AVEC DAVID RICARDO
dpe est le vôUe; mais je crains que vous ne Payez perdu de vue dans le passage cité.
Le plaisir que je trouve à lire, à étudier les bons ouvrages d'économie politique, ne s*est point aflaibli depuis que je vous ai vu. J'emploierais tout mon temps à la discussion des points qui me semblent avoir encore besoin dVtre éclaircis, si j*avais le talent d*('*crire. Je me suis crpendanl hasardé i publier la brochure que je vous ai envoyée au printemps >, et j'aimerais à connaître votre opinion sur la doctrine que f j soutiens, relativement à la rente de la terre et aux profits en oppoailion avec M. Malthus. Je sais de M.Mill, que plusieurs |)ersonnes de ce pays ne m*entendenl ims, parce que je n*ai pas assc*z développé mes idées; et il m*engage à en reprendre l'exposition dès le commeneement et plus au long, mais je crains que Tentreprise n*excéde mes forces'.
Je suis, etc., David RICARDO.
J.-B. SAY A DAVin RICARDO.
Piin.-i. 2 dtrciiilne IHlâ.
MOK CHKa Mo?ISIRl'H,
Je me reproche dt* tw vous avoir pas n'|N)ii(iu plus promptement. Sous nous oiTupons htnircnscinent, vous et moi, de cliosi^s de tous le:» temps, pluttM que de celles du moment actuel, qui ne sont pas gaies, malgfv les ÎHvs que l'on donne pour faire croire aux peuples qu*ils sont heureux. Kn attendant, ils sont dépouillés psir ItMirs uniis «*t par leurs ennemis; les uns les tourmentent |mr leur iinihilion; lesautn>s, par leurs vengeances; et les lumièns, aussi bien que le murage civil, leur manquent |N)ur n*sistei à pmftos.
Le sujet des valeurs est, comme vous le dites, dinieile et compliqué, et je SUIS un |teu confus qu'avei* In pn'*teiitioii qui* j*ni eue de me mettre
zi$ur VtnflueHce du haut ;irir du hU sur 1rs profita du capital, a^iv do» ri'iiiar- ^aoi Mir Iri dru\ drrnkTi*» |iuMit.iliiin!i tir M. Mdltliii». IMt;i, in-M'.
•C'r»l a rrtie arra»l(»n iiiii' lKni*l Himnlii fil »on li\r«» inddilf : Prinrip^t de t'Fcnnrtmaffhhqutet 4f l'Impôt, mi, |mriiii lNMiiriiii|»U>\iillt nli'» «-lifiM-», il ilr^rlntitH- »a dtN-- Ui*c tnr la rmir tir» Irin-»; ilKlniii' nii t'aiilrur ilii Cours cumplet d't.fonnmi- ptthtt- ^m*, n'a firo |>u \iiir ilc niiif m il'>iiip«»rtaiit, it qui, |M<iir iMMiifniip irrrtMdiiii» ari.'ljt^, a #fr malhramiflrmrnt l'tii-rii»iiiit il'uhaiiilininfr la nicdiifli* r\)M'riiii«*tiialr «1 Id.itii Miiilh. «t «Ir Ufvr par dtt raiMniiiriiu ii(% al*^trall^ U-ur» ruiiH'qiirno-.« tlt* i v qu li^ ont :i|>im Ji'|iriiirif«a, M bctt «k k> tirrr inimcUiairiiKiil de la iialure dr» cIium** rt di» f.iti».
\olf dp th. Cotntr.
412 COUHESPONDANCE
à la portée des csprKs les plus ordinaires, je ne sois pas enUèrement compris des hommes les plus dif^tingués. 11 faut que je me sois bien mal expliqué, puisque vous m'accusez d'avoir dit que Futilité était la mesure de la valeur; tandis que je croyais avoir toujours dit que la valeur que les hommes attachent à une chose est la mesure de Tutilité qu'ils trouvent en elle ; et quand vous ajoutez : « Riches are valuable only H as they can procure us enjoyments; and the man is most rich who » has most valuables, » vous tenez exactement le même langage qae moi. Je conviens de môme, avec vous, que la valeur d'un produit ne peut pas baisser au-dessous de ce que coûtent les diflScuUés de sa production. Si les hommes estiment que son utilité vaut ce prix-là, ils le produisent; s'ils estiment que son utilité ne vaut pas ce prix-là, ils ne le produisent pas.
