‹ Œuvres diversChapitre 67 sur 128 · NOTICE SUR RICARDO · texte numérisé non relu

NOTICE SUR RICARDO

L* Angleterre et le monde firent une perte sensible à la mort de DaiU Ricardo , membre du parlement d'Angleterrç , et regardé comme l'écriniii de sa nation le plus éminent en économie politique.

Il avait acquis comme agent de change à la bourse de Londres une !■mense fortune , augmentée depuis par des spéculations toujours Jodideuci et le plus grand ordre dans ses affaires ; tellement qu'on suppose qu'il poôédait à sa mort plus de quarante millions de notre monnaie. On serait teoté de dire : Peu importe le nombre des millions ^ si l'excellent usage qu'il frisait de ses richesses ne les avait' rendues un objet vraiment respectable. Possesseur de vastes domaines , il s*en trouvait qui , par un abus déploré par lui-même, lui donnaient entrée au parlement, où il méritait de parvenir par la seule voie qui soit légitime, le choix libre de la nation.

Il était déjà un homme fait qu'il ne s'était point encore occupé d'économie politique ; mais se trouvant un jour à la campagne chez un ami , le désoivrement lui fit jeter les yeux sur un volume de la Ricfiesse des natimu d'Adam Smith , que le hasard lui offrit ; il fut frappé de la vérité de ses observations, se procura l'ouvrage et le lut avec avidité.

Il s'était imaginé ( et jusqu'à Smith, on était excusable de penser ainsi) que réconomie politique n'était composée que d'opinions spéculatives, de vues qui avaient le bien public pour objet, et sur lesquelles les avis devaient être nécessairement partagés. Il s'aperçut pour la première fois que la véritable économie politique n'est autre chose que la description des ressorts qui font agir et vivre la société; que c'est la physiologie sociale, science qui i bien que toute récente, est aussi positive que la physiologie du corps humain, puisque de même que celle-ci , elle nous fait connaître par quels moyens tit et agit la société , qui est un corps vivant, qui a ses membres , ses viscères, dont les fonctions sont aussi constantes que l'action du cœur et de l'estomac dans l'homme individu.

AVEC DAVID niCARIX). 407

L'écrit par lequel David Ricarrio fit connaître et* qu'il valiiit , hit une broctaiv publiée en I8i0 , et uyant pour litre : />• haut prix du lingot preuve ai Im érpreciatkm dex biltet» de banque, La nation anglaise hit avertie par 1â que wom papier -monnaie était déprécie , c'est-h-dire avait perdu une partie de A valeur. On p{»vait en papier une once d'or, un quarter de Troment^une pircv d'étoffe , tout en un mot plus cher d*un tiers ou de moitié , qu'on ne Cu»ait a^ant que les bilU'ts de l>anque eussent un i*ours forcé. Et l'opinion qoe les Anglais se formaient de la solidité de leur banque était telle, que perMinne ue supposait qu'un partHI effet provint d'une autre cause que d'un mchcdKiwment de toutes l(*s marchandises oi*casionné par la fçuerre.

Le prrMier mouvement des liommese&t de résister à la \érité. Ricardo fut Iliaque de toutes parts , et le parlement se donna le ridicule de déclarer offldHlemeot que U papier de la Banque n*étaH pas déprécié. C'est ainsi qu'au fart de la guerre de la Vendée, la Gon%ention décréta que cette guerre était •riBuiiee. Mais la vérité ue saurait perdre ses droits; quelques années plus tout le monde pensa comme Rioartîo. Le parlement y conforma ses meb, et la suite confirma la théorie de Rie irdo : on réduisit le nombre des UUrls de banque en circulation, et les prix retoni!>erent à leur ancien taux; ce qui ne fut pas un bien , comme on a pu s'en eon\aincre; mais l'événemmal pnwvaque le papier a\ait perdu s:i \aleur non a cause du discréilit, ■■sa cause de sa multiplication '.

