DIALOGUE
Alceste. — Je veux devenir un homme de bonne compagnie. Voyons; que faut-il faire ?
Philinte. Amuser, ne blesser aucun amour-propre.
Alceste. Que faut-il de plus?
Philinte. Rien.
Alceste. Vous plaisantez.
Philinte. Nullement.
Alceste. Un homme qui aurait malversé dans ses emplois, qui aurait sacrifié son pays pour un vil intérêt, n^est certainement pas admis dans la bonne compagnie.
Philinte. Pourquoi non, s'il a eu l'adresse d*esquiver le scandale, s'il est riche, s'il a des titres, des plaques et des rubans?
Alceste. S'il en est ainsi, vive la bonne compagnie pour faire le bonheur d'un pays !
Le grand monde ne veut pas d'un ouvrage qui lui donne à penser:
PKTIT VOI.rMP.. 68t
c'est trop pênihle. Il ne veut pas d'un livre qui montre tnip <ie liefauts à corriger : la tâche eiTraie sa parosMe. Que veut- il donc? l*robaMement que le bien se fasse tout seul.
Ilamis a lu un livre dont les id<<it*s lui ont paru neuves et justes; lia* mis en convient ; il vante l'auteur comme devant faire autorite. Vous vous imaginez que Damis a adopté ces mêmes idées, qu'elles ont rectifié les siennes, qu'il en va faire la règle de ses discours, de ses ac* li«)ns.... Il n'y a pas seulement song«*: l'instniclion a passé au travers de sa tiMe i*omme le jour à travers une vitre ! rien n'est demeuré. Vous lui en faites l'observation : Tnut rehi rst bon ptnir ics lérrrf^ repond-il. — Tétebleu ? ce qui, dans les livres, n'est pas pour |>asser dans Ih pratique, n'est lK>nà rien.
Voulez-vous connaître le degré de philosophie des personnes avec lesquelles \ous êtes en rapport de société? examinez quel nombre de sujets |>euvent fournir malien* à vo> conversations avec ellei^. Plus ces sujets seront nombreux, plus ces personnes auront de philosophie, d amour du vrai. Kn elTet, les pn'jugés, qui sont des opinions acquise>, non par suite des observations, des riiisonnements que nous avons faits, mais de confiance et sur l'aulurité d'aulrui, n'admettent |K>int de discussM»ns: tandis que les opinions raisonnees peuvent toujours être modifiées par de nouvelles lumières acquises. Vous |K)uvez parler de l'origine du monde avec un philosophe ; vous ne le iMtuvez pas avec un juif. IViur lui, l'origine du monde est dans la Genèse.
«elle règle s'applique â tous les sujets. Vous ne |)Ouve/ franchement «hercher la meilleiin* forme des gouvernemenis, avec l'Iiomme qui cmit qu'il n'y a qu'un lion gouvernement, relui de son prince légitime; VDUs ne |M)uvez non plus discuter sur la morale avec un autre; l'incDutinence, suivant lui. n*est pas blâmable en raison du mal qui en resuite |)ourla société, mais en raison de la réprolNition dtH» lois civiles et canoniques.
Ihins telle maison, il y a «k^ prcjugés en musique ; dans telle autre. dc9i préjuges en littérature. On est itbligé dès-lors de glisser sur ces sujets là.
<Hi |ieut din* au sujet de l>eaiicoup de socii*lé<» et «le ciinversations :
La bonne compagnie a un mérite incontestable et qu'on peut prou-
ver par de bonnes raisons : c'est qu'elle vaul mieux, i tout prendre, que la mauvaise.
Il y a deux peuples i Paris : Tun qui ne vit que pour travailler et souffrir; quand il a quelques instants de loisirs et quelque argent de reste, celui-là les dépense dans une guinguette à boire et k danser. L'autre peuple est composé de gens à la mode, qui ne rêvent le matin qu'à trouver quelque moyen de s'amuser le soir, et parmi les amusements ils donnent toujours la préférence k ceux qui les tirent hors d'eux-mêmes, et leur montrent des gens et des objets nouveaux.
Dans l'une et l'autre classe, on voit qu'il reste peu d'instants où l'âme puisse fermenter et s'élever au bouilloimement des grandes passions.
N'attendez de grandes choses que des hommes peu répandus et peu avides des amusements du beau monde.
Manquer d'égards dans les relations sociales est le signe presque certain d'un défaut d'éducation, car la bonne éducation enseigne à étudier les convenances d^autrui. C'est pour cela qu'on a des égards bien souvent, non par intérêt pour les autres, mais par respect pour soi-même et pour se faire considérer.
Règle générale: l'homme qui comprend une plaisanterie, a de lesprit. Entend-ii la plaisanterie, il en a encore davantage.
Androphilo a toujours procuré peu de divertissement à ceux qui ont essayé de le mystifier. Quel parti tirer, en ce genre, d'un homme qui regarde le monde comme une mystification perpétuelle, où les mystificateurs font, les uns, le rôle de gens d'esprits, les autres, celui de grands seigneurs, et tous le rôle d*honnêtes gens?
Un sot sans prétentions est moitié moins sot qu'un autre.
Il me semble que tous nos moralistes ont fait injure aux femmes, en joignant ensemble, dans leurs considérations, les femmes et Tamoiir. On dirait qu'elles ne sont bonnes qu'à faire l'amour. Certes, elles sont aussi nos mères, nos filles, nos amies de fortune et d'infortune; elles sont une partie fondamentale de nos sociétés politiques. On a prétendu qu'il se fondait toujours dans Tamilié qu'elles nous inspirent, une autre espèce de sentiment qui tient à la dilTérence du sexe. C'est possible, appelez cela comme vous voudrez, j'y consens ; il n'en est pas moins vrai que l'amour n'y est pour rien.
PETIT VOLI'MK.
Ijtt^ femmoH tt*a(Uclieiit aux hommes plulAi piicore |mr le plaisir qu'elles procunMit que par relui qu'elles reçoivent, de même qu*ellw s'atlaehent k leurs enrants à proportion des soins qu'elles leur ont prodigues, et môme des fieines qu'ils leur ont coûté, ('/est ce qui fait que, sauf chez les |H*rsonnes dêpra\ws, on trouve de si bonnes amies chez les Tenimes dont on a obtenu autrerois les faveurs. Il y a au surplus dans rhunianité tout enlic'^re un sentiment analogue à celui-là, et qui fiiit que nous sommes animés de bienveillance en général envers les objets de nos bienraits.il va plus d'attachement du bienraileurà l'obligé, tpjc de l'obligé mu bienraiteur, et c'est mériter un surcroît de faveur, (|ue de savoir se laisser (»bliger à pro|>os et sans se dégrader. LoRuprune vanité trop susceptilile s'y oppose, c'est une faute de conduite.
Les Anglais ne font jamais de compliments aux femmes. Ils les aiment, comme on fait partout, parci* cpi'il est im|K)ssible de ne pas les limer; mais enfin ils ne jour font pas de compliments, qu'ils taxent tU* faussetés prétentieuses, et ils sont três-liers de cela, lis ne sentent pu4 que si le compliment n'est |»as une vérité, il annonce du moins le désir de iHaire, et ce désir est toujours flatteur |K)ur celle qui Tinspire. Les compliments qu'on adresse aux femmes, sont comme les civilités que se font entre eIU*s les p«>rsonn«s bien élevées ; ils remplacent le sf*fitiment, comme lf*s civilités remriiacent fa bienveillance et le respect. Ils s4Hit rimage d'une disposition qui flatte : et comme on ne les prend que pour ce qu'ils valent, il y a dans ce comment» peu de danger et beaucoup d'agrémeiil.
Il y a bien peu de femmes qui aient l'esprit assez élevé pour entendre de sang-froid parler des défauts de leur sexe.
L'amour maternel san> doute était nt^cessaire |K)ur faire supporter aux mères les soins rebutants que réclame la première enfance; mais c'est un M'mtimenI bien aveugle! l'ne mère satisfait aux caprices de son l'iifant avec le même dévouement (|u'a scn lH*soins réeN. et lui fait plus di* mal en le gâtant, «pielle ne lui a fait de Inen en lui (b>nnaiit l'existence et les soins qui l'ont soutenu ; InfiMPieures en ce |M>int aux femelles des animaux, qui favorisent iiniipiement le développement do leur |inii:éniture. mais l'abandonnent à elle-ntéme du moment qu'elle |»eut s«* tirer d'afTain*.
