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Malgré tout ce que Loche et d'antres ont écrit sur les \àée% et sur les signes de nos idées , je crois la matière toute nouvelle et la source intacte d'une infinité de vérités y dont la connaissance simplifiera beaucoup la machine , qu'on appelle esprit , et compliquera prodigieusement la science qu'on appelle gram^. main, La logique >raie peut se réduire à un très-petit nombre dé pages; mais plus cette étude sera courte , plus celle des mots fera longue.
Après avoir sérieusement réfléchi , on trouvera peut-être ^ i"*. que ce que nous appelons liaison d'idées dans notre entende^ ment y n'est que la mémoire de la co-existence des phénomènes dans ia nature ; et que ce que nous appelons dans notre entende* ment conséquence \ n'est autre chose qu'un souvenir de l'enchatsèment on de la succession des effets dans la nature.
2*. Que toutes les opérations de l'entendement se réduisent ou à la mémoire des signes ou sons , o^ k l'imagination ou mémoire des formes et figures*
Mats ce n'est pas asses , pour être heureux , que de jouir d'uià bon esprit, il faut encore avoir le corps sain. Voilà ce qui détermina Locke k composer son traité de l'éducation , aprb avoir publié celui de l'entendement.
Locke prend l'enfant quand il est né. II me semble qu'il aurait d4 remonter un peu plus haut. Quoi donc? n'y auràit-il point de règles k prescrire pour, la production d'un homme? Celui qui veut que l'arbre de son jardin prospère, choisit la saison, prépare le sol , et prend un grand nombre de précautions , dont la plupart me semblent applicables à un être de la nature beaucoup plus important que l'arbre. Je veux que le père et la mère soient sains, qu'ils soient contens , qu'ils aient de la sérénité , et que le moment oh ils se disposent k donner l'existence à un enfant soit celui ou ils se sentent le plus satisfaits de la leur. Si l'on remplit d'amertume la journée d'une femme enceinte , croit'^on que ce soit sans conséquences pour la plante molle qui germe et t'accroît dana son sein? lorsque vous aurez planté dans votre verger un jeune arbrisseau , ailes le secouer avec violence seulement une (bis par jour , et vous verrez ce qui en arrivera. Qu'une femme enceinte soit donc un objet sacré pour son époux et pour ses voisins.
Lorsqu'elle aura mis au jour son fruit , ne le couvres ni trop ni trop pen. Accoutumez-le k marcher tête nue , rendez-le in-» sensible an froid des pieds. Nourrissez-le d'alimens simples et communs. Allongez sa vie en abrégeant son sommeil. Multipliez son existence , en appliquant son attention et ses sens à tout. Arme»-le contre le hasard , en le rendant insensible aux contre-
temps ; annez-Ie contre le préjuge , en ne le somnetUint jamais qu'à l'autorité de la raison ; si tous fortifies en lut l'idée générale de Tordre , il aimera le bien ; si yous fortiBex en lui l'idée générale de honte ^ il craindra le mal. Il aura l'âme élerée, si vous attachez ses premiers regards sur de grandes choses. Accoutumes-le au spectacle de la nature , ai voas youles qu'il ait le goût simple et grand ; parce que la nature est toujours grande et simple. Malheur aux enfans qui n'auront jamais vu couler les larmes de leurs parens au récit d'uue action généreuse; malheur aux enfans qui n'auront jamais vu couler les larmes de leurs parens sur la misëre des autres. La fable dit que Deucalion et Pjrrha repeuplèrent le monde en jetant des pierres derrière eux. Il reste dans l'Ame la plus sensible , une molécule qui tient de sa première origine , et qu'il faut travailler à reconnaître et à amollir.
Locke avait dit dans son Essai sur l'Entendement humain , qu'il ne voyait aucune impossibilité à ce que la matière pensât. Des hommes pusillanimes sVffrajeront de cette assertion. Et qu'importe que la matière pense on non ? Qu'est-ce que cela fait à la justice ou à l'injustice , à l'immortalité , et k toutes \ti vérités du système , soit politique , soit religieux?
