J.-B. SAY A DUPONT (DE NEMOURS
41 \ ^TATS-miS.
Pan», IS novnnbrp 1S1.S.
lfo!« fusa p.T RRspECTAai.R MAlvae,
Ouf" ) 1 dolilication à celte longtie travers4'*e qui m'a \^hi reUt* ai mùAe • longue roii\ornation de votre part! Vous me donnez un peu irap de kwanges; mais vous les tempérez par de bonnes réprimandes.
388 CORRESPOiNDANCE
Ne m'en veuillez pas de réclamer un peu contre les unes et contre les autres, mais avec tout le respect que je dois à Télève de Quesnay, à Tami de Turgot, et à quatre-vingts années employées k vouloir et à faire du bien. Que je regrette nos sottises européennes qui vous ont forcé à mettre FAtlantique entre nous et vous! On dit que ce ii*est qu'à force de faux pas que Ton apprend à marcher droit; mais comment se fait-il qu*après tant de faux pas, depuis quatorze ou quioie siècles, nous ne sachions pas encore comment Ton peut se tenir sur ses jambes !
Vous êtes mécontent de ce que je dis sur les revenus publics, rt cela doit être. Malheureusement, après avoir dit mon peceatd^ je ne peux pas faire mon acte de contrition. Car je vois, quoi que vous en disiez, des productions créées autrement que par la munificence de la nature. Vous me dites, mon cher maître, Dieu seul est producteur : eh! oui, de nos matériaux et de la valeur qui se trouve en eux au moment qu'il nous les donne; mais non de la valeur que nous y ajoutons par nôtre travail et par nos capitaux. Or, si nous y ajoutons une valeur nouvelle, indépendamment dé celle dont Dieu nous gratifie, 3 faut bien convenir que le prince, TÉtat, la république peuvent nous en demander une partie.
Je ne peux encore comprendre comment vos amis, qui nous ont rendu un si grand service en nous apprenant que Tor et l'argent n'étaient pas nos seules richesses, mais que, sous peine d'absurdité, nous d^ vions compter pour quelque chose la valeur du blé, n'aient point été conduits, par cette vue admirable et juste, à voir qu'il en est parfaitement de même de toute autre valeur réelle et appréciée. Cette dernière valeur est enfevée, diles-vous, par Tartisan qui la donne. Mais, pour servir à la consommation de Tartisan, en a-t-elle été moins donnée ? ï)e cette valeur donnée, Tartisan, le capitaliste, n'ont-ils pas pu en consommer une partie pour leur entretien^ et en donner une partie pour Tentretien de l'État? De là le Irevenu public.
Vous voyez, mon digne maître, combien j'ai dû juger sévèrement votre revenu public, fondé entièrement sur une constitution domêniée à partage de revenu, qui fait entrer l'État en partage avec les propriétaires de biens-fonds seuls.
Vous me reprochez la manière dure et hautaine avec laquelle je parle de mes prédécesseurs. Je les combats, j'en conviens; mais je ne leur dis pas d'injures comme les héros d'Homère» Mon intention était
AVEC Dt'POMT (UE NEMOURS). 3S9
e pisser en revue toutes les principales vérités de la science. Parmi ei vérités, uu grand nombre ont été signalées par les écrivains qui root précédé. S'il avait fallu que je rendisse hommage à leurs tra* ns. j'aurais doublé le volume de mon livre, que j*ai tâché de resserr, au contraire, en réduisant mes explications à leur moindre exùon. Beaucoup des vérités que j'ai exposées, sont exprimées en diffus, obscurs; même lorsque j'en ai fait mon profit, c'est olôt le suc que la pul|>e dont je me suis seni. Il n'était pas nécesin de m'appuyer d'aucune autorité lorsque je m'appuyais sur des ils, des analyses et des démonstrations. Je n'avais nullement Tinten* Ml de faire preuve de politesse, mais d'élever un édifice solide et de ; les politesses n'auraient rien lyouté à ces deux qualités, et je vous que j*ai trouvé, dans les auteurs que je combats, tant de \ insoutenables et ridicules, qu'en mêlant des révérences à mes de bâton, si je leur avais demandé pardon de la liberté grande, I auFiit pu me taxer de jouer le rôle de Scapin. Ptf donnei-moi donc, mon cher maître, un ton qui a pu vous cho- MT, ce qui assurément n'était point dans mon intention. Je vous iNDels, au reste, de m'en corriger dans tout ce qui ne portera point ■UdDle à la vérité, et pourvu qu'on ne puisse pas le prendre pour I rbypocrisie, que j'ai en horreur.
