‹ Œuvres diversChapitre 119 sur 128 · LK TALENT DR VOIR · texte numérisé non relu

LK TALENT DR VOIR

— Madame, je suis all^ du ciMé de VHleneyve^Saini-Georffe*. et je suis revenu par le vallon et Tabbaye d*l>rex.— Tout de bon?^Sans doute; que Irouvez-Tous d'étonnant a cela?-- Et vous vous ôtes ennuyé? — On ne peut davantage.

— r.omment, vous avez |mssé à cfiW de l'auberge du Soleil-levant sans rien remanjucr ?

^t:*i>st vraiment quelque chose de beau que ce cabaret I

— Vous n*avez pas vu la marchande de cerises de Villeneuve-Saintt^eorgrt?

— Je ne sais seulement s'il y a, ou s'il n'y a pas, une marchande de cerises à Villeneuve-Saint-l Georges.

— Vous n'avez pas vu les hirondelles <!•• Tabbaye d'Vêres?

— Assun'*ment non; est-ce que je m*amuseà regarder les hirondelles '

— Vraiment, reprit-on prt*squ'eii chorus, nous comprenons i présent comment vous avez pu vous ennuyer. »

COIfTBNANT QUBtQUBS ÀPBBÇU9

DES HOMMES ET DE Lk SOCIÉTÉ.

tmummtsm

AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS

Ces Pensées détachées ont en effet été publiées en an Petit volume , dont les deux premières éditions ont paru en 1817 et 1818, et furent promptement épuisées. L'onvrage manquait depuis longtemps dans la librairie , et l*on regrettait que des travaux plus importants empêchassent l'auteur de le reproduire. Les leçons qu'il professait, les nombreuses réimpressions de son Traité, la publication de son Cours compléta* Économie politique pratique ^ absorbaient tout son temps. Il n'oubliait cependant pas entièrement son Petit Volume; c'était même un délassement de prédilection pour lui que d*y revenir, pour modifier quelques pensées, en ajouter de nouvelles, ou souvent aussi pour donner, par on léger changement, plus de force ou d'originalité è l'expression , plus d'image à la pensée. Il avait ainsi préparé une nouvelle édition, et il hésitait à la faire paraître sous sa première forme, ou à réunir ces pensées à ses œuvres diverses de morale, lorsqu'il a été subitement enlevé à sa famille, à son pays et à une science qui lui a dû ses plus grands progrès et a rendu son nom si Justement célèbre. La troisième édition n'a paru en* suite qu'en 1839, publiée par le flis de l'auteur.

On a fait des écrits dans le genre de La Bruyère et de La Rochefoucauld ; on en fera beaucoup encore, et la matière ne sera pas épuisée. Quelle matière que l'homme et la société, nos goûts et nos travers, nos ridicules et nos vices, nos intérêts et nos actions!

L'expérience du monde ne se compose pas du nombre de choses qu'on a vues, mais du nombre de choses sur lesquelles on a réfléchi. Combien d'hommes, après de grands voyages et une longue vie, n'en sont pas plus avancés!

662 MÉLANGES DK MORALE.

Un bel esprit qui n'a que de l'esprit, lit un opuscule, rencontre une vérité triviale et la tourne en ridicule : une niaiserie suivant lui; toiU le monde sait cela. — Cet homme qui a tant d'esprit, n'en a peut-être pas assez. Pourquoi n'essaie t-il pas du précepte de Tabbé Galiani?Cet abbé de bouffonne mémoire disait : Vous lisez les lignes qui sonl dans mon livre; vous n'y profiteriez guère : c*est le blanc qui est entre les lignes gu*il faut lire^ car c'est là que fai mis ce qu'il y a d'eisenêiet, — Uae vérité non contestée a souvent des conséquences que l'on conteste beaucoup. Elles ne sont pas exprimées, ces conséquences; cherchezles donc; elles sont peut-être entre les lignes.

S'élever à des considérations générales, c'est, à la vue d'un fait, remonter à la loi dont ce fait n*est qu'une conséquence. Newton, assb sous un pommier, voit tomber une pomme; bien d'autres avant lui en avaient vu autant. Le premier il rapproche ce fait, insignifiant en apparence, de la dôviation de la lune au-dessoua de sa tangente; il mesure la rapidité de ces deux chutes ; il trouve qu'elles apparUenneat à une loi commune que confirment toutes les autres observations; et voilà la gravitation universelle découverte. Socrate méprise AniUu; Anitus fait condamner Socrate; dès là, vous déplorez cette loi de notre nature, qui nous enseigne que les hommes ne pardonnent jamais le mépris.

Lorsqu'une fois on a pris Thabitude de généraliser facilement, et qu'on le fait avec un jugement passablement sain, on peut ensuite descendre de la loi générale à des faits particuliers même inconniu. C'est ainsi que Newton a prédit les aberrations des planètes qu'on ht vait pas encore observées de son temps. C'est ainsi que la connaissance de la nature humaine fait prévoir les aberrations des hommes, inème avant qu'elles n'arrivent.^ w ,

La fermeté de caractère, quand elle se trouve jointe à la faculté de généraliser, fait les hommes supérieurs. Ceux-là savent penser, et eD même temps ils savent agir.

A mesure que l'intelligence grandit, les considérations relatives aux personnes prises individuellement frappent moins, et les généralités davantage. Un enfant, un esprit peu cultivé, comme il s'en trouve parmi le beau sexe, ne font attention qu'aux individus. Chaque personne est un être réel, qui frappe les sens; tandis qu'une nation est un être de raison, dont les maux, les besoins, dont l'opinion ne frappent que l'esprit; et même il faut y avoir bien réfléchi.

Dire des vérités générales et éviter de dire des niaiseries parait fi-

PKTIT VOMÎME. M3

rile aui écrivains vulgaires, el fort diflirile à ceux qui ne le sont pas. Kxi'mple : /i faut Mter la douleur; mait la mnri n*e*t rien du tout. Miai- ^eries, direr.-vous : ot cependant ces deui propositions sont combatlues par un des plus beaux génies de la Kranci\ par rillustre Pascal. il regardait In douleur murale ou physiqui' comme extrêmement dêsi* rabli* pour Tain* sfm salut, et la mort comme le passage le pbis im|ior- (ant, pan*e qu'il diTide de notre S4irt pour l'éternité. Tette opinion, |i4nir ri*t o\rt*ltent esprit, ira\ait pas la moindre incertitude; il l'axait niiHlitée pcndaut toute sa vie; il avait déjà écrit deux volui:ies |)our l'appuyer; il se profiosait d*en écrire quatre dans le même but. Maintenant une moitié des hommes soutient que c*est une vérité, l'autre moitié pense que cette double assertion \w\\i être Tobjet d'un lioute; et vous prononce/ qu«* c'est une niaiserie' Je ne suis pas si hardi.

Nous serons tous juges par la pastérité, ceux do nous du moins qui \alent la peine que la postérité les juge; et quand le.s nations se tirent >li* la iKirbaiie, la |>«)àt(Tité est très-proche ; \c^ hommes qui nous suci-etleroiit immédiatement, commenceront à instruire iH>lre procès. Ceux l'entre nous qui nut joui d'une grande innuence en qualité de rois» •1 hommes en cnniit, de millionnaires, dV^crivains distingués, seront , iigés individuellement, t'ne ville, une nation seront jugées aus>i sur la iniuduite qu'elles auront tenue en telle ou telle occasion. Les circonstances, les opinions, les faits que nous ne vu\ons qu'imparraitement» •]ue nous jugeons sur d«*s rappoib incumplets, iniidêles, à travers nos préventions, seront jugés aussi bien que les hommes. On ne sera plus partagé sur ci* (|ui nous partage. Tous les arrêts S4*roiil sévères : quel motir aurait-on de nous ménager/ mais ils seront équitables; caries hommes à venir se trouvenint désiiitéress«'-s dans nus alTaires. Ils auront notre instruction et la leur par-ilessus. Ils seront plus âgés et plus expérimentés que nous qui le sommes plus que nos ancêtres. EnGn, la postérité aura l'immense avantage d«* ju^er nos truvres après les re- Mjllats obtenus, \ussi IliMninn* ipii prévoit te mieux Tissue de chaque affaire, juge-t il niinme la postérité.

