COLLÈGE DE FRANCE
DISCOURS D'OUVERTURE DU COURS D'ÉCONOMIE POLITIQUE 4e ranaiée scolaire ISSl-lSS*^
Messieurs,
Je vous demanderai la permission de vous répéter quelques idées générales qui ne vous sont point étrangères, mais qu'il est bien utile de se rappeler dans leur ordre.
Une société politique, une nation, est une réunion de familles liées par des intérêts communs, par des convenances géographiques, par les mêmes lois.
Dans le mot de lois^ il faut comprendre toutes les obligations, même celles qui ne sont imposées que par l'usage, auxquelles on est, à quelque titre que ce soit, dans la nécessité de se soumettre.
De ces lois les unes sont imposées par la nature des choses, les autres par une législation positive.
Les lois politiques sont celles qui règlent les obligations réciproques des citoyens et du gouvernement; les lois civiles qui déterminent les obligations réciproques des citoyens entre eux ; les lois économiques qui font connaître les conditions naturelles ou de convention, au moyen desquelles nous pouvons jouir des biens dont Thomme fait usage dans rétat de société; et d'où dépendent l'entretien, la continuation, le iNenêtre des familles et de la société.
Toutes ces lois peuvent être l'objet d'études spéciales, qui en rendent la connaissance plus parfaite, plus complète.
Celles qui ont rapport aux biens, à leur distribution et à l'usage que nous en faisons ( à nos intérêts, en un mot), sont l'objet de Tétude dont
* J.-B. Sa> a été nuniiiié prufesscur au (À)llègede France, le IG mars 1831. Lacréition de cette première liiaire d'Kconomie politique s'était Tait loni(temps attendre; déjjà la lanté du savant proresseur était fortement altérée, et il ne devait pas occuper tongtemyi ce poste où l'appelaient tant de titres, et où il aurait pu rendre de si grands senriecfl à la science. {Note des Éditeurs.)
IHMiOllRs l>'Oi;VKRTrRK. 163
ms nous uccupmis ici, de Veronomie politique, qu*on peut nommer uai inmoMée jmbUqury erowmi^ sociafe. Toutes ces expressions sont iMinynH'S.
U-d lois êcoMHniques sont souvent tout à la fois naturelles et posives ou i*onventioniR*lles. 1^ science a soin d'avertir sous quels rap- ()rt> t-lle» iMirticJpenl de l'une ou de Taulre nature.
\m biens que l'on peut aussi appeler nos richesses, et qui sont Tob- •t dr lecononiie politique, nous sont donnes soit par la nature, comme us Ijcultits naluretles, la santé, la lumière du soleil ; soit par les eiïorts ,ue iM>u> soniuies» obligés de Taire |iour les obtenir, eiïorts qui, en momnie politique, constituent la production.
Cette iHtNluclion a pour principe, |iour fondement essentiel, un traiiil dinge |iar l'intelligence, que nous avons nommé industrie. Il nous rrMt* A M\oii' de quelle lai^oii les biens, les richesses qui sont le fruit ie U pniduction, se re|iartissent dans la société, comment elles y sont aNbiHiimee!», et ce qui résulte de cette consommation. Mais auparavant r «iiu» n*lracenii en |ieu de nuHs la nature des o|H'nitions productives, «prv» quoi nous jelterons les yeux sur un tableau général des intériMs «Niiux, qui mnjs aidera à saisir les rap|K)rts qui les lient entre eux, i rM ailiiv qui lient les notions (|ue nous avons déjà eues, avec celles qui diiivi'iit les suivre.
L inlfllifrenct' i*t le travail ne suflistMit pas |H)ur que riiomnii* obtieniK' ^ Ui*u> qui mniribuent à son existence el à ivlle de la Société. Des ithniM^Hta Miiit iiidis|H*iisabk*s |N)ur l'exercice de l'industrie.
^•lu« avons vu t|ui* ci*s instrumenls consistent, soit en des capitaux^ fil ^iiii dt- crt-alitMi humaine, soit en des instruments donnes jpar in *^9rf, ri qiir ci»3i deriii(*rssoiit tantôt des propriétés, coiiiine les terres, ^mlM d«*> bHMi>lourni> graluitenieiit |»ar la iialun*, el que nul individu, Mk* ^ichH«* lia pu s appn>prier exclusivement, comnii* les vents et li*s «^.
