‹ Œuvres diversChapitre 76 sur 128 · TROISIEME LETTRE A M. MALTHUS · texte numérisé non relu

TROISIEME LETTRE A M. MALTHUS

Monsieur,

Nous avons raisonné dans l'hypothèse d'une liberté indéfinie, qui permettrait à une nation de pousser aussi loin qu'elle voudrait tous les genres de production ; et je crois avoir prouvé que si cette hypothèse se réalisait, cette nation pourrait acheter tout ce qu'elle produirait. De cette faculté et du désir naturel à Thommç d'améliorer continuellement son sort, naîtrait infailliblement une multiplication infinie d'individus et d« jouissances.

Il n'en va pas ainsi. La nature d'une part, et de l'autre les vices de Tordre social, ont mis des bornes à cette faculté indérmie de produire; et Texamen de ces obstacles, en nous ramenant dans le monde réel, servira de preuve à la doctrine établie dans mon Traité d'Economie politique, que ce sont les obstacles à la production qui seuls empêchent l'écoulement, la vfinte des produits.

Je n'ai pas la prétention de pouvoir signaler la totalité des obstacles qui s'opposent à la production. Beaucoup de ces obstacles, sans doute, se découvriront à mesure que l'économie politique fera de nouveaux progrès ; d'autres peut-être ne se découvriront jamais : mais on peul déjà en oteerver de très-^xiissants, soit dans l'ordre naturel, soit dans l'ordre politique.

Dans l'ordre naturel, la production des denrées alimentaires a des bornes plus sévèrement posées que la production des denrées meublantes et vôtissantes. En même temps que les hommes ont besoin, soit en poids, soit en valeur, de beaucoup plus de produits alimentaires que

AVEC M. MALTlIUâ. 473

i autres enM*ml>(o, ou ne saurait tirer ces produits de fort . soiil d'uu lrans|K)rt ditlicile et d*unc f^arde dispendieuse. }\ qui peuvent croître sur le territoire d'une nation, ils ont , iprune agriculture plus perrectionniV et de plus vastes ca- :af:és dans les n|»crations agricoles peuvent reculer sans is qui doivent cependant S4* rencontrer quelque part. Arthur L que la France ne pnuluit gut^re que la moitié «les denn^es *s qu'elle est capable ilc produire '• Sup|>osez i\x\\Arthur Young upposez nu^me «|u*avt>c une agriculture plus perfectionnée la ueillit deux fois autant de produits ruraux sans avoir plus jrs\ alors elle aurait 45 millions d'habitants qui |H>urraient sr k toute autn* occultation qu'aux travaux agricoles. Ses anufactun'^s trouveraient plus de délioucliés qu'à présent mpagnes, puis4]uVlles seraient plus productives ; et le surirait des débouihés dans la |»opulation manufacturière ellene s«Tait pas moins bien nourri qu'à prést^nt. mais on serait ?nt mieux |N)urvu d*ol)jets manufacturés; on aurait de meillents, plus di* meubles, des viHemenLs plus lins, et des objets iustnirti«)n cl d'agrément qui sont maintenant réservés à •tit nimibre de personnes, i'out le reste de la population est ssier rt barbare.

i|i;iii\ t>liot;ii'li'» :iu\ aiiii'lnii.il f>ii« ;i;:iiriili'« m Krjiiri*, mhiI. «l'aNinl, la rli'lii.* iitttiirii-taiii-" ri tU^ axt»'». r:i|iit:ili«ti'o ilaii« li'n \illi-», ri ^nrtiMit iLhk r;i|iit.ili- - il> III- !■• u\i-iit |i;is pniiilri' riiiiiiai».iii(*f ili's .iiiiflii>ralitiii» .iii\i|iif*llit m iiniiltiMr li-iir« fiiiiii>; t-l il« iir |ii.-ii\l'iiI |ia> fii »ui\t'illfi lViii|iliii iIp fut !'iii\i il iiiir au;:iiii itt.itiiMi iti' ii-\i iiii t'iiiri'''p<iMti.tiili-. Kii mtoiiiI lieu, ve riit iplt !• I i.illloH tu Mil- il.tlls II- tt-lli-^ ildllIiliT.lit >■ " |i|i>i|iiit* : il lK*Ut à i> ilr 11* iiu'il piiitlint ili-.i. raiiti- ilc i htiiiiii> \ii'inaii\ lni-ii tiitrrtt>iiii« rt faiiU- »tri<'ii>i>a iMirtiv. !.•> \ill"> iiiilii«triniM-}»i-iiiiHiiiuiirnt li-.opiiitliiiU luraux ei

