‹ Œuvres diversesChapitre 3 sur 17 · La scène se passait vers la fin du mois de mars en · texte numérisé non relu

La scène se passait vers la fin du mois de mars en

grand, le plus noble, le plus sublime que les homme» puissent embrasser, quand c'est du génie qu'ils le tiennent. Quelle honte pour un officier public de ne pas connaître le poète Piron, auteur des Fils ingrats, applaudis si justement de tout Paris ; de Calh'sthène, qu'il a si injustement sifflé, comme je viens de le prouver au public, par des vers qui valent une démonstration!... Piron aurait poussé plus loin cette véhémente tirade, si le commissaire, avec une sorte de vivacité assez plaisante, ne l'eût interrompu en lui disant : — Que parlez-vous de pièces de théâtre I Savez-vous que Lafosse est mon frère, qu'il en a fait d'excellentes, et qu'il est l'auteur de la belle tragédie de Manlius? Gomment la trouvez-vous? Hein? Oh! mon frère était un homme de beaucoup d'esprit ! — Je le crois, monsieur, car le mien n'est qu'une... bête, quoique prêtre de l'Oratoire, et que je fasse des tragédies, répond Piron avec une sorte d'eathousiasme risible, et se donnant en même temps des louanges outrées. Ce trait assez vif, et très cavalièrement exprimé, ne fâcha point le commissaire Lafosse, qui le prit en galant homme. A la contenance des acteurs, à la gaieté de leurs propos, il ne fut pas longtemps à percer le mystère de toute cette aventure. Il se la fît raconter par Piron, et s'en amusa beaucoup ; après

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quoi il renvoya ces messieurs, en leur faisant la politesse de les prier de venir cliez lui, le samedi suivant, diner et manger des huîtres. — Ah ! mes amis, dit Piron, en sortant de la maison du commissaire, rien ne manque plus à ma gloire, j'ai fait rire le guet.

La nouvelle de cette joyeuse nuit se répandit hientôt par toute la ville. Le commissaire Lafosse en fit le lendemain son rapport à M. Hérault, alors lieutenant de police. Ce magistrat connaissait beaucoup Piron, avec lequel il avait dîné quelques jours auparavant. Il le manda pour savoir jusqu'aux plus petites particularités de l'histoire et voulut en divertir sa famille. Piron se rendit aux ordres de M. Hérault, lequel, affectant un air grave et sévère en le voyant paraître, le traita d'abord de tapageur, et lui ordonna de rendre compte de sa conduite et du bruit qu'il avait fait la nuit précédente. Piron ne se démonta pas; sa mauvaise vue l'empêcha de reconnaître les personnes qui étaient dans le cabinet, et, s'imaginant être devant un juge assis dans son tribunal, il commença et poursuivit si comiquement son récit jusqu'à la fin, que la gravité de ses auditeurs se démentit, de manière qu'un éclat de rire général se fît entendre; et M. Hérault, après avoir ri tout à son aise, dit : — C'est fort bien

mon cher Piron, mais convenez que vous mériteriez une bonne calotte pour cette folie? — Eli! qui serait assez hardi, monsieur, répliqua Piron, de m'en donner une, quand votre chapeau m'en tient lieu?... Effectivement il présenta, dans le moment même, le chapeau de M. Hérault, qu'il avait pris, par mégarde, pour le sien, le jour qu'il avait dîné avec ce magistrat.

IA mort de l'abbé Terrasson, laissa en 1750, une place vacante à l'Académie Française. Plusieurs académiciens engagèrent Piron à se présenter, malgré toutes les plaisanteries qu'il s'était permises et qu'il se permettait journellement sur ce corps en général, et sur ses membres en particulier. Ils étaient trop sensés pour lui en faire un crime, et ils riaient les premiers de ses bons mots. Ils le déterminèrent donc à faire les visites d'usage.

