AVEC LOUIS SAT (DE NANTES.) SU
de leur eene, t'en rendre maître, et ne les coodMiUre que lonqu'on s'ert eoMvnineu, qu*on a vu la portée de leur aeu, et qu'on a trouvé, eomme diaail l'alÂ^ r.aliani, le Giie du Parolofitm. Autrement on ae lui plus de lort qu*à eux.
Depuis trente-huit ans j'étudie Téconomie politique, c'est-à-dire depuis le temps où jetais secrétaire de Clavière, avant qu'il (ttt ministre: d avait un exemplaire de Smith qu'il étudiait flréquenunent; j'en lus quelques pages dont je rus frappé, et aussitôt que je le pus j'en lis vaair un exemplaire que j*ai encore. Depuis ce temps, chaque Ibis que je ■e suis tiouvé une opinion différente de celle des auteurs d'un grand ji^cmant, j'ai hrémi de me tromper ; j*ai remis mes esssis sur le métier, H j'ai presque toujours trouvé que j'avais tort Je crois que tu as lu irap légèrement, car c'est lire légèrement que de ne lire que pour trou* ver, non le sens intime d'un auteur et ses motifs, mais de lire aeulement pour le critiquer, lorsqu'il s'éloigne de notre idée fixe. J'ai fait, pour moii uaage, de nombreuses critiques marginales sur ton livre; mais il n'eal pas possible, dans une lettre, d'entrer en discussion sur des points multipliés de doctrine.
J'ai été allligé de la manière dont tu parles de SmiUi et du seul ouvrage de Malthus où il ail complètement raison : tu es dans ton tort; b nature des clioses te donne un démenti perpétuel. Ce n'est point •ci k cas où uu seul homme a raison contre un vulgaire ignorant Tout le monde croyait la terre immobile au centre d«* l'univers; mais ee monde n'était pas instruit. Quand h*s obstTvatioiis de Copernic , de Galilée, de Newton, eurent fourni des preuves que la terre tournait autour du soleil, ceux qui les ont combattus ont donné la mesure de leur UHlruction \ et ce qui pouvait leur arriver de plus heureux, c'est que kïurs écrito fussent oubliés.
Tu t'imagines pcul-élre que je parle par prévention ou par jalousie; dans oe cas, tu ci inualIraiH bien p(*u mon caractère. L'amour de la vérité la toujours em|K)rt«'* ehez moi sur toule autre considération. Si l'altadienieiit que j ai pour 1*1? «|ui t^t honnête et vrai avait été moins éclairé ou moins vif, j«' serais actuellement pair de France, cooune plusieurs de mes anciens oollègues qui ne me valent pas. Bien loin de t'ea vouloir, j'aurais eu un plaisir extrême à trouver un prétexte pour le faire valoir. Je Tai fait ciuistamment pour notre frère tant qu'il a vécu. Je l'ai fait |N>iir tous ivux dont je |iouvais le plus redouter la concurrence dans la carrière de Tf^conomie politique.
i.-a. »âf. — IV. SS
»% CORRËSPONOANCI':
Dm» mu doruière lettre, je t'indiquais un trahit littéraire rt je pensais <}ue lu pouvais rendre des serricea et te plaoer au pnemier raofi. Tif ne m'aa pas eompris. le né prétendais pas que tu puMîasaes Mae Technologie, ou description des arts et métiers, enipapriae contre laquelle }>^ttrai8 élé^è précisément les mêmes objedîoiis que toi» IMs coiAme je cmia que tu* as beaucoup d'eipérience des. arta induatrieis M' général', et des Mues tnis-justes sur les qualités. qui* manquant à nos manuftetiiciara françaiSi pour réussir dpn» leuvs entrapnaeay je. cieii que lu te* seraia rendu ntile à ^industrie flran^iae en énonçant, avec darid^ les soins généraux (c'est-chdipe oon?eM|ilea pdur l^utaa les entreprises indnstrieltos^), aans leaqueUfS on n obtient de» sueoteqaa pir hasard, et dont Pabsenee entraino, sous nos yeujc, tanti de qulbu* tea. Gét éeritf, enriohi de beaucoup de faits que tu pouvatomîeia 9» personne recueillir, soit par toi-même, soit par tes- aiiIreB'; eet écril^ oè ta n^auraia rien cité de ce qui pouvait compromettre ta» inCérêls^ aurail-été recherché de tous cewx qui v«ulenl'ae jeter dam. la» entraprises utiles '[et ils sont nombreux), el tu m'aurai» fèuml «kaoceasions de te citer avec honneur dans l'impression- qd». je vaîa fiirr Taiméa procAiaine de mon grand rx)ur».