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pi«kitiiiii ivt tri "-.iilin^-itil'-. |<in>«]irrii AiilN li m- U> triu!» <|iiart> •!•' l-t iKipnil |t« \illi ' il |iai 1 •iiM>i|nii,( Mf -• ii\it ut |Miiiii :iii\ ii.i\;iu\ I ||.uii[>« tri>. I II rrirait Muxaiid- iiit.liuii* il h iliiljiii<> |iiiuri.iil tlnni- itn- U*i\ I-m'Ii • u11i\i- |Kir nt lie rulti\alrur»i iioinUt.* auipnl un |Mirto li*.« rulti\.itriii« ilr la Kraut-«*

\firr* iif lÀMleur..

474 CORRESPONDANCB

Toutefois, k mesure que la classe manufacturière crotbrait, les denrées alimentaires deviendraient plus recherchées et plus chères par rapport aux objets manufacturés. Ceux-ci procureraient des proflts et des salaires plus restreints qui en décourageraient la production ; et l'on conçoit ainsi comment les bornes que la nature met aux productions agricoles, en mettraient aussi aux produits manufacturés. Mais cet effet, comme tout ce qui arrive naturellement et par la force des choses, se préparerait de fort loin et serait accompagné de moins d'inconvénients que toute autre combinaison possible.

En convenant de cette borne posée, par la nature elle-même, à la production des aliments, et indirectement à celle de tous les autres produits, on peut demander comment des pays très-industrieux, teh que l'Angleterre, où les capitaux abondent, où les communications sont faciles, sont arrêtés dans l'écoulement de leurs nuurehandises, bien avant que leurs produits agricoles soient arrivés au terme qu'ils ne peuvent plus dépasser. Il y a donc un vice, un mal caché qui les

tourmente? il y en a plus d'un probablement, qui se découvriront

successivement; mais déjà j'en aperçois un, immense, ftineate, et digne de la plus sérieuse attention.

S'il arrivait qu'auprès de chaque entreprise de commerce, de manufacture ou d'agriculture, un homme, un préposé du fisc, vint à s'éteblir ; et que cet homme , sans rien ajouter au mérite du produit, k son utilité, à la qualité qui fait qu'on le désire et qu'on l'achète, ajoutât néanmoins à ses frais de production, qu'en résulterait-il, je vous le demande ? Le prix qu'on met à un produit, même lorsqu'on a les moyens de l'acquérir % dépend de la jouissance qu'on en attend, de l'utilité dont il peut être. A mesure que son prix s'élève, il cesse pour plusieurs personnes de valoir la dépense qu'il occasionne; et le nombre de ses acheteurs diminue.

De plus, l'impôt n'augmentant les profits d'aucun producteur, et cependant augmentant le prix de la totalité des produits, les revenus des producteurs ne sont plus suffisants pour acheter les produits, du mo-

* Les moyens qu'on a d'acquérir sont les proflts que chacun tire de son industrie, de ses capitaux et de ses terres. Les consommateurs qui n*ont nf industrie, ni capitaux, ni terres, dépensent ce qu'ils prélèvent sur les profits des premiers. Dans tous les cas chacun a an revenu qui a des bornes; et, quoique les personnes qui ont un fort gros revenu puisseni sacrifier beaucoup d'argent pour de fort minces Jouissances, néanmoins on conçoit qoe« plut la JoviiMnceftt chère, et moUu on y Ueat. (i.-B. S.)