Eo iHi ô • RIcanio pulilia un Essai sur le bas prix du bit\ dans lequel il fait %oir combien étaient impoli tiqui^ les obstacles que l'on oppoMiit à l'in- Imtoctionen Aiit:ietiTrvdes blcs etraiii:"rs. L'auteur prouvait en cela son ifainterestfement ; ciir possiHiant beaucoup de terres . Il pouvait désirer que !■ Mes étrangers n'eutrassent p«i.s en coiiourrenco avec li*s siens.

En I ai 6, il proiH«si ru>a!!e d'une monnaie de papier ( Pr(q)osais fur an lied/ and sentrr rurrrnvy), ((ue le pulilie |M»urralten tout temps, a feu ou\ert, K* fain* reniltoursir en liiiuoLs d'nr . et dont néanmoins il ne émanderait januiis le remiNiurMMnent, pariT (|ue di*s liniiots d or ne |H'uvent «r^ir facilement comme intermiHli.iiri^ de la i-ireulation. lien ri*sultait un paper-roounaie qui de\ait toujours \aIoir autant que l'or. t*^*t écrit in{:caânix Jette tienucuup de jour sur la nature et l'usaiie di*s monnaies.

Enfla, en IH17, Rie.irdo publia si>n li\re sur ht principes de V Economie fêiétiqu^ et de tltrti*6t , nu\r:ii:e trop i*onsidérable |x)ur qu'on puisse le caractnivr dans une simple notlee. (Vest l.i qu'il établit que le profit que fait m pn>priétairr foncier sur su terre , e'e>t-a-dire tv que iui p.iie son fermier,

* Visr »ar cvt f|ii»4iili' «Ir riitulfin* ilt* la ILimijih' d'.\n;:lrtirir, aln^l i]iii* »ur 1^» rlToNqui ta furmi U rftiiMi|.ii tKi\ W* li.ivjiili*» lApurAliiini riiiL»i^iiiv«, pnr J.^ll. Sa>,il.ini !•' t hapiCrv %«i dr U III* |artt(* ilii Ittun d'ff'Hitmir jmlit'tfur, mi rniiti-nr tini!r i|i> iiiniiiuiri et pa^cr. fhi peut riint>ul(rr rtfaIrnii'iK \r* twlcs lilploiiqurjt Ur Mac r.iill> cli il:in» iViliimn 4tSaulli ili4ifin |»ar M. Blanqui tiuilljunitn .tumr l**. :i8*Jei tuiv K. I>.

ne représente jamais que l'excédant y à égalité de frais , do produit de ^ terre , sur le produit des plus mauvaises terres cultivées dans le même ptys. Cette opinion a été vivement attaquée par Malthus et par d'autres; bcaoooop trbp vivement sans doute , car c*est une opinion purement spéculative, el qui n'empêche pas ceux qui la soutiennent et ceux qui la combattent d'arriver aux mêmes conséquences dans la pratiqué.

David Rieardo n été dans le parlement un homme indépendant de tous les partis. H ne savait pas ce que cïtait que d*avoir une t^inion de poêiUani c est'à-dire , de voter pour ce que Ton sait être injuste , et de repousser simplement en raison de la situation où Ton se trouve ce que le bien poUic réclame. De même que Jérémie Bentham , son ami , Rieardo n*écoiitait dW tres conseils que ceux de l'intérêt général. C'est le plus noble privilège de Tindépendance de fortune. L'homme qui, pour conserver une place dont 11 vit, est obligé de déguiser son opinion , n'est que malheureux ; s'il est ridie, il devient méprisable.

Rieardo n'était pas ce qu'on appelle un orateur ; mais comme U ne parlait que sur ce qu'il savait bien , et ne voulait que ce qui était Juste» il était toujours écouté. U s'est deux fois élevé contre la corruption parlementaire, et voulait que la chambre des communes, qui est destinée à soutenir les intérèb de la nation , ne fût pas composée en majorité de membres payés pour les trahir.

