J.-B. SAY A M. TH. TOOKE
Faris, 8 Janvier iSVb.
MOM CHER MONSIELR^
Il y a déjà quelques semaines que la ^ édition de mon Traité d^ Economie Politiqve a paru : mais j'ai eu de la peine à trouver des voyageurs qui voulussent st* charger d'un aussi gros paquet; sans cela vous l'auriez reçu plus tôt. M. Murray (qui n est pas le libraire d'Albermali-
AV£4; TJWPAfAi» TOpkK. ^
itreel, i J« çpgipliisaiice de 5c charger àv IV^tnipliire qut* j'«i rhoiineurdc vous (41'rii- \ou> verivz que j'ai vtè «si^t^ heureux puur BiulcATiter deux uu inûs Uns de votre uom.
Ju^u*ici j'avais allaque avecMUi exlri^nie luenageiueui 1^ dcictri^ dr Ricanlo. Mac (Iull(K*b el autres», el leur melhode d'iiivestiicaUou. It craigiiaîa qu« des dÎJiaeiiUiue-iUi» «rulre periMiiuke» laiU» pour scaliiiier. ne fussent préjudiciables aux proi^rè» des saines doi*lriucs que nous professons lous. H^is il lu'a ^nil^lie a|^ ce MTait leur èin* plus coiilraira encore, que eo serait enip^'lier qu'elles deviennent unielles, que de faire de r^A-ounuiie politique une M'ience d adeptes, delelourier sous de lourde arKunientb. ou de la laissiM* s'e\ap4irer en vaines SMbUliiés. Klle ne m; re|)andra jamais dans toutes les classes de la aoi*iiHo. elle ne senna jamais de ^uide daus la pratique, si Ton ae la considère connue, une st^ieiiee ex|»erimeiilale. de même que la pbjrsique ^tuiiural pkihtnfhff: eliercbaul à «-onnaitre la nature 4<-*s» dlpaea, lion d'après les arguments, mais d'apn^ leur manière d'agir.
Voua veriw/. Mnnaieur, que je iu«' plu> ueltement que je u*avaia meotr Cail, que les frais de productiou Muent le l'ondeoiem du prix émchimn. lia ne font pas naître ce prix, car le plus ^rand travail ■'élevé pas le prix d une ehus«' d'une iiiaiiière dispniportionnèe avec le besoin qu'on en a. mais ikhis n'avons pas liesoin d'acheter les choses dont on nous fait présent. Ni le prix de certaines choses n'est pas proportionne à leur utilité, c est parce que i*ette utilité^ ou uue partie dtoeUr utiUlr, nous e>t donnée gratuiteiuepl par la nature.
Que dskieiit de» lor» le principe de llicardf> que le travail est Mondameiit di* la valeur des ciioses et que le fermage vient du travail que les mauvaises terres réclament de plus que li^s meilleures^
Ma doctrine sur ce |»oinl est n^suniec i*ii abn*^é dans mon Kpitome. Je wrais extn^mement Ilattr . Monsieur, quelle ubtliil %otre appro* hsLion, et que vous me disiez, sur ces fondements de l'b4iinomie politique ce que \ous approuvez et i*e que vous u'approuvez pas : car je ae demande qu'a me corrit^er, mon unique désir est d*arri\er au vrai ; je Ir rhen*he (»ar tou^ le:* iiio\«mis qui ^out en iiMin (MHi\oir. st je eorrigerai mes ouvraaes laiit que je vivrai.
Je vous ai envn\e un article t'tunomtf Mùtque^ fait pour un recueil intitule : tme^rhprdu pfoyrtssur, et où je voiin ai nomme avec éloge. It ne sais s'il vous a etc ftdelement remis,
J ai re^u en son temps votre tettre du to ^uin. où tous me fl^tln
trop; je De voas en dois pas moins tous mes remerciements, et toos
prie de présenter mes respectueux hommages à votre famiRe.
Agréez, mon cher Monsieur, les nouvelles assurances de ma haute estime et de mon sincère attachement.
