ils sont imprescriptibles et inaliénables ; pour peu que l'on consulte la
raison , elle prouvera qu€i les constitaans peuvent en tout temps démentir , désavouer et révoquer les représenUms qui les trahissent , qui abusent de leurs pleins pouvoirs contre euK-mêfpes ^ ou qui renoncent pour eux à des droits inhérens k leur easeuce ; en un mot , les repré$0nkms d'un peuple libre ne peuvent point lui imposer un joug qui détruirait sa félicité; nul homme u'aoquiert le droit d'en représenter un autre malgré lui.
L'expérience nous montre qi^e dans les pays qui se flattent de jouir de la plus grande liberté , ceux qui sont chargés de représenter les peuples , ne trahissent que trop souvent leurs intérêts \ et livrent leurs constituans k l'avidité de ceux qui veulent les dépouiller. Une nation a raison de %e défier de semblables repré^ ê0nUm9 et de limiter leurs pouvoirs i un ambitieux t un homme avide de richesses , un prodigue , un débauche , ne po}kX ppint faits pour représenter leurs concitoyens; ils les vei^ront ppur des titres , des honneurs , des emplois y et de l'argent , ils fe croiront intéressé k leurs maux. Que sera-ce si ce commerce infâme semble s'autoriser. par laxonduite des constituans qui seront euxmémçs vénaux? Que sera-ce si ces constttuens choisissent leurs rêprêêÉntanu dans le tumulte et dans l'ivresse , ou , si négligieant la vertu , les lumières , les talens , ils ne donnent qu'au plus offrant le droit de stipuler leurs intérêts ? De pereils constituant invitent à les trahir; ils perdent le droit de s'en plaindre, et leurs repréêenkuu leur fermeront la bouche en leur disant ; ye vauê ai aeL0té bUn chimm^nl, et Je iH>uê vendrai U plu9 chire» meiU quê /e pourrai,
Nijl ordre de citoyens ne doit jouir pour toujours du droit de représenter la nation , il faut que de nouvelles élections rappellent aux représentatif que c'est d'elle qu'ils tiennent leur pouvoir, CJo corps dont les membres jouiraient sans interruption du droit de représenter l'état , en deviendrait bientôt le msiitre ou le tyran.
EI^PUGNANCE^ s. f. ( Gramm. ) , opposition qu'on «prouve au dedans de soi-même à faire quelque chose, il y a deux sortes de situation de l'ime, lorsqu'on est sur le point d'agir; l'une ^ oii Ton se port^ librement, facilement, nvec joie à l'action; l'autre , ou l'on éprouve de l'éloignement , de la difficulté , du dégoût, de l'aversion, et d'autres sentimens opposés qu'on tlchc il surmonter : ce dernier cas est celui de la répugnance. Si vous allez le solliciter de quelque chose d'humiliant , vous lui trouverez la plus forte répugnance, Je ne dissimule pas ma pensée sans quelque répugnance.
RÉPUTATION. (Morak. ) C'est une sorte de problème dans
la nature ^ &tis Ta philosophie , et dans Ta religion , qne Te soin de sa propre réputation et de son honneur.
La nature répand de l'agrément sur les marques d'estime qu'on nous donne ; et cependant elle attache une sorte de flétrissure à parakre les rechercher. Ne croirait-on pas qu'elle est ici en coBtradiction avec elle-même? Pourquoi proscrit-elle parle ridicule, une recherche qu'elle semhle autoriser par le plaisir ? La philosophie qui tend à nous rendre tranquilles, tend aussi à nou« rendre indépendans des )ugemens que les hommes peuyent porter de nous ; et l'estime qu^ils en font n'est qu'un de ces jugemens, en tant qu'il nous est avantageux. Cependant la philosophie Ta plus épurée, loin de réprouver en nous le soin d'être gens d'honneur ; non-seulement elle l'autorise , mais elle l'excite et l'entretient. D'un antre coté , la religion ne nous recommande rien davantage , que le mépris de l'opinion des hommes , et de l'estime qu'ils peuvent , selon leur fantaisie , nous accorder ou nous réviser. L'évangile même porte les Saints à désirer et à rechercher le mépris ; mais en même temps le Saint-Esprit BOUS prescrit d'avoir soin de notre réputation.