En tout pays , il y a des gens qui , sans être plus crédules que d'autres ,

Funt rie dévotion métier et marchandise.

On avait trainé dans les prisons , à l'aide de jur^'S spéciaux , c'est-à-dire choisis pour condamner, le libraire Carlisle, accusé d'avoir publié des écrib irréligieux , Rieardo osa prendre sa défense et soutenir que la persécutioDest un mauvais auxiliaire pour la religion.

Quoique peu courtisan des ministres , Rieardo était toujours consulté par eux sur toutes les questions délicates d'économie politique , parce que, dans son pays, la force brutale n'est pas le seul instrument que l'on sache employer.

Frère d'un autre Rieardo, banquier, qui a soumissionné quelques emprunts , il n'est point prouvé que David Rieardo se soit intéressé dans aucun de ceux qui ont eu pour objet la consommation de quelque grand crime politique.

Cet homme éclairé, cet excellent citoyen est mort dans la force de l'âge, au bout de cinq jours de maladie à la suite d'une tumeur dans rorcille. Doux et modeste, chéri des siens comme de son pays, sa perte a été vivement sentie ; ear on remplace difficilement un homme qui apporUiit à l'appui de ses bonnes intentions un î;rand talnit et une immense foitunc.

WKC llAVIIt RICARIM). 109

DAVID lUCAKDO A J.-B. SAY '.

(^tconih-Paik, ISafiùt iRl.'i.

Uoy CHKR MONSIEIR,

J'ai n*çu avir liicii du plaisir le livrr et \n lellre que M. Raswi m'a mni5 de votre prt **. A\anl UMiirniip pensi* à vous, [Mandant les iii- CTo>ablP9évpiieinents «]uj ont eu lieu en France durant ctvs dernière BOIS, je me suis trouve heureux d'appn*ndre «]ue vous n*en avez pas touflert. J'ai pémi. avec tAus les amis de la paix, du renouvellement de ces outrai^es militaires, qui si longtemps ont désolé l'Europe, et que j'espc-rais \-nlr éloigut'^s de nous |>our toujours. Puisse votre pays se relever liientôl des maux qu'il a di\ S4)ufTrir ! et puissiez-vous trouver dans des jours de paix, de tranquillité et de tonne administration, la romprnsation des désordres que vous avez endurés !

Kntouré de ma nombreuse famille, ce ne sera |>as sans quelques diffirultc'S que j'arrangerai une visite à Paris; cependant j'es|)ère que Je Tiendrai à bout de vous en faire une le printemps prochain. Je me flatte t|ue je vous trouverai dans quelque poste important, dévouant, sous un gouvernement libre, votre énergie et vos talents à la mise en pratique de ces solid(*s princi|>e< d'économie politique que vous avez si admirablement develop|H*s. J'ai lu ave<' satisfaction votre Catéchisme d'^cftmoMie fHiiéiiqur*; '}v le Inmve excellent; tous les grands principes y sont |)Osés avec netteté et avec force. Je suis convaincu que non-seulement les commençants, mais les adultes, en tinTont beaucoup de froit. Je vois que vousavez tni peu modifié la définition du mot râleur, comme dépendant de Vuitlitr^ mais a\ec timidité, ilependantje vous dirai que vous ne me scmblez pas encore avoir surmonté la diflicull^ qui s'attache à l'explication de ce mot scabreux. L'utilité ties choses e»t incontestablement le fondement île leur valeur; mais le degré de Irar utilité ne saurait ^trc la in<*sure de leur valeur. Tue marchandise d'une production diflicile .mts toujours plus chère tpie celle que Ton produit aisément, quand même les liommi*s convieiuiraient unanime- ■lent «lu'elle est plus utile que l'autre. Il est bien vrai qu'il faut qu'un produit soit utile |Muir a\oir de la valeur; mais la difficulté de sa pn»duciion est la seule mi^sure de s«i ralrur. Les richesses sont pn*cieust>s

* 1^* Irdrft lie \U\\à ili4*an|ii hh\\ « n ni^UiK.

