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d'Hobbes^ et place dans son état de nature, qui , toutes choses ëeales n^aimât beaucoup mieux pourvoir à sa propre conservation , sans étve oblige d'ôter la vie à tous ae$ semblables , qu'en la leur 6tant. On n'est mÀ:bant , s'il est permis de parler ainsi , qu'à son coq» défendant, c'est-à-dire, parce qu'on ne saurait autrement satisfaire ses désirs et contenter ses passions. Il faut être bien aveuglé pour confondre les forfaits et les horreurs avec cette vertu qui, si elle était soigneusement cultivée , ferait voir au monde la réalité des traits ingénieux dont les anciens poôtes se sont servis pour peindre l'âge d'or.
La loi naturelle est fondée , comme nous Tavons dit , sur la distinction essentielle qui se trouve entre le bien et le mal moral ^ il s'en suit que cette loi n'est point arbitraire. « La loi naturelle , M dit Cicéron , lit^. //. des lois^ n'est point une invention de l'es- >i prit humain , ni un établissement arbitraire que les peuples n aient fait , mais l'impression de la raison étemelle qui gouverne
* l'univers. L'outrage que Tarquin fit à Lucrèce , n'en était pas » moins un crime , parce qu'il n'y avait point encore à Rome de »i loi écrite contre ces sortes de violences. Tarquin pécha contre » la loi naturelle qui était loi dans tous les temps, et non pas
* seulement depuis l'instant qu'elle a été écrite. Son origine est ï» aussi ancienne que l'esprit divin : car la véritable , la primi- » tive , et la principale loi , n'^ autre que la souveraine raison i> du grand Jupiter. *»
Que ce soit donc une maxime pour nous incontestable , que les caractères de la vertu sont écrits au fond de nos âmes : de fortes passions nous les cachent à la vérité quelques instans ; mais elles ne les efEacent jamais, parce qu'ils sont inefiaçables« Pour les comprendre, il n'est pas besoin de s'élever jusqu^aux cieux, ni de perfcr dans les abîmes; ils^ont aussi faciles à saisir que les principes des arts les plus communs : il en sort de toutes parts des démonstrations, soit qu'on réfléchisse sur soi-même, ou qu'on ouvre les yeux sur ce qui s'ofire à nous tous les jours* En un mot , la loi naturelle est écrite dans nos cœurs en caractères si beaux, avec des expressions si fortes et des traits si lumineux , qu'il n'est pas possible de la méconnaître.
LOIRE ( la) , Géogr. , grande rivière de France. Un poëte anglais a peint avec élégance les ravages que cause la Loire dans ses débordemens : je vais transcrire son Ubleau en faveur des lecteurs sensibles à la poésie de cette langue.
Wben ihîs french rÎTcr rais'd wilh stiddon rain» , Or snows diwohr'd , o'erflows the adioi'niog plaint , The huibandinen wilh high rais'd banks secare Their gr^edy bopet 5 and ihit^ he can «ndnre :
Bat if witk bays , and dams , ihey tui^e to force
His chaanel , to a new or narrow*r course ^
No longer then wiihia his banks be dwells ,
First to a torrent , ibcn a déluge swells j
Stronger and fiercer by restraints he roars ,
And knows uo bouiid , but maies his pow'r his shores.
Je voudrais bien que quelque bon français nous peignit aussi le débordement excessif des droits honteux qu'on exerce sur cette rivière , sons prétexte de maintenir sa navigation > mais en réalité pour ruiner le commerce. On compte au moins une trentaine de divers péages qui s'y sont introduits , indépendamment desquels on paie une imposition assez bien nommée le trépan de Ivoire y ainsi que les droits de simple , double , tnpie cloison , établis anciennement pour l'entretien des fortifications de la ville d'Angers. On n'en peut guère voir de plus chères ni de plus mau* vaises , à ce qu'assure un homme éclairé.
Vje droit de boite des marchands fréquentant la Loire ^ a été établi solennellement à Orléans pour le balisage et le curage de la rivière y dont on ne prend aucun soin, malgré les éloges de ce curage, par le sieur Piganiol de Lêa Force; mais en revanche, dit avec plus de vérité l'auteur estimable des recherches sur Um financée , une petite compagnie de fermiers j fait une fortune honnête et qui mérite l'attention du conseil , soit à raison du produit , soit à raison des vexations qu'elle exerce sur le commerce.
LOISIR , s. m. ( Gramm, ) , temps vide que nos devoirs nous laissent , et dont nous pouvons disposer d'une manière agréable et honnête. Si notre éducation avait été bien faite , et qu'on nous eût inspiré un go&t vif de la vertu , l'histoire de nos loisirs serait la portion de notre vie qui nous ferait le plus d'honneur après notre mort , et dont nous nous ressouviendrions avec le plus de consolation sur le point de quitter la vie : ce serait celle des bonnes actions auxquelles nous nous serions portés par goût et par sen-* sibilité , sans que rien nous y déterminât que notre propre bienfaisance.
LOUANGE, s- f. {Morale. ), c'est le discours , l'écrit ou Taction , par lesqueb on relève le mérite d'une action , d'un ouvrage, d'une qualité d'un homme , ou d'un être quelconque. Tous les hommes désirent la louange , ou parce qu'ils ont des doutes sur lenr propre mérite , et qu'elle les rassure contre le sentiment de leur faiblesse , ou parce qu'elle contribue à leur donner promptement le plus grand avantage de la société , c'est-à-dire l'estima du public. Il faut louer les jeunes gens , mais toujours avec restriction 'y la louange ^ comme le vin » augmente les forces quand 3. lo
elle n'enîrre pas. Les hommes qui louent le mieux , mais qui louent rarement , sont ceux que le beau , Tagréable et l'honnête frappent partout oii ils les rencontrent ; le vil intérêt , pour obtenir des grâces ; la plate vanité , pour obtenir grâce , prodt-> guent la louange , et Tenvie la refuse. L'honnête homme relève dans les hommes ce qu'il j a de bien , ne Texagëre pas , et se tait sur les défauts ou sur les fautes ; il trouve , quoi qu'en dise La Fontaine , qu'on peut trop louer , non les dieux qu'on ne tromperait pas , mais sa maîtresse et son roi qu'on tromperait.