La contrariété de ces maximes n*est qu'apparente : elles s'accordent dans le fond ; et le point qui en concilie le sens , est celui qui doit servir de règle au hien de la société , et au nôtre en particulier. Nous ne devons point naturellement être insensibles h Testime des hommes , k notre honneur et à notre répu^ tation. Ce serait aller contre la raison qui nous oblige d'avoir égard h ce qu'approuvent les hommes , ou à ce qu'ils improurent le plus uûiversellement et le plus constamment. Car ce qn'ib approuvent de la sorte , par un consentement presque unanime , est la vertu ; et ce qu'ils improuvent ainsi , est le yice. Les hommes , malgré leur perversité , font justice k l'un et k f autre. Ils méconnaissent quelquefois la vertu ; mais ils sont obligés souvent de la reconnaître ; et alors ils ne manquent point de l'honorer : être donc insensible , par cet endroit , ii l'honneur , je veux dire, à f estime, à l'approbation et au témoignage que la conscience des hommes rend à la vertu , ce serait l'être en quelque façon à la vertu même , qui y serait intéressée. Cette sensibilité naturelle est comme une impression mise dans nos âmes par l'auteur de notre être ; mais elle regarde seulement le tribut que les hommes rendent en général à la vertu , pour nous attacher plus fortement à elle. Nous n'en devons pas être moins indiiférens à l'honneur que chaque particulier , conduit souvent par la passion ou la bizarrerie , accorde ou refuse à ta vertu de quelques uns , ou à Ta notre en particulier.
L'estime des hommes en général ne sanraît être légîtTmement mépn'sée, puisqu'elle s'accorde avec celle de Dieu m^me , qui nous en a donné le goût , et qu'elle suppose un mérite de vertu que nous devons rechercher.
L'estime des hommes en particnliet* étant pins subordonnée h leur imagination qu'à la Providence , nous la devons compter pour peu de chose , ou pour rien ; c'est-à-dire que nous devons toujours la mériter , sans nous soucier de l'obtenir : la mériter par notre vertu , qui contribue à notre bonheur et à celui des autres : nous soucier peu de l'obtenir, par une noble égalité d'âme qui nous mette 'au-dessus de l'inconstance et de la vanité des opinions particulières des hommes. Recherchons l'approbation d'une conscience éclairée , que la haine et la calomnie ne peuvent nous enlever , par préférence à l'estime des autres hommes qui suit tôt ou tard la vertu. C'est se dégrader soi-même que d'être trop avide de l'estime d'autrui ; elle est une sorte de récompense de la vertu , mais elle n'en doit pas être le motif.
RESSENTIMENT , s. m. (Gram.); c'est ce mouvement d'indignation et de colère qui s'élève en nous, qui y dure et qui nous porte à nous venger, on sur-le-champ, ou dans la suite, d'une injustice qu'on a commise à notre égard. Le ressentiment est une passion que la nature a placée dans les êtres pour leur conservation. Notre conscience nous avertit qu'il est dans les autres comme en nous, et que l'injure ne les offense pas moins que nous. C'est un des caractères les plus évidens de la distinction que nous faisons naturellement du juste et de l'injuste. La loi qui se charge de ma vengeance a pris la place du ressentiment , la seule loi dans l'état de nature. Plus les êtres sont faibles , plus le ressentimefit est vif et moins il est durable ; il faut qu'il soit vif dans la guêpe pour inspirer la crainte de l'irriter ; il faut qu'il soit passager en elle , pour qu'il ne la conduise pas à sa perte.
