AVEC DAVID RICARDO
dont l'un provient du meilleur terrain qu'il y ait dans le pays, d'un terrain qui rend trois ou quatre livres sterling par acre: et l'autre, d'un terrain qui n'est pas loué au delà de trois ou quatre shillings. Les deux sont précisément de .la même qualité et du même prix. Vous diriez que le prix de l'un paie largement le service du sol, tandis qu'il domie peu de proût pour le capital et le travail qui ont fait produire ce terrain. Cela est incontestable ; mais quelle conséquence en pouvez-vous tirer pour nous guider dans la pratique?
Ce que nous voulons savoir^ c'est la loi générale qui règle la valeur du pain relativement à la valeur de toutes les autres choses; et je crois que nous trouverons qu'un de ces pains, celui qui provient du terrain qui ne paie point de fermage, ou qui en paie peu, détermine la valeur de tout le pain, et par conséquent sa valeur, comparée à celle de toutes les autres choses, dépend de la quantité de travail employée à sa production, comparativement à la quantité de travail appliquée à toute autre production.
Permettez-moi de vous dire que votre ouvrage aurait beaucoup gagné si vous eussiez plus approfondi les lois qui déterminent le taux des fermages et celui des profits. C'a été certainement une erreur d'Adam Smith de supposer que le taux des profits dépend de la somme des capitaux accumulés, sans égard à la population et aux moyens de la pourvoir.
J'ai lu vos Lettres à Malthus. J'en adopte complètement la majeure partie; mais je ne saurais souscrire aux doctrines conformes à celles de votre grand ouvrage, que j*ai déjà combattues. Nous nous voyons souvent, M. Malthusetmoi, sans nous convaincre mutuellement davantage.
Je me trouve heureux de pouvoir vous annoncer que la science économique est de plus en plus étudiée par la jeunesse de ce pays. Nous avons formé récemment un club d'économistes politiques, où nous pouvons nous vanter de compter MM. Torrens, Malthus et Mill. Beaucoup d'autres encore soutiennent vivement les principes de la liberté du commerce, dont les noms ne sont pas aussi connus du public. Quant à vous, je sais que vous ne vous découragez pas dans la défense dfi la bonne cause, et que, dans vos efforts désintéressés, vous n'avez
ea vue que le progrès des lumières et le triomphe de la vérité. Croyez, mon eher Monsieur, etc.
David RICARDO