AVEC THOMAS TOOKE
de raniiée où les afTaircs commerciales me laissent peu de loisir, j'en ai renvoyé la lecture de quelques semaines, et saisis cette occasion de vous en remercier.
Je l'ai lu avec une satisfaction peu commune. I/Kconomie politique attendait depuis longtemps un ouvrage qui, fondé sur le^ principes les plus sains de la science, la montrât sous des formes vivantes et surtout attrayantes. Nous avions des livres sur quelques parties de Tindustrir qui réunissaient des faits précieux; mais pour être instructifs, il failail qu'ils fussent analysés, classés et rattacha à des principes généraux. D'un autre côté, nous avions ce que Ton peut nommer une Algèbre de l'Économie politique, qui, réduite à des suppositions abstraites et rigoureuses, ne tenait aucun compte, ou du moins ne tenait pas un compte suffisant des combinaisons variées de lieu, de temps et de circonstances. Elle effrayait les lecteurs par un appareil scientifique, au lieu deCxer leur attention parades réalités qu'ils |)ussent rattacher aux affaires de la vie ordinaire. Bref, au bout de cinquante années, nous avions besoin d'un autre Adam SmUh qyii pût se prévaloir des nouvelles découvertes et des nouveaux exemples présentés par cette période féconde en événements, et qui présentât le tout sous une forme élégante et facile. Si je voulais me contenter de vous dire en termes généraux : Votre ouvrage est ce qu'il fallait pour satisfaire à tous les désirSy vous pourriez regarder cela comme un compliment hyperbolique et qui, par conséquent, ne prouve rien; mais je justiherai mon opinion à cet égard en spécifiant en particulier votre classement des diverses manières d'exploiter les biens fonds, et l'esclavage considéré sous le point de vue de l'industrie; vos considérations sur le choix des localités pour les manufactures, ainsi que sur la nature et les résultats de l'industrie commerciale.
Dans notre pays, nous sommes si accoutumés, pour nos biens ruraux, à l'invariable système des fermages eu argent, sans jamais y minier aucune portion de rente en nature ou en services personnels, que nous donnons à peine la moindre attention aux résultats que les différents modes d'exploitation ont eus et ont encore chez une grande partit* des autres nations du globe. Vos remarques sur TefTet moral, sur les avantages et les désavantages de la culture, d'un côté, par la main des propriétaires du terrain, et de l'autre par des mains esclaves, et la comparaison que vous faites entre les produits qu'on en retire et le prix auquel on les obtient, tout cela est d'une haute portée.
Dans vos chapitres sur industrie manufacturière, il est aisé de reconnaître la main d'un homme qui a pu joindre la pratique à la connaissance des principes généraux. Il aurait été heureux pour beaucoup de capitalistes, aussi bien en Angleterre qu'en France, qu'ils eussent toujours pesé les suggestions qu'ils auraient ici trouvées, avant de hasarder
leur fortune dans de grandes entreprises. Je suis persiiadô qu*à raveiiir il s'en trouvera beaucoup qui vous rendront grâce des réflexions qu'aura fait naitre votre chapitre XII sur la comparaison, dans la pratique, de la somme des frais avec la valeur des produits. Vous aurez écarté bien des entreprises ruineuses.
Quant aux résultats du commerce et à votre réfutation des communes erreurs qui circulent à ce sujet, je ne peux rien vous dire de plus, sinon que cette partie est de tous points digne de la doctrine neuve si habilement établie dans votre Traité â* Économie politique.
ix>rsque j'en suis venu à mon sujet de prédilection, les monnaie J'ii été bien content de voir si parfaitement établi que la monnaie est eôemême une marchandise servant d'instrument pour l'échange des autres marchandises, et de voir Terreur que l'argent est seulement un signe représentatif des valeurs détruite si complètement et avec autant de bonheur : l'analogie du cheval et du cabriolet qui s'échangent Ton contre l'autre, sans pour cela que Tun représente l'autre, couvre de ridicule une telle absurdité. Et lorsqu'ensuite vous prouvez que ni la monnaie, ni aucune autre marchandise ne peut présenter un type invariable des valeurs, l'explication du phénomène de la circulation eit bien avancée.
J'y vois aussi mon opinion sur la question du droit de fabrication et sur la question, s'il convient d'en établir un, confirmée et élucidée, a une légère difTérence près, dans votre dernier chapitre.
Comme je suis persuadé que des critiques faites de bonne foi sont aussi bien rerues de vous que des paroles approbatives, je n'en ai que bien peu à vous oflVir. 11 me semble que vous n'attachez pas tout à fait assez d'importance à Topinion de Ricardo sur le fermage {the rent). Il est vrai que vous aviez précédemment habilement traité cette matière; mais je crois qu'elle n'avait cependant pas reçu toute l'évidence dont elle est susceptible ^ En même temps je conviens volontiers que le morceau que vous avez cité de lui à votre page 98, a quelque chose de paradoxal. Il est bien vrai que ce ne sont pas de plus grands frais de production qui causent une augmentation dans le prix du blé ; le blé monte par une augmentation de demande, et son prix peut alors payer de plus grands frais de production.
Cette question me remet en mémoire de vous demander s1l vous serait possible de me procurer une plus grande extension, soit anté-
* Lorsque M.ffooke écri?ait cette lettre, les deux premiers volumes seulement du CoMr< complet avaient été publiés. La réfutation de Topinion de Ricardo, développée ensuite par Mac Culloch, a reçu de nouvelles conflrmations dans le cli. 20, S« partie, intitulé : D*um opinion rtîative au profil des fonds de terre. ( Note de l\iuteur.