Quand on riti* un Tait c«iniine t*lant la cause d'un autre, uniquement pure qu'il la pn^cédé. c'est conime si l'on disait tpio les liomaiiis ont bit la coiiqu«^tc du inonde pan-e tpi'ils e«insultaient les poulets sacres. Il faut de plus prouver riuoureusiMneiit que l'elTet est lie à la cause.

Mir les frontières de la Suisse et de la Savnie, au pied du mont Saleve. i-si un grand vilLigi* iiomme r.Vi ti«\ dunt une moitié e«t c;ilholiqiM, et dépend de la Savoie, et l'autre moitié est prolestante. Il \ a peu

d'années le feu prit à la partie catholique et menaçait de la Gonsomer toute. Les habitants coururent à l'église et se mirent en prières. Li partie protestante accourut atec des secours, et Tincendie Tut éteint. Les catholiques attribuèrent reffet à leurs prières; les protestants, i leurs secours.

Nous raisonnons souvent de la même manière dans de plus grandes affaires et de plus vastes incendies.

On se plaint de l'issue de tel événement : la fortune a trahi nos ef/mris, dit-on. C'est dire en d'autres termes : // est arrivé un résultat sans cause. Pourquoi ces plaintes d'enfant? ce qui est arrivé devait arriver. Votre maison s'est écroulée; c'est parce qu'elle était mal ctayée. Le peuple a couvert d'acclamations ses oppresseurs ; c'est parce que le peuple n'est pas assez avancé pour comprendre ses véritables intérêts. La fortune n'a rien à faire là-dedans. Au lieu de l'accuser, travaillez les causes, reflet suivra. Tel est le rôle qui convient à des créatures raisonnables.

Quand les armées de Louis XIV étaient en présence des armées de Malborough, madame de Matntenon mettait tout Saint-Cyr en prières, et l'on perdait la bataille.

Il me semble qu'il ne faut pas attacher trop d'importance aux petites causes. Elles amènent parfois de grands événements ; mais c'est lorsque ces grands événements sont mûrs pour arriver. Elles sont causes occasionnelles^ et non pas efficientes^ comme disent les gens de l'école. In souille fait tomber un fruit; il est cause de cet événement, si vous voulez; mais ce n'est pas le souflle qui a produit le fruit : c'est la terre, le soleil, et le temps; le temps! élément si important dans toutes les choses de ce monde !

Je conviens que de très-petites circonstances ont eu de graves conséquences ; mais elles sont plus rares qu'on ne croit et agissent plutôt négativement que positivement. Certes, si au moment où Alexandre préparait son expédition contre la Perse, il eût avalé une arête de travers et qu'il en eût été étoufle, il est probable que la conquête de l'Asie n'eût pas eu lieu. Dès lors, point de ces royaumes grecs fondes en Syrie, en Egypte, point de Cléopàtre; la bataille dWctium n*eùt pas été perdue par Antoine; Auguste ne serait pas monté sur le trône du monde, etc., mais il serait arrivé des événements analogues, si l'univers était mûr pour eux. Pascal ne me semble pas fondé à dire que si le nez de Cléopàtre eût été plus court, toute la face de la terre était changée. César lui-même se fût-il noyé en passant le Rubicon , Rome

n'évitait pas Tesclavage ; Rome devait être gouvernée par le sabre, parce que les Romains avaient été trop avides de triomphes militaires; et si cen*eùtété par le sabre de César, c'aurait été par un autre.

Les athées se sont jetés dans d'inextricables difficultés, chaque fois qu'ils ont cherché à expliquer comment s'est fait le monde tel que nous le voyons. Des atomes qui se rencontrent, des coups de dés multipliés à l'infini, des générations spontanées n'expliquent rien. Les théistes ne l'expliquent pas non plus, ils ne font que reculer la difficulté; car en expliquant le monde par la volonté du Dieu quNls se sont fait, il leur reste à expliquer Dieu lui-même et à nous dire comment, si le monde n'est pas éternel. Dieu l'ayant jugé bon à faire, il n'a pas fait plus tôt ce qu'il a jugé bon une fois. Quand on prétend expliquer le monde en disant qu'il existe de toute éternité, on n'est pas moins embarrassé, car la physique et la géologie nous prouvent que tout est récent. Mais pourquoi vouloir expliquer ce qui n'est pas explicable pour nous, et ce que chaque fondateur de secte explique à sa manière? La philosophie qui nous manque, c'est de savoir ignorer.

En Suisse, entre le lac de Neufchâtel et celui de Genève, on voit une fontaine * dont l'eau se sépare et coule partie au nord, partie au sud. L'eau du nord joint un ruisseau qui se rend dans le lac de Neufchâtel, dont les eaux vont se perdre dans le Rhin et dans la mer d'Allemagne. L'eau du sud gagne le lac de Genève, c'est-à-dire le Rhône, qui court vers la Méditerranée. Lorsque je passai près de celte fontaine, on m'instruisit du sort réservé à chaque moitié de ses eaux. Je ne pus m'empôcher alors de la considérer et de réfléchir... Quand nous arrivons dans ce monde, à quoi tient notre destinée? A tout aussi peu de chose. Le hasard nous jette de ce côté-ci, de celui-là, comme il fait cette onde ; et notre sexe, notre condition, notre vie entière, dépendent de la droite ou de la gauche. Alors, voulant jouer le rôle du destin, je pris orgueilleusement dans ma main de l'eau qui s'échappait vers la Méditerranée, et la jetant de l'autre côté : Vay lui dis-je, va te perdre dans la mer du Nord, Et elle y alla, sans prévoir mieux que nous autres où sa route la conduisait.

Les tribulations de la vie font valoir les hommes ce qu'ils peuvent valoir : sont-ils d'une trempe faible? ils cherchent à s'en distraire; sont-ils d'une forte trempe? ils veulent les surmonter. Un homme qui a reçu de ses parents une fortune faite, et qui continue à la faire va-

* La fontaine de Bonpaple.

loir, sans contrariétés, sans traverses, est un tableau sans ombre, une peinture chinoise, un insipide objet. Et telle est la miaère de notre nature : cet objet insipide pour tout le monde, Test encore pour luimême. Il lui manque un petit malheur pour ôtre heureux.

II n*est pas un homme de bon sens qui n'ait fait de très-bonnes réflexions sur la conduite de la vie. Mais il y en a fort peu qui prennent pour règle le résultat de leurs réflexions. Ce qui leur manque, en général, c'est le caractère. Aussi peut-on dire que les hommes capables d'assez de résolution et de fermeté pour faire passer dans la pratique les indications d'une raison éclairée, sont marqués au coin d'une véritable supériorité.

Le progrès lent mais infaillible de l'esprit humain, qui amène non moins infailliblement celui des institutions, ruine à la vérité les gens qui vivaient de nos vieilles sottises; c'est ce qui doit nous porter à Tindulgence pour la mauvaise humeur que les progrès leur inspirent. 11 faut les plaindre et se défendre contre leurs fureurs. Le métier des vendeurs d'indulgences est tombé, mais celui des honnêtes gens est devenu meilleur. Ce qu'il faut déplorer ce sont les criailleries des petits esprits qui, sans intérêt, mais façonnés par la routine, trop peu instruits des maux que nos pères avaient à souffrir, sont hors d'état de mesurer le prix des conquêtes de la raison, s'applaudissent de ce qui est, et s'effraient de ce qui pourrait être. Ils emploient le peu d'esprit qu'ils ont à trouver des raisons pour retenir tout le monde à leur niveau. Quant à nous, qui voyons que depuis quatre siècles la condition des hommes, du moins dans notre Europe, n'a pas cessé de s'améliorer, nous qui apercevons dans les progrès même que nous avons faits, le germe de progrès plus grands encore, marchons avec plus de hardiesse et de confiance dans le chemin de l'avenir.

