‹ Œuvres diversChapitre 89 sur 128 · J.HB. SAY AU PRINCE ROYAL DE OANEMARGK · texte numérisé non relu

J.HB. SAY AU PRINCE ROYAL DE OANEMARGK

Parii» 3 janvier 18)4.

MONSEIGinSUR,

Votre Altesse Huyale a eu la bonté de m*envoyer, sous une i Qque reliure, la traduction danoise de mon Trmté êF Économie poUHque^ et je m'aperçois, par la date de la lettre de M. Adier, que Teavoi en a été fait dès le mois de juin, quoiqu'il ne me soit parvenu qu*i h tin de décembre. Je serais sans cela inexcusable de n'avoir pas témoigné plus tôt à Votre Altesse Royale combien j'en ai été reconnaissant.

Mais je me fais de vifs reproches d'avoir tardé si longtemps à I'cqtretenir du plaisir qu'elle m'a fait en m adressant un homme d'un aw> rite aussi éminent que celui de 11. le professeur Oersted; j*ai surtout vivement ressenti, en lisant la lettre qu'il ma remise de la part de Votre Altesse Royale, les expressions de la précieuse faveur dont die m'honore.

J'ai en même temps reconnu son excellent cœur dans la patriotique sollicitude qu'elle éprouve relativement à la situation économique des possessions danoises. Le bas \mx des biens-fonds et des produite ruraux est d'autant plus remarquable et aflligeanl, qu'il est, pour ainsi dire, universel. Prosqu'en même temps je recevais des plaintes semblables àt Palerme et d'Odessa ; et Ton sait d'ailleurs que l'Anglfterre, plusieurs provinces de France et une grande partie do FAIIe magne souffraient et souffrent encore du même mal.

Je crains, Monseigneur, qu'il n'y ait pas en Europe d'économiste politique assez savant pour dévoiler complètement les causes de ce

* \m prince Uoyiri, ilcpuib roi Ut* Daneuiarck, ol inurl au comniencemeiit de I8&8, axnit reni des leçon* d'Kronomic politique de J.-B. Say, â Paris, en 1822.

{Les h 'il leur*.

AVKC 11. PniiS«:R HOYAI. DE D.\>KMAR(.K. Ut

■•!• ni de prince «ssiez piii8&an( pour y porter rvnièile, du rnoins un pmiBpl rfH)Mo. Cest beaucoup si tiuu8 pouvons indiquer une pariie im rm'OiiiiUnresqui l'ont aiucne, «•( un réginu* qui puisae, à l'aido ilii leaipe^ y a|»|NM'ter quelque soulai^eiiienL

Il y a iMi des oonManmations extraordinairesi et beauraup de gaapillaieesi |M*iidaiit la Ruerre. i:ouiuieat y a-t-on pourvu? Par dea empruuta^ par dus oontributiouK de guerre* etc.. On a aohelé plu» de prodnita que n*on arhèteiit de aioiples revenua, {wiaqu'oii y a conaacrê deaportionader«pUau](.lx>raquela ronaonimatioii depaii m auorédâ, la demaode des produit» agricoles étant moins considérable, leur prÏK a dû baiaaer, et relui de» biens-ronds par couaéquent.

Quelques récoltes qui |Niraiasent avoir été Rénéralement abondantes du nord au midi, ont concouni à l'abaissement des prix. r«et abaisaament a dû Mre Tavorable aux manufactures et au commerce; auaai voyons-nous que ces industries oui pris lieaucoup d'extension, de mémo que la population, principalement chez les nations déiià indus-

Je SUIS tente de croire que le dévelop|»ement delà cultiuredes \ de terre, en multipliant la matière nutritive, a eontribué de côté à la baisse des blés et des terres à Me.

