CHAPITRE XIV. — De rimportâtion et de rExportation des marchandises
Qu'entend-on par l'importation des marchandises?
L'importation est une opération commerciale par laquelle un produit est acheté dans l'étranger et apporté dans notre pays.
Qu entend-on par l'exportation?
C'est une opération par laquelle un produit est acheté dans nôtre pays et envoyé dÂns l'étranger.
Les commentants qui se chargent de ces opérations sont-ils des nationanu ou des étrangers f
ils sont indifféremment nationaux ou étrangers, selon leurs goûts, leurs talents, et les capitaux qu'ils peuvent employer à ces opérations.
Comment les marchandises exportées d'un pays lui sont-elles payées?
Par des marchandises importées MJn exemple le fera comprendre. Un commerçant français ou américain, ou tout autre, donne Tordre i un commissionnaire français d'acheter en France et d'expédier aux Etats-Unis pour 20,000 francs de soieries. Arrivées aux Etats-Unis, ces soieries se vendent 25,000 francs, je suppose. Le commerçant, entrepreneur de cette opération, donne Tordre à son correspondant améi'i-
' Pour que Ton paisse payer avec des lettres d« change sur l'étranger des marchaiidiiei qu'on aurait tirées de Tétranger, ii. faut qn*oo y ait envoyé préalablement une valeur réelle pour faire les fonds de la lettre de change. Dès lors il est clair que l'on paie Tétranger avec cette valeur réelle/ et non avec cette lettre de change, qui n'est que le signe d'une créance acquise par Tenvoi préalable d'une valeur réelle. J'appelle valeors réeUes les choses qui portent en elles-mêmes leur valeur. L'or et l'argent sont des valeurs léel-* les et no sont point des signes. {Soie de VAuteur.)
r.ATfj.IllSME D'IÏCONOMIE POLITIQUE. 57
rjia ilfmplojer cviii^ somme on achats de roloiis, el il'ex(>édier ce% rtiifm» vu France, où ils m vendent 30.000 francs.
L cntn* preneur avec le produit des cotons imie les soieries au fahrirant français, et l'excédant sert i payer les frais do Topi^ation el les pn»prc« soins de lentrepreneur qui font prtie de ses avances.
Vamratt-ti pas été plwt avantageux pour ta France que te commerçant fmi/ati rerenir la valeur des soieries en mr.tat d'argent piutiU qu*en coton?
I. intérêt de la France, dans cette occasion, nVtait pas diflerent de relui du né{;ociant qui Ta entreprise, i/un et l'autre devaient désirer que la valeur des retours fût la plus grande qu*il était possible ; des cni- \tyo» qui valent en France 30,000 francs sont, |>our le pays comme pour U> particuliers qui les font venir, une richesse plus grande que des l*a»tres qui n'auraient valu que 21>,000 francs.
r ^pendant li semble que d's piastres frappées en montiaie française au- '2im/ fwtmi un capital plus durable que du coton,
\ous devez vous rap|>eler «|u*un capital n*est |ms plus ou moins durallie, en raison de la matière où sa valeur est logée, mais bien en rai- VII de l'espèce de consommation qu'on en fait. Tn tilateur de coton ne («ni aucune portion de son capital quand il transforme de l'argent en cittiin; tandis qu'il dissi|>e une portion de ses capitaux productifs lorsqu il transforme une partie des marchandises de son magasin en vaiswllt- d'argent ou en bijoux * .
