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dans ft déflagration générale qui finira le monde , les dieux retourneront à un Jupiter confus , et k leurs anciens élëmens.
Quoique Dieu soit présent à tout, agite tout, veille à tout, en est Tâme , et dirige les choses selon la condition de chacune ^ et la nature qui lui est propre 5 quoiqu'il soit hon , et qu'il veuille )e hien , il ne peut faire que tont ce qui çst bien arrive , ni que tout ce qui arrive soit hien ; ce n'est pas l'art qui se repose , mais c'est la matière qui est indocile à l'art. Dieu ne peut être que ce qu'il est, et il ne peut changer la matière.
Quoiqu'il 7 ait un lien principal et universel des choses , qm les enchaîne , nos âmes ne sont cependant sujettes au destin , qu'autant et que selon qu'il convient à leur nature ; toute force extérieure a beau conspirer contre elles , si4eur bonté est originelle et première , elle persévérera ; s'il en est autrement , à eUeê sont nées ignorantes, grossières, féroces $ s'il ne survient rien qui les améliore, les instruise, et Les fortifie; par cette seule condi* tion , sans aucune influence du destin , d'un mouvement volontaire et propre , elles se porteront au vice et à l'erreun
Il n'est pas difficile, d^ conclure, de ces pripcipes ; qofi le» Stoïciens étaient matérialistes > fatalistes , et k proprement parler athées.
Nous venons d'exposer leur doctrine sur le principe eflicient; voici maintenant ce qu'ils pensaient de la cause passive.
La matière première ou la nature est la première des choies j l'essence et la base de leurs qualités.
La matière générale et première est étemelle ; tont ce qu*î) en a été est , elle n'augmente ni ne diminue , tout est elle ; cm Kappelfe essence^ considérée dans l'universalité des êtres; maiièrt, considérée dans chacun.
La matière dans chaque être , est susceptible d^accroissement et de diminution ; elle n'y reste pas la même , elle se mêle , e/)e se sépare , ses parties s'échappent dans la séparation , s'unissent dans Te mélange ; après la déflagration générale , la matière se retrouvera une , et la même dans Jupiter.
Elle n'est pas stable , elle varie sans cesse , tout est emporte comme un torrent , tout passe , rien de ce que nous vojons ne reste le même } mais rien ne change l'essence de la matière y il n'en périt rien , ni de ce qui s'évanouit k nos yeux; tout retourne k la source première des choses , pour en émaner derechef; les choses cessent ; mais ne s'anéantissent pas.
La matière n'est pas infinie ; le monde a ses limites.
Il n'y a rien à quoi elle ne puisse être réduite, rien qu'elle en puisse soufirir, qui n'en puisse être fait; ce qui serait iinpos*
sible si .elle ^taît immuable ; elle est divisible à i'infinie; or ce qui est divisible ne peut être infini ; elle est contenue.
C'est par la matière, par les choses qui sont de li| matière , et par la raison générale qui est présente à tout , qui en est le germe, qui le pénètre , que le monde est, que IWivers est, que Dieu est) on entend quelquefois le ciel par ce i^ot, Ditu.
Le monde existe séparé du vide qui l'environne , comme un œuf, la terre est au centre ^ il y a cette dififérenj/e entre le monde et l'univers , que l'univers est infini ; il cosnpfend les choses qui sont, et le vide qui les comprend \ le monde est fini , le monde est compris dans le vide qui n'entre pas dans l'acceptiou de ce mot.
Au commencement il n'y avait que Dieu et la matière ^ Dieu , essence des choses , nature ignée , être prolifique , dont une portion combinée avec la matièr^e , a produit l'air, puis l'eau; il est au monde comme le germe à la plante ; il a déposé le germe du monde dans l'eau , pour en faciliter le développement ; une partie de lui-même a condensé la terre , une autre s'est exhalée ; de là le feu.
Le monde est un grand animal , qui a sens , esprit et raison i il y a , ainsi que dans l'homme , corps et âme dans ce grand animal ; l'âme y est présente à toutes les parties du corps.
11 y a dans le monde , outre de la matière nue de toute qua* lité , quatre élémens , le feu, l'air , l'eau et la terre ; le feu est chaud , l'air froid , la terre sèche et l'eau moite ; le feu tend en haut , c'est son séjour ; cet élément , ou sa portion connue sous le nom d'é/Aer, a été le rudiment des astres et de leurs sphères; l'air est au-dessous du feu ; l'eau coule sous l'air et sur la terre ; la terre est la base du tout , elle est au centre.
Entre les élémens deux sont légers , le feu et l'air ; deux pesans , l'eau et la terre : ils tendent au centre qui n'est ni pe« aant , ni léger.
n y a une conversion réciproque des élémens entre eux ; tout ce qui cesse de l'un , passe dans, un autre; l'air dégénère en feu , lé feu en air ; l'air en eau, l'eau en air ; la terre en eau , l'eau en terre ; mais aucun élément n'est sans aucun des autres : tous sont en chacun.
Le feu est le premier des élémens ; il a son séjour vers le ciel, et le ciel est , comme nous l'avons dit , la limite -dernière du inonde , oii ce qui est divin a sa place.
Il y a deux feux ; l'artificiel qui sert à nos usag^^s, le naturel qui sert anx opérations de la nature ; il augmente et conserve les choses, les plantes, les animaux ; c'est la chaleur universelle sans laquelle tout périt.
Il y a des Ames mortelles , il y en à d'immortelles.
Apres la déflagratiou générale , et le renonvellement des choses , les âmes retourneront dans les corps qu'elles ont animés avant cet événement.
L'âme est un corps , car elle est , et elle agit ; mais ce corps est d'une ténuité et d'une subtilité extrêmes.
On y distingue huit facultés ; les cinq sens , la faculté d'e»gendrer , celle de parler , et une partie principale.
Apres la mort , elle remonte aux cieux ; elle habite les astres» elle converse avec les dieux, elle contemple , et cet état durert jusqu'à ce que le monde consumé , elle et tous les dieux se confondent , et ne forment plus qu'un seul être , Jupiter.
L'âme du sage , après la dissolution du corps , s'occupe dn cours du soleil , de la lune , et des autres astres , et vérifie les connaissances qu'elle a acquises sur la terre.
Principes de la philosophie morale des Siofciens, Dans la vie , c'est surtout la fin qu'il faut regarder ; la fin est Tétre ptr qui tout se fait , pour qui tout est^ à qui tout se rapporte.
La fin peut se considérer sous trois aspects, l'objet, ks moyens , et le terme.
La fin de l'homme doit être de conformer sa conduite ans lois de la nature;
La nature n'est autre chose que la raisop universelle qui ordonne tout; conformer sa conduite à celle de la nature , c'est se voir comme une partie du grand tout , et conspirer k. son harmonie.
Dieu est la portion princrpale de la nature ; Fâme de l'homme est une particule de Dieu : la loi de la nature , ou de Dieu , c'est la règle générale par qui tout est coordonné « ma, et vivifié; vivre conformément à la nature , imiter la divinité , suivie l'ordre général , c'est ta même chose sous des expressions différentes.
La nature est tout ce qu'il y a de bon et de beau.
La vertu a ces deux qualités comme la nature.
Le bonheur efi est une suite*
Bien vivre , aimer le beau , pratiquer le bien , et être he«reux , c'est une même chose.
La vertu a son germe dans l'âme humaine , c'est une conséquence de son origine ; particule émanée de la divinité , eQe tend d'elle-même à l'imitation du principe de son émana tioa ^ ce principe la meut , la pousse et l'itispire.
Cette particule détachée de la grande âm^, et spécifiée par son union à tel ou tel corps, est le démon de cet homme, ce démon l e porte au beau, au bon ^ et à la f^icité.
La soayeraine félicite consiste k Te'coutcr ; alors on choisit ce (]iM convient à la nature générale ou à Dieu , et Ton rejette ce qui contredit son harmonie et sa loi.
Chaque homme ayant son démon , il porte en lui le principe de son J>onheur , Dieu lui est présent. C'est un pontife sacré qui préside à son autel.
Dieu lui est présent ; cVst Dieu même attaché à un corps de figure humaine.
La nature duhonheur de Thomme est la même que la nature du bonheur de Dieu. C'est la vf'rtu.
La yertu est le grand instrument de la félicité. Le bonheur souverain n'est pas dans les choses du corps , mais dans celles de l'âme. '
Il n'y a de bien que ce qui est honnête. L'honnête n'est relatif qu'à l'âme. Rien de ce qui est hors de J'homme ne peut donc ajouter solidement à son bonheur.
Le corps , les jouissances , la gloire , les dignités sont des choses hors de nous et de notre puissance ; elles ne peuvent donc que nuire k notre bonheur , si nous nous y attachons.
Le dernier degré de la sagesse consiste à bien distinguer le bon du mauvais. ^
Entre les choses , il y en a qui sont bonnes; il y en a qui sont
mauvaises y et d'autres qu'on peut regarder comme indifférentes.
Une chose est bonne relativement à la nature d'un être : une
créature raisonnable ne peut être heureuse que par les objets
analogues à la raison.
Ce qui est utile et honnête est bon. La bonté ne se conçoit point séparée de l'ntilité et de l'honnêteté.
L'utile consiste à se conformer à la fin du tout dont on est partie } k suivre la loi du principe qui commande.
La vertu est le vrai bien; la chose vraiment utile. C'est \k que la nature parfaite nous invite.
Ce n'est point par des comparaisons de la vertu avec d'antres objets , par des discçurs , par des jugemensque hous découvrons que la vertu est le bien. P^ous le sentons. C'est un efiet énergique de sa propre nature qui se développe en nous , malgré nous.
La sérénité , le plaisir et la joie sont les accessoires du bien. Tout ce qui est opposé au bien est mal. Le mal est un écart de la raison générale du tout.
Les accessoires du mal sont les chagrins , la douleur , le trouble.
La vertu et ses accessoires constituent la félicité.
n y a des biens pr^seos , il y en a de futurs. Dts biens cens-
tans , des hlens intermîttens y de durables et de passagers ; des biens d'objets, de moyens , de fin , d'utilitë ^ d'iniérieurs , d'extérieurs , d'absolus , de relatifs , etc.
Le beau c'est la perfection du bien.
Tous les biens soAt égaux. Il faut les désirer tons. Il n'en faut négliger aucun.
Il y a entr^ le bien ou Thonnéte , entre le mal on le honteux , des choses intermédiaires qui ne peuvent ni contribuer as bonheur , ni y nuire. On peut ou les négliger , ou les rechercher sans conséquence.
Le sage est sévère ; il fuit les distractions ; il a l'esprit sain ; il ne souffire pas; c'est un homme dieu; c'est le seul vrai pontife; il est prophète ; il n'opiâe point ; c'est le cynique par excellence ; il est libre; il est roi; il peut gouverner un people; il n'erre pas ; il est innocent ; il n'a pitié de rien ; il n'est pas indulgent ; il n'est point fait pour habiter un désert ; c'est on véritable ami ; il fait bien tout ce qu'il fait ; il n'est point ennemi de la volupté; la vie lui est indifiérente ; il est grand en tout; c'est un économe intelligent; il a la noblesse réelle; personne n'entend mieux la médecine ; on ne le trompe jamais ; il ne trompe point; c'est lui qui sait jouir de sa femme, de ses enfatos , de la vie ; il ne calomnie pas ; on ne saurait l'exiTer, etc.
Les Stoïciens h ces caractères en ajoutaient une infinité d'autres qui semblaient en être les contradictoires. Après Ws avoir regardés comme les meilleurs des hommes , on les eût pris pour les plus méchans. C'était une suite de leur apathie-, de leur smitatiou stricte de la divinité , et des acceptions particulières des mots qu'ils employaient. La définition du stoïcien était toute semblable à celle q^e Yanini donnait de Dieu.
L'âme , semblable k un globe parfaitement rond , est nnîforme ; elle n'est capable ni de compression , ni d'expansion.
Elle est libre ; elle fait ce qu'elle veut ; elle a sa propre énergie. Rien d'extérieur ne la touche , ni ne peut la contraindre.
Si on la considère relativement au tout , elle est sujette au destin ; elle ne peut agir autrement qu'elle agit ; elle suit le lien universel et sacré qui unit l'univers et ses parties.
Dieu est soumis au destin , pourquoi l'âme humaine , qui n'eu est qu'une particule, en serait-elle afiranchie?
Aussitôt que l'image dn bien l'a frappée , elle le désire*
Le principe qui se développe le premier dans yn être nniméy est celui de sa propre conservation.
S'il atteint ce qui est conforme à la nature , son bonkenr commence.
Les désirs fiaivent la connaissance ou l'opinion des cho«es.
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C'est ie la connaissance de l'ordre universel , que dépend celle du vrai bien.
Si l'on présente à l'homme un bien convenable à sa nature , et qu'il ft'j porte avec modération , il est sage et non passionné ; s'il en jouit paisiblement » il est serein et content ; s'il ne craint point de le perdre , il est tranquille , etc.
S'il se trompe sur la nature de l'objet ; s'il le poursuit avec trop d'ardeur ; s'il en craint la privation 5 s'il en jouit avec transport ; s'il se trompe sur sa valeur; s'il en est séduit; s'il s'y attache ; s'il aime la vie , il est pervers.
Les désirs fondés sur l'opinion , sont des sources de trouble. L'intempérance est une des sources les plus fécondes du trouble.
Le vice s'introduit , par l'ignorance des choses qui font la vertu.
Il y a des vertus de théorie. Il y en a de pratique. Il y en a de premières. Il y en a de secondaires.
La prudence qui nous instruit de nos devoirs ; la tempérance qui règle nos appétits; le courage qui nous apprend à supporter j la justice qui nous apprend à distribuer! sont des vertus du premier ordre.
Il y a entre les vertus un lien qui les enchaîne ; celui à qui il en manque une , n'en a point. Celui qui en possède bien une , les a toutes.
La vertu ne se montre pas seulement dans les discours ; mais on la voit aussi dans les actions.
Le milieu entre le vice et la vertu n'est rien.
On forme un homme à la vertu. Il y a des méchans qu'on peut rendre bons.
On est vertueux pour la vertu même. Elle n'est fondée ni dans la crainte ni dans l'espérance.
Les actions sont ou des devoirs , ou de la générosité ; ou des procédés indilTérens.
La raison ne commande ni ne. défend les procédés indifiërens ; la nature ou la loi prisent les devoirs. La générosité immole l'intérêt personnel.
Il y a des devoirs relatifs à soi-même ; de relatifs au prochain et de relatifs à Dieu.
Il importe de rendre à Dieu lin culte raisonnable.
Cielui-là a une juste opinion des dieux qui croit leur existence , leur bonté , leur providence.
Il faut les adorer avant tout , y penser , les invoquer , les reconnaître, s'y soumettre y leur abandonner sa vie, les louer même dans le malheur, etc.
L'apathie est le but de tout ce que l'homme se doit k lai-même.
Celui quî y est arriva est sage.
Le sage naura quand il lui convient ie mourir ; il lui sert indiflTërent de recevoir la mort ou de se la donner. Il n'attendra point à rextrémité pour user de ce remède. Il lui suffira de croire que le sort a changé.
Il cherchera l'obscurité.
Le soir il se rappellera sa journée. Il examinera ses actions. II reviendra sur ses discours. Il s'avouera ses fautes. Il se proposera de faire mieux.
Son étude particulière sera celle de lui-même.
Il méprisera la vie et ses amusemens ; il ne redoutera ni la douleur , ni la misère , ni la mort.
Il aimera ses semblables. Il aimera même ses ennemis.
Il ne fera l'injure à personne. Il étendra sa bienveillance sur tous.
Il vivra dans le monde , comme s'il n'y avait rien de propre.
Le témoignage de sa conscience sera le premier qu'il recherchera.
Toutes les fautes lui seront égales.
Soumis à tout événement , il regardera la commisération et la plupart des vertus de cet ordre , conune une sorte d'opposition à la volonté de Dieu.
Il jugera de mi^me du repentir.
Il n'aura point ces vues de petite bienfaisance , étroite , qui distingue un homme d'un autre. Il imitera la nature. Tous les hommes seront égaux à ses yeux.
S'il tend la main k celui qui fait naufrage , s'il console celui qui pleure , s'il reçoit celui qui manque d*asile ; s'il donne la vie à celui qui périt ^ s'il présente du pain à celui qui a faim , il ne sera point ému. Il gardera sa sérénité. Il ne permettra -poiat au spectacle de la misère, d'altérer sa tranquillité. Il reconnaîtra en tout la volonté de Dieu et le malheur des autres ; et dans son impuissance h les secourir , il sera content de tout , parce cju'ii saura que rien ne peut être mal.
Des disciples et des successeurs de Zenon, Zenon eut pour disciples Philonide ^ Calippe , Posidonius , Zénode, Scion et Cléanthe.
Persée, Ariston « Uérille, ï)enis^ Sphérus et Athénodore se sont fait un nom dans sa secte.
Nous allons parcourir rapidement ce qu'il peut y avoir de remarquable dans leurs vies et dans leurs opinions.
Persée était fils de Démétrius de Cettium. Il fut, disent les uns , l'ami de Zenon , d'autres , un de ces esclaves qu'Àxxtigone envoya dans son école pour en copier les leçons. 11 vivait aux environs de la i3o* olympiade. Il était avancé en âge , lox:5qa'ii
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alla à la cour d'Anligonc Gonatas. Son créclit auprès de ce prince fut tel , que la garde de l'Acro-Corinthe lui fut confiée. On sait que la sAreté de Corinthe et de tout le Péloponnèse dépendait de cette citadelle. Le philosophe répondit mal à l'axiome stoïque , qui disait qu'il n'y avait que le sage qui sache commander. Aratus de Sycionesc présenta subitement devant l'Acro-Corinthe, et le surprit. II empêcha Antigone de tenir à Ménedème d'Erctrie la parole qu'il lui avait donnée , de remettre les Erétriens en république j il regardait les dieux comme les premiers inventeurs des choses utiles chez les peuples qui leur avaient élevé des autels. Il eut fiDur disciple Hermagoras d'Amphipolis.
Ariston de Ghio était fils de Miltiade. Il .était éloquent , et il n'en plaisait pas davantage à Zenon qui affectait un discours bref. Ariston, qui aimait le plaisir , était d'ailleurs peu fait pour cette école sévère. Il profita d'une maladie de son maître pour le quitter. Il suivit Polérooo , auquel il ne demeura pas long-temps attaché. Il eut l'ambition d'être chef de secte et il s'établit dans le Cynosarge , où il assembla quelques auditeurs , qu'on appela de son nom les Aristoniena : mais bientôt son école fut méprisée et déserte. Ariston attaqua avec chaleur Arcésilaiis , et la manière de philosopher académique et scep* tique. Il innova plusieurs choses dans le atoïcisme : il prétendait que l'élude de la nature était au-dessus de l'esprit humain ; que la logique ne signifiait rien , et que la morale était la seule science qui nous importât; qu'il n'y avait pas autant de vertus différentes qu'on en comptait communément, mais qu'il ne fallait pas , comme Zenon , les réduire à |ine seule 5 qu'il y avait entre elles un lien commun; que les dieux étaient sans intelligence et sans vie , et qu'il était impossible d'en déterminer la forme. Il mourut d'un coup de soleil qu'il reçut sur sa tête qui était chauve. Il eut pour disdple Eratosthène de Cyrène. Celui-ci fut grammairien , poète et philosophe. Il se distingua aussi parmi les mathématiciens. La variété de ses connaissances lui mérita le nom de ^/ii7o/rj»^tttf, qu'il porta le premier, et les Ptolomée , Philopator et Epiphane lui confièrent le soin de la bibliothèque d'Alexandrie.
Persée ne fut pas le seul qui abandonna la secte de Zenon. On fait le même reproche à Denis d'Héraclée. On dit de celuici qu'il regarda la volupté comme la fin des actions humaines et qu'il passa dans l'école cyrénaïque et épicurienne.
Hérelle de Carthage n'eut pas une jeunesse fort innocente. Lorsqu'il se présenta pour disciple à Zenon, celui-ci exigea pour preuve de son changement de mœurs , qu'il se coupât les cheveux qu'il avait fort beaux. Hérelle. se rasa la tête, et fut reçu dans l'école 3. /j5
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stoîque. Il regarda la science et la vertu comme les véritables fins de l'homme , ajoutant qu'elles dépendaient quelquefois des circonstances , et que semblables à l'airain dont on fondait la statue d'Alexandre ou de Socrate , il en fallait changer selon les occasions ; qu'elles n'étaient pas les mêmes pour tous les hommes ; que le sage avait les sciences qui n'étaient pas celles du fou , etc.