de tous les autres eusemble, on ne saurait tirer ces produits de fort loin, car ils sont d'un transport diflieile et d'une garde dispendieuse. Quant i ceux qui peuvent croître sur le territoire d'une nation, ils ont des limites» qu'une agriculture plus perrectionnée et de plus vastes capitaux engagés dans les opérations agricoles peuvent reculer sans doutes mais qui doivent cependant se rencontrer quelque part. Arthur Foun^ croit que la France ne produit guère que la moitié des denrées alimentaires qu'elle est capable de produire^. Supposez qu'Arthur Young dise vrai; supposez même qu'avec une agriculture plus perfectionnée la France recueillit deux fois autant de produits ruraux sans avoir plus d'agriculteurs^, alors elle aurait 45 millions d'habitants qui pourraient se consacrer à toute autre occupation qu'aux travaux agricoles. Ses produits manufacturés trouveraient plus de débouchés qu'à présent dans les campagnes, puisqu'elles seraient plus productives ; et le surplus trouverait des débouchés dans la population manufacturière ellemême. On ne serait pas moins bien nourri qu'à présent, mais on serait généralement mieux pourvu d'objets manufacturés; on aurait de meilleurs logements, plus de meubles, des vêtements plus lins, et des objets d'utilité, d'instruction et d'agrément qui sont maintenant réservés à un bien petit nombre de personnes. Tout le reste de la population est encore grossier et barbare.

' Les principaux obstacles aux améliorations agricoles en France, sont, d'abord, la Rsidencc des riches propriétaires et des {$ros capitalistes dans les villes, et surtout dans DM immvise capitale : ils ne peuvent pas prendre connaissance des améliorations auxquel- Ici ils pouiTaient employer leurs fonds; et ils ne peuvent pas en surveiller l'emploi de nuQièrequ*il fût suivi d'une augmentation du revenu correspondante. En second lieu, ce Mrait vainement que tel canton reculé dans les terres doublerait ses produits : il peut à P^e se défaire de ce qu'il produit déjà, faute de chemins vicinaux bien entretenus et faute ^c Tilles iDdustrieuses à portée. Les villes industrieuses consomment les produits ruraux et ^briquent en échange des produits manufacturés qui, renfermant plus de valeur sous un moindre volume, peuvent se transporter plus loin. C'est là le principal obstacle aux ac- ^issements de l'agriculture française. Des canaux de navigation petits et multipliés, des clKmiDB vicinaux bien entretenus, mettraient en valeur les produits ruraux. Mais il faut PMircela des administrations locales choisies par les habitants, et ne s'occupant que du kiendu pays. La possibilité des débouchés existe, mais on ne fait pas ce qu'il faut pour en jouir. Les administrateurs, choisis dans rinlérét de l'autorité centrale, deviennent presque loosdes agents politiques ou ûsi'aux, ou, ce qui est encore pis, des agents de police.

* Voyage en France, tom. 11, page 98 de l'édit. angl.

'Cette supposition est trés-admissible, puisqu'on Angleterre les trois quarts de la populatioD habitent les villes et par conséquent ne se livrent point aux travaux champêtres. Un pavs qui nourrirait soixante millions d'habitants pourrait donc être fort bien cultivé par quioie miUions de culUvatcurs ; nombre auquel on porte les cultivateurs de la France aetoelle. {Notes de VÀuUur.)

toujours, dans Thypothcse qui nous sert d'exemple « un sixième des produits qui demeurera invendu.

Il est vrai que les six francs levés par le collecteur vont à quelqu'un; et que ceux que le collecteur représente ( fonctionnaires publics, militaires ou rentiers) peuvent employer cet argent à faire l'acquisition du sixième restant soit du sac de blé, soit de la pièce d'étoffe, soit de tout autre produit. C'est bien ainsi, en effet, que la chose se passe. Mais remarquez que cette consommation n'a lieu qu'aux dépens des producteurs; et que le collecteur, ou ses commettants, s'ils consomment un sixième des produits, obligent par là les producteurs à se nourrir, à se vêtir, à vivre enfin avec les cinq sixièmes de ce qu'ils produisent.