^«Hla It^ sfuls fonds d'où iiaisstMit tout(*s l(*s ricln^ssirs, les seuls fonds r^irfi/i de toutes h*s richesses.
1^ r» fonds ci-ux qui fnil des pniphétaires riTonniis |K)ur tels, [uir '*' tr^v de la Mii'ict**, eoiiinii* les faculli^s industrielles, U^ capitaux, les ^•nn /i*j.««r<yrrj, \oila Wjunds de loult'S iii»s fortunes. I.es produits qui ^•toftpiil, viHlâ tous nos rrtVftUs,
^ qui ftommes-uc»u.s n*ile\ahles de nos laciillés industrielIcHi ' Kn |iar-
164 (*:UVRES DIVKKSKS.
lie à la muniiiceuce de la nature, qui nous a donné une certaine inlel ligence, des organes, des yeux, des doigts, une force jnusculaire, etc. eu partie à nous-mêmes, qui avons acquis par nos soins, par nos efforb le talent, Tart dVmployer avec succès nos facultés naturelles.
l)*oii nous viennent les capitaux que nous possédons? De nosépai gnes ou des personnes qui. nous ont transmis les produits dont elle se composent. Ce sont des produits dont on pouvait consommer I valeur pour des besoins, pour des plaisirs; et que Ton a mieux aim consommer pour créer de nouveaux produits qui ont rétabli et per pétué cette valeur.
D'où nous viennent nos fonds de terre? De la muniiiceuce du Créateur. Les premiers occupants, ou des conquérants se les partagèreot et la société, pour favoriser leur exploitation, en ratifia la possession
Tous ces biens sont des fonds productifs parce que c*esl d'eux qut sortent les produits, les richesses continuellement consommées et qui pourvoient à l'entretien des hommes et de la société. De ces fonds les uns se conservent comme les terres; les autres s'altèrent comme le$ capitaux, qui diminuent s'ils ne sont perpétuellement entretenus ii moyen de la reproduction; les facultés personnelles qui se détériorenl par l'âge et les nlaladies.
Les fonds productifs contribuent à donner des produits en rendant le genre de service qui leur est propre ; et qui est dirigé par l'industrit humaine. Vous avons vu, dans le^ leçons qui ont précédé, en quo consistent les services des capitaux et des terres.
Les produits sont matériels ou immatéiûels. Ces derniers consisteu presque toujours en des services d où il résulte quelque bien, quelqu< avantage pour ceux qui les consomment ; mais desquels il ne resullt pas un produit visible et susceptible d*étre transmis, d'être échaugi contre un autre produit; ils constituent néanmoins une producUoi réelle quand ils ont uwe valeur réelle, c'est-à-dire qu'ils sont volontai rement payés*.
Telle est sommairement la manière dont s opère le grand phénoinèoi de la production dont vous avez eu les développements et les preuves dans le premier semestre de ce Cours.
' Vo>ez dans va vuluiiif , rt'lativement à la d(»clrin(^ des |iroduiU iminufmW«, la des cinq leUre» à Mallhus (183(t), et une lettre de Malthus à J.-B. Say, éirîle en 1837.
{Note deg Éditeurt.)
A considérer Thomme social, soit dans la famille, soit dans la société, les besoins qu'il éprouve pour continuer le genre de vie auquel il est parvenu, ne peuvent être satisfaits que par de certains sacrifices. Ces sacrifices vous avez vu qu'ils consistent soit en un sacrifice de ses peines, de son travail , soit en un sacrifice de quelques biens dont il doit la possession soit h son propre travail, soit à celui de ses pères; ou bien seulement i des conventions sociales. Au moyen de ces sacrifices, rhomme satisfait aux divci s besoins de sa famille ou de lui-même: besoins de première nécessité , comme la nourriture; besoins de sécurité, besoins d'habitudes et même besoins de plaisirs.
Quel que soit le degré d'intensité de ces besoins , nous pouvons considérer leur satisfaction comme un bien ; de sorte que la vie se compose, d'un côté, de sacrifices, et de l'autre, de satisfactions obtenues au prix de ces sacrifices. Si je ne craignais qu'on abusât de mes expressions en leur donnant une rigueur que je ne prétends pas leur donner, je dirais que la somme des biens dont jouit la société tout «itière est acquise au prix des maux qu'elle subit, des peines qu'elle prend, d'un travail pénible qu'elle s'impose pour obtenir, en échange, i^ plaisir. Le travail peut être fort peu pénible, et les biens illusoires ; ce n'est pas ce qui nous occupe ici. Il nous suffit qu'il y a dans le inonde une somme de peines, de maux, de sacrifices, au prix desquels elle obtient une somme de biens, de satisfactions, de jouissances.