RESSOURCE , s. f. (Gram. ) , est un moyen de se relever d'un malheur, d'un désastre , d'une perte , d'une manière qu'on n'attendait pas ; car il faut entendre par ressource un moyen qui se présente de lui-même ; cependant quelquefois il se prend pour tout moyen en général.
Ce marchand a de grandes ressources , il lui reste encore da crédit et des ami». Sa dernière ressource fut de se jeter dans un couvent. Le galimatias de la distinction est la ressource ordinaire d'un théologien aux abois.
RESSOUVENIR , s. m. ( Gram. ) , action de la mémoire, qui nous rappelle subitement des choses passées. Il y a , ce me semble , cette différence entre souvenir et ressouvenir , que quand on dit
j'en aï le souvenir , on a la mémoire plus fréquente , plus forte , plus habituelle , plus voisine , plus continue ; au lieu que quand on dit j'en ai le ressouvenir , la présence de la chose est plus prompte, plus passagère, plus faible, plus éloignée. Le sou^ venir est d'un temps moins éloigné que le ressouvenir : hommes souvene^'-yous que vous êtes poussière et que yons retoumerei en poussière. Il signifie ici n'oubliez pas. Ressouvenez^yous des soins que vos pères et mères ont pris de la faiblesse de votre en* fance , afin que vous supportiez sans dégo&t l'imbécillité de leur vieillesse. >
KÉSULTAT , s. m. ( Gramm. ) ; ce qu'on a recoeillî d'one conférence , d'une recherche, d'une méditation, d'un discours, on ce qui a été conclu et arrêté , ou qui s'est ensuivi d'une on de plusieurs autres choses.
Le$ diètes de Pologne sont ordinairement si tumultueuses , qu'il est bien difficile d'jr former un résultai qui soit an go&t de tout le monde.
Le résultat ordinaire des disputes , dit M. Bayle , c'est qne chacun demeure plus attaché à son sentiment qu'auparavant.
RÉSUKRECTIOiS ,s. f. (Théolog. ) C'est l'acte de retourner après la mort à une seconde ou nouvelle vie. Voyez Vie et Mort.
La résurrection peut être ou pour un temps ou perpétuelle. La résurrection pour un temps est cell^ oii un homme mort ressuscite pour mourir de nouveau. Telles sont les résurrections miraculeuses dont il est fait mention dans l'Écriture, comme celle de Lazare. La résurrection perpétuelle est celle oti l'on passe de U mort à l'immortalité , telle qu'a été la résurrection de Jésus- Christ, et telle que la foi nous fait espérer que sera la nôtre h la fin des siècles. C'est dans le dernier sens qne nons allons prendre le mot de résurrection dans tout cet article.
Le dogme de la résurrection des morts est une créance commune aux Juifs et aux Chrétiens. On le trouve clairement marqué dans l'Ancien et le Nouveau Testament , comme Psalm. xv. lo. Job xix. 9.5. Ezéch, xxxvi/. i^ 2, 3. Macch. viij* 9, i4) 23, 29. Lorsque Jésus-Christ parut dans la Judée , la risurrectian des morts était reçue comme un des principaux articles de foi de la religion des Juifs par tout le corps dé la nation , à Texreptioii des seuls Sadducéens qui la niaient , et qui toutefois étaient tolérés ; mais Jésus-Christ a enseigné expressément ce point de notre foi et est lui-même ressuscité.
L'argument qu'on tire de sa résurrection en faveur de la vérité de la Religion Chrétienne est un de ceux qui pressent avec plus de force et de conviction. Les circonstances en sont telles qu'elles
portent ce point jusqu'à la démonstration , suivant la métliode des géomètres , comme Ditton Ta exécuté avec succès.
