AVEC DUPONT (DE NEMOLKS
ses qui vous sont dues quand je parlerai de votre livre à mes amis. Mais en vous louant, parce que vous êtes éminemment louable, je ne rous flatterai point, mon cher Say, parce que vous êtes supérieur i la datterie.
Vous avez trop rétréci la carrière de rËconomie politique en ne la :raitant que comme la science des richesses. Elle est la science du droit naturel appliqué, comme il doit Tètre, aux sociétés civilisées. Elle est la ËCienee des constitutions y qui apprend et qui apprendra, non-seulenent ce que les gouvernements ne doivent pas faire pour leur propre ntérftt et pour celui de leurs nations^ ou de leurs richesses, mais ce in'ila ne doivent pas pouvoir devant Dieu, sous peine de mériter la Mine et le mépris des hommes, le détrônement pendant leur vie, et e fouet sanglant de Thisloire après leur mort.
Vous avez cru que notre large manière de considérer les gouvernements était la politique^ et non VÉconomie politique. Cetle.fois vous n'avez point parlé français, quoique vous le sachiez très-bien. L*usage le notre langue a borné le sens du mot isolé la politique aux relations diplomatiques ou guerrières envers les autres nations ou les autres souverains. C/est la science de Machiavel» du cardinal de Richelieu, de Bonaparte. Mais ÏÉconomie politique est celle de la justice éclairée dans toutes tes relations sociales intérieures et extérieures. Je crois en avoir tracé les linéaments complets sur la feuille de papier que je vous ai donnée, qui a eu deux mille cinq cents exemplaires débités en Allemagne, en France, en Angleterre et aux États-Unis, et qui commence par la sensibilité de Thomme, ses facultés, sa volonté, premières et inaliénables propriétés qu'il tient directement de Dieu et de h nature >.
Si vous fussiez parti do ce principe, vous auriez fait tout autrement TOtre chapitre defimpôt, le seul de votre livre qui ne soit pas digne de vous; car si les gouvernements, même représentatifs, n'ont pas \e droit, at doivent pas avoir la puissance de gêner la liberté d'aucun travail, fmtttrrompre les opérations d'aucun commerce, d'attenter à la propriété d*aucun citoyen, ni même d'aucun étranger, ce chapitre est à recommencer. —Ce qui ne m'empêche pas d'applaudir i vos sages obamrations sur les mesures prudentes, modérées, graduelles, à prendre dus les pays qui ont depuis longtemps été soumise de mauvais gouvernements, et dont les finances sont mal, sont iniquement assises. Lorsqu'on a marché dans une fausse route, on ne peut rentrer dans le bon chemin que par une diagonale. Le remède est dans l'hygiène et
* Voir ponr ce Tableau synoptique, le tome II de la Collection des principaux éconn- *ùtei (Physiocrates) p. 3C7, en note, (^ondorcet parle de ce Tablcnn dans Fes Mémoires lor llntracUon poMiqne, tome it, p. 143, de res onivre* complètes. (E. D.)
J.-B. SAY. — IV, 24
370 CORUESPOiNDANCK
non dans la chirurgie. 11 doit agir sans secousse. ISalura, humaniias, ratio^ nihil agunt per salliim. C'est ce que savent tous les philosophes qui ont été administrateurs, ou plutôt tous les administrateurs qui sont philosophes.
Rendez-nous donc un peu de justice, cher Say ; nous ne sommes ni des fous, ni des sots ; nous avons la conscience délicate ; nous n'avons pas écrit et gouverné pendant plus de cinquante ans, dans des pays de mœurs et de lois très-différentes, sans songer à rien. Si vous eussiez envisagé la chose sous un autre aspect, si vous vous fussiez placé sa même point de vue que Quesnay, celui de la justice réglant les droits de chaque homme, constatant l'intérêt général et particulier, interdisant tout obstacle au travail ; si vous eussiez considéré la volonté très-décidée que tous les membres d*une société ont eue, n*OQtpa s'empêcher d'avoir en se réunissant, de ne sacrifier aucune partie de leur liberté, d'en étendre au contraire l'usage, et d'augmenter les jouissancesqui en résulteraient, il ne vous serait pas resté une seule des Mées financières auxquelles vous avez pris la peine de faire attention et d'attacher quelque importance en parlant de Timpôt ; vous auriei reconnu que la tyrannie elle-même, qui peut piller les capitalistes et voler les salariés % ne le peut qu'un moment, au grand dérangement de toutes les conventions, au grand désavantage de la société, par des impôts survenant imprévus, par la violation impérieuse des| contrats qu'on avait passés sous la foi publique et la garantie du gouvernement; mais que la tyrannie ne peut faire contribuer ni le travail, ni les capitaux. Le prix du travail est réglé par le débat entre les salarimUi et les salariés. 11 faut à ceux-ci leur salaire selon le prix qu'y mettent la concurrence et le besoin j si on le taxe, et si la taxe est connue et prévue, il faut qu'ils l'ajoutent au salaire ; et la concurrence leur donne à la fois le droit et le pouvoir de l'exiger.