Je m'aperçois que je me suis encore mal exprimé dans un autre endroit (page 95), en disant que : a le cctmble de la richesse, quelque » peu de valeurs qu'on possédât, serait de pouvoir se procurer pour » rien tous les objets qu'on voudrait consommer. » Je n'ai point voulu dire comme les stoïciens, et comme vous m'en accusez, qu'on est d'autant plus riche qu'on a moins de désirs, mais d'autant plus, qu'on peut acquérir à meilleur marché les choses qu'on désire, quelles qu'elles so/ewf, c'est-à-dire des maisons, des domestiques, des chevaux, si on les désire; ce qui arriverait, en eflet, dans la supposition où les difficultés des frais de production se réduiraient à peu de chose ou à rien. Celte supposition est inadmissible dans son excès, je le sais; mais, ce qui ne Tesl pas, ce sont les différents degrés de bon marché {cheapness} qui s'éloignent ou se rapprochent plus ou moins du bon marché absolu.
Vous avez bien raison en disant qu*un manufacturier qui, pendant la dépréciation de votre papier-monnaie, aurait fait son inventaire en livres sterling, aurait pu croire son capital augmenté, tandis qu'en eflet il aurait diminué. II est bien évident que, lorsque j'ai dit que ce n'est que par un inventaire qu'on peut savoir si le capital qu'on a est accru ou diminué , c'était avec cette restriction nécessaire : en supposant que la monnaie ( the currency) qui sert à inventorier n'a pas change de valeur. Je sens maintenant la nécessité d'exprimer ce qui me paraissait évident, et j'aurai soin de l'exprimer dans les prochaines éditions de mon Catéchisme, si le public accueille ce petit ouvrage *.
' Co \olum*' flw OEinrcs dirrrsnt renferme la ri nquième édition du même ouvrage.
AVEC DAVID KICARDO. 413
Que vous dirai-je à l'égard de votre polémique avec M. Malthus? Vous avez l'un et l'autre étudié la question of rent and profits sans doute beaucoup mieux que moi ; et puis je vous confesse que ma façon d'envisager les proGts, soit d'un capital, soit d'un fonds de terre, rend trèsdiflicile pour moi la tâche de débrouiller cette question. Je ne peux m'empècher de faire entrer pour beaucoup, dans l'appréciation des proGts, le talent, la capacité industrielle de celui qui fait valoir un ter* raîn ou un capital ; et je regarde comme comparativement peu important le profit propre, le profit inhérent à ces deux instruments. Au surplus, je dois me défier beaucoup de mon opinion, et je crains de renoncer à côté de la vôtre. Je me bornerai donc à souhaiter, avec M. Mill, que vous développiez vos idées dans un ouvrage âfc^Aoc. J'y gagnerai, et le public aussi. Que j'envie votre sort de faire de l'économie politique dans votre belle retraite de Gatcomb-Park I Je n'oublierai jamais les trop courts moments que j'y ai passés, ni les charmes de votre conversation.
Agréez, mon cher Monsieur, les assurances de ma haute estime et de
mon sincère attachement,
J-B. SAY
DAVID RICARDO A J.-B, SAY
Gatcomb-Park, 18 décembre 1817.
Mon cher Monsieur,
Voire dernière lettre % qui était adressée à Londres, ne m'est par- Tenue que mercredi ; ce qui vous expliquera le long temps que j'ai mis à vous répondre.
Depuis votre voyage en Angleterre, je me suis retiré par degrés des affaires; et comme notre dette est énorme et le prix de nos fonds publics très-élevé, j'en ai de temps à autre retiré mes capitaux, et j'en
ai beaucoup placé en terres Ma vie s'est composée de succès et
de soucis; c'est ce qui fait que je m'arrange, autant que je peux, pour l'avenir, de manière à n'avoir plus aucune inquiétude.
