AVEC DUPONT (DK NEMOURS\ S9I
Dtiers. Or, c'est là uniquement ce que j'ai remarqué dans l'im* les consommations. Ht encore fais-je la restriction qu'il doit Mléré ; car, s*il devient eicessir, il provoque les ft*audes , les os des percepteurs, les rigueurs du flsc : maux que je réprouve nsi vivement que vous-mi^me. Je ne perds pas une occasion er sur les abus, sur les dangers des contributions indirectes ; ce vous empêche pas de me (axer d*en être le patron, et de les ros chen et abominahUt droits réunis *. De mon côté convenez à oar, mon cher maître, que si je n'étais |ms aussi, un bon homaérais en droit d*ètre un peu fâché. Je fus nommé par le gouent, en 1811, d'une commission chargée de reviser les droits Je fus seul d*avis de les supprimer, ou du moins de les réduire I de Taire tomber toute tentation de fhiuder. Mats ce n'était I qu'on voulait ; on voulait dépenser tout autant, et seulement îer un peu moins ; on se borna uniquement k changer le nom t$ réunis en celui de contributions indirectes; et les courtisans !• les époques de dire : Ces: une nation qui n'est jamais contente! s*il y avait de quoi.
non digne ami, que de biens l'on pourrait faire, si l'on voulait I e conjurez de vous y aider; et je vous assure que j*y suis dis- I tout mon cœur, car ma vie est consacrée faux dépens de frets personnels ) à chercher, A trouver, à répandre des vérités nais on ne les trouve pas aisément, et elles ne se répandent idement. Nous ne sommes plus dans un siècle où elles puissen iptées sur parole. Il faut pouvoir se les prouver à soi-même ii*on puisse espérer de les prouver aux autres. Tourmenté d'un nné pour la vérité, je l'ai constamment cherchée avec la plus bonne foi. J'ai appris i lire dans les écrits de la balance da ve, j'ai appris A penser dans ceux de vos amis et dans les vôlis c'est dans ceux de Smith que j'ai appris à ne chercher la . les effets des phénomènes de la société que dans la nature des qu'on ne parvient à connaître que par une scrupuleuse analy- 'est point la un superbe dédain comme vous l'appelez. Je note é des faits avant celle des hommes» voilà tout -, je ne dédaigne
nt ranit pu rappeler Id, que Dommê par le Premier Coniul, cq 1800, direcicar léasit dam le département de rAUlcr, 11 reftua ee pcite, pour comerter toota ■Mi es sa oftalaM paHUquai «I écoMalfMk (H. S.)
392 CORRKSPONDANCE
que reneur, el je ne méprise que riiypocrisie. J'aidil ce que /ai cru la vérité, quaud elle pouvait être utile ; d'autres ont cru> avec autant de bonne foi, la découvrir en suivant d'autres méthodes. La postérité et l'expérience apprendront en quoi nous avons eu raison, en quoi nous avons été dans l'erreur.
Vous m'accusez de chercher à dénigrer de grands talents et de grandes rièpulations. Telle n'a point été mon intention. Les bons écrivains ont répandu un immense nombre de belles et bonnes vérités, fea ai proGté. Je me suis emparé de toutes celles qui pouvaient entra* dans un système de connaissances bien lié, homogène, substantiel. Hais J'ai voulu qu'on les adoptât, non parce que c'était Quesnay, Voltaire ou Dupont de Nemours, qui les recommandaient , mais parce qu'elles étaient surtout recommandées par rexpérience et la nature des choses. Ne valait-il pas mieux employer mon encre et mon papier k développer cette nature des choses qui ne nous trompe jamais, qu'à faire valoir des noms propres qui peuvent se passer de moi quand ils méritent la célébrité ? Il n'en est pas de môme des erreurs soutenues par les grands écrivains. Leurs noms seuls contribuent à les répandre , et tootQ erreur est suivie d'un nombre quelconque de dangers. Voilà pourquoi je combats les méprises soutenues par de grands noms, et pourquoi je ne donne pas Tappui des noms à des vérités qui reposent sur un garant bien meilleur, c'est-à-dire sur la nature des choses.
Il vous est arrivé de me dire qu'en réfutant I9 doctrine de Quesnay, je battais tna nourrice. A Dieu ne plaise! Je suis reconnaissant de toute la bonne nourriture que j'ai puisée dans son lait; mais, en sortant des bras de cette nourrice , convenez, mon digne ami , que j'ai mangé bien des morceaux de pain, voire même des tranches d'aloyau. Ne m'accusez donc plus de marcher dans des rangs ennemis quand je combats dans un but que vous avouez, et avec un profond attachement que je ne cesserai jamais d'avoir pour vous.
DUPONT (DE NEMOURS) A J,-B. SAY
6 février 1816.
