‹ Œuvres diversChapitre 78 sur 128 · QUATRIEME LETTRE A M. MALTHUS · texte numérisé non relu

QUATRIEME LETTRE A M. MALTHUS

Monsieur^

J'ai cherché dans vos Principes d^Économie politique ce qui pouYtil fixer les opinions du public relativement aux machines, et en généni relativement aux procédés expéditifs qui, dans les arts, abrègent la main-d'œuvre et multiplient les produits sans augmenter les frais de production. Je désirerais y trouver de ces principes arrêtés, de ces formes rigoureuses de raisonnement qui commandent la convictioD, et auxquelles votre Essai sur /a po/m/af ton a accoutumé le public; mais ce n'est point ici l'Essai sur la population.

Il me semble (car je suis réduit à employer quelquefois cette formule après avoir lu vos démonstrations ), il me semble que tout l'avantage que vous reconnaissez dans les machines, et en général dans les

moyens eipMitirs de produire, se réduit à celui de multiplier les proiuits à tel point, que, même lorsque leur valeur vénale a baissé, la somme de leur valeur totale surpasse encore ce qu'elle était avant le perfectionnements L'avantage que vous signalez est incontestable ; 3t l'on avait déjà remarqué que la valeur totale des marchandises de coton, ainsi que le nombre des ouvriers occupés à cette industrie, s'é* taient accrus singulièrement depuis l'introduction des moyens expé* litifs. Une remarque analogue avait été faite relativementà la presse d'imprimerie, cette machine employée à la multiplication des livres, produit qui occupe maintenant, sans compter les auteurs, un bien plus prand nombre d'industrieux qu'au temps où l'on copiait les livres à la main, et qui vaut bien plus en somme que lorsque les livres étaient plus chers.

Mais cet avantage, très-réel, n'est qu'un de ceux que les nations ont recueillis de l'emploi des machines. Il n'a rapport qu'à certains produits dont la consommation était susceptible de s'étendre assez pour balancer la diminution de leurs prix; tandis qu'il y a dans l'introduetion des machines un avantage commun à tous les procédés économiques et expéditifs en général : avantage qui serait senti, môme lorsque la consommation du produit ne serait pas de nature à prendre la moindre extension; avantage qui devait être apprécié rigoureusement dans des principes d'économie poUtique. Veuillez me pardonner si, pour me Taire entendre, je suis obligé de revenir sur quelques notions élémentaires.

Les machines et les ouiils sont, les uns et les autres, des produits qui, aussitôt après leur production, se rangent dans la classe des capitaux, et sont employés à confectiouner d'autres produits. La seule différence qu'il y ait entre des machines et des outils, c'est que les premières sont

* « Qaand une machine est iriyentée, qui, en épargnant de la nuUn-d'orat re, fait reve- » Dir les marchandiws à meilleur marché, l'effet ordinaire est une augmentation de de-

• mande telle, que la valeur totale de la masse de marchandise ainsi faite, excède de

« beaucoup la valeur totale que la même marchandise avait auparavant, et que le nombre

• des ouvriers employés A sa fabrication est accru plutAt que diminué *. »

• Mais nous devons convenir que le principal avantage provenant de la rabsiituUon des

• machines au travail des bras dépend de Teitension que prend le marché et de l'encoura-

• gement qui en résulte pour la consommation ; et que, sans cela, l'avantage de cette sub •

• lUtntion est A peu près perdu '*. »

* Princ. tPÊcim. polit. ^ p. 402, texte aogl.; 811 «dît. Guiliauniii. **/M.. p. H% aDgl.;8l$ édit. Gaillanmln.

des outils compliqués et que les outils sont des machines fort simples. Comme il n'existe pas doutils ou de machines qui engendrent de la force, nous devons encore les considérer comme des moyens de transmettre une action, une force vive dont nous disposons, vers un objet qui doit être modiPié. Ainsi un marteau est un outil par le moyen duquel nous employons la force musculaire d'un homme pour aplanir, dans certains cas, une feuille d'or; et les martinets d'une grosse forge sont de même des outils au moyen desquels nous employons une chute d*eau à aplanir des barres de fer.

L'emploi d'une force gratuite qui nous est fournie par la nature n'ôte pas à une machine sa nature d*outil. La pesanteur multipliée par la vitesse, qui fait la puissance du marteau d'un batteur d'or, n'est pas moins une puissance physique de la nature que la pesanteur de l'eaa qui tombe d'une montagne.

Qu'estrce que notre industrie tout entière, sinon un emploi plus ou moins bien entendu des lois de la nature ? Cest en obémant à la nature, dit Bacon, quon apprend à lui commander. Quelle différenee voyez-vOQS entre des aiguilles à tricoter et un métier à faire des bas, si ce n'est que celui-ci est un outil plus compliqué et plus puissant que les aiguilles, mais du reste employant avec plus ou moins d'avantage les propriétés du métal, la puissance du levier, pour fabriquer les vêtements dont nous couvrons nos pieds et nos jambes?

La question se réduit donc à ceci : est-il avantageux pour l'homme de mettre au bout de ses doigts un outil plus capable de faire beaucoup plus d'ouvrage, ou de le faire mieux, plutôt qu'un outil encore grossier, imparfait, avec lequel il travaille plus lentement, plus péniblement et plus mal?

Je croirais faire injure à votre bon sens, à celui de nos lecteurs, si je doutais un ipstant de la réponse.

La perfection de nos outils, Monsieur, est liée à la perfection de notn^ espèce, ('/est elle qui établit la différence qu'on observe entre nous et les sauvages des mers xVustralos, qui ont des haches de caillou, et (les aiguilles à coudre faites avec dos arêtes de poisson. Il n'est plus permis à quiconque écrit sur l'économie politique, de vouloir borner l'introduction des moyens que le hasard ou le génie mettront entre nos mains; et cela dans le but de conserver plus de travail à nos ouvriers : il s'exposerait à ce qu'on employât tous ses propres raisonnements à lui prouver que nous devrions, rétrogradant au lieu d'avancer dans II

AVEC M. MALTIIUS. 489

rtJTn*re de la civilisation, ivnoiirtT surcrssivenitMil aux diTt)iiverles quo nous avons ilrjii hiilrs. ot n luhr nos arU plus imparfaits, puiir multiplier ni)> fati^iii's ni diniiniiaiU nos jiuiissaurcs.

Vins iloiiti» il y a îles in(*nn\i'Miien(s à pas>er «l'un onlre »le elioses a i;ti aiiln\ mt^ine iTiin «Hilrr Mn|>arrail îi un nnliv nu-ilirur. Quelle per- ^•nne sa^'e votiilrait renverMT irun ronp !«•< rnlrave.s «pii -lèntMil i in- Ju!»rrn\ et les ilouams «pii si*paivnt l«*s naliniis, toutes prejuilieialties qu'f'Ies sont a leur prosjuTil»'? hans ees eas-lâ, le d«*voir des personnes m^îriiites in» consiste pas à fournir des ni«»lifs p*nir «MMrlrr et proscrire t' u't" i-^p«*ci» ili' cli:ni;:einen(. sous pn'texle «le.s inconvénients ijuM entraîne, mais à apprécier (•«■> iiicoiivéuients. à nidiquer les moyens pral:C"a!'!i.*^ «Il* les ecarlfr autant «pic {losNiMe ou de I«s rttéiiuer, afin de fariljttT l'adoption d'uni* ninrlii»ration désirable.