Il nous est iwrniis de supposer aussi que l'augmentation de la valeur des nMHiiiaiej& est |iour quelque cliose dans la baisse des terres et de leun produits; car plus la uioinian* ilevient prerieuae, et moins on en donne dai» les échanges pour une même quantité de blé. Que les inaies aient généralement liaiissé de valeur me aemble vraiaemi.a plupart des monnaies «*uro|ieeniie> niaient de pajoer quand la guerre a cessi*. et on i*ii a pintùl réduit qu'étendu la somme. Quant aux monnaies iiiétalliqucji. elli\s ont pu hausser accidenteileuient par leflet des troubles tlu Mi*\iqiir vi du Pérou, qui fournissent les cinq MXiemes lie» métaux précieux que réclament annueJieinent les besoins de l'industrie cnussantc du iiuHidt* cnli«*r. I^rs travaux des mines n*ont pes pu Hrv fiuUMics t*oinuii* en pleine fiaix.

Il n'est |ias ciNitrsdirlonv di* supimser que lor et l'argent soient érvrnus un |H'u |i1ii<» raies relativement aux besoins, qu«iique les capitaux scueiil devenus plus abiMidaiils. Votn- Altesse Itoyale sait fort hien (|ue ce vint deux cllo^e^ ess«'iiliellcnieiitditréreiites.

Kn même temps que les uiuiiiiaies uiit ;{éiiérali*nieiil baiiftst*. notamuirut en Aii^klcrre, les ilèiH'u^'i^ des Kouverneiiienb sont restées à

peu près les mêmes, et elles ont été levées sur les peuples en monnaie nominale valant plus; de sorte que le contribuable, en payant une même somme, a payé en réalité une plus forte valeur. De 1& les frais de culture sont devenus plus considérables lorsque les produits agricoles valaient moins; ce qui explique peut-être en partie la difBcnlls des rentrées des contributions directes en Danemarck.

Plusieurs autres causes sans doute ont concouru à Teffet que roa 'déplore dans toute l'Europe ; et, parmi ces causes. Votre Alteaaer Royale ine semble placer avec grande raison les emprunts publics qu'on i hits au sein de la paix, ou pour des guerres que l'on devait évHer. Ln générations futures ne se verront pas de sang-fh>id dépouillées par celles qui le sont précédées. L'avenir demandera des comptes sévms iu présent, et je prévois des bouleversements de fortunes qui entraîneront peut-être des bouleversements politiques. ' Au surplus, la recherche des causes de cet état de aouffinuee, quelqu'itttéressante qu'elle soit spéculativeoient , est maintenant beaucoup moins utile que ne serait la recherche des remèdes qu'on poor rait hii opposer.

' le sens, Monseigneur, que, pour bien parler de ce qui intéresse votre nation, j'aurais besoin de ces connaissances locales dont Votre Altesfe Royale m'a donné de si fréquentes preuves dans nos entretiens. Je n'ai que la ressource de juger de vos intérêts nationaux par les nôtres, et cette ressource doit être insuffisante à beaucoup d'égards.

Ne pouvant pas, pour l'écoulement de vos produits agricoles, compter sur les consommateurs étrangers, qui , de leur côté, sont apiwofisiennes avec surabondance, il vous convient de vous créer chez voos des consommateurs. Or, les consommateurs naturels des produits agricoles sont les manufacturiers et les négociants. Les hommes employés par eux mangent le meilleur pani et ils font des enfants. ' Mais quelles manufactures, quels trafics peuvent convenir à votre climat, è l'aptitude de vos citoyens, aux consommateurs des campagnes qui en achèteront les produits du moment qu'ils vendront les leurs. C'est ce que Votre Altesse Royale et les personnes éclairées qu'elle consulte savent mieux que moi. Tout ce ({u'on peut dire de si loin» c'est que le gouvernement a, pour favoriser les fabriques et le commerce, des moyens qui conviennent è tous les États.

Je ne parlerai pas des institutions qui assurent les propriétés, de quelque native qu'elles soient, c*est-i-dire la propriété industrielle,

AVEC Lfc; PRIMCR ROYAL DE DANEMARCK. 55$

ratellectiN*ll« ni^mi«, aiiwi hk'ii qur colle des lerre»; j*ai lieu île croire que CTH institulioiis sont pins |mrraite.s en Daiiemairk, surtout sous le mi arluel, que dans la plupart ik*s autres l^.tats de TEurope. Il Taul Mult-ment prumlre i;arde qu'en protégeant la propriêt(\ on n'entrave («Stpardea mesures adminislralives, creux qui veulent en Taire uaa|:e; car, M je ne peux transporter aisément et à |m;u de Irais mes marehan • diaesi d'un endroit à un autre, on a l>eau ne |nis me les prtmdre, c'est comme si on me les prenait, puis(|u'on m*emptel)c d'en tinT parli. Le reapecl de la propriêlé comprend le droit d'user et d'abuser garanti au propriétaire, |iourvu qu'il n'attente |)as aux ilroiU «l'autrui. (Test n qui peut s'exprimer aussi par le nM>t de liliertê d'industrie.