Sphxrus le borjsthénite , le second disciple de Zenon , enseigna la philosophie k Lacédémone , et forma Cléomëne. 11 passa de Sparte à Alexandrie : il modifia le principe des Stoïciens , que le sage n'opinait jamais. Il disait à Ptolomée qu'il n'était roi , que parce qu'il en avait les qualités , Ans lesquelles il cesserait de l'être. 11 écrivit plusieurs traités que nous n'avons pas.
Cléanthës , né à Asse en Ljcie , succéda à Zenon sous le Stoa. n avait été d'abord athlète. Son extrême pauvreté lui fit apparemment goûter une philosophie qui prêchait le mépris des richesses. Il s'attacha d'abord k Cratës , qu'il quitta pour Zenon. Le jour il étudiait ; la nuit il se louait, pour tirer de l'eau dans les jardins. Les Aréopagites , touchés de sa misère et de sai vertu , lui décernèrent dix mines sur le trésor public : Zenon n'était pas d'avis qu'il les acceptât. Un jour qu'il conduisait des jeunes gens au spectacle , le vent lui enleva son manteau et le laissa tout nu. La fortune et la nature l'avaient traité presque avec la même ingratitude. Il avait l'esprit lent : on l'appelait fane de Zenon , et il disait qu'on avait raison , car il portait seul loule la charge de ce philosophe. Antigone l'enrichit ; mais ce fut sans conséquence pour sa vertu. Cléanthës persista dans la pratique austère du êtoicismê. La* secte ne perdit rien sous lui de son éclat j le portique fut plus fréquenté que jamais : il prêchait d'exemple la continence , la sobriété , la patience et le mépris des injures : il estimait les anciens philosophes de ce qu'ils avaient négligé les mots, pour s'attacher aux choses; et c'était la raison qu'il donnait de ce que beaucoup moindres en nombre que de son temps , il y avait cependant parmi eux beaucoup plus d'hommes sages. Il mourut âgé de quatre-vingts ans : il fut attaqué d*nn ulcère à la bouche , pour lequel les médecins lui ordonnèrent l'abstinence des alimens ^ il passa deux jours sans manger r ce régime lui réussit, mais on ne put le déterminer à reprendre les alimens. Il était , disait-il , trop près du terme pour revenir sur ses pas. On lui éleva , tard à la vérité , une très-belle statue.
Mais personne ne s'est fait plus de réputation parmi les Stoïciens que Chrisippe de Tarse. Il écouta Zenon et Cléanthës : H abandonna leur doctrine en plusieurs points. C'était un homme «l'un esprit prompt et subtil. On le loue d'avoir pu composer jusqu'à cinq cents vers en un jour : mais parmi ces vers , v en
avait-il beaucoup qu'on pût louer? L'estime qu'il faisait de luimême n'était pas médiocre. Interrogé par quelqu'un qui avait un enfant, sur l'homme à qui il en fallait confier l'instruction : à moi , lui répondit-il ; car si je connaissais un précepteur qui valût mieux , je le prendrais pour moi. Il avait de la hadteur dans le caractère : il méprisa les honneurs. Il ne dédia point aux rois aes ouvrages , comme c'était la coutume de son temps. Son esprit ardent et porté à la contradiction lui fit des ennemif . Il éleva Carnéade , qui ne profita que trop bien de l'art malheureux de jeter des doutes. Chrisippe en devint lui-même la victime. Il parla librement des dieux : il eipliquait la fable' des amours de Jupiter et de Junon d'une manière aussi peu décente que religieuse. S'il est Trai qu'il approuvât l'inceste et qu'il conseillât d'user de la chair humaine en alimens , $91 morale ne fut pas sans tache. Il laissa un nombre prodigieux d'ouvrages. Il mourut âgé de quatre-vingt-trois ans : on lui éleva une statue dans le Céramique.
Zenon de Tarse , à qui Chrisippe transmit le portique , fit beaucoup de disciples et peu d'ouy rages.
Diogène le babylonien eut peur maîtres Chrisippe et Zenon. Il accompagna Critolaiis et Carnéade à Rome. Un jour qu'il par« lait de la colère , un jeune étourdi lui cracha au visage , et la tranquillité du philosophe nedémentit pas son discours. Il mourut âgé de quatre-vingt-dix-huit ans.
Antipater de Tarse avait été disciple de Diogène , et il lui succéda. Ce fut un des antagonistes les plus redoutables de Carnéade.
Panétius de Rhodes laissa les armes auxquelles il était appelé par sa naissance , pour suivre son goût et se livrer à la philosophie. Il fut estimé de Cicéron , qui l'introduisit dans la familiarité de Scipion et de Lélius. Panétius fut plus attaché k la pratique du ataicUme i{u*k ses dogmes. Il estimait les philosophes qui avaient précédé, mais surtout Platon, qu'il appelait leur Homère. Il vécut long-temps à Rome , mais il mourut à Athènes. 11 eut pour disciples des hommes du premier mérite , Mnésarque , Posidonius , Lélius , Scipion , Fannius , Hécaton , Apollonius , Polybe. Il rejetait la divination de Zenon : écrivit des offices; il s'occupa de l'histoire des sectes. Il ne nous reste aucun de ses ouvrages.
Po;iidonius d'Apamée exerça à Rhodes les fonctions de magistrat et de philosophe ; et au sortir de l'école , il s'asséjait sur le tribunal des lois, sans qu'on l'y trouvât déplacé. Pompée le visita» Posidonius était alors tourmenté de la goutte. La douleur ne l'empêcha point d'entretenir le général romain. Il traita en sa présence la question du bon et de l'honnête. Il écrivit
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différens ouvrages. On lui attribue Tinvention d'une sphère artificielle , qui imitait les mouvemens du système planétaire : il mourut fort âgé. Cicéron en parle comme d'un honune qu'il avait entendu.
Jason , neveu de Posidonius , professa le aioicisme k Ehodes, après la mort de son oncle.
Poy0M à Varticle dé la Philosophie dis Romaiits rhistoire des progrès de la-secte dans cette ville sous la république et cous les empereurs.
Des femmes eurent aussi le courage d'embrasser le êioiciême, et de se distinguer dans cette école par la pratique de ses vertos austères.
La secte stoïcienne fut le dernier rameau de la secte de Socrate.
Dêê riêtauraUurs de ta Phiioeophie stoïcienne parmi ies moderneê. Les principaux d'entre eux ont été Juste^Lipse , Sdoppius , Hein$iujt et Gataker.
Juste-Lipse naquit dans le courant de i547. ^^ ^^ ^^ premières études à Bruxelles , d'oii il alla perdre deux ans ailleurs. H étadit la scholastique ches les Jésuites; le goùude l'éloqueuce et des questions granmiaticales l'entraînèrent d'abord ; mais Tadte et Sénèque ne tardèrent pas à le détacher de Donat et de Cicéron. Il fut tenté de se faire jésuite; mais ses parens, qui n'approuvaient pas ce dessein , l'envoyèrent à Louvain ou sa vocation se perdit. Là il se livra tout entier à la littérature anôcime et à la jurisprudence. Il se lia sous Corneille Valère , leur maître commun , à Delrio , Giselin , Lermet , Shott, et d'autres qui se sont illustrés par leurs connaissances. Il écrivit de bonne heure. Il n'avait que dix-neuf ans , lorsqu^il publia ses livres de variis lectionibuê : il les dédia au cardinal Pernot de GraUville , qui l'aima et le protégea. A Rome , il se plongea dans l'étude des antiquités : il y connut Manuce , Mercuriales et Muret. De retour de l'Italie en Flandres, il s'abandonna au plaisir, et il ne parut pas se ressouvenir beaucoup de son Epictëte : mais cet écart de jeunesse , bien pardonnable à un homme qui était resté si jeune sans père , sans mère , sans parens , sans tvtenrs « ne dura pas. Il revint à l'étude et à la vertu. Il voyagea eu France et eu Allemagne , en Saxe , en Bohême , satisfaisant partoit sa passion pour les sciences et pour les s a vans. 11 s'arrêta quelqae temps en Allemagne , oii le mauvais état de sa fortune , ^ avait disparu au milieu des ravages de la guerre allumée daas son pays , le détermina à abjurer le catholicisme , pour obteair une chaire de professeur ches des luthériens. Au fond, indiUérvut en fait de religion , il n'était ni catholique ni luthérien. D se maria à Cologne. Il s'éloigna de cette yille pour aller chercha
un asile oU il p&t vivre dans le repos et la solitude; mais il fut obligé de préférer la sécurité à ses avantages et de se réfugier k Lonvain , 011 il prit le bonnet de docteur en droit. Cet état lui promettait de Taisance : mais la guerre semblait le suivre p artout ) elle le contraignit d'aller ailleurs enseigner parmi les Protestans la jurisprudence et la politique. Ce fut là qu'il prétendit qu'il ne fallait dans un état qu'une religion , et qu'il fiallait pendre , brûler , massacrer ceux qui refusaient de se conformer au culte public : quelle morale à del>iter parmi desbommes qui venaient d'exposer leurs femmes , leurs enfans , leur pays , leur fortune , leur vie, pour s'assurer la liberté de la conscience , et dont la terre fumait encore du sang que l'intolérance espagnole avait répanda ! On écrivit avec cbaleur contre Juste-Lipse. Il devint odieux : il médita de se retirer de la HoUaûde. Sa femme superstitieuse le pressait de changer de religion ; les Jésuites Tin- . vestissaient : il augurait mal du succès de la guerre des Provinces-Unies. Il simula une maladie : il alla à* Spa; il passa quelques années k Liège , et de là il vint à Cologne , où il rentrai dans le aei^i du catholicisme. Cette inconstance ne nuisit pas autant à sa considération qu'à sa tranquillité. Les Jésuites, amis aussi chauds qu'ennemis dangereux, le préconisèrent. Il fut appelé par des villes , par des provinces , par des souverains. L'ambition nfétait certainement pas son défaut ; il se refusa aux propositions les plus avantageuses et les plus honorables. Il mourut à Louyain en 1606 , âgé de cinquante-huit ans. Il avait beaucoup souflTert et beaucoup travaillé ; son érudition était profonde : il' n'était presque aucune science dans laquelle il ne fdt versé; il avait des lettres , de la critique et de la philosophie. Les langues anciennes et modernes lui étaient familières. Il avait étudié la jurisprudence et les antiquités. Il était grand moraliste ; il s'était fait un stjle particulier , sentencieux , bref, concis et serré. Il avait reçu de la nature de la vivacité , de la chaleur , de la sagacité , de la justesse même , de l'imagination , de l'opiniâtreté et de la mémoire. Il avait embrassé le êtoichme ; il détestait la philosophie des écoles. Il ne dépendit pas de lui qu'elle ne s*améUorAt. Il écrivit de la politique et de la morale ; et quoiqu'il ait laissé un grand nombre d'ouvrages , qu'ils aient presque tous été composés dans les embarras d'une vie tumul* tueuse , il n'y en a pas un qu'on lise sans quelque fruit : sa physiologie stoicienne , son traité de la constance , ses politiques , ses observations sur Tacite , ne sont pas les moins estimés : il eut des mœurs , de la douceur , de l'humanité , asses peu de religion. 11 y a dans sa vie plus d'imprudeèce que de méchanceté ; ses apostasies continuelles sont les suites naturelles de ses principes.
Gaspar Scîoppîas, dont on a dit tant de bien et de mal, marcha tur les pas de Juste-Lîpse. Il publia des ëlémens de la philosophie stoïcienne ; ce n'est guère qu'un abr^é de ce qu'on savait avant lui.
Daniel Heiosius a fait le contraire de Scioppius. CeluH-ci a délayé dans une oraison dé philoëophià êtoicà ce que Scioppius avait resserré.
Gataàer s'est montré fort supérieur à l'un et k l'antre dans son commentaire sur l'ouvrage de l'empereur Antonin. On j retrouve partout un honune profond dans la connaissance des orateurs ^ des poètes et des philosophes anciens : mais il a ses préjugés. Il voit souvent Jésns>-Christ , saint Paul , les évangélistes f les pères sous le portique , et il ne tient pas à lui qu'on ne les prenne pour les disciples de Zenon. Dacier s'était pas éloigné des idées^ de Gataker.
SUBITy adj. {Gmmm. ), qui s'exécute tout à coup; il j a des coups êubiu , des échecs sitbiU , des bonheurs êubUê , des fertunes , des élévations suMeg. C'est alors qu'on considère les hommes élevés si subitement y et qu'on se demande comment cela s'est fait , sans pouvoir se répondre. On se rappelle sentement un endroit ou Lucien introduit Jupiter fatigué des da-^ meurs qui s'életaient de la terre , mettant la tête àia trappe , et disant de la grêle en Scgrthie » un volcan dans les Ganlcâs , la pesCe ici , la famine là; refernunt sa trappe, achevant de s'enivrer, s'endormant entre les bras de Ganimède on de Junon ,' et appelant cela gouverner le monde*
SUBVENIR 9 v. n. (Gramm,)^ secourir, soulager. J'étais dans la détresse , il ne dédaigna pas de connaître ma misère et d'j subvenir. Ma grand'mère resta veuve à trente-trois ans , et elle avait eu vingt-deux enEans , huit dans les quatre premières couches^ il Ini en restait dix-neuf vivans autour de sa table. Je ne sais èomment elle parvint à les élever et à subvenir k tovL% leurs besoins ^ avec le peu de fortune qu'elle avait. De tant A*eiifans , aucun^n'est parvenu au-delà de soixante et qninxe «us : je n'en ai jamais vu que trois ; je suis encore jeune ^ et au moment ou j'écris, il n'en reste pas un. Avec quelle vitesse les hommes passent! Comment la nature afi6v»e/i#-elle à uœ diminution si rapide de l'espèce?
SUCCES , »é m. ( Gramm. ), fin on issue bonne ou mauvaise d'une affaire. Le succès d'une entreprise ne dépend pas toii5c>w de la prudence. Cette vertu nous console seulement, lorsqn^d ne répond pas à notre attente. Quel que soit le^urc^ d'une clioae, il vient de Dieu. 11 n'arrive jamais , que ce qui doit arriver. Si le succès était autre , il faudrait que l'ordre uaiyersel ckangeêU
Lorsque l'Être tout-piiî$sftnt gratifie une créature cTun bon «kccèê , il fait un miracle aussi grand que quand il créa l'univers* Il faut la même puissance pour changer l'enchaînement universel des causes , que pour l'institner. Si Dieu écoutait nos souhaits et qu'il nous accordât des êuccè$ tels que nous les désirons , il ferait marcher l'univers à notre fantaisie , et souvent il nous châtierait sévèrement. Qui est^e qui sait , si le aticcèê qn'il de<« mande, est celui qui convient vraiment au bon sens? Reconnaissons donc la vanité et Tindiscrétion de nos vœux , et sovunettons-nous aux événemens.
SUFFISANTE RAISON ( Jkféiaphysiq. ) , principe de larai^ son 8uffiêcmte. C'est celui duquel AéftnAeai toutes les vérités contingentes. Il n'est ni moins primitif, ni moins universel que celui de contradiction. Tous les hommes le suivent naturelle-' ment ; car il n'y a personne qui se détermine à une chose plutôt qu'à une autre sans une raison êuffiêonte , qui lui fasse voir ifae cette chose est préférable à l'autre.
Quand on demande compte à quelqu'un de ses actions, ou pousse les questions jusqu'à ce qu'on soit parvenu à découvrir une raison qui nous satis£ssse , et nous sentons dans tous les cas que nous ne pouvons point forcer notre esprit à admettre quelque chose sans une raiwn suffiitanie , c'est-à-dire, sans une raison qui nous fasse comprendre pourquoi cette chose est ainsi plutôt que tout autrement.
Si ou voulait nier ce grand principe , on tombenait dans d'étranges contradictions : car dès que l'on admet qu'il peut arriver quelque chose sans raisùn êuffisantc , on ne peut awuver d'aucune chose qu'elle est la «néme qu'elle était le moment d'auparavant , puisque cette chose pourrait se changer à tout moment dans une ,autre d'une autre espèce ; ainsi il n'j aurait pour nous des vérités que pour un instant.
J'assure , par exemple, que tout est eucore dans ma chambre dans l'état 011 je l'ai laissé , parce que ]t suis assuré que personne n'y est entré depuis que j'en suis sorti ; mais si le principe de la raiêon êuffisaniê n'a pas lieu , ma certitude devient «ne chimère, puisque tout pourrait être bouleversé dans ma chambra sans qu'il 7 f Àt entré personne capable de le déranger.
Sans ce principe , il n'y aurait point de choses identiques 9 car deux choses sont identique» , lotlque l'on peut substituer l'une à la place de l'a^itre sans qu'il arrive aucun changement par rapport à la propriété qu'on considère. Aimi , par exemple , si j'ai une boule de pierre et une boule de plomb , et que je puisse mettre l'une à û place de l'autre dans le bassin d'une balance, sans que la balance change de, situation > je dis que le
poids de ces boules est identique , qu'il est le même , et qu'elles sont identiques quant à leurs poids : cependant s'il pouvait arriver quelque chose sans une raison sufiîsarUe, je ne pourrais prononcer que le poids de ces boules est identique dans le temps même que j'assure qu'il est identique , puisqu'il pourrait arriver sans aucune raison un changement dans l'une qui n'arriverait pas dans l'autre , et par conséquent leur poids ne serait point identique ; ce qui est contre la définition.
Sans le principe de la raison suffisante^ on né pourrai^ pi ai dire que cet univers, oii toutes les parties sont si bien liées entre elles , n'a pu être produit que par une sagesse suprême ; car s'il peut j avoir des effets sans raison suffisante , tout cela a pu être produit par le hasard , c'est-à-dire , par rien. Ce qui arrive quelquefois en songe nous fournit l'idée d'un monde Ikbalenx , oii tous les événemens arriveraient sans raison suffisante. Je rète que je suis dans ma chambre occupé à écrire ; tout d'an coup ma chaise se change en un cheval ailé , et je me trouve en on instant à cent lieues de l'endroit oii j'étais , et avec des personnes qui sont mortes depuis long-temps. Tout cela ne pent arriver dans ce monde , puisqu'il n'y aurait point de raison suffisante et tous ces effets. C'est ce principe qui distingue le songe de la veille , et le monde réel du monde fabnleux qne l'on nons dépeint dans les contes des fées.
Dans la géométrie , oii toutes les vérités sont nécessaires , oa ne se sert que du principe de contradiction ; mais lorsqu'il «t possible qu'une chose se trouve en diffi^ns états , je ne puis assurer qu'elle se trouve dans un tel état plntAt que dans un antre, à moins ^ue je n'allègue une raison de ce que j'affirme ; ainsi , par exemple , je puis être assis , couché , debout , toutes ces déterminations de ma situation sont également possibles^ mais quand je suis debout , il faut qu'il y ait une raison euffiemUe pourquoi'je suis debout , et non pas assis ou couché.
Archimëde passant de la géométrie à la mécanique , reconnut bien le besoin de la raison suffisante; car voulant démontrer qu'une balance à bras égaux , chargée de poids égaux restera en équilibre , il fit voir que daps cette égalité de bras et de poids , la balance devait rester en repos , parce qu'il n'y aurait point de raison suffisants pourquoi l'un des bras descendrait plutôt que l'autre. M. de Leibnits,qui était très-attentif aux sources de nos raisonnemens , saisit ce principe , le développa , et fbt le premier qui l'énonça distinctement et qui Tintroduidt dans ks sciences.
Le principe de la raisùn suffisante est anoore le fondement des règles et des coutumes , qui ne sont fondées que sur ce qu'on
appelle contenance; car les mêmes hommes peuvent suivre des coutumes différentes, ils peuvent déterminer leurs actions en plusieurs manières ; et lorsqu'on choisit préférablement à d'autres celles oii il j a le plus de raison, l'action devient bonne et ne saurait être blâmée; mais on la nomme déraisonnable dès qu'il j a des raisons suffisantes pour ne la point commettre ; et c'est sur ces mêmes principes que l'on peut prononcer qu'une coutume est meilleure que l'autre; c'est-à-dire, quand elle a plus de raison de son c6té.