1 innmvenient est ici un «leplacement «le revenu qui, lorsqu'il esl hro<»|ut*. est plus ou moins peniMt» pour la classe qui voit diminuer le Men. 1^ Mihstitution des machines diminue quelquefois, mais pas toujours le n*veini de la classe dont le fondN consiste en facultés cor|)0rellrs et manuelles, pour augmenter le rcveini de la classe dont le fonds fonsi5te en facultés intellectuelles et en capitaux. Kn d antres termes^ les machines rspédilives, étant en général plu» compli(|uees^ exigent des capitaux plus considérables. Klles obli|;ent i*n conséquence rentrepreneur qui les emploie, à acheter plus de ce que nous avons nommé mrricts productifs des capitaux, et moins de ce que nous appelons sernces productifs des ouvriers. Kn mOme tem|)S, comme elles exigent dans leur direction pMiérale et particulière, peul-«Hre plus de combinaisons et un*' manutention d'alTaires plus considérable, elles n^clamenl plus df re ;:enre «le wT\ices |.;.!.iui-li!'s tl où naît le revenu des enlM'prenrurs. I neti1a:iiii decolnii au pi'tit rouet, comini' on v\\ vo\ait dans braiirniip de iii«>iia>:eM'n Norni:(iitli«>. nii-nte a pi-nit* li' nom d riilri'pri- %^. Tandis qu'une tilaliir»* d'M-ot'»n t-n mainl <'st îun'tMitn^prÎM' ni.ijfure.

M»\^ 1 f tl'i't it* phis iiiipttrtaiil, ipii>:>|iif piul-ilif |r iiioi;:s a|iTCii. ipii pp\iiMit d»* 1 i>m|)loi des matMiilics r\ ru jiMMval «Ir Imil | riii»*di* ••\|m'- 'l;îif. r*l I au^iiKMilatictn «le ivv«*iiu ipi! i-ii p-sullt- pniir lii coiisiiiniiiat«^if- ilf li'urs pnMluit<; aUL'!UtMit.ilni:i ipn ne i-nuî ■ ri»'u a ï»i>nmn*^ rlqiji m*Tit(* ipli* lHMi<« nitlhiTi^ il.i:is <pi<'lqkii' iji'lail.

N !•• fniiui'iil SI* lir-ixail iliv imhi'» ciiMiriii* rh»'/ U'> j..n| N'» il»* I .mliq-iit**. à foret* de bras, j «'stniK* ipi il riudnii \iiut lionuiif^ { om uniuàn autant de farine qu'en peut moudre une paire de meutes lians nos

moulins. Ces vingt hommes, dans les environs de Parô, étant oocapé constamment, coûteraient 40 fr. par jour; et & trois cents jours de travail dans Tannée, ils coûteraient par an 12,000 tir.

La machine et lea meules coûteraient par apergu 20,000 francs, dont Untérét annuel serait de 1,000

Il ne se présenterait probablement pas d'entrepreneurs pour une semblable entreprise, à moins qu'elle ne leur rapportât par an environ .... 3,000

La façon de la farine qu'on peut obtenir d'une paire de meules dans une année, reviendrait donc par ce moyen environ à 16,000 fr.

Au lieu de cela, un meunier peut de nos jours trouver à louer un moulin

à un tournant pour ' . . 2,000

Il paie à sou garçon mennier 1,000

Je suppose que lui-mdme gagne pour son intelligence et pour ses peines 3,000

La même quantité de farine peut donc être broyée pour 6,000 fr.

au lieu de 16,000 fr. qu'elle aurait coûté si nous suivions encore les procédés des anciens.

La même population peut être nourrie, puisque le moulin ne diminue pas la qiuintité de la farine broyée : les proBts gagnés dans la société suflisent encore pour payer les nouveaux produits; car, da moment qu*il y a pour 6,000 fr. de frais de production payés, il y a pour 6,000 fr. de produits gagnés : et la société jouit de cet avao* tage essentiel que les hommes qui la composent, quels que soient leurs moyens d'existence, leurs revenus, soit qu'ils vivent de leurs travaux, de leurs capitaux, ou de leurs fonds de terre, réduiseoi la portion de leur dépense consacrée à payer la façon de la farine, dans la proportion de seize à six ou des cinq huitièmes. Celui qui dépensait 8 fr. par an pour sa nourriture, n'en dépense plus que 3 ; ce qui équivaut exactement à une augmentation de revenu : car les 5 fr. épargnés sur cet objet ont pu être employés à tout autre. Si un perfectionnement égal avait eu lieu sur tous les produits auxquels nous employons nos revenus, nos revenus seraient véritablement accrus des cinq huitièmes, et un homme qui gagne 3,000 fr. soit à fliire de la farine, soit de toute autre manière, serait réellement aussi riche que s'il en avait huit et que les procédés perfectionnés n'eussent pas été trouvés.

C'est à quoi M. de Sismondi n'a pas fait attention lorsqu'il a écrit le passage suivant : • Toutes les fois, dit-iM, que la demande pour la

' 2»ouveauj Princi^/es d'Économie poUiiqut, loin. 2, pag. 317.

• coùflomination surpasse les moyens de produire de la population, » toute découverte nouvelle dans les mécaniques ou dans les arts est » un bienfait pour la société, parce qu'elle donne le moyen de satis- » fliire des besoins existants. Toutes les fois, au contraire, que la pro-

• duction sufGt pleinement à la consommation, toute découverte sem- » blable est une calamité, puisqu'elle n'ajoute aux jouissances des » consommateurs que de les satisfaire à meilleur marché, tandis qu'elle >• supprime la vie elle-même des producteurs. Il serait odieux de peser » l'avantage du bon marché contre celui de l'existence. »

M. de Siêmandi^ comme on le voit, n'apprécie pas suffisamment l'avantage du bon marché, et ne sent pas que ce qu'on dépense de moins sur un produit, peut être dépensé en plus pour un autre, en commençant par les plus indispensables.

Jusqu*& présent on ne peut apercevoir aucun inconvénient dans l'invention des moulins h farine ; et l'on y découvre l'avantage d'une diminution dans le prix du produit, qui équivaut à une augmentation de revenu pour tous ceux qui en font usage.