Quoique les Juifs admettent la résurrection , ils varient beaucoup sur la manière dont elle se fera. Les uns la croient gé» nérale , d'autres avancent que tous les hommes ne ressusciteront pas, mais seuhement les Israélites, encore exceptent -ils du nombre de ceux-ci les plus grands scélérats. Les uns n'admettent, qu'une résurrecUon à temps , les autres une réiàurrectiçn perpétuelle , mais seulement pour les âmes. Léon de Modëne , cérémon, dêt Juifi^ pmrt, IV ^ c. ij\ dit qu'il y en a qui croient, comme Pythagore, que les âmes passent d'un corps dans un autre, ce qu'ils appellent ^ilgul ou rouUment. D'autres expliquent ce roulement du transport qui se fera k la 6n du monde par la puissance de Dieu de tous les corps des Juifs morts hors de la Judée , pour venir dans ce dernier pays se réunir à leurs âmes. Voyez GiLGUL.
Ceux d'entre les Juifs qui admettent la métempsycose , sont fort embarrassés sur la manière dont se fera la résurrection ; car comment l'âme pourra-t^-elle animer tous les corps dans lesquels elle aura passé? Si elle n'en anime qu'un , que deviendront tous les autres ? et serait-il k son choix de prendre celui qu'elle jugera le plus à propos ? Ij^b uns croient qu'elle reprendra son premier corps , d'antres qu'elle se réunira au dernier , et que les autres corps qu'elle a autrefois animés , demeureront dans la poussière confondus avec le reste de la matière.
Les anciens philosophes qui ont enseigné la métempsycose , ne paraissent pas avoir connu A\\xtre résurrection , et il est fort probable que par la résurrection plusieurs Juifs n'entendaient non plus que la transmigration successive des âmes.
On demande quelle sera la nature des corps ressuscites , quelle sera leur taille , leur âge , leur sexe ? Jésus-Christ , dans l'Évangile de S. Mattb. , c/roy». xxij , vers. 3o , nous apprend que les hommes après la réstirreclion , seront comme les anges de Dieu , c'est-à-^lire , selon les pères , qu'ils seront immortels , incorruptibles , transparens , légers , lumineux , et en quelque sorte spirituels , sans toutefois quitter les qualités corporelles , comme nons voyons que le corps de Jésns-Christ ressuscité était sensible , et avait de la chair et des os. Luc , xxiv , 9.
Quelques anciens docteurs hébreux , cités dans la Gémarre , soutenaient que les hommes ressusciteraient avec la même taille , avec les mêmes qualités et les mêmes défauts corporels qu'ils avaient eus dans cette vie; opinion embrassée par quelques Chrétiens qui se fondaient sur ce que Jésns--Christ avait conservé les stigmates de ses plaies après sa résurrection, Mais , comme
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le remarque S. Augustin , Jésus-rChrîst nVn usa de la sorte que pour convaincre rincrédulité de ses disciples , et les autres hommes n*auront pas de pareilles raisons pour ressusciter ayec des défauts corporels ou des difformités.^,iSermo/i. 24^ > '»*• 3 et 4.
La résurrecHon des enfans renferme aussi des difficultés. S'ils ressuscitent petits f faibles et dans la forme qu'ils ont eue dans le monde , de quoi lenr servira la r^^nir^r/Zon ? Et s'ils ressuscitent grands , bien faits et comme dans un âge avancé, ils seront ce qu'ils n'ont jamais été^ et ce ne sera pas proprement une résurreciion. S. Augustin penche pour cette dernière opinion , et dit que la résurrection leur donnera toute la perfection qu'ils auraient eue , s'ils avaient eu le temps de grandir , et qu'elle les garantira de tous les défauts qu'ils auraient pu contracter en grandissant. Plusieurs , tant anciens que modernes , ont cru que tous les hommes ressusciteront à l'âge oii Jésus-Christ est mort , c'est-à-dire vers 33 ou 35 ans. Pour accomplir cette parole de S. Paul , afin que nons arrivions tons à J^éiat d'un homme parfait à la mesure de Cage complet de Jésus^Christ, Ce que les meilleurs interprètes entendent dans un sens spirituel des progrès que doivent faire les Chrétiens dans la foi et dans la vertu. Aug. epist, 167 de civil. Dei , /. XXII ^ c, xiij et xv. Hieron. êpitaph. Paul, D. lltom, et Est, in epher. iV. i3.