Voilà, mon cher ami, des observations' qui sont dictée» par ramiM fraternelle ; si tu les apprécies mal^ j'en gémirai, et tu. ne<t'en trouaeras pas mieux.
JrB. SAY< Â IL ALEXAiNDRG EVBBGTT,
cuAiiiit u'affaikes drs i^.tats-i:nis b'\MéiiiQrk a la cnin m:^ patk-bas.
Paris, 10 Janvier 1824.
Vonsavei eu la bonté de mo faire parvenir vos l^huvêUes téée» sur te popmiMiûn, mt féponsê à MùUhus ar à Godunn* ; veuilles eu recevoir mes sincères remerdments. J^'ai tnouvé dans cet écrit des vues inléresaaiites et c-et amour de rhumanitéqut devrait toufours guider la plum^dea- publioistas; je l<*étucUeraiavec plaisir el avec profil. ^^— -I — 1 i ■■■> — ' I ■ '
*■ Cet ouTrage a été tradpili, m ]8«6, rflr>ia.i:>i< Feiivy, ra»ii, t'v«l^, in D^
AVFr M. KVKHKTT. 5*7
\ Di«' deniaii(li*7. mon avis, Mun^iiMir. (*t inallitMircusement je I le loMr nêcosMiire |)oiir établir outre nous une discussion épi- *. Je me |>ermottrai seulement de vous fairft une ol)servaUon : Oflition que Vawjm^ntaUon dr population est une cauae d'abondanrr le mrHr, en la sup|M>!iant vraie dans toussc*s degrés, ne me pa- ( dêtruin* le Tond du princi|H* de Malthus, ni celui que j'établis ion Traite d* Economie politique, quatrième édition, tome i» page li est que le nombre d*'» kofnmet e$i toujours en raison des wioyens race.
tflel, Malthus, dans son livre, et moi dans cette partie du mien, e racherchoiM point le» causes qui multiplient les produits; nous aralemenl qu'avec une quantité quelconque de produits et avec loins déterminés chez les (*«>nHrinimateurs, la population erolt m point où ses produits lui permettent de croître, tenant, que tes proiiuils soient beaucoup plus abondants Ik où dation est plus nombreuse et plus industrieuse, c'est ce que perne révoque en doute; et c*est aussi pour cela qu'elle est plus euae dans les pays où il y a beaucoup d'industrie et de capitaux ; D*y a pas de Tindustrie et des capitaux, parce qu'elle est nom- •
nierai que voua ne Taites aucune différence entre les produits; Ént les produits alimentain*s ne (leuvent pas s<* multiplier indé* it; ils m* |>euveiil |»as mt^nie s(* multiplier beaucoup au deik de le pays peut fournir; car, Ii)rs4iu'il Taut les tirer d'un |>eu loin, lent plus qu'ils ne valent, et d(^ lors on ne peut pas s'en servir. kDglais S4>nt obligi*s de se |»ourvoir de blé tellement loin, qu«^ la è de blé qui sera nê(*essaii-e |iour nourrir un homme pendant ir route deux jours de travail, quelle que soit Tindustrie des I, il leur sera impossible de st> procurer ce blé-là. et, par cons4^leurs moyens de subsistance ne sauraient croître dans la m^e tion que leur nombre.
laez-moi. Monsieur, si ji* me |N*rmets ces objectiiins qui ebrank fondements de votre ouvrage; votre rraiichise m'y autoris<'; I sens que le temps et U force me manquent |KMir tloiiner à ces « développem^'nts qui leur seraient nécessaires : souffrez donc nif> borne à vous awunT tie ma reoonnaissaci^ et de ma parfaite
M. AL. EVERETT A J.-B. SAY.
Bniielles, 18 (érrier 1834.
Monsieur ,
J*ai eu l'honneur de recevoir votre obligeante lettre du 10 janvier. Je dois d'abord vous prier de recevoir mes remerctments pour l'approbation que vous voulez bien donner aux intentions qui ont dicté mon ouvrage sur la population, et pour la Tranchise avec laquelle vous établissez vos objections sur quelques principes fondamentaux. Vos raisons, je i*avoue, ne m*ont point convaincu; mais je ne veux pas vous importuner en y répondant longuement. Une correspondance épistolaire, comme vous Tobservez avec justesse, ne permet pas l« discussion des grandes questions ; et je sens très-bien que votre temps est trop précieux pour vous-même, pour vos amis et pour le public, pour que vous puissiez être à la disposition des étrangers. Dans l'édition plus étendue de ce traité, que je publierai probablement plus tard, je discuterai vos idées avec tout le respect dCi à des opinions sur Téconomie politique, auxquelles vous donnez la sanction de votre autorité.