Piron remplit le cérémonial accoutumé, non avec cette gravité religieuse qu'observent ordinairement les candidats, mais très gaiement, et peut-être môme un peu trop cavalièrement. Entre autres plaisanteries, il laissa, chez un des trente-neuf électeurs, Nivelle de

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la Chaussée, son billet, sur lequel il écrivit ces deux vers amphigouriques, tirés de l'une des pièces de ce «omique larmoyant :

En passant par ici, j'ai cru de mon devoir, De joindre le plaisir à l'honneur de tous Toir

Le directeur l'engagea même de prendre tout le temps nécessaire pr)iir composer son discours de réception. Piton l'en remercia, et lui répondit en riant : — Ne vous inquiétez point de cette corvée, nos deux discours sont déjà faits ; ils seront prêts du jour au lendemain de mon élection. — Gomment cela? lui demanda le directeur un peu surpris. — Comment celai repartit Piron. Le voici : Je me lèverai, j'ôterai mon chapeau, puis, à haute et intelligible voix, je di- ?ai : Messieurs, grand merci; et vous, sans m'ôter votre chapeau, vous me répondrez : monsieur, il n'y a pas de quoi... A ces mots, le directeur partit d'un faux éclat de rire, et lui tourna le dos.

Le jour de l'élection arrivé, l'abbé de la Bletterie fut élu, mais cette nomination ayant déplu au roi, ce fut M. de Mairun qui obtint la place vacante.

On avait desservi Piron auprès du roi. Nivelle de la Chaussée ne fut pas un des moins ardents à écarter du fauteuil l'auteur de la Métromanie, qui en fut dédommagé, en quelque sorte, par une pension de 1,000 livres, qui lui fut accordée sur la cassette du roi, f nr l'entremise de M"® de Pompadour.

PEU de jours après son exclusion, comme il était à dîner, on frappe à sa porte, le domestique ouvre, et trouve un homme rangeant des bouteilles. Piron se lève de table, voit les bouteilles, interroge le porteur. Une voix de stentor lui crie du bas de l'escalier : — Prenez toujours, et buvez : ce sont quarante bouteilles du vin d'Espagne le plus exquis... Porteur, achève et descends vite ; je t'attends. — Mais encore faut-il savoir de quelle part, demande Piron à la voix ? Point de réponse; le porteur finissant de poser les bouteilles, reprend sa hotte et s'en va.

Cette aventure donna lieu à conjecturer à Piron que ce ne pouvait être qu'un présent des quarante de l'Académie, ou une galanterie espagnole, faite à une muse bourguignonne. Parmi ks quarante bouteilles, il s'en trouva une dont le goulot était cassé net, et

cependant elle était bouchée comme les autres. — Oh I pour le cou[), dit Piron, cette bouteille confirme ma conjecture, elle est le contingent du président de l'académie naissante de Berlin, le géomètre MaupertuiB, lequel, étant en froid avec moi, depuis quelque temps, aura voulu calculer la somme de plaisir qu'il est forcé de me procurer, à l'exemple de ses confrères, en me fournissant son quarantième moins un goulot. Ce problème est aisé à résoudre.

Plein de son idée, il écrit à l'académie, et commence sa lettre par ces beaux vers que Lafontaine met dans la bouche du paysan du Danube.

Romains, et vous sénat, assis pour m*écouter, Je supplie avant tout les dieux de m'assister; Veuilleut les immortels, conducteurs de ma langue. Que je ne dise rien qui doive être repris! Sans leur aide, il ne peut entrer dans les esprits Rien qui ne gâte une harangue.

« Messieurs, depuis que, de votre mouvement, vous daignâtes m'honorer de vos suffrages ; et que, par vos officieuses représentations, il a plu au roi, qu'on avait indisposé contre moi, de substituer à l'honneur peu mérité que vous m'avez fait, des bontés encore

moins méritées, je vous dois des remereiments, et je les médite... Mais souffrez que je les diffère encore quelque temps, et que je m'occupe aujourd'hui, tout entier, de l'objet qui me fait prendre la liberlé de vous écrire. Je reçois, dans ce moment, quarante bouteilles de vin d'Espagne, sans avoir pu me procurer la satisfaction de savoir à qui je suis redevable d'un cadeau si galant, et si fort de mon goût. Je suis, à la vérité, dans la singulière habitude de cette espèce de torture. En bon philosophe, je tâche de m'y faire, et je m'y fais. Mais ici, un peu fondé sur les circonstances, je m'avise et je me plais dans l'idée que c'est vous, messieurs, qui vous êtes divertis à faire cette galanterie espagnole à une muse bourguignonne. Ma modestie néanmoins me jette dans l'incertitude, et c'est la première fois que je ne veux point l'écouter. Je suis trop glorieux des bontés que vous me témoignez. 11 ne me reste qu'une grâce à vous demander, c'est de continuer ces mêmes bontés après ma mort. Daignez être les dépositaires de mes dernières volontés. Je les joins ici telles que la franchise, dont j'ai fait profession toute ma vie, me les a dictées.