Enfin plusieurs anciens ont douté que les femmes dussent Ressusciter dans leur propre sexe , se fondant sur ces paroles de Jésus-Christ , dans la résurrection ils 71e se marieront pas et n épouseront point de femmss, A quoi l'on ajoute que, selon Moïse , la femme n'a été tirée de l'homme que comme un accident ou un accessoire , et par conséquent qu'elle ressuscitera sans distinction du sexe. Mais on répond que si la distinction des sexes n'est pas nécessaire après la résurrection , elle ne l'est pas plus pour l'homme que pour la femme ; que la femme n'est pas moins parfaite en son genre que l'homme , et qu'enfin le sexe de la femnie n'est rien moins qu'un défaut ou une imperfection de la nature. Non enim est vitium sexusfœmineus sednalura. j4ug. de civil. Dei , lib. XXlIy c. xvij. Origen, in MaUh. xxiij , 3o. Hilar. el Hieron. in eund. loc. Athanas, Basil, et alii apud AugUMt. Hb. XXI I^ de civil. Dei , e. xvij. Dictionn. de la Bible de Calmet , tome III , lettre R , au mot résurrection , pag9 Zj t et suiv.
Les Chrétiens croient en général la résurrection du même corps identique , de la même chair et des mêmes os qu'on aura eus pendant la vie au jour du jugement. Voici deux objections que les philosophes opposent à cette opinion avec les solutions qu'on y donne.
1*». On objecte que la même masse de matière et de substance pourrait faire au temps de la résurrection partie de deux ou de plusieurs corps. Ainsi, quand un poisson se nourrit du corps d'un homme , et qu'un autre homme ensuite se nourrit du poisson , partie du corps de ce premier homme devient d'abord incorpore avec le poissoa , et ensuite dans le dernier homme qui se nourrit de ce poisson. D'ailleurs on a vu des exemples d'hommes qui eu mangeaient d'autres , comme les cannibales et les autres sauvages des Indes occidentales le pratiquent encore à Tégard de leurs prisonniers. Or quand la substance de l'un est ainsi convertie en celle de l'autre , chacun ne peut pas ressusciter avec son corps entier; k qui donc, demande-t-on ^ ëchoira la partie qui est commune k ces deux hommes ?
Quelques uns répondent à cette difficulté ^ que comme toute matière n'est pas propre et disposée k être égalée au corps et k s'incorporer avec lui , la chair humaine peut être probablement de cette espèce , et par conséquent que la partie du corps d'un homme qui est ainsi mangée par un autre homme , peut sortir et être chassée par les sécrétions , et que , quoique confondue en apparence avec le reste de la matière, elle s'en séparera par Ja Toute-Puissance divine au jour de la résurrection générale , pour le rejoindre au corps dont elle aura fait partie pendant la vie pFésente.
Mais la réponse de M. Leibnitz jparatt être plus solide. Tout ce qui est essentiel au corps , dit-i^, est le stamen originel qui existait dans la semence du père , bien plus , suivant la théorie moderne de la génération , qui existait même dans la semence du premier homme. Nous pouvons concevoir ce stamen comme ]a plus petite tache ou point imaginable, qui par conséquent ne peut être séparé ou déchiré pour s'unir au «/amen d'aucun autre homme. Tonte cette masse que nous voyons dans le corps n'est qu'un accroissement au stamen originel , une addition de matière étrangère , de nouveaux sucs qui se sont joints au stcunen solide et primitif; il n'y a donc point de réciprocation de la matière propre du corps humain , par conséquent point d'incorporation , et la difficulté proposée tombe d'elle-^même , parce qu'elle n'est appuyée que sur une fausse hypothèse. Foye% Stamen ^ Solide , Génération.