■ J.'b. Na« A\^\i |m^^ <|iii i>|iii> jiiiii> j (>jU-oiiili-p3tk. ilatii li: c;iiiUirctii-»littv.

* i: %*%\\ ik la 1" rtlilii n, ipii «Miiiil lit* |i.>i.iitir.

410 CORKESPONDANCE

seulement en ce qu'elles peuvent nous procurer des Jouissances. L'homme le plus riche est celui qui a le plus de valeurs, qui peut, en les donnant en échange, se procurer, non les choses que tout le monde et lui regardent comme les plus désirables, et que Ton peut avoir k bas prix, mais les choses d'une production difficile, et par conséquent coûteuse.

Voilà pourquoi je trouve qu'il n'est pas exact de dire, comme vous le faites, page 95: • Le comble de la richesse^ quelque peu de valeurs qwe Von possédât^ serait de pouvoir se procurer pour rien tous les ot^ets qu'on voudrait consommer. » L'homme qui ne désire consommer que du pain et de l'eau, et qui n'est en état d'acheter rien de plus. D'est pas si riche que son voisin qui a d'immenses valeurs, au moyen desquelles il peut avoir toutes les douceurs de la vie, s'il souhaite de les avoir. Un homme est riche par la quantité de biens qu'il possède» non par la modération de ses désirs.

Permettez-moi encore une observation. A la pagQ Si, vous dites qu'un manufacturier, pour savoir si son capital est accru, doit faire un inventaire de ses biens, où chaque chose soit évaluée selon son prix courant. Ce moyen ne lui apprendrait autre chose, sinon que la som* me de sa monnaie est augmentée. Cela pourrait lui suffire^ mais ne peut satisfaire l'économiste politique qui voudrait savoir quelle est l'augmentation réelle du capital. Pendant la dépréciation de notre monnaie ( bank notes ), beaucoup de gens crurent que la valeur de leur capital était accrue, tandis que, dans la réalité, elle était diminuée. Leur capital valait un plus grand nombre de livres sterling, qui achetaient moins de choses. La monnaie, aussi bien celle de métal que celle de papier, peut tomber de valeur, et, par conséquent, ne peut pas serrir, six mois de suite, de mesure pour d'autres valeurs*. Un accroissement de capital, par conséquent, ne peut être constaté que par le pouvoir de mettre en jeu une plus grande masse d'industrie, et d'ajouter aux produits des terres et de l'industrie du pays. Je sais bien que ce prin-

* Sans duute la monnaie de métal n'est pas, plus que celle de papier, pourvue à la rigueur de ce caractère de fixitë sans lequel on ne saurait ciTmprendre une véritable mesure. Tuote la question se léduit donc à savoir, et i'afDrmativc n'en parait pas douteuse, si on peut le lui attribuer d'une manière assez approximaUve pour que la criUque de Ricardo soit sans fondement. Ne faudrait-il pas, en effet, des circonstances bien eitraordinaires, on un lapi de plus d'une année, pour qu'un manufacturier se trompât sur raccroissement réel deaoo capital, s'il en trouvait, par son inventaire, la valeur monétaire métallique notablemeot augmentée. Or, J.-B. Say écrivait surtout pour un pays où la circulaUon s'opère bien moim à l'aide du papier que par l'intermédiaire de l'argent. Mais bien que l'auteur eût été suffisamment clair, il attachait cependant une telle importance à ce que ses ouvrages ne présentassent point la plus légère équivoque, que sa réponse à Ricardo, contenue dans la letbc suivante annonce Tintention de modifier le passage criUqué par cet iUustre économiste.

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