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CHAPITRE V. — Ce que c'est qu'un Capital, et comment on l'emploie

Ne faut-il pas à un entrepreneur ^industrie quelque chose de plus que ses talents et son travail pour entreprendre la production? ni; il faut encore un capital.

Qu'est-ce qu*un capital?

C'est une somme de valeurs acquises d'avance.

Pourquoi ne dites-vous pas une somme d'argent ?

Parce que ces valeurs peuvent consister dans beaucoup d'objets divers, aussi bien qu'en une somme d'argent.

A quoi sert le capital dans la production ?

II sert à faire l'avance des frais que nécessite la production, depuis le moment où l'on commence les opérations productives, jusqu'à œ que la vente du produit rembourse à l'entrepreneur l'avance qu'il a faite de ces frais.

Qu'est-ce qu'une avance?

C'est une valeur que Ton prête ou que l'on consomme * dans le dessein de la recouvrer. Si cette valeur n'est pas restituée ou repVoduite, ce n'est pas une valeur avancée, c'est une valeur perdue, en tout ou en partie.

Donnez-moi un exemple ?

Lorsqu'un homme veut fabriquer du drap, il emploie une partie de ses valeurs capitales à acheter de la laine; une autre partie à acheter des machines propres à filer, à tisser, à fouler, à tondre son étoffe, uoe autre partie à payer des ouvriers, et le drap , lorsqu'il est achevé, lui rembourse toutes ses avances par la vente qu'il en fait 2.

* Les personnes qui Tculent se former une idée Juste de la eoniomHiiUoo, la frooferool expliquée plus loin, chapitres xxiv et suiv.

* On Toit que c'est la manière dont on emploie, dont on use une valeor, et non la mtore de sa substance, qui en fait un capital. Si l'on consomme une yalenr de manière à ne reproduire aucune autre valeur, cette valeur, cessant de se perpétuer, n'est plus un capNaF; elle n^existe plus. Mais lorsqu'on la consomme de manière à la reproduire sous uneaotiv forme, pour la consommer de nouveau et la reproduire encore, cette valeur, quoique acr- Tant continuellement, se perpétue et forme un fonds permanent qui est ce qu'on appeDs an capital.

De l'huile brûlée pour éclairer un bal est une dépense perdue; de l'huile br^iée poa^

Attend-il tTavoir achevé une grande quantité de produits fOUr se rembourser de ses avances?

Cela n'est point nécessaire : du moment qu'il a terminé une pièce de drap et qu^il l'a vendue, il emploie la valeur qu*il a tirée de sa pièce de drap & une autre avance, comme, par exemple, à acheter de la laine ou bien à payer des salaires d'ouvriers; de cette manière la totalité de son capital est constamment employée; et ce qu'on nomme le capital de ^entreprise se compose de la valeur totale des choses achetées au moyen du capital , et dont une partie sont des produits commencés et avancés à diOérents degrés.

fCy a-Uil pas cependant une partie de la valeur capitale d'une entreprise ^i reste en écus?

Pour ne laisser oisive aucune partie de son capital, un entrepreneur habile n*a jamais en caisse que la somme nécessaire pour faire face aux dépenses courantes et aux besoins imprévus. Lorsque des rentrées f romptes lui procurent plus d'argent qu'il ne lui en faut pour ces deux objets, il a soin d'employer le surplus à donner plus d'extension à son industrie.

Comment donne-t-on plus d'extension à une entreprise industrielle? Eq augmentant les constructions qui servent à son exploitation, en achetant une plus forte quantité de matières premières, en salariant an plus grand nombre d'ouvriers et autres agents. A> divise-t'On pas les capitaux employés en plusieurs natures de capitaux?

On divise le capital d'une entreprise en capital engagé et en capital circulant.

Qu* est-ce que le capital engagé?

Ce sont les valeurs qui résident dans les bâtiments, les machines, employés pour l'exploitation de l'entreprise aussi longtemps qu'elle

êeliirer des ateliers est une valeur qui se reproduit à mesure qu'elle se détruit, et qui passe to les produits que Ton fabrique dans ces ateliers.

Ce n'est donc point telle matière, ou teUe autre, dont se composent les capitaux d'un pays : ils se composent de toutes les matières employées dans un usage reproductif, et non toi les autres. De la monnaie d'argent amassée pour faire des avances à la production. Impartie d'an capital ; de la monnaie reçue comme un proût, et dépensée pour l'usage de k famille, ne fait point partie d'un capital.

{Note de l'Auteur,)

dure, et qui ne sauraient en <>tre distraits pour être employés dans une autre entreprise» si ce n'est avec perte.