Quand le moraliste descend dans le fond du cœur de l'homme et qu'il y fait d'affligeantes découvertes, on se plaint de lui comme si c'était sa faute. Le mal n'est pas de divulguer nos faiblesses, mais d'en éprouver les funestes effets. Si le physiologiste, lorsqu'il décrit nos débiles organes, en déguisait les inArmités, serions-nous plus avancés? saurions-nous mieux prévenir nos maux ou les guérir ?

J'ai beaucoup aimé la lecture des voyages lointains; ils m'attristent maintenant. Ce sont des archives d'infortunes. Ils avertissent trop de la perversité native de l'homme. C'est toujours avec défiance que le voyageur se présente à des hommes nouveaux ; c'est presque toujours

avec défiance qu'il est reçu d*eux. C'est un grand bonheur si l'on no ae bat pas arant de se connaître. Devieni-on amis, Ton se dupe; des mésentendus surviennenl, des batailles, du sang. A la grandi* louange de la civilisation, les voyages sont d'autant moins funestes que le peuple qu'on visite est moins sauvage ; et nulle part on n'est plus en sûreté, ni mieux |H)urvu contre tous les besoins, que chez les nations ou la civilisation est le plus avancée, c'est-à-dire chez celles qui savent être libres, industrieusc*s et pacifniues; mais combim y en a-t-il?

Dans toutes les affaires de ce monde, il faut savoir prendre les hommes romme lYx sont; car si Ton ne voulait jamais les avoir que comme ils devraient être, il faudrait mettre son bonnet de nuit et s'aller coucher.

Certains moralistes vous disent : Étouffe:^ vos paêtions. Mais les liassions ne s étoufleni point. IHiurquoi toujours des préceptes et des se- HMinces? Prcmi l'homme tel que la nature Ta fait, et avec Thommo. M quel, composez um* société plus stip|H)rtable. — C'est impossible, dites-vous. — Avant que les ballons fussent inventés, on disait de m^me : Il est im|>ossible que l'homme franchisse l'espace des airs.

Quelle sotte, imparfaite, insullisante morale que celle qui \eut contrarier la nature de l'homme et des elioses.* Le vrai moraliste est celui qui ne travaille pas contre nature. Le Créateur a lionné à l'homme une incurable vanité; c'est un fait moral, comme le besoin de respinrr est un fait physique; nous n'y pouvons rien. Si le moraliste cherohe à rabaisser et à détruire cette vanité, elle se reproduira jusque dans les austérités du moine et du talapoin. Mais s'il arrange le» choses de manière qu'on la place à bien remplir ses devoirs envers ses coiici- Inyeiis et sa famille; i donner un but utile à tous ses travaux, à tenir ses engagements avec scrupule, à ne pas dé|)euser plus qu'on a, k ae tenir propre de m personne, à donner un aspect riant et soigné k son halNtation, quel bien iraura-t-il pas fait au pê\n ! Voilà la vraie science murale, ilites-moi les pro^n'H» qu on y a faits jusqu'à ce jinir.

On dirait que le singe n a etè fait que |KMir humilier l'homme ef pour lui rappeler qu'entre lui et les animaux t! n'y a que des nuancer.

Rien ne clio<|ue plus les pens nunliwres que le mépris qu'ils vous voient fainr de quelque usage re^^u. Quel erime en elft*! de ne pas respecter ce qu'ils trouvent si respeclabk*! tiela leurUit trop sentir

qu'ils n'ont ni l'esprit de penser par eux-mêmes, ni, en supposant quHs pensent, le courage d'agir d'après leur façon de voir. Cest leur reprocher leurs infirmités, c'est leur faire une mortelle injmre.

Nous avons vu de nos jours, en France, tenter de fonder une religion nouvelle. Le climat n*y est pas favorable ? ce n'est guère que dans un cercle de cinquante lieues de rayon autour de l'isthme de Suez que pareilles entreprises se font avec succès, depuis le polythéisme qui prit naissance sur les bords du Nil, et rislamisme à Li Mecque.

Se faire illusion, c*est voir les choses comme on désire qu'elles soient. J'ai cru longtemps qu'un grand talent était toujours allié k un grand caractère : je désirais que cela fût ainsi ; cela me paraissait devoir être ainsi. Cependant, je voyais des hommes profonds dans les sciences, habiles dans les arts, pleins de tact et de goût dans les lettres, sans fermeté pour s'opposer au mal ; que dis-je! pleins de zèle pour le servir, fourbes au besoin, avides dans tous les moments, insensibles, féroces même, et je perdais peu à peu mes illusions. Pourtant, au milieu de toutes ces vilenies, l'humanité a du bon.

Artiste en peinture, artiste en architecture, artiste en science, artiste en théologie, c'est toutun; ils peuvent à la rigueur se croire honnêtes gens, et travailler de leur métier pour celui qui les paie. Est-ce leur faute si Ton tourne de bonnes choses à mauvaise fin? L'un découvre un procédé pour pétrir le salpêtre ; ce procédé est ingénieux ; il sera éternellement utile. L'inventeur peut-il empêcher qu'on ne s'en serve pour mitrailler de pauvres gens qui meurent de faim? Un autre fait une statue qu'on lui commande; à la vérité c'est l'image d'un mangeur d'hommes, c'est fâcheux. L'essentiel pour lui était de produire son chef-d'œuvre de l'art, et il y a réussi. Mais, quant aux littérateurs et aux philosophes, ils ne peuvent servir la tyrannie sans renoncer à leur conscience. Ce qu'on leur demande, c'est de professer ce qu'ils savent être faux, de louer ce qu'ils méprisent, et de diffamer au besoin les intentions qu'ils révèrent. Cette grâce n'est accordée qu'à fort peu d'artistes en littérature ; et à la gloire étemelle de la France, presque tous les bons écrivains français de nos jours ont refusé de servir les vues des oppresseurs de la liberté publique : Ducis, Delille, Le Brun, Collin dUarleville, Ginguené, parmi les morts, et un plus'grand nombre encore parmi les vivants.

J'ai eu des relations avec les premiers mathématiciens du siècle, et

il m'a aembié qu'il y avait presque chez tous un petit grain de folie. Les calculs ont beau ne présenter aucune erreur, ils ne justilient pas les données imparfaites : or, les données ne sont assises que sur l'obser- ▼atiOD» Texpérience et le jugement. Sur une donnée que Ton croit vraie et qui ne l'est pas, on fait des calculs en l'air. I^ bon sens conduit k des résultats plus sûrs. Locke, le judicieux Locke ne savait pas les ndathématiques.

Au milieu de la foule, il se rencontre quelques hommes |iour qui le bonheur de l'humanité n'est ni une chimère ni une question indifTérente; s'ils ont quelque succès, on leur jette des pierres. Ils sont persécutés des uns |)arce qu'ils conirarient leurs intérêts, des autres parce qu'ils ne |iartagent |kis leurs opinions : on en a vu monter à réchafaud parce qu'on voulait qu'ils admirassent, et qu'ils ne savaient qu'apprécier.

l'ne des plus grandes preuves de mnliocrité, c'est de ne |>as savoir reconnaître la supériorité là où elle se trouve réellement.