THOMAS TOOKE A J.-B. SAY
(Inédite.)
LMidm, 12 man 1826.
M<m CHER MOMSIBUR,
Je vous dois tous mes remerclments pour le précieux cadeau que vous m*avez Tait, en m'envoyant la cinquième édition de votre Tndlé d*Économie politique, et en l'acompagnant de votre lettre obligeante du 8 janvier. M. Murray a bien voulu remettre le paquet chez moi H j a un mois, et j*ai depuis lors employé tous les instants que mes affiûres m'ont laissé de libres à lire cette nouvelle édition de votre précieux et intéressant, ouvrage.
J'ai été du nombre de vos lecteurs en ce pays, lors de la première publication de ce livre, et, depuis lors, je n'ai jamais manqué de l'indiquer comme l'ouvrage le plus classique et comme celui qui doit faire le plus époque pour les progrès de la science. Vos doctrines me soat donc familières, et je puis dire que j'ai su les apprécier de bonne heure, et que j'ai contribué à les répandre. Je vous dirai, entre autres choses, que sut- la première lecture de votre ouvrage, il y a vingt ans, jehi surtout frappé de vos développements sur les travaux productifs et improduclifs. Delà je fus conduits k adopter votre doctrine sur les produits immatériels. Je les ai constamment soutenus depuis lors toos deux, tant dans notre société d'Économie politique que dans des conversations particulières (toujours en vous en reportant la démonstration}. Je vous dirai même que les arguments par lesquels notre ami Malthus les attaquait ne faisaient, au contraire de ses intentions, que me confirmer dans mes convictions.
Dans ma nouvelle lecture, je me suis particulièrement attaché aui points que vous m'avez signalés comme l'objet de changements sur lesquels vous aimeriez avoir mon avis.
Je vous dirai d'abord, que dans votre réfutation de quelques doc* trines de Hicardo et de ses adhérents, vous n'avez nullement dépassé les bornes d'une controverse loyale et courtoise, comme elle doit
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avoir lieu enire gen^ qui s'irstim'iit cl reconnaissent réciproqnenient leur bonne foi. Votre critique |iorte à la fois sur la forme et sur le Tonds.
f^ant à ce qui tient à la forme, je suis d*accord avec vous que Ricanlo reste trop généralement dans les abstractions, tirant trop de conclusions d'un nombn' restn'int de faits, et s'appuyant sur des hypothèses plutôt que sur rex|H'Tience réelle des choses de la vie. De plus, «in Myle est un peu doctoral, et ceux même qui approuvent le fond lie ses idées, sont tentés de n'sister à la forme paradoxale dans laquelle HIes se produisent. Il faut dire cependant que ces défauts sont plus narqués encore chez ceux qui se |H)sent comme ses disciples.
Cela est remarquable surtout lorqu*il s*agit de la renie (fermage), Jes salaires, de TolTre et de la demande, t'omme remarque préliminaire, (>n ce qui touche au fermage,jecnns que vous n'avez pas reproduit il'une manière parfaitement exacte le sens du |>assage que vous citez à la page 34 de votre introduction, et sur lequel vous revenez à la page 357 du second volume; c'est le passage oii il dit que: • le rermage n*entre pas et ne peut pas entrer comme élément du prix des choses. • Dans le sens où il l'entend, il pf*ut t^tre fonde, et cela doit signifier seulement, que la rente de ta terre est une conséquence et non pM une cause du prix que les consommateurs donnent du produit crtn*. Dq reste, je suis de votre avis ; c\*si lorsque la demamle des produits de la terre excMe ce que l'on |K.*ut en tirer, sans recourir à la culture ■les sois moins fertiles, que l'on voit s'élever le loyer; mais dire • que ce sont les mauvaises terres qui sont la cause d<*s profits que Ton fait sur lea bonnes, • c*est pn*senter la m(^me idée d'une façon moins heureuse. VNHWulement il y a quelque chost* de paradoxal dans cette demièn* proposition, mats encore il y a (|uelque cliost^ qui pèche dans Texpéhence des faits, lorsqu'on dit, qu'il faut une difiercnce de fertilité dans Jiflerentes parties du sol. pour qu'il y ait rente ou fermage. En supposant le sol pourvu sur tous les points d'une fertilité uniforme, il suflirait qu'il fût limité en étendue, que la demande si* maintint progressive, pour que Ton vit s'élever le femuige.