L'Économie politique a pour objet de faire bien comprendre co mouvement, ce jeu de la société, et de tirer parti de cette connaissance pourqu'il s'exécute avec le plus d'avantages qu'il est possible; c'est-àdire en faisant le moins de sacrifices qu'il se peut, pour obtenir le plus d'avantages que nous pouvons en attendre; à diminuer la somme des ««wa? et à augmenter celle des biens.
Pour parvenir à ce double résultat, on ne fait plus, comme dans les siècles précédents, des systèmes, des plans^ des projets. On étudie par l'inalyse, par l'observation, par l'expérience, ce que sont les choses, leur nature, leurs causes et leurs résultats, et par ce moyen on découvre quels sont les maux que Ton peut diminuer^ quels sont les biens que Ton peut augtjnenter. C'est là ce qui constitue l'Économie politique moderne. C'est là ce qui en a fait une science, car l'analyse, l'expérience, /a connaissance de la nature des choses, de la manière dont elles se comportent, peuvent être l'objet d'une étude ; et il faudrait être insen-
166 ' OKITVRES DIVERSES.
se pour ne pas voir ce que celle élude a pour nous d'important, pour méconnaître l'influence qu'elle doit avoir sur le sort de tous et de chacun de nous.
Je ne suis pas ràchc de celle occasion de rappeler un passage de Fénelon, que j'ai mis comme épigraphe k la léte de mon Covrs complet d'Économie politique pratique, en six volumes.
« Après tout, dit Fénelon, la solidité de reprit consiste à vouloir • s'instruire exactement de la manière dont se font les choses qui sont » le rondement de la vie humaine. Toutes les plus grandes affaires rou- » lent là-dessus. »
Ces paroles ont élé, je le sais, inspirées k Fénelon par une vue générale de l'humanité et par un cerlain bon sens naturel, plutôt que par de saines notions d'économie politique dont on ne connaissait pas les principes de son temps ; mais elles ne contiennent pas moins l'expressioD d'une grande vérité. Fénelon , dans son Télémaque , avait moins pour objet de Taire un traité de législation que de combattre dans l'esprit du jeune prince, que l'on supposait devoir régner un jour, les habitudes fastueuses de Louis XIV, qui finirent eneflet par plonger la Frauoe dans la misère la plus affreuse.
Pour éviter de tomber dans ces tristes extrémités, il faut se pénétrer des causes qui font le déclin ou la pros|)érité des États : on est confus de voir que la science qui nous occupe, ne soit pas plus généralement cultivée, et qu'on soit exposé chaque jour à entendre un langage qui suppose l'ignorance de ses premiers éléments , même dans les lieux où se préparent et s'exécutent les mesures qui ont pour but le plus grand bien du pays. Mais il ne faut pas qu'on s'en étonne. Les hommes ne renoncent pas tout de suite à de mauvais principes. On sait que, même au commencement du xvin'' siècle, le savant Bernouilli, concourant pour un prix à l'Académie des sciences , fut obligé de respecter les tourbillons de Descartes, autrement son ouvrage n'aurait pas eu le prix- Un des torts qui peuvent être reprochés à Bonaparte , est d'avoir supprimé dans l'Institut la classe des sciences morales et politiques; ce qui n'a point, au reste, empêché c^. corps illustre d'en consacrer l'importance , lorsqu'il a , en 1830 , décerné un prix k l'ouvrage dont j^ citais tout à l'heure l'épigraphe.
Les gens qui ont à cœur le bien et la prospérité de leur pays sentent enfin la nécessité de favoriser les progrès de l'Économie politique véritable ; de celle qui, dégagée de tout esprit de système, ne se fonde
DISCOURS D'OUVKRTURE. 167
que sur des faits incontestables et des raisonnements rigoureux. Si cette science est encx)re trop peu, ou trop mal connue , c'est que tout est récent; c'est que, dans la vie des nations, les siècles ne sont que des années et les années ne sont que des jours.