Qu'est-ce que le capital circulant?

Ce sont les valeurs qui se réalisent en argent, et s'emploient de nouveau plusieurs fois durant le cours d'une même entreprise. Telles sont les valeurs qui servent à faire l'avance des matières premières et des salaires d'ouvriers. Chaque fois que Ton vend un produit, cette vente rembourse sans perte à l'entrepreneur la valeur de la matière première employée, et des divers travaux payés pour la confection du produit ^

A quelle époque un entrepreneur réalise-t-il son capital engagé P

Lorsqu'il vend le fonds de son entreprise.

L'usure et la dégradation de valeur qu'éprouvent les machines et le»

' Il y a eu de grandes confusions d'idées relativement à la consommaUon du capital circulant. On a cru que le salaire de l'ouvrier était consommé reproductivement par l'entrepreneur qui en fait l'avance, et improductirement par l'ouvrier et sa faoïille, qui emploient leurs proûts à la satisfacUon de leurs besoins. Mais une même taleur consommée deux fois est une absurdité.

Si Ton veut se représenter sous une image sensible ce mécanisme asses compliqué, il faut supposer que l'ouvrier, au lieu de vendre sa journée de travail à un entrepreneur, vient lui vendre une corbeille, fruit de son travail d'un jour. L'entrepreneur, après avoir employé une imrtie de son capital à l'acbat de cette corbeille, la consomme dans son exploitation. L'ouvrier en emporte le prix dans son ménage, et l'y consomme de son côté. Od voit qu'il y a là-dedans échange de deux objets, et consonmiation des deux objets, après l'échange effectué. L'une de ces consommations a été opérée reproductivement ches l'eot repreneur, et cette consommation a contribué à la création d'un nouveau produit doot la valeur réintègre son capital. L'autre a été opérée improductivement chez l'ouvrier, oà clic a servi à satisfaire aux besoins de sa famille.

Maintenant, qu'on substitue à une corbeille vendue, une journée d'ouvrier vendue à us entrepreneur, le résultat est le même. Dans les deux cas, l'entrepreneur ooosoimne It journée de travail de l'ouvrier.

En général, dans toute entreprise Industrielle, le capital tout entier est employé à acbetcr des scroicet productifs rendus par des hommes ou par des choses. Voilà les avaooei. ('.us services productifs sont consommés reproductivement dans l'entreprise; et les produits qui résultent de celte dernière consommation rétablissent le capital.

Je mets au rang des services que le capital achète, les travaux personnels de l'entrepRneur, aussi bien que le service que rend le capital lui-même, service qui se paie looi to nom d'intérêts.

D'un autre côté, les valeurs données par l'entrepreneur, en paiement des senices pM* «lurt ifs achetés par lui, sont consommées improductivement par les personnes qui ont I ces services et pour la satisfaction de leurs besoins. Il y a lîi-dedans une double ( ination : une qui a seni à produire de quoi rétablir le capital avancé, et l'autre qui aicf*^ à faire subsister la socii'lc. (\vtc de V Auteur,)

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€omtrucUons ne diminuent-elles pas constamment le capital engagé? Elles le diminuent en effet; mais, dans une entreprise bien conduite, une partie de la valeur des produits est employée à l'entretien de cette portion du capital, sinon pour lui conserver sa valeur tout entière, du moins pour le mettre en état de continuer toujours le même service; et comme, malgré les précautions les plus soutenues, le capital engage ne conserve pas toujours la môme valeur, on a soin, chaque fois qu'on fait l'inventaire de l'entreprise, d'évaluer cette partie du capital au-dessous de l'évaluation qu'on en avait faite dans une autre occasion précédente.

Eelaircisses cela par un exemple ?

Si Ton a évalué, l'année dernière, les métiers et les autres machines ^une manufacture de drap à 50,000 francs, on ne les évalue, cette anDée-ci, qu'à 45,000 francs, malgré les frais qu'on a faits pour les entretenir; frais que Ton met au rang des dépenses courantes, c'esti-dire des avances journalières que la vente des produits doit rembourser.

Yous m'aves donné l'idée de l'emploi d'un capital dans une entreprise l manufacturière; je voudrais me faire une idée de remploi d'un capital l 4ans une entreprise agricole?