Quand la sensibité serait le germe premier de la pensée , quand elle serait une propriété générale de la matière ; quand inégalement distribuée entre toutes les productions de la nature , elle s'exercerait avec plus ou moins d'énergie selon la variété de l'organisation , quelle conséquence fâcheuse en pourrait-on tirer? aucune. L'homme serait toujours ce qu'il est , jugé par le bon et le mauvais usage de ses facultés*
LOI NATURELLE. (MoraU,) La loi naturelle est l'ordre étemel et immuable qui doit servir de règle à nos actions. Elle est fondée sur la différence essentielle qui se trouve entre le bien et le mal. Ce qui favonse l'opinion de ceux qui refusent de re« connaître cette distinction , cest d'un côté la difficulté que l'on rencontre quelquefois à marquer les bornes précises qui séparent la^ vertu et le vice : de l'autre , la diversité d'ppinions qu'on trouve ]>ârmi les sa vans mêmes qui disputent entre eux pour savoir si certaines choses sont justes ou injustes , surtout en matière de politique , et enfin les lois diamétralement opposées les unes aux autres qu'on a faites sur toutes ces choses en divers sièdes et en divers pays ) mais comme on voit dans la peinture , qu'en détrempant ensemble doucement et par degrés deux couleurs opposées , il arrive que de ces deux couleurs extrêmes , il en résulte une couleur mitoyenne, et qu'elles se mêlent si bien ensemble^ que l'oeil le plus fin ne l'est pas assez pour marquer exactement
où l'une finit et Tautre commence ^ quoique pourtant les cou-" leurs soient aussi dificrentes Tune de l'autre qu'il se puisse : ainsi qnoiquVn certains cas douteux et délicats , il puisse se faire que les confins oii se fait la séparation de la vertu et du vice , soient trëa-difficiles à nyarquer précisément , de sorte que les hommes se sont trouvés partagés là-dessus , et que les lois des nations n*ont pas été partout les mêmes , cela n'empêche pas qu'il n'y ait réeïlemeolt et essentiellement une trës-grande différence entre le )udte et riojnste. La distinction éternelle du bien et du mal ^ la règle inviolable de la justice se concilie sans peine l'approba* lion de tout homme qui réfléchit et qui raisonne ; car Û n'y a point d'homme à qui il arrive de transgresser volontairement ^cette règle dans des occasions importantes, qui ne sente qu'il agit contre ses propres principes , et contre les lumières de sa raison^ et qui ne se fasse là<^dessus de secrets reproches. Au contraire, il n'y a point d'homme qui , après avoir agi conformément à cette règle, ne se sache gré à lui-même, et ne s'applaudisse d'avoir eu la force de résbter à ces tentations, et de n'avoir fait que ce que sa conscience lui dicte étre.bon et juste; c'est ce que S. Paul a voulu dire dans ces paroles du chap, 1/. de son épttre aux Ro^ mains : que ies Gentils qui fi ont point de loi ^font naturellement les choeeê qui sont dela\o\^ et que n* ayant point de loi , iU sont leur loi à eux-mêmes , qu^ils montrent^ (œuvre de la loi écrite dans leurs cœurs , leur conscience leur rendant témoignage^ et leurs pensées entre elles s*accusant ou s^exùusant.
Je ne disconviens pas qu'il n'y ait des gens qui , gâtés par une mauvaise éducation , perdus de débauche , et accoo tomes au vice par nue longue habitude, ont ftirieusement dépravé leurs prin* cipes naturels , et pris un tel ascendant sur leur raison , qu'ils lui imposent silence pour n'écouter que la voit Ae leurs pré)ugéS| de leurs passions et de leurs cupidités. Ces gens plutôt que de se rendre et de passer condamnation sur leur conduite, vous soutiendront impudemment , qu'ils ne sauraient voir cette distinction naturelle entre le bien et le mal qu'on leur prêche tant j mab ces gens-là , quelque affreuse que soit leur dépravation ^ quelque peine qu'ilé se donnent pour cacher'au reste des hommes les reproches qu'ils se font à eux-mêmes , ne peuvent quelquefois s'empêcher de laisser échapper leur secret , et de se décdUvnr dans de certains momens oii ils ne sont point en garde contre eux-mêmes. U n'y a point d'homme en effet si scélérat et si perda» qui , après avoir commis un meurtre hardiment et sans scrupule , n'aimât mieux , si la chose était mise à son choix , n'avoir obtenu le bien par d'autres voies que par des crimes , fût-il sûr de l'impunité. 11 n'y .a point d'homme imbu des principe?