Il y a une espèce de communion entre les gens d'esprit et de mérite. lis se comprennent tout de suite. Certaines époques de leurs vies ont eu des rapports dès avant qu'ils se soient connus. Les hommes et les évéoenients» sans qu'ils aient eu l>esoiii de se |>arler, leur «Hit inspiré des réflexions pareilles; ils S4> retrouvent dans les livres, dans les mémoires laissi*s par quelques-uns d'entre eux. Les gens médioiTes iren- Irent point dans cette communauté, malgré tous les cttoris qu'on |ieut faire pour les y admettre. Ils ne la comprennent |»as : c'est une rêverie pour eux : ce n'est rien.

l'ne multitude de personnes et même de pt*rsonna{;es, parce qu'ils sont au-dessous de tout, ne peuvent point comprendre qu'on soit audessus d'une l»assesse.

Il faut bien «|ue ce ne soit pas une chose si diflicile que de mourir; car la plupart des hommes, qui sont d'ailleurs si médiocres, se tirent assez passablement de ce mauvais |ms. Sur dix liommes que vous placerez dans des circonstances ordinaires, ce sera un bonheur s'il s'en trouve un qui ne ^e contluis4' pas comme un lAche, ou du moins |)ar des vut's étroites et i^ersonnelles qui font pitié. Ile bien, sur dix hommes, à peine en compterez-vous un qui meure comme un sot.

Peu de gens sont tn état de donner de bons conseils ; et moinB de gens encore sont en état d'en recevoir.

Le jeu, la chasse et l'amour rapprochent les conditions et les^lisent. Cette remarque a déjà été faite; mais a-t-on remarqué que les amours, la chasse et le jeu égalisent aussi les esprits? Le but qu'on s'y propose est à la portée des plus médiocres : ils n'y ont aucune infériorité; les animaux même nous y donnent des leçons.

Les femmes ft les princes prétendent toujours qu'ils aiment la vérité. Allez la leur dire, et vous verrez ce qui en est. Le plus mince apprenti dans l'art de faire sa cour, sait qu'il ne faut jamais dire que des vérités agréables. Cet ai t-là près des femmes a peu de danger; leurs bienlaitf ne font point de misérables; mais à la cour c'est toute autre chose; et c*est ce qui fait dire à Rabelais : Pourquoi, diable! aves-vous une cour?

Tous les vices ouvrent la porte au repentir, hormis rhypocrisie. Si l'hypocrite se repent, c'est de n'avoir pas assez bien joué son rôle, de n'avoir pas été assez hypocrite.

On s'endurcit contre l'indiflërence et l'injustice des hommes, de même qu'on s'endurcit contre le froid. Mais le froid poussé trop lein cause la mort.

Les vérités les plus triviales ne veulent pas qu'on les méprise, fat connu un homme qui osa prononcer un jour devant un personnage puissant et de beaucoup d'esprit, ces deux vers du bon I^fontaine:

Noire ennemi c'est notre maître ; Je TOUS le dU en bon français.

Le grand personnage les entendit avec dédain. De tout temps <m a éit la viéme chose, s'écria-t-il. C'est pourtant faute d'avoir sufRsamment médité ce qu'il appelait un lieu commun, qu'il est allé mourir de chagrin dans une lie située aux conHns du monde. 11 ne comprenait point qu*en multipliant le nombre de ses sujets, même lorsqu'elles coiffait d'une couronne, il ne faisait que multiplier le nombre de ses ennemis bien différent de Washington qui, en appelant ses semblables à l'indépendance, augmentait toujours plus le nombre de ses amis.

Le seul moyen d'inspirer de Tintérêt aux autres hommes, c'est de paraître s'intéresser à eux; mais ici le semblant n'est-il pas plus dif-

ficile que la réalité ; et peut-on paraître s'intéresser aux autres, si véri^ tablement on ne s'y intéresse pas un peu ?

Les hommes ont presque toujours quelque penchant pour un animal ou pour un autre. Les uns chérissent les chevaux, les autres les chiens, d'autres les oiseaux. Je ne sais qui a fait la remarque que ceux qui aiment les chats se distinguent aussi par leur philanthropie. On serait tenté, au premier abord, de prendre cela pour une plaisanterie; mais plusieurs exemples confirment cette remarque, il faut donc qu'elle ait quelque fondement.

En observant les hommes et leurs divers caractères, on en volt qui ne se plaisent qu'au commandement et à la domination. Ils veulent que les goûts, les besoins des autres, cèdent toujours à leurs vues person^ nelles ; et ils sont en état d'inimitié, de guerre même, avec tous ceux qui leur résistent, qui veulent seulement conserver leur indépendance. C'est-à-dire qu'ils sont en guerre avec l'humanité presque entière, car parmi les autres hommes il en est peu qui soient disposés à faire le sacrifice de leurs propres prétentions et de leurs droits.

Ce caractère, selon moi, fait les misanthropes, les halsseurs de l'espèce humaine; car de donner ce nom à ceux qui, comme TAlceste de Molière, fuient les hommes dont ils sont mécontents, et les laissent tranquilles, c'est une injustice.

Un autre caractère relativement aux qualités sociales, est celui qui n'est point blessé que chacun cherche son bien-être à sa manière ; qui, sans vouloir sacrifier sa propre indépendance, sait respecter celle des autres; qui trouve bon que chaque homme ait ses goûts et veuille les satisfaire, ait ses opinions et s'efforce de les soutenir. Ce caractère forme les véritables philanthropes.

Maintenant observons quels animaux peuvent convenir à ces deux caractères généraux, quels inférieurs doivent être préférés par eux ? Ne pensez-vous pas que l'homme qui cherche des esclaves, doit s'accommoder de préférence du chien, anfmal rampant qui n'emploie les facultés dont le Ciel Fa doué qu'au service d'un maître ; qui se soumet aux caprices, et lèche la main de l'injustice comme celle de la bienfaisance? Ne trouvez- vous pas que l'autre caractère peut seul s*accommoder de l'indépendance, de l'égolsme du chat, animal qui n'est point malfaisant quand il n'est pas poussé à bout par la faim ou par les mauvais traitements, mais qui conserve Tindépendance de ses goûts plus que tout autre domestique l

Buffon fait un crime au chat d'aimer ses aises^ de chercher les meubUs les plus mollets pour s'y reposer et s'ébattre^ c'est tout comme les hommes; de n'être sensible aux caresses que pour le plaisir qu'elles luifani.

67â MÉLANGES DE MORALE.

c*est encore comme les hommes; A'ipier les animaux ^u$ faibles que Im pour en faire sa pâture^ c*est toujours comme les hommes ; d*ètre ennemi de toute contrainte, c'est comme les hommes encore. Partant, il faut avoir bien de la philanthropie pour aimer les chats.

Le talent de voir consiste à donner une dose d'attention suffisaDle aux occurrences que présente le cours ordinaire de la vie; que ces occurrences soient sensibles ou intellectuelles, relatives aux personoes ou aux choses, à nous-mômes ou aux autres.

C'est ce qui nous fournit dès notre enfance une riche collection de connaissances et de réflexions.

I.e meilleur traitement pour les aliénés et la meilleure éducation pour les enfants, sont fondés sur les mêmes principes. Les enfants, comme les fous, ne jouissent pas de toute leur raison ; il faut leur faire sentir qu1ls ont besoin d'être conduits, et qu'on ne veut pas être victime de leur démence. S'ils veulent s'afl*ranchir, il faut qu'ils sachent qu'ils n*y parviendront qu'en apprenant à raisonner, c'est-à-dire a lier les causes avec leurs effets, à savoir d'où provient un fait, et quelles en seront k» conséquences. Guérir la folie, c'est une éducation à refaire. Faire une éducation, c'est donner de la raison à un insensé. La dernière besogne est la plus facile, parce que la faiblesse de l'enfance nous en rend maîtres plus aisément; chaque jour l'instrument du raisonnement se fortifie et se perfectionne, et par là seconde les efforts de rinstituteur. Dans l'un et l'autre cas, il convient de faire marcher de front le traitement physique et le traitement moral.