Les études les plus suivies sont celles qui peuvent conduire à un état lucratir , c est-à-dire à des fonctions auxquelles un public nombreux a nécessairetnent recours, comme les études de la médecine et celles du droit. Il y aura toujours des malades ( qui le sait mieux que nous I ), il y aura toujours des procès. Il est vrai qu'une bonne administrationest aussi un besoin de tous les temps; mais dans tous les temps , pour y être employé , le savoir-faire , comme a dit un de nos auteurs , est encore plus utile que le savoir. 11 faut attendre patiemment Fépoque où Ton sera généralement convaincu que les idées justes et les vues générales ne sont pas moins utiles aux particuliers qu'aux nations ; car, quoique les vues économiques soient plus souvent applicables au soin que nous prenons de nos fortunes, et de la fortune publique, elles peuvent néanmoins s'appliquer à tout , car l'économie au fond n'est que Tbabitude de proportionner les moyens dont on peut disposer , au résultat qu*on veut atteindre.
Ainsi, dans la politique, par exemple, lorsqu'on est habile, non-seulement on proportionne les dépenses publiques à l'avantage qui doit en résulter pour le public qui en fait les frais, mais on économise tout développement inutile de puissance; parce que toute puissance employée inutilement est tout au moins une perte de forces , de moyens, et de plus une perte morale, en ce que l'opinion juge les obstacles qui vous sont opposés d'autant plus grands qu'on vous voit employer de plus vastes moyens pour les surmonter.
En jurisprudence, on épargne les punitions, parce que les punitions sont un mal fait h l'humanité, et qu'un juge n'est excusable de se servir delà rigueur des lois que pour racheter ce mal par un bien équivalent et incontestable.
C'est la connaissance profonde de l'Kconomie politique et l'habitude contractée d'en résoudre facilement les problèmes, qui a donné i Jérémie Bentham cette solidité de jugement qui font de ses ouvrages les guides les plus sûrs qu'on puisse consulter dans la législation civile et politique.
n est i remarquer que Beccaria, qui, le premior et avec un si brillant SQOcès, nous a appris l'importance de proportionner les peines aux dé-
lits, était aussi verse dans rËconomie politique qu*on pouvait Tètre de son temps.
Dans la conduite même de la santë, i mesure que fart de guérir Tait des progrès, on contracte rheureuse habitude d'économiser les moyens. Lés médicaments les plus puissants ont toujours en eux une qualile délétère qui, lorsqu'on en prend sans mesure, cause un mal plus préjudiciable encore pour le corps que pour la bourse, l/usage qu'on en fait au delà de ce qu'exige le rétablissementde la santé, est FefTetd'un mauvais calcul.
Il n'est presqu'aucune situation dans la vie, où l'on ne puisse appliquer avec Truit l'esprit d'économie, c'est-à-dire ce jugement sain et éclairé qui rend capable d'apprécier i leur juste valeur les avantages et les inconvénients de chaque chose.
Ce sera un des fruits de l'étude qui nous occupe ; et si ce fruit se fait attendre, il faut considérer que les fausses notions, et en général tous les préjugés, ont pour protecteurs naturels tous ceux qui en vivent et même tous ceux qui ont l'espérance d'en vivre.
Pourquoi voulez-vous, diront certaines gens, empêcher ceux qui vivent des préjugés, de les défendre et d'en faire leur profit? Ne faut-il pas que tout le monde vive ?
Je ne leur ferai pas la même réponse que fit le lieutenant de police (TArgenson^ au libelliste Desftmtaines : Je nen vois pas la nécessité. Mais je vous dirai, comme tout à l'heure, que Thomme ne peut disposer qup d'une certaine quantité de biens que Ton ne peut obtenir qu'au prii d*une certaine quantité de maux ; et qu'\\ y aurait une insigne folie s'il n'y avait une extrême ignorance ( ou bien une profonde perversitéjà imposer un excès de mau\ aux hommes utiles et auteurs des biens de la société, pour que les hommes inutiles ou malfaisants en recueillent les fruits.
Quelques é<;rivains ont fait à l'Économie politique le reproche de ne savoir nous occuper que de nos intérêts temporels ^ Mais chaque science a son objet dont elle ne peut s'écarter sans nuire k son avance -
* Entre autres. L&n\um'd\St Constitution de tous les peuples, tome 1*% p. 137. Vojesl^^ Considérations générales^ p. 10 et wii?., placées en tête du Cours complet. J.-B. Siv ? répond, comme dans le passage qui suU, mais avec plus de développement, aux detrac tcurs de la science. E. D.
