THOMAS JEFFERSON
à%a9iH AVBUSAMIH E^ rB4M:K KT AlUa» PmfcSlK?IT »E» lfTATS-L'!IM.
A J.-B. SAY »
Montkello, SmareiSlS.
If0!i ain Mo?isiBca,
Votre lettre du 15 juin ne m*est parvenue qu'en décembre ; et ce n*est
qu'après la ratification de notre paix que j*ai pu trouver une occasion
lùre pour tous faire parvenir une réponse. Je vous remercie de
rexemplaire que vous m'envoyez de la nouvelle édition de votre Traiié
fEcomomie poiélique. Sous sa forme primitive , je le regardais déjà
coouDe supérieur à tout ce que nous possédions sur cette matière; et,
avec les améliorations qu*il a reçues, vous comprenez que j'y mettrai un
aoaveau prix. Je me serais estimé heureux de recevoir chez moi votre
ih, comme votre lettre m'en donnait Fespoir. Il traverse tous nos États
di sud au septentrion, et j'aurais été heureux de lui témoigner ma
cettsidératkm pour son père; mais ses affaires ne lui ont probablement
pu permis de s'écarter k ce point de sa route, lorsqu'il a traversé la
Virginie.
* On te »o%ifnt que la guerre t'êUil allumée entre r Amérique et rAngleterre, àcaote «le ^ pmcBtMO que cette dernière ■tait êlt^re. de visiter tom lee bèUineiita det Étata-lînii P*v y rechercher lee matelots anglaU : ri que, tous ce prétcite, les Anglais a? aient en- ^ flmleurs matelots améncaln». ixt £tats-rols, avec grand'raison, n'anlent pat *«l« le tuuoietUe É de telles avanie». C>tle lettre répond à celte que l'auteur du pre- *■■! mnnm avait, daoa des circonstances ttcbeuses, echte à Je0^rson pour le coMultv '<*imi— I A UD eubliiiitent au& Êuia-tnis. (.Voie det prtwUtri Éétuuri,)
398 courëspondance:
La question que je vous adressais par ma lettre du i*' février IMM, est maintenant sans objel^ Je m'étais figuré qu'une nation aussi éloigiiée que nrjs le sommes de l'Europe et de ses contestations, évitant d'offenser les autres puissances, et lente à ressentir leurs insultes, juste envers les autres, remplissant envers toutes les obligations de la Deutralité, et même les devoirs de Tamitié, et disposée à leur offrir les avantages de son commerce; Je pensais, dis-je, qu'une nation comme celle-là a le droit de vivre en paix et d'être considérée comme un membre inoffensif de la grande famille du genre humain. Dans cette position, elle doit s'attacher à la production de ce qu'elle peut produire avec le plus d'avantage, pour l'échanger avec cç qui peut, avec le plus d'avantage aussi, lui ^tre fourni par tes étrangers ; aussi paisiblement qu'une province de France conclut des échanges avec une autre. Mais, hélas! rexpérience nous apprend que la continuation de la paix ne dépend pas seulement de notre justice et de notre prudence, mais aussi de li prudence et de la justice d'autrui. Une fois la guerre commencée, on s'aperçoit que Tinterruption des échanges qui ne peuvent s'opérer qu'à travers un large océan, devient une arme redoutable entre les mains d'un ennemi qui domine sur cet océan ; et qu'aux privations causées par Fétat de guerre, il faut ajouter celle de bien des otijets qui nous sont devenus indispensables, tels que des armes et des vétraients. La question se réduit alors à savoir si le profit ou bien la conservation est, en dernière analyse, le principal objet qu'il faut avoir en vue.
Nous sommes devenus manufacturiers à un point qui est à peine croyable pour ceux qui n'en ont pas été témoins, surtout si l'on considère le peu de temps qu'il nous a fallu pour le devenir, grâce k ta politique suicidaire des Anglais. Les prohibitions dont nous avons frappé les articles de fabrique étrangère, et la patriotique résolution de nos citoyens de n'employer rien qui vienne du dehors , quand nous pourrons l'exécuter nous-mêmes , sans égard au bon marché, nous garantit à jamais du retour d'une influence étrangère, et cette circonstance mérite d'être prise en considération par vous , si voos vous décidez à venir vous établir parmi nous. Votre filature de coton, en ne lui donnant pas trop d'extension, et combinée avec une exploitation agricole, serait préférable à l'une ou à l'autre séparément; l'une ou l'autre pourrait ensuite devenir l'objet principal, selon que rcxpérience le recommanderait. Le coton filé est fort demanllé; et tissé, fl Test encore plus.
Je vais maintenant vous donner, autant qu'il dépendra de moi, les
* Elle avait rapport aux tentatives que fai^nit alors Bonaparte, pour cDgager \c& État^ Unis dans la guerre qui s'était rallumée entre rAngleterrc et la France. Bonaparte voulait traiter eu euneuiis ceux qui n'embrassaient pas sa querelle^ (J.-B. S.)
AVK.C THOMAS JFFI 'JUnON. dt9
erUircissemenls que vous désirez. Je vous dirai d^abonl que Je suis charmé qu*on e\amiiianl la carte do iiotn* p.iys, votn* hmI se soit arrêté sur le vlllai^e de ilharlottenviUc. Je le connais mioM\ qu'aucune autre partie Ao. 1*1 iiioii. Il nVst (|nVi trois ou quatre milles du lieu de ma naissance et de ma résidence. CVst un lieu qui a de grands avantages. Son sol est partout aussi Tertile qu aucuns terrains élevés que faie Jamais vus. Il est rou^^e et montueux. Tort sem:>lablcà la Bourgogne, aux environs de la route de Sens, Verniauton ti Vilteaux, Dijon, et le long de la côte de Thaguy . II est excellent pour le Troment, le mais et le trèfle. Ik* même que tous les |)a>s • \*vés, il est fiarfaitement salubre* nullement sujet aux lièvres, ni à aucuiij autre affection épidcmique. On en peut juger par la constitution robuste de sc9 habitants et de leurs nombreuses familles. On y voit beaucoup de nonagénaires. .