« J'emporterai dans le tombeau la reconnaissance éternelle que vous m'avez inspirée. Heureux de mou-

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rir, après vous avoir donné «Jcs preuves du profond respect, avec lequel je suis, messieurs, votre admirateur.

PiROH. »

Son testament était à la suite de cette lettre, on y reconnaît sans peine l'originalité de l'auteur, et cette gaieté aimable qui ne l'a jamais abandonné. Le voici :

« Je me recommande à la postérité. J'espère plus dans son indulgence, que dans celle de mes contemporains. Gomme j'ai toujours fui la vaine gloire, et que je crains qu'une main amie ou ennemie ne barbouille mon tombeau d'une plate ou méchante épitaphe, je veux qu'on y grave celle-ci :

Ci-glt Piron qui ne fut rinn, Pas même académicien.

« Je laisse mes ouvrages en proie à tous les journalistes, de quelque pays, profession, qualité, et secte qu'ils soient, sauf l'hypothèque des satiriques des critiques, des compilateurs, des plagiaires, et des commentateurs. Le grand Corneille ne leur étant point échappé, il y aurait de l'indécence à moi, du ridicule

CKUVRES DIVERSES DE PIRON. 3fc

même, de ne pas me laisser tourmenter, fouiller et saisir par ces barragers,

« Je lègue aux jeunes insensés, qui auront la malheureuse démangeaison de se signaler par des écrits licencieux et corrupteurs; je leur laisse, dis-je, mon exemple, ma punition, et mon repentir sincère et public.

« Je laisse enfin mon cœur à l'immortelle Académie française, et la supplie de vouloir bien recevoir à gré ce petit diamant, assez précieux par sa rareté, n'y ayant, chez le Mogol même aucuns joyaux qui vaillent un cœur vraiment reconnaissant. »

Sa lettre et son testament écrits, il prend son verre rempli de vin d'Espagne, et s'adressant à sa nièce : « Voilà, dit-il mes grandes affaires faites. Dût ce verre de vin terminer ma vie, j'aurai du moins eu le plaisir de la finir aussi délicieusement que ce drôle d'Anglais, qui, ayant le choix du genre de af mort, aima mieux se noyer dans une tonne de malf^isie que de se faiie ouvrir les veines, comme Sénèque. » Puis après avoir bu la moitié de son verre : Quel parfum 1 s'écria-t-ij.

Ah qu'il psl bon! c'o?l la liqueur cboifi*. Le pur nectar, la céleste ambroisie, Qu'on sert nux dieux dans leur félicité! Boire à lonirs traits de cette malvoisie, C'est parta>i;er leur immortalité.

Sa nièce riait de tout son cœur de la gravité comimique avec laquelle il rendait ses actions de grâce.

— Mais, mon oncle, lui dit elle, si ce n'est pas l'Académie qui vous a fait ce cadeau, voilà toutes vos belles actions de grâce perdues. — Non, ma fille, non; que ce soit l'Académie ou tout autre qu'elle, j'aimerais mieux ne boire que de l'eau toute ma vie, que de passer pour un ingrat.

PIRON avait coutume d'aller presque tous les matins au bois de Boulogne, pour y rêver à son aise. Un jour il s'y égara, et n'en sortit qu'à quatre heures du soir, si las de sa promenade, qu'il fut obligé de se reposer sur un banc tenant à un des piliers de la porte. A peine est-il assis, que, de droite et de gauche, il est salué par tous les passants qui entraient et sortaient à pied, à cheval ou en voiture. Piron d'ôter son chapeau, plus ou moins bas, suivant la qualité apparente des personnes. — Oh! ohî disait-il en lui-même : je

OEUVRES DIVERSES DE PIRON. 4i

suis beaucoup plus connu que je ne le pensais? Que M. de Voltaire n'est-il ici, pour être témoin de la considération dont je jouis en ce moment I lui, devant lequel je me suis presque prosterné ce matin, sans qu'il ait daigné autrement y répondre que par léger mouvement de têtel

Pendant qu'il faisait ces réflexions, le monde allait et revenait à la fois, tant qu'à la fin l'exercice du chapeau devint très fatigant pour Piron : il l'ôta tout à l'ait, se contentant de s'incliner devant ceux qui le saluaient.