On en conviendra; mais en même temps on dira qu'il est possible à chacun de vivre avec les cinq sixièmes de ce quMl produit. J'en conviendrai moi-même si Ton veut; mais je demanderai à mon tour si l'on croit que le producteur vécût aussi bien au cas que l'on vînt à lui demander, au lieu d'un sixième, deux sixièmes, ou le tiers de sa production?—Non, mais il vivrait encore. — Alors , je demande s'il vivrait

encore au cas qu'on lui en ravit les deux tiers puis les trois quarts....

mais je m'aperçois qu'on ne répond plus rien.

Maintenant, Monsieur, je me flatte que l'on comprendra facilement ma ré|)ODse à vos plus pressantes objections, de même qu'à celles de M. de SismondL S'il suffit de créer de nouveaux produits, dites-vous, pour pouvoir les consommer, ou les échanger contre ceux qui surabondent, et procurer ainsi des débouchés aux uns comme aux autres, pourquoi 'n'en créc-t-on pas ?sont-ce les capitaux qui manquent? Ils abondent : on cherche les entreprises auxquelles on peut en employer avec avantage : il est évident qu'il n'y en a point, dites-vous* ; que tous les genres de commerce sont déjà obstrués de capitaux et de travailleurs, qui tous offrent leurs produits au rabais, dit M. de Sismondi'^,

Je ne prétends pas que ce soit encore un métier de dupe de se vouer aux arts utiles; mais convenez. Messieurs, que s*il devenait jamais tel, l'effet ne serait pas autre que celui dont vous vous plaignez. Pour ache ter les produits qui surabondent, il faudrait créer d'autres produits r mais si la condition des producteurs était trop désavantageuse ; si , après avoir déployé des moyens de production sufllsants pour produire

• p. 400, cdit. angl.; 377 édit. Guillaumin. ' Nouveaux principeSf liy. iv, chap. iv.

AVKC M. MALTIIOS. 477

un bœuf, on se trouvait n'avoir produit qu'un mouton, et avec ce mouton, si I on pe pouvait ohti*iiir, \^\t un échange contre tout autre imiduit, «|ue la mùmv <|uaiiliti> d'utilité qu'il s'en trouve dans un mouton, qui >oudrait priHluire avec un tel désavuntagi* ? C«*ux qui se seraient livrés à la production auraient lait un mauvais marclié; ils auraient fait une avance que l'utilité de leur produit ne sullirail pas pour rembourser ; quii*oniiue aurait la sottisi* de créer un autre produit capable d'acheter celui-là, aurait à lutter contre les mi^nies dinuivanta- ^'es, et se mettrait dans le mcme embarras. Le parti qu'il |H)urrait tirer Je Miu produit ne l'indemniserait pas de ses frais; et ce qu'il |>ourrait adieter avec ce produit ne vaudrait pas davantage. C'est al(»rs que Tou* vrKT ue |iourrait plus vivre de son travail, et retomberait a la charge de M |»aroisse*; c'est alors que l'entrepreneur, ne pouvant plus vivre de si?â prolits, renoncerait à atm industrie. Il aclièterait des rentes ou bien irait dana l'étranger |M)ur y chenlier de meilleures conditions, un travail plu» lucratif, ou, ce qui rvnvni tjcavivment au mimr^ une pnHluction accumiagnét; île moins de de|ienses'. S'il \ rencontrait d'autres iiicon- %fuicnts, il cln^herait un autre théâtre encore |Kiur ses talents; et l'on %rrrail les dilTerents |>ays se jeter à la tète et leurs capitaux et leurs travailleurs, c'esl-â-dire ce i|ui sullit pour |»orter au plus haut |K)int la ^•ruop^Tile des sociétés humaines, i|uaiid elles connaissent leurs veritatiies mtt'n^ts et les mo\ eus de les laiie prévaloir. Je ne me {lermettrai pas de faire remaniuer quels sont les traits de

et tableau qui conviennent a Vf»lre pays, Mitiisieur, ou à tout autre;