Mais cette augmentation de revenu procurée aux consommateurs est prise, dit-on, sur les profits des dix-neuf malheureux que le moulin a laissés sans ouvrage. — C'est ce que je nie. Les dix-neuf travailleurs restent avec leur fonds de facultés industrielles, avec la même force, la même capacité, les mêmes moyens de travail qu'auparavant. Le moulin n'entraîne pas pour eux la nécessité de rester sans occupation, mais seulement de choisir une autre occupation. Beaucoup de circonstances entraînent un inconvénient pareil, sans porter avec elles le même dédommagement. Une mode qui passe ; une guerre qui ferme un déboudié; un commerce qui change de cours, font cent fois plus tort k la classe des ouvriers, que quelque nouveau procédé que ce sôit.

Je suppose qu'on insiste, et qu'on dise que les dix-neuf ouvriers Tacants, en supposant même qu'ils trouvassent k l'instant des capitaux pour se livrer & une nouvelle industrie, ne vendraient pas leurs produits, parce que la masse des produits de la société serait par là augmentée, sans que la somme de ses revenus le fût. — On a donc oublié que les revenus de la société sont augmentés par le fait même de la production des dix-neuf nouveaux travailleurs? Le salaire même de leur travail est le revenu qui leur permet d'acquérir le produit de leur travail, ou de l'échanger contre tout autre produit équivalent. Cest ce que mes précédentes lettres établissent suffisamment.

Il ne reste donc, rifçoureusement parlant, que Tinconvénient d'être obligé de changer d'occupation. ()r. les progrès qui se Tont dans un genre en particulier sont favorables à l'industrie en général. 1/augraentation de revenus qui est résultée pour la société d'une épargne sur ses dépenses, se porte vers d'autres objets. Tne seule occupation s'est trouvée interdite à dix-neuf hommes qui jusque là broyaient du grain; cent autres occupations nouvelles, ou cent autres extensions des occupations anciennes, leur ont été ouvertes. Je n'en veux pour preuve que laugmentatiou survenue dans les travaux et la population de tous les lieux où se sont perfectionnés les arts. La grande habitude que nous avons de voir les produits des arts nouveaux nous empêche de les remarquer; mais combien ne frapperaient-ils pas les anciens habitants de l'Europe, s'ils pouvaient renaître parmi nous! Représentons-nous pour un moment quelques-uns, môme des plus éclairés d'entre eux, tels que Pline ou Archimède, venant se promener daus une de nos villes modernes; ils se croiraient environnés de miracles. L'abondance de nos cristaux et de nos vitres, nos grands miroirs et leur multiplicité, nos horloges, nos montres de poche, la variété de nos tissus, nos ponts de fer, nos machines de guerre, nos bâtiments de mer, les surprendraient au delà de toute expression. EL s'ils entraient dans nos ateliers, quelle foule d'occupations dont ils ne pouvaient pas avoir la moindre idée! Se douteraient-ils seulement que trente mille hommes travaillent en Europe toutes les nuits à imprimer des gazettes qu'on ht le matin en prenant du thé, du café, du chocolat ou d'autres aliments tout aussi nouveaux pour eux que les papiers-nouvelles euxmômes? N'en doutons pas, Monsieur; si les arts se perfectionnent encore, comme je me plais à le croire, c'est-à-dire produisent plus à moins de frais, de nouveaux millions d'hommes dans quelques siècles produiront des choses qui exciteraient dans notre esprit, si nous pouvions renaître alors, une surprise non moins grande que celle (lu'Archimède et Pline éprouveraient en roenaiit parmi nous. Preîions-y j^ardo, nous autres (jui barbouillons du papier à la roclierche de la vérité : si nos écrits parvieinicnt à nos uevtMix, la terreur qvw nous inspirent desprTfectionnemcîits (pi'ils auront d(* l)j.*aucoup sur[)ai;sés, pourra bien paraître risibir. Kt (pmnl aux ouvricirs de votre pays, si habiles à la lois et si misérables, nos drsceiidanls pourront bien les remanier i^omme des gens ipie l'on forçait, pour gai^ner leui* vie, à danser sur la corde avec (K'> ;m»,{Is pendus u Icirs fieds lis lir >iii daus riiisloiro (lip* chaque

AVKC M. MAI/nirS. 4»3

jour, pour qu'ils pussi*nl rmilinurr leur d.'iiise, on proposait quoUpje nnuvrau filaii. saur le s«miI (|iiI rut rtt* ellicace : détacher les poids. Nn> drscendaiitjS altu*s, après s'«Hrv* moques de nous, pourniiit bien linir par nous planidn\

J'ai dit qu'un |>orfectionnemcnt heureux |K>uvait avoir des inconvénients passa(;(*rs. deux qui acronipa|;nent rintroduclion des procédés ex^édilifs, sont heureusement mitîRés par des circonstances qui ont eh* deja remarquées, et par d'autres qui ne Tout pas été. On a Qitvel Tous-m^me, Monsieur, re^iardez cette circonstance comme pouvant >eiili' surpasser rincimvéuiont), on a dit que te bon marchêqui n'*sulte d'un |iiiced«* économique, en ra\orise la consommation au p^iiit que la iTii'nii* inidurtion occupe pins île monde qu'auparavant, ainsi qu'on l'a iibstT\(* d;iiis la lil.ituie et le lissap* du coton. J'ajouterai qu'à ine- >uri* 'pir !es niacliiiit*s et les mo\i*ns expeililifs se multiplient,* il devi'-iit plus dinicil»' d'en découvrir de nouveaux, surtout <lans un art ar:ct.'n ri qui a drj;i m*s oM\ricrs lorniés. Les machines les plus >iniples •-e ^jTil pp'seitlees Is l'reinières; de pl«JS c^impiiquees sont venues • liMjife; ih.iiN i(iiie>ijre «pieiles se compîî'|!eiil, elles coûtent davanlAuv à êlaMir, e\j::enl «lans leur cnnteclioii plus de travaux d'ouvriers, qM iledonmi.'iL'eiit en I artie ceitt* c!a<se di*s tra\au\ ipi'ellt* perd à l«'n:;'li»i du ïn)u\eau irn.'*»'..*. la i«îmi«li»-.iîjnn «'l ta elierh* irnni' macIéIj" .<''»T.i .!i-N ii|i-t.icl '»* i mit' Iriip jMonipte ado|iiHin. I.a machine à t' ri iri- !•'<« diMp> n'\ i!.-i\>-{i d i\\\ iii<iii\. niriil de lotatmii a coùlr, dans I • r «;:.i* J.'».! ." n nu. i- i; . i; • , i ii!i|» d,' laliih-anls ne pm.-iit de-» r,ilnird 1. -; -t r il i;mi- *i'J::".i* j .1:11 I.-; ir.mtri'N h;il.i'.ei'riMit el li.iiaiii'elit eiir- r- ;\.ii:t d iii T m- 1 ;i; ij :-.'iuii:i's ;«llrihlr!i» iii| Mieers Im-n l'cinlin: •■- I ! ■• Ni'e l'!il«'i;r d.rjs i 'ii'i.»ii'.i ;ii»ii il.-s iu»!i\rih's Tii.irli UfS en s.n.\" .1 i.^'i: ;i|i > t"i> I N m. niiMiii-Mi^. I rlin. ji» voîn aviMif que j'ai \u ! r» ^«i.. ■■!«•:: j'iii -. li iiiN i.â I ! .û.'î i.\ I- N iM.ii'li II •-«* nituvelle> laire pli!'» .!.■ ji-iir i|:ie «II- 1:1.!». nM.iiit au l'ien. il e>l ciuKlaiit el diiiahlo.