ÏJk galanterie, que je ne confonds pas avec l'amour, est un jeu où tout le monde triche: les hommes y joueul la sincérité, les femmes la
pudeur, et chacun se trompe; mais il faut que la volonté du Ciel soit faite.
De quelque manière qu'on déguise la chose, il faut avouer qa*au village, comme i la ville, comme à fa cour, il y a toujours dans Thomme quelque peu de la IkHc féroce, et dans la femme quelque chose de l'animal domestique. — Celle vérité ne laisse pas d'être grossière.— J*en conviens ; aussi j*ai soin de la dire entre nous.
La Sunna ou tradition orale de Mohammed recommande, par trois fois, de traiter les femmes avec indulgence. C'est une des meilleures choses qu'il y ait dans la Sunna, où Ton en trouve beaucoup de bonnes.
Les femmes soniValpha et Iomega, le commencement et la fin. Quel homme n'a pas commencé et fini par elles ? sans parler du reste.
Que de misères dans l'amour malheureux ! Penchants contrariés par la fortune, par Tambilion, par la religion; des enlèvements; desfib déshérités; des femmes infidèles; des jalousies; des querelles; des perfidies; des vengeances !
Que de misères encore dans l'amour heureux ! Des enfants à élever, à établir, quelquefois à perdre! le déchirement des séparations; le^ torts de la fortune, qui souvent frappe des êtres chéris; l'uniformité; l'ennui!
Hé bien! avec tout cela, il n'y a rien de si charmant que l'amour
même l'amour malheureux !
La jeunesse aime qu'on l'amuse, et vous tient compte de ce que vous faites dans ce but, beaucoup plus que de ce que vous faites pour son utilité. Cette disposition de la jeunesse dure pour les femmes pendant toute leur vie. Les Irais qu'on fait pour leur plaire, indépendamment de l'amusement, montrent Penvie de leur plaire; et c'est ce qui excite le plus de reconnaissance.
L'amour et l'objet aimé sont tout pour une femme qui aime. Dans un jeu où elles mettent tant du leur, elles exigent beaucoup. Si Thomme qu'elles aiment si bien, avec taut d'abandon, s'occiipt» de quelque chose qui ne soit pas elles, il est indifférent, il manque de confiance; c'est un égoïste, un ingrat, on le méprise, on le déteste. Aussi voit-on souvent les hommes embarrassés de l'amour qu'on a [>our eux.
PETIT VOLUMR. Mft
Les Temmes s^mt rarement salisfaites de rattachement que les hommes ont |H)ur elles. 1/amour cliex les hommes est moins tenda^ moins desintéressi* que le leur. Kllt^ s'en prennent à l'individu : c'est la faute de la nature ; et la nature en cela est favorable au% femmes ellesmarnes. Qui donc se mettrait en état de |K>urvoir aux liesoins de la famille, si l'homme imssait son temps à soupirer, oui chanter comme i Topera :
Quand »n ftail aimer K plaire .
i^rU fM «liMi\ tl'aiinfr nuit ri jour ?
I/Akc des illusions, les moments trillusion \ l'Age et les moments où l'on cmit vrai, non pas ce qui est vrai, mais et* que l'im d<*sin*. l^^s hommes ont des illusions quand ils s«)nt jeunes; les femmes en ont k tous les Ages ; et tout le monde en a dans les temps de factions.
I.e vulgain*. e'est-a-dire pn*S(|ue tout le monde, reçoit sis opinions toutes faites. 0"<"id la falirique est niauvaist*, on leji reçoit mauvaises, c'est-à-dire fuusst»!, sottes, |h'u favorables au bien-t'^tre de la société. .Nous vivons encore en grande |mrtie sur des opinions fabriquét^ dans des temps delMiriMirie; nous les usons jusqu*au bout.
t > n'est pas un«* preuve de Isi vérité d'une opinion, que de dire qu'elle est généralement nH:ne. Te tut une opinion bien générale pendant un li*mps. que les épreuves jtar le duel et par les éléments, qu'cHi appi^lait juyemrnU de Ùitu, étalent la meilleun* de toutes h^ jurisprudences, puisque Dieu, qui est la justice mOme i*l qui est tout-puissant, ne pou- \ait laisser condamner un innocent. Quel tribunal lisait mieux dans U*s cieurs ' quel plus intégre? quel plus indé|K>iidant de l'influence des liommes? Hé bien, y a-t-il maintenant un seul lionmie, dans les cinq parties du monde, qui veuille prendre la tlêfense des jugements de iMeu?
L'usage est la loi des gens médiocres, comme les proverbes sont la nuiralf du peuple. Mais les pniverlies valent mieux que l'usage.
C'f$t l'uMç^^ est une mauvaise raison (|ui tiisp«*nse d'en donner une bonne.
l*our n «^Ire surpris de rien, il ne faut pas ^tre moins sot que |H>ur ^Ire Mirpris d<* tout. Si un certain tonds d'instructicm et di* réflexion est nécessane pour ixiinprendre comment une chose qui parait un
prodige n*est qu'une conséquence très-naturelle de la nature des hommes ou des choses; dans d*autres circonstances il faut une profonde sagacité pour comr>rendre combien ce qui parait tout simple est audessus de la portée ordinaire des capacités bumaineSy ou enfin quel concours difficile de circonstances il a fallu pour produire un tel eOét.
Idée fixe : démence.
Parti pris, à certains égards, de manière a ne pouvoir plus consulter la raison : préjugés.
Jugement libre sur tous les points et dans toutes les conditions : sagesse.
La plus belle pensée, la plus neuve, la plus utile, n'obtiendront jamais en public autant d'applaudissements qu'un lieu commun de morale.
Lorsqu'on met en avant un principe incontestable, il faut s'atteiulre qu'il sera contesté, il est vrai qu'ensuite il prend racine, puis grandit, puis enlin est adopté par tout le monde; mais il n'en est pas moins conslant que la vérité ne brille pas de son propre éclat. ÏJt temps est
un élément indispensable pour son triomphe.
Il n*est pas si difficile de trouver une vérité que de la faire entrer dans les esprits.
On ne peut devenir Aorn/xe supérieur k volonté; mais, au point où nous sommes parvenus, il n'est personne qui ne puisse accroître considérablement sa capacité. Que faut-il pour cela? De bons livres et de la réflexion. La lecture nous rend maîtres de l'expérience et des découvertes du passé, et la réflexion nous apprend l'usage qu'il en faut faire.
Le temps éclaircit bien des questions; mais que d'opinions deviennent problématiques avec l'âge ! Lfk vieillesse est la mère du doute.
On pourrait faire un essai historique assez piquant sur le danger des plaisanteries. En France, surtout, c'est l'arme qui blesse le plus et qu on pardonne le moins. Une plaisanterie sur le prince de Coodé fit perdre à Saint'Rvremont la charge de lieutenant dans les gardes de ce prince; une autre plaisanterie lui fit perdre sa fortune sous le ministère de Mazarin ; et une troisième plaisanterie, sur les créatures de ce cardinal, le força à s'exiler en Angleterre où il mourut.
PETIT VOLlMi!;. M7
Keaiiroup de gtierreu iront eu pour causte que dos plaisanterieâ inordmilos.comiiio rt»lli*s du roi de Prusse sur les maltn>5ses de Louis XV. (H) sait qur HoiiaparU* n'y était |»as Insensible. On en |ieul juger par le lonfc eiil dt* niiidame di* Staël, de madame de Bourdic. etc.
Li vt*iig«>anr(* «*st un morceau de roi • mais il faut y pnndre ganie, car c'est un morceau indigeste.
Quand nu s^mI i1«* lire les Vies de lMutanpie,on est lier d'être liomine. l.oisi]u'()ii vient de lirr les Maximes de l^nM*lieroucauld, on en est h(Mih*ux. I arorliel'uuciiiilil fut. dans s«i jeuiu^sse, un intrigant politique, un litHiiine île iKtinie sucit^te «*l de nueurs douces plus tard ; un iHmmni il'i'Nprit dans tous les temps: un grand car«ictèn\ jamais.
4in veut Ctre appn'Tie; mais on naime |uis à être apprc'ciè tout juste ce (|u'on vaut.
