J.-B. SAY A SON FRÈRE LOUIS SAY (DE NANTES
(Inédite)
31 avril 1823.
Mon cher Louis,
J'ai reçu tes Considérations sur V industrie^ et je te remercie de h belle dédicace qui précède cet ouvrage. Il faudrait que je fusse bieo difficile pour n*ôlre pas satisfait des expressions flatteuses qu*elle renferme.
Je te dirai peu de choses sur les ccmtroverses que tu as élevées, parée qu*il y aurait trop à dire. Seulement, par rapport à la prineipale, je te montrerai, ce qui t*étonnera peut-être, que tu es oomplètemenl d'accord avec moi.
rai dit et prouvé liv. 1, chap. 15, que même lorsqu'on paie les proiluils en argent, on ne les achète qu'avec d'autres produits ; en d'autres mots, qu'on échange la chose que Ton vend contre celle que l'on achète. On sacrifie une utilité pour en acquérir une autre. Et comme il n'est pas a supposer que les hommes donnent ce qui pour eux a plus d'utilité, pour acquérir ce qui en a moins, j'en ai conclu que l'utilité qu'ils consentent à recevoir en échange d'un produit, est la mesure de Futilité qu'ils trouvent à ce produit.
De là le princii)e que la valeur échangeable qu'ont les choses (ou leur prix quand la monnaie est l'intermédiaire de l'échange ) est la mesure do leur utilité.
Il est évident, en effet, que lorsque je vends 10 hectolitres de froment 200 fr., afm d'acheter une montre de dOO fr., je regarde l'utilité de la montre comme égale à l'inconvénient d'être privé des 10 hectolitres de
* Louis Sny (de Nanles;, manufacturier distingué, a publié quelques écrits, dans le^qurif, maigre >a prétendue communauté de doctrines, il attaque certaines parties des oaviagesdf HMi frère. J.-lt. Sny on avait éprouvé une assez vive contrariété; mais il faut dire à la louante de i'uii et de i'autre, que ces légers dissentiments scientinques n'ont point altéré leurs itentimentâ d'amitié, non plus que leurs bons rapports de famille.
(iVoff é€$ £dit€urt.)
AVKr. LUUI> SA Y (DE NANTKS.; SU
ml; la iiMMiln*. ou îmhi prix un iiioiiiiaie, |n'uI iloiic im^ser |»ourla re do l'ulililo \Ut 10 lieclulilres de Tromenl et de riiu^Hivéïiieiii Hre iHTiVf • 4lr, la grandeur de cel liicuiivéïiieiil est pn'cisémeiil la
que loi-niéme établit page 161 el ailleurs, |iour mesmrer ruUlilé JKwes, en disant «pie - It* degn* d'utilité de chaque objet est mesuré
la grandeur de rinconvénieni qui viendrait à résulter de sa pri- KHI. - A quoi je ne fais qu'ajouter que la grandeur de rjnrcKivé-
eftl meMin'*e par l'indemnité qui* Ton consent à recevoir |K>ur en lêdommage.
isi ce n*est pas implicitement que tu adoptes la nécessité de i'é- ;e pi>ur mesurer ruiilité (ou les richesses que nous convenons être me chose; ;cVst explicitement, quand tudisi|uige 256): « < ta) doit XMiscrin* lapplication du mot richtmes , aux seules choses nonlemenl qui sont utiles ou agréabh's. Mais enatre rénales. • Telh» n elTet, la sanction tpie j'ai cru devoir leur donner; quand lu as ué mon sens, c'était aussi le tien que tu critiquais. rt*ste. m n*ndant justice a la manière houu«Medont tu t*es exprimé
I egani, j«' persisli» à regretter, dantimi inteni vmïï\XiK\dans It- jwiWi,
II aies mis l«* public dans ta conltdence. Tu te crois sans doute un »ur juge de Ion intérêt que je n«* puis l'iMn*; cependant, i^oumn* il
ICI de ta iHiiine rcputatioii plutôt tpie de ton iiitenH |HH*uniaire, et I réputation dc|iciid tit* lopinioii des autres t*iicore plus que de la r, i.vu\ qui s'intiTessent a toi s'allligenuit que tu aies |>ass('* ton s à cheri'lier aux autrr> «irs torts douteux, plutôt qu'à n*pan«ln* éritrs l'onstativs ; ils s'atlh^eroiit pour toi que tu ne te sois pas fu plustlt'lié ilr la facoii tie |H.*nsiM', quand tu t'es trouve en op|Nit a\cc des i*<Tivains t|ui ont lait preuve d'un jugement exquis, Vi Adam smitli ; «*l .surl4)ut que In aies dit. en |»arlani «le ce grand ne, 7»! '/'i nlanlr exintnrtltnuunnt'ttt /' hconomie poliiiifue .page.'iU . a est aussi lâcheux />«#»/ moi. |»ari*e qu'il y a «Mitre nous une sorte lidarite, quand «-«' ii«' v*iail «pie ct*lle du iHini. t!ela est làcheux
la ïicience que je cultive, non «pi'il soit |H»ssible ti'étoulTer U*s >aqu«* dcii hommcii d<* g«'iue «hiI «bvouvertes ou démontrées; mais lUrde Ir nt«*mtMil où «'lio tlt:vieitdn»iit \i*aiui«*nt utiles, qui «'st ou elles M'ioiit un peu ;:em*rali>nieiit adoptées. I.e vulgaire, aliso> (Il iii«'.i|ial)!r •!• jii;:iM p;ii Iiii-um'Iih* •laii> 1«'S niatii'r«'s ipii di'iuaiiuiif iii>liii('liiMi I ivalaliii- il tl«* l.i «-a|Micilr il«* ii*11t*Xi«»ii. ne nuit fiiénie aux \t*nt('s \v> plii> incoulestables», lorsqu'il %oit ceux qui
devraient s'y connaître ne pas s*accorder entre eux sur les Il m'est arrivé de rencontrer des hommes qui se disaient instruits, et qui ne Taisaient nul cas de la physique de Newton, parce que le Cai^ tésien Fontenelle s'était moqué de rattraction. Quand lot smanis mrM d'ucœrd, dit-on quelquefois, 7> commeneeraià les croire. Les priacipes de Newton n'ont pas moins triomphé; mais ce n'est qu'a la fin du xvni' siècle que la gravitation universelle a été enseignée dans nos écoles publiques. Or, ce retard des lumières est encore plus fïcheux dans les sciences morales et politiques, parce que le bonheur de numanité? tient de plus près. Que dirais-tu, mon cher ami, si tandis que tu tralaes péniblement ta charrue, on venait s'accrocher aux roues pour augmenter tes labeurs et retarder les résultats qui doivent en être le prix? Malgré tout, je ne t*en veux point et je t'embrasae très-oordîaleaieBl.