M l'e >. • hi,i met « !i «»|'j M^itiMii ei- qiii arriverait dans le ea."» où it !i nul.' Il u i»li iisi'.> a\i e jiiir- a juii;»-. 1 I imite nii\riers aniii'» d un iîi. :; 1 .1 I- ••'. I.ii'i ijiî- ! .!..ni. i ■ .1 .! .:■■ !• m e/.ir, ij|\ imîliniis de patrt«» •!•■ la*. *»ii!i if*iill;it r-l i;i.»', «iaiis re iliiiuer cas. les cmiNiiiiMia- Ifiir'» di* Im«» !■ e- Mii'.uii-». i.iii'i.i il;!' '•'» »«*uiiin - |'.ir paire. •■! 1 "Im-iid-ilit. ipt Ulit' IiImu .itiuii «|iii al:i:.<-|:|.iil r iil iiiiii.* n;i\riri> 11 fil liiiiir^ rail f.liiN 110111:11 ijue d.ii./.i- » . iil>. Mai^ i. narn\e a ce reMiltat que par ded i»uppu»iUunb qui ne dunl pa^ adiuissiblcsi.

494 GOBRESPONDANGE

Pour prouver que les cooaommtteurs ne muLenient les bas que SO

centimes de moins, il suppose que les frais de productioD seraieid,

dans le premier cas, ainsi qu'il suit :

10 millions, pour achat de la matière première;

iQ miUioiu, pour salaire de cent mille ouTriers, ihùOtr^fT }6te.

Total 60 milUons, doot 40 distribua aux ouvriers. Et, dans le second cas, il établit les frais ainsi qu'il suit :

10 millions, pour les matières premières;

90 millions, pour les intérêts du capital Axa ei les profits des •ntrepMetwBS;

2 miUiooB» pour les intérêts du capital cirei4ant ,

2 millions pour les réparations et le renouvellement des machiDes ;

1 million, pour le salaire de douse cents ouvriers.

Total 45 millions, dont 1 seulement pour les ouvriers, au lien de 40.

Or, je vois dans cette dépense 30 millioiis pour intérêts du capital fixe et pour le profit des entrepreneurs, ce qui supposerait, pour des entreprises capables d'occuper douze cents ouvriers et de rendre 15 pour 100 de leurs capitaux, un capital total de deux cents nûllioDS, supposition véritablement extravagante.

Un ouvrier ne saurait travailler sur deux métiers à la fois; mMle ouvriers réclameraient donc l'emploi de mille métiers. Un bon métier à bas coûte 600 fr. les mille coûteraient, en conséquence, 600 mille fr. Ajoutons à ce capital un autre capital pareil pour les autres ustensiles, les ateliers, etc., nous n'aurons encore besoin que d'un capital de douze cent mille fr. Nous admettons que les intérêts et les profits des entrepreneurs sur ce capital seraient de 15 pour 100; ce qui est bien honnête, car une industrie courante qui rapporterait davantage, serait, par la concurrence, ramenée à ce taux. Cela étant, nous trouverons pour les intérêts et les profits des entrepreneurs, 180 mille fr. au lieu de trente millions I

Même observation sur les deux millions pour frais d'entretien et de réparation; car, quand au lieu de réparer les métiers, on les renouvellerait en totalité chaque année, ils ne coûteraient encore que 600 mille francs.

Le capital circulant non plus ne coûterait pas deux millicMis; car de quoi se compose-tnl, toujours dans l'hypothèse de M. de Sistnondif De la matière première qu'il porte à 10 millions, et des salaires qu'il porte k i million : ensemble 1 1 millions, dont l'intérêt, & 5 pour 100, est ft50 mille francs. Mais comme dans cette industrie le produit peut être

AVEC M. MALTHUS. «f5

lerminé et vendu en moins de six mois, le capital payé pour l'année peut être employé deux fois et ne coûterait chaque fois que ^75 mille francs, au lieu de deux millions.

Tous ces frais réunis ne font encore que 12,055,000 francs, au lieu de 50 millions, qu'en admettant les bases de M. de Siêmondi^ coûteraient les bas faits à l'aiguille. Je suis loin de croire que l'économie pût être aussi forte, car si l'auteur a porté trop haut le capital des machines, il leur a attribué une efTicacité trop grande en supposant que |)ar leur moyen douze cents ouvriers feraient autant que cent mille ; mais je dis que si rêconomie de cette production était telle, le bas pris des tm « ou do tout autre vôtement qu'on pourrait faire à l'instar des bas, en favoriserait tellement la consommation, qu'au lieu de voir les cent mille ouvriers qu'on y suppose employés tomber k douze centa, on les verrait probablcnuMit s'élever à deux cent mille.

Et si la consommation de cet objet en particulier n'admettait pas cette multiplication excessive d*uu même produit, la demande augmenterait relativement à plusieurs autres; car, faites attention qu'après l'introduction des machines, il se trouve toujours dans la société les mûmes revenus, c'est-à-dire le ni^me nombre de travailleurs, la même somme de capitaux, les nuques fonds do terre. (Ir, si au lieu de consacrer, sur cette masse de revenus, 50 millions par an pour des bas. on n'est plus, iu moyen dos métiers, obligé d'en dé(»enser que 1-J, les 38 millions qui restent sont applicables à d'autres consommations, si ce n'est i l'extenlion de la niûme.

Voilà ce ((u'ensoignent les principes, et voilà ce que conlirme Texperience. Les maux (|ue souffre la population de rAngleterre, et que M. de Niimom/i déplore avec l'accent d'un véritable philanthro^H», tiennent à d'aulri*s causes: ils tiennent principalement à ses lois sur les pauvres; et, ainsi que je l'ai insinué, à une masse d'impiHsqui rendent la pruductinn Intp dispendieuse; lellemcnt t|ue, les produiU terminés, une grande |)artie dos consommateurs ne gagne pas assez pour atteindre au prix qu'on est obligé d'en demander.

aNQUIÉME LETTRE A M. MALTHUS.

Monsieur,

A la lecture de vos Principes éTÊamomie politique^ l'objet qui le premier a dû fixer mon attention, était cette grande maladie qui tounïiente maintenant le genre humain et qui Tempéche de vivre de ses produits. Quoique dans Tordre des idées, une discussioii sur la nature des richesses dût précéder celle-là, pour aider l'esprit à cooh prendre tous les phénomènes qui se rapportent à leur formation et à leur distribution, je n'ai pas cru devoir lui accorder la préséance, en ce qu'elle semble intéresser plus spécialement ceux qui cultivent l'économie politique comme science, et sans aucune vue d'applications. Cependant je ne puis poser Ja plume sans vous dire ma pensée sur ce point. Vous m'y autorisez vous-mùme par la noble franchise avec laquelle vous provoquez des discussions qui puissent éclairer le public. «11 est à désirer, dites-vous*, que ceux que le public regarde comme « juges compétents, s'accordent sur les propositions principales. » On ne saurait donc trop les éclaircir.