A coup sûr. votre princi|*al mérite, aux yeux d*un liomme quel qu*il soit, est de SMVtiir apprécier le sien. Je me trompe, vous |H)uvez avoir un niérili' Miprrieiir mrore à celui-là : c'est «le n'connaiire le menti* qu'il eniit a\f)ir plnlùt que celui tpi'il a. I*ai une conS4*quence iialuielh*. votie pUiN urainl tort à ses yeux, est de le remettn* a sa plact*.
i^rtains hommes qui ont des talents, du mérite, du génie m^me, ne se pkaist'nt que dans la société de leurs inrérieurs, alln d*y briller. Mauvais calcul : rii se iiièUnl av«*<* les sots, on dégénère ; en m* frottant c*uiitre des gt*ns d'esprit, il reste quelque diose du |uirfum.
On fa\«>rifie U )fun<fM' :
Mat^ a%fv l'aie mûr nn a<il «Ir ntîurur.
i:*est encore dans cette malheureusi* vanité humaine qu'il faut chercher la cause de cette disfiosition. AvtT les jeiun^ g«*i)S, on est dans une ntlitude tle pntleeleur; on donne des avis, on «*st bien aise que \r «uccés les justifie; on compte sur leur reconnaissance. Mais, quant aux hommes faits, on les traite comme des émules, des concurrents, et .souvent même comme des ennemi^. On ignore que la bienveillam-e pro\oque la bienveillance, et que, dût-on rencontrer des ingrats, c'i*st encore un assez lieau {tartage que de faire des ingrats.
Il y a parmi les hommes une sorte de solidarité qui fait qu'on est
688 MÉLAN<;(i:S DE MORALE.
fier quelquefois, et souvent honteux, d'être de rhumanîté. Cest ce que sentait le comte de Montécuculli, rival de Turenne et digne de i*être, puisqu'il sut Tapprécier, lorsqu'il dit en soupirant de la mort de ce guerrier citoyen : // faimit honneur à l'homme. Ne dic-on pas de beaucoup d'autres qu'ils sont la honte de rhumanîté? La solidarité des hommes entre eux est plus étroite encore quand il s'agit, non de l'humanité tout entière, mais d'une nation en particulier. On est plus fier d'une qualité, on rougit davantage d'un travers, qui ne sont point partagés par d'autres nations. Cette observation est encore plus sensible de province a province , de famille k famille. La solidarité plus réduite marque davantage.
Il existe un peuple insulaire où tout est justifié du monnent que la nation y trouve son avantage. Trouvez-vous ce caractère national beaucoup plus recommandable que celui de Fégolste dont la justification équivaut toujours à ceci : De quoi iHms plaignez^tHms ? ce que j'ai fait, c'était pour mon bien.
Milord, pensex vous que le dédain anglais soit beaucoup plus facile à supporter que la jactance française?
Les hommes sont faits de môme sorte, mais leur naturel se manifeste de dilTérenles façons. La vanité du sauvage consiste à se montrer la figure et le corps bien barbouillés de taches indélébiles, avec de belles plumes à la tète, au derrière. La vanité de Tltaiien consiste à placer, s'il peut, des galons sur les mêmes endroits. La vanité de l'Anglais et du Turc git à ne point compromettre leur dignité nationale ; à s'enfoncer dans leur morgue et dans leur gravité, et surtout à ne jamais laisser croire que vous puissiez leur être utile, ou les instruire, ou les amuser. L'orgueil national des Anglais s'attache à tout : à l'énormite de leur dette, bien qu'elle soit un malheur et une iniquité; aux nombre des criminels qu'ils condamnent, des pots de bière qu'ils avalent et des rôtis qu'ils dévorent. Ils disent et même pensent du mal des étrangers; ce qu'il y a de louable chez les étrangers est toujours, du moins, fort au-dessous de ce qui se fait chez eux-mêmes; ils affectent un silence dédaigneux, marchent par enjambées, et n'accordent nulle attention à ce qui se passe à côté d'eux. La vanité du Français n'est pas si exclusive. Sans chercher à humilier les autres, il aime a faire valoir les avantages qu'il a, quelquefois même ceux qu'il n'a pas; et s'il est convaincu de fanfaronnade, il en rit le premier, pourvu que vous naflectie/ pas de le rabaisser. Rendez justice à sa bravoure, et tout vous sera pardonné. Quel peuple se vanle du bien qu'il a fait
PETIT V0LI1MK.
aux autreii? aucun. Oh ! que nous sommes encore égoïstes et m^me un peu sauvages!
Kn \ii^let<Tro la cnmpafsne oiTre des paysages liêlicieux; on y voit •1rs liabitatinns propres vi M>igné(\s, tle jolis jardins, d«* beaux arlirfs, d«-s lli'uis; cependant l'ensemble est triste, comme le sourin* d'une persfmne malheureuse. Dans ce {uiys les réunions de plaisir, lesfAIrs |Ntpiilaires, les farces mt^me sont tristes.
On peut connaître qu'une nation est plus ou moins .-ivancee dans la ei\ilisalion M*lun qu*i*lle estime plus ou moins la fermelé rt la juslicM*, •*t méprist* plus ou nittins les qualités du «ipadassin. IK* t«>iis les hommes, cest le siiuvat^e qui lait le plus de ras des arnu's ainsi qur di* la huée du corps, rt qui a le mciiiis dV^ard pour la raison.
Il est un pays sous le quarante -neuvième |»arallèle, où l'on cède de iNHine grâce à la force, et où l'on dispute toujours contre la raison.
I>«*puis hmgiies années, par de profondes nuMiLilions, je cherche rri vain à décrnivrir lequel des deux est le plus ridicule, «ruii grand lieiiiU dans la hirce de Vi\^i\ marmottant à «leux genoux si's pateiiûlr<>s, ou bien ifun l)ourgeoi< alTulHe d'une peau d'ours sur la l«^le. •ruiii* inouMacht* p«Ksticlie. et S4* iroyanl un sa|M'ur
i'titouiHjf > des saïuvap'S di* la mer du SutI, mousturht di^s sauvages d i-.uro|N*! menu* elios<*. Ih*las!qiicl btunnie est endroit dr si* inuqaer d lan autre?
I.iitre l'enfant qui bat h* tamlKtur qu'on vient de lui acheter à la ri»r«*, l't loftieiiT (|uijier des epaulettes dont il a nrii le lirevel, proiiiêin* a pit*ti h<s rpiToiis, en usjuit le pavé du iNiut tie son salin*, la ditl<Ti*iice n'i^st pas si grainie que lieaucoup de gens voudraient nous h hi in* croire.
\ux combats de taureaux, un Iniule-dogue se jette sur l'animai qm- Hfiii maître lui di*si<^ne et qui ne lui a fait aucun mal; il led«rliiiv, et, la i^'ueiib* ensan^lanlft*. n*viriil tout lier demander sa rt*compi*ns«>. Sauf que II* iNMile-dogue ne marche (tas sur d(*ux pattes et n'a |ia.s I'i*|mh* au
* IViiiluir* Imiiquri ii>»iil >r baikHHiiUrtil Ir* l.iu^agf». J.-B. ^K\. — t^. 4*
côté, quelle différence trouvez^vous entre lui et ud militaire? Je m veux pas dire un soldat : cet infortuné marche contre son gré, et Al ne tue pas, on le tue. Je veux dire un ofllcier, et encore mieux on maréchal qui peut rester chez lui. et déclarer nettement qu'il ne prendra nulle part k une guerre qu'il désapprouve. — Cest mon métier, dira l'ollicier. Si je massacre mes semblables, c'est au péril de nu vie. — Hél malheureux, ne voyez-vous pas que le voleur de grand chemiB peut donner la môme excuse?
Ou sent que la guerre de politique et d'ambition est la seule dont il puisse être ici question. Celle qu'une nation livre pour se défendre contre l'attaque ou les préparatifs d'un ennemi , c'est un acte forcé, comme le coup de pistolet qu'on tire à celui qui vous demande la boorse ou la vie.
Tout le monde entend ce que c'est que le courage militaire, ce courage qui fait braver le danger dans les combat*;, et même qui (ait supporter les privations et les fatigues de la vie militaire. Les mots cmrage civil présentent des idées un peu moins claires. Celui-ci est ce aiurage qui, dans les diverses situations où Ton peut se trouver dans |a vie sociale, nous porte à sacrifier volontairement la sûreté de notre vie, et les agréments de notre position, notre réputation, s'il le faut. nos espérances, enfin tous les avantages sociaux auxquels nous pourrions prétendre.
l/iin et Taulre courages pouvent être inspirés par de nobles raotib. ou simplement par nos passions ou par nos vices. Ou voit des hommes hasarder leur vie dans les combats pour défendre leur pays, et d'autres pour soutenir nn tyran qui les paie, d'autres encore par un point d'honneur qui n'est qu'une vanité puérile, lorsqu'il n'a point un but utile. IHi a vu des hommes déployer un grand courage civil dans la défense df la plus noble des causes, et d'autres par un simple esprit de parti ou par une opiniâtreté que rien ne justifiait, le tribun Metellus s*opposâR( à la spoliation du trésor public par César, et Caton défendant pied a pied la liberté de Rome contre le m^me usurpateur, ont montré du courage civil. Sully déchirant, en présence d'Henri IV, la promesse de mariage que ce prince allait dotuier à Cabrielle d'Estrées. a fait preuve du même courage. Les uns et les autres étaient animés des plus nobles motifs. Le théologien Lambert, qui se lit brûler a l'appui de li thèse qu'il avait soutenue contre le roi d'Angleterre Henri IIL n'était qu'un entêté.