LOUER y y. act. ( Gramm, et Morale, ) , c'est témoigner qu'on pense avantageusement. La louange devrait toujours être l'expression de Testime. Louer délicatement , c'est faire croire à la louange. Toute louange qui ne porte pas avec elle le caractère de la sincérité , tient de la flatterie ou du persiflage , et par conséquent indique de la malice dans celui qui la donne , et quelque sottise dans celui qui la reçoit. L'homme de sens la rejette et en ressent de l'indignation. Bien ne se prodigue plus entre les hommes que la louange \ rien ne se donne avec moins de grâce. L'intérêt et la complaisance inondent de protestations , d'exagérations y de faussetés; mais l'envie et la vanité viennent presque toujours à la traverse , et répandent sur la louange un air contraint qui la rend insipide. Ce serait peut-être un paradoxe que de dire qu'il n'y a point de louange qui ne pèche ou par le défaut de mérite en celui à qui elle est adressée , ou par défaut de connaissance en celui qui la donne ; mais je sais bien que Técorce d'une belle action , séparée du motif qui l'a inspirée , n'en fait pas le mérite , et que la valeur réelle qui dépend de la raison secrète de celui qui agissait y et qu'on loue d'avoir agi , nous est souvent inconnue , et plus souvent encore déguisée.
Le louangeur éternel m*ennuie } le railleur impitoyable m'est odieux. Voyez P article Louange.
LUBRIQUE, LUBRICITÉ , s. f. ( Grmmm. ) , termes qui désignent un penchant excessif dans l'homme pour les femmes , dans la femme pour les hommes , lorsqu'il se montre extérieurement par des actions contraires à la décence ; la lubricité e%t dans les yeux , dans la contenance , dans le geste , dans le discours. Elle annonce un tempérament violent ; elle promet dans la jouissance beaucoup de plaisir et peu de retenue. On dit de quelques animaux , conmie les boucs , les chats , qu'ils sont lubriques ; mais on ne dira pas qu'ils sont impudiques : il semble donc que l'impudicité soit un vice acquis , et la lubricité un défaut naturel. La lasciveté tient plus aux monvemens qu'à la sensation.
MACÉRATION ( Morale ^ Gramm. ) , c'est une douleur corporelle qu'on se procure dans l'intention de plaire k la divinité.
Les hommes ont partout des peines , et ikont trës-naturellement çoncla que les douleurs des êtres sensibles donnaient un spectacle agréable à Dieu. Cette triste superstition a été répandue et Test encore dans beaucoup de pays du monde.
SH'esprit de macàraiion est presque toujours un effet de la crainte et de l'ignorance des vrais attributs de la divinité , il a d'autres causes > surtout dans ceux qui cberchent k le répandre. La plupart sont des charlatans qui veulent en imposer au peuple par de l'extraordinaire.
Le bonze, le talapouin , le marabou , le derviche , le faquir , pour la plupart se livrent à différentes sortes de supplices par vanité et par ambition. Ils ont encore d'autres motifs. Le jeune laquir se tient debout , les bras en croix , se poudre de Ben te de vache, et va tout nu ^ mais les Csmmes vont lut faire dévotement des caresses indécentes. Plus d'une femme k Rome , en voyant la procession du jubilé monter à genoux la scala santa , a remarqué que certain flagellant était bien fait, et avait la peau belle.
Les moyens de se macérer les plus ordinaires dans quelques religions , sont le jeâne, les étriviëres , et la malpropreté.
Le caractère de la macération est partout crœl ^ petit , pusillanime.
La mortification consiste plus dans la privation des plaisirs ; la macéraiion s'impose des peines. On mortifie ses sens , parce qu'on leur refuse ; on macëre son corps , parce qu'on le déchire; on mortifie son esprit , on ipacëre son corps ; il y a cependant la macération de l'âme ; elle consiste à se détacher des affections qu'inspirent la nature et l'état de l'homme dans la société.
MACHER , V- act. ( Gramm. ) , c'est briser et moudre un temps convenable les alimens sous les dents. Plus les alimens sont ntdU* chés , moins ils donnent de travail à l'estomac. On ne peut trop recommander de mâcher , c'est un moyen sÀr de prévenir plusieurs maladies, mais difficile à pratiquer. Il n'y a peut-être aucune habitude plus forte que celle de manger vite. Mâcher •e dit au figuré. Je lui ai donné sa besogne toute mâchée. Il y a des peuples septentrionaux qui tuent leurs pères quand ils n'ont plus de dents. Un habitant de ces contrées demandait à un des n^res ce que nous faisions de no» vieillards quand ils ne mdchaient plus. Il aurait pu lui répondre , nous mâchons pour eux. n ne faut quelquefois qu'un mot frappant qui réveille dans aa souverain le sentiment de l'humanité , pour lui faire reconnaître et abolir des usages barbares.
MACHIAVELISME , s. m. ( Hisi. de la Phiioe.) , espèce de politique détestable qu'on peut rendre en deux mots , par l'art
de tyranniser, dont Machiavel le florentin a répandu les prki*
x:ipes dans ses ouvrages.
Machiavel fut un homme d'un génie profond et d'une érudition très-variée. Il sut les langues anciennes et modernes. Il posséda l'histoire. U s'occupa de la morale et de la politique. U ne négligea pas les lettres. 11 écrivit quelques comédies qui ne sont pas sans mérite. On prétend qu'il apprit à régner à César Borgia. Ce qu'il y a de certain , c'est que la puissance despotique de la maison des Médicis lui fut odieuse , et que cette haine , qu'il était si bien dans ses pHncipes de dissimuler , l'exposa à de longues et cruelles persécutions. On le soupçonna d'être entré dans la conjuration de Sodcrini. Il fut pris et mis en prison ^ mais le courage avec lequel il résista aux tourmens de la question qu'il subit , lui sauva la vie. Les Médicis qui ne purent le perdre dans cette occasion , le protégèrent , et l'engagèrent par leur» bienfaits à écrire l'histoire. Il le fitj l'expérience du passé ne le rendit pas plus circonspect. Il trempa encore dans le projet que quelques citoyens formèrent d'assassiner le cardinal Jules de Médicis , qui fut dans la suite élevé au souverain pontificat sous le nom d« Clément VII. On ne put lui opposer que les éloges continuels qu'il avait faits de Brutus et Cassius. S'il n'y en avait pas assez pour le condamner à mort , il y en avait autant et plus qu'il n'en fallait pour le châtier par la perte de ses pensions : ce qui Jui arriva- Ce nouvel échec le précipita dans la misère, qu'il supporta pendant quelque temps. Il mourut à l'âge de quarantehuit ans , Tan i527 , d'un médicament qu'il s'administra luimême comme un préservatif contre la maladie. Il laissa un fils appelé Luc Machiavel. Ses derniers discours , s'il est permis d'y ajouter foi, furent de la dernière impiété. Il disait qu'il aimait mieux être dans l'enfer avec Socrate , Alcibiade , César , Pompée y et les autres grands hommes de l'antiquité, que dans le ciel avec les fondateurs du Christianisme.