Vous blclniez, comme trop vague, la définition que lord LauderdaU donne de la richesse, en disant que c'est tout ce que l'homme désire comme pouvant lui vtre vlilc ou ayréable : et selon moi, vous avez grande raison. Je cherche la définition que vous croyez devoir substituera celle-là; et je trouve que vous donnez le nom de richesses à tous les objetSM«/me/,s' qui sont nécessaires, utiles, ou agréables à Thomme*. La seule diirérence que je remarque entre ces deux définitions, consiste dans le mot matériel que vous ajoutez à celle de lord Lauderda/e; et s'il faut que je vous l'avoue, ce mot me paraît le contraire de la vérité.

Vous devez pressentir mes raisons. I.a grande découverte de Téconomie politique, ce qui la rend précieuse à jamais, c'est d'avoir montré que l'on peut créer de toutes pièces les richesses. L'homme a pu dès lors savoir comment il fallait s'y prendre pour posséder ces bien*

> p. \, edit. uncl.; ;i— ï, rdit. (juillauinin. ■ P. 28,édit.aiiKi.;a2, id.

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keareux moyens de satisfaire ses désirs. Mais, ainsi que j*ai déjà eu orcasion d'en Taire la remarque, il est au-dessus du pouvoir de l'homme d'ajouter un atome à la masse des matières dont se com|K)S(* le monde. S'il crée de la richesse, la richesse n*est pas de la matière : il n'y a point de milieu. 1/homme ne peut, au moyen de ses capitaux et de ses terres, que changer les combinaisons de la matière pour lui donner de l'utilité; mais l'utilité est une qualité immatérielle.

Ce n'est pas tout. Monsieur, je crains que votre définition ne contienne pas le caractère essentiel de la richesse. Permettez-moi quelfies explications pour appuyer ma pensée.

Adam Nmi/A, avec tout le monde, a remarqué qu'un verre d*eau, qui pouvait être une chose fort pn^ieuse quand on a soif, nVtait \io\\\i une richeftse. C'est pourtant un objet matériel, il est nécessaire, utile, ou aicreable à l'homme. Il remplit toutes les conditions de votre délhiition ; et c« n'est pas de la richesse. Ile n'est |)as du moins de celle qui fait le «ujet de nos études et la matière de votre livre. Que lui manque-t-il pour i*ela? d'avoir de la valeur.

Il \ a iloiic des choses (|ui sont des richesses naturelles, Tort précieuwes imur riiomme; mais qui ne sont |K)int celles dont il est donne a l>rt»uiimie |H)htique de pouvoir s'occuper. Peut-elle les aci^mltrc? Peutelle ks œnsomnier.' .Non; elles suivant d'autres lois que les siennes. 1 n %t*rrc d'eau est soumis aux lois de la physique; l'attachement de nosb amis, notre réputation dans li* monde dépendent des lois de la morale, et «échappent à celles île récommiii* |M>litit|ne. Quelles sont donc les richesses du ressort de celte science? celles (|ui sont susceptibles de création et de destruction, de plus et de moins: et ce plus^ ce muins^ qu'est-re encore une Tois ? de la valeur.

Vuus-meme, Monsieur, êtes Torcé d'en convenir en plusiiuirs endroits. \ous dites ' : * Il parait donc qur la richesse d'une nation dépend, en

• partie, de la quantité des produits obtenus par son travail (ellr en

• de|*end tcHit à lait ; et en partie de l'adaptation de son travail aux belom^ et aux moyens de la population, k l'clTet de donner de la valeur

• a $es pniduits. • F.t à la |»af;e suivante vous êtes encore plus |H)sitir. Aprcâ êtn* entré plus avant dans la question, vous avouez que • il est

• i*\ident que, dans l'état actuel des choses, la valeur des marcliandi-

• ses.... pt!ut être re^ardi*e comme la seule caust* de l'existence de la

■ P. )iO. èdil. aogl.; 7Cfi. cdlt. GuiUiuiDiD.

l.-t. SâT. — lï. 93

» richesse. • Comment se peut-ii dès lors qu'une condition aussi lielle que la valeur manque à votre définition?

Mais cela ne suffit pas : nous ne connaîtrions qu'imparùtitemeiit k nature des richesses, si nous ne parvenions à préciser ce mot vaiar. Nous suffit-il, pour posséder de grandes richesses, d'éraloer très-haut les biens que nous possédons? Si j ai fait construire une maison que je trouve charmante, et s'il me plalt de Tévaluer 100,000 francs, suisje réellement riche de 100,000 francs à raison de cette maison? Nous recevons un présent d'une personne qui nous est chère; ce présent ert inestimable à nos yeux : s'ensuit-il qu'il nous rende immensément ri- i ches? Vous ne pouvez le penser. Pour qu'une valeur soit une richesse, I il faut donc que ce soit une valeur reconnve, non par le possesseur, | mais par une autre personne. Or, quelle preuve irrécusable peut-OD donner qu'une valeur est reconnue, si ce n'est lorsque, pour ravoir, d'autres hommes consentent à donner en échange une certaine quantité d'autres choses pourvues de valeur? Malgré l'estimation de 100,000 francs que j'aurai faite de ma maison, s'il m'est impossible de troanr quelqu'un qui, pour l'avoir, veuille sacrifier au delà de cinquante mille de ces pièces que nous appelons un franc, je ne puis pas dire qu'elle vaille cent mille francs : elle n'en vaut réellement que cinquante mille; elle ne me rend riche que de cinquante mille francs, et de tout ce qa'on peut avoir pour cinquante mille francs.

Aussi Adam Smith ^^ immédiatement après avoir observé qu'il y i deux sortes de valeurs, et avoir nommé, assez improprement à diod avis, Tune valeur en usage^ et l'autre valeur en échange^ abandonue-t-il complclement la première, et s* occupe-t-il dans tout le cours de son ouvrage de la valeur échangeable uniquement. C'est ce que vous avez lait vous-même. Monsieur ^; c'est ce qu a fait M. Ricardo; ce quej*ai ftù; ce que nous avons tous fait, par la raison qu'il n'y a pas d'autre valeur en économie politique ; que celle-là seule est sujette à des lois fixes, qu'elle seule se forme, se distribue et se détruit suivant des règles invariables, et qui peuvent devenir Tobjet d'une étude scientifique. Par une suite nécessaire, le prix de chaque chose étant sa valeur

' Liv. I,ch. 4.

* « U est doDC érident que la valeur des marchandises, c'est-à-dire U sacrifice en tnrail, • ou en tout autre article, que les gens consentent à faire pour les obtenir en échange, » etc. B Frincipês d* Économie politique, page 341 de TédlUon anglaise ; 261, édit GoIUaumln.