Sur la doctrine des salaires, l'iVole de Ricardo allirme d'une manière lieaucoup trf>p alisolue, et sans avoir tenu eimipte des faits réels, que toute lacune sur le Milaire h lien aux ilépens di'S profits, et vite versa, (>la eiSt iMSê sur la sup|N>sition que le capital et l'industrie donnent if»ujour« un produit lixe et limite, d'où rêsiilterail que et* serait aussi une quantité tMerminei* que le salaire el le pmfil auraient à S4* partager; tandis, au contraire, qu'il est d<* tait qu'une demande plus ^and«* venant à faire hausMT li*s prix, les salaires et les profits (•euvent fn^quemment marcluT dans W même sens. l»our ré|K)iuln» à cette objection, les |iartisans de la lioctrine en i|uestion disent (|u*il laiit ujujoursaoua-entendre l'adjectif //roiporl/owiie/ comme compris dans leur j.-a. SAT. — i\. 31
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mot salaire. Mais rien ne justifie cette prétention qui d'ailleurs n*éiucidf rien; on n'arrive ainsi k l'explication d'aucun phénomène et jene trouve pas que cette école ait Jusqu'à présent donné une définition claire du point qui sépare réellement le salaire du proHt. Du reste, j'ai déjà professé publiquement de mon entière approbation de tout ce que vous dites sur les salaires dans votre chapitre sur les revenus industriels.
En s'éloignant du principe admis que l'olTre et la demande déterminent la valeur échangeable, Ricardo et ses adhérents partent de la supposition que sauf pour quelques produits, qui sont i'obiet de monopôles, TolTre est toujours limitée par les frais de production, et que dés lors un accroissement de demande ne peut pas agir d'une manière longue et défmitive sur la valeur réelle; continuant alors leurs dé(|uctions, ils en viennent à dire que tous les frais de production se résument en travail } que conséquemment la valeur échangeable de tout produit est déterminée par la quantité de travail que sa production a réclamé, et qu'en définitive le travail est à la fois la cause et la mesure de la valeur. V*ous avez, suivant moi, combattu avec succès cette doctrine dans votre chapitre sur le fondement de la valeur des choses.
L'erreur de la nouvelle école a double origine ; d'abord dans l'assertion que le prix naturel, ou la valeur échangeable, est uniquement déterminé par le prix de production, et ensuite dans l'idée que les frais de production se résolvent toujours en travail. Il est de fait, au contraire, qu'une foule de circonstances peuvent maintenir les quantités ofTertes au-dessous de la demande, v{ faire monter les prix au-dessus du taux où, sans ces circonstances, la concurrence les ferait tomber. Il y a alors reffet d'une série de petits monopoles qui ne sont pas aussi exceptionnels que Ricardo le suppose. (Ida devient même la règle générale, et les exemples où peut agir la concurrence illimitée sont peutnHre, «u contraire, l'exception. Les faits donnent donc un démenti à l'assertion que le travail est le seul élément déterminatif des frais de production.
Maintenant que vous savez que je partage vos idées sur les principes si bien développés dans votre Traité, et que j'admets la plupart de vos réfutations de certaines doctrines de l'école de Ricardo, permettez-moi de vous faire remarquer qu'il ne serait pas juste de dire que ces discus sions ont retardé les progrès de la science. C'est déjà quelque chose que d'avoir essayé de poser des généralisations de principes, t*t si celle école n'a pas toujours réussi à s'établir sur un terrain solitlc., elle a eu, du moins, le mérite d'introduire l'usage d'une logique serrée dans le raisonnement, et, bien (jue ne réussissant pas toujours à prouver ses propres assertions, elle a s(juvent fourni les moyens de signaler les sophismes chez les autres, ^ous ne devons pas oublier d'un autre cote que r«)uvrage de Hitanlo renferme dis chapitres sur U^ conunrnv exit*rieur et sur les impots, qui réunissent à la pi*ofondeur la nouveauté des
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vues et qui sont les justes déduclions d'une analyse exacte des choses réelles, et, par cela même, susceptibles d'heureuses applications.