Ce principe bannit de la philosophie tous les raisonnemens à la scholastique ; car les scholastiques admettaient bien qu'il ne se^ fait rien sans cause; mais ils alléguaient pour causes des natures plastiques , des âmes végétatives , et d'autres mots vides de sens; mais quand on a nne fois établi qu'une cause n'est bonne qu'au-^ tant qu'elle satisfait an principe de raison suffisante , c'est-àdire y qu'autant qu'elle contient quelque chose par où on puisse faire voir comment, et pourquoi un effet peut arriver ; alors on ne peut pins se payer de ces grands mots qn'on mettait à la place des idées.
Quand on explique, par exemple, pourquoi les plantes naissent, croissent et se conservent , et que l'on donne pour cause de ces effets une Ame végétative qui se trouve dans toutes les plantes , on allègue bien une cause de ces effets , mais une cause qui n'est point recevable , parce qu'elle ne contient rien par ou je puissecomprendre comment la végétation s'opère; car cette Ame végétative étant posée, je n'entends point de là pourquoi la plante que je considère a plutôt une telle structure que toute autre , ni coomient cette Ame peut former une machiné telle que celle de cette plante.
An reste , on peut £ure une espèce d'argument ad hominem contre le principe de la raison suffisante , en demandant à mes* sieurs Lieibnits et Wolf , comment ils peuvent l'accorder avec la contingence de l'univers. La contingence en effet suppose une différence d'équilibre. Or , quoi de plus opposé à cette différence que le principe de la raieon suffisante ? Il faut donc dire que le monde existe , non contingemment , mais en vertu d'une raison suffisante , et cet aveu pourrait mener jusqu'aux bords du sptnosisme. U est vrai que ces philosophes tâchent de se tirer d'afiaire en expliquant la contingence par une chose dont le contraire n'est point impossible. Mais il est toujours vrai que la raison suffisante ne laisse point la contingence en son entier. Plus un plan a déraisons qui sollicitent son existence , moins les autres deviennent possibles , c'est-à^^re , peuvent prétendre à l'existence.
Néanmoins le principe de la raison suffisante est d*an trèsgrand usage. La plupart des f^nx raisonnemens n'ont d'antre source que Tonbli de cette maxime. C'est le seul fil qnî pniae nous Conduire dans ces labyrinthes d'erreur, que l'esprit hamaîa s'est bâti pour avoir le plaisir de s'égarer. Il ne faut donc riea admettre de ce qui viole cette maxime fondamentale , qui sert de bride aux écarts sans nombre que fait l'imagination , dès qu'on n^ l'assujétit pas aux règles d'un raisonnement sévère.
SUPERFICIEL, adj. ( Gram. ); il se dit des choses et dea personnes. Un homme superficiel est celui qni n'a effleuré des connaissances que la superficie, qni n'a rien appris à fond. Un onrrage superficiel est celui qni a le défaut de l'homme eupevfickL Plus il y a d'hommes superficiels dans une contrée , plos , tout étant égal d'ailleurs, il j aura d'hommes pro&nds , car il n'j a qu'un seul moyen de se distinguer des autres , c'est de sav«ir mieux qu'eux.
SURPRISE , s. f. ( Gramm. ) , mouvement admiratîf de rime, occasioné par quelque phénomène étrange. Je no sais s'il y a beaucoup de diversité dans la manière dont nos organes soot énuM. Tout se réduit peut-^tre aux différens degrés d^tensité et à la diffi»rence des objets ; et depuis l'émotion la plus légère de plaisir , celle qui altère à peine les traits de notre visage , qni n'émeut que l'extrémité de nos lèvres et y répand la finesse du sptlri8,et qui n'ajoute qu'une nuance imperceptible d'éclat à celui de nos yeux , jusqu'aux agitations , aux transports de la terreur qui nous tient la bouche entr'ouverte ^ le front pâle , k Tisage transi, les yens hagards, les cheveux hérissés, to«s les membres convulsés et tremblans, ce n'est peut-être qu'un accroissement successif d'une seule et même action dans les m^mes •rganes , accroissement qui a une infinité de termes dont nous ne représentons que quelques uns par les^ expressions de la Toâ/ ces termes dans le cas présent , sont surprise , admiraiUm^ éeees^ nemeni , alarme , frayeur^ terreur^ etc.
SYNCRÉTISTES, HÉNOTIQUES , ou CONCILIATEUBS , s. m. {Hist, de la Philos. ) Ceux-ci connurent bien les défauts de la philosophie sectaire; ils virent toutes les écoles aonlevécs les unes contre les autres ; ils s'établirent entre elles en qnaUté de pacificateurs ; et empruntant de tous les systèmes les principes qui leur convenaient, les adoptant sans exapien, et compilant ensemble les propositions les plus opposées, ils appelèrent cela former un corps de dooirine , ou l'on n'apercevait qu'une fAïo&tj c'est que dans le dessein de rapprocher des opinioBS contradictoires, ils les avaient défigurées et obscurcies; et qu'an lien d'établir la paix entre les philosophes , il n'y en avait aucnn qoi
p&t t'accommoder de leur tempëramenf , et qui ne d&t 8*élever contre eazn
n ne faut pas confondre les Synerétisieg avec les Eclectiques : ceux-ci, sans s'attachera personne, ramenant les opinions à la discussion la plus rigoureuse , ne recevaient d*un système que les propositions qui leur semblaient réductibles à des notions ëyidentés par elles-mêmes. Les SjncréiUiêê au contraire ne discutaient rien en soi-même; ils ne cherchaient point à découvrir si une assertion était vraie ou fausse ; mais ils s'occupaient seulement des moyens dé concilier des assertions diverses, sans aucun ^ard ou à leur fausseté , ou à leur vérité.
Ce n'était pas qu'ils nç crussent qu'il convenait de tolérer tous les systèmes , parce qu'il n'y en avait aucun qui n'offrit quelque vérité; que cette exclusion qui nous fait rejeter une idée, parce qu'elle est de telle ou de telle école , et non parce qu'elle est contraire à la nature ou à l'expérience, marquait de la prévention, de la servitude, de la petitesse d'esprit, et qu'elle était indigne d'un philosophe ; qu'il est si facile de se tromper , qu'on ne peut être trop réservé dans tes jugemens ; que les philosophes qui se disputent avec le plus d'acharnement , seraient souvent d'accord , s'ils se donnaient le temps de s'entendre; qu'il ne s'agit le plus ordinairement que d'expliquer les mots , pour faire sortir ou la diversité qu l'identité de deux propositions ; qu'il est ridicule d'imaginer qu'on a toute là sagesse de son cAté; qu'il faut aimer, plaindre et servir ceux mêmes qui sont dans l'erreur, et qu'il était honteux que la différence des sentimens fAt aussi souvent une source de haine.
Ce n'était pas non plus qu'ils s'en tinssent à compster les systèmes, et à montrer ce qu'ils avaient de commun ou depàrticu-^ lier, sans rien prononcer sur le fond.
Le êyncréiiâtê était entre les philosophes , ce que serait entre des hommes qui disputent , un arbitre captieux qui les tromperait et qui établirait entre eux une fausse paix.
Le ëyncrétUme paraîtra si bifarre sous ce coup d'œil , <^u'on n'imaginera pas comment il a pu naître , à moins qu'on ne remonte à l'origine de quelque s<*cte particulière , qui ayant intérêt Il attirer dans son sein des hommes divisés par une infinité d'opinions contradictoires , et à établir entre ebx la concorde , lorsqu'ils y avaient été repus , se trouvait contrainte tantêt à pKer ees dogmes anx leurs , tantêt à pallier l'opposition qu'il y avait entre leurs opinions et les siennes , ou entre leurs propres opi-' nions.
Que fait alors le prétendu paciflcateor? Il diange l'acception des termes; il écarte adroitement une idée; il en substitue une
autre à sa place ; il hit à cehii-ci une question vagtie; à ceTQi4à une question plus vague encore ; il empêche qu'on n'approfondisse ; il demande à l'un , crojet-Tons cela ? à l'antre , n'est-ce pas là votre arts? Il dit à un troisième, ce sentiment que vous soutenes n'a rien de contraire à celui que je vous propose; ilarrange sa formule de manière que son dogme y soit k peu près , et que fous ceux à qui il la propose à souscrire y Toiest le leur^ on souscrit, on prend un nom commun , et l'on s'en retourne content.
Que fait encore le pacificateur? Il conçoit bien que si ces gcas viennent une fois à s'expliquer , ils ne tarderont pas à Kclamer contre. un consentement qu'on leur a surpris. Pour prévenir cet inconvénient y il faut imposer silence; mais il est impossible qu'on soit long*temps obéi. La circonstance la |>lns £ivorable pour le sjncrétiste , c'est que le parti qu'il a formé soit menacé ^ le danger réunira contre un ennemi commun; chacun emploiera contre lui les armes qui lui sont propres ; les contradîictioBS commenceront à se développer^ mais on ne les apercevra point, ou on les négligera ; on sera tout à l'intérêt général.
Mais le danger passé , et l'ennemi commun terrasse , qn'arritera*t>il ? Cest qu'on s'interrogera j on examinera les optaûms qu'on a avancées dans la grande querelle ; on recônnaiira que , compris tous sous une dénomination commune , on n'en était jms moins divisé de sentimen» ; chacun prétendra que ie nen est le seul qui soit conforme à la formule souscrite ; on écrira les uns contre les autres ; on s'injuriera; on se haïra; on s'aaathànatisera réciproquement ; on se persécutera , et le pacificatenr se verra de ressource , an milieu^ de ces troubles , qu'à éloigner de lui une partie de ceux qu'il avait enrôlés , afin de se conscrrcr le reste.
Mais à qui donnera-t-il la préférence? il a ses propres scatimens , qui pour l'ordinaire sont très-absurdes. Mais tien ne cadre mieux à une absurdité qu'une absurdité ; ainsi on pent , avant sa décision , prononcer, que ceux qui soutiennent d^ opinions à peu près sensées, seront séparés de sa communion. Son système en sera plus ridicule; mais il en sera plus un : ce sera une déraison bien continue et bien enchaînée.
Il y a des Syncréti9U&&[k tout temps , etches tous les peuple*. U y en a eu de toutes sortes. Les uns se sont proposés d'allier les opinions des phOosophes avec les vérités révélées , et de rapprocher certaines sectes du Christianisme. D'autres ont tenté de léconcilier Hippocrate et Galien avec Paracelse et ses disciples en chimie. D'un autre côté ^ ils ont proposé un traité de paix aux Stoïciens, aux £picnriens et aux Aristotéliciens. D'un «ntre, ils
s Y- yiy
ont tout mis en œuvre pour concilier Platon avec Aristote; Ariâtote avec Descartes } nous allons voir avec quel succès.
n font mettre au nombre des Syncrétiates tous ces philosophes qui ont essaye de rapporter leurs systèmes cosmologiques à la physiologie de Moïse -y ceux qui ont cherche dans l'Ecriture des autorités sur lesquelles ils pussent appuyer leurs opinions, et que nous appelons théoaophea.
Un des SynerétisUs les plus singuliers fut Guillaume Postel. Il publia un ouvrage intitulé Pantkéonosie ou Concordance de toutes les opinions qui se sont élevées parmi les Infidèles , les Juife , les Hérétiques et les Catholiques , et parmi les differens membres de chaque église particulière sur la vérité ou la vraisemblance étemelle. C'est un tissu de paradoxes oii le Christianisme et la philosophie sont mis alternativement à la torture. L'âme du Christ est la première créature : c'est l'âme du monde, il y a deux principes indépendans : l'un bon , l'autre mauvais. Us constituent ensuite Dien. Voyez la suite des folies de Poatel dans son ouvrage.
En voici un autre qui fait baiser la morale du paganisme et celle des Chrétiens , dans un ouvrage intitulé Osculum siue Con^ senêus ethnicœ et chriatianœ philoeophiœ ^ Chaldceorum , JEgyp^
tiorum, Perearum^ Arabum ^ Grœcorum^ etc C'est Mutius
Pansa.
Augustanus Steuchus Eugubinus s'est montré plus savant et non moins fou dans son traité de perenni philoaophid. Il cor^ rompt le dogme chrétien; il altère les sentimensdes anciens; et fermant les yeux sur l'esprit général des opinions , il est perpétuellement occupé à remarquer les petites conformités qu'elles peuvent avoir.
L'ouvrage que Pierre-Daniel Huet a donné sous le titre de QuœaHonea cUnelanœ de concordé à rationis etfidei^ mérite à peu près les mêmes reproches.
Le Sysiema philosophiœ geniUis de Tobie Pfannerus ^ est un fatras de bonnes et de mauvaises choses oh l'auteur , perpétuellement trompé par la ressemblance des expressions , en conclut celle des sentimens.
Quels efforU n'a pas faits Juste Lipse pour illustrer le stoïcisme en le confondant avec la doctrine chrétienne?
Cette fantaisie a été celle aussi de Thomas de Gataker : André Dacier B'en a pas été exempt.
Il ne faut pas donner le nom de ayncrêtUte à Gassendi. Il a démontré à la vérité que la doctrine d'Epicure était beaucoup plus saine et plus féconde en vérités qu'on ne l'imaginait com-
munëiiiciit^ mais II n'a pat balancé d^avoiier qu'elle reivrersaii
toute morale.
Bestarion , Pie , Ficia n'ont pas montré La même impartialité ni le même jugement dans leur attachement à la doctrine de Platon.
Les sectateurs d'Aristote n'ont pas été moins ontres : qne n'ont-ils pas vu dans cet auteur ?
Et les disciples de Descartes, croient-ils que leur maître eût approuvé qu'on employât des textes de l'Écriture pour défendre ses opinions? Qu'aurait-il dit à Amerpoel , s'il e&t vu son ouTrap intitulé de Carieseo moysenie , sivê de epidenie êtfaciU ccnciiia» tione philoêopàiœ Qtriesii , cum hisiorià crealioniê pnmo cof^ genezêoé p€r Mosem traditd ?
Paracelse avait soulevé contre lui toute la médecine , en oppo* sant la pharmacie chimique à la pharmacie gaiénique. Senoert essaya le premier avec quelque succès de pacifier les esprits. Méchlin ^ George Martin et d'autres se déclarèrent ensuite Sfcc plus de hardiesse en faveur des préparations chimiques. De joir en jour elles ont prévalu dans la pratique de la médecine. Cependant on ne peut pas dire qu'aujourd'hui même cette sorte de syncrétisme soit éteint ; il y a encore des médecins et Ses chirurgiens qui brouillent ces deux pharmacies, et je ne crois pês que ce soit sans un grand inconvénient pour la vie des hommes.
Jean-Baptiste du Hamel. travailla beaucoup à montrer l'accord de la philosophie ancienne et moderne* Cet homme était instruit , il avait reçu de la nature un jugement sain; il naquit k Caen en i6a4 » il J étudia la philosophie et les humanités. D vint à Paris oii il se livra à la théologie, k la physique et aux mathématiques. Il v^cut pendant quelque temps d'une yie asses diverse. Il voyagea en Angleterre et en Allemagne ; et ce ne fnt qu'en 1660 qu'il publia son astronomie physique, ouvrage qui fut suivi de son traité des affections des corps , de celui de l'âme humaine, de sa philosophie ancienne et moderne à l'usage des écoles, de son histoire de l'académie des sciences, de sa concordance de la philosophie ancienne et moderne. Dans ce dernier ouvrage , il parcourt tous les systèmes des philosophes anciens, il montre la diversité et la conformité de leurs opinians, il les concilie quand il peut ; il les approuve , ou les réfute ; il conclut qu'ils ont vu , mais qu'ils n'ont pas tout vu. Il s'attache d'abord à la philosophie de Platon. Après avoir avec ce philosophe élevé l'esprit à la connaissance de la cause étemelle et piemiëre des choses ; il parle d'après Aristote des principes dea corpi; ^ examine ensuite le système d'Epicure; il expose la doctrine de
Descârles , et finit par deux livres qui contiennent les ëlémens Je la chimie , avec quelques expériences relatives à cet art. •
On ne peut nier que cet auteur n*ait bien mérité de la philosophie, mais ses ouvrages sont tachés de quelques traces de syn^ crHUme, Il avait trop à cœur la réconciliation des anciens et des modernes , pour qu'il put exposer la doctrine des premiers avec toute l'exactitude qu'on désirerait. Du Hamel mourut fort âgé y il avait quatre-vingt-deux ans : on le perdit donc en 1 706.
Mais il n'y a point eu de syncrétisme plus ancien et plus général que le Platonico-Peripatetico-Sto'icien : Ammonius, Porphire, Themistius , Julien y Proclus , Marin , Origëne, Sinesius, Phi^ lopones , Psellus , Boéthius , Bessarion , Franc. Pic , Gaza , Patricius, Schalichius, et une infinité de bons esprits en ont été infectés, en Grèce , en Italie , en France , en Angleterre , en Allemagne , depuis les temps les plus reculés, jusqu'aux nètres « les uns donnant la palme ii Platon , les autres l'arrachant à Platon pour en couronner Aristote ou Zenon , quelques uns plus équitables la partageant à peu près également entre enx.
Ce syncrétisme divisait les esprits , et exposait la philosophie au mépris des gens du monde } lorsqu'il sortit de l'école de Ramus et de Mélanchton , une espèce de secle qu'on poiivait appeler les philosophes mixtes : de ce nombre furent Paulus Friscus , André Libavius , Heizo-Bucherus , Conrad Dutericus , Alstedius y et d'autres entre lesquels il ne faut pas oublier Keckermann.
Mais personne ne tenta la réconciliation d' Aristote avec les philosophes modernes , avec pins de chaleur et de talent que Jean Christophe Sturmius. Il fut d'abord syncrélists , mais cette manière de philosopher ne tarda pas à lui déplaire ; il devint éclectique ; il eut une dispute importante avec Henri Moms , Leibnits et Schelhammer sur le principe qui agit dans la nature. Morns j répandait un esprit immatériel , mais brute ; Leibnitz une force active , propre à chaque molécule, dans laquelle elle s'exerçait ou tendait à s'exercer selon des lois mécaniques ; Schelhammer, le principe d' Aristote.
Leibnitz commença et finit comme Sturmius , je veux dire qu'il passa du syncrétisme à Vécleciisme.
Il parait par ce que nous avons dit de cette secte , qu'elle a peu fait pour le progrès de la philosophie, qu'on lui doit peu de vérités , et qu'il ne s'en est fallu de rien qu'elle ne nous ait en«- ^agés dans des disputes sans fin.
Il s'agit bien de concilier un philosophe avec un antre philosophe; et qu'est-ce que cela nous importe? Ce qu'il faut savoir, c'est qui est-ce qui a tort on raison.
Il s'agit bien de savoir si un système de philo&ophie s'accorde
avec rÉcriture on non; et qu'est-ce que cela nous importe? Ce qu'il faut savoir, c'est s'il est conforme à l'expérience on non.
Quelle est Tantorité que le philosophe doit avoir pour soi? celle de la nature , de la raison , de l'observation et de l'expérience.
Il ne doit le sacrifice de ses lumières à personne , pas même à Dieu j puisque Dieu même nous conduit par l'intelligence des choses qui nous sont connues , à la croyance de celles que nom ne concevons pas.
Tandis que tant d'esprits s'occupaient à concilier Platoa avec Aristote , Aristote avec Zenon , les uns et les autres avec Jésus-Christ ou avec Moïse ^ le temps se passait , et la vérité s'arrêtait..
Depuis que l'éclectisme a prévalu , que sont devenus tons les ouvrages des Syncrélislea 7 ils sont oubliés.
SYSTÈME, s. m. ( Métaphysique. ) Système n'est autre chose que la disposition des différentes parties d'un art on d'uae science dans un état oii elles se soutiennent toutes mutnelle» ment 9 et oh les dernières s'expliquent par les premières. CeUes -qui rendent raison des autres s'appellent principes , et le sjê' tème est d'autant plus par£ait, que les principes sont en plus petit nombre : il est même à souhaiter qu'on les réduise à un seul. Car de même que dans une horloge il y a un pnocipal ressort duquel tous les autres dépendent , il y a aussi dans tous les ëyetèmes un premier principe auquel sont subordonnées les différentes parties qui le composent.