tuais je le livre â votre examen, a l'exuiiien de tous les hoinmes de

* LVutriiT iir |^.ul tia\aiiU'r d'um- inaiiit-u-iuiiMaiilc, i^ui |iariu i|iic »«'ii lrj\aii (uit- m KUitUocc^cl i|uau«l ta «uliMalhiii'c t-»t lii<ii i'h«-ii'. il m* cuihii m |iiii> .1 juriiii i'iitif|irp- *Mt\ t^ i'«.ui^|it\tr. \ll•r^ wii lit m ilih . t 11 iroiu-iuu- imlitiiiut, qut iuu\iiri irii//ii- |tlui *>Mr^tai| iiiiNiUilif. iiui'kiiu il li'tWi .i\>i tt.iiiii>ii|Ml Hi.*ljiiri?. lUM* iitk l'Mu iri3>l |tai «««'{lUUc 4U\ Mlllt'a l'uniiitiullStiiilul'n r- .iii\<|ijrllif L'ili' jiiul i id- I.uti-.

* M. Huurilu pii'lcihl «)ui , I II ai l'il il* y ni\\»'{f il aulit 9 t iiti.i\i .«. il > a htujuur» auLiiit «■■^lUUic iiu<. «Ir iJ|iilau\ tUi^'H')!-.', 1 1 If In l-'ii? il .1 ia|<.laii\ i-pir^iii.-." i««lil lnUjuur» ilii-

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'*• >^ tr |*Uaiil {«a» InrMiut' !• .« iiii|>i>>>7> !H<iil iltilictji ?. uu iiiii, iLiiil |i|jiif>. ?« iii!*.-.!»!!!

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^ l'-'i lia rcluLuuiM.IlHuUi-«iiiliJLii. \ lu a*. 1 4Mr«ur .

bonoe foi, de tous ceux qui oot de bonnes inCeetions, et qui feuhut fonder leur repos sur le bien-être de la partie intéressante, laborieuse et utile de l'espèce humaine.

Pourquoi les sauvages du Nouveau-Monde, dont la précaire subsistance repose sur le hasard d'une flèche, refusent-ils de bâtir des villages, d*enclore des terrains et de les cultiver? c'est que ce genre de vie exige un travail trop assidu, trop pénible. Ils ont tort; ils calculent mal, car les privations qu'ils endurent soùi pires de beaucoup que les gènei que la vie sociale bien entendue leur imposerait Mais, si cette vie sociale était une galère où, en ramant à tour de bras pendant aeise heures sur vingt-quatre, ils ne parvinssent à produire qu'un morceau de pais insuflSsant pour les nourrir, en vérité ils aeraiefit excusables de ne pss aimer la vie sociale. Or tout ce qui rend plus pénible la situation da producteur, de rhomme essentiel des sociétés, tend à détruire le principe de vie du corps social; à rapprocher un peuple civilisé d'un peuple sauvage; à amener un ordre de choses où l'on produit moins et où roo consomme moins ; à détruire la civilisation, qui est d'autant plusgrande que l'on produit et consomme davantage. Vous remarquez en plusieurs endroits que l'homme est naturellement indolent, et que c'est mal le connaître que « de supposer qu*il voudra toujours consommer tout ce >» qu'il sera capable de produire ^ » Vous avez bien raison; mais je ne tiens pas un autre langage, lorsque je dis que l'utilité des produits ne vaut plus le travail au prix duquel on est obligé de les payer.

Vous-même semblez être convenu de cette vérité, lorsque vous avez dit dans une autre occasion^ : « Un impôt peut mettre un terme i la > production d'une marchandise, si personne dans la société ne peut » consentir à mettre à cette marchandise un prix conforme aux nou- » velles diflicultés de sa production. > Et ce vice interne (d'avoir coûté plus de frais de production qu'elle ne vaut), la marchandise le transporte au bout de l'univers. Partout elle est trop chère pour valoir ce qu'elle coûte, parce que partout on est obligé de la payer par des services productifs égaux à ceux qu'elle a coûtés.

Une considération qui n'est pas non plus à dédaigner, c'est que les frais de production ne sont pas seulement accrus par les droits multipliés, par la cherté de tout, mais encore par les usages qui résultent

• p. 503, édit. angl.; 379, édlUGuillaumin. •P.S43,édit.aDgl.;2e7,id.