J'ai reçu votre article Économie politique de l'Encyclopédie progrèssivey dans lequel vous mentionnez mon nom d'une manière toute favorable. Je ne puis qu*étre très flatté de la manière dont vous parlez de moi dans la cinquième édition de votre Traité. Le succès toujours croissant de cet ouvrage est une preuve des progrès que Tait la France dans l'étude des sciences économiques; il montre en outre combien votre nom est associé à de semblables progrès. Je vous félicite du bonheur rare, mais mérité, dont vous jouissez, d*ètre, comme écrivain, convenablement apprécié de votre vivant.
Recevez l'assurance de ma considération et de mon dévouement.
THOMAS TOOKE A J.-B. SAY
Richemond-Terrace, Witehall, 8 mars 1828.
Mon cher Monsieur,
Mon fils aîné est sur le point d'aller faire un court séjour à Paris. Il a déjà l'avantage d'être connu de vous et désire cultiver votre connaissance, autant pour son intérêt que pour le mien. Il saisira la première occasion de vous présenter ses respects, et vous remettra une suite de tableaux statistiques dont je l'ai chargé pour vous et que je vous prie d'accepter. Ces tableaux sont ingénieusement construits; et comme ils ont rapport à nos communes études, jai pensé que vous seriez bien aise de les consulter dans Toccasion
Notre ami, M. Malthus, m'a fait le plaisir de me communiquer quelque correspondance qui a eu lieu entre vous^ au sujet d'une ou deux remarques qu'il a faites sur vos doctrines, dans son ouvrage sur les DéfIniiionB en Économie politique. Les deux points principaux sont : lo|a définition de la valeur d'échange; ^ la classincation parmi les richesses des produits immatériels.
Gomme je suis entièrement de votre avis sur ce dernier point, je ne m'y arrêterai que pour observer que, parmi d'autres incohérences résultant des opinions contraires, il faut comprendre celle d'exclure comme article de richesse le talent du musicien, tandis que c'est son talent seul qui donne de la valeur au violon et à tous les autres instruloents de musique qui sont bien des produits matériels. Je n'ai jamais
pu, en principe, apercevoir la difiérencequi fer^iit qu'une pèche, comme vous le remarquez justement, qui cause au palais un plaisir passager, constituerait une portion de richesse, tandis qu'une chanson ou un opéra destinés à plaire à Toreille n'en feraient pas partie, quoique étant le fruit d'un travail et d'une dépense pareille.
A l'égard du mot valeur d'échange , en prenant le mot utilUé dans le sens où vous l'entendez, je ne diffère pas essentiellement de vous daius les définitions que vous en donnez; mais je ne saurais m*empécher de croire que votre idée serait mieux rendue en substituant au mot uiik ou utilité^ l'expression pouvant servir à Vusage ou aux jouifsanees. Cette expression emJl)rasse les articles de luxe et de simple commodité aussi bien que ceux de nécessité; mais j'entends fort bien que vous les apprenez sous la même dénomination A'utiles; ce n'est que pour éviter que vous soyez mal compris, que je les regarde comme préférables.
Dans quelques-unes de nos dernières réunions de la Société d'Économie politique, la définition suivante des richesses a reçu Tassentiroent d'une portion considérable de ses membres, et Ton est convenu de l'adopter comme exprimant la signification la plus générale de ce mot: Objets calculés pour Fusage ou la jouissance, et existant en quantité limitée.