La température de notre canton tient le milieu de toutes celles detf Êlata-Tnis, le froid des hivers ordinaires étant environ de 7 tiegn^s de Beaumur au*dessous de zéro« et, ilans les plus sévères, de 12 degrés; lea matinées ordinaires de cette saison au-dessus de zéro. Kn t*té, le maximum de la chaleur est 28 degrés, température* dont nous avons on nu deux exemples par été, et pour quelques heun's seulement. Durant dix à douze jours des mois de juillet et août, le thermomètre monte, pour deux ou trois heures de temps, à 23 degrés environ ; mais l'ordinaire chaleur de ces mois-li n*est guère que de 21 degn's dans le milieu du Jour. l.e mercure tombe le soir à 17 degrés. Les gelées blanches commencent k p4*u pK*s au milieu d'octobre, et font courir quelques risques aux plantes délicates jusqu'au milieu d'avril. lx*thermomêCre commence environ k la mi-novembre à être parfois à la glace, Kne cesse guère d*y descendre qu'à la mi-mars. .Nous comptons une cinquanlainc de nuits de gelée dans un hiver; mais ce n'est que poidant une dizaine de jours que le mercure ne s'élève pas au-dessus do degré de la geli^.On désire avoir du feu dans les maisons lorsque Pair extérieur est au dessous de + 10 degrés, et c'est chez nous le cas pendant 132 jours dans l'année ; ce besoin se fait sentir les matinaet •oirs pendant SN jours de plus. Ainsi nous avons du feu constamment pendant cinq mois, et partiellement pendant un mois de plus, tout au noins. Des observations faiti^à Yorktown, t|ui est moins élevé que BOUS ne le sommes, nous font voir qu'on aent pendant 7 jours de moins la nécessité d*y allumer un feu constant, et 28 jours de moins le matin et le soir. Uelativement à la neige, une observation de sept aiinét>s m*a fait voir qu'il en tombe, en tout, ime épaisseur^le l5|)Ouces an^''ai« «lui fimt à |hmi près f :i |K>ucesde France dans l'annéf*. et qiie lal^rre en ost i o jvt'rte pendant \% jours. 1^ neige jointe à la filuie
iOO COKRKSPONDANCE
nous donne quatre pieds d'eau dans Tannée (environ 3 pieds9pôaoes français ).
Les petits pois sont bons à manger le 12 de mai. Les Traises et les cerises se cueillent environ à la même époque, les asperges dès le l'' avril. Les artichauts supportent l'hiver sans être enveloppés; leTiguier, garanti par un peu de paille, donne ses fruits en juillet, et, s'il n*est point protégé, il les fait attendre jusqu'au r^^ septembre. Quant aux communications, Richmond est le plus proche marché pour nos produits. La marée remonte jusque là, et de Richmond à Cbarlottenville, U navigation peut se faire par des bateaux portanit six tonneaux (1200 livres). Le pays, en général, est ce que nous autres Américains nous appelons bien peuplé, noire comté (celui d*Albermale) ayant 20 mille habitants sur 750 milles carrés; niais la moitié de ces habitants sont gens de couleur, libres ou esclaves. La société y vaut mieux que celle qu'on peut trouver dans un pays agreste. Il n*y a peut-être pas, sauf dans les capitales, de meilleure société dans tous les États-Unis. Ne vous figurez pas cependant que ce soit une société comme celle de Paris. On y trouve des voisins de bon sens, honnêtes et simples; quelques-uns ont de la lecture et de l'instruction ; mais tous conduisent leur ferme eux-mêmes. Ils sont bienveillants et reçoivent bien, mais ils ne parlent pas d'autre langue que l'anglais. Ils sont eu général orthodoxes^ quant aux mœurs et aux croyances; mais, comme chaque famille a une croyance et des usages de son choix, oh a beaucoup de toléraoce les uns pour les autres.
Nos cultures sont le froment pour le marché, et le maïs» l'avoine, les pois et le trèfle pour la consommation de la ferme. Nous trouvons que c'est une bonne distribution de notre terrain, que d'en faire trois parts, dont nous mettons chaque année une en froment, une autre por^ tion moitié en maïs, moitié en pois, et la troisième en trèfle; tel est notre assolement. 11 est toujours bon d*avdir la disposition de quelques portions de bols pour le chauffage, les palissades et la charpente. Les meilleurs cultivateurs, tels que M. Randolph, mon gendre, retirent de 10 à 20 boisseaux (bushels) par acre '. Les plus mauvais, teb que moi, n'en tirent que 6 à 10. Le bushel, en temps ordinaire, vaut communément i dollar*. Le produit du maïs est en général de 10 à 90 bushels, qui se vendent un demi-dollar le bushel. La capacité de cette dernière mesure est d'un pied et un quart cube, où, plus exactement, de 2,178 pouces cubes ^ D'après ces données, vous pour-
* L'acre est *le même que celui d'Angleterre, et conUcnt environ un arpent et */«, <n plus exactement 40,44 arcs. I^ bushel, qui est celui d'Angleterre, contient SS^lUrei'^*'
* 1^ dollar vaut environ 5 francs 35 C€nt.
^ Le pouce est le même que le pouc€ anglais, qui a 2& millimètres.