Cependant un pays qui exporterait du numéraire, et qui ne recevrait pas le métal dimt on le fait, ne verrait-il fHis sa monnaie devenir plus 'art et toutes se* ventes plus difficiles t
ïjc numéraire deviendrait plus rare, à la vérité, si le métal dont on kfait devenait lui-m^me plus rare; mais il n'en n*sulterait pas que les rentes fuss<*nt plus dilliriles; car/ de mémeqtK* toute autre marclinndue. l'argent devient plus pnVieux en devenunt plus rare; et il|»eutse trouver moin< d onci>s d'argent dans la circulalHui, sans qu'il s'y trouve nniin» de valeurs, si chaque once de métal vaut davantage. Comme nn ne recherche pas le num«*raire pour le consonim«T, mais |>our acheter, M valeur importe |ieu; le manliand qui en re4;oit en moins grande
* l.a w rrpurUni au rhapiln- \ df% i aptttsuj , on \«Tr.i « umiiinit lo ca|iilau\ h> {h-i- ^\u^wâ, qu(i««|Uf ri»fliipi«r* «le iiialKif* fiiifilito. On «ma r—ilriiK'iit (|u«* l.i mAjcurr |iailif' ^ B>«cMi^dor rt iMirçciil, i|iioiiiiir i-itm|iuHi-< di' iimIuto duiablri», nr funi |ia» |»arti<i ^ «-jfiUui 4 un p«v*
quantité pour ce qu'il vend, en donne à son tour en moins grande quantité pour ce qu*il achète. L*or est bien plus rare que l'argent; néanmoins, dans les pays où Ton se sert de monnaie d'or, comme en* Angleterre, on ne remarque pas que les affaires soient plus difBciles que dans les pays où Ton a des monnaies d'argent. Nous sommes, par la même raison, fondés à croire que si, par impossible, l'argent devenait en France quinze fois moins abondant qu'il n'est à présent, nous ne serions encore qu'au point où se trouvent les nations qui se servent de monnaie d'or : chaque once d'argent valant quinze fois autant qu'elle vaut à présent, remplacerait quinze onces dont on se sert actuellement ^
* On a remarqué cependant que la rareté du numéraire et son renchérissement i 8if nuisent à TactlTité des affaires, et au contraire qu'une abondance croissante de monnaies faYorise les développements de Tindustrie. David Ricardo parle de la gène qu'on éprouve en Angleterre, lorsque la banque rassemble et encaisse de fortes H)Qmie8 pour se préparer an paiement des arrérages de la dette nationale, dont clic est chargée. D'une autre part, il est constant que rémission d'un papier-monnaie, aussi longtemps qull consenre ton crédit et qu'il nralUplie l'agent de la circulation, même lorsque cette multiplication dégrade successivement sa valeur ; il est, dis-je, constant que cette émission est faTorable i la production et facilite toutes les ventes. Mais il convient de faire aUention que* dam les circonstances dont il est ici fait mention, ii n'est pas seulement question d'une pénurie ou d'une abondance de monnaie, mais de richesses véritables.
Les marchands vendent plus aisément, lorsque les rentiers viennent de toucher lean rentes, qu'avant l'instant où elles sont payées : c'est tout bonnement parce qu'ils ont, à la lin d'un quartier, épuisé leur revenu du quartier; ils se privent dans ce moment-là, et font leurs emplettes plus aisément lorsqu'ils viennent de toucher leur quartier. Cette cause de pénurie et d'abondance de richesses, arrivant en Angleterre quatre fols par an, et ne durant que quelques Jours, n'a pas le temps d'agir sur la valeur de b monnaie et de compenser, par l'élévation de son prix, le déficit occasionné pur les encaissements de la banque.
Quant à l'activité qui résulte de l'abondance, do l'agent de la circulation, fruit de l'émission d'un papicr-monuaie, elle peut naitre d'une abondance réelle de capitaux dne m papier monnaie. On sait que la monnaie de papier en tenant lieu de la monnaie mètdlique, permet d'employer comme valeurs capitales des métaux dont la circulaUon peot alors se passer; et, de plus, le gouvernement, à l'aide d'une monnaie qu'il se procure à peu de frais, paie ses dettes arriérées, commande de nouveaux travaux, forme de nouvelles entreprises, et répand de véritables richesses dans la société, en y répandant une monnaie qui, quoique de papier, a une valenr très-réelle ajoutée aux autres valeurs répandues Jusque là dans la société.