Vous observerez que cette définition embrasse les produits immatériels et oblige les écrivains qui ne les admettent pas de les exclure expressément en donnant leurs raisons pour faire une telle exception. Les termes de cette détinition ont été suggérés par moi. Jusque-là la condition qui, indépendamment de 1 utilité, était regardée comme essentielle à la valeur échangeable et conséquemment à la richesse, était que l'objet fût le produit de l'industrie ou du travail. Maintenant, quoiqu'on (kit peu de choses, si même il y en a, soient pourvues de valeur échangeable, sans avoir coûté quelque portion de travail, il n'est pas néanmoins absolument nécessaire qu'elles soient le produit du travail. La condition essentielle est simplement que, se trouvant pourvus d'une valeur d'usage ( de la faculté de pouvoir servir ), elles soient Umitées en quantité. La nécessité du travail est seulement une des causes, quoiqu'à la vérité la principale, qui limitent la quantité. Les conditions ainsi réclamées, savoir, Vutilité d'une part et d'une autre part la quantité limitée, me paraissent simplifier la considération du sujet qu'on a jusqu'ici mal à propos compliquée. En réalité, c'est réduire à. ses termes les plus simples la qu' stion de savoir si les variations de valeur résultent des divers rapports qui existent entre les quantités ofTertes et demandées.
Croyez-moi, mon cher Monsieur, ave^ une sincère estime, votre, etc.
AVKr THOMAS TOOKF. Ml
J.-B S\Y \ THOMAS TOf^M!
r..i . - • M t iN?c.
Mon i:hkii Monsieur,
taidanl que Totre fils aîné est k Paris, le mien se rend k Ijmdres pour lin», et si tous pouvez Taidcr de vos conseils, j*en serai profonde- Qt reconnaissant. Je saisis cette bonne occasion pour vous envoyer premier volume qui vient de paraître, de mon Coun complet éTÈco- ■te poiihçur. Vous vous a(>ercevrez aisément que j'ai voulu populaarcelte science et la répandre parmi les jeunes gens qui commencent 'en occuper beaucoup dans les deux hémisphères. Il fallait pour cela \er autant que possible les abstractions qui ne laissent circuler et fectionner les principes que parmi les philosophes : et cependant il kit tes traiter avec une généralité telle qu'ils pussent intéresser éga* lent toutes les nations. J'ai cherché k les mettre, pour ainsi dire, k la rci du bon sens du public, et a les rendre tellement applicables que Kt homme doué d*une intelligence ordinaire pût de lui-même trou- *dans ses oliservations journalières, une confirmation de toutes les ilés professées. Je serai reconnaissant des critiques que vous voua bien ni'adresser; les critiques sont dignes de la plus sérieuse atten- R, lorsquVIIes viennent du petit nombre des hommes qui, comme M, Monsieur, joignent la pratique à la théorie. fous pouvez juger par là combien j'ai été satisfait de voir l'approt»- II que vous donnez à ma doctrine des produits immatériels, faute laquelle on trouve dans iVconomie sociale tant de phénomènes inex- »bles. J«* m'applaudis «'^ualcment de (*e que vous me dites de mes Dcipes sur Vvtiiitr^ |)ourvn (|ue jVntende par ce mot, comme je le fc, if$ ffuniéir» tfUt remlrnf (rs choses aptes a arrrir fcs fffiUftns^ les tjoûii, mHt^ hs irarcrn dr (homtrtr. Conmie sjivaiits, nous sommes des despCrurs de faits, et |M>ur ^tn^ l)ons descripteurs de faits, ntms devons décrire complètement avec toutes leurs circonstances, et aussi bien Mittisesque les actions raisonnables.
le v<Njs remen*it* de la communication que vous nie donne/ «1 l'inlieuse définition du mot rirhrstes que vous ave/, suggérée à la Société
(l'Écoiioinie politique. Elle me parait aussi bien qu'elle peut être, lorsqu'on veut donner en une seule phrase Tidée d'une chose complexe et pourvue de dix caractères à la fois. Vous verrez à ce sujet dans les Considérations générales qui précèdent mon Cours *, ce que je pense des définitions en général, et pourquoi je me suis borné dans tout cet ouvrage è faire connaître les caractères de l'objet défini^ k mesure que les développements de la matière mettent le lecteur en état de les comprendre.