J'ajouterai seulement ici une remarque sur le passage de votre lettre dans lequel vous établissez que mon principe l'ondamental que faugnientation de la population est vne cotise d'abondance, n'est pas nécessairement en opposition avec celui soutenu par vous et par Malthus, qtie la population est toujours en proportion des moyens ds subsistance. Il esl vrai que ces deux propositions ne sont pas en opposition ; mais je crois que vous n'avez pas présenté le principe que je combats dans toute sa force». Le but de Malthus, dans tout le cours de son ouvrage, parait cire de prouver que la pupuialiou a une lendance natureih' à alh'i au delà des moyens de subsistance, et que, par conséquent, son augmentation est une cause de disette. Vous observez aussi ( vol. 3, page 185), que non-seulement la population s augmente en proportion des moyens de subsistance, mais qu'elle va au delà, ce qui amène la misère et la disette. J'admets avec vous que la population est toujours en proportion des moyens de subsistance; mais je pense que vous reconnaîtrez que ma doctrine, établissant qu'une augmeutation de population est une cause d'abondance, et la vôtre établissant que c'est une cause de disette, nous nous trouvons néanmoins dans une opposition complète.
Les deux objections que vous faites à ma théorie sont : que l'aug-
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menUtion de la population n'entraîne pas nécessairement une augmentation dans la production, et que chaque pays doit uniquement vivre sur les produits directs de son propre sol. Celle objection, disje, est examinée dans les ^2^^ 3* et 4« chapitres de mon ouvrage, auxquels je prends la liberté de vous renvoyer. A l'égard de la seconde de ces objections, je remarque, dans le volume -2, page 185, de votre Traité \ quel<|ues observations qui semblent en opposition avec mes vues sur ce sujet. Puisque la Crande-Bretagne est obligée de prévenir par des lois rimportation du blé de Pologne et la farine de États-Unis, les frais nécessaires pour transporter les articles d'une grande distance ne les empêcheraient pas d*ôtre apportés sur le marché.
Je vous dois. Monsieur, des excuses pour vous avoir envoyé un ouvrage combattant une des opinions émises dans votre estimable Traité, sans avoir parlé de cette circonstance dans ma lettre. Le fait est que j*ignorais à cette époque que vous eussiez adopté dans votre ouvrage l'opinion de Malthus. J'ai acheté et lu votre Traité quand j'ai été k Paris, dans l'année 1812. Il était très-rare alors, et je me souviens d*aTOÎr payé 30 Tr. un exemplaire dont j'ai depuis disposé en faveur d*un ami. Je n'avais pas relu votre ouvrage depuis, et je n'avais pas une idée nette de votre opinion sur la population, dont vous ne traitiez peut-être pas dans la première édition. Dans l'intervalle du moment où je vous écrivis à celui où j'ai reçu votre réponse, j'ai acheté un exemplaire de votre quatrième édition et je l'ai lu avec le plus gruid plaisir. Vous penserez |>eut-être que c'est une preuve de mes préjugés, si j'ajoute que mes vues à l'égard de la population paraissent s'accorder mieux avec le ton général de votre philosophie que celle de Malthus. Au fait Malthus diffère avec vous, comme vous ne l'ignom pas, à l'égard de quelques-uns de vos principes les plus importants ; par exemple, qu'un excès de production est impossible , dans ceb il est peut-être conséquent, puisque votre doctrine détruit de fond en comble sa théorie Tavorile. Si un excès de production est impossi- Me, il s'ensuit qu'un excès ila producteurs, c'est-à-dire un excès de poiniation, l'est également. Votre découverte, comme on peut l'appeler, Ibamit, par conséquent, une rétutation des principes de Malthus et une preuve convaincante de l'exactitude du contraire que j*ai cherché Rétablir par mes raisonnements. Je serais hautement Hattési un plus QAr examen du sujet vous conduisait k reconnaître la similitude entre vos opinions sur la production el les miennes, et si cet examen vous engageait à mentionner ces dernières au lieu de celles de Malthus dans
Il cinquième édition de votre ouvrage.
^ *i.4* édition/!
550 CORKESPONDAPiCB
Permeilez-moi, Monsieur, en liuiseant» de vous ranouveler mes reniercinieiits sur la franche €x>inmunicaUiHi de vos opiuîoiis, et ranorauce de ma haute estime et de mon respect. Si mes sorvioes pouvaknl vous être de quelque utilité, je vous prie bieu insUmmeiii d'eo binr usage avec la plus grande liberté.