Nous avons de lui huit livres de l'histoire de Florence , sept livres de l'art de la guerre , quatre de la république , Jrois de discours sur Tite-Live , la vie de Castruccio , deux comédies , et les traités du prince et du sénateur.
Il y a peu d'ouvrages qui i^nt fait autant de bruit que le traité du prince : c'est là qu'il enseigne aux souverains à fouler aux ^nieds la religion , les règles de la justice , la sainteté des pactes et tout ce qu'il y a de sacré , lorsque l'intérêt l'exigera. On pourrait intituler le quinzième et le vingt-cinquième chapitres , de& circonstances oii il convient au prince d'être un scélérat.
Comment expliquer qu'uu des plu9 ardens défenseurs de la
monarchie soit ieyena tout à coup un infâme apologiste de \sL tyrannie ? le voici. Au reste , }e n'expose ici mon sentiment que comme une idée qui n'est pas tout-à-fait destituée de vraisemblance. Lorsque Machiavel écrivit son traité du prince , c'est comme s'il eût dit à ses concitoyens ^ lisez bien cet ouvrage. Si vous acceptez jamais un maître y. il sera tel que j,e vous le peins : voilà la hête féroce à laquelle vous vous abandonnerez. Ainsi ce fut la faute de ses contemporains , s'ils méconnurent son but : ils prirent une satire pour un éloge. Bacon le chancelier ne s'y est pas trompé , lui , lorsqu'il a dit : cet homme n'apprend rien aux tyrans , ils ne savent que trop bien ce qu'ils ont à faire y maiis il instruit les peuples de ce qu'ils ont à redouter. Est quod gratias agamus Machiavello et hujus mocli scriptoribus , gui apertè et indissimulanter proferunt quod homines facere soleant , 720^ quod dêbeant. Quoi qu'il en soit ^ on ne peut guère douter qu'au moins Machiavel n'ait pressenti que tôt ou tard il s'élèverait un cri général contre son ouvrage , et que ses adversaires ne réussiraient jamais à démontrer que son prince n'était pas Une image Me\e de la plupart de ceux qui ont commandé aux hommes avec le plus d'éclat.
J'ai ouï dire qu'un philosophe interrogé par un grand prince sur une réfutation qu'il venait de publier du machiavélisme , lui avait répondu : u Sire , je pense que la première leçon que » Machiavel eût donnée à son disciple , c'eût été de réfuter son » ouvrage. »
MACHIAVELISTE , s. m. ( Gramm. et Morale. ) , homme qui suit dans sa conduite les principes de Machiavel , qui consistent à tendre à ses avantages particuliers par quelque voie que ce soit. Il y a des mackiavelistea dans tous les états.
MACHINAL , adj. ( Gram. ) , ce que la machine exécute d'ellemême , sans aucune participation de notre volonté : deux exemples suffiront pour faire distinguer le mouvement machinal , du mouvement qu'on appelle libre ou volontaire. Lorsque je fais un faux pas , et que je vais tomber du côté droit , je jette' en avant et du côté opposé mon bras gauche , et je le jette avec la plus grande vitesse que je peux; qu'en arrive-t-il ? C'est que par ce moyen non réfléchi je diminue d'autant la force de ma chute. Je pense que cet artifice est la suite d'une infinité d'expériences faites dès la première jeunesse , que nous apprenons sans presque nous en apercevoir , à tomber le moins rudement qu'il est possible dès nos premiers ans , et que ne sachant plus comment cette habitude s'est formée , nous croyons , dans un âge plus avancé, que c'est une qualité innée de la machine; c'est une chimère que cette idée. Il y a sans doute actuellement quelque
i5d MA
femme dans la société , clétermînce k s'aller jeter ce soîr entre les bras de son amant, et qui n'y manquera pas. Si je suppose cent mille femmes tout-à-fait semblables à cette première femme , de m^me âge ,■ de même état, ayant des amans tous semblables , le même tempérament , la même vie antérieure , dans un espace conditionné de la même manière ; il est certain qu'un être élevé au-dessus de ces cent mille femmes les verrait toutes agir de la même manière , toutes se porter entre les bras de leurs amans , à la même heure , au même moment , de la même manière : une armée qui fait l'exercice et qui est commandée dans ses mouvemens; des capucins de carte qui tombent tous les unsi la file des autres , ne se ressembleraient pas davantage ; le moment oii nous agissons paraissant si parfaitemei^t dépendre du moment qui Ta précédé , et celui-ci du précédent encore ; cependant toutes ces femmes sont libres, et il ne faut pas confondre leurs actions quand elles se rendent à leurs amans , avec leur action , quand elles se secourent maehinalement dans une chute. Si l'on ne faisait aucune distinction réelle entre ces deux cas, il s'ensuivrait que notre vie n'est qu'une suite d'instans nécessairement tels, et nécessairement enchaînés les uns aux autres ; que notre Tolonté n'est qu'un acquiescement nécessaire à être ce que nous sommes nécessairement dans chacun de ces instans , et que notre liberté est un mot vide de sens : mais en examinant les choses en nous-mêmes , quand nous parlons de nos actions et de celles des autres , quand nous les louons ou que nous les bl&mons , nous ne sommes certainement pas de cet avis.
MAGIE , science ou art occulte qui apprend à faire des choses qui paraissent au-dessus du pouvoir humain.