Vous me reprochez d'avoir coupé en deux notre belle science ; d'en loir reiraDcbé la loi naturelle, le droit de l'homme et du citoyen, pour T laisser que la science des richesses. Ceci denunde quelque ex-
Vous sentes bien que je partage les opinions du vertueux Quesnay, s vdircs, celles de tous les hommes de bien, sur les droits que nous ■oos de notre qualité d'homme, et d'homme en société; mais nos fports avec nos semblables sont si nombreux et si compliqués, que m M peut les considérer tous à la fois et dans un seul ouvrage. Il ■drait que ce fût tout ensemble un traité de politique raisonnee, de roiC public, de morale individuelle et publique, de droit international, inême temps que d'économie politique. Ce n'est pas en agglonuTant s aciences qu'on les perfectioime. Elles ont toutes des points de Hrtart» il est vrai, et les phénomènes que découvrent les unes Lcraent une influence sur ceux que découvrent les autres; mais, en aniuant les points de contact, il faut distinguer les sujets de nos Il était permis i Socrate, à Aristote, de parier de tout ce qu'on
savait de leur temps, parce qu*on oe savait pas autant de choses que du nôtre. A mesure que notre provision didées et de vérités s'est accrue, force a été de les classer, sous peine d'entasser dans les esprits des notions obscures et embrouillées. Je vous avoue que Je n*approo?e guère les tentatives d*encyclopédies. Je dirais volontiers, en parodiant un vers de Molière :
Je conseng que chacun ait des clartés de tout.
Mais, pour que nos faibles yeux ne soient pas éblouis, il me aemble qu'il ne Tant diriger le soleil de notre intelligence que sur un point i la fois. C'est le moyen de le bien voir.
L'étude des points de droit est nécessairement plus sujette h controverse que celle des points de fait. Des gens qui ne sont pas tooti fait fous ont décidé que toute souveraineté vient de Dieu ; d'autres ont prétendu qu'elle venait du peuple : d'où une double série de e» séquences opposées qui aboutissent, les unes, au plus grand biend» ceux qui se disent les interprètes de la Divinité; les autres, au ploi grand bien des nations. Voyez, mon cher maître, sur quel terrain vous attirez les instructeurs du genre humain. Ne vaut-il pas bien mien leur dire à peu près ce qui est vrai : L'intérêt des gouvernants et celuHa gouvernés, quand il est bien entendu des uns et des autres, est le mêmet Or, les intérêts des hommes se résolvent en ce mot, leurs bien$j leon richesses. Les gouvernements» qui , en général, aiment assez à lever beaucoup d'argent sur les peuples, ne le peuvent qu'autant que tas peuples ont beaucoup de richesses. Le développement des richesses est donc un spectacle qui les réjouit. L'intelligence des princes peut s'élever au point de concevoir que ceux d'entre eux qui se refusent i favoriser les travaux utiles, joueront un rôle inférieur devant les gouvernements qui seront plus habiles. On peut donc se flatter q« l'économie politique, loin d'être contrariée, trouvera de l'appui dais les dépositaires du pouvoir. Voyez la conséquence.
Ohl que vous ête^ injuste en me taxant de vouloir dttper le petfk pour lui prendre plus aisément son argent^ 1 J'ai dit seulement qoa l'impôt sur les consommations s'acquittait plus facilement^ et Ton M saurait le nier; vous vous rappelez que notre judicieux AdarnSoûtb met au nombre des qualités de l'impôt, d'être payé commodéoieiit
* Voir, plus kaut, Dote de la p. 380.