a^ On objecte que , selon les dernières découvertes qu'on a faites sur l'économie animale, le corps humain change perpé* tuellement. Le corps d'un homme , dit-on , n'est pas entièrement le même aujourd'hui qu'il était hier. On prétend qu'en sept ans de temps le corps éprouve un changement total , de •rte qu'il n'en reste pas la moindre particule. Quel est , de-
mande-t-on , celui de tout ces corps qu'un homme a eu pendant le cours de sa vie qui ressuscitera ? Tout* la matière qui lui a appartenu ressuscitera-t-«He ? ou si ce n'en sera qu'un système parliculier , c'est-À-dire la portion qui aura composé son corps pendaut tel ou tel espace de temps , sera*-ce le corps qu'il anra eu à vingt ans , ou à trente ou à soixante ans ? S'il n'y 41 que tel ou tel de ces corps qui ressuscite , comment est*ce qu'il pourra être récompense ou puni pour ce qui aura été foit par nn autre corps? Quelle justice y a<«>t-il de faire sonfiErir une personne poor une autre ?
On peut répondre à cela sur les principes dé M. Locke y qoe l'identité personnelle d'un être raisonnable consiste dans le* sentiment intérieur ^ dans la puissance de se considérer M^ù-méme comme la chose en difierens temps et lieux. Par là chacun est à soi , ce qu'il appelle aoi'méme y sans considérer si ce même est continué dans la même substance ou dans des substances âiBe^ rentes» L'identité de cette personne va même ]nsque»*là; e*l# est k présent le même soi-même qu'elle était alors , et c'^t par le même soi-même qui réfléchit maintenant sur l'action que l'action a été faite.
Or, c'est cette identité personnelle qui est l'objet des récompenses et des punitions , et que nous avons observé pouvoir exister dans les différentes successions de matière ; de sorte que pour rendre les récompenses ou les punitions justes et raisonnaUes , il ne faut rien autre chose sjnon que bous ressuscitions avec nn corps tel que nous puissions avec lui retenir le témoignais de nos actions. Au reste , on peut voir dans Nieuvrentit une excellente dissertation sur la r^urreothn. Cet auteur prouve très4>ien l'identité que l'on conteste , et répond solidement aux ohjectioBS.
RETENUE y s. f. ( Gramm, ) , circonspection dans les acttoas , et surtout dans le discours. La retenue convient particvlîcrenient à la jeunesse ; c'e^ une vertu des deux sexes ; mais qu'on exige plus encore des femmes que des hommes ^ et des filles que des îemme$ : l'honnêteté est dons les actions , la modestie 4aii8 le maintien , et la retoiuie dans le propos.
KÉVE , s. m. {Métaphyeique ) , songe qu'on fait en dormant. Voyez SoiTGE.
L'histoire des réuea est encore assec peu connue ^ elle ^îl cependant importante , non-seuiement en niédecise , mais en «aé- .taphysique , à Cause des objections des idéalistes ; nous avons en rêvant un sentiment interne de nous^mênte, et en même tnmpa un assez grand délire pour voir plusieurs choses hors de nous i nous agissons nous-mêmes voulant ou ne voulant pas» et enfin
tous les objets des réifes sont risiblement des jeux de Tiniagination. Les choses qui uous ont le plus frappe durant le jour , ap* paraissent à notre âme Lorsqa'eîle est en repos; cela est asse» coimnunément vrai , taénie dans les brutes , car les chiens révent comme Thomme, la cause des rêves est donc tonte impression quelconque , forte , fréquente et dominante.