On peut remarquer dans les ouvrages des philosophes trob sortes de principes , d'où se forment trois sortes AesyetèmeM. Les uns sont des maximes générales ou abstraites. On exige qnlk soient si évidens ou si bien démontrés , qu'on ne les puisse révoquer en doute. La vertu que les philosophes leur attribocAt est si grande ^ qu'il était naturel qu'on travaillât à les mnlliplier. Les métaphysiciens se sont en cela distingués. Descartes, Malebranche , Leibnitz , etc. , chacun à l'envi nous en a pr»digué; et nous ne devons plus nous en prendre qu'à nousmêmes , il nous ne pénétrons pas les choses les plus cachées. Les principes de la seconde espèce sont des suppositions <|u*oa imagine pour expliquer les choses dont on ne saurait d'aill«un rendre raison. Si les suppositions ne paraissent pas impossibles, et si elles fournissent quelque explication ,des phénomènes csanus, les philosophes ne doutent pas qu'ils n'aient dëcomcrt les vrais ressorts de la nature. Une supposition qui donne des dénoiiemens heureux jne leur paraît pas pouvoir être fausse. De là cette opinion que l'explication des phénomènes prouye la
vMt^ d'une inpposftion , et qu'on ne doit pas tant juger d'un tyatème par ses principes, que par la manière dont il rend raison des choses. C'est l'insuffisance des-maximes abstraites qui a oblige d'avoir recours à ces sortes de suppositions. Les métaphysiciens ont été aussi inventifs dans cette seconde espèce de principes que dans la première. Les troisièmes principes sont des faits que l'eipérience a recueillis , qu'elle a consultés et constatés. C'est sur les principes de cette dernière espèce que sont fondés les Trais sysièmes y ceux qui mériteraient seuls d'en porter le nom. Conséquemment k cela , j'appellerai syatèmes abaimiis cen qui ne portent que sur des êysièmes abstraits ; Hypothèaea , ceux qui n'ont que des suppositions pour fondement ; et vrais ayêtèmes y ceux qui ne s'appuient que sur des faits bien prouvés..
M. l'abbé de Condillac , . dans son traité des syatèmea , s'est appliqué surtout à décrire tous les ayatèmea abstraits. Selon lui , il j a trois sortes de principes abstraits en usage. Les premiers •ont des propositions générales exactement vraies dans tous les cas. Les seconds sont des propositions vraies par les côtés les plus frappa ns \ et que pour cela on est porté à supposer vral^ à tous égards. Les derniers sont des rapports vagues qu'on imagine entre des choses de différente nature. Les premiers ne conduisent à rien. Qu'un géomètre , par exemple , médite tant qu'il voudra ces maximes , le tout eat égal à touiea aes partiea ; à dea grandeurs égalée , ajoutez dea grandeura égalée , les toute seront égaux; ajouiet^^n d'inégalée , ile aérant inégaux : aura-t-il Hi de quoi devenir un profond géomètre ? S'il n'est donné à aucun homme de devenir, après quelques heures de méditation , un Condé , un Turenne , un Richelieu , un Colbert ; quoique l'art militaire, la politique et les finances aient comaie tontes les autres sciences leurs principes généraux , dont on peut en peu de temps découvrir toutes les conséquences : pourquoi un philosophe deviendrait-il tout-à-coup un homme savant , un homme pour qni la nature n'a point de secrets ^ et cela parle charme de deux ou trois propositions? Ce seul parallèle suffit pour faire voir combien s'abusent ces philosophes spéculatifs , qui aperçoivent une si grande fécondité dans les principes généraux. Les deux autres ne mènent qu'à des erreurs. Et c'est ce que l'auteur du traité des eyetèmes prétend prouver , par les différens ays^ tèmea qu'il parcourt. Bayle , Descartes , Male,branche , Leibnitz , l'auteur de V action de Dieu eur la créature y et Spinosa , lui fournissent des exemples de ce qu'il avance. En général le grand défaut des eyatèmea abstraits , c'est de rouler sur des notions vagues et mal déterminées , sur des mots vides de sens , sur des «quivoques perpétuelles. U. Locke conipare ingénieusement ces 3. . 46
n^Oi 3 Y
Siîseurs de syêtètnes à des komme» , qui atcii «ffjtat «t ttucoiH naissance des espèces courantes , compteraient} degroaiessoiBiMi avec des jetons , qu'ils appelleraient louis , livre ^ écu. Qttdqiit calculs qu'ils fissent , . leurs sommes ne seMÛent jamais qae dn jetons : quelques raisonnemens que Cassent le» philowpWs à système* abstraits, leurs conclusions ne seront jâmoiiqie^n mots. Or , de tels sysièmms , loin de dissiper le diaos de It nitaphysîque , ne sont propres qu'à éblouir l'imagiinadoa par h hardiesse des conséquences oii ils conduisent , qu'à séduirt Tôpnt par des fausses lueurs d'évidence , qu'à nourrir l'eni^traKit pour les erreurs les plus monstrueuses, qu'à élemiscr kidûpites , ainsi que l'aigreur et l'emportement avec leqoet* on la soutieut. Ce n'est pas qu'il n'j ait de ces symtèmeê qui ne mèiM les éloges qu'on leur donne. U y a tels de cet ouvrages (pi osas Cbrcent à les admirer. Ils ressemblent à ces palais où lé ffky les commodités , la grandeur, la magniftcence coocoorrainti ùdr^ mn chef-d'œuvre de l'art } mais qui porterateni m» ^ fondemens si peu solides , qu'ils paraitraient ne se sooteiir^ 1 par enchantement. On donnerait sans doute des élo^ à Faiéi* tecte; mais des éloges bien contrebalancé» par la critiqae^'M ferait de son imprudence. On regarderait comme la plai inape fblie d'avoir bâti sur de si faibles fondemens un si soper^ édifice ^ et quoique ce fût l'ouvrage d'un esprit supériesr, et que les pièces en fussent disposée» dans un ordre admiraUe, p* sonne ne serait assez peu sage .pour y vouloir loger.
Par la seule idée qu'on doit se faire d'un syêièmêf ilotêfident qu'on ne peut qu'improprement appeler système eti^mrt' ges , ou l'on prétend explicpier la nature par le moyen deqséques principe abstraits. Les hypothèses, quand elles sMitfj><* suivant les règles que nous en avons données , mériteot vkc le nom de système. Nous en avons fait voir les avantagei. f<9^ farticls HvPOTBàsE.
Les vrais ^sternes sont ceux qui sont fondés sur des faille M^ ces systèmes exigent un asses grand nombre d-observatiost,f^ qu'on puisse saisir l'enchaînement des phénomènes, llysc^ différence entre les hypothèses et les faits qui snr?ieiiiie^ ^ principes , qu'une hypothèse- devient plus incertaine à ncsait qu'on découvre un plus grand nombre d'eflets , dont elle ne vo^ pas raison ; au liep qu'un fait est toujours également ceitns. et il ne peut cesser d'être le principe des phénomènes, d^^^ a- une fois rendu raison. S'il y a des e£&ts qu'il n'exphqse fon ne doit pas le rejeter , on doit travailler à découvrir lesp^ nomènes qui le lient avec eux j et qui forment de tons oa ^ ststème.
Il tff a point de science ni d^art oii Ton ne puisse faire des êyHémeê .* mais dan» les ons , on se propose de rendre raison des •ffets; dans les antres , de les préparer et de les faire naître. Le premier objet est celiii de k physique } le second est celui de la peHttque. Il y a dés sciences qui ont Kun et Tautre , telles' A>nt la chimie et la médecine.
THÉOSOPHES \ CES. (Hiêt, de let PMosophie. ) Voici peutêtre Tespèce dé philosophie la plus sin^Këre. Ceux qui l'ont profenee , r^jiardmient en pitié la raison homaine ; ils n'avaient nulle confiance daras sa lueur ténébreuse et trompeuse ; ils se pré^ tendirent éclairés par un principe intérieur, surnaturel et divin qui brillait en eux , et s'y éteignait par intervalles , qni les éle* vait aur connaissances les plus sublimes lorsqtr'il agissait , ou qui les laissait tomber dans Tétat d'imbécillité naturelle lorsqu'il celait d'agir ; qui s'emparait violemment de leur imagination , qui les agitait, qu'ils ne maîtrisaient pas^ mais dont ils étaient maîtrisés , et qui les conduisait aux découvertes les plus importantes et les phis cachées sur Dieu et sur la nature : c'est ce qu'ils ont appelé }vthéo8ophiê.
Les ihéowphes ont passé pour des fous auprès de ces hommes tranquilles et froids y dont l'âme pesante ou rassise n'est sus« ceptible ni d'émotion , ni d'enthousiasme , ni de ces transports dans lesquels l'homme ne voit point , ne sent point, ne juge point, ne parle point, comme dans son état habituel. Ils ont dit dé So« crate et de son démon , que si le sage de lar Grèce y croyait , c'était un insensé , et que s'il n'y croyait pas , c'était un fripon. ' Me sera-t-il permis de dire un mot en faveur du démon de Socrate et de celui des ihéoêophes ? Nous avons tons des pi«s«sentimens , et ces pressentimens sont d'autant plus justes et plus prompts , que nous avons plus de pénétration et d'expérience. Ce sont des jugemens subits auxquels nous sommes entraînés par certaines circonstances trës-déliées. Il n'y a aucun fait qui ne soit précédé et qui ne soit accompagné de quelques phénomènes. Quelques fugitifs , momentanés et subtils que soient ces phéno^ ihënes , les hommes doués d'une grande sensibilité , que tout fVappe , à qui rien n'échappe , en sont affectés , mais souvent dans un moment où ils n'y attachent aucune importance. Ils reçoivent une foule de ces impressions. La mémoire du phénomène passe } mais celle de l'impression se réveillera dans l'occasion ; alors ils prononcent que tel événement aura lieu ; il leur semble que c'est une voix secrète qui parle au fond de leur coeur, et qui les avertit. Ils se croient inspiH» , et ils le sont en cfffiet, non par quelque puissance surnaturelle et divine, mais par une prudence particulière et extraordinaire. Car qu'est-ce que la pru*
dence , sinon nne snpposition dans laquelle nous seaunes poitéa à regarder les drconstanees diverses oh nous nons tronveiu^ comme les causes possibles d*efiets à craindre ou. à espérer dan* l'avenir? or îi arrive qtie cette supposition est quelquefois fon* dée sur une infinîtë de choses légères que nous avons vues , aper* $ues I setaties , dont nous ne pouvons plus nous rendre compte , ni k nous«4n6aies , ni aux autres, mais qui n'en ont pas une liaison moins nécessaire ni moins forte avec Tob jet de notre crminle et de notre espérance. Cest une multitude d'atomes imperceptibles chacun , mais qui réunis forment un poids considérable qui nous incline « sans presque sayoir pourquoi. Diea voit l'ordre de l'univers entier dans la plus petite molécule de la matière. La prudence de certains hommes privilégiés tient un peu de cet attribut de la divinité. Us rapprochent les analogies les plus éle»gnées ; ils voient des liaisons presque nécessaires oii les anlRS sont loin d'avoir des conjectures. Les passions ont chacune leur physionomie particulière. Les traits s'altèrent sur le visage k mesure qu'elles se succèdent dans l'âme. Le même homme présente donc à l'observateur attentif un grand nombre de masques divers. Ces masques des passions ont des traits caractçristiqaes et communs dans tous les hommes. Ce sont les mêmes viscères intérieurs qui se meuvent dans la joie , dans l'indignation, dam la colère , dans la frayeur, dans le moment de la d^imulaCion, du mensonge , du ressentiment. Ce sont les mêmes muscks qû se détendent ou se resserrent k l'extérieur , les mêmes partks qui se contractent ou qui s'aflEnissent ; si la passion était perma» nente, elle nous ferait une physionomie permanente, et fixerait son masque sur notre visage. Qu'est-ce donc qu'un physionomiste ? (Test un homme qui connaît les masques des passions , qui en a des représentations très-présentes, qui croit qu'un homme porte , malgré qu'il en ait , le masque de sa passion d(H minante , et qui juge des caractères des honmies d'après les nu&ques habituelsqu'il leur voit. Cet art est une branche de la sorte de divination dont il s'agit ici.
Si les passions ont leurs physionomies particulières , eljes ont aussi leurs gestes, leur ton,. leur expression. Pourquoi n'ai-jt point été surpris qu'un homme que j'avais regardé pendant de iongu/Ss années cooune un homme.de bien , ait eu tout à coup la conduite d'un coquin? C'est qu'au moment oii j'apprends son action , je mç rappelle une foule de petites choses qui me l'ayaierf annoncé d'avance, et que j'avais négligées.
Les théoêophêê ont tous été chimistes , ils s'appelaient les jM^loaophêê par le feu. Or il n'y a aucune science qui offire 4 l'esphl plus de conjectures^élioe^) qui le remplisse d'analogies pins sab«
ttles , que la cbimie. Il vient un moment oh tontes ces analogies se présentent en fonle à l'imagination du chimiste : elles Tentratnent ; il tente en conséquence une expérience qui lui réussit , et il attribue à un commerce intime ie son âme avec quelque intelHgence supérieure , ce qui n'est que Veflet subit d'un long exercice de son art Socrate avait son démon ; Paracelse avait le sien } et ce n'étaient l'un et Tautre ni deux fous , ni deux fripons , mais deux hommes d'une pénétration surprenante , sujets à des illuminations brusques et rapides , dont ils ne cherchaient point à se rendre raison.
Nous ne prétendons point étendre cette apologie à ceux qui ont rempli l'intervalle de la terre aux cieux, de natures moyennes entre l'homme et Dieu , qui leur obéissaient , et qui ont accré^ dite sur la terre toutes les rêveries de la magie , de l'astrologie et de la cabale. Nous abandonnons ces théosophea à tontes les ^pithëtes qu'on voudra leur donner.
La secte des théosophes a été très-nombreuse. Nous ne parle» rons que de ceux qui s'y sont fait un nom , tels que Paracelse ^ Yalentin, Fludd, Boëhmius, les Yanhelmont et Poiret.
Philippe Aureolus Théophraste Paracelse Bombast de Hobenheim naquit en Suisse en i493* Il n'y a sorte de calomnies que ses ennemis n'aient hasardées contre lui. Us ont dit qu'un soldat lui avait coupé les testicules , dans la Garinthie oii il était employé à conduire un troupeau d'oies. Ce qu'il y a de certain , c'est que les premières années de sa vie furent dissolues , et qu'il n'eut jamais de goàt pour les femmes. Il garda le célibat. Son père prit sur lui-même le soin de son éducation. Il lui montra les humanités , et l'instruisit des principes de la médecine ; mais cet enfant doué d'un génie surprenant , et dévoré du désir de connaître , ne demeura pas long-temps sous l'aile paternelle. Il entreprit dans l'âge le plus tendre les voyages les plus longs et les plus pénibles , ne méprisant ni aucun homme ni aucune counaissance , et conférant indistinctement avec tous ceux dont il espérait tirer quelque lumiëre. Il soafirit beaucoup ; il fut emprisonné trois fois 5 il servit ; il fut exposé à toutes les misères de la nature humaine : ce qui ne l'empêcha point de suivre l'impulsion de son enthousiasme , et de parcourir presque toutes les contrées de l'Europe , de l'Asie et de l'Afrique. L'enthousiasme est le germe de toutes les grandes choses , bonnes ou mauvaises. Qui est-ce qui pratiquera la vertu au milieu des traverses qui l'attendent , sans enthousiasme? Qui estrce qui se consacrera aux travaux continuels de l'étude , sans enthousiasme ? Qui est-ce qui sacrifiera son repos , sa santé , son bonheur , sa yie , aux progrès des sciences et des arts et à la recherche de la vérité , sans
entliousilinne ? Qui est-ce qui ^ ruiaera , qui ett'-ce <{Qi inoiim pour son ami , pour ses enfaiis , pour son pays , aaas eotkoii» siasme ? Paracelse descendait à vingt ans dans les mines de J* Allemagne ; il s'avançait dans la Russie; il «tait $ur Usf rentières de la Tartarie ; apprenait-il qu'un liomme possédait quelque aeccet , de quelque état qu'il fût, en quelque coin de la terre (|u*il fàt relégué , il le visitait. Il ^'occupait particulièrement k recueillir les ouvrages des dnmistes } il allait au fond des monaatères les arracher aux vers , aux sats et à la poussière ; il leuiUetait joer et nuit Haimond Lulle et Arnaud de Yillenenve ; il coofeiait sans dédain avec les clutrlatans , les vieilles , les bergers , les paysans y les mineurs , les ouvriers ; il vécut familièrement wntc des hommes d'un rang le plus distingué , des prêtres , d^ abhes, des éyéques. Il disf it avoir plus appris de cqux que le noLonde appelle des ignoram , que toute l'écde galépique ne savait ; il faisait peu de cas des auteurs anciens ; il en abandonna Ja lectue de bonne heure ) il peosait qu'il y avait plus de ten&ps à perdre avec eux que de vraies connaissances à recueillir. 11 affectait surtout le plus grand mépris pour les médecins qui l'avaient précédé. Jjes médecins de son temps ne le lui pardonnèrent pas. II br&la publiquement à fiâle les ouvrages d'Avicenne; mon maître, disait-il, je n'en reconnais point d'autre que la nature e^ moi. Il substitua les préparations chimiques à la pharmacie galéaiqne. Ses succès dans les cas les plus désespérés lui Brent une réyâiation incroyable. Jean Frobenins qui s'est immortalisé , sinon par l'invention, du moins par la perfection de l'art typographique, était tourmenté de la goutte an pied droit ; les remèdes qu'oa lui ordonnait , ne faisaient qu'irriter son mal ; on était cor le point de lui couper le pied ^ Paracelse le vit et lèguent. Si i'oa en croit Yanhelmont , la lèpre , l'asthme , la gangiiène , la paralysie , l'épilepsie, la pierre , l'hydropisie , la goutte , le caneer, et toutes ces maladies qui font le désespoir de nos priéfierins , ne lui résistaient pas. Les habitans de Bàle l'appelèrent à eax, elle nommèrent à une chaire de physique. V.îiXm% lesona en laatgue vulgaire , et il eut l'auditoire le plus nombrenx. Il ne savait point de grec ; la langue latine lui était peu familière^ d'ailleons il avait un si grand nombre d'idées qui lui étaient propres , et j^ n'avaient point de nom dans aucun idiome, soit ancien, soit n»oderne , qu'il eût été obligé de s'en faire un particulier. Il «'appliqua beaucoup plus à Tétude de la matière médicale, à la pratique de la chimie , à la connaissance et à la c^re des "^ladisf, qu'à la théorie et à l'érudition de l'art. Cependant il ne ni^bget pas entièrement ces dernières parties. Jl fit un usage surprenant du laudanum qu'on appelait dans son école le rtmède par excel*
lente, il parle souvent dans ses ouvrages de TaKOth qu*il définit iiffnum €i linea viU». On pr^ead que cet azoth est le remède uniirarsel , ki pierre phiiosophale. Il aurait pu jouir ii Bile de la considération des hommes et do repos , les deux plus grands -biens de la vie ; mais il connaissait Tignoranoe et les autres vices de ses colIëgueS| et ilVen «expliquait «ans ménagement. Ses cures ks ulcéraient; ses découvertes \e% humiliaient; son désintéressement leur reprochait sans cesse leur avarice ; ils ne purent supporter uu homme d'un mérite si affligeant; ils cherchèrent .l'occasion de le mortifier. L'imprudent et vain Paracelse la leor otfrit ; il entreprit la gnérison d'un chanoine de BAIe ; il en vint k iiout ; les magistrats réglèrent son honoraire à un prix dont la modicité choqua Paracelse ; il s'en plaignit avec amertume ; il se compromit par l'indiscrétion de sa plainte, et il fut obligé de sortir djB Bàle et de se réfugier en Alsace , oii il trouva des hommes qui surent honorer et récompenser ses talens. Oporinns son disciple, et le conducteur de son laboratoire, préparait les médicametH , Paracelse les administrait ; mais cet homme avaH pris du goÂt pour la vie errante et vagabonde. Il quitta F Alsace, il revint en Suisse , il disparut pendant once ans. Il disait qu'il ne convenait point à un homme né pour soulager le genre humain , de se 6xer k un point de la terre , ni à celui qui savait lire dans le livre de la nature, d'en avoir toujours le même ieuil- Jet ouvert sous les yeux. Il parcourut l'Autriche , U Suisse , la Bavière , guérissant les corps , et infectant les àme« d'un système particulier de théologie qu'il s'était fait. Il mourut à Salzbourg en 1641.