C'est à juste titre qu'on a fait chez les enfants de la docilité une vertu. En effet, quand on n'a ni l'expérience ni le jugement formés, qu'on n'a presque rien appris, rien éprouvé, et qu'on ne peut presque rien prévoir, qu'a-t-ou de mieux à faire que de s*en rapporter à ceux dont le temps a été le maître? Louis XIV, dans les Mémoires qu'il Gt pour l'instruction de son fils, lui donne de sages conseils, parmi beaucoup d'autres : «« Si vous n'écoutez pas les ordres de ceux que j'ai • préposés pour votre conduite, comment suivrez-vous les conseils de » la raison quand vous serez votre maître? »

Un préjugé ne fausse pas le jugement sur un seul objet, mais sur tous. Si malgré le témoignage de ses sens j'enseigne à un enfant qu'un lapin est aussi grand qu'un mouton, et que par tous les moyens que me fournit l'habitude de l'obéissance, l'ascendant de l'âge, de Tinstruction, de la force, des menaces même, je parviens à le lui faire

PETIT YOLUMK. C7S

rrnire, son juKement est faussé, non-seulement pur rapport à la taille des moutons et îles lapins, mais sur tout le reste, il ne peut plus sen nip|M)rter au témoignage de S4*s sens« à son jugement. Rien ne lui parait plus ni prouvé, ni vrai en aoi-nu^me; son esprit est devenu plus limite, plus porté a admettre d(*s faussetés.

I.e jugement, comme toutes les autn\s facultés, se perfectionne par i>\en*ice. Veut-on l'avoir bon ? Il faut s'habituer à jucer par aoi-mi^me. In tireur d'arc, jiour acquérir le coup-d'cril, demande-t-il à une autre per^ionne «hi est le but? le jugement gagne m^nie lorsqu'il se lrom|>e. rooime un enfant apprend Tt^quilibn*. m^me lorsqu'il le perd. Voulezvous rtMidre un enfant judicieux * l^issey.-le juger; ne lui dmmez pas ï\vs jugements tout faits. Les peuples deviennent judicieux |)ar des procédés analogues.

Vous vous plaignez que les eiifanls ont des idées fausses; c'est que vous les leur avez doiin«*i*s telles. J'ai entendu un enfant demander : K qui sont les nuages? et la mère répondre : Au lK>n Dieu.

il y a deux manières de gâter les enfants : l'une est de faire toutes leurs volontés, l'autre est de les reprendre à tout propos. Les deux manières tendent à leur donner une trop haute idée de leur importance. Quoi de plus imfK>rlant, en effet, que l'être dont on s'occupe sans cesse? Parmi lN*aucoup d'autres inconvénients de VtmUe de Kousseau, c'en est un fort grand que d'en faire un ^lersonnage de si haute dimension. Il n'y a eu de bons princes qui* t-eu\ qui n'avaient pas elé élevrs |M)ur l'être ^ et cette cause a >ufli mèni«* |Hiur gâter Cfux qui étaient de\i*nus princes sans avoir ete faits |H>iir cela.

Je le VOIS d'ici, Itamoclete, vous «*tes lier de ri-ducatimi que vous dounez a vds enfants; vous vous applaudissez de leur avoir caché la perversité des hommes; vous croyez les avoir laissés purs : j'ai |ieur.... — Ile quoi ' Que vous ne les aje/ rendus mais. -Ho!.... — Iiaignez m'ecvniter : save/-vou& ce qui donne tant d'avantage à l'intrigue pour Mirprendri* la lionne foi des huiinrtes gens? L'est votre principe d'éducation. Je vous estime heureux même si quelqu un de vos enfants st* trouve avoir un caractère assez terme |iour ne |»as m* diri* a une certaine e|K>que . .Vi/ii père a ftui de mot urne dmpr Je cruyatê u ta bonne fut: ti M'y en n point sur ta terre. Bien Jum rrini qut tie fait pa» comme tet autres,

.\r vous méprenez |ias sur mes intentions, liamoclete, je ne vous dtt pas : hnseiynez tertre, mais ne le dissimulez pas. l'renente de cette manière, le vice n offre qu'un s|iectacle salutaire, qui montre les dilTor-

J.-l. S4T. — IV. 43

mités en même temps que les atlrtits, el les suites déplorables à cùtê des préliminaires séduisants. S'agit-il de vos rapports avec Je monde, vous gardei pour vous seul vos soupçons et vos découvertes; vo« déguisez à vos enfants les précautions que vous êtes forcé de prendre contre la mauvaise foi, la cupidité, la corruption des hommes ! mais, dites-le-moi, Damoclète, quelle science plus utile et d'une plus constante application pouvez-vous leur enseigner ? quelle plus eflicace pour porter le découragement chez les méchants ?

Je conviens que cette méthode vous oblige à marcher vous-même dans le sentier de la vertu ; sans cela vous vous dénonceriez au mépris de vos élèves : raison de plus pour vous la recommander.

Le plaisir du spectacle, quand on s*en fait une habitude, accoutume trop les jeunes gens à se laisser amuser, c'est-à-dire à s*amuser difficilement.

Le spectateur n'y met rien du sien ; l'auteur et les acteurs en font seuls les frais. Quanta Tinfluence morale, je laisse J.-J. Rousseau et les dévots invectiver à leur aise. Quant à moi, j'estime qu'une représentation des actions bonnes ou blâmables, donne aux unes et aux autres un relief qui est plus favorable aux premières qu'aux secondes. Les leprésen talions dramatiques sont pour beaucoup de gens les seules iei^ons d'histoire et do littérature qu'ils recevront jamais. On y prend une connaissance des hommes et des affaires auxquelles il n'est |tas bon de rester étranger, et d'autres distractions ont de plus graves inconvénients.

La dissipation, les plaisirs dispendieux, bruyants, qui exigent te secours de beaucoup de monde et beaucoup de mouvement, doivent être rares, môme pour les jeunes gens. C'est d'abord parce que ce genrede plaisirs fait paraître les autres insipides. Toutes les personnes que j'ii été à portée d'observer et auxquelles on avait procuré dans leur jeunesse de ces plaisirs-là, ne se montraient animées que dans des occasiotf semblables. Dans leur vie ordinaire, elles étaient ennuyées, boudeuses, à charge à elles-mêmes et aux autres.

Les divertissements fréquents, en outre, rendent inattentifs et inappliqués aux occupations utiles et aux atraires. Lorsqu'on y réussit malgré cela, c'est parce que l'aptitude et le talent l'emportent Ce cas est bien plus rare chez les femmes que chez les hommes, parce que le talent cbn elles a en général moins de vigueur : aussi est-il presque impossible qu'une jeune personne dissipée devienne une femme de mérite.

Eniin, la dissipation entraîne dans des dépenses fort sensibles pour les petites fortunes et les familles nombreuses * il faut nécessairement

PKTIT VdLIJMK. «75

■lors que quelque rliojic reste en .HouiTriince dans Li Tamille, ou que le chef qui est chargé de fournir !' argent fasse des Iwssesses pour s'en proeunT.