RIGIDE t adj. ( Gramm, ) , austère , sévère^ inflexible , exact. C'est un rigide observateur de la règle. Ce mot rigide irient du latin rigidus , roidc : il ne s'emploie qu'au figure. C'est l'opposé de mitigé : un janséniste rigide , un janséniste mitigé ; un newtODÎen , un cartésien rigide ; la rigidiié des mœurs est toujours lotiable; la rigidiié des jugemens est quelquefois déplacée : j'aime les gens d'un goàt rigide^ je ne hais pas la rigidité des raisonneurs.
ROBUSTE, adj. ( Gramm. ) , qui «t fort » vigoureux. On dit une plante robuste^ un homme robiuie^ une santé robuste, Hobbes, ayant remarqué que l'homme était d'autant plus méchant qu'il avait plus de force et de passion , et qu'il avait moins de raison , a défini leoméchant , puerrobuetus , un enfant robuste; définition courte y laconique et sublime.
ROI. ( Gouvern. polit. ) Voici les têts qu'il faut graver sur la porte des palais des rois. ^
Hoc rcgtt kahent Magnifitfum et ingens , nutiis quhd tmpit dies Prodesse miseris , êmpplice» fido Uire protegert.
Le plus beau présent que les dieux puissent faire aux hommes, c'est un roi qui aime son peuple et qui en est aimé , qui se confie en ses voisins et qui a leur Confiance , enfin qui par sa justice et son humanité fait envier aux nations étrangères le bonheur qu'ont iei sujets db vivre sous sa puissance.
Les oreilles d'un tel roi s'ouvrent à la plainte. Il arrête le bras de l'oppresseur : il renverse la tyrannie. Jamais le murmure ne s'élève contre lui ) et quand les ennemis s'approchent y le danger ne s'approche point. Ses sujets forment un rempart d'airain autour de sa personne ; et l'armée d'un tyran fuit devant eux comme une plume légère au gré du vent qui l'agite.
M Favori du ciel , dit le bramine inspiré , toi à qui les fils des » hommes tes égaux j ont confié le souverain pouvoir ; toi qu'ils » ont chargé du soin de les conduire , regarde moins l'éclat du » rang que l'importance du dépôt. La pourpre est ton habille- •» ment , un trône ton siège : la couronne de majesté pare tont M front : le sceptre de la puissance orne ta main ; mais tu » ne brilles sous cet appareil qu'autant qu'il sert au bien de » l'état. "
Quant à Tautorité des rois , c'est a moi de m*y soumettre; et €*es\ à l'auteur de Télémaque qu'il appartient d'ea établir l'éteadue et les bornes.
Uuroi, dit-il, /tV. 5,/). 168; un roîpent tout sur les peuples: mais les lois peuvent tout sur lui. Il a une puissance absolue pour faire le bien , et les mains liées s'il voulait faire le mal. Les lois lui consent les peuples comme' le plus précieux de tous les dépôts , à condition qu'il sera le père de ses sujets : elles veulent qu'un seul homme serve par sa sagesse et sa modération, à la félicité de tant d'hommes; et non pas que tant d'hommes servent par leur misère et par leur servitude^ k flatter l'orgueil et la mollesse d'un seul homme.
Un roi ne doit rien avoir au-dessus des autres , excepté ce qui est nécessaire , ou pour le soulager dans ses pénibles fonctions , ou pour imprimer au peuple le respect de celui qui est né pour soutenir les lois. 11 doit être au dehors le défenseur de la patrie; et au dedans le juge des peuples , pour les rendre bons , sages et heureux.
Il doit les gouverner selon les lois de l'état , comme Dieu gouverne le monde selon les lois de la nature. Rarement emploie-t-ilsa toute-puissance pour en interrompre et en changer le cours , c'est-à-dire, que les dérogations et les nouveautés seront comme des miraclesdaos l'ordre de la bonne politique.