• Ce fut un homme d*nn mérite et d'une vanité prodigieuse ; il souffrait avec impatience qu'on le comparât à Luther , et q\i'on le mit au nombre des disciples de cet hérésiarque. Qu'il fasse son ftfaire , disait-il , et qu'il me laisse faire la mienne; si je me mêlais de réforme , je m'en tirerais mieux que lui : on ne nous associe que pour nous perdre. On lui attribue la connaissance de transmuer les métaux ; iW est le fondateur de la pharmacie chimique ; il exerça la médecine avec le plus grand succès ; il a bien mérité dn genre humain , par les préparations dont il a enrichi l'art de guérir les maladies. Ses ennemis Taccusèffent de plagiat ; il les défia de montrer dans quelque auteur que ce f At , le moindre vestige de la plus petite de 9e% découvertes , et ils restèrent muets : on lai reprocha la barbarie de ses termes et son obscurité , et ce fut avec raison. Ce ne fut pas non plus on homnae pieux : l'habitude de fréquenter le bas peuple , le rendit crapuleux ; les chagrins , la débauche et les veilles lui dérangèrent la tcte; il passa pour sorcier, ce qui sigm'fie an*
jourd'huî que ses rontemporains étaient des imWcfles. Il se brouilla avec les théologiens ; le moyen de penser d'après soi , et de ne pas se brouiller avec eux ! 11 a beaucoup écrit ; la plupart de ceux qui le jugf*nt , soit en bien y soit en mal , n*ont pas lu une ligne de ses ouvrages : il a laissé un grand nofnbre de .disciples mal instruits , téméraires ; ils ont nui k la réputatioa de leur maître , par la maladresse qu'ib ont montrée dans l'ap» ■plicatioo de ses remèdes.
Il eut pour disciple, pour secrétaire et pour ami ^Oporinus. Adam de Bodestan professa le premier publiquement sa doctrine. Jacques Gohorj la fit connaître à Paris. Gérard Domée expliqua sa méthode et ses procédés chimiques. Michel Toxits s'appliqua à définir ses mots obscurs. Oswald CroUius réduisit Je paracelsisme en système. Henri Kunrath , et Joseph-François Burrhus laissèrent là ce qu'il y avait de vrai et d'insportant « po4ir se précipiter dans le ihéosophiamé.
Voici les principaux axiomes de la doctrine de Paracelse , ai^ tant qu'il est possible de les recueillir d'après nn autctir aosii obscur et aussi décousu*
La vraie philosophie et la médecine ne s'apprennent ni des anciens , ni par la créature , elles viennent de Dieu ^ il est le se^ auteur des arcanes ; c'est lui qui a signé chaque être de ses jmtopriétés.
Le médedn naît par la Inmière de la nature et de la griœ , de rhomme interne et invisible , de l'ange qui est en nous , par la lumière de la nature qui fait à son égard la fonction de maître qui l'instruit , c'est l'exercice qui le perfectionne et le confirme; il a éié produit par l'institution de Dieu et de la nature.
Ce ne sont pas les songes vains des^ hommes qui servent de base 4 cette philosophie et médecine j mais la nature que Diea a imprimée de son doigt aux corps sublunaires » mais surtoot «ux métaux : leur origine remonte donc k Dieu.
Cette médecine , cette momie naturelle y ce pépin de.natnra . est renCermé dans le soufre , trésor <ie la nature entière ; il a pour base le baume des végétaux , auquel il faut rapporter le principe de toutes les actions qui s'opèrent dans la nature , et par la yertu duquel seul toutes les maladies peuvent étrt guéries.
Le rapport ou la convenance de l'homme , ou du petit monde au grand , est le fondement de cette science.
Pour découvrir cette médecine /il faat être astronome et philosophe ; l'une nous instruit des forces et des propriétés de U terre et de l'eau; l'autre , des forces et des propriétés du firmament et de l'air.
C'est la philosophie et rastronomie qai font le philosophe interne et parfait, non-seulement dans le macrocosme, mais aussi dans le microcosme^
Le macrocosme est comme le père , et le microcosme , ou rhomme , est comme l'enfiuit ; il faut disposer convenablement l'nn à l'autre.
Le monde intérieur est comme un miroir , ou le petit mondé» ou rhomme , s'aperçoit ; ce n'est pas par la forme extérieure , on la substance corporelle , qu'ils conviennent , mais par les vertus et les forces } iU sont un et même quant à l'essence et à la forme interne 5 ils ne différent que par la forme extérieure.
Qu'est - ce que la lumière de la nature ? sinon une certaine analogie divine de ce monde visible , avec le corps microcosmique.
Le monde intérieur est la figure de l'homme; l'homme est le monde occulte , car les choses qui sont visibles dans le monde , sont invisibles dans l'homme; et lorsque ces invisibles dans l'homme se rendent visibles , les maladies naissent.
La matière de l'homme étant un extrait des quatre élémens » il faut qu'il ait en .lui de la sympathie avec tous les élémens et leurs fruits ; il ne pourrait subsister ni vivre sans eux.
Pour éviter le vide , Dieu a créé dans les quatre élémens des êtres vivans, mais inanimés , ou sans âme intellectuelle ; comme il j a quatre élémens , il j a quatre sortes d'habitans élémentaires; ils diffèrent de l'homme qui a été créé à l'image de Dieu, en entendement , en saLgeue , en exercices , en opérations et en demeures.
Les eaux ont leurs n jmphes , leurs ondains -, leurs mélozénis , et leurs monstres ou bâtards , les sirènes qui habitent le même élément.
Les terres ont leurs gnomes , leurs lémures , leurs sylphes , leurs montains , leurs sonnets , dont les monstres sont les pigmées.
L'air a ses spectres, ses syl vains , ses satyres , dont les monstres sont les géans.
Le feu , ou le firmament , a ses vulcanales , ses pennatei , «es salamandres , ses supérieurs , dont les monstres sont les sondels. .
Le cœur nucrocosmique est igné , aérien , aqueux et terreux.
L'harmonie céleste est comme la maîtresse et directrice de rinférieure ; chacune a son ciel , son soleil , sa lune, ses planètes et ses étoiles; les choses supérieures sont de l'astrologie; les inférieures de la chi^iologie.
L« providence et la bonté du créateur ont fitit que les astres
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invisibles ies antres «iémens , eussent leurs représentatioBtffl espèces visibles , Jâns Pél^meiit «upréme , et 4\w 4c8 Iob its mouvemens , et les productions des temps j fassent eipliqurn. Il j a deux cteox ; le oiel externe , ou reggmgat detoMks corps dans le firmament ; l'interne ou i'astre iovisiUe , lecitp insensible Je chaque astre; celui-ci est l'esprit du moodeooJt là nature ; c'est hjlecs ; il est diffus dans tous les astm , oi plutdt il les constitue ; il les eet.
ToiUt ëmane du dedans , et natt des indirîsibles et oociAa: tkiosi les substances corporelles visibles viennent des iacorp relles , des spiritueHes , des aatres , et sont les corps des aslKt; leur séjour est dans les astres } les nues sont dans les asti».
Il suit que tout ce qui vit j tout ce qui crott , tout ce qvfft dans la nature , est signe , possède un esprit sidéré , qoe fifpelle le ciel , l'astre, Pouvner caché , qui donne 4 ceqiifSl,A figure et sa couleur , et qui a présidé 4 aa formation }tftâhh germe et la vertu.
II ne faut pas entendre ce qui procède du corps TÎsiUcMii* visible des astres dans le armement , mais de l'astre fropre dt chaque chose ; c'est celui-ci , et non l'autre qni iniucsfrclic. Les astres intérieurs n'incKnent ni ne a^cessilent fbsiiBC* c*est Phômme plutôt qui incline 4e» astres , «t les attafMfirla ma^è' de son imagination.
Le cours de chaque ciel est libre ; l'on me gonreiae f«ft( ,1'autre:
Cependant les fruits des astres, ou semaacea célestes, Miiane^ aqueuses , terrestres , conspirent et forment une répabliqB« ^ est une ; elles sont citoyennes d'ntie même* province } rf« « secourent et se favorisent mutuellement ; c'est i'anocaa if H^ ton, la chaîne d'Homère, ou la suite de» choses souxnii»**^ divine providence ; la sympathie universeH* ; l'échelle g<ii""|f' n y a troi^ principes des choses; ils sont ^kms toutcoopiK} la liqueur ou le mercure , le soufre ou l'huile , et le sel.
La Trinité sainte a parlé ; son verbe un et triple , que cd»»( /ait , a été proféré , et tout a été cru un et triple ; témaia ru** lyse spagirique.
Dieu a dit çue cela soit , et la matière premièTe a i^\ ^ égard à ses trois principes, elle fut triple j ces trois t9f0^ qu'elle contenait se séparèrent ensuite , et il y «ut quatre espc^ de corps ou élémens.
' Les vrais élémens spirituels sont les conserratours , les «^ rîciers , les lieux , les matrices. , les mines et les réserreif»* toutes matières ; ils sont l'essence , l'existence , la vie et l'ictiw des êtres , quels qu^jls soient*
Ils fDQt partagés en deux sphères , rone snpérieure , c'est le fea 9 on le firmament et Tair , qa'on peut comparer au blanc ou k la coque de l'œuf; Ta ut re inférieure, c'est l'eau et la terre, qu'on peut comparer au jaune.
JL#c Créateur , par la vertu du verbe , développant la multîtitude qui était dans l'unité , et cet esprit qui était porté sur les eaux , combinant les principes des corps , ou les revêtant de l'hal^it sous lequel ils devaient parakre sur la scène du monde , et leur assignant leurs lieux , donnèrent à ces quatre natures incorporelles , inertes , vides et vaines , la lumière et les raisons séminales des choses qui les ont remplies par la bénédiction divine , et qui ne s'y éteindront jamais.
Les semences des choses , les astres qui les lient , sont cachés dans les élémens des choses , comme dans un abime inépuisable , oti dès le commencement de la matière les visibles se font par les invisibles, les extrêmes se touchent et se joignent, tout s'en* gendre dans les périodes de temps marqués ; les élémens conspirent au bien général } c'est ainsi que la sympathie universelle subsiste; les élémens président an monde, ils sofisent à son éternité.
Les germes , on prindpes des choies , ont reçu 4u verbe la vertu de génération et de multiplication.
On ne peut séparer les semences ou germes , des élémens ; ni les principes du corps , des lois de nature.
Les productions , et les semences les fias petites , suivent l'harmonie universelle , et montrent en abrégé l'analogie générale des élémens et des principes.
Les élémens sont en toi|t , ils sont combinés , et la combinai-*son s'en conserve par le moyen du baume et de la teinture radicale.
Toutes les créatures sont formées des élémens : on rapporte à l'air la production des animaux , à la terre celle des végétaux , à l'eau celle des minéraux ; le feu donne la vie à tout ce qui est.
Le corps des élémens est une chose morte et ténébreuse ; l'esprit est la vie; il est distribué en astres qui ont leurs productions et qui donnent leurs fruits ; de même que l'âme sépare d'elle le corps , et y habite ; les élémens spirituels , dans la formation générale , ont séparé d'eux les corps visibles , et y habitent.
Du corps igné se sont séparés les astres visibles; du corps aquenx , les métaux ; du corps salin , les minéraux ; du corps terreux , les végétaux.
Il y a deux terres , la terre extérieure visible , qui est le corps de l'élément, le soufre, le mercure dn sel; la terre interne et iavisîble qui est l'élément , la vie , l'esprit , oh sont les astres de
la terre , qui produisent par le moyen da corps terretix , tout ce qni croit : la terre a donc en elle les germes et la raison séminale de tout.
Il en faut dire autant des autres ëlémens ; ils sont ou corps et composes de ces trois principes ^ ou ils sont élémens , un et esprit , et contiennent les astres d'oii naissent comme d*une mèrt où d'un abtme les fruits des ëlémens.
Notre feu n'est point un élément , il consume tout , tout loeurt par lui } mais le feu , premier et quatrième élément , qm contient tout , comme la coque enveloppe l'œuf , c'est le ciel.
Un élément n'est ni ne peut être séparé de tout autre ; il j i en tout combinaison d'élément.
Les astres des élémens sont les germes ; il y a quatre ëlémou ; il y a deux choses toujours unies , le corps et l'astre , ou le jisMt et l'invisible ; le corps nait et s'accroît de l'astral , le visible de l'invisible ; il reste en lui ; et c'est ainsi que se propagent et mai* tiplient les puissances ou vertus invisibles, les semences, ki astres ^ elles se distribuent sous une infinité de formes diverses ; elles se montrent en une infinité d'êtres , par le moyen du corps visible.
Lorsqu'une semence , nn germe , ou nn astre meurt ou se cor^ rompt dans sa matrice ; aussitôt il passe dans nn nouveau cocpa etselnultipb'e : car toute corruption est cause d'une génération.
Voilà la raison pour laquelle les chimistes ont recours à la putréfaction ; c'est ainsi qu'ils obtiennent la régénération , àMxu laquelle les trois élémens se manifestent avec toutes leurs propriétés secrètes.
Les trois élémens premiers sont unis dans tout corps ; c'est cette union qui constitue le corps sain ; la santé est la température de l'union 5 oit elle n'est pas ou s'altère , *la maladie s'ia-» troduit j et avec elle le principe radical de la mort.
Les maladies sont ou élémentaires , ou astrales et firmaflieik« taies } celles - ci naissent du firmament ou ciel de lliomme ; celles-là , de son germe ou de ses astres.
L'homme eu égard à son corps , a un double magnétisme ; une portion tire à soi les astres et s'en nourrit , de là la sage^e , les sens , les pensées } une partie tire à soi les élémens et s^cs répare , de là la chair et le sang.
Le firmament est cette lumière de nature qui influe natucllement sur l'homme.
Les astres ou les élémens qui sont esprits , n'ont point de qtf* lité ; mais i^ produisent tout ce qui a qualité.
Les maladies ne se guérissent, point par les contraires ; il et s'agit pas de chasser de l'homme dès élémens. Il £aut
des arcanes ; il fant ayoir en sa disposition les astres ; il faut ayoir appris par la chimie à les réduire de la matière dernière à la matière première.
Les astres n'ont ni fîroid ni chaud actuel.
L'esprit de Dieu hahite au milieu de nos cœurs.
Nulle connaissance ne restera perpétuellement dans l'âme , que celle qui a été infuse au dedans , et qui réside dans le sein de l'entendement. Cette connaissance essentielle n'est ni du sang, ni de la chair , ni de la lecture , ni de l'instruction , ni de la raison ; c'est une passion ; c'est un acte divin ; une impression de l'être infini sur l'être fini.
L'homme a possédé tous les avantages naturels et surnaturels; mais ce caractère divin s'est obscurci par le péché. Purgez-yous du péché j et vous le recouvrerez en même proportion que vous vous purifierez.
La notion de toutes choses nous est congénère ; tout est dans l'intime de l'esprit : il faut dégager l'esprit des enveloppes du péché , et ses notions s'éclairciront.
L'esprit est revêtu de toute science , mab il est accablé souSb le Cbrps auquel il s'unit ; mais il recouvre sa lumière par les efiorts qu'il fait contre ce poids.
Connaissons bien notre nature et notre esprit; et ouvrons l'entrée à Dieu qui frappe à la porte de notre cœur.
De la connaissance de soi naît la connaissance de Dieu.
U n'y aura que celui que Dieu instruira lui-même qui puisse a'él^er à la vraie connaissance de l'univers. La philosophie des anciens est fausse ; tout ce qu'ils ont écrit de Dieu est vain.
Les saintes Écritures sont la base de toute vraie philosophie;elle part de Dieu et y retourne. La renaissance de l'homme est nécessaire à la perfection des arts : or il n'y a que le chrétien qui aoit vraiment régénéré.
Celui qui se connaît , connaît implicitement tout en lui , et Dieu qui est au-dessus de l'homme , et les anges qui sont à côté de Dieu ; et le monde qui est au-*dessous , et toutes les créatures qui le composent
L'homme est la copule du monde. Il a été formé du limon de la terre , ou de l'essence très-subtile de la machine universelle , extraite et concentrée sous forme corporelle par le grand spagiriste.
L'honmoie par son corps représente le macrocosmr sensible et temporel ; par son âme , le grand archétype. Lorsqu'il eut en lui les propriétés des animaux , des végétaux et des minéraux , le aouffle de Dieu y sur-ajouta l'âme.
Dieu est le centre et la circonférence ^ ou l'unité de tout ce
qu'il a produit ; tout émane de Dieu ; il comprend , Wfiiktn tout. L'homme, à rimitation de Dieu, est le centre et 11 ci^ conférence , ou l'unité des créatures; tout est i^ntifà lsi,f( verse sur lui ses propriétés.
L'homme contient toutes les créatures*, et il rcpwlearveclin à la source élemelle tout ce qui en est primitivement émné.
Il y a dans l'homme deux esprits ; ¥art ètt firmateient et âdM l'autre qui est le sonfBe du T^ut-Puissant ou l'âme.
L'homme est un composé dtr corps mortel , dé l'esprit sidèt et de l'âme immortelle. L'âme est l'image àe Dieu , et seo^donicile dans l'homme.
L'homme a deux përcs ; l'un étemel , Tautre mortel : Keyii de Dieu et l'univers.
n li'y a point de membre dans inmmme qui ne correspoi^î un élément , une planète , une intelligence , une mesure , « raisoki dans l'archétype.
L'homme tient des élément le corps visihle , enveloppe et séjour de l'âme j du ciel ou du firmament , le" corps fnridle, véhiculé de l'âme , son lien avec le corps visiBle.
L'âme passe par le moyen du corps invisible , en cotwéqoeocf de l'ordre de Dieu , k l'aide des intelligences , aucentredocœur d'oti elle se répand dans toutes les autres parties du corfo*
Ce corps éthéré et subtil , participe de la nature ^n ckij" imite dans son cours celui du firmament j il en attiiti\«K^ influences. Ainsi les cieux versent sur l'homme leurs projnws, l'en pénètrent , et lui communiquent la faculté de connaltittott
Il y a trinité et unité dans l'homnie, ainsi que dans Difli; l'homme est un en personne; il est triple en'essenceiHj*'* souffle de Dieu ou l'âme , l'esprit sidéré et le corps.
Il y a aussi trois cieux dans l'homme ; il correspond i ^* mondes , ou plutôt il est le modèle le plus parfait du gnnà(t^' ou de la complexion générale des choses:
Citoyen de trois mondes^ il communique avec l'arcWypavpc les anges , avec les élémens.
Il conmiunique avec Dieu par le souffle qu'il en a rfçn- ^ souffle y a laissé le germe de son origine j aussi n'y a-tv3 nW l'homme qui n'ait un caractère divin.
Il communique avec les anges par le corps invisible; cfltK lieu de soni^ommerce possible entre eux et lui.
Il communique avec l'univers par son corps visible. B « "^ images des élémens ; les élémens ne changent point. Lat»»^ mité des images que l'homme en a est inaltérable : c'est ^ que la notion qu'il a des végétaux et des minéraux est ^tf.
Le corps sidéré est le génie de l'homme , son lare domestif*
son bon démon, soft Adech inteme, son éyestre , l'origitte de pressentiment , la source de la prophétie.
En tbnt ra9tre , le oorps inrisible ou l'esprit , quoique privé de raison , agit en imaginant et en ioformant : o^^est la même chose dams Thomme.
L'imagination est corporelle ; cependant eialtée , échauffée par la foi , e11<s est la haso de la magie Elle pont aan» nuire k Tesprit astral , engendrer , produira des* corps yisihli» ;. et présente ou absente , eitéenter ées choses au-dessus de l'intelligence humaine. Voilà Torigine de la magie naturelle , (pii veut être aidée par Fart ; elle peut faire inyisihlement toutx:e qoelana*» tnre fkit visiblement.
L'homme est la quintescence du mncrocpsme; il peut donc imiter le ciel , il peut même le dominer ot le conduire. Tout est soumis au mouvement , à l'énei^ie , au désir xle son âme. C'est la force de l'archétype qui réside en nous , qui noi» âëve à lui, et qui nous assujétit la créature et la chahie de» choses oélettes^ La foi naturelle infuse nous assimile aux esprits ; c'est le principe des opérations magiques , de l'énergie de l'imagination et de toutes ses merveilles.
L'imagination n'a ée l'efficacité que par l'efiet de sa force attractive sur la chose conçue. H faut que cette force soit d'iibord en exercice ; il faut qu'elle se féconde , par la production d'un spectre imité de la chose. Ce spectre se réalise ensuite ^ c'est là ce qu'on appelle l'orf cabaHHique»
L'imagination peut produire par l'art cabalistique, tout ce. que nous voyons dans le monde.
Les trois moyens principaux de l'art cabalistique 9 sont la prière qui unit l'esprit créé à l'esprit incréé ; la foi naturelle et l'exaltation de l'imagination.
Les hommes à imagination triste et pusillanime sont tentés et conduits par l'esprit immonde.