11 me semble qu'on pourrait prouver Tinsuflisance des meilleures définitions en disant, par exemple, que celle que la plupart de nos collègues ont adoptée ne comprend pas des objets que le monde eotier regarde comme des richesses, tels que les billets de banque (boMtno^),qui nontpas|)our objet» du moins immédiatement, l'usage et la jouissance; tandis qu'en donnant ce nom à tout ce qui est pourvu d'une valeur échangeable, on est dans la vérité. Les objets qui, comme l'air et l'eau, n*ont aucune valeur échangeable, sont cependant des richesses; je suis loin de le nier : mais, selon moi, ce sont des richesses d'un autre ordre, et dont la définition ne saurait être la même que celle qui convient aux richesses, dans le sens vulgaire du mot. Lasaolé aussi est une richesse, puisqu'elle fait partie de nos biens ; et cependant nous ferions rire le vulgaire, si nous disions qu'un homme[est riche parce qu'il est bien portant, parce qu'il jouit d'un fonds inépuisable de bonne santé.
Voilà pourquoi je me suis vu obligé de distinguer deux sortes de richesses totalement différentes entre elles : les richesseê^ naturelles el les richesses sociales; les premières purement personnelles, et les autres n'ayant d'existence que dans la société et par la société, pouvanl seules être soumises à des lois générales et devenir l'objet d'une science. Et si des esprits chicaneurs m'op|)Osaient que la hutte et le parasol (le Uobinson Crusoë ne trouvent aucune place dans ma description des faits, je répondrais que les ustensiles d'un homme privé de toute société sont des richesses naturelles, puisqu'elles sont le fruit de ses facultés naturelles, et que ses richesses deviennent des richesses sociales quand la société, une fois formée, leur donne une valeur d'échange; de nu^me que les terres cultivables, (]ui sont des richesses naturelles pour
* Tome r , p. Ci et 62, édit. Guillaumin.
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l'homme isolé, deviennent des richesses sociales du moment que la société y ajoute un prix.
Du reste, vous pensez bien que j'approuve beaucoup la délînition en question sons le rapport de rapplic^ilion qnow peut en l'aire aux produits immatériels, et même aux services productifs de tous les genres; car je regarde comme des produits immatériels les journées d'un ouvrier. En etlet, il ne sort point de matières du bout de ses doigts; il n*en sort que des services qu'un manufacturier achète pour donner de Tutilité et de la valeur k ses matières premières, qui deviennent seulement alors de>s produits matériels.
Quant à la question du fondement de la valeur échangeable (que je regarde, avec Adam Smith, comme un caractère essentiel de la richesse sociale), je ne pense pas (pi'on puisse la trouver dans la limitation de la quantité [limitatim ofsuppiy); j'en donne les motifs très-développé.s dans Touvrage que j'ai l'honneur de vous offrir. On n'obtient gratuitement que ce qui peut être acquis sans frais de production ; une chose a donc de la valeur, quelle que soit sa quantité, en proportion des frais que cette quantité coûte, pourvu que l'utilité que les hommes trouvent en elle soit suffisante i)our leur faire surmonter les diflicultés (the cost of atiaiinment) sans lesquelles elle n'existerait pas, c'est-à-dire les diflicultés qu'il faut nécessairement vaincre pour lui donner l'existence.
Telles sont, mon cher Monsieur, les réflexions que m'a suggérées votre aimable lettre. Je les soumets k votre excellent jugement, à votre zèle pour les progrès de la science, et k l'amitié que vous avez la bonté de me témoigner.