La magie , considérée comme la science des preniiers mages , ne fut autre chose que l'étude de la sagesse : pour lors elle se prenait en bonne part, mais il est rare que l'homme se renferme dans les bornes du vrai , H est trop simple pour lui. Il est presque impossible qu'un petit nombre de gens instruits, dans un siècle et dans un pays en proie à une crasse ignorance , ne suc* combent bientôt à la tentation de passer pour extraordinaires et plus qu'humains : ainsi les mages de Chaldée et de tout l'Orient, ou plutôt leurs disciples ( car c'est de ceux-ci que vient d'ordinaire la dépravation dans les idées ), les mages, dis-Je , s'attachèrent k l'astrologie , aux divinations , aux enchantemens , aux maléfices ; et bientôt le terme de magie devint odieux , et ne servit plus dans la suite qu'à désigner une science également illusoire et méprisable : fille de Tignorance et de l'orgueil , cette science a dû être des plus anciennes ; il serait difficile de déterminer le temps de son origine, ayant pour objet d'alléger les
peines èe Hiumanîlë , eUe a pris naissance avec nos misères. Comme c'est une science tënébrense , elle est sur son trône dans les pays oà régnent la barbarie et la grossièreté. Les Lapons , et en général les penples sauvages cultivent la magie , et en font grand cas.
Pour faire un traité complet de magie ^ à la considérer dans le sens le plus étendu, c'est-è-dire dans tont ce qu^elle peut avoir de bon et de mauvais, on devrait la distinguer en magie divine , magie naturelle et magie surnaturelle.
1*. La magie divine a'est autre chose que cette connaissance particulière des plans , des vues de la souveraine sagesse , que Dieu dans sa grâce révèle aux saints hommes animés de son esprit , ce pouvoir surnaturel qu'il leur accorde de prédire l'avenir, de faire des miracles, et de lire , pour ainsi dire, dans le cœur de ceux à qui ils ont affaire. Il fut de tels dons , nous devons le croire ; si même la philosophie ne s'en fait aucune idée juste , éclairée par la foi , elle les révère dans le silence. Mais en estil encore ? je ne sais , et je crois qu'il est permis d'en douter. n ne dépend pas de nous d'acquérir cette désirable magie; elle ne meni ni du courant ni du voulant; c*est un don de Dieu,
7**. Par la magie naturelle , on entend l'étude un peu approfondie de la nature, les admirables secrets qu'on y découvre; les avantages inestimables que cette étude a portés à l'humanité dans presque tous les arts et toutes les sciences ; physique , astronomie , médecine , agriculture , navigation , mécanique , je dirai même éloquence , car c'est à la connaissance de la nature et de l'esprit humain en particulier et des ressorts qui te remuent , que les grands maîtres sont redevables de l'impression qu'ils font sur leurs auditeurs, des passions qu'ils excitent chea eux , des larmes qu'ils leur arrachent , etc. , etc. , etc.
Cette magie très-louable en elle-même, fut poussée assex loin dans l'antiquité : il parait même par le feu grégeois , et quelques autres découvertes dont les auteurs nous parlent , qu'à divers égards les anciens i[ions ont surpassés dans cette espèce de magie; mais lés invasions des peuples du Nord lui firent éprouver les plus funestes révolutions , et la replongèrent dans cet affreux chaos dont les sciences et les beaux-arts avaient eu tant de peine k sortir dans notre Europe.
Ainsi , bien des siècles après la sphère de verre d'Archîmède , la colombe de bois volante dIArchitras , les oiseaux d'or de l'empereur Léon qui chantaient , les oiseaux d'airain de Boéce qui chantaient et qui volaient , les serpens de même matière qui sifflaient, etc. , il fut un pays en Europe ( mais ce n'était ni le siècle ni la patrie de Vaucanson), il fut, dis-je, un pays dans
lequel on fat sur le pointée brûler Brioche et ses njarionnettesrf Un cavalier français qui promenait et faisait voir dans les foires tine janient qu'il avait eu rhabtleté de dresser à répondre exactement k ses signes, comme nous en avons tant vns dans la suite, eut la douleur en Espagne de voir mettre à Tinquisition un animal qui faisait toute sa ressource , et eut assez de peine à se tirer ]ui-nïême d^affaire. On pourrait multiplier sans nombre les exemples de choses toutes naturelles , que l'ignorance a voulu criminaliser et faire passer pour les actes d'une inagie noire et diabolique : à quoi ne furent pas exposes ceux qui les premiers osèrent parler d'antipodes et d'un nouveau monde ? - Mais nous reprenons insensiblement le dessus, et l'on peut dire qu'aux yeux mêmes de la multitude , les bornes de cette prétendue magie naturelle se rétrécissent tous les jours ; parce qu'éclairés du flambeau de la: philosophie , nous faisons tous les jours d^heureuses découvertes dans les secrets de la nature , et que de bons systèmes soutenus par une multitude de belles expériences annoncent à l'humanité de quoi elle peut ctre capable par elle-même et sans magie. Ainsi la boussole , les télescopes , les microscopes, etc» , et de nos jours , les polypes , l'électricité; dans la chimie , dans la mécanique et la statique , les découvertes les plus belles et les plus utiles, vont immortaliser notre siècle ; et si l'Europe retombait jamais dans la barbarie dont elle est enfin sortie , nous passerons chez de barbares successeurs pour autant de magiciens.
3*. La magie surnaturelle est la magie proprement dite , cette magie noire qui se prend toujours en ûiauvaise part , qu e produisent l'orgueil-) l'ignorance et le manque de philosophie : c'est elle qu'Agrippa comprend sons les noms de cœlesticUie et cere^ monialia ; elle n'a de sience que le nom , et n'est autre chose que l'amas confus de principes obscurs , incertains et non démontrés , de pratiques la plupart arbitraires , puériles ^ et dont l'inefficace se prouve par la nature des choses.
Agrippa aussi peu philosophe que magicien , entend par la magie qu'il ^i^ipeWe cœlestialis , l'astrologie judiciaire qui attribue à des esprits une certaine domination sur les planètes , et aux planètes sur les hommes , et qui prétend que les diverses constellations influent sur les inclinations , le sort , la bonne ou mauvaise fortune des humains; et sur ces faibles fondemens bâtit un système ridicule , mais qui n'ose paraître aujourd'hui que dans l'almanach de Liège et autres livres semblables; tristes dépôts des matériaux qui servent à nourrir d.es préjugés et des erreurs populaires.