hiscorr.s norvKnTHKK. le»
nM*nl Kait-on k la rhiniio le n*pn)rlio ilr no s't>crii|)rr que de TanMlyse
• lilt»^ pn»priêtt'*s lies n>rp.s:'à Hiistoire naturelle, tie ne s'occuper que
If U lii'srripllnii îles cHrc» natun'ls? Mais ces sciences n'enipiVlienl [uis
»*ii\ qui veulent sui\re<rautres carrières, irêluilier la tliêoln^ie du le
t' a^Mi . ili* nn^nie que la p'Miniêthe ne peut vous parler que île In ;!ran-
•i^ur (tes corp>, rKconomie p<ilitique ne saurait vous entn!tenir que île
V»* intiTt*ts tenipon'Is.
il- \ais plus loin. IH* toutes les s<*iences |M>sittves, de toutes les scirn
t^ ronil«N*s sur dt»s fails et sur rex|M»rience, rKconomie |>olttiqui* esl
itK lit' ct»IU»s qui parlici|HMit le plus évidemmenl des sciences naturelles
'i ili's sciences morales et politiques. J'ai eu mainte occasion de vous
U-w r«*man|uer que les pni^nvsdc nos qualités intellectuelles el niora-
'.^ a\aietit nian*hc de pair avec le perrectioniienient di's arts utiles.
■ «M la priMluction qui nous a civilisi>s, qui nous a l'ait compn'iidre
I'mI I a«ait di*s ressources plus sùri*s que h* hri;:andaKc lies conquises
'' If \i>! du bien tiaiilriii. ('.'i*sl ilepiiis qu'on a compris que. dans le
'iiMii.jr. ii>5 biens trelaient pas s* uli*menl déplaces comme dans une
iiji«iiii «|«* jeu, mais criM's de touti*s pièces, qu'on s est applique à len
JNhluiri-, e| il iioii«» reMeji voir (ce qui' ]'es.saiiTai de mettre sous viw
••'>i\ nmiment ii> |M'uveiil ètreêqiiilakili*ment ilistrihiiès. et coiisom-
"'•>iu plus cratid avantage de la siiciêli*. Or. je \ous le demande. Me>-
*M-iirH. qu4ii de plus lavorable à la lionne condiitti*. et au perrectionne-
('**nt moral des nations?
Mdii« |Niurquoi tians 1 t-roiiomie |N)litique. ti*lle qu'on la eone«»it
luititi-iiant. n nqtreiid-on pas la politique pure, lor^anisation c '.i-
( «iituliiinnelle de^ Ktals et di*> iHiiivoirs!" C'est parce tpn* li*?» silences
I *rti-ti,ii>iii 1*11 M* perrirtiotiiiaiil. Notre àme s'rlanjtf , %\\\ Moiilai;;ne.
f ' ^^lint fm'u* tftt rilr snnp/it. Mai«» notre ti^le n'a qu'une certaine dose
i' Ui'iille^. notre ti*mps est lioniè . et quoiqu'on ait |>erri*ctionne
« ntrllHnlo. et ipi on ail réduit a lessiMitiel ee qu'il convient it'iip-
riiulti*. di- |ii;:i'r ilans la mémoire îles liommes, il est mvessaire ite
i 'rnriMTiri-. de classiT no^ connaissances, fioiir qire||e> ne fassent fias
l '"f'iMiin «-nlr elles. |Niiir ipie tout homme msirnit |niisse pn*ndn* les
I '^irinpi*^ roiidamenlauN di* toutes, et ii«' suivre, jiisipie dans m*s der-
■••^riH pftierelh's. que celle»» ipi'eNij:»' sp^'CialemiMit la priilestiHiii qu'il
î * •mlirav'fcef.
^ nous viiuInhi!» appn*niln* tout ce qui se tient, tout ce ipii >'en- '^iir. IMH19 voudrions tout savoir; car il n'i^sît aucune si-ience qui n'ait
170 4F.UVRKS DIVKRSES.
des points de contact avec une autre, et, de proche en proche, avec toutes les autres. L'Économie politique a des rapports avec la politique pure, puisque la liberté dlndustrie dépend jusqu'à un très-haul point de la liberté du commerce et de la sécurité des propriétés, qui ne peuvent être assurées que sous un régime libéral. Nos relations avec l'in- (iustrie étrangère dépend de notre droit international et de nos relations diplomatiques. IVun autre côté TËconomic politique, d*après les théories de la production, est intimement liée à la situation de nos arts utiles <]ui eux-mêmes dépendent tout k fait de nos connaissances en chimie et en mécanique. ï>e sorte que, de proche en proche, l'étude de la diplomatie a des rap|>orLs avec Tétude de la chimie et de la mécaoique. Qui oserait néanmoins avancer qu'on ne peut être ambassadeur, k moins de savoir jusque dans ses détails, la technologie d'un seul art, comme celui de faire des épingles!