Je vous dois aussi beaucoup de remercînients pour l'ouvrage de statistique très-curieux que vous m'avez envoyé; c'est un magnifique présent, et dont je me servirai utilement dans l'occasion. Il dénote beaucoup d'intelligence <^t de diligence dans son auteur, et on lui aurait beaucoup d'obligation, si, en continuant de publier les vicissitudes des prix, il étendait ses recherches sur tous les produits d'un usage général : cela donnerait à nos successeurs de précieuses données sur la valeur de nos monnaies et sur toute notre économie. Mais comme on ne peut pas donner suite à un ouvrage exéeuté sur un plan aussi disfveiidieux, il faudrait alors que l'auteur donnât à l'avenir seulement des tableaux imprimés; et comme, lorsqu'une époque est passée, on n'a «uère besoin de connaître que les prix moyens {nverage priées)^ il suflîrait de les publier de cinq ans en cinq ans, ou de dix ans en dix ans.
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Je suis persuadé que des tableaux abrégés de prix courante à différenles époques seraient perpétuellement consultés et feraient autorité.
M. votre fils vient nous voir quelquefois, et je crois que notre cliinat convient fort à sa santé. Dans rinipossibilité où je suis de disposer a mon gré de mon temps et de faire de grandes courses pour lui faire voir Paris, je suis heureux de pouvoir me faire remplacer par mou Gb cadet, qui a dans ce moment quelque loisir. Le vôtre fait les pliu grands efforts pour se rendre maître de notre langue; je crois que c'est avec succè-s, et qu'il commence à pouvoir suivre le babil de nus sociétés.
Agréez, mon cher Monsieur, l'assurance, etc.
THOMAS TOOKE A J.-B. SAY
Richemond-Ternice, WhitehaU, 24 mai 1828.
Votre lettre du 15 avril accompagnait l'agréable présent que vous m'avez fait de la première livraison de votre Cours complet^. J'ai commencé la lecture de ce volume, qui ouvre de la manière la plus satisfaisante l'importante tâche de rendre l'économie [)olitique accessible à tout le monde. Pour y parvenir, il fallait faire un ouvrage qui non-seulement contint les vérités intéressantes pour toute la société, mais qui montrât les liaisons qu'elles ont avec les difTérentes classes dont la société se compose. C'est ainsi que, dans votre seconde division (des opérations productives), vous avez examiné la formation et la consommation des capitaux, sous les différents points de vue sous lesquels de telles opérations doivent être envisagées par les hommes d'État, et par les personnes engagées dans les affaires. Les deux grands devoirs des gouvernements relativement à ces derniers, savoir de les protéger contre les entreprises des autres hommes et contre les molestations de l'administration, sont parfaitement établis et heureusement prouvés par des exemples, notamment aux pages 305 et 329. L'eflTet que vous ritez à la page 293 d'une politique violente et arbitraire est frappant.
Si j'entrais dans le détail de tous les articles où je concours avec vou5 en admirant vos développements, je vous retiendrais trop longtemps.
' I.H pubU<ation de ccl ouvrage, formant (» v. in-8' , commencée en 1828, s'acheva en iS'iO. n en a été donné une 2*^ édition en 1840. Elle forme le? tomes x et m de la Colkc, dn
AVEC THOMAS TOOKK. 537
Je De m'arrêterai donc qu'à ces points peu nombreux où je ne suis pas tout à fait de votre avis, et je vous dirai franchement mon opinion, puisque vous me la demandez.
Sur l'article de la valeur, nous n'arrivons pas exactement à la même coBclusion; mais en même temps je suis heureux de penser que notre différend ne vient que de ce que nous donnons une signification plus ou moins étendue à cette expression. Nous entendons l'un et l'autre que la valeur suppose le pouvoir de faire un échange, ou la mesure d'une marchandise par la quantité plus ou moins grande d'une autre marchandise, et conséquemment que c'est un terme relatif. Nous convenons encore que cette valeur, ou le prix, quand elle est exprimée en monnaie, conserve toujours quelque proportion avec les firais de production de la marchandise. Notre dissentiment consiste en ce que vous pensez que les frais de production sont la cause immédiate de la v(Ueur\ tandis que je pense que cette cause réside dans la limitation de la quantité offerte (supply)^ sans perdre de vue que l'objet est capable de servir, jusqu'à un certain point, à l'utilité ou aux jouissances; et que cette limitation est communément et principalement occasionnée par les frais de production, mais qu'elle peut être, et est» en effet, fréquemment influencée par d'autres circonstances, comme, par exemple, un monopole accordé par l'autorité, ou par la possession de certains avantages spéciaux, comme la situation d'un terrain fertile à portée d'une grande ville, ou un bassin à côté du pont de Londres, ou la disposition d'un cours d'eau dans un canton populeux. La valeur du produit du terrain ou de son service (en employant votre excellente expression) est hors de proportion avec la main-d'œuvre et avec toute autre avance consacrée à la même production.