Il en est de même des capitaux, qui sont une autre espèce de salariés non moins nécessaires que les manipulateurs. Il faut payer leur/oyer, ou leur intérêt^ dont le taux est pareillement réglé par la concurrenee et le débat entre les prêteurs et les emprunteurs. Si vous chargez cd intérêt d'un impôt, sous prétexte que pour \e prêteur ou Pentreprenetf le capital donne un revenu^ il faut que l'impôt soit ajouté, même avec un supplément d'intérêt, au prix du loyer du capital ; car c'est delà somme qu'il a déboursée (juc le capitaliste veut et doit toucher Tinté* rêt, et non pas seulement de celle qui sert à l'entreprise.
' Il im faut pas oublitu- que, par ec mol salaries, les partisans de Quesnay désîgoent '«•< maniifaciuritrs cl 1rs nj'iïocîanls, classtîs improductives suivant eux.
'.Y(Wf' de Ch, Comte, pn'mivr rdîtvur de ces ItUrr.
AVKC 1)1 POM (liK >KM0LIIS. 369
^e% qui vous sont «iiios t|iiaii(l ju parlrrai tlo votre livre à mon amis. Mais m vous louant, parce (|iie vous iMes éminemment louable, je ne TOUS flallerai point, mon cIht Say, parce que vous ôtes supérieur â la llatlerip.
Vous avez trop rêtri*ci la carrière de lTx*onomie politique en ne la IraiUnl que comme la $nenrê drs richesses. Klle est la iciencr du droit M/vrr/ appliqué, comme il doit l'être, aux sociétés civilisèi^s. Klle est la aricnrf des eonsiHutions^ qui apprend el qui apprendra, non-seulenenC ce que U^ gouvernements ne doivent pas faire pour leur propre mlerêC et pour celui de leurs nations, ou de leurs richesse», mais ce qu'ils ne doivent pas pouviUr devant Dieu^ sous peine de mériter la haine eC le mépris des honimt^s, le détn)nem(Mit pendant leur vie. et le fouet sanglant fie l'histoire après leur mort.
Vous avez cm que notre large manière de considérer les gouverneinents était la polititfue^ et non Vt^nniomie politique, dette. fois vous D'avrx point parlé français, quoique vous le sachiez très-bien. L*usage de notre langue a lH)rné le sens tlu mot isolé la politique au\ relations diploroatiques ou guerrières envers les autres nations ou les autres «Mvcrains. tl'est la science de Machiavel, du cardinal de Kichelieu, de Bonaparte. Mais Y Economie politique est celle de la justice éclairée dans toutes les relations sociales intérieures et extérieures. Je crois en avoir iraeé les linéaments complets sur la feuille de papier que je vous ai donnée, qui a eu deux mille cinq cents exemplaires débités en Allemagne, en France, en Angleterre et aux l^ltats-l'nis, et qui commence par la sensibilité de l'homme, si*s facultés, sa volonté, premières el inaliénables propriétés qu'il tient directement de Dieu et de la nature *.
Si vous fussiez [larti d«* ce principe, vous auriez fait tout autrement niire rhapitn» de CimpAt, le seul de votre livre qui ne soit pas digne de tous; car si les gouvernements, mrmr représentatifs, n'fint pas ler/roi7. it dofffral pas avoir ta puissance de gOner la lilK*rte d'aucun travail, d'ialcrrompre les opérations d'aucun commerce, d'attenter à la pmfriHè d'aucun citoyen, ni mi^me d'aucun étranger, ce chapitre est a ncoaunencer. — (^qui ne m'emiMVhe pas d'applaudir à vos sages ob- «nations sur les mesures prudentes, modéri*es, graduelU^, à prendre tel les pays qui ont depuis longtemps été soumis à de mauvais gouvcfnements, et dont les linances sont mal, sont iniquement assises. L/inqu'ona man*hc dans une fausse mute, on ne prul rentrer dans ie l'm rliemin qu** par une diat:onale. I.e remède rst dans l'Iix^iènect
' ^tir ^Mir f^ T.il»l«.iii »\f «'iiliiiin . !•■ liHiii' Il ilr 1.1 ' "'i«ifi«»»i ii#'f jMit, ffituT »..» -
•*• ' NHlracUon puMiqiir. Ii.m^ ii, p Mî. ilr «p» irii\fr« rniii| Uii * j!. l».
