SP
jae Teux point ici d'autre^ joge que le sentimeiit naturel lé plus droit , et que l'impression la plus juste du sens comniun répàilda dans le genre . humain. Il est donc naturel de répondre simplen^nt à la première proposition qui leur sert de principe : tous avancez une extravagance qui révolte le sens commun , et que V0119 n'entendez pas vous-même. Si vous vous obstinez à soutenir qufi vous comprenez une cUose incompr^éhensible ; vous m'autorisez â juger qup votre esprit est an comble de l'extravagance, et que je perdrais mon temps à raisonner contre vous et avec vous. C'eit ainsi qu'en niant absolument la première proposition de ces principes^ ou en éclaircissant les termes obscurs dont il s'enveloppe , on renverse l'édifite et le système par ses fondemens..£n effet, les principes des sectateurs de Spinosa , ne résultent que des ténèbres -où ils prennent pjaisir à s'égarer, pour y engager, avec eux c^ux qui veulent bien être la dupe de leur obscurité, ou qui n'ont pas assez d'intelligence pour apelrcevoir qu'ils n'entendent pas eux-mêmes ce qu'ils disent.
Voici encore quelques raisons dont on pei^t se servir pour renverser ce système. Le mouvement n'étant pas essentiel à la matière , et la matière n'ayant pu se le dontier à elle-même , il s*ensuit qu'il y a quelque autre substance que. la matière , et que cette substance n'est pas un corps , car cette même difficulté retournerait à l'infini. Spinosa ne croit pas qu'il y ait d'absurdité à remonter ainsi.de cause en cause à l'infini ; c'est se précipiter dans l'abîme pour ne pas vouloir se rendre , ni àbs(ndonner son système..
' J'avoue que notre esprit ne comprend pas l'infini , mais il comprend clairement qu'un tel mouvement , un tel effet , un tel homme doit avoir sa première cause; car si on ne pouvait remonter à la première cause , on ne pourrait en descendant , rencontrer jamais le dernier effet , ce qui est manifestement faux, puisque le mouvement qui, se fait à l'instant que je parle , est de nécessité le dernier. Cependant, on. conçoit sans peine , que remonter de l'effet à la cause, ou descendre de la cause à l'effet, sont des. choses unies de la même manière qu'une montagne avec sa vallée ; de sorte que comme on trouve le dernier effet , on doit aussi rencontrer la première cause. Qu'on ne dise; pas qu'on peut commencer une ligne au point oîi je fais, et la tirer jusqu'à l'infini,, de même qu'on peut commencer un nombre et l'augmenter jusqu'à l'infini ; de telle sorte qu'il y ait un premier, nombre , un premier point , sans qu'on puisse trouver le dernier.. Ce serait un sophisme facile à reconnaître , car il n'est pas question d'une ligne qu'on puisse tirer , ni d'un nombre qu'on puisse augmenter , mais il s'agit d'une ligne
formfc et d'un nonibra achevé. Et comme toate ligne qu'on achève après Tavotr commencée; toat nombre qa'on cesse d'aoj;^ menter , est nécessairement fini , ainsi de même , le mouvement^ l'effet qu'il produit à l'instant étant fini , il fant que le nombre des causes qui concourent à cet efièt le soit aussi.
On p'^ut éclaircir encore ce que nous disons par un exemple asses sensible. Les philosophes croient que la matière est divisible à l'infini. Cependant , qaand on parle d'une dÎTision af tueUe et réelle des parties du corps , elle est toujours nécessairement finie. Il en est de même des causes et des effets de la nature. Quand elle en pourrait produire d'autres , et encore d'autres à l'infini , les causes néanmoins et les effets qni existent actuelle* ment à cet instant , doivent être finis en nombre ; et il est ri* dicule de croire qu'il faille remonter à l'infini pouf trouver la première cause du mouvement. De plus , quand on parie du mouvement de la matière , on ne s'arrête pas à une seule partie' de la matière , pour pouroir donner lien à Spinosa d'échapper, en disant que cette partie de la matière a reçu son mouvement d'une autre partie , et celle-là d'une autre , et ainsi de même jusqu'à l'infini I mais on parle de toute la matière quelle qu'elle soit j finie et infinie , n'importe. On dit que^ le mouvement n'étant pas de l'essence de la matière , il faut nécessainpmeat qu'elle l'ait reçu d'ailleurs. Elle ne peut l'avoir reçu du néant ; car le néant ne peut agir. Il y a donc une autre cause qui a imprimé le mouvement à la matière , qui ne peut être ni matière ni corps. C'est ce que nous appelons esprit.