La magie ceremonialis , suivant Agrippa ^ est bien sans con-»
trêdît ce quHl y n de ]pla5 odieux dans ces Taines* sciences : elte consiste dans l'invocation des démons, et s'arroge ensuite d'un pacte exprès ou tacite fait avec les puissances infernales, le prétendu pouvoir de nmre à leurs ennemis, de produire des effets mauvais et pernicieux , que ne sauraient éviter les malheureuses victimes de leur fureur.
Elle se partage en plusieurs branches, suivant ses divers objets et opérations > la cabale, le sortilège , l'enchantement , l'évocation des morts ou des malins esprits ; la découverte des trésors cachés , des pins grands secrets ; la divination , le don de prophétie, cçlui de guérir par des pratiques mystérieuses les maladies les plus opiniâtres; la fréquentation du sabbat, etc. De quels travers n'est pas capable l'esprit humain ! On a donné dans toutes ces rêveries; c'est le dernier effort de la philosophie d'avoir en6n désabusé l'humanité de ces humiliantes chimères; elle a eu à combattre la superstition , et même la théologie qui ne fait que trop souvent cause conmiune avec elle. Mais enfin dans les pays où Ton sait penser, réfléchir et douter, le démon fait un petit rôle , et la magie diabolique reste sans estime et crédit.
Mais ne tirons' pas vanité de notre façon de penser; nous y sommes venus un peu tard; ouvrez les registres de la plus petite cour de justice , vous y trouverez d'immenses cahiers de procédures contre les sorciers, les magiciens et les enchanteurs. Les seigneurs de jurisdictions se sont enrichis de leurs dépouilles, et la confiscation des biens appartenant aux prétendus sorciers a peut-cire allumé plus d'un bûcher ; du moins est-il vrai que souvent la passion a su tirer un grand parti de la crédulité du peuple , et faire regarder comme un sorcier et docteur en magie celui qu'elle voulait perdre , dans le temps même que suivant la judicieuse remarque d'Apulée accusé autrefois de magie , ce crime , dit-il , n*esi pas même cru par ceux gui en accusent les autres ; car si un homme était bien persuadé qu^un autre homme le pût faire mourir par magie ^ il appréhenderait de l'irriter en Vaccusant de ce crime abominable.
Le fameux maréchal d'Ancre , Léonora Galigaî son épouse , sont des exemples mémorables de ce que peut la funeste accusation d'un crime chimérique , fomentée par une passion secrète et poussée par la dangereuse intrigue de cour. Mais il est peu dVxenspIes dans ce genre mieux constatés que celui du célèbre Urbain Grandier curé et chanoine de Loudun , brûlé vif comme magicien l'an 1629. Q^'^^ philosophe ou seulement un ami de l'humanité souffre avec peine l'idée d'un malheureux immolé à la simplicité des uns et à la barbarie des autres ! Comment le voir de sang froid condamné comme magicien à pç'rir pijr les
flammes, jagé sur la déposition d'Astaroth diable de Tordre des se'raphins; d'£asas, de Celsus , ^'Acaos , de Cédon , d'Asmodëe y. diables de IWdre des trônes; d'Alex, de Zabuloa, Nephtalim,. de Cbam, dlJriel, d'Abaz, de Tordre des principautés? comment voir ce malbeurenx chanoine jogë impitoyablement sur la déposition de quelques religieuses qui disaient qu'il les avait livrées à ces légions d'esprits infernaux ? comment n'est-on pas mal k son aise , lorsqu'on le voit brûlé tout vif, avec des carac-^ tëres prétendus magiques , poursuivi et noirci comme magicien, jusques sur le bûcher même oii une mouche noirâtre de Tordre de celles qu'on appelle des bourdons , et qui rôdait autour de la tête de Grandier , fut prise par un moine qui sans doute avait lu dans le concile de Quières , que les diables se trouvaient toujours à la mort des hommes pour les tenter, (ut pris, dis-je , pour Béelzebut prince des mouches , qui volait autour de Grandier pour emporter son âme en enfer ? Observation puérile , mais qui dans la bouche de ce moine fut peut-être l'un des moins mauvais argumens qu'une barbare politique sut mettre en usage pour justifier ses excès , et en imposer par des contes absurdes à la funeste crédulité des simples. Qne d'horreurs ! et oii ne se porte pas f esprit humain lorsqu'il est aveuglé par les malheureuses passions de l'envie et de l'esprit de vengeance? L'on doit sans doute tenir compte à Gabriel Naudé, d'avoir pris généreusement la défense des grands hnmmcs accusés de magie ; mais je pense qu'ils ont plus d'obligations à ce goût de philosophie qui a fait sentir toute la vanité de cette accusation , qu'aa zèle de leur avocat qui a peut-être marqué plus de courage dans son entreprise que d'habileté dans Texécution et de forces dans les raisonnemens qu'il emploie. Si Naudé a pu justifier bien des grands hommes d'une imputation qui aux yeux du bon sens et de la raison se détruit d'elle-même : malgré tout son zèle il eût sans doute échoué, s'il eût entrepris d'innocenter entièrement à cet égard les sages de l'antiquité , puisque toute leur philosophie n'a pu les mettre à l'abri de cette grossière superstition , que la magie tient par la main. Je n'en citerai d'autre exemple que Caton. Il était dans l'idée qu'on peut guérir les maladies les plus sérieuses par des paroles enchantées : voici les paroles barbares, au moyen desquelles suivant lui on a une recette trèsassurée pour remettre les membres démis : Tncipe canlare inaUo S : F, motae danata dardaries a^totarieSy die una parité usqut dum coeanl^ etc. C'est l'édition d'Aide Manuce que je lis^ car celle d'Henri Estienne, revue et corrigée par Victoriu^, a été fort changée sur un point oii la grande obscurité du texte ouvre un vaste champ à la manie des critiques.
Chacun sait que les anciens avaient attacli^ les plus grandes vertus au mot magique abracadaèru, Q. Serenus , cëlëbre m«* decin , prétend que ce mot vide de sens écrit sur du papier et pendu au cou , était un sdr remède pour gnérir la fièvre qnarte ; sans doute qu^avec de tels principes la superstition était toute sa pharmacie , et la foi do patient sa meilleure ressource.