S'il y a des entraves naturelles, des liêrauts de routes, de canaux, de porta, etc., le plus grand bicnrait que l'industrie puisse recevoir d'un gouvernement (■^lain* consiste à lever ces olistacles, ou du moins à ta rendre moins insurmontalries. Il y a beaucoup de lieux où Ion echèterait le Méqui surabomie un peu plus loin, si les Trais de Iransport n*en doublaient pas le prix. La majeure |vartie du prix des pn» duîts ruraux provient des frais de transport; ce prix i^eut Mre établi heeuroup phis luis à Taide de bons moyens de communication, et rien ne favorise la consommation de quelque produit que ce soit cooune l'ebeiaaement de son prix.

Lee produits du commerce et des manufactures de leur cùtê^ parvenant dans les iiarties les plus reculées du royaume, à peu tie frais, beaucoup de ces produits seraient mis â la portée des campagnes ; le paya deviendrait plus civilisa* et foumirail di^ consonmiateurs aux fabriques, commt* celles-ci en fourniraient aux campagnes.

ijomme les capitaux sont un instrument nécessaire â toutes les Midu>trica, on ne 5«i*irait tn)p honorer l'épargne qui les multiplie; rêpargne qui consiste, non |nis a ne fias dé|>ensiT une |uirtie de ses revenus, mais a faire des aviiiM*i*s à Tindustrie, ou« si Ton veut, à faire deadéfienses n*pn)ductives.

Quant aux arts industriels, ils se perfectionnent et s étendent d*euxméme», toutes les foi> que les institutions ne mettent point d'obstacles au dêveli>ppi*meiil .|e> e>priK en général.

Je rougis leelliMiieiii. MonseiKiieur. «le n'avoir a ineltn* >oiis le» yeux de Votre \lte»M* Uoyale que des vérités si (*omniunes. lors4|u*elle est digne «ri*ntendre celles qui nvlameiit les plus liauten ca|iacites de Teaprit; mais je sais qu'elle ne d«Nlaigne rien de ce qui est utile, et

que le gros bon sens est eëiimé des plus grands princes. PuisM^i-eilc au moins voir dans ce faible tribut de mes pensées la preuve de moa profond dévouement et des vœux sincères de celui qui ose se dire, Monseigneur,

r>e Votre Altesse Royale, eic.

ÉTIENPÎE WJMONT» A J.-B. SA Y.

Gtnhrt, le 26 nofenobre 1S9.

Il y a longtemps, Monsieur et très-cher ami, que Je me reproche df ne vous avoir point encore témoigné combien j^étais sensible i VeMÂ flatteur que je dois i votre amitié ; mais je ne pouvais me réMMdrei vous en remercier sans vous avoir lu , et je me trouvais aut* les brv une occupation qui ne me permettait qu'un progrès très-lent daas eetlr lecture. Je puis i présent vous dire à quel point je suis coaie&t de cal ouvrage, et combien j'en es(>ère pour le profit de la science ; car il lui fallait CCS développements : plus les livres sont en consommés et en extraits, moins ils instruisent la classe la plus nombreuse. Vous serez In parce que vous nver. saisi le vrai style du genre, et qu'il y a une clarté et un bonheur d'expression qui Tait trouver comme une créafiofl dans la justesse et la profvriété des ternies, sans aucune de ces innovations de mots qui effarouchent les lecteurs. I.es nombreuses applications ont aussi un grand attrait et sont nécessaires à ceux qu'il but mener par la main dans les matières didactiques. Si j'avais voix au chapitre, votre ouvrage serait le premier candidat pour la fondation du prix d'iitililo, et, certes, il faudrait que Tannée fût bien bonne pour qu'il y eu eût un préforé au vôtre. Ce serait un honneur tout particulier pour votre famille que le gendre et le beau-père couroimés de suite ■. J'en ai joui de bon r<rur pour notre cher Comte ; c'était une fête a Cartigny; nous vtmes de plus, dans cette justice rendue, un très-bon signe de l'esprit du temps. M. (>>mte, dans une lettre à Jaoob Duval, veut bien se souvenir que je lui avais annoncé quelques observations pour la seconde édition. J'avais, eu effet, quelques notes, mais toutes de peu d'importance, e\<'epté celle qui |M)rtait sur un |K)int dont j*ai