Quelques lauriers que la guerre lui promette, ils sont tôt ou tard funestes à la main qui les cueille :
En vain anx conquà^ns LVrreur parmi les rois donne les premiers rangs. Entre tous les héros ce sont les plus rul^ies;
Chaque siècle est fécond eu heureux téméraires
Mais un roi vraiment roi , qui, sage en se% projets ^ Sache en un calme henreux maintenir ses sujets , Qui du bonheur public ait cimenté sa gloire ; n faut, pour le trouver , courir toute Thistoire. La terre compte peu de ces rois bieafai&ans ; Le ciel à les former se prépare long-temps I Tel fut cet empereur , sons qui Rome adorée. Vit renaître les jours de Saturne ei de Rhée 5 Qui rendit de son joug Tunivers amoureux , Qu'on n*aUa jamais voir sans revenir henreux , Qui soupirait le soir , si sa main fortunée N^avait par ses bienfaits signalé la journée: Le cours ne fut pas long d'un empiie si doux.
Sénëque ( vers /fiH ) peint encore plus simplement , plos laconiquement et plus énergiquement , mais non pas avec ce bril-> lant coloris , la gloire et les devoirs des rois. Je finis toutefois par ces maximes : ,
Pulchrum eminere est inUr illustres vif os j Considère patriœ ; pareere afflictis ;ferd Cœde abttinere , tempus atque irœ dare ; Orbi quietem f^œculo pacem suo.
Hœc summa virtus : petitur hdc cœlum t^id !
ROIDIR , y. act. ( Gramm. ) , iite ou rendre roide. Le« muscles ^e roidisaent dans les passions violentes. L'air humide roidit les cordes tendues ; il se roidit contre Tévidence. Il faut souvent se roidir contre le torrent général , contre les passions. Il est naturel à Thomme , que la nature a créé libre, de se roidir contre Tautorité ; c'est la raison qui lui en fait connaître les avantages, qui le soumet an poids de la chaîne, et qui Tempéche de la secouer.
ROMAINS, Philosophie des Etrusques et des Romains, {Hist. de la Philosophie, ) Nous savons peu de chose des opinions des Etrusques sur le monde , les dieux , Tâme et la nature. Ils ont été les inventeurs de la divination par les augures , ou de cette science frivole qui consiste à connaître la volonté des dieux , ou par le vol des oiseaux , ou par leur chant , ou par l'inspection des entrailles d'une victime. O combien nos lumières sont faibles et trompeuses ! tantôt c'est notre imagination , ce sont les événemens , nos passions , notre terreur et notre curiosité qui nous entraînent aux suppositions les plus ridicules; tantôt c'est une autre sorte d'erreur qui nous joue. Avons-nous découvert à force de raison et d'étude quelque principe vraisemblable ou vrai? Nous nous égarons dès les premières conséquences que nous eu tirons , et nous flottons incertains. Nous ne savons s'il y a vice ou dans le principe , ou dans la conséquence ; et nous ne pouvons nous résoudre , ni k admettre l'un , ni k rejeter l'autre , ni k les recevoir tous deux. Le sophisme consiste dans quelque chose de très-subtil qui nous échappe. Que répondrions-nous à un augure qui nous dirait : Écoute philosophe incrédule , et humilietoi. Ne conviens-tu pas que tout est lié dans la nature?. . . J^en
conviens Pourquoi donc oses-tu nier qu'il j ait entre la
conformation de ce foie et cet événement , un rapport qui m'éclaire?. . . Le rapport y est sans doute , mais comment peut'* il ^éclairerl, . . comme le mouvement de l'astre de la nuit t'instruit sur l'élévation ou l'abaissement des eaux de la mer ; et combien d'autres circonstances oh tu vois qu'un phénomène ' étant , un autre phénomène est on sera , sans apercevoir entre ces phénomènes aucune liaison de cause et d'effet ? Quel est le fondement de ta science en pareil cas? D'oii sais-tu que si l'on
approche le feu de ce corps , il en sera consumé? De f^expé-^
rience £h bien, l'expérience est aussi le fondement de mçn