L'âme purifiée par la prière tombe sur les corps comme la foudre ^ elle chasse les ténèbres qui les enveloppe 1 et les|)énètre intimement.
La médecine réelle et spécifique des maladies matéridles, consiste dans une vertu secrète , que le verbe a imprimée à chaque chose en la créant. Elle n'est ni des astres, ni du concours <]e$ atomes , ni de la forme des corps , ni de leur mixtion.
Il faut distribuer toute la nature inférieure en trois classes principales , les végétaux , les animaux et les minéraux.
Chacun de ces règnes fournit une multitude inépuisable de i-essources à la médecine.
On découvre dans ces axiomes le premier germe de ^ théqrie
chimîqne; la distinction des élémens ; la formation desmiita* la difficulté de leur décomposition ; l'origine des qualité physiques ; leurs affinités ; la nature des élémeos fui ne sont rien a unité , tout ce qu'il plait à la combinaison en masse , et plosienn antres vérités dont les successeurs de Paracelse ont tiré bon parti Mais cet homme était dominé par son imagination; il est pe^ pétuellement enveloppé de comparaisons , de symboles , de méti* phores , d'allégories ; créateur de la science , et plein d'ides nouvelles pour lesquelles il manquait de mots , il en inventt qu'il ne définit point. Entraîné par le succès de ses premièra découvertes , il n'est rien qu'il ne se promette de son traYail.il se livre aux accessoires d'une comparaison comme à des Téritâ démontrées. A force de multiplier les similitudes , il n'y a wrtti , d'extravagances qu'il ne débite. II en vient à prendre les spcdrei | de l'imagination, pour des productions réelles. H est fou, rt il prescrit sérieusement la manière de le devenir ; et il appelle cà 4*unir à Dieu , aux anges , ei imiter la nature.
Gilles Gnsbmann et Jules Sperber enchérirent sur Pincfk Foyex l'ouvrage que le premier a publié sous le titre de : Reniatio divinœ majeataiis , quâ explicatur guo pacto in prmàfi» omnibus sese Deus creaturis suis , ei verbo , ei facto manifal^ verii y et çuâ raiione opéra sua omnia , eorumgue virpttm , oiùy buta y ei operaiiones sçripto brevi eleganier compnhêsderit ^ atque primo hominiadsuamimaginem ab ipso condilotniii^^' Et l'écrit du second qui a paru sous celui de i fsagogeinvenm . iriunius Dei et natures^ cognitionem. C'est un système de platonico-pytbagorico-péripatético-paracelsico-christianisme.
"Valentin Weigel , qui parut dans le quincièoy? siècle, lus» des ouvrages de théosophie^ qui- firent grand bruit dans le s^^ zième et dix-septième. Il prétendait que les- connaissances « naissaient point dans l'homme du dehors ; -que l'homnie o apportait en naissant les germes innés ; que le corps était ^<»i^ et de terre ; l'âme , d'air et de feu ; et l'esprit , d'une soutane* astrale. Il soumettait sa destinée aux influences des cieax:ilii^^ que par la lumière de la révélation ^ deux contradictions se pouvaient combiner. Leibnitz , qui lui accordait du génie, Ib reproche un peu de spinosisme.
Robert fut dans le dix-septième siècle , ce que Paracelse ar»: été au seizième. Jamais on n'extravagua avec tant détalent,^ génie , de profondeur , et de connaissances. Celui-ci donna da« la magie , la cabale , l'astrologie ; ses ouvrages sont un chaos* physique y de chimie, de mécanique , de médecine, de lai» i de grec , et d'érudition ; mais si bien embrouillé , que le lec^ le plus opiniAtr^ s'y perd.
Boehmius fat successivement pâtre , cordonnier , et tkéosophe : f oici les principes qu'il s'était faits ; il disait :
Dieu est l'essence des essences; tout émane de lui; ayant la création du monde , son essence était la seule chose qui filt ; ii en a tout fait ) on ne conçoit dans l'esprit d'autres facultés que celles de s'élever , de couler, de s'insinuer, de pénétrer , de se mouvoir , et de s'engendrer. Il y a trois formes de génération , l'amer, l'acerbe, et le chaud; la colère et l'amour, ont un même principe ; Dieu n'est ni amer , ni acerbe , ni chaud , ni eau , ni air ^ ni terre ; toutes choses sont de ces principes , et ces principes sont de lui ; il n'est ni la mort ni l'enfer ; ils ne sont point en loi ; ils sont de lui. Les choses sont produites par le soufre , le mercure et le sel ; on y distingue l'esprit , la vie , et Faction ; le sel est l'Ame , le soufre la matière première.
Le reste des idées de cet auteur sont de la même force , et nous en ferons grâce au lecteur ; c'est bien ici le lieu de dire , qu'il n'est point de fou qui ne trouve un plus fou qui l'admire. Boehmins eut des sectatenrs, parmi lesquels on nomme Quirinus Kuhlmann , Jean Podage , et Jacques Zimmermann.
Ils prétendaient tous que Dieu n'était antre chose que le monde développé : ils considéraient Dieu sons deux formes , et en deux périodes de temps ; avant la création et après la création; avant la création , tout était en Dieu ; après la création , il était en tout ; c'était un écrit roulé ou déplié ; ces idées singulières n'étaient pas nouvelles.
Jean-Baptiste Yan-helmont naquit à Bruxelles en 1474 ; ^ étudia les lettres , les mathématiques , l'astronomie ; son goût , après s'être porté légèrement sur la plupart des sciences et des arts , se fixa à la médecine et à la chimie ; il avait reçu de la nature de la pénétration ; personne ne connut mieux le prix du temps ; il ne perdit pas un moment; il passa dans son laboratoire tons les instans qu'il ne donna pas à la pratique de la médecine; il fit des progrès surprenans en chimie ; il exerça l'art de guérir les maladies avec nn succès incroyable ; son nom a été mis à c6té de ceux de Bacon, de Boyle , de Galilée ^ et de Descartes. Yoici les principes de sa philosophie.
Toute cause physique efficiente n'est point extérieure, mais intërienre , essentielle en nature.
Ce i{ui constitue , ce qui agit , la cause intérieure , je l'appeUe archée.
Il ne faut k un corps naturel, quel qu'il soit, que des rudimens corporels ; ces rudimens sont sujets à des vicissitudes momentanées.
Il n'y a point de privation dans la nature.
Il n'y faut point imaginer une matière todéteraibée , nt. première ; cette matière est impossible.
n n*j a que deux causes , l'efficiente et la matérielle.
Les choses particulières supposent un suc généri^,etn principe séminal, efficient, générateur^ la défimtioanek renfermer que ces deux élémens.
L'eau est la matière dont tout est fait.
Le ferment séminal et générateur est le rudiment par k^t tout commence et se fait
Le rudiment ou le germe , c'est une même chose..
Le ferment séminal est la cause efficiente dn'getoii.
La vie commence avec la production do germe.
Le ferment est un être créé } il n'est ni substance , ai acdibt; sa nature est neutre ; il occupe dès (e commencement in ttik les lieux de son empire ^ il prépare les semences ; il kt aàt]^ les précède.
Les fermens ont été produits par le Créateur ; ils iwM^ jusqu'à la consommation des siècles ; ib se régéaèreit, ibiit leurs semences propres qu'ils produisent et qu'ils exdteitjerai.
Les lieux ont uo ordre , une raison assignée par liDiiini^ et destinée à la production de certains effets.
L'eau est l'unique cause matérielle des choses ; ^àtêth la ouallté initiante ; elle est pure ; elle est simple ; dkottào* lûblp y et tous les corps peuvent s'y réduire comme à ose m^ dernière.
Le feu a été destiné k détruire , et boa à engendrer ', ni ^ gine n'est point séminale , mais particulière ^ il est enttt ki^ créées , un être un , singulier et incomparable.
Entre les causes efficientes en nature , les unes sost cCd^ ment efficientes } les autres effectivement ; les semences (^^ esprits ordinateurs , composent Im première classe ; le» Kftf**"' et les organes immédiats des semences , les fermess ^ ^ posent extérienremeni de la matière , les paiingénèia déposent la seconde.
Le bot de tout agent naturel est de disposer la iDslifi*f lui est soumise , à une fin qui lui est connue > el qni eii «^ minée , du moins quant k la génération*
Quelque opaques et dur^ que soient les choses, dki u*'^ avant cette solidité que nous leur remarquons, unevapes^f^ féconclait la semence , et qui y traçait les premiers lis*^ déliés et subtils de la génération conséquente. Cette vapenr^^ sépare point de l'engendrée ; elle le suit jusqu'à ce qu'il ^ raisse de la scène ; cette cause efficiente intérienre est rare*
Ce qui constitue l'archée, c'est Tunioa de fauxt seoiis^
comme matière , avec l'îaiage séminale , ou le soyan «pîrituel intérieur qui fait et contient le principe de }a Séeondilé de la semence ; la semence YÎsiUe n'est que ta siliqne de Tarcbée.
L'archée auteur et promoteur de la génération, se revêtît prompteuAent lui-mtmie d'une enveloppe corporelle : dans les êtres animés , il se meut dans les replis àt saaeraence ^ il en parcourt tous les détours et toutes les cavités secrètes ; il commence à transformer la matière , selon rentéiéchie de son image , et il reste le disposîtenr , le maitre et Tordinateur ioteme des efiets , jusqu'à la destruction denture.
Une conclusion forme une opinion , et non mue démonstration!-
Il préexiste nécessAkere^nt en nous la connaissance de la convenance des termes comparés dans le syllogisme avant la conclusion; en sorte qu'en général je savais d'avance ce qui est contenu dans la conclusion , et ce qu'elle ne fait qu'énoncer , éclaircir et développer.
La eonnaissaiice qne nous recevons par la démonstration pétait antérieurement en nous ; le syllo^me la rend seulement plus distincte ^ mais le doute n'est jamais entièrement dissipé; parce qne la conclusion suit le c6té faible des prémisses.
La science est dans l'entendement comme un feu sons la cendre , qu'il peut écarter de lui-même , sans le secours des m;odes et des formes syllogiatîques.
La connaissance de U eonclusion n'est pas renfermée néoe»« sairenMnt dans les prémisses.
Le syllogisme ne conduit point à l'invention des sciences , il dissipe seulement les ténèbres qui les couvrent.
Les vraies sciences sont indémontrables ; elles n'émanent point de la démonstration.
La méthode des logiciens u'est qu'un simple résumé de ce qu'on sait.
Le bnt de cette méthode se termine donc à transmettre son opinion d'une manière claire et distincte à celui qui nous écoute , et à réveiller facilement en lui la réminiscence , par la fiorce de la connexion.
Il n'y a qu'ignorance et erreur dans 1» physique d'Aristoteet de Galien ; il âut recourir à des principes plus solides..
Le ciel , la terre et l'ean , ont été dans le oommencement la matière créée de tous les êtres futurs } le ciel contenait l'ean et la vnpenr fécondante on l'Ame.
Il ne faut pas compter le feu parmi les élémens ; on ne voit point qu'il ait été créé.
La terre n'est point une partie du nuste , elle n'est point la mère.| nuis U matprice des corps.
L'air et Teau ne convertissent rien en eox.
Au commencement la terre était continue , indiyisée; une seule source Tarrosait; elle fut séparée en portions direrses par le déluge.
L'air et Tean ne se conrertissent point Tun en Yzulre,
Le globe , composé d'eau et de terre , est rond ; il ya d'orieirt en orient par l'occident ; il est rond dans le sens de son moiiTe ment y elliptique d'ailleurs.
Le gas et le Uas sont deux rndimens physiques que les ainâeos n'oot point connus; le gas est une exhahiison de l'esni éleree par le froid du mercure, et atténuée de plus en plus par h^ siccaiion du soufre ; le blas est le mouvement local et slternitii • des étoiles ; voilà les deux causes initiantes des météores.
L'air est parsemé de vides -, on en donne la déibonstratiiB mécanique par le feu.
Quoique les porosités de l'air soient actuellement rides it toute matière , il y a cependant un être créé et réel; ce n'est pas un lieu pur ; mais quelque chose de moyen entre Tespritet la manière , qui n'est ni accident ni substance , un neolre' je l'appelle magnaU.
. Le magnale n'est point lumière , c'est une certaine forme «■»« à. l'air , les mélanges sont des produits matériels de FeiBseiue) il n'y a point d'autre élément: êtes la semence, ellem^ciu* se résoudra en une eau insipide ; les semences , parties tùmkùits des concrets , se résolvent en sel , en soufre , et en mercure.
Le ferment qui empreint de semence la masse , n'éprouve >^ cune vicissitude séminale.
Il y a deux sortes de fermons dans la nature; l'un contiesten lui-même l'aure fluante , l'archée séminal qui tend dtns soa progrès à l'état d'âme vivante; l'autre est le principe initisnU^ mouvement ou de la génération d'une chose dans une chofe*
Celui qui a tout fait de rien , crée encore la voie, rotipae» la vie et la perfection en tout : l'effet des caisses secondau^st que partiel.
Dieu créa les hommes de rien.
Dieu est l'essence vraie , parfaite et actuelle de tout. I^^ sences des choses sont des choses , ce n'est pas Dieu.
Lorsque la génération commence , l'archée n'est pas Xnaisix^} c'est une aure oii la forme, la vie , l'âme sensitive du génentî^J ^st obscure , jusqu'à ce que dans le progrès de la générstioD ^ s'éclaire et imprime à la chose une image distincte de son édi^
Cette aure tend par tous les moyens possibles à oiganiser corps et à lui transmettre sa lumière et toutes les qualités f en dépendent > elle s'enflamme de plus en plus; elle «e Y^
TH 74i
a?ec ardeur sur le corps; elle cherche à rinformer et à le vivifier ; mais cet effet n'a lieu que par le concours de celui qui est la vie 9 la vérité et la lumière.
Lorsqu'un élre a conçu l'archée , il est en lui le gardien de la vie , le promoteur des transmutations depuis la première jusqu'à la dernière.
Il y a de la convenance entre les archées, par leur qualité vitale commune et par leur ^clat ; mais ils ne se reçoivent point réciproquement , ils ne se troublent point dans leur ordre et leur district.
La vicissitude en nature n'est point l'effet de la matière » mais du feu.
La corruption est une certaine disposition de la matière conséquente à l'extinction du feu recteur ; ce n'est point une pure privation, ses causes sont positives.
Ce sont les fermens étrangers qui introduisent la corruption ; c'€st par eux qu'elle conmience , se continue et s'achève.
Entre les choses , les unes périssent par la dissipation du baume de nature, d'autres par la corruption.
La nature ignore et n'admet rien de contraire à son vœu.
Il y a deux blas dans l'honmie , l'un m& naturellement, l'antre volontairement.
La chaleur n'est point la cause efficiente de la digestion , qu'elle excite seulement. Le ferment stomachique est la cause efficiente de la digestion.
La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse.
L'âme ne se connaît ni par la raison ni par des images : la vérité de l'essence et la vérité de l'entendement se pénètrent en unité et en identité ; voilà pourquoi l'entendement est un être immortel.
Il y a plusieurs sortes de lumières vitales. La lumière de l'âme est une substance spirituelle , une matière vitale et lumineuse.
Ceux qui confondent notre identité avec l'immensité de Dieu , et qui nous regardent comme des parties de ce tout , sont des athées.
. L'entendement est uni substantiellement à la volonté qui n'est ni puissance ni accident , mais lumière , essence spirituelle j indivise , distincte de l'entendement par abstraction.
Il faut reconnaître dans l'âme une troisième qualité , l'amour ou le désir de plaire. Ce n'est point un acte de la volonté seule ni de l'entendement seul , mais de l'un et de l'autre conjointement.
L'espjrit est un acte pur , simple , formel , homogène , indivis, immortel , image de Dieu , incompréhensible , oii tous les attributs qui conviennent à sa nature sont rassemblés dans une unité.
L'entendement est la lumière de IVspnl » et Tesprît est Vent^ndement ëdairë ; il comprend , il yoît , il agit séparément da corps.
L'entendemeat est lié aux organes d« corps ; it est soumis am actions âé l'âme sensîtive : c'est par celte nmon qa'ît se rerêUt de la qualité qu'on appelle imagination.
Il n'j a rien dans l'imagination qui n'ait été auparayant dam la sensation ; les espèces intellectuelles sont toutes émanées des objets sensibles.
La force intelligente concourt avec la faculté fantastique de l'âme sensitiye, sur le caractère de Torgane , et lui est soumise.
L'âme a son siège particulier à l'oriiîce supérieur de l'eslsmac ; la mémoire a son siège dans le cerveau.
L'entendement est essentiel à l'âme ; la volonté et la mémoire sont des facultés caduques de la vie sensitive. • L'entendeûxént brille dans la tête , mais d'une lumière dépendante de la liaison de l'âme avec le corps, et des esprits éthérés.
L'intelligence qui naît de l'invention et du jugement , passe par une irradition qui se fait de l'orifice de l'estomac au cerrcmi.
L'orifice de l'estomac est comme un centre d'oh l'âme exerce son énergie en tout sens.
L'âme j image de la Divinité , ne pense rien principalement , ne connaît rien intimement , ne contemple rien vraiment que Dieu , ou l'unité première , à laquelle tout le reste se rapporte.
Si une chose s'atteint par le sens ou par la raison , ce ne sert point encore une abstraction pure et complète.
Le mojen d'atteindre à l'abstraction pure et complète est trèséloigné ; il faut être séparé de l'attention à toutes choses créées, et même incréées ; il faut que l'activité de l'âme soit abandonnée à elle-même^ qu'il n'y ait aucun discours ni intérieur ni extérieur ; aucune action préméditée y aucune contemplation déterminée ; il faut que l'âme n'agisse point , qu'elle attende dans m repos profond l'influence gratuite d'en-haut ; qu'il ne lai rc^e aucune impression qui la ramène à elle ^ qu'elle se soit parfaitement oubliée ; en un mot qu'elle demeure absorbée dans «ae inexistence , un oubli , une sorte d'anéantissement qai la rende absolument inerte et passive.
Rien ne conduit plus efficacement et pins parfaitement à cf dépouillement , à ce silence , à cette privation de lumière ëtr9gère , k ce défaut général de distraction , que la prière j sss silence et ses délices : exerce»-vous à i'adoration profonde.
Dans cette profondeur d'adoration l'âme se perdra , les seas ssront suspendus y les ténèbres qui l'enveloppeat ac retireront.
et la lumière d'en-baut 8*y réfléchira : alors il ne lui restera que le temimeot de l'amour qui l'occupera toute entière.
Nous pourrions ajouter beaucoup d'autres propositions tirées des ouvrages de cet auteur k celles qui précèdent , mais elles n'instruiraient pas davantage. D'ailletirs ce Van-belmont s'exprime d'une manière si obscure et si barbare , qu'on est bientôt dégoûté de le suivre , et q^'on ne peut jamais se promettre de le rendre avec quelque etactitude. Qu'est-ce que son blas , son gas , et son arcfaée lumineux ? qu'est-ce que cette méthode de s'abrutir , pour s'unir à Dieu , de 9e séparer de ses connaissances pour arriver à des découvertes > et de s'assoupir pour penser plus vivement?