Le courage militaire a de tout temps été plus dangereux qu utile pour les nations. Les armées attirent la guerre. La gueire, si elle est malheureuse, vous asservit à l'étranger, et vous payez tribut; .si elle
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Bftt beureuse, elle vous liiscrvit à un chef militaire, el vous payez triiHil. Pour défendre rindèpendaDce, il ue faut que des milices; elles wlDsent aux nations qui prétendent à être bien administrées, et qui se veulent pas être conquérantes*.
Le courage civil, s'il c*st mal entendu, n'est funeste qu a lui-même. U a souvent sauvé los |M*uples, et ne leur a jamais été c«Nilraire. Quel mal peut fdire un liomme dont le courage u est pas de massacrer, de ravager, de dompter, mais de périr?
l'iie société qui connaîtrait ses vrais inléréU ne distribuerait donc lanais son admiration, ses décorations et ses récomi^enses, au courage militaire, mais au courage civil.
Ijea hoDUMa de toutes les époques se ressemblent, i/liistoire n'est pas utile parce qu'on y lit le passé, mais parce qu'on y ht Tavenir.
Vous ftps glorieux <le ce que votre Kouvemement lève de grossie années, recule ses frontières, dicte des lois au loin ! Insensé! en êtesvous plus riche et plus heureux? Kes simples citoyens disparaissent dans ei*s énormes masses qu'«>n appelle de grandie nations, ils ne sont plus que des gouttes d'eau entraînées dans le vaste courant d'un fleuve, el qui, bien loin d'iniluer sur s«m cours, ne |N*uventpas nx^me jf Hre aper<;ues.
Tous les gouvernements (les meilleurs comme les plus mauvais) alTeetent les intentions les plus pures, les plus généreuses, les plus grande^. (Hi fait des dilapidations en |>arlant d'éoniiomie. d(*s guerres PU protestant de son amour pour la paix, des spoliations par resp«*rl pour la justice, el des actes arbitraires au m»m di*s lois! Aussi, je h* VOMI, vous n«* croyez plus a l'es telles enstMgnes. Vous nenlrevo\rz aucun moyen de juger de rhoiinêtele du |H)uvoir. Cependant il en est un: il est même infaillible. Happelez-vous le vieux proverlN*: êhs-mui ^ /H Aa«/<-fl.;e le dirêi çui tu es. Faites-y un léger changement, un
mot... Vous n'y êtes pas? Non. — //is-r/ioiym tu pUires \|i » \ous y
Mrs.
idt n'e-a |ias sur des mots qu'il convient de juger l<*s princes. I ii l lieureux n'est souvent que le charlalanisnic d un liniunie d'osprit. Uuand Konaparte repondit à un académicien qui voulait que la iiolWesM* rùl un titre pour être admis a l'Institut : Ah ! mom%trur de t\tmtamr%, éais-
■ U^ iMiif^ lrni|fo. rhurnpr n» Hr ra\aier« qui* |Mr «Jr* tri*u|ir!i iriniirrr». r\ I imli-iNii. iAlirr rfr« kltlt ii'« rir «jum «|u* |»ai ilf» iiiiiiin.
sez-nous tout au moins la république des lettres^ y eut-il une seule personne douée d*assez de bonhomie pour slmaginer que Napoléon foulût laisser subsister quelque liberté, même à rAcadémie? Notons les mlions et non pas les paroles, (^e n'est pas la foule au pot qui me montre Texcellence du caractère de Henri IV : je la trouve dans cet bonimage irrécusable qui lui est rendu par Sully : « J'aurais voulu que ce • prince, retidant justice à ceux qui le servaient avec zèle et allè^ » lion, eût refusé tout aulre secours, et se fttt jeté dans leurs bras. Je » me persuadais qu*après cette démarche éclalanle TAngleterre, li » Hollande et tout ce qu'il y a de puissances protestantes en Europe, » auraient fait en sa faveur de si puissants efTorts, qu'ils aurairatsoB » à le mettre sur le trône sans qu'il en eût eu aucune obligation lox » catholiques. En cela, comme dans tout le reste, les lumières du roi » élaienl bien supérieures aux miennes. II comprit, dès le premier » instant, qu'un royaume tel que la France ne s'acquiert point par des » mains étrangères ; et quand même il aurait jugé la chose possiUe, » c'était le cœur des Français plus que leur couronne que ce bon prince » voulait conquéi'ir; et il regardait comme leur bien légitime les ré- » compenses qu'il eût été obligé, en ce cas, de donner, à leur prqo- *• dice, à ceux qui auraient été les auteurs de son élévation '. •
On a vu des hommes an sommet du pouvoir ne rien faire pourlliumanitc et pour la vraie gloire, parce qu'ils méprisaient Thumanité et l'opinion des hommes. Ils jugeaient l'humanité d'après eux-mêmes ou tout au plus sur de mauvais échantillons. Présentant des appâte î toutes les passions viles, toutes les passions viles ont volé vers eui;et ce qui les entourait était pour eux le monde. Mais le monde était ailleurs que dans leur mascarade. On a pu les comparer à ce nocher qui, préoccupé de Tidée qu'il n*avail à percer qu*un nuage, est allé se briser contre un rocher.
L'ambition, comme la colère, conseille presque toujours mal.
Les mauvais gouvernements sont enduits d'une espèce de glu à laquelle viennent s'attacher l'avidité, la délation, le mauvais sens, tous les vices, et qui inspirent un insurmontable dégoût aux bonnes inteotions, aux vues élevées, a la saine raison. Qu*arrive-t-il? les mauub gouvernements se font mépriser et haïr; mais ils ont pour eux les méchants qui sont plus maniables, moins scrupuleux; et les mauvais
* Mém. de Sully, liv. v, année 1692.
PETIT VOLUME. 6fS
gouvernemeiiU, lout mauvais qu'ils sont, peuvent durer louglemps, parce qu'un changemeni est toujours difficile et dangereux.
Je me hasardai une Tois de reprocher à Napoléon qu'il dépravait la nation. Il est impossible de rendre la finess»* du dédain avec lequel il me répondit : Vwsw sac*^: dotée pas emvre çue tm ffouirme mieux ie$ àcmmei por kurt vke* que par leurs vertu$y Où cette prétendue liabileté ra*t-elle conduit? Quel est l'avantage d'avoir pour soi les peners ou les sots, dont le régne n'a qu'un temps, parce que tout Tébranle ; et d'avoir contre soi le bons sens, les lumières et la bonne foi, dont chaque nouvelle circonstance avance l'autorité, et dont le règne est le plus inébranlable, i^arce qu'il est fondé sur l'intérêt du plus grand DOinbreT
La simple droiture et les bonnes intentions dans les rois, quand elles se manifestent autrement que par des paroles, sont une si excellente chose, qu'elles oui suffi |K)ur faire des grands hommes. Otez cela a Henri IV, et ce n'est plus qu'un officier galant et brave. Mais sans lamour du bien public, qu'il faut de talents et de circonstances favorables pour faire, je ne dis pas un grand homme ^ il ii*en est point sans l'amour du bien public ) mais seulement un grand personnage!
Pour peu que l'on continue à donner le nom de prands hommes aux dévastateurs de res|)éce, on va rendre ce mot odieux, celui de àêroê est déjà pr^'sque ridicule. I^ véritable grand homme est l'homme qui devance son siècle en quelque genre que ce soit, qui lui fait faire ■luelques pas en avant. Uue dirons-nous de ceux qui ne peuvent pas le suivre?