370 CORKESPONDANCE
non dans la chirurgie. II doit agir sans secousse. Satura^ hunuuiiias, ratio^ nihil agunt per sallum. C'est ce que savent tous les philosophes qui ont été administrateurs, ou plutôt tous les administrateurs qui sont philosophes.
Rendez-nous donc un peu de justice, cher Say ; nous ne sommes ni des fous, ni des sots ; nous avons la conscience délicate ; nous n'avons pas écrit et gouverné pendant plus de cinquante ans, dans des pays de mœurs et de lois très-différentes, sans songer à rien. Si vous eussiez envisagé la chose sôus un autre aspect, si vous vous fussiez placé aa même point de vue que Quesnay, celui de la Justice réglant les droits de chaque homme, constatant l'intérêt général et particulier, interdisant tout obstacle au travail ; si vous eussiez considéré la volonté très-décidée que tous les membres d*une société ont eue, Q*ont pa s'empêcher d'avoir en se réunissant, de ne sacrifier aucune partie de leur liberté, d'en étendre au contraire l'usage, et d'augmenter les jouissancesqui en résulteraient, il ne vous serait pas resté une seule des Idées financières auxquelles vous avez pris la peine de faire attentioo et d'attacher quelque importance en parlant deUmpôt; vous auriez reconnu que la tyrannie elle-même, qui peut piller les capitalistes et voler les salariés S ne le peut qu'un moment, au grand dérangement de toutes les conventions, au grand désavantage de la société, par des impôts survenant imprévus, par la violation impérieuse des* contrats qu'on avait passés sous la foi publique et la garantie du gouvernement; mais que la tyrannie ne peut faire contribuer ni le travail, ni les capftaux. Le prix du travail est réglé par le débat entre les salarùmtM et les salariés. Il faut à ceux-ci leur salaire selon le prix qu'y mettent la concurrence et le besoin ; si on lo taxe, et si la taxe est connue et prévue, il faut qu'ils l'ajoutent au salaire ; et la concurrence leur donne à la fois le droit et le pouvoir de l'exiger.
Il en est de même des capitaux, qui sont une autre espèce de salariés non moins nécessaires que les manipulateurs. 11 faut payer leur loger^ ou leur intérêt j dont le taux est pareillement réglé par la concurrence et le débat entre les prêteurs et les emprunteurs. Si vous chargez cet intérêt d'un impôt, sous prétexte que pour \e prêteur o\x V entrepreneur le capital donne un revenu^ il faut que Timpôt soit ajouté, même avec un supplément d'intérêt, au prix du loyer du capital; car c'est delà somme qu'il a déboursée que le capitaliste veut et doit toucher rinté-" rêt, et non pas seulement de celle qui sert k Tentreprise.
' Il ne faul pas oublier que, par ce mot salaries^ les partisans de Quesnay désignent ' .'es manufacturiers et les négociants, classes improductives suivant eux.
dsotp ilr Cil, Comte, promicr rditeur dr ces IfUre^/
AVK<: I»LIM>M iiii: m-:m(M Ks.. :ï7i
Lr» tleux im|H»Ls aviiiuvs par ruiivruT ri |»ar h» ca|Mtalist(*, nMomirai iloiic a\ec usure sur leur stilariant.
Or «|ui f'sl le salariant ou «lucls S4>nl 1rs salariants? — Chercha/. ini%«- ri stu«liou\ Say. IJuMchr/, nun dans tel ou tel pays; car il y a k*s |>ays dont les habitants se mettent aux ga(?es des salariants des iutr«*s|iays; il n'est |uis sûr que pc soit une prudente spêculatloh, et J'ailleuni elle ne fait rien aux lois gcnt^rales : cherchez sur la terre enCiêrv. —Qu'est-ce que Ton peut partager entre les humains qui la peuplent?