C'est à cette foi qu'on peut et qu'oo doit rapporter ces guéri* sons si extraordinaires dans Iç récit qu'elles semblent tenir de la magie ^ mais qui approfondies , sont presque toujours des fraudes pieuses , ou les suites de cette superstition qui n'a que trop son*vent triomphé du bon sens , de la raison et même de la philoso^ phie. Nos préjugés, nos erreurs et nos folies se tiennent toutes par la main. La crainte est fille de Tignorance; celle-ci a pro« duit la superstition qui est à son tour la mère du fanatisme , source féconde d'erreurs, d'illusions, de fantômes, d'une imagination échauffée qui change en lutins, en loups-garonx , en revenans , en démons même tout ce qui le heurte ; comment dans cette disposition d'esprit ne pas croire à tous les rêves de la magie? si le fanatique est pieux et dévot ( et c'est presque toujours ce ton sur lequel il est monté ) , il se croira magicien ponr la gloire de Dieu ^ du moins s'attribuera«>t-il l'important privilège de sauver et damner sans appel : il n'est pire magie que celle des faux dévots. Je finis par cette remarque ; c'est qu'on pourrait appeler le aabhath l'empire des Amazones souterraines ; du moins il y a toujours eu beaucoup plus de sorcières que de sorciers ; nous l'attribuons bonnement à la faiblesse d'esprit ou à la trop grande curiosité des femmes; filles d'Eve , elles veulent se perdre comme elle pour tout savoir. Mais un anonjme ( Voytt Alector eu le Coq , lib. II, des adeptes ) qui voudrait persuader au public qu'il est un des premiers confidens de Satan , prête aux démons un esprit de galanterie qui justifie leur prédilection ponr le sexe , et les faveurs dont ils l'honorent : par la même le juste retour de cette moitié du genre humain avec laquelle pour rordinait*e on gagne plus qu'on ne perd.
MAGISTRAT , s. m. {Politique.) Ce nom présente une grande idée ; il convient à tous ceux qui par l'exercice d'une autorité légitime , sont les défenseurs et les garans du bonheur public ; et dans ce sens , il se donne même aux rois.
Le premier homme en qui une société naissante eut assez de confiance pour remettre entre ses «nains le pouvoir de la gouverner , de faire les hiê qu'il jugerait convenables au bien commun , et d'assurer leur exécution , de réprimer les entreprises capables de troubler l'ordre public , enfin de protéger Tinno-
cence contre la violence et l'injustice , ftit le premier magistrat La yerta fut le fondement de cette autorité : un homme se distingua-t-il par cet amour du bien qui caractérise les hommes vraiment grands; avait-îl sur «es concitoyens cet empire volontaire et flatteur , fruit du mérite et de la confiance que donne quelquefois la supériorité du génie, et toujours celle de la vertu ? ce fut sans doute cet homme qui fut choisi pour gouverner les autres. Quand des raisons que nous laissons discuter à la philosophie , détruisirent l'état de nature , il fut nécessaire d'établir un pouvoir supérieur y nuitre des forces de tout le corps , à la' faveur duquel celui qui en était revêtu, fût en état de réprimer la témérité de ceux qui pourraient former quelque entreprise contre l'utilité commune et la sûreté publique , ou qui refuse* raient de se conformer à ce qnele désirde les maintenir aurait fait imaginer ; les hommes renoncèrent au nom de liberté pour en conserver la réalité. Ils firent plus : le droit de vie et de mort fut réuni à ce pouvoir suprême , droit terrible que la nature méconnut , et que la nécessité arracha. €e chef, de la société reçut différentes dénominations suivant les temps, les mœurs , et les différentes formes des gouvernemens; il fut appelé empereur y consul y dictateur , roi , titres tons contenus sous celui de ttuigistrat , pris dans ce sens.
Mais ce nom ne signifie proprement dans notre langue que ceiix sur qui le souverain se repose pour rendre la justice en son nom , conserver le dépôt sacré des lois, leur donner par l'enregistrement la notoriété nécessaire , et les faire exécuter y fonctions augustes et saintes , qui exigent de celui qui en est chargé y les plus grandes qualités. Obligé seulement comme citoyen de n'avoir aucun intérêt si cher qui ne cëde au bien public, il contracte par sa charge et son état un nouvel engagement plus étroit encore ; il se dévoue à son roi et à sa patrie , et devient rhonune de l'état : passions , intérêts, préjugés , tout doit être sacrifié. L'intérêt général ressemble à ces courans rapides , qui reçoivent à la vérité dans leur sein les eaux de idifférens ruisseaux ; mais ses eaux s'y perdent et s'y confondent , et forment en se réunissant un fleuve qu'elles grossissent sans en interrompre le cours. •
Si l'on me demandait quelles vertus sont nécessaires au magis^ trot , je ferais l'énumération de toutes : mais il en est d'essentielles à son état, et qui , pour ainsi dire , le caractérisent. Telles , par exemple , cet amour de la patrie , passion des grandes âmes ^ ce désir d'être utile à ses semblables et de faire le bien , source intarissable des seuls plaisirs du cœur qui soient purs et exempta
dV»rage$ , désir dont la satisfaction fait goûter à un mortel une partie da bopheur de la divinité dont le pouvoir de faire des heareux est sans doute le plus bel apanage.
Il est un temple , et c'est celui de mémoire , que la nature éleva de ses mains dans le cœur de tous les hommes ^ la reconnaissance y retrace d'âge en âge les grandes actions que Tamour de la patrie fît faire dans tous les temps. Vous y verres le consul Brutus offrir à sa patn'e , d'une main encore fumante , le sang de ses enfans versé par son ordre. Quelle est donc la force de cette vertu , qui pour soutenir les lois d'un état , a bien pu faire violer celles de la nature , et donner à la postérité un spectacle qu'elle admire en frémissant? Vous y verres aussi Larcher , Brisson , Tardif , victimes de la cause publique et de leur amour pour leur roi légitime , dans ces temps malheureux de. séditions et d'horreurs , oit le fanatisme déchaîné contre l'état , se baignait dans les flots du sang qu'il faisait répandre, garder jusqu'au dernier moment de leur vie la fidélité due à leur souverain , et préférer la mort à la honte de trahir leurs sermens. Mânes illustres , je n'entreprendrai pas ici votre éloge j votre mémoire sera pour moi au nombre de ces choses sacrées auxquelles le respect empêche de porter une main profane.