' Interprète et parhsan prononcé de la pliilosophie Uc Benthani. ~ Voir plus loin, U note relative à Dûment, leUre du même, eous ta date du 21 juillet 1829.

* Le TmtV tU Ltf^ùkilïon, de Cili. Tiomte, avait été cnnronné rn 1R28 par l'Acadétmf francise; le Cours cttmpiet d'Économie pntiiitiu*' le fui m 1k:{0.

AVEC £Tli!;M.\K UUMONT. M5

r«u»t* m^**c lui; c.'ehi 4|u'il sienibiMil «ItMqucr la rediirlioii de^ loi» on la nidiliralioii iI'iiim* niaiiièrt* qui avait p(<* mal eiUciidue; il monlrail tiien qu'écrire dea lois «*c tr^laii |iaa Tain* des lois, qu'il faut bien autre rhuae que des romiMlalioua; mais on aurait rru quelquefois qu'il se rangeait |vanni les ivartisans des lois non «écrites, cfimme Savigny t* ( plusieurs jurisconsultes anglais. (M\ ce nVst pas la son opinion. JecroÏN que son cours fera encore plus d'eflet à Paris que son livre : les jeuiir> icens ne lisent guère quatre volumes, mais ils raisoiuient entre eux sur des leçons: ils les discutent, et ils parteol de là |iour des études plus sérieuses, l/impnidente attaque de la Ctosetie de Framre doit avoir «uki UMNii qu'un prospectus. Je compte bien que BetMam lui-même an profile. Il esl vrai qu'il n'est pas prophète ilans son pays, ei cola s'csplique aisément ; mais il a une école toute dévouée. J*eu si de boooes nouvelles.

Lt Giébe était si |ioli envers Tt'dileur de Benikam qu*il n*y avait pas nmyen de se Tâcher, lie qu'il y avait de plaisant, c*est qu'en m accuant d*atoir déprécié Mfmtesqwett, faute de ie comprendre, le censeur disait an fond la même chose, que ce irélait point un traité de législansis il était liien loin de rentire autant de justice que moi à ses mérites et surtout à son heureuse influence, par Timpulsion ^'îl atait donnée à res|irit humain. Il y a un fioint sur lequel il faut ar résigner quand on t*crit, «*'est à être lu très-légeremeut et jugé de haut en bas sur quelques phrases isolées. Il me semble que les journalistes anglais, avcT mouis il'esprit et de sel, |M)rteiit <ians leurs jugements plus de critique et de justice.

Itodame H^er^», qui a eu le plaisir de vous voir à Paris, me dit qur mire santé a été èprouvin* |var trop de travail, mais que vous Hivi ' rétalrili. Heureusement la plus tendre amitié veille auprès de et jaapère qu'elle réussit à vous imposer des ménagemenls. .Votre Tnmtkm dissit d'une autre U)lem|iéraiice que celle de l'étude : Le» guûls modérée vivent iW leurs revenue, mais la passion mange ses rapitaux. I*ensez-y. mon cher el excellent ami; mettez-vous au régime de l'esprit; reposez-vous comme un guerrier sur vos armes, mais reposez-vous; raites-nou^ athiidrc un |ieu plus louglem|is le fruit de v«is veilles : la science a encore longtemps besoin de vous, et vo> anus bien plus encore.

Je pne madame Say et toute votre famille d'accueillir mes senti- ■WBis les plus air«ctueux, et rectwez, mon ctier ccmipatriote, Tassuraoce de ma reciiniiaissanct* et de mon dévouement.

J.-B. SAY A ET. DUMONT, a cemève.

ran>, S^mari 1839.

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