Une vieille survient qui se jette à ses genoux, les mains jointes. Piron, surpris et ne sachant pas ce qu'elle veut : — Relevez-vous, lui dit-il, bonne femme, relevez- vous; vous me traitez en faiseur de poème épique ou de tragédie, vous vous trompez, je n'ai pas encore cet honneur là; je n'ai fait parler jusqu'à présent que des marionnettes. Mais la vieille restant toujours à genoux sans l'écouter, Piron croit apercevoir qu'elle remue les lèvres, et qu'elle lui parle; il se baisse, s'approche et prête l'oreille. Il entend en effet qu'elle marmotte quelque chose entre ses dents : c'était un ave qu'elle adressait à une image de la

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Vierge, placée directement au-dessus du banc où Piron s'était assis. Alors il lève les yeux et voit que c'est à cette image que s'adressaient aussi tous les salut» qu'il avait pris pour lui. — Voilà bien les poètes, dit Piron en s'en allant, ils croient que toute la terre loi contemple, ou qu'elle est à leurs pieds, quand on ne songe pas seulement s'ils existent,

toltaire avait quelques petits ressentiments contre

Piron : il chercha à s'en venger. Ce dernier était bien reçu chez la marquise deMimeure, où Voltaire allait assez souvent. Unjour l'auteur de la //e«>2a</e arrive chez la marquise d'un air triomphant, et tenant à la main Vode à Priape de Piron, et que celui-ci croyait ensevelie depuis quinze ans dans l'oubli le plus profond. Dès la porte de l'appartement de la marquise, Voltaire s'écrie : Madame voici du neuf; il y a un peu de gravelure, mais un bon esprit comme le vôtre n'est pas à cela près. Et de suite il se met à déclamer la première strophe, continue hardiment la lecture de la seconde, malgré l'étonnement de la marquise qui lui ordonne en vain de se taire ; il n'en fait rien ; elle se bouche les oreilles, il élève la voix davantage ; elle appelle ses gens, il en rit, poursuit jusqu'à la fin, gagne

la porte en disant, à la marquise : C'est pourtant l'ouvrage de cet innocent que vous appelez votre benêt I

Voltaire n'avait pas fait trois pas dans la rue, qu'il rencontra Piron face à face. Celui-ci, charmé de cette rencontre, lui dit qu'il venait de chez lui, pour lui porter une épître en vers marotiques sur sa convalescence. — Je la crois bonne, répondit Voltaire, car je n'ignore pas ce que vous savez faire. Je viens dans le moment même d'en entreteni la marquise, entrez-y, vous serez bien reçu.

Piron entre en effet : à peine l'a-t-on annoncé : Je songeais à vous faire fermer ma porte, lui dit la marquise en le voyant. — A moi! madame, qu'ai-je donc fait qui ait pu m'attirer votre disgrâce? — Une ode abominable, que ce fou de Voltaire, à qui je ne le pardonnerai jamais, vient de me réciter toute entière. Ah! le traître! s'écria Piron, frappant des mains et courant comme un furieux par la chambre. — Écoulez, reprit la marquise d'un ton radouci, vous voilà îiour vous justifier; vous êtes franc et naïf, peut-être cette ode n'est pas de vous. Voltaire est malin ; je croirai ce que vous m'en direz; car je me sens disposée, sur la connaissance que j'ai de vos deux carac-

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tèrcs, à croire que ce nVsl qu'une imposture. — Dites une méchanceté, madame; plot à Dieu que ce ne fût qu'une imposture I Oui, je le voudrais pour toutes choses au monde ; mais pour rien je ne voudrais vous avoir menti. Ne me disgraciez pas pour une première folie de ma jeunesse, hélas! bien criminelle; je ne l'ai que trop expiée... En prononçant ces mots, il était si pénétré, si ému, si tremblant, que la marquise en fut touchée. — Asseyez-vous là grand nigaud, lui dit-elle ; dans le fond, j'en dois plus vouloir au délateur qu'au pénitent. Il est vrai, je l'avoue, qu'à votre air de simplicité, je ne vous aurais jamais cru capable d'un pareil écart, et il ne me fallait pas moins que votre aveu pour me désabuser. Piron acheva de se justifier, en racontant à la marquise ce qui avait donné lieu à celte pièce scandaleuse. (Voyez sa Vie.)