11 y a donc lieu de croire que, dans ces cas-là, l'activité des alTaire est due à une augmentation d'aisance, et que la sculo abondance ou pénurie du numéraire qu'on obtient par on troc contre d'autres marchandises, peut bien influer sur sa valeur relaUvcomt aux putrai marchandises, mais non sur lo plus ou le moins de facilité des échanges.
{Note de rAutnir,}
CATÉCHISME D*ÊCONOIIIK POLITIQUIi:. 59
Lm quantiié d'argent peut-elh Hrê réduite à ce point par V effet des tfermiioms commercialeif
Jamatt, parce que le commerce lui môme trouve son protU k apporter de l'argent dans un pays où il a une valeur môme très-peu suporifufe à celle qu*il a dans un autre pays K
Peme-im pw ëe$ pn^ibitiont faire entrer dans un pays plus d'or et fmrffmi qmen*en réclameni les besoins de ce pays?
C'est impossible, parce que, du moment qu*il y a (]uclque part plus d'argent que n'en réclament les besoins, sa valeur décline par rapport à celle de toutes les autres marchandises. Si notre pays possède la quantité de métaux précieux que nVlament ses besoins, les néKwiants qui en iraient venir n'obtiendraient pas en échange une aussi grande quantité des objets qui doivent composer leur retour; ils perdraient : or. aucune loi ne peut forcer un négociant à entreprendre une opération de eCommerce qui donne «le lu perte.
Qwe conelmez'vous de ces considérations ?
Oue cène sont |Hiint les lois, mais la seule infliienc.^ des prix «{ui fait mirer dans un pys Tor et Targent, ou les en Tait sortir.
>a«i me dervns donc pas craindre de i*oir nottr jtntjs s' épuiser de nu me- 'urr par ses achats de marchandises étrangères 1^
Crtie crainte serait chimériqoe. iHs toutes manièn*5, un pays ne peut an|uenr les produits étrangers qu'avec ce qu'il proJuil lui-même; CH'me lorsqu'il les paie en argent, itne les acquiert qu'avec des pnHluits Jr «tim aol, de ses capitaux cl de siui iiiduslric; ear ce sont ces piu- «iuits qui lui servent à ac(|uérir l'argent dont il les paie'.
' Lr» cmnnirrçaDti »'j|)cn;uitent de l.i ilitTi'rriire tlt* l.i tairiir ilu l'ar^^fiit ii*uii pa>s iIurh I «Ifr, m ni«i|4ranl lr» rrtiMinque prm-iiru raryrnt a ver le:* rfdMirs qup |>rtinirrnl li*» imii9 marctuodiio. tu iwituciant qui tWltlnTe i^'il fera pa^M-r dl^paisnc rn Kr.-inrrdn » Ml 4tt Tio «te MiiUin, riHnpan* ce t|iic millf piaMrr» achrtprnnt rn Franrr île la duc qu'il \cal KqiNTlr, avec r« «iii'cn achftrra le vin ik* Malaga. Si, par l'tcm- Hr. Hklk |na»trei vfmlurt en France MfllMnt pour y arh«*trr rrnl pircea «lr tuile de llreuat. il M du Via de MaUf^a, niAlanl rn bpainie mille piantrm. apr^ avuir rlé vendu en (nnee. n> prat acheter que quatre- vlnirt-aeiio pkVcii de toile, Il a quatre pnnr rrnl à aasÈÊt a wnrmyrr ém plaiirea; et ce aont des plaalie« qu'il enverra, en lupimMinl len më- ■Bi fnu dana Ica dcax ra«. {Soie dr /Mufrar.}
• *U»«qu« kaoïrttui prrâcai, par l'effet dot paiement* qui m font su\ etranitert. deviennwt ram dana notre paji, au point de faire monter Uur valeur M'ulement de d«'ui nu faia fmr cani, rintéiM du eommcrcd est don fain' venir. Or, le rtmimerre ne peut fairo i taoi les po}er, sans covo)er l'oqui valent de leur valeur en pn^
Qu'est'Cê que la balance du commerce?