\céphale pn'inl un Cf>cher qui le verse dans un fosse à gauche du i-hemiii. Il se relove un peu meurtri, et change de conducteur. t:elui-ci le verse à droite : //o, A«> .' tlit il . . . »/ n'y a /mis rfe rfwte. An^phale, la ro»ile «*\i»te; elle est bi*lle; mais tu prends de mauvais cochers
Le public aime un |Kru Ic5 gens qui îhuiI \h}î\^. cl lieaucoup ceux qui iKMirraieiit ^Ire uieclianls, e( qui ne le sont pas. lK)nne2-moi le pouvoir de faire du mal : en mt* croisant les hras, je ^ais me faire adorer.
|je9 lMifiiic5 gens disieiit : Le priiM*e a de tHiiine» iiiteniioii^ ; il c»t seu* leaieiit latlii'ux qu il M)it nnii eoiLM*illc. Mai» on ne donne jaiiiai» aux pniM'e» que le» couseib qû'ik aimeut a recevoir. Le sont le» mauvais
r»9i . MÉLANGES DE MORALE.
princes qui Tont les mauvais conseillers, et les bons princes qui font In bons. Caligula n'en a point eu de bons, et Marc-Aurèle n'en a point w de mauvais; et cependant do Tun de ces règnes à Tautre, la corruption des Romains avait fait des progrès. Marc-Aurèle aurait trouvé en abondance des hypocrites et des méchants s'il en avait eu besoin, témoin ceux que trouva son successeur. Les rois ne sont jamais innocents des fautes et des crimes qui se commettent sous leur gouvernement.
<i'est une chose qui m'a toujours semblé une insulte au public, que ces discours d'apparat, à la louange du prince, ou de quelque autre, 011 un orateur prononce en termes ronflants le contraire de ce qu'il pense, devant une assemblée qui sait le contraire de ce qu'il dit Kt que penser de ce public qui digère patiemment, sans avoir lair d'en être trop incommode, des bassesses auxquelles il a l'air de prendn* part, des mensonges qu'il ne peut contredire, et des sottises qu'il ne lui est pas permis de siffler ?
Ce qui devrait dégoûter de la flatterie et des flatteurs, c'est de voir que jamais les bons princes n'ont été loués autant que les mauvais. Tibère fut loué de ses mœurs, et Néron d'avoir égorgé sa mère. Ccfii valut le plus d'éloges à Louis XIV, à qui Ton en pouvait donner tant d'autres à juste titre, ce fut la révocation de l'édit de Nantes.
La vérité seule est flatleuse,^ de même que la seule vérité peut faire outrage. Quel magnifique éloge que le vers de Turgot sur Franklin !
Eripuit cœlo fulmen, sceptrumque tyrannis.
Uien ne peut donner une idée plus haute de la capacité de son esprit et en même temps de rexcellence de sa morale. Mais supposez que Franklin n'ait pas en effet arraché la foudre au ciel et le sceptre auv tyrans, cet éloge est moins que rien.
Les sobriquets que les beaux esprits de cour ou les historiens de collège ont ajoutés aux noms de certains princes ne peuvent plus convenir à un siècle éclairé où Ton se pique de ne plus juger sur l'étiquette du sac. Qui pourrait maintenant reconnaître dans Charles le VicTORiEi X l'indolent amoureux d'Agnès Sorel , et ilans Loris Li Juste, le plat exécuteur des volontés du cardinal de Uichelieu, cl le bourreau du vertueux de Thou?
Je ne sais pourquoi, mais cela porte malheur à la gloire des princes d'être salués de leur vivant du nom de grand. Alexandre le Grand ne passe plus que pour un grand fou. Sait-on à présent que François K roi de France, fut appelé généralement François le Grand jusqu'à sa
PMIT VOiJiMK. 6M
luoil? l4iu»i II* «>r«iml «^hl nuleveiiu ïjouis XIV, heureux si iios iievrux ne rappellent pas l^uis le l-'aslueu\ I Fn*dérir le (^rand romm«'nce à
redevenir Frédéric II, roi dr Prusst' Je vous lais ^ràre des anlrrs.
Q uelques-unn n'ont pas attendu leur mort pour ^tre dcgalonnés.
Il y a des |H*rs4)niies que le Ciel a douées |K>ur les grands d'une jalouaie involontaire, invincible, inépuisable, que ne pi'uvent désarmer ni le caractère le plus nobit* ni li*s desseins les plus purs, l'n grand est-il alTahle, humain, désintéressi*, c'est une ambition cachée; fait-il une l>elle action, pur charlatanisme, l'n honnnr rait-il un Imhi ouvrage, ce n'est pas lui ipii l'a Tait, t^ue Taut-il dcmc. Messieurs, qu'il fasse pour qui* vous Sf)ye7 CfHileiil * Il faut qu'il IoiiiIn* ilans l'infortune.... Je m*en doutais.
Il y a des pers«>nnes que le t'.iel a douées d'une airection vive, siiieén*, i|e\(iu«*e, pour li'S ;:raiids. A les entendre, les dépositaires tlu pouvoir n'ont jamais une intention perverse; ils ne Font que de Mies actioii> et ne disiMit |»oinl de sottises. Accuse-Ion devant ces |iersonne.s un liomme en place de vanité, d'anihitioii, d'avidité sonlide, de bassins complaisaiiciHi. r'est une calomnie, à coup sûr: ou. si le Tait ne peut •^re nié. on aura surpris sa religion ; de niiiuvais coiimmIs annuit détniit le fruit de ses lionnes intentions, tj» n'est pas srulemenl en *a pre.sence qu'on en dit du hicii, c'est partout, yue dis-)e? on le |>ense ilans II» secret de siiii neur .... Vtius sourie/ : vous cro\e/, je le vois, que cette Kniiide chaleur it'aniilié qui vient à p<iiiit quand la puissance arnve, et qui s'en va ilo nif^ine, est jouée. t|u'elle est le résultat d'un tilleul fiersnnnel.... Iiétrompe/- vous : c'est une atTet*tion véritable ; elle
f*9t désiiitén*ssee tlui, desintén*ss4'*e : elle a heu |iour les puissants
m«^mes de tpii j't^ii n'a rien à l'^iiH^rer, rien à craindre. M du moment qu'ils sont tomties. rindtlTérence qu'on l'proiive |MMir eux est nielle : on M* la repriwlie, ou |;i •h'guist*; mais elle \ cnI. Un alfecte bien encore pendant ipiehpie temps île l'attachement; mais c est par décence; et Ton joue f:aiiclienieiit ce «»i*iitiment par la raison qu'au fond on ne lepnMi\e plu<%.
1 en inênie> pei ?%itniii*s m* imuxent (ont nalurelleiiienl iniiniees d iiut* sainte ci>len* conlre les imlNs*ile<. les lemi*rain*s. j'allais dire les Cfii|uiii.H qui ne n*UHSisseiit pas. — Mais un tel soutenait iacausi* de la justice et
de l'humanité — lu* qiioj v mt^lait-il? — Kt voilà mes gens tiers
de ne s'i^ti e pas cumprfMiiis, pnTisi*menl comme s'ils eussent fait une belle action.
Ils vous parai>M*iil un peu Ims ci IaiiI vmI |nmi ridicule».... hh bien! le gro^ ihi public \rs .ipproiive. ei qualilie du iitiin de bonne conduite une cuniiuite qui lui est si préjudiciable.
La perversité fait le mal; la faiblesse le permet; Tignorance y applaudit.
On parvient presque toujours au pouvoir par les sottises d*fiulnii,
plutôt que par sa propre habileté.
En politique le plus sa^e et le plus sur est de ne vouloir que ce qui est utile, juste et faisable, mais il ne suffît pas de le vouloir : il faut le faire et le faire de bonne foi.
Les qualités qui font réussir en administration, en affaires, sont : une imagination féconde en ressources, un jugement sain qui indique celles qu'il faut employer, Taclivité qui ne perd aucun instant et saisit Toccasion, la persévérance qui ne se rebute pas des obstacles, et le courage qui les surmonte.
Ov tous ces moyens de succès peuvent être employés dans un mauvais but, ou bien dans un bon. Celui qui les emploie à satisfaire d€s vues personnelles et funestes h la société, est un intrigant, quel que soit le poste où il est monté, fût-ce un trône. Celui qui les emploie pour k bien dç Thumanité, ou seulement d*une nation, est un grand homme.
Les nations qui se comptent pour quelque chose, applaudissent, secondent les grands hommes et les font naître; les autres font naître les intrigants.
Dans les desseins méprisables, les moyens odieux font horreur. Si le but est généreux tout se pardonne. Aussi est-il plus facile de faire le bien que le mal, et bien fous sont ceux qui, placés pour le faire, en laissent échapper l'occasion.