O sont les sols qui disent que Tak^^e do l.-i jiMuiesse est fait pour qu*on s'amusi* : W jtMine Age rsl fait pour qu'on v pn^nne de bonnes habitudes qui puissi*nt ^tre utiles pendant tout le reste de la vie. CVsl à cela qu'il ciHivientde songer avant tout, d'autant plus que le bontieur n'est point iiiminpalîl)ie avec le bon emploi de la jeunesse ; bien au contraire : les jeunes gens dont la vie est un mélange d'occuftations et d«* plaisirs simples, ont en somme plus de jouissances que les jeunes gens les plus lissipes. ("est la vi«* simple, ce sont les occupations utiles, qui font rouler li^s moindres délassements, tandis que les divertiss4*menLs ne ont autre chose qu'une broderie sur un fond d ennui.

rne mère qui cherche toutes les occasions d'amuser ses enfants me t*«nilt entendre mal leurs intén*^ts et les siens, pareille à celle qui leur lionne des indigestions avec des gâteaux |M)ur les n*galer. l/instinct i|ui nous porte à procurtT du l»ien*étre à nos enfants est nécessaire à la cfMisorvation de l'espèce en général; mais s'il est aveugle, c'est un instinct de hrute, souvent funeste à l'individu. 1^ nature s'embarrasse |iru lies individus : c'est à nous de chercher quel est TintértM bien en- Irnilu de ceux qui nous intéressent, et de sut>ordonner l'instinct à la raison. C'est un des plus lM*au\ privilèges de notre espèce.

l'ii p4Te disait à son lils de dix-huit ans : Cherche toujours à piMiétriT l'inhTét qui lait agir les autres; demande- toi : Quf peui-ii désirer dams In situafnèN où 1/ sr truuvt.Y Quel peut tHre som Motif ilans la démarche 91K je lut i'oi\ lart'f Que senitraif-je, que $ovhaiterats-ji' à ^a place'/ Knsuile, si tu es pour quelque chose là-dedans, eond4iis-loi ^uivant la •Iri'ouverte que ta nniierchi* intime t'aura fait lairi*. Tu le tromperas i|iM!lquefois sur riiitérél et le motif qui font agir li^ uutri*s. N'imiiorte, n'itMiidoiin«* |ias |»our cela cette méthode : (tour une l'ois qu'elle teisare, elle te servira dix. bt à me.sure que l'Age et l'oliservation inùririMil ton exptTience, elle te trom|>era moins.

f > n'est |>as qu** je prétende que tu te jettes dans les conjectures. la manie des conjectures ciuisiste, au aiiitraire, a recusiT le motif le plus simple, Ir plus presuuiahle, pour en sup|N)ser un extraordinaire, têrf^tcked, comme disiMil les Anglais, /oui vherthe. Ce que je veux, c'est du jugement et non de I imagination, de la sagarile et non des soup- ÇOU5. Si tn ressi*mbles a ces gens tpii ne savent que haïr et sou|K;oniier, faut pis |Kiur loi : celle disposition, celle pas^iiui te trompera, taudis qu'un jugement sain te servira mieux.

Il est dangereux d'avoir une trop bonne opinion des homoies; ils oe vous soutiennent point quand on a droit de compter sur eux. Il stf dangereux d*en avoir une trop mauvaise : ils valent mieux que i qui les méprisent.

Un Homme sans principes se rencontre avec un tiomme qui a ém principes. Ils causent ensemble; ils se méprisent tous les drâx. Qod est celui qui a le plus de mépris pour l'autre T Vous croyex que e'flrt celui qui a des principes? Vous vous trompez : c'est celui qui n'eoi pas.

Tenir à un parti pris parce qu'il est pris, c'est opiniAtreté; y parce qu'il n'y en a pas de meilleur A prendre, cfest fermeté.

Pourquoi les principes qu*on professe influent-ils si peu sur la naduite qu'on tient? c'est parce qu'il hut une fermeté extrême pour agir d'après les principes qu'on s*est faits. Or, la fermeté est une rare. Le commun des hommes agit selon Finstinct du moment^ on Ion l'habitude, qui est Tinstinct de tous les moments.

On peut définir le vice, le sacrifice de l'avenir au présent.

Plusieurs moralistes ont dit qu'il y a plus de chances défavorables dans le vice que dans la vertu; et que, tout bien considéré, quand os s'engage dans un mauvais sentier, on fait tout simplement un nmvais calcul. Les méchants ne paraissent point convaincus de ceUe vérité. Pourquoi? c'est que l'avantage du vice est plus proche; il le dessine nettement à leurs yeux ; son danger est plus éloigné et pani moins certain, mais on ne compte pas le temps indéfini que le cUtiment a pour venger la vertu : peu d'instants suffisent pour eoa* mettre le crime, et la morale a en sa faveur une multitude d'insUaH pour le punir. Un homme manque a sa parole quand il peut le tm impunément; s'il est en pouvoir, il en abuse pour opprimer laMblesse et le bon droit, etc. On voit en effet quelques hommes ptf" venir au faite de la fortune par ces honteux moyens; mais connatt-oi tous ceux qui échouent? Les succès frappent tous les regards; on n'entend pas parler des revers, des inconvénients, des maux, qo ont accompagné une conduite coupable. Les punitions éclataotti qui malheureusement sont rares, ont seules frappé; les puoitiOBi secrètes ont échappé, sans être moins réelles. Or, une plus juste if préciation des choses montre, je crois, que tout compensé, et si f* met en ligne de compte à la charge d'une mauvaise conduite, outre to

mitions directes qu'elle attire quelquefois , la mauvaise réputation Telle donne, les portes qu'elle ferme k la fortune et aux jouissances î la vie, les soucis, les tracas qu'il faut se donner pour cacher ce qui ! doit pas être su, défendre ce qui peut être attaqué, se mettre à court enfin, et les risques de ne pas réussir ; si Ton compare, si Ton pèse i somme tous les heureux et tous les mauvais résulUts du vice et I crime, je n'hésite pas à prédire qu'en fait, dans le plus grand nome des cas, l'avantage est pour la vertu.

Toute la morale est dans ce vieux proverbe : Qui mal veut, mal lui rive.

Un loup, je ne sais pas trop comment, eut un chien pour ami. Ils firent ute ensemble et devisèrent assez franchement, car les loups même it leurs instants de bonhomie. Mais à toute minute la conversation irrètait; au moindre bruit, quand une feuille tombait, quand l'ome d*un oiseau venait à passer, mon loup dressait son oreille efiVayée. lujours il se préparait au combat ou bien à la fuite. « Quelle mortelle nquiétude t*agite? lui dit le chien. Je ne te vois pas un moment de epos. Marchons tranquillement et libres de soucis. — Je ne le puis, ui répondit l'animal féroce; j'ai pour ennemi tout le monde. ~Ah! e comprends : tu ne sais faire que du mal. >

Les philosophes moralistes paraissent croire que l'amour de soi, l'inrèl dirige les actions des hommes plus que ne le fait Tamour-propre, vanité. Je serais tenté de croire, au contraire, que la vanité exerce r eux plus d'empire, généralement parlant, que l'amour de soi. Il fBt d'observer dans combien* de cas les hommes agissent par vanité une manière opposée à leurs intérêts. C'est là le rien important qui ms mène, depuis l'enfant qui, blessé d'une mortification qu'on lui a it essuyer, boude contre son ventre, jusqu'au potentat qui détruit n pays, c'est-à-dire le fondement de sa puissance, pour se venger une insulte de gazette.

Il est bon de songer à soi : il est odieux de ne songer qu'à soi.

Vous vous étonnez de tant de dispositions testamentaires faites en veur d'un confesseur, d'un directeur de conscience, ou, ce qui est îa ème chose, en faveur de ceux qu'ils protègent et dont ils sont progés; vous voudriez qu'on fil de semblables dispositions en faveur une belle action, ou d'un livre utile, ou d'une découvecl^ vnv^\-

tanle, d'aclions, en un mot, dont la société ferait longtemps «w profit. Hommes injustes ! vous voulez qu'un malade» à l'instant de sa mort, songe au bien public, lui qui n'y a songé de sa vie! Faita attention, je vous prie, que Thomme utile n'obsède point les mourants; il travaille : tandis que le confesseur est le, au coin du feu, au chevet du lit; qu'il ne demande au moribond que les biens de ce monde, dont celui-ci ne peut plus faire usage, et qu'il lui données échange ceux du paradis.

