J.-B. SAY A DUPONT (DE NEMOURS
Paris, mai 1816.
Si je vous donne gratuitement des années, mon cher maltrei vous me donne? «les titres qun je ne mérite pas davantage. Moi, descendant de Colbc! l ? En ce cas, j'ai bien maltraité mou illustre ancêtre, conmie vous l'appeloz. Les règlements, les entraves, les monopoles ont été plus vivement attaqués, conspués par moi que par vos amis mêmes. Le i^me colonial, tache énorme de la civilisation, Tai-je épargné?
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kh • te patron du n*^imc rôglemenlairc ne me prendrait pas, je vous aMure, pour faire le préambule de ses édits; mais u^ soupçonne en Béme lemps que, s'il vivait de nos jours, ses ivHls siéraient un peu diflerer.ts; non qu'il convint avcr vimis, mon res(>ectal>le ami, que les Bianufactures et le ,'*ommerce n'apportent pas un son dans la masse où nous puisons la satisraction de nos besoins; mais il aurait senti, en êtndiant les écrits des disciples de Quesnay et des disciples de Smith, que tel proliibitions ne multiplient pjs les richesses. Il était capable de saisir le vrai, lorsqu\)n le lui présentait ; et je lui rends !:: justice de craire qu'il Taimait, et voulait le bien de bonne foi. 1/éloge ampoulé que Neckeren a fait, m'a montré qu'il n'a pas compris tout ctM|ue Valait Coll)ert. N'est-ce pas un tn»s-i:rand mérite que d'avoir détesté touvois, et d'avoir Tait du bien .^son pays sous nu Louis \IV ^
D'ici, je vous vois faire un iVart immense : du bien à son pays f —Oui ; la Franca a pros|iéré malgré les guerres, les bâtiments, les fêles de eour et les maîtresses de Louis le Fastueux, just|u'è la mort de l'olbert; et elle a constamment décliné depuis.
Vous dites que jamais on n*a pu faire payer que par surprise l'imptU aux manufaeturiers, aux négociants. Dites-moi donc, mon ami, com- BWBt on a pu faire, tout le temps que j'ai eu une filature de coton, pour Btt bire payer un imp<H sans cesse croissant. Ce ne sont pas les cultivateurs de Femambouc qui me l'ont remboursé; ce ne sont pas les propriétaires fonciers de la France, qui |)ortaient fort |>eu de nos cotonnades; el, quant aux consommateurs, c'étaient principalement des ouvriers dans les villes, qui fiortaient bea*icoup de rouenneries. le mettais delà valeur dans un duvet ^'Amérique; et ils achetaient aia tmleur avec celle qu'ils avaient mise dans des soies <le Chine ou du Piémont. On peut, quoi que vous en disiez, mon cher maître, consonmer de la valeur k laquelle nos propriétaires, ni nos laboureurs n'ont point concouru. Et si l'on \\e\ii la consommer, le gouvernement pwt prendre une portion de cette valeur pour la faire consommer par ses agents; et malheureusement il en prend l»eaucoup trop. Il *ie nous la prend pas par surprise ; il la prend fièrement ; il renouvelle cctle déprédation diaque année, et nous nous y soumettons chnque ^ non parce que nous sommes surpris, mais |)arce que nous clioimal nos représentants.
Les membres du parlement d'Angleterre, irn^s keros.' Ali I quel iujuste ceosaur vous êtes ! Si nous, Français, nous avons payé depuia dix
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ans quatre fois plus de contributions qu'il n*élait nécessaire, les Anglais en ont payé dix fois trop. Pourquoi? Parce que ma légUm iehim se compose en majeure partie de gens à places, dont Tindustrie (les votes) est payée par les ministres avec les impdts que leur accorde la légion de héros. Vous n'avez donc pas lu comment je les traite 7 A ce sujet, je crains d'avoir oublié de vous envoyer une brochure, que j'ti brochée Tan dernier, en arrivant d'Angleterre, opuscule où ils ne sont guère ménagés ; mais je ne vous en veux pas, car je suis ban homm aussi.
Quant à ces demoiselles, dont la marchandise vous inspire qudque galté au milieu de nos tribulations, savez-vous qu'elles donnent liea à une grande guerre entre nous? Ce n'est pas pour leurs beaux yeux, sans doute; c'est pour la faculté productive ou non productive du travail ; c'est pour la question de la source des valeurs. Selon notre respectable Quesnay, et ses respectables disciples, la matière seule est une marchandise quand elle est vendable. Suivant Smith et soo école, le travail est une marchandise aussi quand il est vendable; et suivant l'humble élève qui vous écrit, le travail du barbier est uœ marchandise vendable également, quoiqu'il n\'ait 6té ma barbe et ne m'ait laissé aucune matière à la place. U m'a donné ses services, et moi je les ai consommés; mais, quoique détruits, ils ont été produits puisqu'ils ont satisfait à l'un de mes besoins, de même que la pomme que vous avez mangée à votre dessert, qui est détruiu avM», mais qui était une richesse, puisqu'elle pouvait vous faire quelque bien.
Ah! que vous devriez convenir avec moi que nos biens sont tout ce qui satisfait à quelqu'un de nos besoins; et que les services qu'oa nous rend sont une marchandise que nous consommons, pour notre bien... et quelquefois pour notre mal. Mais ce n'est pas la faato do service, de même que l'indigestion que nous donne un fruit, n'est pas la faute du fruit.
Quand ces biens nous sont donnés par la nature, çomine la sapté, rattachement de nos femmes, ce sont des richesses gratuites, les plus précieuses de toutes, comme la lumière du soleil; mais quand nous les demandons à des étrangers, à des gens qui ne nous doivent ni leur temps, ni leurs peines, il faut bien leur donner quelque chose en échange. C'est le cas des services rendus par nos domestiques. « \, Appliquez tout ce verbiage à ces demoiselles, et vous aurez l'explication d'une conséquence incontestable de la doctrine de Smith, quoique
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lui-néme ne Tait pi5 aperçue ; mai» vous repousserez la conséquence, cumme vous avez repoussé la doctrine de Smilh, cl moi je n'en serai pis moins le constant admirateur de vos talents et de vos vertus.
P. S, Je n*ai pas reçu votre longye note sur Texpédition désespérée df Bonaparte. Mais quel homme! Il ne s'est jamais servi des belles parties de l'humanité ; car le fanatisme militaire n'est pas plusrecommodable que le fanatisme religieux. Il a fait servir le premier i ce qu'il a cm être son élévation, comme les prêtres ont fait servir le fanatïNiie religieux à la leur; mais tout fanatisme est un méchant instruiMQt; el une grandeur personnelle et vaine, un méchant but.