Je conjecture que ces hommes , d'un tempérament sombre et mélancolique , ne devaient cette pénétration extraordinaire et presque divine qu'on leur remarquait par intervalles, et qui les conduisait à des idées tantôt si folles , tantôt si sublimes , qu'à quelque dérangement périodique de la machine. Hs se croyaient alors inspirés et ils étaient fous : leurs accès étaient précédés d'une espèce d'abrutissement , qu'ils r^ard aient comme l'état de l'homme sous la condition de nature dépravée. Tirés de cette léthargie par le tumulte subit des humeurs qui s'élevaient en eux , ils imaginaient que c'était la Divinité qui descendait , qui les visitait, qui les travaillait; que le souffle divin dont ils avaient été pretnièrement animés , se ranimait subitement et reprenait une portion de son énergie ancienne et originelle , et ils donnaient des préceptes ponr s'acheminer artificiellement k cet état d'orgasme et d'ivresse oii ils se trouvaient au-dessus d'enxïnémes et qu'ils regrettaient ; semblables à ceux qui ont éprouvé l'enchantement et le délire délicieunque l'usage de l'opiom porte dans l'imagination et dans les sens ; heureux dans l'ivresse , stupides dans le repos , fatigués , accablés , ennuyés , ils prenaient la vie commune en dégoôt , ils soupiraient après le moment d'exaltation , d'inspiration , d'aliénation. Tranquilles ou agités , ils I fuyaient le commerce des hommes , insupportables à eux-mêmes \ ou aux autres. O que le génie et lit folie se touchent de bien près ! Ceux que le ciel a signés en bien et en mal sont sujets plus on i moins k ces symptômes; ils les ont plus oà moîn* fréquens , plus ou moins violens. On lesenfimne et on les enchaîne , ou on leur élève des statues : ils prophétisent ou sur le trône , on sur les théâtres , I ou dans les chaires ; ils tiennent Tattention des hommes suspenf due ; ils en sont écoutés , admirés , suivis , on insultés , bafoués , r lapidés ; leur sort ne dépend point d'eux , mais des drooostances I dans lesquelles ils se montrent. Ce sont les temps d'ignonsnce et de grandes calamités qui les font naître ; alors les hommes qui
se croient {mursuuyis par la Divinité , se rassemblent anfonr de ces espèces d'insensés , qui disposent d'eux. Ils ordonnent des saerifices , et ils sont faits ; des prières , et l'on prie; des }eànes , et l'on jeûne ; des meurtres , et l'on égorge; des chants d'allégresse et de joie , et l'on se couronne de fleurs et l'on danse et Fon chente; des temples , et l'on en élève; les entreprâes les plue désespérées, et elles réussissent; ils meurent, et ils sont adorés. Il faut ranger dans cette classe Pindare , Eschile , Malioraet, Shakespear, Roger Bacon et Paracelse. Cban^z les iastans , et celui qui fut poète eàt été ou magicien , ou prcK phète , ou législateur. O hommes à qui la nature a donné cetu grande et extraordinaire imagination, qui criez, qui snbjigue z ', que nous qualifions insensés ou sages , qui est-ce qui peut prédire votre destinée? Vous naquîtes pour marcher entre k» applaudissemens de la terre ou l'ignonainie , pour conduire ks peuples au bonheur ou au malheur , et laisses après vous k transport de la louange ou de l'exécration.
François-Mercure Yan-helmout , fils de Jean-Baptiste y naquit en i9i8 ; il n'eut ni moins de génie , ni moins de connaissances que son père. Il posséda les langues anciennes et modernes, orientales et européennes. Il se livra tout entier k la chimie et à la médecine , et il se fit une grande réputation par ses décon^ vertes et par ses cures. Il donna éperdùment dans la cabale et la théosophiê^ Né catholique, il se fit quaker. Il n'y a peut-élre au:- €un ouvrage au monde qui eontien^ie autant de paradoxes que son ordo sêculorum. Il le composa à la sollicitation d'une Cemme qui l'écrivit sous' sa dictée*
Pierre Poiret naquit à Metz en 1646 de parens pauvres , mais honnêtes. U étudia autant que sa santé le lui permit. Il fut successivement syncrétiste , éclectique , cartésien , philosophe , théologien et théosopke. Attaqué d'une maladie dangereuse , il it vœu , s'il en guérissait , d'écrire , en faveur de la religion , centre les athées et les incrédules. C'est à cette circonstance qu'on dut l'ouvrage qu'il publia sous le titre de CogUaiiomes rtUional» dt Deo , anima et malo. Il fit connaissance étroite à Hambourg avec | la fameuse Antoinette Bourignon , qui l'entraîna dans ses sentimens de mysticité. Il attendit donc , comme elle, rilluminatioa passive ^ et il se rendit l'apologiste du silence sacre de Tâme et d^ la suspension des sens, et le détracteur de la philosophie et de la raison. Il mourut en Hollande âgé de soixante-trois ans , atprb avoir passé dans la retraite la plus profonde , les dernières asnées de sa vie : entre les qualités de cœur et d'esprit qu'on Isi reconnaît , on peut louer sa tolérance. Quoiqu'il fût très-atta* ché à ses opinions religieuses , il permettait qu'on en pro&ssat
librement de contraires ; ce qui suffit seul pour caractériser, un honnête homme et un bon esprit.
Ce fut dans ce temps , au commencement du XYII* siècle , que se forma la fameuse société des Rose-Croix , ainsi appelée du nom de celui qu'elle regarda comme son fondateur^ c'était un certain Rosencreuz , né en Allemagne en i388. Cet homme fit nu voyage en Palestine , oii il apprit la magie , la cabale , la chimie et Talchimie. Il se fit des associés, à. qui il confia ses secrets. On ajouta qu'il mourut âgé de cent vingt ans. L'associa-* tion se perpétua après sa mort. Ceux qui la composaient se prétendaient éclairés d'en-haut. Ils avaient une langue qui leur était propre , des arcanes particuliers ; leur objet était la réformation des mœurs des hommes dans tous les états y et de la science dans toutes ses branches; ils possédaient le secret de la pierre philo- ^ sophale et de la teinture ou médecine universelle. Ils pouvaient connaître le j>assé et prédire l'avenir. Leur philosophie était un mélange obscur de paracelsisme et de ihéoaophie. Les merveilles qu'ils disaient d'eux , leur attachèrent beaucoup de sectateurs , les uns fourbes , les autres dupes. Leur société répandue par toute la terre n'avait point de centre. Descartes chercha partout des Rose-Croix , et n'en trouva point. Cependant on publia leurs statuts : mais l'histoire des Rose-Croix s'est tellement obscurcie depuis, que l'on regarde presque aujourd'hui ce qu'on en débitait autrefois comme autant de fables.
' Il suit de ce qui précède que les ihéosophes ont été des hommes
' d'une imagination ardente ; qu'ils ont corrompu la théologie , ' obscurci la philosophie , et abusé de leurs connaissances chimiques , et qu'il est difficile de prononcer s'ils ont plus nui que ' servi au progrès des connaissances humaines. ' n y a encore quelques ihéosophes parmi nous. Ce sont des
I gens à demi-instruits , entêtés de rapporter aux saintes Écritures ' toute l'érudition ancienne et toute la philosophie nouvelle ; qui ' déshonorent la révélation par la stupide jalousie avec laquelle I ils défendent ses droits; qui rétrécissent autant qu'il est en eux ^ l'empire de la raison , dont ils nous interdiraient volontiers ^ l'usage ^ qui sont toujours tout prêts à attacher l'épithète d'hé- ' résie à toute hypothèse nouvelle; qui réduiraient volontiers toute connaissance à celle de la religion , et toute lecture aux livres de l'ancien et du nouveau Testament , oii ils voient tout ce qui n'y est pas et rien de ce qui y est; qui ont pris en aversion la philosophie et les philosophes, et qui réussiraient à éteindre parmi nous l'esprit de découvertes et de recherches , et à nous replonger dans la barbarie , si le gouvernement les appuyait ^ f comme ik le demandent.
THOMASIUS , Philosophie de. ( Hi,at. de h Philoêojk) 0 ne faut point oublier cet homme parmi les rëforniftteanéek philosophie et les fondateurs de Féclectisme renouvelé; ilmerik une place daas l'histoire d^ connaissances humaines, ptrie talens , ses efforts ^t ses persécutions. Il naquit à Leipsik en iSSl Son përe, homme savant, n'oublia rien de ce i^i pourtîtcoitribuer k l'instruction de son ûh) il s^en occupa lui-même, et é s'associft dans ce trayait important les hommes célèbres de » temps t Filler , RappoMe , Ittigius , tes Alberts , Menckeoiu, Franckenstetnins , Rechenbergius et d'autres qui illnstniati l'académie de Leipsik ; mais rëlëye ne tarda pas à exciter It ji* h>nsie de ses maîtres dont les s^timens ne fîirent point nnerfjii servile des siens. Il s'appliqua à la lecture des ouvrages de Gninj. Cette étude le conduisit à celle des lois et du droit. D bM personne qui le dirigeât , et peut-être ftit-ce un avantage poo lui. PufTendorf venait alors de publier Mes ouvrages, ù not* veauté des questions qu'il y agitait , lui suscitèrent une m d'adversaires. TAomasius se rendit attentif à ces disputes, «t bientôt il comprit que la théologie et la jurisprudence tTiia* chacune un coup d'œil sous lequel elles envisageaient an objet commun, qu'il ne fallait point abandonner uile science m prétentions d'une autre , et que le despotisme que quelqH«» «»« s'arrogent, était un caractère très-Suspect de leur infaittiWi** Dès ce moment il foula aut pieds l'autorité; il prit onefenv résolution de ramener tout h l'etainen de la raisoti etden'écooter que sa voix. Au milieu des cris que son projet pourrait noter , il comprit que le premier pas qu'il avait à faire, c'etii*^ ramasser des faits. Il lut les auteurs , il conversa avec les smts* et il voyagea ; il parcourut l'Allemagne ; il alla en Holltt^l" y connut le célèbre Grsevius. Celui-ci le mit en correspond avec d'autres érudits , se proposa de l'arrêter dans It c«W qu'il habitait , s'en ouvrit à Thomasius ; mais notre phil«»p aimait sa patrie, et il y retourna.
Il conçut alors la nécessité de porter encore plus deserente qu'il n'avait fait, dans la discussion des principes du droit cifu> et d'appliquer ses réflexiods à des cas particuliers. A freq»»** le barreau , et il avoua dans la suite que cet exercice Im «^«^ été plus utile que toutes ses lectures.
Lorsqu'il se crut assez instruit de la jurisprudence nsneBe,» revint à la spéculation ; il ouvrit une école; il interprétai* auditeurs le traité du droit de la guerre et de la paix dcGrot* La crainte de la peste qui ravageait le pays , suspendit (péf temps ses leçons } mais la célébrité du maître et l'importsace^ la matière ne tardèrent pas à rassembler ses disciples épan
acheva son cours ; il compara Grotius , PafTendolrf et leurs commentateurs; n remonta aux sources ; il ne tiéglîgea point Thîstorique ; il remarqua l'influence des hypothèses particulières sur le» conséquences , la liaison des principes arec les conclusions ^ i'impossibilitë de se passer de quelque loi positive , universelle , qui servit de base k Fédifice , et ce fut la matière d*on second cours qu'il entreprit à la sollicitation de quelques personnes qoi avaient suivi le premier. Son père vivait encore , et i'antoritë dont il jouissait, suspendait l'éclat des haines sourdes que Tào^ masiuê se faisait de jour en jour par sa liberté de penser } mais bientôt il perdit le repos avec cet appui.
n s'était contenté d'enseigner avec Puffendorf que la sociabilité de l'homme était le fondement de la moralité de ses actions 5 il l'écrivit; cet ouvrage fut suivi d'un autre où il exerça une satire peu ménagée sur différens auteurs, et les cris commencèrent à s'élever. On invoqua contre lui l'autorité ecclésiastique et séculière. Les défenseurs d'Aristote pour lequel il affectait le plus grand mépris, se joignirent aux jurisconsultes, et cette affaire aurait eu les suites les plus sérieuses, si Thomaaius ne les eAt arrêtées en fléchissant ^vant ses ennemis. Us l'accusaient de mépriser la religion et ses ministres, d'insulter à ses maîtres , de calomnier l'Eglise, de douter de l'existence de Dieu; il se dé^ fendit , il ferma la bouche à ses adversaires , et il conserva son franc-parler.
Il parut alors un ouvrage sous ce titre , inieresae principum circa religionem evan^elicam. Un professeur en théologie , appelé Hector Godefroi McuiuB ^ en était l'auteur. Thomaaius publia ses observations sur ce traité ; il y comparait le luthéranisme avec les autres opinions des sectaires , et cette comparaison n'était pas toujours k l'avantage de Masins. La querelle s'enga- ^a entre ces deux hommes. Le roi de Danemark fut appelé dans une discussion oii il s'agissait entre autres choses de savoir ai les rois tenaient de Dieu immédiatement leur autorité; et sans rien prononcer sur le fond , sa majesté danoise se contenta d'ordonner l'examen le plus attentif aux ouvrages que Thomasius publierait dans la suite.
Il eut Firaprudence de se mêler dans l'affaire des Piétistes , ^'écrire en faveur du mariage entre des personnes de religions différentes, d'entreprendre l'apologie de Michel Montanus accusé d'athéisme , et de mécontenter tant dHiOmmes à la fois , qne pour échapper au danger qui menaçait sa liberté , il fut obligé de se sauver à Berlin , laissant en arrière sa bibliothèque et tous set effets qu^il eut beaucoup de peine à recouvrer.
Il ouvrit un école à Halle sous la protection de l'électeur ; il
continua son onyrage périodique , et Ton se donte bien qu^animé par le ressentiment et jouissant de la liberté d'écrire tout ce qu'il lui plaisait , il ne ménagea guère ses ennemis. Il adressa à Bfasi us même les premières feuilles qu'il publia. Elles furent brûlées par la main du bourreau ; et cette exécution nous valut un petit ouvrage de Thonuuiua , oii sous le nom de Attila Frédéric Frommolobius, il examine ce qu'il convient à un homme de bien de faire , lorsqu'il arrive à un souverain étranger de flétrir ses productions.
L'école de Halle devint nombreuse. L'électeur y appela d'autres personnages célèbres , et Thomcuius fut mis à leur tête. U ne dépendait que de lui d'avoir la tranquillité au milieu des honneurs; mais on n'agitait aucune question importante qu'il ne s*en mêlit; et êes disputes se multipliaient de jour en jour. U se trouva esbarrasse dans la question du concubinage , dans celle de la nur gie , des sortilèges , des vénéfices , des apparitions, des spectjnes, des pactes , des démons. Or je demande comment il est pofsible à un philosophe de toucher à ces sujets , sans s'exposer m soupçon d'irréligion ?
Thonuuiuê avait observé que rien n'était plus opposé aux progrès de nos connaissances que l'attachement opiniâtre k quelque secte. Pour encourager se% compatriotes à secouer Je foo^ et avancer le projet de réformer la philosophie , après av^ir publié son ouvrage deprudentià cogUandi et raUocinandi , il donna un abrégé historique des écoles de la Grèce ; passant de là au cartésianisme qui commençait à entraîner les esprits , il exposa à si manière ce qu'il y voyait de repréhensible , et il invita à la méthode éclectique. Ces ouvrages , excellens d'ailleurs , sont taché par quelques inexactitudes.
Il traita fort au long dans le livre qu'il intitula » d« fiaùvduction à la philoêophie raiionneile, de l'érudition en g;énérai et de son étendue , de l'érudition logîcale , des actes de l'enteadement , des termes techniques de la dialectique , de la vérité, de la vérité première et indémontrable , des démonstrations de la vérité, de l'inconnu , du vraisemblable , des erreurs, de leon sources, de la recherche des vérités nouvelles, de la mamère de les découvrir; il s'attacha surtout à ces derniers objets daas sa pratique de la philosophie rationnelle. Il était ennemi mortel de la méthode syllogistique.
Ce qu'il venait d'exécuter sur la logique , il l'entreprit sur l morale; il exposa dans son introduction à la philosophie morve ce qu'il pensait en général du bien et du mal , de la conaifi* sance que l'homme en a , du bonheur, de Dieu , de la bîenvedîance , de l'amour du prochain , de l'amour de soi , etc. , d'où il
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passa dans la partie pratique aux causes du malheur en gênerai > aux passions , aux affections , à leur nature , à la haine, à l'amour , à la moralité des actions y aux temperamens , aux vertus , à la volupté, à l'ambition, à l'avarice , aux caractères , à l'oisiveté, e te. . . 11 s'efforce dans un chapitre particulier à démontrer que la volonté est une faculté aveugle soumise à Tentendemeut , principe qui ne fut pas goûté généralement.
n avait surtout insisté sur la nature et le mélange des temperamens ; ses réflexions sur cet objet le conduisirent k des vues nouvelles sur la manière de découvrir les pensées les plus secrètes des hommes par le commerce journalier.
Après avoir posé les fondemens de la réformation de la logique et de la morale» il tenta la même chose sur la jurisprudence naturelle. Son travail ne resta pas sans approbateurs et sans critiques ; on y lut avec quelque surprise que les habitudes tfaéorétiques pures appartiennent k la folie , lors même qu'elles conduisent à la vérité : que la loi n'est point dictée par la raison , mais qu'elle est une suite de la volonté et du pouvoir de celui qui commande : que la distinction de la justice en distributive et conunutative est vaine : que la sagesse consiste k connaître rbomme , la nature , l'esprit et Dieu : que toutes les actions sont indifférentes dans l'état d'intégrité ; que le mariage peut être momentané : qu'on ne peut démontrer par la raison que le concid>inage , la bestialité , etc. , soient illicites , etc..
n se proposa dans ce dernier écrit de marquer les limites de la nature et de la gr&ce , de la raison et de la révélation:
Quelque temps après il fit réimprimer les livres de Poiret de l'ërudition vraie , fausse et superficielle.
Il devint théosophe , et c'est sons cette forme qu'on le voit dans aa pneumatologie physique.
Il fit connaissance avec le médecin célèbre Frédéric Hoffinan , et il prit quelques leçons de cet habile médecin , sur la physique mécanique , chimique et expérimentale ; mais il ne goûta pas un genre d'étude qui , selon, lui , ne rendait pas des vérités en proportion du travail et des dépenses qu'il exigeait.
Ijaissant là tous les instrumens de la physique^ il tenta de concilier entre elles les idées mosaïques , cabalistiques et chré* tiennes, et il composa son tentamen de naiurà et eeaerUià api^ ritûê. Avec quel étonnement ne voit-on pas un homme de grand sens , d'une érudition profonde , et qui avait employé la plus grande partie de sa vie à charger de ridicules l'incertitude et la variété des systèmes de la philosophie sectaire , entêté d'opinidns xnUle fois plus extravagantes ! Itf ais Newton , après avoir donné
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son admirable ouTrage des principes de la pliîLoaopUe^Uirclk,
publia bien un commentaire snr l'apocalypse.
Tâomoêius tenniaa son cours de philosopkie pu* la pnAiqoe de la philosophie politique , dont il ésit sentir U L'aison avec k connaissances trop souvent n^ligées pat les hemines qui ft'oocipent de celte science»
Il est difficile d'exposer le sjsteme génial de U{ih)lMO|ikkè 7[*komoêkà8 j pacce qa'iï changea songent d'opinieiii.
Da reste ce £nt un homme aossî estimable par tesmoEUt^ par ses talens. Sa lie fut innocente, il ne coonut ni Yotpâi ravarice ; il aima tendrement sê^ amis ; il Cnt bon cpou; iàsV cnpa beaucoup de Tëdocatio» de ses enCuns ; il chcnl itsiêciples qui ne demeisrërent paa es reste avec lui; il tntrofnt droit et le cœur fuste ; et son commerce &it insiractilet ^pjf^ On lui reproche son penchant à la sAtive , an setfùâatt) au naturalisme, et c'est avec juste raison. i
JPrincipei9 généreusx de la philoêopkU de Thammku. \
Tout être est quelqne chose. i
L'âme de l'homme a deux faculUs, l'entendementsi Ii TshitA | Elles consistent l'une et l'autre en passion» et en actioai. La passion de l'entendement s'appelle eeneoltos; Upx**" de la volonté, incUnaUon. L'action de renteodemeots'ap]^ méditation ; Faction de 1» volonté , impulsion.
Les passions de l'entendement et de la volonté precèle^^^ jours les actions ; et ces actions sont comnie mortes sans lo P<^ sions.
Les passions de l'entendement et de la volonté sont top ceptions de l'âme.
\at% âtres réels s'aperçoivent on par la sensation et \^^
ment , ou par l'inclination et la vo lonté.
. La perception de la volonté est plus subtile que la.parorpti|"°^
l'entendement ; la première s'étend aux visibles et anxisri^^^
La perceptibilité est une affisction de tout ^e , sansia^
il n'j a point de connaissance vraie de son essence et de sais«bt(^
L'essence est dans l'être la qualifié sans laquelle L'âme nes'^
(oit pas.
Il y a des choses qui sont aperçues par la sensation; ilT^^ qui le sont par l'inclination; et d'autres par l'un et l'autre 0^ Être quelque part , c'est être dedans ou dehors une chose. Il y a entre être en un lien déterminé et être ^elqnepsr^f' différence de ce qui contient à ce qui est conteno.
L'amplitude est le concept d'une chose en tant qae longs^'^ large , abstraction faite de la profondeur.
L'amplitude est oh Tesp^ce où la chose est oa mue ou étendue» ou le mû ou retendu dans l'espace » ou l'extension active , ou l'étendu passif y ou la matière active , on la chos« nue patsivement.
Il y a une étendue finie et passive. B j en a «ne infinie et active.
Il y a de la différence entre l'espace et la chose étendue , entre rextenaion et l'étendue.
Oa peut considérer sous diffinrena aspects une chose ou prise comme espace, ou comme choae éjteadue.