AVec M. MALTHUS. 49f

éckanginble ettimée en monnaie, il n*y a que des prix couranU en éranomie politique : ce que Smiih appelle pnx notera/, n'a rien de plus Mlurel que tout le reste : ee sont les frais de production; c'est le prix «Mirant des serrices productirs.

le ne prétends point le dissimuler : vous avea, Monaieur, dans M. W- CBfirio. un puissant et res|ieciable auxiliaire. Il était conire vous dans la question des débouchés; il combat avec vous dans la queation des vataon; mais malgré mes relations avec lui et l'estime réciproque dont Miw faisons profession Tuii pour l'autre, je n'ai pas craint de combatk« déjà aes raiaons * ; notre première passion à l'un et à l'autre, et faw dire la vôtre, Monsieur, n'esl-ellc pas l'amour du bien public et de la vérité ?

Voici les parolcÀ de M. ilicardo : « La valeur diffère essentiellement

• dca rictiesses; car la valeur ne dépend pas de l'abondance (des choses - neceasaires ou a^^reables^ mais de la diflicuUé ou de la facilité de leur

• production. 1^ travail manufacturier d'un million de personnes pro-

• diMra toujours la mômp valeur, mais ne produira pas toujours la

• mHue richesse. Par dos machines plus |)arfaltcs, une habileté plus

• exercée, un travail mieux divisi*; par l'ouverture de nouveaux dé-

• bouchés donnant lieu à des «changes plus avantageux, un million de

• per^ionnes peuvent produire deux fuis, trois fois autant de choses ni^

• reàuiiftsoM agréables, qu'elles en {Njurraient pro<lu ire dans une autre

• situaiHNi sociale ; et puurlant elles n'ajouteront rien à la somme des

• «aleurs ^. •

Cet argument, fonde sur dej faits qui ne sont |ioint contestés, parait conv«-nir itarfaltement au sens que vous soutenez. Il s'agit de savoir comment ces faits conlirnient, au lieu de l'inlirmer, la doctrine des valcuii», la doctrine qui établit que les richesses se com(K)sent de la valeur des choses que Vow possède, en réservant ce mot de valeur aux aeules valeurs reconnues et échangeables.

Uu'est-ce, eu effet, que la valeur, que cette qualité susceptible d'ap* peeciatjon, susceptible de plu» et de motus, qui réside dans les choses que l'on |iosaêde ! C'est la qualité qui nous permet d'obtenir, en echan- |e des choses que nous avons, les choses dont nous avons besoin. Cette

■ Vo^cs 1m noir* i]ur l'ai ajouU><** i la (ridiirlinn fran^aïK qur M. Consîancio a tloDnre ta ^inripri d Êfonnmtf poUUqut de M. KiVdrdu.

■ Pmmtipst é^Msimamti poiiii^ifr et M. âicardo, t< cdilion an^Uiic. cb.Su.

valeur est d'autant plus grande, que la chose que nous avons, peut obtenir une plus grande quantité de la chose que nous désirons. Ainsi, quand j'ai besoin d'échanger un cheval que je possède contre du froment dont j'ai besoin, c'est-à-dire quand il me convient de vendre mon cheval pour acheter du blé, si mon cheval vaut six cents francs J'ai une >ois plus de valeur à mettre en blé, que si mon cheval ne valait que trois cents francs; j'aurai une quantité double de boisseaux de blé, et en même temps cette portion de ma richesse sera le double plus grande. Et comme le même raisonnement peut être appliqué généralemenl à tout ce que je possède, il s'ensuit que notre richesse se mesure sur la valeur des choses que nous possédons. C'est une conséquence que personne ne peut raisonnablement repousser.

Vous ne pouvez pas nier de votre côté, me dit M. Ricardo^ que l'on ne soit plus riche lorsqu*on a plus de choses agréables et nécessaires à consommer, quelle que soU d'ailleurs leur valeur. J'en conviens, en effet; mais n'est-ce pas avoir plus de choses à consommer, que d avoir li puissance d*en acquérir en plus grande quantité ? Posséder plus de richesses, c'est avoir dans ses mains le pouvoir d'acheter une plu grande quantité de choses utiles, une plus grande quantité d'utilité, en étendant cette expression à tout ce qui nous est nécessaire ou agréable. Or, cette proposition n'a rien de contraire à ce qu'il y a de vrai dans la déiinition que M. Rîcardo et vous. Monsieur, donnez de la richesse. Vous dites que la richesse est dans la quanlilé de choses nécessaires ou agréables que Ton possède : je le dis comme vous; mais comme cesmoU, quantité de choses nécessaires ou agréables, ont une signiiication vague el arbitraire qui ue peut point entrer dans une déiinition bien faite, je les précise par l'idée de leur valeur échangeable. Alors la limitation de i'idoe d'ulilile est d'être égale à une autre utilité quelconque que les auUes hommes consentent à donner en échange de celle que vous possédez. Des lors il ydêquation on peut comparer une valeur avec une autre par le moyen d'une troisième : un sac de froment est une richesse égale a une pièce d'étoile, lorsque l'une et l'autre peuvent s échanger contre une égaie quantité d'écus. Voilà ce qui peut servir de base a des comparaisons, ce qui permet de mesurer une augmentation, une diminution ; en un mot, voila les bases d'une science. L'économie politique n'e&iste point sans cela; c'est cette seule considération qui l'a tirée du domaine des rêveries : elle eî>l si essentielle que vous lui rendez hommage sans le vouloir, et qu'il n'y a pas un do vos raisonnements où elle

AVEC M. ALTHUS. ^ 501

De soit exprimée ou sous-entendue. Autrement vous auriez fait reculer le science, au lieu de Tenrichir de vérités nouvelles.

En même temps que votre définition et celle de M. Ricardo manquent de précision, elles manquent aussi d'étendue; elles n'embrassent pas la totalité de ce qui fait nos richesses. Quoi ! nos richesses se borneraient ans objets matériels nécessaires ou agréables! Et nos talents, pourquoi les prenez-vous donc? Ne sont-ce pas des fonds productifs ? n'en tironsnous pas des revenus? des revenus plus ou moins grands, de même que nous retirons un revenu plus grand d'un arpent de bonne terre, que d'un arpent de broussailles? Je connais des artistes habiles qui n'ont d'autre revenu que celui qu'ils tirent de leurs talents, et qui sont dans Topulence. Selon vous, ils ne seraient pas plus riches qu'un barbouilleur d'échoppes.