Les âmes élevées se mettent à genoux devant le mérite; les âmes communes, devant le succès. Pour celles-ci le succès justifie tout, pour les autres, le succès lui-même a besoin d'être justifié.
La fortune, de même qu'un ballon aérostatique, peut bien élever un prince très haut; mais pour être soutenu à cette élévation, il faut qu'il se pose sur une base. Or cette base, quand les nations s*éclairent, c'est la bonne foi, ce sont les intérêts nationaux. Uien de plus à craindre pour les grands, que les conseillers qui tiennent un autre langage.
En affaires politiques, il y a deux manières de tirer parti de «w talent : les uns cherchent à se faire acheter; les autres, à servir la
PKTIT VOMMI*:. «97
i'ho6e publi«|Ut* avant tou(. I.«* prniiitM' mo\rii <>• U* |ilas expodiUr; II* MN*oiiil Gst le plus hcHiorahlc: prul-ôtre, à (oui preiitia*, rsît-il le |ilus ÉÙr.
CoM une ile« sullises du Yulgairo que lie prêter aux grands toutes le^ lumières e( (oule^ites bonnes intentions, jusqu'à ce que le contrain' lui soit iii*inontn*. On met hien plus de prudeiiee dans les relations ordinaires de *« vie. Quand vous traite/ avee les plus honiuMes gens, von*» eomnieiiee/. par des stipulations qui vous mettent à Tahri de leur mauvaisi* Toi sup|N)sée« tie leurs préjugés, de leurs passions; et (|uand vous remettez aux mains de ceux qui vous gouvernent votn* sort, vnin» lortime, ie s«»rl du pays, de voire |H)slêiitê, vous ne pn'*sumcz )N)int de mauvaise loi« point de préjugés, point de passions ; vous n*ganlez toute garantie comme un outrage! t>ssez donc de vous plaindre i|uaiid on viole vos lilKTtés, quand on dilapide votre bien.
Faites-moi un tyran aujourd'hui, et je me charge de vous trouver demain des avocats |H>ur justilier ses opérations» des liourreaux |iour extvuter ses ordres, et des faiseurs de madrigaux pour célébrer ses vertus.
Qu'est (v i|ue la philosophie.' tiest l'art de voir les choSi*s telles queHrs sont. C'est pour cela qu'elle déplail tant à ceux qui ont iiiténH ipi'on les voie comme il leur convient.
L'homme i|ui est en dehors d'une acadtMiiie est souvent bien audessus de celui qui est dedans.
Ix* plus graïui des hypocrites, c'est le public.
(.«*rlain«*s personnes craignent de blAmer les mécliants lorsqu'ils MHit an |Hiiivoir, et s'en Tont scrupule lorsque leur régiu* est |)assê. i: esl une disposition que les méchants (rouvriit excessivement louable. (*t qui obtient ItMirs éloges en toute occasion.
Lrsânies roinniunes ne paraissant gramlrs que ilaiis le succès. Il e>( M larilf de brilliT quand on a ohliMiii un |M)Mi* «Miiineiil ou qu*oti vient lïv gH^iin uni* bataille ! \xs graiiili's ame» ne \v paraiss«*nt jamai» tant qut* lors<prrll«*s tli*S4vndenl. Quelle scène majestueuM* que les adieux ilr Uashiiigtoii .itix itRieier*» d«* son armét*. lorM|u'il n^knirna chez lui siinpli* p.iiiirulii*r, après la giiern* delà nWolution d'Amérique! I«e
69S MÉLANGKS DE MORALE.
cœur gros d'émotion, il serra successivement la main a tous les officiers sans pouvoir proférer une parole ; et ceux-ci, étouffes par leurs larmes, ne purent exprimer davantage les sentiments dont ils étaieni pleins. J*avoue que je préfère cela à une audience de cour, où des personnages de comédie viennent gravement prononcer des discours communiqués d'avance, et écouter des réponses dont ils ne croient pas un mot.
Et lorque ce même Washington, après avoir pendant huit ans affermi la liberté de sa patrie, quitta la présidence où il avait été appelé, véritablement appelé, combien sa simplicité ne rehaus8a-t*elle pas sa gloire! Il remit solennellement dans la chambre des représentants, à John Adams, son successeur, Texercice et les marques de son autorité ; et après s'être rendu à cette cérémonie dans un carrosse à quatre chevaux, il se perdit à pied dans une foule immense, oîi la reconnaissance publique eut de la peine à le découvrir, pour lui payer le tribut spontané de ses acclamations.
Auprès de cela, quelles nausées ne donnent pas ces applaudissements achetés par la police de Rome quand Néron paraissait en public!
Serons-nous réduits à dire toujours, comme Franklin disait une fois : « Noire nouvelle constitution est maintenant établie, et semble » promettre de se consolider ; mais, hélas I hors la mort et les imp<)ts, » qu*y a-t-il de certain dans le monde ^ ? »
n s'est fait plusieurs révolutions à cause des Hnances, à commencer par celle des États-Unis qui date de Timpôt sur le thé. Il s'en fera d'autres encore.... — Eh bien, qu'en voulez-vous conclure? Donnez -nous un moyen de les prévenir. — Le moyen est simple; il est tout trouvé; mais je n'ai garde d'en parler. — Pourquoi donc ? — Parce que c'est folie de donner des conseils que personne ne veut suivre. — Mais encore '.* — Tenei : il n'y a quun mot qui serve : on veut pouvoir consommer en faisant de.< sottises, ce que nous ne pouvons produire qu'à force de peines -. Ajoutez à cela quelques accessoires, faites passer la scène où bon vous semblera, donnez des noms aux personnages.... Aussi longtemps que certai nés gens, qu'oii appelle des (jouvernants, auront la faculté de dépenser l'argent que d'autres, qu'on nomme des contribuables^ auront la peine
* Franklin, Correspondance, 1. 1, p. 298.
* Si qnelqu'un me demandait Texpllcation de ccë moU produire cl coaiomin^, je serai; ohligc de le renvoyer à une pclite déflnilion en Iniis volumes , que j'en ai donnée, sous If litre de Traité d'économie politique, ou simple exposition de la manière dont se produisent, se distribuent et se consomment les richesses.
PKTIT VOM MK.
^^ gagner, les un» abuxeronl, lesi aiitn^ !M! rârheron(,H une rèvolulioii arrivera.
Kn aflaire», l'etwentirl est de prendre un fiarti, quel qu'il «oit. San» doute il vaul mieux prendn» le bon : main c'est une ronaidèration aecfMidaire Ij* cachet de la médincrite en tout genre e»t de ne savoir pa» îM» décider. Ainsi, quelque paradoxale que semble la |»ropositiun, on ••at lion athninislrateur par cela «Mil qu'on ne laisse rien en arrière; on rsX un grand prince par cela seul qu'on dit : // ffiat yn^ «•/« toii aimt. Mais rexnHIencc, vu s«* dt-cidaiit vile, est de premire le meilleur ilea pjirtis qu'il y ait k prendnv et de savoir s'y tenir.
Iian.s les aU'aires de politique ou de commerce, dans la vie civile, un usa^e modéré du crédit l'augmente, un usage unmoitèré !*éner\e. Il es! connue l'aimant ; il est i*omnie ta pUifuirt de nos facultés physiques et morales : elles se Tortifienl en s'eier^aiit, mais s'alTaiblisëent lnrs4|ii'on en ahusi*
J'ai vu lies gens qui se vantaient île négliger les |»etites choses, et j<* Il ni lias vu ipi*ils se tirasseut lieaucoup mieux îles grandes.
Les grandes eiitrepriM*s se pn'sentciit de loin comme ces chaînes de montagnes que le vo\ageur voit longtemps à l'avance. Il n'en a|>erçoil t»as d'abonl i'Aprelé et les priM^ipices; mais à mesure tpiil s'en appni che, il en ine>iire avec une sorte de terreur l'escarpement et les abîmes ; il y voit de» rortMscoii|NVS de ravins, des chemins honiésde pnirmideiirs, des ponts dangereux et des descentes hasardeus(*s ; mais quand ou est parti, que faire? Il faut arriver.