EN 1722, les comédiens français obtinrent un arrèi qui restreignait l'entrepreneur de TOpéra-Comique au seul jeu des voltigeurs et des danseurs de corde. Francisque en avait alors l'entreprise. Cet arrêt le ruinait. Cependant, à force de sollicitations, on lui accorda pour toute grâce un seul acteur parlant sur la scène. Cette grâce n'en était point une, par la diffi-

culte, Fimpossibilité même de trouver, d'une part, un auteur capable de composer une pièce raisonnable, en un seul monologue, et de l'autre, un acteur qui pût la jouer à lui seul.

Francisque eut en vain recours aux auteurs attachés à ce spectacle. Instruits de la défense portée par l'arrêt, ils avaient donné leurs pièces aux marionnettes.

Plus embarrassé que jamais, et ne sachant plus à qui s'adresser. Francisque se rappelle qu'on lui a parlé de Piron ; il vole chez lui, se présente et lui dit : — Je suis Francisque, entrepreneur de l'Opéra-Gomique; la police me défend de faire paraître plus d'un acteur parlant sur la scène ; Lesage et Fuzelier m'abandonnent; je suis ruiné, si vous ne venez à mon secours; vous êtes le seul homme qui puissiez me tirer d'affaire, tenez, voilà cent écus, travaillez et comptez que ces cent écus ne seront pas les seuls que vous recevrez... Il dit, et, sans attendre de réponse, sort de la chambre, tire la porte et s'enfuit, laissant Piron dans une surprise aisée à concevoir.

Comme TOpéra-Gomique était la seule ressource sur laquelle Piron avait jeté les yeux, il ne balança pas

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à saisir roccision que le hasard lui présentait. Il commença par mettre à part les cent écus que Francisque lui avait laissés, ne voulant point en disposer qu'il ne fût certain de les avoir gagnés. Ensuite, révanl un moment au sujet qu'il voulait choisir, celui d' Arlequin-Deucali'oti lui parut propre à remplir exactement et les conditions exigées par l'arrêt, et les vues de l'entrepreneur. La pièce fut achevée en deux jours ; les moments étaient précieux, et Francisque n'en avait pointa perdre. Le troisième jour, il vint savoir si l'on songe à lui : — Tenez, lui dit Piron, voilà la pièce et votre argent ; si l'ouvrage est bon, vous serez toujours à temps de me payer, s'ilest mauvais, jetez le au feu. Francisque loin de le prendre au mot, le força non seulement de garder les cent écus, mais en ajouta cent autres, et le pria de venir sur le champ avec lui distribuer les rôles.

Arlequin-Deucalion fut appris et joué avec le plus Çrand succès; ce qui fut cause que Piron consacra pour un temps ses travaux à l'Opéra-Gomique.

N sait la modicité du prix qu'on met aux il Jles d'un poème dramatique, même le plus accrédité. Lamo-

the et Voltaire murmuraient depuis longtemps, comme bien d'autres, de Tinégalité d'un partage où le profit demeurait entièrement aux comédiens. Voltaire, plus intéressé qu'aucun autre à faire cesser l'injustice, ne voulut pas néanmoins hasarder la première tentative. Il invita par écrit Piron à se trouver chez Lamothe. Piron s'y rendit.. Voltaire lui fit part de son projet qu'il lui détailla, et, après l'avoir instruit de la conduite qu'il devait tenir avec les comédiens, il le sollicita de ne point leur livrer sa tragédie de Callisthène^ qu'il ne les eût forcés à prendre des arrangements plus convenables aux intérêts des gens de lettres. Il mit beaucoup de chaleur, ainsi que Lamothe, dans les raisons qu'ils alléguèrent pour lui persuader que c'était à lui d'entamer cette affaire. Piron les entama froidement tous deux, et parut étonné qu'on l'eût choisi pour faire cette démarche, lui qui n'avait encore qu'une réputation naissante, tandis que Lamothe et Voltaire surtout, comme seuls possesseurs de la scène tragique, pouvaient parler en maître et donner la loi. Il déclara donc formellement qu'il ne se chargerait point de cette proposition. Voltaire insista vivement, en lui disant qu'il ne devait pas négliger ainsi son propre avantage; car, ajouta-t-il, vous n'êtes pas riche, mon pauvre Piron. — Cela est vrai, répliqua ce-