Vous voyez donc bien, Messieurs, que l'ambition de tout homme raisonnable ne saurait être de tout savoir; mais de savoir bien la chose don! on jugea propos de s'occuper. Sur tout le reste, il suffit de posséder les idées fondamentales, mais il faut que les idées fondamentales que Ton acquiert soient justes et entièrement conformes k la vérité. Il faut que lorsqu'on juge à propos de s'élever plus tard k l'instruction la plus relevée, cette instruction relevée ne donne aucun démenti à ce qu'on avait appris d'abord. C'est pour cela qu'on a dit avec beaucoup de raison, qu'un bon ouvrage élémentaire, en chaque genre, ne peut être fait que par un homme très-savant dans le même genre , par un homme qui ait su approfondir toutes les causes et prévoir toutes les conséquences. Un bon ouvrage élémentaire doit être simple, mais non superficiel : il faut qu'il puisse être c<msulté par tous ceux qui jugeront devoir acquérir ensuite une instruction plus complète.
C'est à quoi j'ai tendu en composanl, il y a quelques aimées, un CaU!^^ rhisme d'Kcononm polfh'f/ue que j'ai eu la satisfaction de voir ensuit^ traduit en beaucoup de langues, même en grec moderne. Certes un t^l ouvrage ne peut suffire à l'homme qui a l'ambition de devenir rcprc?sentant de son pays ou administrateur distingué; mais il ne leur donn« pas du moins des idées fausses sur aucun des points que je développa dans d'autrei; écrits, et il peut suflîre aux personnes qui veulent savoir ce que c'est que TKconomie politique.
Quant à VÉpUorne que j'ai publié aussi, c'est plutôt un niclionnaire raisonné des termes de cette science, dont le but est de rendre intelligi*
Discoms nonvKRTiTRK. m
Ne» dMdmnnstralions qui poumiieiit Nre ppinaisessi l*on !i>n tenait au Mtis vafiuc, illlh^<>rn1in(* ilu laii|;agc commun ; car nn» lanpuM ont Hr faite» avant quo no5 idooH fUHM^nt nettes et précises.
fVMir qu'une natinii soit Kén«Talement instruite, il n'est pas nécessaire que rhanm sache tout, mais que cliacun n'ait que des idi'cs justes sur n* qu'il sait, iir on ne peut nier les proprés faits de nos jours k cet égard. Reaiicnup de personnes sont prévenues de Tiilée que no» pères en M«-aient plus que nous, comme si nous n'avions pas, de plus qu>u%, tout au moins l'expérience des temps qui se sont iVoulés liepuis le leur lusqu'au mMre.
Ici je ne saurais m*empécher de faire une autre citation d*un auteur diinl l'opinion aura quelque |)oidsclie/. les preneurs des temps passés, H dont je dirai le nom tout à rhenrc.
• iM\ ne sVIéve c«>nlnî les pnigrésde la civilisation, dit cet iWivain, •<|ue par TolMession lii's pn'jup's : on continue à voir les peuples
• nwimi* (Ml les voyait autn^fois : isolés, n'ayant rien de commun dans
• leurs deilUM'Os. Mais si Ton considèn* l'espèce humaine comme une t:raiHle fanulle ipii s'avatict; vers le même Imt ; si l'on ne s'imagine l^% que tout 1^1 fait ici-ima pour qu*une |H*(ite provinci\ un |»etit
- rinaiiim*, restent éternellement dans leur ignorann*. leur |muvn>te,
• ifur» institutjfins telles que la harliarie. le tem|>s et le liasanl les ont
- («nHlijites, alors n» dévcloppi»nhMit de rindustrie. îles sciences et des 4n»M*uihlera ce qu'il est en elTel, une cliosi* légitime et naturelle. • (4* niiin-eau (*st transcrit textuellement de la dernière iMition in
*"•' M, |»agr KM di*s ll-lu\res di' M. de ChtiteniihnaMi.