\ La maison du fermier, les granges, les étabics, les clôtures, et on ^ I général toutes les améliorations qui sont ajoutées au terrain, sont un capital engagé qui ai)partient ordinairement au propriétaire de la terre : les meubles, les instruments de culture, les animaux de service, sont un capital engagé, qui appartient ordinairement au fermier. Les valeurs qui servent à faire l'avance des semences, des salaires, de la nourriture des gens et des animaux de service, les valeurs qui servent à payer les réparations d'outils et de charrettes, l'entretien des attelages, et en général toutes les dépenses courantes, sont prises sur le capital circulant, et sont remboursées à mesure qu'on vend les produits journaliers de la ferme.

Une même entreprise peut donc être exploitée avec différentes portions de capitaux qui appartiennent à diverses personnes? ^

Sans doute l'entrepreneur paie, sous une forme ou sous une autre, la jouissance d'une portion de capital qui ne lui appartient pas. Dans l'exemple ci-dessus, une ferme bien bùtie, et améliorée par des fossés de dessèchement ou d'arrosemcnt, et par de bonnes clôtures, se loue plus cher qu'un terrain nu; d'où il suit qu'une partie du loyer est le

prix du service rendu par le sol, et qu*uoe autre partie est le prix du service rendu par le capital répandu en améliorations sur la terre.

Je voudrais me faire une idée de V emploi d'une valeur capitale dans une entreprise de commerce.

Un négociant français emploie une partie de son capital en soieries, et les envoie en Amérique : c'est une avance, une valeur qui momentanément a disparu de la France, pour renaître, de même que le blé qui a servi de semence. Ce négociant donne en même temps à son (correspondant d'Amérique Tordre de vendre ces marchandises, et de lui en faire les retours (c'est-à-dire de lui en renvoyer la valeur) en d'autres marchandises, telles que du sucre, du café, des peaux d'animaux, peu importe. Voilà le capital qui reparait sous une nouvelle forme. Il faut considérer le-s marchandises envoyées comme des matières premières consommées pour la formation d*un nouveau produit. Le nouveau produit consiste dans les marchandises qui composent les retours.

Le capital au moyen duquel on conduit une semblable entreprise^ peutil encore appartenir à différentes personnes?

Sans contredit : en premier lieu, le négociant qui fait un envoi en Amérique peut travailler avec un capital qu1l a emprunté à un capitaliste; il peut aussi avoir acheté les soieries à crédit : c'est alors le fabricant de soieries qui prôte au négociant la valeur de la marchandise que ce dernier a fait partir.

Vous avez employé l'expression de matière première; donnez-moi une idée exacte de ce quelle signifie ?

La matière première est la matière à laquelle industrie donne une valeur qu'elle n'avait pas, ou dont elle augmente la valeur quand elle en avait une. Dans ce dernier cas, la matière première d'une industrie est déjà le produit d'une industrie précédente.

Donnez-m'en un exemple ?

Le coton est une matière première pour le filcur de colon, bien qu'il soit déjà le produit de deux entreprises successives qui sont celle du planteur de coton, et celle du négociant en marchandises étrangères^ par les soins de qui cette marchandise a été apportée en Europe. Le iil de coton est à son tour une matière première pour le fabricant d'éloffes; et une pièce de toile de coton est une matière i)remière pour l'imprimeur en toiles peintes. La toile peinte elle-mùme est la matièro première du commerce de marchand dindieunes; et l'indienne n'est

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qu'une maUère première pour la couturière qui en fait des robes, et puur le Upissier qui en fait des meubles.

Otmmient un entrepreneur d'industrie sait^il si ta valeur de son capital r*: amgmttnire ou diminuée?

Vêt un inventaire, c*esl-i-dire par un étal détaillé de tout ce qu*il pnasî-de, où chaque chose est évaluée suivant son prix courant.

i^'est-ce qu'on appelle le capital dune nation?

I^capilal d*une nation, ou le capital national est la somme de tous hrs ca|tiUux employés dans les entreprises industrielles de cette nation. Il faudrait, pour connaître à combien se monte le capital d*une nitjon, demander à tous les propriétaires fonciers la valeur de toutes l<» améliorations ajoutées à leur fonds ; à tous les cultivateurs, manufacturière et commerçans, la valeur des capitaux qu*ils emploient ^Uns leurs entreprises, et additionner toutes ces valeurs.

Lr mumèrairc d*un pa^s fait -il partie de $es capitaux?

1^ portion du numéraire que chacun possède, qui vient d*un capital rraiisf , ei que Ion destine à une nouvelle avance, fait partie ties capi- Uu\ d'une nation. lA portion qui vient d*un proRt réalisé, et dont on artiste ce qui est nt'cessaire à Tentretien des individus ou des familw. lie fait partie d'aucun capital; et c'est probablement la pluscon- ^«kraUe.

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