On démontre encore par l'histoire du monde , que l'univers n'a pas été formé par une longue succession de temps , comme il faudrait nécessairement le croire et le dire, si une cause toote» puissante et intelligente n'ayait pas présidé dans k eréatian , afin de l'achever et de le mettre en sa perfection. Car s*il s'était for^é par le seul mouvement de la matière , pourquoi serait-elle si épuisée dans ses commencemens , qu'elle ne paisse plus y et n'ait pu depuis plusieurs siècles former des astres nouveaux? pourquoi ne produirait-elle pas tous les jours des anîmaux et des hommes par d'autres voies que par celles de In génération , si elle en a produit autrefois i ce qui est pourtant inconnu dans toutes les histoires. Il fant donc croire qn*ane cause intelligente et toute-puissante a formé dès le commfHicement cet univers en cet état de perfection oti nous le voyons aujourd'hui. On fait voir aussi qu'il y à du dessein dans la cause qui a produit l'univers. Spinosa n'aurait pu néanmoins attribuer une vue et une fin à sa matière informe. Il ne lui en donne qu'en tant qu'elle est modifiée de telle ou telle manière , c'est-4-
dire que parce qu'il y 4 des hommes et des animaux. Or c'est pourtant la deruiëre des absurdités de croire et de dire que Tœil n'a pas été fait pour voir , ni l'oreille pour entendre. Il faut dans ce malheureux système réformer le langage humain le plus raisonnable et le mieux ëtaWi , afin de ne pas admettre de connaissance et d'intelligence dans le premier auteur du monde et des créatures.
Il n'est pas moins absurde de crdîre que si les premiers hommes sont sortis de la terre , ils aient reçu partout la même figure de corps et les mêmes traits , sans que l'un ait eu une partie plus que l'autre , ou dans une autre situation. Mais c'est parler conformément à la raison et à l'expérience , de dire que le genre humain soit sorti d'un même moule , et qu'il a été fait d'un même sang. Tous ces argumens doivent convaincre la raison qu'il y a dans l'univers un autre agent que la matière qui le régit, et en dispose comme il lui plaît. C'est pourtant ce que Spinosa a entrepris de détruire. Je finis par dire que plusieurs personnes ont assuré que sa doctrine considérée même indépendamment des intérêts de la religion , a paru fort méprisable aux plus grands mathématiciens. On le croira plus facilement si Ton se souvient de ces deux choses , Tune qu'il n'y a point de gens qui doivent être plus persuades de la multiplicité des substances , que ceux qui s'appliquent à la considération de l'étendue ; l'autre , que la plupart de ces savans admettebt du vide. Or il n'y a rien de plus opposé à l'hypothèse de Spinosa, que de soutenir que tous les corps ne se touchent point , et jamais deux systèmes n'ont été plus q)posés que le sien et celui des atomistes. |l est d'accord avec Ëpicure en ce qui regarde la rejection de la Providence^ mais dans tout le reste leurs systèmes sont comme l'eau et le feu.
SPINOSISTE , s. m. {Gram. ) , sectateur de la philosophie de Spinosa. Il ne faut pas confondre les Spinosistea anciens avec les Spinosiêtes moà^mes. Le principe général de ceux-ci c'est que la matière est sensible, ce qu'ils démontrent par le développement de l'œuf , corps inerte , qui par le seul instrument de la chaleur graduée passe à l'état d'être sentant et vivant , et par l'accroissement de tout animal qui dans son principe n'est qu'un point, et qui par l'assimilation nutritive des plantes en un mot, de toutes les subsUnces qui servent à la nutrition ' devient un grand corps senUnt et vivant dans un grand espace' De là ils concluent qu'il n'y a que de la matière , et qu'elle suffit pour tout expliquer; du reste ils suivent l'ancien spinosisme dans toutes %e% conséquences.