MAGISTRATURE. ( Politique. ) Ce mot si^ni^e l'exercice d'une des plus nobles fonctions de l'humanité : rendre la justice à ses semblables , et maintenir ses lois ^ le fondement et le lien de la société , c'est sans doute un état dont rien n'égale l'importance , si ce n'est l'exactitude scrupuleuse avec laquelle on en doit remplir les obligations.
On peut aussi entendre par ce mot magistratitre , le corps des magistrats d'un état ; il signifiera en France cette partie des citoyens , qui divisée en diffîrens tribunaux , veille au dépôt des lois et à leur exécution , semblables à ces mages dont les fonctions étaient de garder et d'entretenir le feu sacré dans la Perse.
Si Ton peut dire avec assurance , qu'un état n'est beureui: qu'autant que par sa constitution toutes les parties qui le composent tendent au bien général comme à un centre conunun y il s'ensuit que le bonheur de celui dans lequel différens tribunaux sont dépositaires de la volonté du prince , dépend de l'harmonie et du parfait accord de tous ces tribunaux y sans lequel Tordre politique ne pourrait subsister. Il en est des différens corps de magislruture dans un état , comme des astres dans le système du monde , qui par le rapport qu'ils ont entre eiix et une attraction mutuelle , se contiennent l'un l'autre dans la place qui leur a été assignée par le créateur ^ et qui suivent ,
quoique renfermés chacun dans un tourbillon différent, le mou* vement d'impukion générale de toute la machine céleste. Voyez Varticle Magistrat.
MAGNANIME , adj. {Mforalê,)^ c'est celui qu'éleyent au-dessus des objets et des passions qui conduisent les hommes , une passion plus noble , va objet plus grand ; qui sacrifie le moment au temps , Boa bien-être à l'avantage des autres , la considération , l'estime même à la gloire ou à la patrie : c'est Fabius qui s'expose au mépris de Rome pour sa«ver Rome.
La magnanimité n'est que la grandeur d'Âme devenue instinct, enthousiasme y plus noble et plus pure par son objet et par le choix de ses moyens, et qui met dans ses sacrifices je ne sais quoi de plu» fort et de plus facile.
MAGNIFIEE , adj. ( Gramm. ) ; il se dit au simple et au figuré, des personnes et des choses , et il désigne tout ce qui donne une idée de grandeur et d'opulence. Un homme est ma^ gnifiquBy lorsqu'il nous offre en lui-même , et dans tout ce qui l'iatértste , un spectacle de dépense , de libéralité et de richesse, que sa figare et ses actions ne déparent point ; une entrée est magnifiques lorsqu'on a pourvu à tout ce qui peut lui donner un grand éclat par le clioix des chevaux , des voitures , des vèttmens , et de tout ce qui tient au cortège; un éloge est magni^ fique , lorsqu'il nous donne de la personne qui l'a fait , et de celle à qui il est adressé, une très -haute idée. Le luxe va quelquefois sans la magnificence , mais la magnificence est inséparable du luxe ; c'est par celte raison qu'elle éblouit souvent et qu'elle ne touche jamais.
MAINTIEN, s. m. {Gramm. et Morale.); il se dit de toute l'habitude du corps en repos. Le maintien séant marque de l'éducation et même du jugement; il décèle quelquefois des vices : il ne faut pas trop compter sur les vertus qu'il semble annoncer; il prouve plus en mal qu'en bien. Maintien se prend dans un sens tout-à-fait différent pour les précautions que l'on emploie , «tftt de conserver une chose dans son état d'intégrité. Ainsi les juges s'occupent constanmient au maintien dès lois , les prêtres au menmtien de la religion , le juge de police au maintien du bon ordre et de la tranquillité publique.
M ALABARES ( Philosophie des). Hiat. de la Philosophie. Les premières notions que nous avons eues de la religion et de la morale de ces peuples , étaient conformes k l'inattention , à l'inexactitude et à l'ignorance de ceux qui nous les avaient transmises. C'étaient des commerçans qui ne connaissaient guère des opinions des honmies que celles qu'ils ont de la poudre d'or, et qui ae s'étaient p^s éloignés de leurs contrées pour savoir ce que
des peuples du Gange , de la côte de Coromandel et du Malabar pensaient de la nature et de l'être suprême. Ceux qui ont entrepris les mêmes voyages par le xèle de porter le nom de Jesus-Christ , et d'élever des croix dans les mêmes pays, étaient plus instruits. Pour se faire entendre des peuples , ils ont été forcés d'en apprendre la langue; de connaître leurs préjugés pour les combattre, de conférer avec leurs prêtres ; et c'est de ces missionnaires que nous tenons le peu de lumières sur lesquelles nous puissions compter : trop beurenx si l'enthousiasme dont ils étaient possédés n'a pas altéré , tantôt en bien , tantôt en mal , des choses dont les hommes en générai ne s'expliquent qu'avec l'emphase et le mystère.
Les peuples du Malabare sont distribués en tribus ou familles; ces tribus ou familles forment autant de sectes. Ces sectes animées de Taversion la plus forte les unes contre les autres , ne se mêlent point. Il y en a quatre principales divisées en quatre-vingt-dixhuit familles , parmi lesquelles celle des bramines est la plus considérée. Les bramines se prétendent issus d'un dieu qu'ils appellent ^rama^ Birama ou Biruma ; le privilège de leur origine c'est d'être regardés par les autres comme plus saints , et de se croire eux-mêmes les prêtres , les philosophes , les docteurs et les sages nés de la nation; ils étudient et enseignent les sciences naturelles et divines ; ils sont théologiens et médecins. Les idées qu'ils ont de l'homme philosophe ne sont pas trop inexactes, ainsi qu'il parait par la réponse que fit un d'entre eux à qui l'on demandait ce que c'est qu'un sage. Ses vrais caractères , dit le barbare , sont de mépriser les fausses et vaines joies de la vie; de s'affranchir de tout ce qui séduit et enchaîne le commun ; de manger quand la faim le presse , sans aucun choix recherché des mets ; de faire de l'être suprême l'objet de sa pensée et de son amour; de s'en entretenir sans cesse , et de rejeter comme au-dessous de son application, tout autre sujet, en sorte que sa vie devient une pra* tique continuelle de la vertu et une seule prière. Si l'on compare ce discours avec ce que nous avons dit des anciens Brachmanes , on en conclura qu'il reste encore parmi ces peuples quelques traces de leur première sagesse.