I Ofdre politique vicieux. Si les progrès du luxe et des gros émolumcnts; si la facilité d'obtenir des gains illégitimes, |uir la faveur, dans les fournitures, dans les opi*rations de linance, forcent le manufacturier, le commerçant, le producteur véritable, pour conserver leur rang dans la société, à réclamer des profils disproportionnés avec les services qu'ils rendent à la production, alors ces autres abus tendent à élever par d'autres causes les frais de production , et par conséquent les prix dea produits, au-dessus de leur utilité réelle. La consommation en est d'autant plus restreinte ; il faut, pour les acquérir, donner trop de services productifs à la création d'un autre produit, se jeter dans des frais de productioo trop considérables. Jugez par là , Monsieur, du mal qu'on hit ra encourageant les dépenses inutiles, et en multipliant les consommateurs improductifs!

O qui prouve combien les Trais de production sont l'obstacle réel

qui a*oppose à la vente, c'est le rapide débit d'un objet qu'un moyen

expédilif de production met à bon marché. S'il baisse d'un quart de son

prix, la quantité de ce qu'on peut en vendre augmente du double. C'est

que tout le monde alors l'acquiert avec moins de travail, moins de frais

quelconque de production. I^orsque, par le système continental, il fallut

pa%er, pour avoir une livre de sucre, cinq francs, appliqués soit à la pro-

ductioii du sucre m^me, soit à celle de toute autre marchandise qu'on

échangeait contre du sucre, la France n'était en état d'en acheter que

quatorze millions de livres >. Maintenant que le sucra est à bon marche,

BOUS en consommons quatre-vingts millions de livres par an ; ce qui

taH environ trois livres par personne. A Cuba, où le sucre est encore

i meilleur marché, on en consomme au delà de trente livres par per*

«Mme libre'.

Sachons donc convenir d'une vérité qui nous presse de tous les coin: lever des im|Niis oxagên-s, avec ou sans la participation d'une repvneDlation nationale, ou avec une représentation dérisoire, peu m'impwtf, c'est augmenter les Trais de production, sans accroître l'utilité dn produits, sans rien ajouter à la satisfaction que le consommateur l«ut en tirer; c'est mettre une amende sur la production, sta ce ui'i '*n EUSTEK L4 MMJfcTÉ. Kt, comme parmi 1rs producteurs, les uns

^v^a le rippott fur la •itualinii t)f la Kranci*, fait ru 1813 par le iniiililrc de l'iutericuf fc atir rpuqiw. U avait inlr rél â «ie^çuiari aUVc ilimlnuUou du i Mua% SUT la hqw. Ewp., t. ui, p. ISS.

sont mieux placés que les autres pour rejeter sur leurs co-producthin le fardeau des circonstances, elles pèsent sur certaines classes plus que sur d autres. Un capitaliste peut souvent retirer son capital d^un emploi, pour le consacrer à un autre; il peut renvoyer dans l'étranger. L*entrepreneur d*une industrie a souvent assez de fortune pour suspendre ses travaux pendant un temps. Aussi, tandis que le capitaliste et l'entrepreneur restent maîtres des conditions, l'ouvrier est obligé de travailler constamment et à tout prix, même lorsque la production ne lui donne plus de quoi vivre. C'est ainsi, Monsieur, que les frais excessifs de production réduisent plusieurs classes de certaines nations à ne consommer que ce qu'il y a de plus indispensable à leur existence, et les dernières classes à périr de besoin. Or, n'est-ce pas, d'après vousmême <, de tous les moyens de réduire le nombre des hommes, le plus funeste et le plus barbare*?

Ici se présente l'objection la plus forte peut-être, parce qu'elle est appuyée d'un exemple imposant. Dans les États-Unis, les entraves à la production sont peu multipliées, les impôts sont légers; et là, comme ailleurs, les marchandises surabondent, le commerce manque de débouchés. « Ces diflicultés, dites- vous 3, ne sauraient être attribuées à la » culture des mauvaises terres, aux gènes de Tindustrie, à rénormilê » des impôts. 11 faut donc, pour que les richesses augmentent, quelque » chose encore indépendamment du pouvoir de produire. »

Kh bien! le croirez-vous, Monsieur? selon moi c'est encore lepoMiw de produire^ du moins à l'instant même, qui manque aux Etats-l'nis, pour que les Américains puissent disi)Oser avantageusemeot des produits surabondants de leur commerce.