Mon cher Say,
J'ai reçu votre lettre du 15 novembre, et je vous remercie de ce que vous êtes bon et aimable, de ce que vous avez vu dans ma longue lettre
AVKi: DiroM ,liK .NKMOIKS . 3îl3
iiianlimc, ce qui Tavail vêritablenuMit dicUn,', ma très-liau(e estime pour \ous, et non ce qu'un auteur moins raisonnable et moins noble aurait cru y trouver, une envie de vous critiquer, qui est loin de mon cœur. On chérit ses enfants, mOme quand «m leur dit : Tu as tort. On ne dit rien au$ enfants d'autrui.
Vous me faites présent de trois ou quatre printemps ; de ce cùté, je ne suis déjà que trop riche. Vous m'en donnez quatre-vingts; je D'en ai que soixante-seize, y compris mùme celui qui commencera le mon prochain. Je ne marchande pas |K)ur payer mes dettes un mois d'avance, lorsque cela peut obliger mes amis.
Je Yous remercie enfin de ce que vous voulez bien remettre en discussion, entre nous, le petit nombre de points sur lesquels il nous reste quelque diversité d*opinion. Je suis comme le comte Almaviva : Bataille! c'ett tnon fort.
Le premier poste que je vous enlèverai le sera par la d«*monstration que, ni vous, mon ami, ni les rois vos disciples, ni le parlement d'AnfClcterre, votre légion de héros, ni votre illustre ancôtre, M. Colbert, ni aucun de ses imitateurs, n*avez jamais pu, ne |)Ouvez, et ne |>ourrez jamais faire payer aucun impôt à 9ucun agent de l'industrie agricole, manufacturière et commerciale, ni â aucun capitaliste, que |)our une fois, par surprise, à la manière des contributions qu'un pistolet inaltendu peut lever au coin d*un bois; mais non en recette régulière, ni même prévue; qui soit légale et non injuste; qui puisse être mentionnée d'avance dans le bilan ou le budget d'un État. Ces diverses classes d'hommes et même de riches, sont comme les chats échaudés qui craignent l'eau froide. Ils savent s'en préser\er, et Dieu leur en a tamfèré U pouvoir, •
Le second poste sera emporté en vous faisant voir que les lilles de joie, quoiqu'elles donnent de l'usage et du débit à une marchandise qui n'est pas sans prix, mais qui était sans valeur avant qu'elles la missent dans le commerce, et quoiqu'elles la fassent beaucoup rechercher et bien payer, ne créent point de hchetses , pas même quand elles distribuent ce que vous savez, quoique cet^e incommodilé augmente encore plus la masse du travail et des besoins, l'activité de la circulation, le débouché de plusieurs richesses commerciales et l'emploi de l'industrie immati*rielle. Yous me direz si l'industrie de ces citoyennes arfircA, est comptée parmi les matérielles ou les immatérielles. La ligne est djfllcile à marquer.
Il serait curieux que U*s dévergondages créassent des richesses, et que les honnêtes femmes, dont les faveurs sont cent fois plus précieu- «es et le nombre cent fois plus grand, n'eussent ftas cet honneur! Elles sont elles-mêmes des trésors dont le prix est en raison inverse de la circulation. Aussi, par toutes les règles de la morale et de l'économie
politique, en exécution d'une loi vraiment céleste, qui parle à tous les esprits et à tous les cœurs, nous estimons leurs services, rendus ou à rendre, à la moitié de la valeur des récoltes, plus le tiers au moins de la rente des capitaux.
J'aurais pu développer tout cela, mais j'en ai dit assez pour uo homme qui a autant de logique que vous. J'ai la tète trop préoccupée, le cœur trop serré par les malheurs de notre France, auxquels je ne puis rien, et par les fautes, les crimes, le danger général de TEarope; par la guerre que TAngleterre et TEspagne feront à nos États-Dnis, peut-être avant un an. Que m'importent les pertes qu'elles feront, Thumiliation qui leur en restera ! ma douleur est pour les ravages qu'elhs causeront, pour ceux de nos braves qui périront, nos maisons brûlées» nos femmes insultées, suivant les usages de vos barbares Européens.
J'assisterai à cette guerre comme le vieux Nestor; et puissé-jej faire quelque beau fait d'armes comme le vieil Entellus !
Je vous embrasse avec estime et tendresse.
DUPONT (DE Nemours).
jP. s. Mon excellente femme m'a envoyé votre catéchisme. Elle sait combien je mets de prix à tout ce qui sort de votre tête et de votre plume.
Tl y avait dans ma lettre maritime une longue note que je n*ai pas voulu vous envoyer, de peur de vous compromettre avec Bonaparte, et qui contenait ma manière de juger alors son expédition. Depuis l'événement, j'y ai ajouté une sur-note. Je vous enverrai le tout quelque jour; mais le temps me manque pour la recopier. Je ne suis pis ici sans affaires. C'est une de mes maladies incurables, de me créer du travail partout. Plus je vois approcher la mort, plus je me détermine à ne me reposer que le lendemain de mon enterrement.