Il vous est impossible de le nier : tout ce qui a une valeur échangeable fait partie de nos richesses. Elles se composent essentiellement des fonds productifs que nous possédons. Ces fonds sont ou des terres, ou des capitaux, ou des facultés personnelles. De ces fonds les uns sont aliénables et non consommables, comme les terres; les autres aliénables et consommables, comme les capitaux; d'autres enfin inaliénables et cependant consommables, comme les talents, qui périssent avec oelui qui les possède. De ces fonds sortent tous les revenus qui font irivre la société; et, ce qui parait paradoxal quoique parfaitement vrai, tous ces revenus sont immatériels puisqu'ils dérivent tous d'une qualité immatérielle qui est Futilité. Les différentes utilités sorties de nos fonds liroductifs se comparent entre elles par leur valeur, que je n'ai pas même besoin de nommer échangeable^ parce que, en économie politique, je n'en reconnais point à moins qu'elle ne soit échangeable.

Quant à la difficulté qu'élève M. Ricardo en disant que, par des procédés mieux entendus, un million de personnes peuvent produire deux ■ns, trois fois autant de richesses, sans produire plus de valeurs, cette iSificulte n'en est pas une lorsque Ton considère, ainsi qu'on le doit, la BModuction comme un échange dans lequel on donne les services pro- ^nttifs de sou travail, de sa terre et de ses capitaux, pour obtenir des iSfiodiitfo. C'est par le moyen de ces services productifs que nous acquéftwis tous les produits qui sont au monde; et voilà, pour le dire en ■Misant, ce qui doime de la valeur aux produits; car, après les avoir ^uis i titre onéreux, on ne peut pas les donner pour rien. Or, puisl|ae nos premiers biens sont des fonds productifs que nous possédons,

que nos premiers revenus sont les services productifs qui en éminent, nous sommes d'autant plus riches, nos services productif ont d'auUnt plus de valeur, qu*ils obtiennent dans l'échange appelé produclfoii, une plus grande quantité de choses utiles. Et, en même temps, comme une plus grande quantité de choses utiles et leur meilleur mareké sont des eipressions parfaitement synonymes, les producteurs sont plos richei quand les produits sont plus abondants et moins chers, le dis les producteurs en général, parce que la concurrence les obligea donner la produits pour ce qu'ils coûtent; tellement que lorsque les produeteun de froment ou d'étoffe réussissent, par le moyen des mêmes servioa productifs, à produire une double quantité de blé ou d'étoffe, toushi autres producteurs peuvent acheter une double quantité de blé ou d'étoffe avec une pareille quantité de services productifs, ou, ce qui est la même chose, avec les produits qulls en tirent.

Telle est, Monsieur, la doctrine bien liée sans laquelle il est imp» sible, je le déclare, d'expliquer les plus grandes difficultés de PécoDOmie politique, et notamment comment il se peut qu'une nation soit ptai riche lorsque ses produits diminuent de valeur, quoique la ricbene soit de la valeur. Vous voyez que je ne crains point de réduire mes prétendus paradoxes à leur plus simple expression. Je les dépoulHe nus et je les livre à votre équité, à celle de M. Ricardoy et au bon sensdi public. Mais en même temps je me réserve delesexpliquer si on lesentsnd mal, et de les défendre avec persévérance si on les attaque injustemenlf.

24 férrier isr.

Monsieur,

J'ai eu le plaisir de recevoir l'exemplaire des Définitions in poliUtd Economy*, que vous m'avez destiné, et je suis extrêmement sensibtol ce souvenir de votre part. Vous ne pouvez douter du grand intérêt qai J'ai mis à la lecture de cet ouvrage qui contribuera beaucoup aux pro^

• Ici s; terminent !r«* lellros à Malthus. qui avaient éXé publiées du vivant lii' l'auieur.

^ l/oiivrni;e venait de paraître. 1^ trndurtion en a été donnée, dans le tome vin delaTtl- j ffirtion «/rv piincipaux Ér.nnomistrs, ;\ U m'\V\i des Principes d* Économie poUt'il'f' ^ j infime auteur.

grès de récoaomie politique ; car on ne dispute le plus souvent que faute de s'entendre. 11 facilitera pour beaucoup de Français l'intelligence des ouvrages écrits en votre langue.

Vous avez, Monsieur, heureusement surmonté, dans bien des cas, une dilDculté qui accompagne toutes les déûnitions et surtout en économie politique. Il est rare qu'une déGnition puisse suiDre pour faire entendre la nature d'une chose et ses propriétés, parce que, dans la plupart des cas, sa nature est compliquée et ses propriétés nombreuses Veut-on faire connaître une chose sous tous ses rapports? la définition devient trop longue. Si l'on ne caractérise que les rapports principaux, elle est incomplète. De quelque manière qu'on s'y prenne on prête à la critique ; je l'ai éprouvé ; vous l'éprouverez, peut-être, et cependant je me flatte que nos efforts n'auront pas été superflus.

Je n'entreprendrai point de vous dire tous les endroits de votre dernier ouvrage que j'ai admirés^ ils sont trop nombreux pour les relever, et je vous avoue que dans vos attaques contre MM. MacCuUoch et Ricardo en particulier , l'expérience et la raison me paraissent entièrement de votre côté. Je suis sensible aux expressions obligeantes dont vous accompagnez mon nom dans plusieurs endroits du livre; mais je crois vous devoir quelques explications sur les endroits où vous me refusez votre suffrage. Il m'est trop précieux pour que je ne cherche pas à le conquérir.

Vous dites, page 19 : tfe (M. Say ) has strangely ideniified utility and valuCf and made the utility of a commodity proportionnai to its valucy etc.^

Vingt passages de mon Traité indiquent cependant bien clairement

que je n'attribue de la valeur qu'à l'utilité qui a été donnée par l'indui-

trie. Je dis que les hommes ne mettent aucun prix à ce qui n'est bon à rien ;

mais non que tout ce qui est utile a un prix. La plus légère observation

aurait suffi pour me donner un démenti ; ma doctrine entière prouve le

contraire. Je dis ( 4' édit. , t. 2, pag. 5 ) : Des besoins des hommes les uns

sont satisfaits par l'usage que nous faisons de certaines choses que la natu^

re nous fournit gratuitement, telles que Vair^ l'eau, la lumière du soleil.

Nous pouvons nommer ces choses des richesses naturelles, parce que la

wUure seule en fait les frais. { Voilà bien les choses qui possèdent ce

que Smith appelle a value in use. Comme elle (la nature) les donne à tous.

* Voir, tome VIII, p. 430 de la ColUrt, ths prineip. Kconom,

personne n'est obligé de les acquérir au prix d'un sacrifiée queleouqu.

Elles n^onl donc point de valeur échangeable.

Je poursuis en disant : D'autres besoins ne peuvent être satisfaits ^ par C usage que nous faisons de certaines choses auxquelles on n* a pu donner Vulilité quelles ont y sans leur avoir fait subir une modificatUm^ sans atoir opéré un changement dans leur état y sans avoir pour cet effet surmonté une difficulté quelconque. Tels sont les biens que nous n'obtenons que par les procédés de VagriculturCj du commerce ou des arts. Ce sont les seuls qvi aient une valeur échangeable. Ne voilà-t-il pas the value in exchange de Smith 1

Pouvez-vous équitablement dire que je confonds Futilité avec li valeur, tandis que je distingue l'utilité qui se paie et celle qui ne se paie pas?