lui-ci, maïs je m'en f... c'est comme si je rétais... Sur quoi il prit congé de ces messieurs, en vrai poète, plus avide de gloire que d'argent.

PIRON a donné plusieurs opéras-comiques qui ne répondent pas tout à fait à la réputation qu'il s'est acquise depuis : c'est ce qui lui fit dire : J'ai fait toutes les nuits des opéras-comiques qui tombaient tous les jours.

I'abbé Desfontaines avait fait une critique sanglante du premier chant de la Louisiade de Piron. Celui-ci, pour s'en venger, fit Tépigramme suivante. Le journaliste faisait alors paraître ses feuilles sous le nom supposé de Burlon,

Quand saint Antoine, au fond de son désert. Offrait à Dieu son tribut de louange, L'esprit malin, en singeries expert, Le lutinait d'une manière étrange.

Qu'en revint-il au noir et mauvais ange? Rien qui de rire ait pu lui donner lieu : Nazardes, huées et cornes pour adieu.

Ami Burlon, voici cas tout semblable,

Ici Louis est l'image de Dieu,

Moi, de l'ermite, et toi, celle du diable.

PARLANT d'un journaliste qui ne passait pas pour modeste, et dont le maintien annonçait la hauteur. Piron disait : Son visage appelle les soufflets.

DANS un voyage qu'il fît à Bruxelles, pour voir J.-B. Rousseau, ils se trouvèrent un jour seuls dans la campagne : midi sonne ; Rousseau se met à genoux pour dire V Angélus : Monsieur Rousseau, dit Piron, cela est inutile. Dieu seul nous voit!

ÏN évêque, rencontrant Piron dans une société, le salua et lui dit : — Comment vous portez-vous, monsieur Piron. — Fort bien, et vous, monseigneur? — A merveille. Avez- vous lu mon mandement? — Pas encore, et vous monseigneur?

|IR0N étant à la représentation des Chimères, opéracomique de sa composition, se trouve à côté d'un

50 CEUVHLS DIVEHSKS DE PIHOM.

homme qui ne cessait de se récrier contre cette farce, en disant : — (JiJ^ cela est mauvais! que cela est pitoyable ! qui est-ce qui peut faire des sottises pareilles? — C'est moi, monsieur, lui répondit Piron, mais ne criez pas si haut, parce qu'il y a ici beaucoup d'honnôles gens qui trouvent cela bon pour eux.

PIRON mécontent du jeu du comédien Sarazin, qui représentait dans Gustave^ et sachant que cet acteur avait été abbé dans sa jeunesse, cria au milieu de Tamphilhéâtre : — Cet homme, qui n'a pas mérité d'être sacré à vingt-quatre ans, n'est pas digne d'être excommunié à soixante.

ROBÉE lisant un jour son poème de la vérole à Piron, celui-ci lui dit avec vivacité : — Monsieur, vous me paraissez plein de votre sujet.

DANS un dîner chez M™* de Tencin, où il était question de faire un académicien, la compagnie se trouvait partagée entre son éminence le cardinal, alors abbé deBernis, et l'abbé Girard. Piron était du dîner

OEUVRES DIVERSES DE PiRON. ol

et de la consultation. Comme il se disait consolé de tous les fauteuils possibles par une pension de cen* pistoles, on lui demanda auquel des deux il donnerait sa voix. — A l'abbé Girard; c'est un bon diable... Ayant la vue basse, il ne s'était pas aperçu que M. de Bernis n'était pas loin de lui. On l'en avertit à l'oreille, et alors se tournant de son côté : — Y penseriez-vous. monsieur l'abbé, de vous mettre sur les rangs? Vous êtes trop jeune, ce me semble, pour demander les invalides.