Uiiand un \oit I im|»i*ritic et l'improlMté avec leM|uelles les alTaire» Muii menées ii cei laines é|H)ques, el au ciuitraire le grand nombre de U'4u\ talents ut de iitdil(*s caractères qui s<* maiiifesleiit en d'aiilre?» lemi'S, on serait li*iite di' croiie que la nature est iiiegalt* dans ses •Imis. Kieii n annonce twiurtaat quelluM* deiiicnte quand le.s circoii- ^laiM-es et le cliniat sont les mèiiies. Kaiil-il dire ce que j'en |RMise? \u\ e|NM|ues ou Ion apprécie les nobles qualités, elles st* devetfipiienl et M^ iiitinireMent. Uuand, au contraire, il n'y a ni pouvoir, m fortune, niiui^nie ... et c'est la qu'est la ImuiIc;, ni mi>nieilesapplaudissenienU» ptHir les Itelles et Imiines actnuis, elles ne germent pas. In champ où I on ne ciiliive p.is le ble, est envahi par les chaiduiis.
Ilendre intéressants par la persécution, de.s hommes qui ne le seraient nullement par leur caractère : faute grossière eu politique.
Lorsque les Français s*eroparèrent de Genève et détruisirent son indépendance, les aigles vivants représentés dans les armoiries de cette république, qu'on gardait dans une cage à l'entrée du port, furent lâchés et s'envolèrent ? on ne voulut pas que les vainqueurs pussent en faire trophée. l>a liberté avait rendu ces aigles esclaves; Tesclavage les rendit libres. Qu'avaient-ils fait pour être mis en cage ? qu'avaientils fait pour être rendus à la liberté?
Le gros des nations n'est-il pas, à certaines époques, traité delà m^me façon ?
Chez rhomme inculte, le patriotisme no s'étend pas au-delà de sa tribu, de son village. Dans cet état, il n'est pas rare de voir deux peuplades voisines se faire la guerre. Quand l'homme est plus éclairé, son patriotisme s'étend à son pays tout entier. Plus éclairé encore, il s'étend à l'humanité.
Le bien public est toujours le prétexte, et le bien particulier le vrai motif des actions du commun des hommes. Dans leurs moments d'épanchement, ils en font tous l'aveu ; ils regardent comme autant de dupes les hommes qui véritablement sacrifient leurs intérêts à celui du public. Il faut bien que cette inculpation (que chaque parti rejette sur ses antagonistes) ait quelque fondement ; et cependant, au milieu de tout cela, le bien public se fait. Je n'en veux pour preuves que les progrès des nations. Elles sont incontestablement plus riches et plus populeuses qu'elles n'étaient : les vengeances modernes, les guerres, les punitions, sont moins féroces, les infortunes sont mieux soulagées; et si ce n'était que l'impression des maux actuels est toujours plus vive que celle des maux anciens, on conviendrait qu'au total on est plus heureux, ou, si l'on veut, moins malheureux qu'autrefois.
Si l'intérêt privé est toujours préféré à l'intérêt général, comment le bien public est-il dans un état progressif? C'est qu'il n*est pas toujours incompatible avec les intérêts privés; c'est que la vivacité avec laquelle chacun soutient ses intérêts particuliers, est avantageusement balancée par le grnnd nombre de ceux qui s'intéressent faiblement au bien public; c'est entin parce que, malgré la mauvaise opinion qu'on peut avoir du genre humain, H renferme, surtout chez les peuples éclairés, plus de gens qu'on ne croit qui se trouvent être capables de s'élever k des considérations générales.
Il n*est si mauvaise cause en faveur de laquelle on ne puisse apporter quelque bonne raison. On a Tait l'éloge de la folie, de la lièvre, de MAron ; et dans lous ces éloges, il se trouve des raisons en vérité très* plausibles. S'ensuit-ii que ce soient de bonnes choses/ Nullement. Et pourquoi? C'est qu'il y a des raisons encore meilleures à donner contre elles. Pour juger une question tout entière, il faut donc écouter non-seulement le i*orR, mais le cottrc.
Or. dans les questions politiques, le public, qui est le juge suprême, puisqu'il s*agit de lui-même et de ses intérêt^ entend-il le pmir et li* contre T Jamais. Ses conseillers s'arrachent la parole; et pour avoir toujour^ raison, W plus adroit, ou le mieux soutenu, 6te la parole k ses aiivi*rsaires. Kt ce pauvre public, auquel on a persuadé qui* |»ar amour |Muir la paix il ne fallait entendre qu*un<^ seuli* bande d'avoc*als, comment prendrait-il un parti (Vlain''? Il commet des sottises; tm le fait interdire, et cela s'ap|)elle coi vi:rm:r.
Je ne sais pourquoi Ton reprissent!* toujours la lilxTlé de In presse comme un avantage jiu protil de (viix ipn écrivent; ce n'est pas cela du liHit : elle est entièrement dans riiitérél de ceux qui lisiMit, car ce sont eux qu'il s'agit de trom|>er ou de détromper.
Il y a des écrivains qui voudraient bien avoir le sens commun |ionr n'être pas sidlés par les penseurs, et qui {Niurtanl voudraient défendre les préjugés pour prendre paît au liulin. I.eur embarras est quelquefois risible. Quand les temps sont bons, le public se moipn* de ees auteurs-là; quand les temps sont mauvais, ils se miNpientdu publie.
Vive l'inquisition ! elle allait dnnt m son iMit et avait trouvé le moyen •l'avoir toujours raison : c'était de lirûler si*s adversain's.
On a dit que les voleurs craignent les réverWres : les usuqtateurs et l«-s tyrans le» brisent. Quand l'imposture règne, la simple vérité est séditieuse.
(ximme ta |»eur est le plus grand supplice des t\rans, le crime le plus irrémissible a leurs jeux est de leur fain; peur.
On p«*ut faire des gorges chaudes sur ceux qui se mêlent d'éclairer les nation*, thi peut même, s4>lon r<M*ra«iiiHi. leur faire a«alei la eigue. mai- en atleiiiiant les nations Véclairent.
iQst mélangilS de morale.
— Ah 1 oui ! s'éclairent! Voua verrez que mon cordonnier va devenir un savant, et le monde un vaste institut!
— Eh I lion , vicomte, vous avez assez d'esprit pour savoir que cela ne se peut pas. M'essayez pas de prêter des ridicules au bon sens. Pouvez-vous ne pas vous apercevoir que peu à peu Ton se forme de plus justes idées des choses, qu*on les voit mieux sous leurs véritables couleurs! Tout homme n'est pas appelé à s'occuper de tout, mais il coonalt mieux ses vrais intérêts, et jusqu'à quel point vous contribuez lu bonheur de son existence. Chaque jour les charlatans sont un peu
mieux mis à leur place Vous vous effrayez.... Rassurez-vous; ib
ont le temps d'achever leur rôle.
Il ne laisse pas d'être humiliant pour l'homme qui a le plus d*esprjt et d'instruction, de penser qu'il n'y a pas lie sot qui ne puisse lui apprendre quelque chose.
Un savant est un homme qui sait de la chose dont il s'occupe tout ce qu'on peut en savoir au moment présent, qui est celui où les counaissances humaines sont le plus avancées. Un érudit sait ce qu'on en savait quand elles étaient au berceau.
Uu'est-ce qu'un charlatan? C'est un homme qui monte sur des tréteaux pour faire acheter sa drogue... —Monsieur, cette pensée est trop hardie; il faut la supprimer : on va dire que par (rètfavx vous entendez une chaire à prêcher^ une tribune, un tn^ne... toute espèce de situa lion élevée d'où l'on peut parler haut et se faire entendre au loin.
Tout peut se dire, répète-l-on sur la foi les uns des autres; la manière de s'y prendre fait tout passer. C/est vraiment une belle faculté, que de pouvoir hasarder en tremblant une vérité honteuse, dépouillée de ce qui fait son éclat et sa force, comprise seulement des hommes qui n'en ont pas besoin, et inattaquable par le pouvoir, parce qu'elle est hors de la portée de la sottise. Il est nécessaire cependant d'être compris des sols, la famille en est nombreuse ; et enfin, les demi-verites sont en même temps, suivant Texpression de Chénier, des demimensonges.
Un écrivain dont les idées sont faites et arrêtées se glisse toujours entre la crainte de n'être pas assez compris et celle de Têtre trop.