Il Uni convenir avec M. lic CliAteauhriand qu'au temps où nous aomnk> U niarclii* du genre humain «*st pnigressive; mais |Mmr éln* roii- ^«mniiMit |irogn\Hsive, il faut que l«*s intérêts publics soient toujours ^tr» nfHi!«euli*nifnt par des liomnns prol>es , mais île plus |iar des ^nn's dfNit l'inlénM personnel ne soit |»as im opposition avi»c li's in ^tH^du puMic. On ne |h«uI jamais espérer, dit-on. que les hommes ^ntinnl dans U gi*stiofi di»s affain^s publiques leurs intérêts privés ^lintenHs uénrraiix. Il ne faut pas lutter nmin* la nature de l'homme 'Idfsrhoses. Mais i»st-il bien vrai que l'intérêt personnel soit toujours "W*»à l'intérêt général ? Uuand di»s fonctionnainnc publics sont équi- •Nnnrtil rétribués en gérant les afTairesde la communauté, ilsdoi-
172 OKITVKKS DIVKRSES.
vent désirer de conserver leurs fonctions , et pour les conserver, de les remplir dignement.
1^ (lifTiciiItt^ est de les bien choisir, (/opinion publique est-elle en général assez éclairée pour les désigner? Les uns croient que le public est éclairé par ses propres intérêts; et de plus, on observe que les intérêts !!es uns balancent les intérêts des autres: c'est cette raison qui fait que, dans les parterres de nos spectacles, par exemple, bien que l'opinion de chaque personne puisse (^(re déterminée par Tintt^ret ou les préjugés, ce sont néanmoins les sentiments louables qui reçoivent Tapprobation la plus générale, et ces témoignages ne peuvent pas être taxés d'h\TK>crisie. I/hy|>ocrisie, quand il y en a, se trouve dans les cas exceptionnels. Cette considération peut s'appliquer au défaut de lumières et d'instruction ; et c'est ce qui donne tant de force aux arguments sur lesquels s*appuient les partisans des gouvernements républicains. Nais on peut leur opposer que, dans le système monarchique, le roi, de qui dépend la nomination des principaux emplois, a les mêmes intérêts que le peuple; que ses afTaires ne vont pas bien quand celles de la nation vont mal ; et qu'il suflit que le prince entende ses intérêts, pour que ceux du public soient ménagés.
Si c'est un corps d'oligarques qui choisit les fonctionnaires publics, il peut sans doute réunir dans son sein plus de lumières qu'un monarque, quelque bien élevé qu on le suppose; mais rexpérience prouve qu'un corps oligarchique, et en général tout corps privilégié, n'emploie jamais ses lumières qu'au proHt du privilège, et n'est jamais animé de ces sentiments grands et généreux qui se trouvent, quelquefois, dans le cœur d'un seul homme, quand il se trouve porté à un poste élevé.
Après avoir cherché, Messieurs, dans la première partie de ce Cours, à rectiHer nos idées sur la nature et la production des biens qui pourvoient à IVntretieiK à l'aisance des nations, nous avons vu que l'institution de la propriété exclusive était le premier des stimulants qu'ait l'homme pour accroître ces biens ; ce qui entraine la réprobation de fous les moyens injustes, violents, honteux d'y porter atteinte.
Il nous reste à examiner dans les discours qui suivront celui-ci, quels sont les diflerents systèmes de lois qui ont pour but de favoriser la production ; les règlements que Ton fait relativement à TindusUie manufacturière; la balance du commerce, les traités de commerce, les primes.
iMscoi'Ks DtM VKinrni.. 173
Vhis examiiu*niii> iMisuile les s\shMiii's ivialifs à ta |>opula(ioii loiii W lijt*ii iMn* esl le hiil il«* toutes les reclierciies tli* l*é(*f>iioiiiie •«iTMle.
I e ^ujet nous riMiiliiir.'i aux ilillerenls mo\«Hs île oolonisalioii et au «V!iteine niliiiiial atioplé par les mixleriies, système qui les a plorigc's ijiiii tle<» ^u<Tn*s funestes, et leur a l'ail pmlre une |»artie des inimeii- M^ avantafses qu*ils |Nuivaieii( Mirer îles progrès «le la iiavigaliou, et lies» i|et-«Hiverti*s qui ont livré la surl'an' enlièri* ilu ^IoLm* à leur exploilalNMi.