Notre ami Mill va publier son ouvrage sur l'Inde Anglaise, auquel il travaille depuis plusieurs années. Avec un talent comme le sien, tout ^it devenir, sous sa plume, intéressant et instructif; et je suis persuadé que ce livre surpassera l'attente de ses amis les plus dévoués. Il est
^ ^n n'a pu larefiouvor.
imprimé, et il a eu la bonté de m'en donner un exemplaire par anticipation. J'ai lu plus de la moitié du premier volume, et je souhaite qu'il fasse, sur des juges compétents, la même impression qu*il m'a faite. Ce qu'il dit sur le gouvernement, les lois, la religion, les mœurs du pays, est d'une grande solidité ; et le rapprochement qu'il fait de rétat ancien de Tlndoustan avec son état actuel, me semble décider la question de la haute civilisation qu'on lui a supposée. J*espbre bien que vous aurez l'occasion et le loisir de lire cet ouvrage intéressant, et d'en dire votre opinion au public.
Votre Traité d'Economie politique croit en réputation chez, nous, k mesure qu'on le connaît mieux. On en a fait dernièrement un extrait, en môme temps que du mien, dans le British RevieWj et l'on a fait valoir son mérite. Je n'ai pas été aussi bien traité, et le journaliste a trouvé dans mon ouvrage une ample matière à ses critiques. Il y trouve k peine un passage qui soit digne d'éloges.
le me flatte que madame Say et vos enfants sont en bonne santé, et je vous prie, etc.,
David RICARDO.
DAVID RICARDO A J.-B. SAY
Londres, Il janvier 1820.
Mon cher Monsieur,
A mon arrivée à Londres, j'ai trouvé votre présent, avec la lettre dont il était accompagné. Je me souviens que, lorsque je vous ai vu à Paris, vous me disiez qu'à chaque édition de nos ouvrages respectifs, nos opinions viendraient à se rapprocher toujours davantage, et je suis trèsconvaincu que la vérité de votre remarque se vériGera. Nous avons déjà fait quelques pas, et, à mesure que les différents points s'éclairciront, nous verrons les dissentiments se réduire à n'être plus que dans les mots. Votre chapitre sur la valeur a beaucoup gagné selon moi ; cependant je ne puis encore souscrire à toute votre doctrine sur cette partie très-diflicile de l'économie politique.
Vous me paraissez avoir mal compris une de mes propositions. Je ne dis pas que c'est la valeur du travail qui règle la valeur des produits; « c'est une opinion que je cherche, de tout mon pouvoir, à détruire. Je dis que c'est la quantité comparative du travail nécessaire à la production qui règle la valeur relative des produits.
Je crois encore que vous vous trompez sur une de mes opinions que vous commentez dans une note de la traduction qu'on a faite de mon livre. Mon raisonnement touchant la rente, le proGt et les impôts,
AVEC DAVII» KICARDO. 415
rsi fnndc sur la supposition qu'en iout*|»ay8 il y a des terres qui ne paient point de fermage ; ou qu*il y a un capital employé sur des terres Irjâ cultivées, |H)ur lesquelles on ne paie point de fermage. Vous répoodei â la première partie de la propiisition, et vous ne faites pas mention de la seconde. J*ai liesoin que Ton ne les sépare pas.
J*espêre que vous voudrez bien accepter la seconde édition de non ouvrage. Il ne contient rien de neuf: je n*ai pas eu le courage do le refondre.
L'économie politique gagne du terrain. On avance des principes plus sains. Votre traité, comme de juste, est au premier rang des autorités. l.es débats du parlement, dans la dernière session, ont satisfait les amis de la science. Enfin, voilà les vrais princifies sur la monnaie lolennellement reconnus! Je crois que, sur ce |H>int, nous ne ferons plus fausse route.
iéremie Rentham et Mill se |)ortent bien; je les al vus demièreinenl, etc.
hAViD RiCARDO.