STOÏCISME, ou Secte stoiciewke , owZÉNOwrsME. {Hist, de
la Philosophie, ) Le Stoïcisme sortit de Técole cynîqae : Zenon qui avait étudié la morale sous Craies, eu fut le fondateur. Aussi disait-OQ que d'un stoïcien à un cynique , il n'j avait que rhabit de différence. Cependant Zenon rendit sa philoso{^iie plus étendue et plus intéressante quecellede Diogëne; il ne. s'en tint pas à traiter des devoirs de la vie; il composa on système de philosophie universelle d'après les maîtres qu'il, avait entendus, et il donna aux exercices dé l'école une face nouvelle.
Zenon naquit à Cittium, ville maritime de l'île de Chypre; Cittium avait été bâtie par. une colonie phénicienne; ce, qui lui attira quelquefois le reproche qu'il n'était qu'un étranger ignoble. Mnésius son père , faisait le commerce y réducatioja. de son fi.ls n'en fut pas plus négligée; les affaires du bon homme l'appelaient souvent à Athènes , et il n'en revenait point sans rapporter au jeune Zenon quelques livres de Socrate. A Tige de trente à trente-deux ans , il vint lui-même dans la ville fameuse pour y vendre de la pourpre , et pour'en^ndre les hommes dont il avait lu les ouvrages. Tout en de1>arqaaDt , il demanda oii ils demeuraient; on lui juontra Cratès qui passait, et on lui conseilla de le suivre. Zenon suivit Cratès , et devint son disciple. Il ne pouvait assez admirer J'élévation que. son maître montrait dans sa conduite et dans ses discours ; mais il ne se faisait point au méprjs de la décence qu'on affectait dans son école; il se livra tout entier à la méditation , et bientôt il parut de lui un ouvrage intitulé de la République ^ .qu'il avait écrit , disait-on , . assez plaisamment ,. sous la queue du chien. Les Cyniques ne s'occupaient que de la morale; ils ne faisaient aucun cas des autres sciences. Zenon ne les approuvait pas en ce point ; entraîné par le désir d'étendre ses connaissances , il quitta Cratès , qui ne digéra pas sans peine cette désertion. Il Â*équenta les autres écoles ; il écouta Stilpon pendant dix ans ; il cultiva Zénocrate; il vit Diodore Cronus ; il interrogea Polé— mon :. enrichi des dépouilles de ces hommes, il ouvrit boutique ; il s'établit sous le portique ; cet endroit était particulièreoieiU décoré des tableaux de Poljgnote et des plus grands maîtres, on l'appelait le«toa, d'oii la secte de Zenon prit le nom àe stoïcienne ; il ne manqua pas d'auditeurs , sa morale était sévère ; mais il savait tempérer par le charme de l'éloquence l'austérité de ses leçons ; ce fut ainsi qu'il arrêta une jeunesse libertine cjue ses -préceptes nus et s^cs auraient effarouchét* ; on l'admira ; on s'attacha à lui; on le chérit; sa réputation s'étendit, et il obtint la bienveillance même des rois. An tigonusGonatès de Macédoine, qui n'avait pas dédaigné de le visiter sous le portique , l'appela dans ses états ; Zenon n'y alla point , mais lui envoya Persêe
st)n disciple ; il n'obtint pas seulemetit des Athéniens le nom de grand philosophe , mais encore celui d'excellent citoyen ; ils déposèrent chez lui les clefs des châteaux de leur ville , et rhonorërent de son vivant d'une statue d'airain ; il était d'une faible santé , mais il était sobre ; il vivait communément de pain f d'eau , de figues et de miel ; sa physionomie était dure , mais son accueil prévenant ; il avait conservé l'ironie de Diogëne, mais tempérée. Sa vie fut un peu troublée par l'envie; elle sou<* leva «outre lui Arcésilaiis et Carnéades , fondateurs de l'acadé-* mie moyenne et nouvelle; Épicnre mrme n'en fut pas tout-à-fait exempt ; il souffrit avec quelque peine qu'on donnât particulièrement aux Stdïciens le nom de sages. Cet homme qui avait reçu dans ses jardins les grâces et la volupté , dont le principe favori était de tromper par les plaisirs les peines de la vie, et qui s'était fait 'une manière de philosopher douce et molle , traitait le stoïcisme d^hypocrisie. Zenon