ITNE dame jolie et spirituelle avait grande envie de jvoir Piron, et de causer avec lui ; on lui en procura le plaisir. La dame, instruite de la haute estime du poète pour Montesquieu, entama la conversation par l'éloge et l'analyse de l'Esprit des lois. Elle soutint à merveille son texte pendant quelques minutes ; mais, commençant à s'embrouiller, Piron lui dit : Croyezmoi, madame, sauvez-vous par le temple de Gnide.

PIRON trouva un matin, chez la mît. quise de Mîmeart, M. de Voltaire plongé jusqu'aux épaules dans un lai'ge fauteuil, les jambes écartées et les talons posés

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sur l'un et l'antre chenet. Il fit une légère inclination de tf^te à Piron, pour cinq ou six de ses révérences. Celui-ci prend un fauteuil et s'assied le plus près de la cheminée qu'il peut. L'un tire sa montre, l'autre sa lahatière; celui-ci prend les pincettes, celui-là du tahac. L'un cternue, l'autre se mouche. Voltaire enfin se met à bâiller d'une si grande force, que Piron allait en faire autant, lorsque M. de Voltaire tire de sa poche une croûte de pain et la broie sous ses dents, avec un bruit si extraordinaire qu'il étonna Piron. Celui-ci sans perdre de temps, tire un flacon de vin et l'avale d'un trait. M. de Voltaire s'en trouva offensé, et dit d'un ton sec à Piron : — J'entends, monsieur, raillerie tout comme un autre, mais votre plaisanterie, si c'en est une, est très déplacée. — Ce n'en est pas une, répondit Piron, le pur hasard a part à tout ceci. — M. de Voltaire l'intorrompit alors pour lui dire qu'il sortait d'une maladie qui lui avait laissé un besoin continuel de manger. — Mangez, monsieur, mangez, répliqua Piron, vous faites bien; et moi je sors de Bourgogne avec un besoin continuel de boire, et je bois.

¥TN poëte apporta à Piron un grand cahier de vers, et IJle pria de l'examiner. Quelques jours après, l'auteur de la Métromanie lui rendit son manuscrit. — Quoi, monsieur! point de croiîc? s'écria le jeune homme avec satisfaction. — Point de croix! reprit Piron: vouliez-vous donc que je prisse votre ouvrage pour un cimetière?

IN financier demandait à Piron une inscription pour mettre sur la face d'un château qu'il venait de faire bâtir. Le poëte lui dit : — Je ne puis pas vous faire cela sur l'heure, quand j'irai voir votre terre, il me viendra peut-être quelque idée là-dessus... Puis un moment après : — Monsieur, dit-il, j'ai trouvé ce qu'il vous faut : vous mettrez Haceldama, (ce qui signifie le champ du sang.) — Je n'entends point cela, dit le richard. — Vous vous le ferez expliquer, reprit Piron, en quittant brusquement son homme.

PIRON assistait en 1745 à la représentation d'une] pièce qui fut sifflée : Thomme à côté duquel il se trouvait au parterre éternua. — A vos souhaits, lui dit Piron. — Monsieur vous m'insultez. — Ce n'est pas

U (EUVltLd UiY£USU UK PlUOM.

mon intention. — Vous savez bien pourtant que la pièce s'appelle les Souhaits^ et que j'en suis l'auteur. — Je vous jure, reprit Piron, que j'ignorais cette dernière circonstance ; mais, monsieur, ajouta-t-il gravement, quand on a fait une pareille pièce, on nt devrait jamais éternuer.

^E fut chez M"^ de Tencin que M. Languet, curé de Saint-Sulpice, rencontra Piron sans le connaître. Cette dame le lui présenta comme un compatriote qui faisait honneur à la Bourgogne : elle le nomma. — Quoi! c'est vous, monsieur Piron! dit le pasteur; je suis ravi de vous voir. N'êtes- vous pas le fils d'un Piron, apothicaire de Dijon, que j'ai beaucoup connu ? 11 avait de si grands bras! — Ah! monsieur le curé, que vos mains n'étaient-elles au bout, répartit Piron, mon sort serait bien différent! — M. Languet continua, en riant de l'exclamation : — Mais il y a longtemps que vous demeurez sur ma paroisse, et il est étonnant qu'à titre de compatriote et de paroissien vous ne soyez pas venu me voir, et que je ne vous connaisse point. — Cela n'est pas si étonnant que vous le pensez, répondit Piron; c'est que vous connaissiez mieux vos vaches que vos brebis.