C'est l'état des exportations d'un pays comparé avec l'état de ses importations.
Si Von pouvait avoir de pareils états exacts, qu'est-ce qu'ils apprendraient?
Ce qu'une nation gagne annuellement dans son commerce avec l'étranger. Elle gagne d'autant plus que la somme des produits qu'elle importe surpasse la somme des produits qu'elle exporte.
Sur quel motif appuyez-vous cette conséquence?
Dans nos relations d'affaires avec les nations étrangères, la nôtre ne saurait perdre ou gagner que ce que nos compatriotes perdait ou gagnent dans ces mêmes relations. Or, nos compatriotes gagnent d'autant plus que la valeur des retours qu'ils reçoivent surpasse davantage la valeur des marchandises qu'ils ont expédiées au dehors.
Pourquoi beaucoup de personnes croientrclles au contraire que le gain d'un pays se cotnpose de V excédant de ses exportations sur les importatUmst
Parce qu'elles ignorent les procédés du commerce, et les sources d'où provient la richesse des nations^
Si nous gagnons dans notre commerce avec une autre nation, Jaut- il que cette nation perde ce que nous gagnons ?
Nullement : les marchandises que nous lui expédions sont évaluées
iluils de notre pays. 11 est de la dernière évidence que nous ne pouvons nous acquitter qu'avec nos produits, ou, ce qui revient au même, avec ce que nous acquérons par le mo}en de nos produits.
Un pays qui, comme le Mexique, s'acquitte, avec du métal d'argent, de ses achats à l'étranger, s'acquitte encore avec les produits de son sol et de son industrie, puisque l'argent est un produit de son sol et de son industrie.
' Ce qui égare le jugement do beaucoup de personnes, relaUvement à la balance du commerce, c'est qu'elles considèrent une nation par rapport aux autres, comme un marchand en boutique par rapport aux chalands. 11 s'y trouve une fort grande difTérence. Un marchand est une personne unique qui ne fait qu'un seul genre d'affaires et ne pent recevoir sans désavantage, en paiement, les objets qui ne sont pas de son commerce. Le marchand de chapeaux désire que l'apothicaire le paie en argent, parce qu'il n'a pas besoin de ses pilules; l'apothicaire désire, à son tour, que l'opticien le paie en argent, parce qu'il n'a pis besoin de ses lunettes. Mais une nation ne reçoit Jamais en paiement que les marchaDdiseft qui ont du débit chei elle; et elle ne lc6 reçoit jamais que par les mains de ceux qnlen sont marchands. Lorsque la Hollande paie la France en drogueries, quels sont ceux qui font venir ces drogueries de Hollande ? Ce sont des droguistes et ils sont bien aises deles recevoir, parce qu'elles sont la matière de leur commerce et les objets mêmes sur lesquels ils fondent leurs bénéfices. {Noies de VAuteHr.)
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par le négociant qui en fait l*envoi, sur le pied de ce qu^elles coûtent a ce oéfeociant; la nation qui les reçoit les évalue sur le pied de la valeur qu'elles ont après avoir été transportées chez elle. De m^me, HIe évalue celles que nous tirons de son pays, en raison de la valeur qu'elles ont chez elle, et non en raison de la valeur qu elles ont chez nous. Ses importations peuvent donc excéder ses exportations, et les iuHres préseiiler le même résultat Les choses arrivent même généralement ainsi : toutes les espèces de relations commerciales sont mutuellement avantageuses; car personne n^est forcé à Taire des aflaires, et il n'est aucun pays où Ion consenU*, d'une manière suivie, à en bire pour y perdre.