Les Brames ne sont point habillés , et ne vivent point comineleà autres hommes; ils sont liés d'une corde qui tourne sur le cou , qui passe de leur épaule gauche au côté droit de leur corps p et qui les ceint au-dessus des reins. On donne cette corde aux enfans avec cérémonie. Quant à leur vie, voici comme les Indiens s'en expliquent : ils se lèvent deux heures avant h soleil , ils sa baignent 4^ns des eaux sacrées ; ils font une prière : après ces exercices ils passent à d'autres qui ont pour objet la purgation d«
rârae ; ils se couvrent de cendres; ils vaquent à leurs fonctions de the'ologîens et de ministres des dieux ; i!s parent les idoles ; ils / craignent de toucher à des choses impures; ils évitent la rencontre d'un autre homme , dont l'approche les souillerait ; ils s'abstiennent de la chair; ils ne mangent de rîen qui ait eu vie : leurs mets et leurs boissons sont purs; ils veillent rigoureusement sur leurs actions et sur leurs discours. La moitié de leur journée est employée à des occupations saintes , ils donnent le reste à l'instruction des hommes ; ils ne travaillent point des mains : c'est la bienfaisance des peuples et des rois qui lès nourrit. Leur fonction principale est de rendre Jes hommes meilleurs , en les encourageant à l'amour de la religion et à la pratique de la vertu , par leur exemple et leurs exhortations. Le lecteur attentif apercevra une grande conformité entre cette institution et celle des Thérapeutes; il ne pourra guère s'empêcher, à l'examen des cérémonies égyptiennes et indiennes y de leur soupçonner une même origine ; et s'il se rappelle ce que nous avons dit de Xékia , de son origine et de ses dogmes , ses conjectures se tourneront presque en certitude; et reconnaissant dans la langue du mala-^ bare une multitude d'expressions grecques , il verra la sagesse parcourir successivement l'Archipel , l'Egypte , l'Afrique , les Indes et toutes les contrées adjacentes.
On peut considérer les Bramines sous deux aspects difTérens ; l'un relatif an gouvernement civil , l'autre au gouvernement ecclésiastique j comme législateurs ou comme prêtres.
Ce qui concerne la religion est renfermé dans un livre qu'ils appellent le peda , qui n'est qu'entre leurs mains et sur lequel il n'y a qu'un bramine qui puisse sans crime porter l'œil ou lire. C'est ainsi que cette famille d'imposteurs habiles s'est conservée une grande autorité dans l'état , et un empire absolu sur les consciences. Ce secret est plus ancien.
Il est traité dans le veda de la matière première, des anges , des hommes , de l'âme , des chàtimens préparés aux méchans , des récompenses qui attendent les bons , du vice , de la vertu , des mœurs , de la création , de la génération , de la corruption , des crimes , de leur expiation , de la souveraineté , des temples , des dieux , des cérémonies , et des sacrifices.
Ce sont les Bramines qui sacrifient aux dieux pour le peuple •ur lequel on lève un tribut pour l'entretien de ces ministres , à qui les souverains ont encore accordé d'autres privilèges.
Des deux sectes principales de religion, l'une s'appelle ichipa êamciam , Tautre wUtna aamciam : chacune a ses divisions , ses «ous-divisions , ses tribus et ses familles, et chaque famille ses bramines particuliers.
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n y a eacore dans le Malabctre deux espèces d'honuàes qu'on peut ranger parmi les philosophes ; ce sont les jogigaeles et gua-* nigaeles : les premiers ne se mêlent ni des cérémonies ni des rits : ils vivent dans la solitude ; ils contemplent , ils se macèrent , ils ont abandonné leurs femmes et leurs enfans; ils regardent ce monde comme une illusion , le rien comme l'état de perfection ; ils y tendent de toute leur force ; ils travaillent du matin au soir k s'abrutir , à ne rien désirer , ne rien haïr , ne rien penser , ne rien sentir^ et lorsqu'ils ont atteint cet état de stupidité complète oii le présent y le passé et l'avenir s'est anéanti pour eux ; où il ne leur reste ni peine , ni plaisir, ni crainte ^ ni espérance; où ils sont absorbés dans un engourdissement d'âme et de corps profond où ils ont perdu tout sentiment, tout mouvement, toute idée , alors ils se tiennent pour sages, pour parfaits, pour heureux, pour égaux à Foé, pour voisins de la condition de Dieu.
Ce quiétisme absurde a eu ses sectateurs dans l'Afrique et dans l'Asie ; et il n'est presque aucune contrée, aucun peuple religieux où l'on n'en rencontre des vestigçs. Partout où l'homme sortant de son état se proposera l'être éternel immobile , impassible , inaltérable pour modèle, il faudra qu'il descende au^lessous de la bête. Puisque la nature t'a fait homme , sois homme et non dieu.
La sagesse des gnanigueles est mieux entendue ; ils ont en aversion l'idolâtrie ; ils méprbent l'ineptie des jogigueles ; ils s'occupent de la méditation des attributs divins , et c'est à cette spéculation qu'ils passent leur vie.
Au reste, la philosophie des bramines est diversifiée à l'infini; ils ont parmi eux des stoïciens , des épicuriens : il y en a qui nient l'immortalité , les châtimens et les récompenses k venir , pour qui l'estime des hommes et la leur est l'unique récompense de la vertu ; qui traitent le veda comme une vieille fable; qui ne recommandent aux autres et ne songent eux-mêmes qu'à jouir de la vie , et qui se moquent du dogme fondamental , le retour périodique des êtres.
Ces impies professent leurs sentiraens en secret. Les sectes sont an Malabar e aussi intolérantes qu'ailleurs; et l'indiscrétion a coûté plusieurs fois la vie aux bramines épicuriens. * L'athéisme a aussi ses partisans dans le Malabare : on y lit un poème oii l'auteur s'est proposé de démontrer qu'il n'y a point de Dieu , que les raisons de son existence sont vaines; qu'il n'y a aucunes vérités absolues ; que la courte limite de la vie circonscrit le mal et le bien ; que c'est une folie de laisser à ses pieds le bonheur réel pour courir après une félicité chimérique qui ne se . conçoit point.