L'espace infini n'est que l'eitensioa active oit tout se meut » et qui ne se meut en rien.
Il est nécessaire qu'il y ait quelque étendu tm , dans lequel , comme dans l'espace , un autre étenda ne se meuve pas.
Dieu et la créature sont réeHemeat distingués / c'est^«dire que l'un des deux peut au moins exister sans l'autre.
Le premier concept de Dieu est d'4tre de lui-même , et que tout le reste sort de lui.
Mais ce qui est d'un autre est postérieur à ce dont il est ; donc les créatures ne sont pas cô-^melks à Dieu.
Les créatures s'aperçoivent par la semuliou ; aloirmatt l'inclination 9 qui cependant ne suppose pas néeessairement ni toujours la sensation.
L'homme ne peut méditer des créatures qu'il n'aperçoit point , et qu'il n'a pas aperçues par la sensation.
La médâtation sur les créatures finit , si de nouvelles sensations ne la réveillent.
Dieu ne s'aperçoit point par la sensation.
Donc l'entendement n'aperçoit ^oint que Dieu vive , et toute sa méditation sur cet être est morte. Elle se borne à connaître que Dieu est autre chose que la créature , et ne s'étend point à ce qu'il est. -
Dieu s'aperçoit par l'inclination du cœur qui est une passion.
Il est nécessaire que Dieu mesure le cœur de l'homme.
La passion de l'entendement est dans le cerveau ; celle de la volonté est dans le cœur.
' Ltes créatures meuvent l'ente^idemeut ; Dieu meut le cœur.
La passion de la volonté est d'un ordre supérieur , plus noble et meilleure que la passion de l'eulendement. £lle est de l'essence de l'homme ; c'est elle qui le distingue de U bête.
L'homme est uue créature aimante et pensante; toute inclination de l'homme est amour.
L'intellect ne peut eacittr ^ lui l'aïaQur d$ Dieu ; c'est L'amour de Dieu qui l'excite.
Plus nous aimons Dieu f plus nous le connaissons.
Dieu est en lui-même ; toutes les créatures sont en Dieu ^ hors de Dieu il n'y a rien.
Tout tient soa^origine de lui y et tout est en lui.
Quelque chose pent opérer par lui, mais non hors de loî^ ce qui s'opère, s'opëre en lui.
Les créatures ont toutes été faites de rien , hors de Diea. * L'amplitude de Dieu est infinie; celle de la créature est finie.
L'entendement de l'homme , fini , ne peut comprendre exactement tontes les créatures.
Mais la volonté inclinée par nn être infini , est infime.
Bien n'étend Dieu ; mais il étend et développe tout.
Toutes les créatures sont étendues; et ancnne n'en étend one autre par une vertu qui soit d'elle.
Etre étendu n'est pas la même chose que d'avoir des parties. ' Tonte extension estmonvement.
Toute matière se meut; Dieu meut tout, et cepeadiuit il est inmiobile.
n y a deux sortes. de mouvement, du non être à Tétre, on et l'espace à l'espace , on dans l'espace.
L'essei¥:e de Dieu était une amplitude enveloppée avapt qu'il étendit les créatures.
, Alorsles créatures étaient cachées en lui. •
La création est un développement de Dieu , ou un acte , paxce qu'il a produit de rien , en s'étendant , les créatures qui étaient cachées en lui.
N'être rien ou être caché en Dieu , c'est une même chose.
La création est une manifestation de Dieu , par la creaUue produite hors de lui.
Dieu n'opère rien hors de lui.
Il n'y a point de créature hors de Dieu ; cependant l'essence de la créature diSere de l'essence de Dieu.
L'essence de la créature consiste à agir et à sooffirir, ou à mouvoir et à être mue ; et c*<est ainsi que la sensation de l'homne a lieu.
La perception par l'inclinatioa est la plus déliée ; il n'y en i point de plus subtile; le tact le plus délicat ne lui pent être comparé.
Tout mouvement se fait par attouchement ou contact , on. application ou approche de la chose qui meut à la chose qui est xnw * La sensation se fait par l'approximation de la chose au wtm^ et l'inclination par l'approximation de la chose au cœur.
Le sens est touché d'une manière visible^ le cœur d'n nière invisible*
Tout conUct du sens se fait par pulsion • ^oule motion de rinclination , ou par pulsion ou par attraction.
La créature passive , l'être purement patient , s'appelle matière; c'est l'opposé de Veaprit, Les opposés ont des effets opposés.
L'esprit est l'être agissant et mouvant.
Tout ce qui caractérise passion est affection de la matière • tout ce qui marque action est affection de l'esprit.
La passion indique étendu , divisible , mobile j elle est donc de la matière.
La matière est pénétrable , noiï pénétrante , capable d'union de génération , de corruption , d'illumination et de chaleur.
Son essence est donc froide et ténébreuse ; car il n'y a rien dans cela qui ne soit passif.
Dieu a donné k la matière le mouvement de non être à l'être • mais Tesprit l'étend , la divise, la meut, la pénètre , l'unit , l'engendre , la corrompt , l'illumine, l'échauffé et la refroidit; car tous ces effets marquent action.
L'esprit est par sa nature lucide, chaud et spirant, ou il éclaire, échauffe^ étend, meut, divise, pénètre, unit, engendre, corrompt, illumine, échauffe, refroidit.
L'esprit ne peut souffrir aucun de ces effets de la matière* cependant il n'a ni sa motion , ni sa lumière de lui-même parce qu'il est une créature , et de Dieu.
Dieu peut anéantir un esprit.
L'essence de l'esprit en elle-même consiste en yertu ou puis* sance active. Son intention donne la vie à la matière , forme son essence et la fait ce qu'elle est, après l'existence qu'elle tient de Dieu.
La matière est un être mort , sans vertu; ce qu'elle en a elle le tient de l'esprit qui fait son essence et sa vie.
La matière devient informe , si l'esprit l'abandonne à elle.
Un esprit peut être sans matière ; mais la matière ne peut être sans un esprit.
Un esprit destiné à la matière désire de s'jr unir et d'exercer sa vertu en elle.
Tous les corps sont composés de matière et d'esprit ; ils ont donc une sorte de vie en conséquence de laquelle leurs parties s'unissent et se tiennent.
L'esprit est dans tous les corps comme au centre; c'est de là qu'il agit par rayons , et qu'il étend la matière.
S'il retire ses rayons au centre , le corps se résout et se corronipt.
Un esprit peut attirer et pousser un esprit.
Ces forces s'exercent sensiblement dans la matière unie à l'esprit
Dans l'homme rattractîon et l'impulsion s'appellent omovd Jiaine , dans les antres corps sympathie et antipathie.
L'esprit ne s'aperçoit point par les organes des sens, parce qct rien ne soufiRre par la matière.
La matière ténébreuse en elle-même ne peut être ni rue, i touchée j c'est par l'esprit qui l'illumine qu'elle est visiHe; c'et par l'esprit qui la meut qu'elle est perceptible à l'oreille^ etc.
La différence des couleurs , des sons , des odeurs, àt$ saîetm du toucher , naît de l'efformation et configuration da reste deii matière. ^
La chaleur et le froid sont produits par la diversité deliiwtion de l'esprit dans la matière; et cette motion est oarecb% ou circulaire.
C'est l'attraction de l'esprit qui constitue la solidité et la fliitr*
La fluidité est de l'attraction de l'esprit solaire; la solkTrtéet de l'attraction de l'esprit terrestre.
C'est la quantité de la matière qui fait la gravité on la )^ reté , l'esprit du corps séparé de son tout étant attiré et îkIih par Tesprit universel ; c'est ainsi qu'il faut expliquer l'élastidteft la raréfaction. *
L'esprit en lui-même n'est point opposé à l'esprit. Lt ijupthie et l'antipathie , l'amour et la haine naissent d'opératÏNf diverses que l'esprit exécute dans la matière, selon li (irrernte de son efformation et de sa configuration.
Le corps humain , ainsi que tous les autres , a esprit et matère
Il ne faut pas confondre en lui l'esprit corporel et Tâme.
Dams tous les corps la matière mue par l'esprit tonchc ion^ diatement la matière d'un autre corps ; mais la matière tovckt n'aperçoit pas l'attouchement; c'est la fonction de l'esprit^lc appartient.
J'entends ici par apercevoir , comprendre et approorerlawî^ d'un autre , chercher à s'unir à elle , à augmenter sa ^^^ tu , lui céder la place , se resserrer. Ces perceptions varieit^ les corps avec les figures , et selon les espèces. L'esprit » c*»traire d'un corps à un -autre ne diffère que par l'acte «to»» plus ou moins intense. *
La division îles corps en esprits est une suite de la îtwte* la matière et de sa structure.
II y a des corps lucides; il y en a de transparens et d'ap^p*** selon la quantité plus ou moins grande de la matière, et ksi'' tions diverses de l'esprit.
L'opération ou la perception de l'esprit animal consiste^ ranimai , en ce que l'image du contact est comprise pr k^ veau , et approuvée par le cœur ; et conséquemment les \
bres deTanîmal sont déterminés par l'esprit à approcher la chose <)ui a touché , ou à la fuir.
Si ce mouvement est empêché , l'esprit moteur dans l'animal excite le désir des choses agréables et l'aversion des autres.
La structure de la matière du corps de l'homme* est telle que l'esprit ou conserve les images qu'il a reçues , ou les divise , ou les compose, ou les approuve, ou les haïsse, même dans l'absence des choses , et en soit réjoui ou tourmenté.
Cet esprit et l'esprit de tous les autres corps est immatériel ; il est cependant capable d'approuver le contact de la matière , du plaisir et de la peine ^ il est assujetti à l'intention des opérations conséquentes aux changemens de la matière^ il est, pour ainsi dire, adhérent aux autres corps terrestres, et il ne peut sans eux persévérer dans son union avec son propre corps.
L'homme considéré sous l'aspect de matière unie à cet esprit , est l'homme animal.
Sa propriété de comprendre les usages des choses, de les composer et de les diviser , s'appelle l'entendement actif.
Sa propriété de désirer les choses , s'appelle volonté naturelUm
La matière est hors de l'esprit ; cependant il la pénètre. Il ne l'environne pas seulement. L'esprit qu'elle a et qui . l'étend désire un antre esprit , et fait que dans certains corps la matière s'attache à un second esprit , l'environne et le comprend , s'il est permis de le dire.
Si l'esprit est déterminé par art à s'éprendre de lui-méa&e, il se rapproche et se resserre enjui-méme.
Si un corps ne s'unit point à un autre , ne l'environne point , on dit qu'il subsiste par lui-même; autrement les deux corps ne forment qu'un tout.
L'esprit existe aussi hors des corps, il les environne, et ils se meuvent en lui. Mais ni les corps , ni l'esprit subsistant par lui-même , ne peuvent être hors de Dieu.
On peut concevoir l'extension de l'esprit comme un centre illuminant , rayonnant en tout sens et sans matérialité.
L'espace oii tous les corps se meuvent est esprit; et l'espace oii tous les esprits se meuvent est Dieu.
La lumière est un esprit invisible illuminant la matière.
L'air pur ou l'éther est un esprit qui meut les corps et qui les rend visibles.
La terre est une matière condensée par l'esprit.
Li'eau est une matière mue et agitée par un esprit interne.
L^es corps sont ou terrestres ou spirituels , selon le plus ou le raoins de matière qu'ils ont.
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Les corps terrestres ont beaucoup ie matière ; les corps spirî^ tuels, tels que le soleil , ont beaucoup de lumière.
Les corps aqueux abondent en esprit et en matière. Us se voient) les uns parce qu'ils sont transparens , les autres parce qu'ils sont opaques.
Les corps lucides sont les plus nobles de tous ; après ceux-ci ce sont les aériens et les aqueux ; les terrestres sont les derniers.
Il ne faut pas confondre la lumière avec le feu. La lumière nourrit tout. Le feu (j^i est une humeur concentrée détruit tout.
Les hommes ne peuvent s^entretenir de l'essence incompr^ beusible de Dieu que par des similitudes. Il faut emprooter ces similitudes des corps les plus nobles.
Dieu est un être purement actif , un acte pur, un esprit tir»énergique , une vertu très-effrénée , une lumière , une vapeur très-subtile.
Nous obus mouvons, nous vivons, nous sommes un Dien.
L'âme humaine est un être distinct de l'esprit corporel.
Le corps du protoplaste fut certainement spirituel , voisin dé la nature des corps lucides et transparens ) il avait son esprit, mais il né constituait pas la vie de l'homme.
C'est pourquoi Dieu lui souffla dans les narines l'âme vivifiante.
Cette âme est un rayon de la vertu divine.
Sa destination fut de conduire l'homme et de te diriger vers Dieu.
Et sous cet aspect l'âme de l'homme est un désir perpétuel d'union avec Dieu qu'elle aperçoit de cette manière. Ce n'est donc autre chose que l'amour de Dieu.
Dieu est amour.
Cet amour illuminait l'entendement de l'homme , afin qn*î1 eât la connaissance des créatures. Elle devait , pour ainsi dire , transformer le corps de l'homme et l'âme de son corps , et les attirer à Dieu.
Mais l'homme ayant écouté l'inclination de son corps, et l'esprit de ce corps , de préférence à son âme , s'est livré aux créatures , a perdu l'amour de Dieu , et avec cet amour la connaissance parfaite des créatures.
La voie commune d'échapper à cette misère , c'est que l'homme cherche à passer de l'état de bestialité à l'état d'humanité, qu'il commence à se connaître , à plaindre la condition de la vie , et à souhaiter l'amour de Dieu.
L'honune animal ne peut s'exciter ces motions , ni tendre a»delà de ce qu'il est.
Thomasius part de là pour établir des dogmes tout-â-faît dS^ férens de ceux de la religion chrétienne* Mais rexposition m'em
tst pas de notre objet. Sa philosophie naturelle 011 nous allons entrer, présente quelque chose de plus satisfaisant.
Principes de la logique de Thomaaiue. Il y a deux lumières qui pe uvent dissiper les ténèbres de l'entendement. La raison et la révélation.
n n'est pas nécessaire de recourir à l'étude des langues étrangères pour faire un bon usage de sa raison. Elles ont cependant leur utilité même relative à cet objet.
La logique et l'histoire sont les deux instrumens de la philo-* Sophie.
La fin première de la logique ou de l'art de raisonner est la connaissance de la vérité.
La pensée est un discours intérieur sur les images que les corps ont imprimés dans le cerveau, par l'entremise des organes.
Les sensations de l'homme sont ou extérieures ou intérieures , et il ne faut pas les confondre avec les sens. Les animaux ont des Sens , mais non des sensations. Il n'est pas possible que tout l'exercice de la pensée se fasse dans la glande pinéale. Il est plus raisonnable que ce soit dans tout le cerveau.
Les brutes ont des actions pareilles aux nôtres , mais elles ne pensent pas; elles ont en elles ub principe interne qui nous est inconnu.
L'homme est une substance corporelle qui peut se mouvoir et penser.
L'homme a entendement et volonté.
L'entendement et la volonté ont action et passion.
La méditation n'appartient pas à la volonté , mais k l'entendement.
Demander combien il y a d'opérations de l'entendement , c'est faire une question obscure et inutile.
* J'entends par abstractions les images des choses , lorsque l'entendement s'en occupe dans l'absence des choses. La faculté qai les arrête et les offre à l'entendement comme présentes , c'est la ' mémoire.
Lorsque nous les unissons , ou les séparons à notre discrétion , nous usons de l'imagination.
Déduire des abstractions inconnues de celles qu'on connaît , c'est comparer , raisonner , conclure.
La vérité est la convenance des pensées intérieures de l'homme , avec la nature et les qualités des objets extérieurs.
Il y a des vérités indémontrables. Il faut abandonner celui qni les nie , comme un homme qu'on ne peut convaincre , et qui ne veut pas être convaincu.
C'est un fait constant , que l'homme ne pense pas toujours.
Les pensées qoî ne conviennent pas avec l'objet extérieoT sost fausses; si l'on s*y attache sérieuseoient « on est dans Terreur) a ce na sont que des suppositions , on feint.
Le vrai considéré relativement à l'entendement est ou certak ou probable.
Une chose peut être d'une vérité certaine , et paraître à T» tendement ou probable ou fausse.
Il y a rapport et proportion entre tout ce qui a conrenaoc ou disconvenai^ce.
Les mots sans application aux choses ne sont ni vrais , aifâm
Le caractère d'un principe , c'est d'être indémontrable.
Il n'y a qu'un seul premier principe ou toutes les vérités J»t cachées.
Ce premier principe , c'est que tqut ce qui s'accorde iisii raison , c'est-à-dire, les sens et les idées, est vrai, et qwte^ ce qui les contredit est faux.
Les sens ne trompent point celui qui est sain d'esprit et de cor|&
Le sens interne ne peut être trompé.
L'erreur apparente des sens extérieurs nait de la prédpiblH» de l'entendement, dans ses jugemens.
Les sens ne produisent pas toujours en tout les mêmei seosi* tiens. Ainsi il n'y a aucune proposition universelle rta^»* des concepts variables.
Sans la sensation , Tentendement ne peut rien ni percerw *^ se représenter.
Les pensées actives , les idées , leurs rapports et les raisoawmens , qui équivalent aux opérations sur les nombres, lui^^ des sensations.
L'algèbre n'est pas toutefois la clef et la source de toiteî^'^ sciences. •
La démonstration est l'éviction de la liaison des vérités *T«f^ premier principe.
Il y a deux sortes de démonstrations ; ou l'on part èetf^ tions , ou d'idées et de définitions et de leur connexion iT«^* premier principe.
Il est ridicule de démontrer ou ce qui est inutile , on n^ montrable , ou connu en soi.
Autre chose est être vrai, autre chose être faux; autre cboî? connaître le vrai et le faux.
L'inconnu at ou relatif, on absolu.
^1 y a des caractères de la vraisemblance ; ils en sont la bi^ et iU en mesurent les*degrés. ,
Il y a connaissance ou vraie ou vrais^nblable , scion i^ pèoe de l'objet don^ l'entendement s'occupe.
Il est impossible de découvrii' la vérité par Tart syl logistique. La méthode se réduit à une seule règle que voici ; c'est disposer la vérité ou k trouver ou à démontrer , de manière à ne se pas tromper, procédant du facile au moins facile , du plus connu au moins connu.
L'art de découvrir des vérités nouvelles exige l'expérience , la définition et de la division.
, ' Les propositions catégoriques ne sont pas inutiles dans l'exar men des vérités certaines , ni les hypothétiques , dans Texamen I des vraisemblances.
\ La condition de l'homme est pire que celle de la béte. , Il n'y a point de principes matériels connés.
L'éducation est la source première de toutes les erreurs de l'en- ^ tendement. De là naissent la précipitation y l'impatience et les j préjugés.
Les préjugés naissent. principalement de la crédulité qui dure jusqu'à la jeunesse ; telle est la misère de l'homme ^ et la pauvre condition de son entendement.
Il y a deux grands préjugés. Celui de l'autorité , et celui de la précipitation.
L'ambition ^st une source des préjugés particuliers. De là le ' respect pour l'antiquité.
Celui qui se propose de trouver la vérité , déposera ses préjugés; c'est-à-dire, qu'il doutera méthodiquement; qu'il rejetr tera l'autorité humaine , et qu'il donnera aux choses une attention requise. Il s'attachera préalablement à une science qui le ' conduise à la sagesse réelle. C'est ce qu'il doit voir. en lui-même. ' Nous devons aux autres nos intructions et nos lumières. Pour
cet eSet , nous examinerons s'ils sont en ét»t d'en profiter.
^ Les autres nous doivent les leurs. Nous nous rapprocherons
donc de celui eu qui nous reconnaîtrons de la solidité , de la
f clarté , de la fidélité , de l'humanité , de la bienveillance , qui
n'accablera point notre mémoire , qui dictera peu , qui saura
I- discerner les esprits , qui se proportionnera à la portée de ses
; auditeurs , qui sera l'auteur de ses leçons > et qui évitera l'em'^
ploi de mots superflus et vides de sens.
Si nous avons à enseigner les autres , nous ficherons d'acquérir les qualités que nous demanderions de celui'qui nous en- ( seignerait.
S'agit-il d'examiner et d'interpréter les opinions des autres ,
commençons par nous juger nous-mêmes , et par connaître nos
sentimens; entendons bien l'état de la question; que la matière
nous soit familière. Que pourrons nous dire de sensé , si les lois
r de l'interprétation nous sont étrangères , si l'ouvrage nous est