de son côté ne ménagea pas la doctrine de son adversaire , et le peignit comme un précepteur de corruption ; s'il est vrai que Zenon prétendit qu'il était ^ aussi' honnête , naturam màtris fricare y quant dolentem aliam corporis partemfricando juparê ; et que dans lîn besoin pressant, un jeune garçon était aussi commode qu'une jeune fille ; Épicure avait beau jeu pour lui répondre. Mais il n'est pas à croire qu'un philosophe dont la continence avait passé en proverbe y enseignât des sentimens aussi monstrueux. Il est plus vraisemblable que la haine tirait ces conséquences odieuses d'un principe reçu dans l'école de Zenon , et très-vrai , c'est qu'il n'y a rien de honteux dans les choses naturelles. Le livre de la République ne fut pas le seul qu'il publia ; il écrivit un commentaire sur Hésiode , ou il renversa toutes les notions reçues de théologie , et oii Jupiter , Junon y Vesta et le reste des dieux , étaient réduits à des mots vides de sens. Zenon jouit d'une longue vie ; âgé de quatre-vingt-dix-huit ans , il n'avait plus qu'un moment à attendre pour mourir naturellement ; il n'en eut pas la pa« tience ; s'étant laissé tomber au sortir du portique , il crut que la nature l'appelait : me voilà , lui dit-il , en touchant là terre du doigt qu'il s'était cassé dans sa chute , je suis prêt ; et de retour dans sa maison , il se laissa mourir de faim. Antigone le regretta , et les Athéniens lui élevèrent un tombeau dans la Céramique.
Sa doctrine était un choix de ce qu'il a puisé dans les écoles des Académiciens , des Érétriaques ou Éristiques , et des Cy-> niques. Fondateur dé secte , il fallait ou inventer ifis choses, ou déguiser les anciennes sous de nouveaux noms; le plus facile était le premier. Zénoh disiut de la dialectique de Oiodore ^ ?• 44
que cet homrae avait îmagîaé des balances trës-justes » maU qu'il ne pesait jamais quç de la paille. Les Stoïciens disaient qu'il fallait s'opposer à la nature ; les Cyniques , qu'il fallait se mettre au - dessus , et vivre selon la vertu , et non selon la loi ; mais il est inutile de s'étendre ici davantage sur le parallèle du stoïcisme , avec les systèmes qui l'ont précédé ; il résultera de l'extrait des principes de cette philosophie y et nous ne tarderons pas à les exposer.
On reproche aux Stoïciens le sophisme. £st-ce pour cela , lear dit Sénèque , que nous nous sommes coupé la barbe ? On leur reproche d'avoir porté dans la société les ronces de l'école j oa prétend qu'ils ont méconnu les forces de la nature , que leur morale est impraticable , et qu'ils ont inspiré l'euthousiasme an lieu de la sagesse. Cela se peut ; mais quel enthousiasme que celai qui nous immole k la vertu , et qui peut contenir notre âme dans une assiette si tranquille et si ferme , que les douleurs les plus aiguës ne nous arracheront pas un soupir , une larmei! Que la nature entière conspire contre un stoïcien, que lui fera-t-elle? qu'est-ce qui abattra, qu'est-ce qui corrompra celui pour qui le hien est tout , et la vie n'est rien ? Les philosophes ordinaires sont de chair comme les autres hommes ; le stoïcien est un homme de fer , on peut le briser , mais non le faire plaindre. Que pourront les tyrans sur celfui sur qui Jupiter ne peut rien ? il n'y a que la raison qui lui commande ; l'expérience , la réflexion, l'étude, suf&sent pour former un sage; un stoïcien est un ouvrage singulier de la nature ; il y a doue eu pea de vrais stoïciens , et il n'y a donc eu dans aucune école autant d'hypocrites que dans celle-ci ; le stoïcisme est une affaire de tempérament, et Zenon imagina , comme ont fait la plupart des législateurs , pour tous les hommes , une règle qui ne convenait guère qu'à lui ; elle est trop forte pour les faibles » la morale chrétienne est un zénonisme mitigé, et conséquemment d'un usage plus général ; cependant le nombre de ceux qui sV conforment à la rigueur n'est pas grand.