* Voyez VEssai sur la population, de Malthus, liv. ii, chap. ii de la traducUon française, et cliup. xiii de la S* édition anglaise.

* M. Malthus, toujourii convaincu qu'il y a des classes qui rendent senicc à la sooicié par cela seul qu'elles consomment sans produire, regarderait comme un malheur que Tuo parvint ù rembourser aux préteurs la totalité ou seulement une grande partie de la dttu anglaise. Cette opération sciait, au contraire, selon moi, fort désirable pour l'Anglelerrr. parce qu'il en résulterait que les créanciers de l'État, étant remboursés, tireraient un revtuu quelconque de leurs capitaux ; que les contribuables dépenseraient eux-mêmes les 40 millions sterling quMls paient maintenant aux créanciers de l'État; que, l'impôt étant diminué de 4U millions sterling, tous les produits seraient moins chers; que la consommalioD s*en étendrait cons-idérablement ; qu'elle donnerait de l'ouvrage aux ou\Tiers, au lieu de coups de sabre qu'on leur distribue; et j'avoue que ces résultats ne me semblent pa» «k nature à inquiéter les amis du bien public.

^ P. 4U8, édit. angl.; 37C, édit. GuiUamin. . (J.-B. S.)

L'heureuse situation de ce peuple pendant une longue guerre où il a presque toujours joui des avantages de la neutralité, a tourne beaucoup trop son activité et ses capitaux vers le commerce extérieur et maritime. Les Américains sont entreprenants; ils naviguent à bon marché; ils ont introduit dans les voyages de long cours des manœuyres expéditives qui les abrègent, les rendent moins dispendieux, et correspondent à ces perfectionnements qui, dans les arts, diminuent les frais de production ; enfin les Américains ont attiré vers eux tout le commerce maritime que les Anglais n'ont pas pu faire; ce sont eux qui, pendant bien des années, ont servi d'intermédiaires entre toutes les puissances continentales de TEurope et le reste du monde. Ils ont même obtenu plus de succès que les Anglais^ partout où ils ont été en concurrence avec eux, comme à la Chine.

Qu'en est- il résulté? une abondance excessive de ces produits que procure Tindustrie commerciale et maritime; et, lorsque la paix générale est venue ensuite libérer la route des mers, les navires français, hollandais, se sont lancés avec une sorte d'ivresse au milieu d'une carrière qui venait de s'ouvrir; et, dans leur ignorance de Tétat où se trouvaient les nations d*outrc-mer, de leur agriculture, de leurs arts, de leur population, de leurs ressources pour acheter et consommer, ces navires, échappés à une longue détention, ont porté partout avec abondance les produits du continent de TEurope, présumant que les autres contrées du globe, qui en étaient sevrées depuis longtemps, en seraient avides.

Mais, pour pouvoir acheter ce supplément extraordinaire, il aurait fallu en même temps que ces autres contrées, de leur côté, eussent pu créer à Tinstant des produits extraordinaires; car, encore une fois, la difficulté n'est point de consommer à New- York, à Baltimore, à la Havane, à Rio-Janeiro, à Buenos-Ayres, des marchandises d'Europe. On les y consommerait volontiers si Ton pouvait les y payer. Les Européens demandaient en paiement des cotons, des tabacs, du sucre, du riz; et cette demande môme en faisait monter le prix : et comme, toutes chères qu'étaient ces marchandises, et l'argent qui est une marchandise «ossi, il fallait bien en prendre, ou revenir sans paiement, ces mômes iDarehandises, devenues plus rares aux lieux de leur origine, devenaient plus abondantes en Europe, et ont fini par Tôtre trop pour s'y l^ien vendre, quoique la consommation de l'Europe ait fort augmenté «depuis la paix; de là les retours désavantageux que nous avons vus.

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