La peur de Tenfer a produit plus de sottises que de belles actions. Archimède ne demandait qu'un point d'appui, hors du monde, pour remuer le monde. Les jésuites ont résolu le problème d'Archimède.

Les dévots et les philosophes, chacun dans leur langage, ont tenriblement anathématisé les richesses, ou l'argent qui en est l'expressioB la plus simple. Ces pauvres richesses, objeXs de tant de déclamations, sont bien innocentes, ou plutôt en elles-mêmes ce sont de fort booiMf choses. Il n'y a de coupable que les mains qui en font la distributioUi Si l'argent ne servait pas à récompenser des ^rvices honteux, l'anMiiir du pouvoir, la mauvaise foi, l'hypocrisie, qu'auriez -vous k en dire? Ce sont donc les mains qui salarient Thypocrisic, le mauvais sens et les mauvaises intentions, qu'il faut accuser. A qui donc, en bonne |jolitique, faut-il laisser la distribution des avantagea sociaux ? Le pi«fi qu'on peut à la société elle-même. Voyez comme le public est faieo servi quand il s'agit de procurer à la société les produits de l'agriculture et des arts. Elle les obtient en abondance et au meilleur wst' ché : c'est qu*elle les achète elle-même.

On voit dans le monde beaucoup de personnes qui ont trop d* respect pour l'argent, et cela dégoûte. On en voit aussi qui en oot trop peu, et elles tombent dans la misère. Que n'a-t-on (>our l'argmi tout le respect qu'il mérite, et rien de plus?

Quand on ne désirerait pas l'aisance pour son propre bien-étiv, on devrait la désirer par vertu. M faut n'être pas réduit à preiidrî conseil du besoin.

Vous vous plaignez que chacun n'écoute que son intérêt; je m'afllig» du contraire. Connaître ses vrais intérêts est le commencement de 11 morale; agir en conséquence est le compIcmenL

«time est contagieuse, ainsi que toutes les autres affeetions de

rës avoir pesé les biens et les maux de la vie, on a ingénieuse- , prouvé régalité des conditions ; on a prouvé ce qui n'est pas : à-dire qu'un gueux rongé d'ulcères et de vermine, manquant ut, est aussi heureux qu'un propriétaire campagnard qui postrente mille francs de revenu.

ur ne point sortir du vrai dans cette question, il me semble qu'il se réduire à cette considération : L'homme ne jouit que par Texermodéré de ses facultés ; or, les facultés de chaque individu sont ^sà un petit nombre : nul n'a deux estomacs pour digérer : les rs les plus délicieux ne peuvent se renouveler qu'un certain >re de fois tous les ans; donc les moyens de jouir sont également ;s pour tout le monde.

is le nombre des facultés humaines, quoique nécessairement borné, us ou moins étendu selon les conditions, les caractères, les tact le degré de civilisation où l'on est parvenu. Le judicieux 3i qu'on en fait les étend; la culture de l'intelligence les multi- De là des facultés nouvelles et par conséquent de nouveaux mode jouir. La culture des lettres, par exemple, procure des plailont le manant grossier n'a pas la moindre idée. On jouit de Tin- ?e (lu'on exerce par ses talents comme par ^n pouvoir. Ce sont acuités dont l'usage est une jouissance ; et ceci nous montre en nt quel mauvais calcul c'est de faire un mauvais usage de son )ir et de ses talents. On sape sa propre influence et l'on altère oyens qu'on a de jouir.

bonheur ne se compose pas seulement de jouissances : il dépend de l'absence des maux; et peut-être y a-t-il plus de manières de ir, au moral et au physique, qu'il n*y a de manières de jouir, est-ce là, si je ne nie trompe, qu'il faut chercher les plus grandes lités dans le sort des humains.

ouneur! l'un des sobriquets de la vanité Au pluriel, c'est

e pis.

sieurs voies conduisent aux honneurs; d'abord les actions uses.... — Et ensuite?.... — Laissez-moi le loisir de chercher.

; nations ne savent pas ce qu'elles perdent à ne pas tout simplehonorer ce qui est honorable, et mépriser ce <\ul «èV. \Tifeçt\«&X^.

Il est dangereux d'avoir une trop bonne opinion des hommes; ils ne vous soutiennent point quand on a droit de compter sur eux. Il est dangereux d en avoir une trop mauvaise : ils valent mieux que ceux qui les méprisent.

Un Homme sans principes se rencontre avec un homme qui a des principes. Ils causent ensemble; ils se méprisent tous les deui. Qud est celui qui a le plus de mépris pour l'autre? Vous croyez que c'est celui qui a des principes? Vous vous trompez : c'est celui qui neni

Tenir à un parti pris parce qu'il est pris, c'est opiniâtreté; y teoir parce qu'il n*y en a pas de meilleur à prendre, c'est fermeté.

Pourquoi les principes qu on professe influent-ils si peu sur la conduite qu'on tient? c'est parce qu'il faut une fermeté extrême pour agir d'après les principes qu'on s*est faits. Or, la fermeté est une qualité rare. Le commun des hommes agit selon l'instinct du moment, ou selon l'habitude, qui est Vinslinct de tous les moments.

On peut définir le vice, le sacrifice de l'avenir au présent.

Plusieurs moralistes ont dit qu'il y a plus de chances défavorables dans le vice que dans la vertu ; et que, tout bien considéré, quaod ou s'engage dans un mauvais sentier, on fait tout simplement un mauvais calcul. Les méchants ne paraissent point convaincus de cette vérité. Pourquoi? c'est que l'avantage du vice est plus proche; ilse dessine nettement à leurs yeux ; son danger est plus éloigné et parait moins certain, mais on ne compte pas le temps indéfini que le châtiment a pour venger la vertu : peu d'instants sullisent pour commettre le crime, et la morale a en sa faveur une multitude d'instants pour le punir. Un homme manque à sa parole quand il peut le faire impunément; s'il est en pouvoir, il en abuse pour opprimer la faiblesse et le bon droit, etc. On voit en effet quelques hommes parvenir au faite de la fortune par ces honteux moyens; mais connaltnm tous ceux qui échouent? Les succès frappent tous les regards; on n'entend pas parler des revers, des inconvénients, des maux, qui ont accompagné une conduite coupable. Les punitions éclatantes qui malheureusement sont rares, ont seules frappé; les punitions secrètes ont échappé, sans être moins réelles. Or, une plus juste appréciation des choses montre, je crois, que tout compensé, et si l'on met en ligne de compte à la charge d'une mauvaise conduite, outre les

PKTIT VOU!ME. «77

fuinitions ilirwles qiiVllc attire quelquefois, la mauvaise réputation quelle donne, les iwles qu'elle ferme à la fortune et aux jouissanees ilf la vie, les soucis, les tracas qu'il faut se donner pour eaehcr ce qui ne doit pas iMre su, défendre ce qui peut iMn- attaqué, se mettre à cou- \ert enfin, et les riîkpies de ne pas réussir ; si l'on compare, si Ton i^ese I II somnif tous les heureux et tous les mauvais résultats du vice et du crime, je nMiésite pas â prédire quen fait. dans le plus grand nombre des cas, TavanlaKe est |K)ur la vertu.

TiMite la morali» est dans ce vieux proverlic : {*ui mal veut, mai lut nrrtvr,

I n loup, ji* ne sais pas tmp comment . eut un chien |M>ur ami. Ils tirent route t*nseml)lc el devisèrent assez franchement, car les loups même ont leurs instante de honhonue. Mais h toute minute la conversation VarriMait; au moindre bruit, quand une feuille tomliail, quand Tomhrr irun oiseau venait à passer, mon loup tiressait son oreille effrayée, fonjours il m* pn'-parait an combat ou bien à la fuite - Quelle mortelle

- inqnieludt* t'agite * lui dit le chien. Je ne te vois pas un moment de • re|K>s. Marchons tranquillement el libres de soucis. — Je ne le puis,

Itn répondit l'animal féroce : j*ai pour ennemi tout le monde. -> Ah !