Principes généraux de la philosophie stoïcienne. La sagesse est la science des choses humaines et des choses divines 5 el la philosophie , ou l'étude de la sagesse , est la pratique de l'art qui nous y conduit.
Cet art est un , c'est l'art par excellence ; celui d'être vertueux.
Il y a trois sortes de vertus ; la naturelle , la morale et 1^ discursive ; leurs objets sont le monde , la vie de l'homme , et 1^ raison.
Il y a aussi trois sortes de philosophies ; la naturelle , là mo
raie , et la rationnelle , oii l'on observe la nature , oîi Ton s'occupe des mœurs , oii l'on perfectionne son entendement. Ces exercices ififluent nécessairement les uns sur les autres.
Logique des Sioiciens, La logique a deux branches , la rhélotorique et 4a dialectique.
L'a rhétorique est l'art de bien dire des choses qui demandent un discours orné et étendu.
La dialectique est l'art de discuter les choses , ou la brièveté des demandes et des réponses suflit. ^
Zenon comparait la dialectique e. l'art oratoire , à la main ouverte et au poing fermé.
La rhétorique est ou délibérative , ou judiciaire , ou démonstrative ; ses parties sont l'invention , l'élocution , la disposition , et la prononciation ; celles du discours , l'exorde y la narration, la réfutation et l'épilogue.
Les académiciens récens excluaient la rhétorique de la philosophie.
La dialectique est l'art de s'en tenir à la perception des choses connues, de manière à n'en pouvoir être écarté; ses qualités sont la circonspection et la fermeté.
Son objet s'étend aux choses et aux mois qui les désignent ; elle traite des conceptions et des sensations ; les conceptions et les sensations sont la base de l'expression.
Les sens ont un bien commun ; c'est l'imagination.
L'âme consent aux choses conçues , d'après le témoignage des sens : ce que l'on conçoit se conçoit par soi-même ; la compréhension suit l'approbation de la chose conçue, et la science, l'imperturbabilité de l'approbation.
I^ qualité par laquelle nous discernons les choses les unes ^es autres , s'appelle jugement.
n y a deux manières de discerner le bon et le mauvais , le vrai et le faux.
Nous jugeons que la chose est ou n'est pas , par sensation , par expérience , ou par raisonnement.
La logique suppose l'homme qui juge , et une règle de jugement.
Cette règle suppose ou la sensation , ou l'imagination.
L'imagination est la faculté de se rappeler les images des choses qui sont. '
La sensation naît de l'^ctiço des objets extérieurs , et elle suppose une communication de l'Ame aux organes.
Ce qu'on a vu , ce qu'on a conçu reste dans l'Âme , comme l'impression dans la vue , avec ses couleurs , ses fij;ures , hs émimences , et seê creux.
La compréhension. formée d'après le rapport dfs sens, esl vraie et fidèle ; la nature n'a point donné d'autre fondement à la science ; il n'y a point de clarté , d'évidence plus grande.
Toute appréhension vient originairement des sens , car il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait été auparavant dans U •ensationr.
Entre les choses comprises , il j en a de plus ou de moins sensibles ; les incorporelles sont les moins sensibles.
n y en a de rationnelles et d'irrationnelles^ de naturelles et d'artificielles , telles que les mots.
De probables et d'improbables , de vraies et de fausses , de compréhensibles et d'incompréhensibles ; il faut pour les premières qu'elles naissent d'une chose qui soit, qu'elles y soient conformes 9 et qu'elles n'impliquent aucune contradiction.
Il faut distinguer l'imagination du fantôme , et le fantôme du fantastique qui n'a point de modèle dans lu nature.
Le vrai est ce qui est , et ce qui ne peut venir d'aillenrs que d'oii il est venu.
La compréhension , ou la connaissance ferme , ou la science , c'est la même chose.
Ce que l'esprit comprend , il le comprend ou par assimilation , ou par composition , ou par analogie.
L'homme reçoit la sensation ^ et il juge ; l'homme sage réflé^ chit avant que de juger.