Ji- me pro|Mis«> ensuite de dêvelupper devant vous la manière dont le» retenus de la société sont distribués eiitn* les nations, et, dans dmqui- iialion, entre les uidividus. Mous examinemiis en passant ee que Ir» Aiiielais appelleiil la ihrorie dr la rfntr, re qui n'est dans notre lan- MK^ que le revenu ilii propriétaire foiieier. Je dis que j'examinerai l'Hit- ihenrie rn passant, parci' qui' e'est une pun* ahstraction dont Hranlo et ses partisans ont voulu faire une partie londamenlale de l'Ko4v»niie poliiique; ri*duite a s«*s ternies les plus simples, elle n'a rien Ji- iM»uvi>au, rien d'applieahle. Il me senihie nn^me, d'après mes deri.ifri-^ enrres|Mmdaiices avec les suivants d' Vii^lelerre, qu'on renonce «iHty«<iv«-nient à soutenir ce qu'elle a de métaphysique et d*ifiutile.
\*ms verrons ensuite la source des revenus ipii proviennent de l'iii- ^nr{ ,|e<( capitaux, lie ce qu'on appelle vulgairement intfrH de lar^ rki e| liHi dilferentes formes du pnM à inléiiM, où il n'entre souvent l^a^ un Mnil tvu. Cela nous conduira â l'investigation de c«* qu'on apfwlle f'jftim^t iMtHohihatrfK, siK*iétés de coin merci* et sociél«»s à privi-
^•Mi% amveri»n> ensuite a la consommation des liiens de la soi*iélé, ^IH iJ uni' haute im|N)rtaiice et feeoiid en erieuis dans la théorie <HiinH- daii> la pratiqiii*. C'est ainsi que, en pli>siologie, rahsorplioii ^t reiiiHivelle incessamiiieiil toutes les parties ilu i*or|ts humain a ^>iitH' naissance à iNsiuoiup de systèmes, et n'est mi^me pas encore '^•bieii connut*.
N«Hi% \emiiis comment les iichesses conlnhuent â l'enlrelien t\vs -iniiîli> vi cifinineiil la pi-os|H*rile générale dépend de l'intelligence {Vil prt^ide .1 li'ui ninsoinniatiiMi.
1^ U iMHis |ia!^M>riins aux dé|H*iisrs pul)lique>, celles qui Hatisfonl aux '•^Husdu cor|r« MHMal d'une manière bien favorable à sa pr«iH|NTile, >\ '«InMNii prudemment administrées, mais dont l'excès entraine la ruine
174 OKIÎVRES DIVERSES.
des plus puissants Ëtats quand elles sont livna^s k la dilapidation et a rimpéritie.
C*est là que nous verrons le danger de ce préjugé si soigneusement entretenu par tous les mauvais gouvernements, et par lequel on veut persuader que les richesses fournies par les contribuables sont, par les dépenses du gouvernement, reversées dans la société*.
Nous acquerrons la preuve que les richesses, fruit des ressources privées, et détruites pour la satisfaction des besoins publics, sont précisément de môme nature que celles qui satisfont aux besoins des particuliers, et qu*il n'y a pas plus deux sortes d'économie, qu'il n'y a deux sortes de physique, de mécanique et de chimie. Tune pour FÉtat Tautre pour les particuliers.
Enfin nous examinerons toutes les ressources de l'État, le fonds où il puise ses trésors, les impôts, leur légitimité, leurs bornes, leur perception, et les classes de contribuables sur qui retombe leur fardeau.
Nous nous formerons, j*espère, si le temps le permet, une idée exacte des emprunts et des autres ressources financiëres; nous nous foraierons de justes idées du crédit public, des traitants, de Tagiotage et des amortissements.
C'est alors, Messieurs, que vous apprécierez l'avantage de vivre sous un régime constitutionnel, le seul sous lequel on peut librement aborder toutes ces questions, et les apprécier sans réticences.
Il y a aussi des Cours d'Économie politique en Allemagne et en Russie. Mais qu'est-ce que des cours où il n'est permis de traiter aucune des questions vitales de la société, et (ce qui est encore pire) où l'on est obligé de les accommoder à la politique dominante du Cabinet?
' On a traduit, dr nos jours, cette déploiable erreur par lelêgante formule que, Vimpùt est le meilleur des placements. Le chapitre IV de la 8' part, du Cours complet, {nCItulé: De Vimpôt en gthiêral, de sa légitimiti' et de ses limites, nous rfni>eigne à fond wr te poids que doit avoir cet aphorisme dan? Tesprit de c^ux qui se préoccupent exdmiTement de l'intérêt général. E. l)