- je rompnMids : tu ne sais faire que du mal. >

Ijeu philosophes moralistes {uiraissenl croire que l'amour de siu, Tuilerét dirige les actions des hommes plus que ne le fait l'amour-proprt*, la vanité. Je serais tente tie croire, au contraire, que la \anité exerce Hiir eii\ plus d'empire, gêiMTalenient parlant , qui* l'amour de soi. Il Millit ii'i>bserv<r dan*« coinbie:i de cas les hommes agissent par vanitt* •rune ni.inièn» oppoM'e A leurs intérêts, f/esl Li le rien important qui lions mène, ilepnis l'enfant qui. blessi* d*une mortification qu'on lui a fait essu\iT, boude contre son veiitn*, jusqu'au potentat qui détruit Mifi pays, r'«'sl-â ilire le fondement tic sa piiis.Hance, pour «• venj:er tluiH* iiisiiitt* de f:a/elte.

Il est lion de SfinpT â soi . il est tnlieiiv de ne son^T qu'à soi.

Vous voii> rtonne/ di* tant tIe dispositions tostainentaires laite> en faveur d'un eonfe.ssiMir, d'un diriMleur de co!is<'ienee, ou, l'e tpii l'sl !a nn^me rliiiM*. en favi'iii i\r rnj\ qu'ils protegtMit el dont ils soni protèges: voti> \iiii<liir/. ipioii fil de S4Miiblablt>s dis|H)silions en faveur d'une belle action, ou d'un livre utile, ou d*uiie découverte iin|»or-

tante y d'actions, en un mot» dont la société ferait longtemps si» profit. Hommes injustes ! vous voulez qu'un malade^ à Tinstant de sa mort, songe au bien public, lui qui n*y a songé de sa vie! Faites attention, je vous prie, que Tiiomme utile n'obsède point les mourants; il travaille : tandis que le confesseur est lé, au coin du feu, au chevet du lit; qu'il ne demande au moribond que les biens de ce monde, dont celui-ci ne peut plus faire usage, et qu'il lui donne eo échange ceux du paradis.

La peur de l'enfer a produit plus de sottises que de belles action5. Archimède ne demandait qu'un point d'appui, hors du monde, pour remuer le monde. Les jésuites ont résolu le problème d'Archimède.

Les dévots et les philosophes, chacun dans leur langage, ont terriblement anathématisé les richesses, ou l'argent qui en est Texpressioii la plus simple. Ces pauvres richesses, objets de tant de déclamations, sont bien innocentes, ou plutôt en elles-mêmes ce sont de fort bonnes choses. 11 n'y a de coupable que les mains qui en font la distribution. Si l'argent ne servait pas à récompenser des services honteux, l'aBUHir du pouvoir, la mauvaise foi, l'hypocrisie, qu'auriez -vous à en dire? Ce sont donc les mains qui salarient l'hypocrisie, le mauvais sens et les mauvaises intentions, qu'il faut accuser. A qui donc» en bonne |iOlitique, faut-il laisser la distribution des avantages sociaux? Le pias qu'on peut à la société elle-même. Voyez comme le public est bIcD servi quand il s'agit de procurer à la société les produits de l'agriculture et des arts. Elle les obtient en abondance et au meilleur ché : c'est qu'elle les achète elle-même.

On voit dans le monde beaucoup de personnes qui ont trop d* respect pour l'argent, et cela dégoûte. On en voit aussi qui en ont trop peu, et elles tombent dans la misère. Que n'a-t-on pour l'argenl tout le respect qu'il mérite, et rien de plus?

Quand on ne désirerait pas l'aisance pour son propre bien-être, on devrait la désirer par vertu. Il faut n'être pas réduit à prendra conseil du besoin.

Vous vous plaignez que chacun n'écoute que son intérêt; je m afflige du contraire. Connaître ses vrais intérêts est le commencement deli morale; agir en conséquence est le complément.

PETIT VOLUME. eTf

L'eslime osl conUgieuiie, tinsi que toutes les autres tlTecUoiis de i'Àme.

A|ir^< avoir pi*M^ \o% hirns el le» maux do la vie, on a mfff nieusement pnnivi* rôfralilé dos conditions : on a pmiivi* ce qui n'est pas : c'esl-à-dirr qu'un gueux rongiS d'ulcères et de vermine, manquant do tout, est aussi heureux qu'un propriétaire campafcnard qui possèiU* IrtMile mille francs «le revenu.

Pour ne point sortir du vrai dans cette question, il me semble qu'il faut se rêduin*à cette considération : l/homme ne jouit que par l'exerrire niodcn* de ses facultés ; or, les facultés de chaque individu sont horm'vs k un petit nombre : nul n*a deux estomacs pour digérer : les plaisirs les plus délicieux ne peuvent si* remiuveler qu*un certain nombre dr fois tons les ans; donc les moyens de jouir sont éfralement bornés pour tout le monde.

Mais le nombre des facultés humaines, quoique néeeasairenient Iwmé, est plus ou moins étendu S4*lon les conditions, les caractères, les taknts et le degré de civilisation où Ton est parvenu. Le judicieux eaiploi qu'on en fait les étend ; la culture de Tintelligence les multiplie. I>e là lies facultés nouvelles et par const'^quent de nouveaux moyen?« de jouir. La cultun» des lettn*s, par exemple, procure des plaisirs dont le manant grossier n'a |)as In moindre idi'e. 4>ii jouit de Pinflueno* 4|u'on exenn» par ses talents comme par *>n pouvoir. Ce sont des faculti*s dont l'usage est une jouissance ; et ceci nous montre en passant quel mauvais calcul c'est de faire un mauvais usage de son pouvoir et de S4*s talents. On sape sa propre influence cl l'on altère les moyens «|u'on a de jouir.

fje lionheur ne se com|M)se |»as seulement de jouissances : il dépend aussi de l'absiMice des maux; et i^eut-^tre y a-t-il plus de manières de anulTrir, au moral et au physique , qu'il n'y a de manières de jouir. Aussi est-ce là, si je ne me troui|H*. qu'il faut chercher les plus grandes mèpalitès dans le sort des humains.

L'hoinieur! l'un 4le> sobriquets <li* la v«Hiile Vu pluriel, c'est

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Plusieurs voie«( conduisent nu\ hfmneiirs; d'abord les actions bfMileus4*s.... — Kt ensuite'.... — i.aissi*znioi le loisir de chercher.

i.«> njilidiis m* s:i\eiil \h\s rc (|ir(*lles [lerdent a ne pas tout sunplenent honorer ce (|ui est honorable, et mépriser ce qui est méprisable.

Lorsqu'un peuple ne sait ni mépriser ni haïr, ou ie gouverne â coups de pieds au...

A qui les gens du grand monde pardonnent- ils une bassesse? Est-ce à rindigent assailli par le besoin, ou bien à l'homme qui ne manque de rien, et qui est décoré de titres pompeux et de fonctions importantes?

Lorsque les Confessions de J.-J. Rousseau parurent, les gens du beau monde furent horriblement scandalisés que l'auteur eût osé révéler les faiblesses de madame de Warens, qui n'existait plus, n*a?ail point laissé de famille, et au total composait une femme assez peu respectable; et les mêmes personnes ne faisaient nulle diflSculté de tympaniser beaucoup de femmes recommandables par leurs bonnes qualités, leur esprit et leurs alentours. On veut se faire passer pour délicat, mais on s'inquiète peu de Tètre.

Montesquieu distingue dans la société deux sortes d'hommes : ceux qui amusent, par opposition avec ceux qui pensent. Ah ! Montesquieu, la troisième espèce, celle qui ne pense ni h*amuse, que vous a-(-elle donc fait pour l'oublier ainsi ?

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