Il n'y a point de notions innées ; l'homme vient aa monde comme une table rase sur laquelle les objets de la nature se gravent avec le temps.
n y a des notions naturelles qui se forment en nous sans art ; il y en a qui s'acquièrent par industrie et par étude; je laisse aux premières le nom de no/ion« , j'appelle celles-ci anticipatSon.
Le senti est dans l'animal , il devient le conçu dans l'honune.
Les notions conmiunes le sont à tous; il est impossible qu'une notion soit opposée à une notion.
Il y a la science , et l'opinion , et l'ignorance ; si Ton n*a pas éprouvé la sensation , 6n est ignorant ; s'il reste de l'incertitude après cette épreuve , on est incertain ; si l'on est imperturbable, on sait.
Il y a trois choses liées,* le mot, la chose, l'image de la cbose.
La définition est un discours qui analysé, devient la réponse exacte à la question, qu'est-ce que la chose? elle ne doit rien renfermer qui' ne lui convienne; elle doit indiquer le cau-actèr« propre qui la distingue.
n y a deux sortes de définitions ; les unes des choses qui soot , les autres des choses que nous concevons.
" Il y a des définitions partielles , il y en a de totales.
La distribution d'un genre dans ses espèces les plus prochaines , s'appelle division.
Un genre s'étend à plusieurs espèces ; un genre suprême n'en a point au'dessus de lui ^ une espèce infime n'en a point au-dessous d'elle.
La connaissance complète se forme de la chose du mot.
Il y a quatre genres ; la substance , la qualité , l'absolu , le rapport.
Les énonciations qui comprennent sous un point comnnun des choses diverses , s'appellent catégories ; il y a des catégories dans l'entendement , ainsi que dans l'expression.
L'énonciation est ou parfaite , ou imparfaite et défectueuse ; parfaite , si elle comprend tout ce qui est de la chose.
Une énonciation est on affirmative on négative , ou vraie oa fausse.
Une énonciation affirmative ou négative , parfaite , est un axiome.
Il y a quatre catégories , la directe , Foblique , la neutre , et Factive ou passive.
Un axiome est ou simple ou composé ; simple , si la proposition qui l'énonce est simple ; composé ^ si la proposition qni rénonce est composée.
Il y a des axiomes probables; il y en a de rationnels , il y en a de paradoxals.
Le lemme , le proslemme et Tépiphore , sont les trois parties de l'argument.
L'argument est concluant ou non ; syllogistique ou non.
he$ syllogismes sont ou liés , ou conjoints, ou disjoints.
Il y a des modes , selon lesquels les syllogismes concluans sont disposés.
Ces modes sont simples on composés.
Les argumens syllogistiques qui ne concluent pas , ont aussi leurs modes. Dans ces argumens , la conclusion ne suit pas da lien des prémisses. ^
Il y a des sophismes de diflerens genres; tels, par exemple, que le sorite , le menteur , l'inexplicable , le paresseux , le dominant*, le voile , l'électre, le cornu, le crocodile, le réciproque, le déficient, le moissonneur, le chauve, l'occulte, etc. U y a deux méthodes , la vulgaire et la philosophique. On voit en effet , que tout cette logique n'a rien de bien merveilleux. Nous l'avons dépouillée des termes barbares dont Ze-
noD l'avait revêtue. Nous aurions laissé à Zenon ses mots , que
les choses n'en auraient pas été plus nouvelles.
Physiologie des Stoïciens, Le chaos était avant tout. Le chaos est un état confus et ténébreux des chos'es , c'est sous cet état que se présenta d'abord la matière, qui était la somme de toutes les choses revêtues de leurs qualités , le réservoir des germes et des causes , l'essence , la nature , s'il est permis de s'exprimer ainsi , grosse de son principe. ,
Ce que nous appelons le monde et la nature ; c'est ce chaos débrouillé , et les choses ténébreuses et confuses prenant l'ordre et formant l'aspect que nous leur voyons.
Le monde ou la nature est ce tout , dont les êtres sont les parties. Ce tout est un ; les êtres sont, ses membres ou parties.
Il faut j distinguer des principes différens des élémens.
De ces principes, l'un est efficient; l'autre est passif. L'efficient est la raison des choses qui est dans la matière , ou Dieu. Le passif est la matière même.