Comme la diversité de nos définitions du mot richesse dépend uniquement de celle que nous mettons dans la définition du mot valeur ^ je ne vous fatiguerai pas en insistant sur cette controverse. J'observerai néanmoins que je ne saurais admettre entièrement que les billets de banque soient une exception à ma définition de la richesse, puisqu'en euxmêmes on ne peut pas les considérer comme richesses, mais comme des signes représentatifs de richesses (d'un droit à la possession d'une certaine quantité d'or, par exemple) ; de même que nous ne saurions appeler du nom de richesse, le titre, le parchemin qui constate la propriété d'un domaine, quoique dans un marché nous le donnions ou nous le recevions pour de la monnaie.
* M. Tooke De représenle pas ici exactement mon sens. J'établis dans mes ouvrages que la cause immédiate de la valeur d'un objet est dans son utilité {en comprenant toujours dans ce mot la faculté de pouvoir servir d'une façon quelconque)» mais que rélévation de cette nlenr est bornée par les frais de sa production. ( Noie d$ VAutwr.)
Je ne suis pas tout a fait disposé à admettre en totalité ce que tous dites «lans vos Cnnsidéralions gén^p raies an sujet des définitions ». r,e que vous dites de Tabus des définitions est très-juste; mais vous paraissez (quoique je ne prétende |>as que U^lle soit votre intention) mettre m «toute Tutilité de toute espèce de définition. Je crois, comme vons, que toute détinition doit embrasser les difTérents caractères de la chose définie, suivant Tobjet du discours pour lequel elle est faite; maisdifrérentes définitions du même objet, en même temps qu'elles servent a donner au lecteur une conception plus complète du sujet, peuvent n'être pas moins exactes en raison de cela, ni moins utiles pour le sens. C'est ainsi que la détinition d'un taureau par un naturaliste difTérera de celle qu'en donnera un fermier, sans être contradictoires; et toute» deux seront utiles au but qu'ils se proposent Tun et Tautre.
Je fais ces critiques, non que je les croie im|K)rtantes, mais uniquement parce que vous avez exprimé le désir d'avoir mon avis.
Puisqu'il est question de vos ConsidéfHiUons généraiex, je dois yous dire que, dans le cours de mes lectures, je n'ai jamais rencontré un discours plus propre à exciter l'intérêt en faveur de la science que nous cultivons, ni plus capable de renverser les objections de l'ignocance et des préjugés.
Pour en revenir a nos intérêts particuliers, je vous dirai que mon 61s parle dans les termes les plus vifs de la manière afTectueuse dont il a été reçu par vous et par votre famille. Il dit que les moments passés au faubourg Saint-Martin ne sortiront pas de sa mémoire. Il envoie ses compliments à votre fils Alfred. De mon côté, j'ai eu un vrai plaisir à faire connaissance avec votre fils aîné. Son mérite personnel, indépendamment de son nom, doit le faire accueillir partout. J'ai le plus grand désir d'entretenir des relations avec lui, et me regarderai comme trèsheureux de voir s'en renouveler les occasions.
Croyez que je suis, etc.
THOMAS T(K)RE A J.-B. SAY
Londres, 22 décembre 1828.
Mon cher Monsieir,
J'ai bien reçu raimable présent que vous m'avez fait du deuxième volume de votre Cours romplef. Comme il m'est parvenu k celte époque
* Voir Cours, édit. GuiUaumin, tome 1*', p. 61 et 63.