Vous posez, Blonsieur, quatre règles fort sages pour l'emploi des termes : 1'' vous voulez que le sens qu'on y attache ne contredise pis celui qu'un usage général leur attribue. Je n'ai fait qu'analyser le sens qu'on attache au mot utilité ; je ne l'ai point détourné. S» Vous voulez qu'on adopte le sens des auteurs qui font autorité, à moins qu'on ne donne de bonnes raisons pour le changer; je corrobore et j'explique, dans le cas ci-dessus, Tcxpression de Smith. S^* Vous voulez que le nouvel emploi que Ton fait d'une expression contribue aux progrès de li science. Il m'a semblé qu en montrant que la production consiste uniquement à donner de la valeur en donnant de l'utilité, j'ai posé récoDO mie politique sur sa véritable base. i<> Vous voulez que le sens adopté soit toujours conformée lui-môme et s'accorde avec celui de tous les autres termes : or, on convient généralement sur le continent que le sens que je donne au mot utilité est concordant avec toute ma doctrine. Nul auteur, jusqu'à votre dernier ouvrage, n'avait, je crois, donné comme moi un gage de cette concordance, en rapprochant, comme je l'ai fait dans mon Épitome^ tous les termes employés dans mes ouvrages, et en montrant les rap[)orts qui les lient.

Si le ternie utilité en particulier est conforme aux règles que vousmôme avez posées, comment pouvez-vous m'accuser de les avoir violées toutes les quatre à Toccasion de ce mot? J'en appelle à votre justice.

En môme temps que je prends la défense du mot utilitp. comme lo seul propre à faire <»nl(Mi<!re en quoi (consiste la production, je confesserai que ma doctrine dp$ débouchés que vous avez combattue dans vos

AVEC M. MALTIirS. 50S

autres ouvragos, ol ilaiis tvhii c\\ vsi i*ri oir^t sujotio :'i qiiolqiii's rostriclioii5. Jo l'ai tollomiMit sn\\\ t]\u\ i\a\\^ la riiiquiômo iMitinii di* mon Trailt' tome 1", pai;e VM et suivanles , t|ni a été |»ul)]ièe eu trois volûmes à la lin de l'aiiiiee ileniiêrt\ j'ai e\pos«'* celte restriction, quoique Mil. itirurdo, MUl et M. ^nrr.uHovh aient adopté ma doctrine à cet ê- ^rd, et que le ministère actni'l de la t^randt^-ltreta^ne en ait fait la base lie son nouveau syslêm»» commercial ; il vaut mi«»ux s'attacher à TinvestigatHMi des faits et de leurench.-ilnement qu'à des syllogismes. I>»ns cette cmquiême inlition, j*ai en mùme tiMups combattu vivement les abstraction!» sur le$i|uelles on bâtit une i*conomie politique itiêale. Je re^n^tte beaucoup qu'il ne me reste pas un seul exemplaire à vous offrir de cette demièn» édition, di>nt plusieurs parties sont complètement récrite* et corrigées.

Je me trouve heureux que vous ayez donné bien que tacitement) ^-otre approtialion à une iloctrine que j'ai mise en avant le premier, qui a ete adopt(*tMMi llussie. en Allemagne, en Italit*. mais |ioint f|ue je SM'fie jusqu'à ce nitmient p:ir les économistes anglais. J*ai distingué, minme vous savez, ilaiis IVruvre de la production, le capital du service que rend le capital; la valt*ur de ei» service peut iMre n-presenlee par iiMt^rrt^ valeur différente île c«*lli' du capital, de même que le senice que rend la terre est repn»senti' |Mir le fermajre ^rent , dont la valeur e»l autre que la valeur de la hTre. C'est sur ce fondement que j'ai admis tmid M)rti*sde services prnductils, tandis que les économistes anglais n'en admettent ipi'un. celui de l'intlustrie irhmir . Cost sur le même fondement que vous ailnn'ttez' le prolit tin capital connue un dcselemeiiti» de la valeur d(*s choses, l't ipiedans >osilélinitions-* vous mettez an ran^ des siTVices productifs iftndih*»ns nf thé- stipply ttf rtimuèndilirs] W perr^utnyf qui represeii:»' »i- stroiirs \\\w 1 industrieux lired'un capital. Mais pjHirq hm it»fu>e/ wujs au servici» «le la terre, ipiand elle est une propriété, ce qui' \ou> arri»rde/ au siTVicc du capital

1^ iloctrim* de Uicardo. i|ii« !•• ppilit de la tiMTC Ui* fait pas partie du prix des choses, xou^ fait-i-lleiHuMoii ' Mais vous adiiirtle/ voii^Mném**' au"^**! luen ipli* moi. i]ue th^ nuuth^r^, pmiur^. >nvl V'nnt> '»l th*»s*' whn w tiA t't i'httitn ti ftifnmftflitij, is thf fntimlttlinn ft ail tu /tir. 4 l'Ia l'iiilll. li'S hevnnsdf« Intnime^». dans un certain i*tal de la siM'ifti*, m» |»eii\eiil-ils

- P. 243. Icilr anBl. • 1'. JMT. U'iU- nnui.

pas être tels qu'ils mettront un prix aux services que peut rendre m fonds de terre, el qu'ils paieront en conséquence ce service à celui qai est propriétaire de la terre, de même qu'ils paient au manouvrier propriétaire de deux bras le service que deux bras peuvent rendre?

Encore un mot, Monsieur, au sujet des produits immatériels auxquels vous refusez impitoyablement le nom de produits, quoique vous-même ayez créé de beaux et bons produits de ce genre. Est-ce parce qu'ils ne peuvent rien ajouter au capital du pays ? Mais quand un propriétaire foncier a consommé dans Tannée son revenu de Tannée, il n*a pas ajouté la moindre valeur au capital du pays : on ne nie pourtant pas que sa terre, son capital et son industrie aient donné un produit égal i ce qu*il a cxmsommé. De même,quand un service personnel a été rendu, il y a eu un besoin satisfait par un service qui a été payé et consommé; il est donc un produit au même titre que la satisfaction produite par une pêche qu*on a mangée, à laquelle vous ne refusez pas d'être un produit, quoiqu'il n'en reste rien au bout de Tan. Tous les économistes de la Grande-Bretagne nieraient cette vérité, qu'elle n*en existerait pas moins; et ils s'exposeraient à ce qu'on leur fit la célèbre réponse de Galilée : E pur si muove.

J*espère, Monsieur, que vous me pardonnerez la franchise de mes observations, qui ne me sont dictées que par Tamour de notre belle science, et par le cas infini que je fais de votre caractère et de vos opinions. Je ne finirai pas ma lettre sans rendre de nouveaux hommages aux clartés qui résultent de votre dernier travail, que je contribuerai à faire connaître à notre public par une notice dans la Revue encyclopédique.

Agréez de nouveau l'assurance de ma haute considération et de mon respectueux dévouement.

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