Ils sont l'un et l'autre d'une nature corporelle. Tout ce qui agit ou souffre, est coi^porel. Tout ce qui est, est donc corps.
La cause efficiente ou Dieu^, est un air très-pur et très-limpide , un feu artificiel , placé à la circonférence des cieux la plus éloignée, séjour de tout ce qui est divin.
Le principe passif ou la matière , est la nature considérée sans qualité , mérite , chose prête à tout , n'étant rien , et cessant d'être ce qu'elle devient , se reposant , si rien ne la meut.
Le principe actif est opposé au principe passsifL Ce feu artifi* ciel est propre h former de la matière , avec une adresse suprême et selon les raisons qu'il a en lui-même , les semences des choses. Yoilà sa fécondité. Sa subtilité permet qu'on l'appelle incorporel^ immatériel.
Quoiqu'il soit corps , en conséquence de son opposition avec la matière, on peut* dire qu'il est esprit.
Il est )a cause rationnelle , incorruptible , sempiternelle , première , originelle , d'oii chaque substance a les qualités qui lui sont propres.
Cette cause est bonne. Elle est parfaite. Il n'y a point de qtia-» lités louables qu'elle li'ait.
Elle est prévoyante; elle régit le tdut et ses parties; elle fait que le tout persévère dans sa nature.
On lui donne différens noms. C'est le monde dont elle est en effet la portion principale, la nature, le destin, Jupiter, Dieu.
Elle n'est point hors du monde; elle y est comprise avec \st matière; elle constitue tout ce qui est, ce que nous voyons et ce'
que nous ne voyons pas ; elle habite dans la matière et dans tous les êtres; elle la pénètre et Tagite, selon que l'exige la raison universelle des choses; c'est l'âme du monde.
Puisqu'elle pénètre toutes le» portions de la matière , elle y est intimement présente , elle connaît tout , elle y opère tout.
C'est en agitant la matière et en lui imprimant les qualités qui étaient en elle , qu'elle a formé le monde. C'est l'origine des choses. Les choses sont d'elle. C'est par sa présence à chacun qu'elle les conserve; c'est en ce sens que nous disons quMle est Dieu , et que Dieu est le père des choses , leur ordinateur et leur conservateur.
Dieu n'a point produit le monde par une détermination libre de sa volonté ; il en était une partie ; il y était compris. Mais il a rompu l'écorce de la matière qui l'enveloppait ; il s'est agité et il a opéré par une force intrinsèque , selon que la nécessité de sa nature et de la matière le permettait.
Il y a donc dans l'univers une loi immuable et étemelle , un ordre combiné de causes et d'efiets , enchaînés d'un lien si nécessaire, que tout ce quia été, est et sera , n'a pu être autrement; et c'est là le destin.
Tout est soumis au destin , et il n'y a rien dans l'univers qui n'en subisse la loi , sans en exeippter Dieu ; puisque Dieu suit cet ordre inexplicable et sacré des choses ; cette chaîne qui lit nécessairement.
Dieu , ou la grande cause rationnelle n'a pourtant rien qui la contraigne : car hors d^elle et du tout , il n'y a que le vide infini ; c'est la nature seule qui la nécessite ; elle agit conformément à cette nature , et tout suit conformément à son action ^ il ne faut pas'avoir d'autre idée de la liberté de Dieu, ni de celle de l'homme; Dieu n'en est ni moin» libre , ni moins puissant , il est lui-même ce qui le nécessite.
Ce sont les parties ou les écoulemens de cet esprit universel du monde , distribués partout , et animant tout ce qu'il y a d'animé dans la nature , qui donnent naissance aux démons dont tout est rempli.
Chaque homme a son génie et sa Junon qui dirige ses actions, qui inspire ses discours , et qui mérite le plus grand respect ; chaque particule du monde a son démon qui lui est présent et l'assiste ; c'est là ce qu'on a désigné sous les noms de Jupiter^ de Junon , de Vulcain , de Cérès. Ce ne sont que certaines portions de l'âme universelle, résidentes dans l'air , dans l'eau, dans la terre , dans le feu , etc. "
Puisque les dieux ne sont que des écoulemens de l'âme universelle, distribués à chaque particule de la nature, il s'ensuit que