De même que nous avons vu des erreurs remplacées par d'autres
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t-rreiirs, ell» |N»uvent ^tre remplacées (Nir dei» vêrilés ; el même beauroii|i trerreurs l'oiiC ôtê aiitsi. (Hi rroyail généra leiiient autrefois que U terre «Mait plate; on h imaginait que le soleil el le lirmaiiMMit tournaient autour lit' nous. tXte erreur n*e\iste plus «■( a «'te remplacée par U\ verilé. ITun autre mte. tl > a des ernnirs lielruiles qui n'ont |ias été remplaoe«*s du tout. Les anciens prétendaient que le laurier «variait I» foudie; maintenant on n'attribue cette propriété ni au laurirr ni à aucunr autn* plante. Les unriens si* trompient . voilà tout. iHi a donc vu des erreurs détnW»es, mais non pas des vérités. I.e ire sorde nos lumières s'accHïlt tous les jours, el rien ne saurait IVmpéeher.
I n eiTJv.un qui veut .si* l'^iire e.stimer longtemps et au-delà de sa vie. iHJtn* le talent et les Junuère^s, doit a\oir de la consciemvet delà pnibite; car 11 lui e.st ditlicile, impossitile peut-étn*. de le< teindre longtemps av(V succès. Souvent la justice du public ««st assez i*\|iédltive.. . et l'auteur qui a niun<|ih' «h' honn<* Toi ptMit eneon* joiiir d«* sa honte.
La franchiM* de IVxpp^sMon *^l une ties qualités du grand eenvaiii H lirplnlt aux esprits médi«H*n*s. Quand la re|>utation d*' Tecrivain est lueii roiKacriM*. ipi i*llt* iin|H)s<\ mi siMi plaint tout doiieemenl : V'fitatyfif h^urru^^MnU ^it v**U» fuit sun vuu.i iunijtiffr,^ \utitiin- uHttut MKMi fttift r//iw.-k pitisifurs tir %^» nril.%^ de fuit 1er luoins nettruitni s9lt rertatnt sujrls, - J.-J. ilnussrau puas**- (furitfuetut^ ia fiauvhtse tiop iaiii. Vais M ees reputati«ui^ n'étaient |ka> alTeiiiiies, CDiiiine on Irailerail ces pjiuvres glands liomines' ou plutôt cuinnient \w les a-t-iui pas t^all«•^ ! tfuel cynisme* quelle iinpiMleiiee! Je ne sais .m de leiii vi\aiil ils n'uni pas Hé traites île sciVrals, dont en lionne jitstuv i»n devait drluirras- Si*f la s(N*ii*tê.
\a^ ouvrage.*» d'un auteiii qui est homme du nnuide et < onvive aimable, parvHMiiient rarement à la (Nisteritr. Maiwpie-t-il «le oinnaissan ee», desprit, «le talent' Non s«in> d«intr; mais l«* n'iilir di< s«'M*<>mlMtiaiaons« e'eat le guùt de son v^u:W auquel il V(*iil plain*. Remarque/ qu'il eu est ainsi, ménii* ipiaïul le<*n\aiii est homnii* il un grami niéritt*. «q SM r«)tene céléhri* par re>piit H le sa\«Hr. LUe a tiHjjours iie> ifili*rtMs. des atV«Mqi«iii>. «ii's opuiions «tu moment . que eliacun «le ses ini'iiihri*> il p«T|M>iui*llfiih*nt en vue, et au\tpiel> il t*sl im|N)>.«»ililr qu'il n'atlaelie pas plus d'im|KM tance que tout c«*la n en m<*nte. .\lai> le gUibe hiurne. la g'ittM.itKHi diNp.iralt ; d'aiihe^ iiiliTi'*!*^. de iiiMi\iMU\ lap^Hiit^ »ucc«Hleiit 4U\ prenii«srs. >o)e/ alors quel immense avantage a eu le-
crivain solitaire : il n'a reçu le reflet d'aucune lueur du moment; il a observé, il a décrit, au moral ou au physique, la nature des choses qui ne change point, et qui intéresse toujoui-s.
L'homme qui médite constamment, qui vit en lui-même, tient trop de compte de ses idées et leur suppose une importance qu*elles n*oiil pas toujours. Nos idées n'ont d'importance que par les applications qu'on en peut faire et l'influence qu'elles sont capables d exercer sur notre sort ou sur celui des autres. Pour cela, il faut qu'elles se rapportent tout à la fois à la nature de Tliomme et aux circonstances où il se trouve. On peut faire de grandes découvertes sur la nature de l'homme en descendant en soi-même; mais pour connaître les circonstances où l'homme peut se trouver placé, les intérêts du jour, les préjugés et les passions du temps, la méditation devient insuflisante. Il faut étudier le monde comme Vernel qui, pour peindre les tempêtes, se fit attacher au mât d'un vaisseau battu par l'orage.
Dans un temps où il y a tant de livres, c*est déjà quelque chose qu'un ouvrage qui n'est pas fait avec l'esprit d'autrui. Si l'ouvrage est bon. c'est beaucoup; s'il est excellent, il y a du génie.
Lorsqu'un auteur dit que c'est pour le cercle élroif de ses amis qu il écrit de la prose ou de^ vers saris prétention^ le public, qui nest pas des amis particuliers de Tauteur, dit tout bas : Pourquoi «écrire des choses qui ne valent pas la peine d'être lues? et si elles ne sont pas dignes du public, pourquoi en donner la préférence à ses amis.' A qui d ailleurs persuadera-t-on que lorsqu'on imprime c'est pour n'être pas lu?
Les lettres de madame de Scvigné, en partant deux fois par semaine, se succédaient peut-être un peu trop rapidement. Cela ne laissait pis aux événements importants le temps de se présenter; et elle envoyail souvent à deux cents lieues des récils qui ne méritaient pas de passer au-delà du château voisin. Klle le sent elle-même; elle dit : Quaidj^ relis mes lettres^ je svis toujours tentée de les brider en XJoyant les bagatelle^ que je mande. Mais dans ces cas-là la forme valait mieux que le fonds: un fonds léger faisait naître chez elle une foule d'idées, de sentiments, et la conduisait à bien des découvertes dans la nature humaine : dès lors tout devient important.
Pour remporter les honneurs littéraires, il faut avoir peu d'idées à soi, elles heurtent trop de gens: il faut avoir peu de caractère, il nuit à la souplesse de la conduite; mais cependant comme il faut avoir un
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litre au\ distiiictioi», il est Nui d'avoir de i*îiHtniclion et de savoir la placer à propos dans des (Vrils communs qui ne puissent offusquer personne. Il faut, en outre, savoir dans Toccasion adresser un mot oblifceant à Thomme qui peut ^tro utile; lalre valoir les autres, se faire valoir soi-mùme sans se vanter pourtant ; obtenir par ses amis un avancement quelconque, auquel on a Pair de n'avoir pas songé : paraître étonné des faveurs qu'on a longtemps solliciU'es, au moyen de quoi nn obtient une K*putalion profitable, Va-t-on de m^me à la postérité * — Oliî non: c'est tout autre chose.
thi faillit nu reproche a un phi!os«iphe, de ce qu'on trouvait dans ses ouvniges plus de raisonnement que de sentiment. • Vous me flattez. re|H>ndit-il, c'est le niisonnemenlqui nous distingue des bétes. •
l/ecrivu.ii l<* plus élégant et le plus ingénieux, celui qui honore le |ilusson pays i*t sert le mieux l'humanité, ne sera Jamais lu, commenlt\ :idn)i.t* (M cru autant que saint l.uc ou saint Matthieu.
I.egilimilr iii*s prnices, souveraineté du peuple, pirhe originel, sont des expressiiMis quo les sots compn*nneiit bien plus aisément que les gens d'esprit.
Je deniand.iis un jour a un grand géomètre, a quoi servent les ma- Ihematiquf.s uu-delà des éléments d'Kuclide et de l'arithmétique di*eimaie. — Monsieur, me ré|>ondil-il. cela sert à Tain* dos livn^squi ne sont entendus que par une deminlou^aine de |>iTSonnes. à faire arriver leur auteur à l'ACiidémie des M'iences, et à Un procurer encore d'autres faveurs... — J'entends bien en quoi cela piMit vous servir; mais à moi, k tout autre, à quoi cela sert-il '
hIAMM.I K.
Mu!«iNiH. ^ Je m ennuie.
I !« AVI. — Je le crois bien.
MoMMin. — J'ai pourtant Iveaucoup de riches.Hes ; chacun est empressé de ni(* plaire; nies tiesirs sont satisfaits aussitôt que formés; il n'y a |ias un artis;in qui lit* mette son esprit à la torture |Miur flatter ma si'nïiiialitr. I. 'artiste s'évertue |Nuir m'anuiser de .s;i musique, de ses |iein* lun'N, lir ><)ii aivhitecture, de sa déclamation :jenc devrais |N){irlanl |Mis nri'iiiiuv'i'