PIRON jouait au piquet avec une femme dont la mauvaise odeur révoltait son odorat; elle le fit capot! ^ Oh! s'écria le poète en éclatant de rire, depuis longtemps je tentais ce coup-là.

BoiNDiN se plaignant à Piron du mauvais ordre qui régnait à la Comédie française, Piron lui répondit : — C'est une vieille catin qui a perdu ses règles.

IN jeune homme , après la représentation du Tartufe^ s'écriait sans fin : — Ah ! mon Dieu 1 ah ! mon Dieu I quel bonheur! oh 1 messieurs, quel bonheur! — A qui en avez-vous donc? lui demanda un de ses voisins. — Quoi, répondit le jeune enthousiaste, vous n'avez pas vu, vous n'avez pas senti ; vous ne sentez pas que si cette pièce admirable que nous venons de foir n'était pas faite, elle ne se ferait jamais? L'admirateur de ce chef-d'œuvre était Piron, alors commis dans un bureau.

iRON disait en parlant de Corneille et de Racine. — Je voudrais être Racine, et avoir été Corneille.

PiRON avait un faible pour sa comédie des Fils ingrats : ils ne cessait d'en parler dans les sociétés. Il fut un jour contrarié par un homme qui mettait a\'ec raison la Métromanie fort au-dessus. — Ne m'en parlez pas, s'écria le poëte avec humeur, c'est un monstre qui a dévoré tous mes autres enfants.

PIRON passait dans le Louvre avec un de ses amis : — Tenez, voyez-vous, lui dit-il, en lui montrant l'Académie française? Ils sont là quarante qui ont de l'esprit comme quatre.

IA salle de l'Académie française n'était pas assez vaste pour les séances publiques. Un jour que Piron voulait percer la foule pour y arriver : — Il est plus difficile, dit-il, d'entrer ici, que d'y être reçu.

IE plaisir de la conversation, mêlé à celui de la bonne chère, est un préservatif contre l'intempérance. Piron disait à ce sujet : — Les morceaux caquetés se digèrent plus aisément.

GËUVRES DIVERSES DE PIRUN.

IN jeune poêle, qui était fort lié avecPiron, lui avait envoyé un faisan. Le lendemain , il fut le voir, et tira de sa poche une tragédie sur laquelle il venait le consulter. — Je vois le piège, dit Piron; remportai vite votre faisan et votre tragédie.

ÏN jour que Piron était chez un financier, une personne distinguée de la compagnie l'engagea à passer devant lui pour se rendre dans la salle à manger. Le maître de la maison s'apercevant de leur cérémonial, dit à l'homme titré — Ehl monsieur le comte, c'est un auteur, ne faites point tant de façons... Piron, qui sentait qu'on voulait l'abaisser, met aussitôt son chapeau, marche fièrement le premier en disant : — Puisque les qualités sont connues, je prends mon ransr.

KN des amis de Piron disait à ce poète plein de saillies, et qui brillait plus que les autres dans la conversation : — Il faut prendre tous les jours quelques moments pour vous rappeler et pour écrire ce que vous avez dit de mieux dans la journée. Piron lui ré-

pondit : — Il y a de la malice dans voire conseil, et vous ne me le donnez que pour m'humilier.

I|iHON, en sortant de voir une de ses tragédies qui n'avait pas été goûtée, fit un faux pas. Quelqu'un s'empressant de le soutenir, il lui dit — C'est ma pièce qu'il fallait soutenir, et non pas moi.

IA pièce d\iFat donnée au Français, en 1751, tomba, parce que l'auteur n'avait pas bien saisi les nuances de ce caractère. Piron, instruit, de cette chute, s'écria : Je m'y attendais. Jamais un homme ne se connaît assez pour se peindre au naturel.

I'ABBÉ Leblanc étant logé à côté d'un maréchal-ferrant, quelqu'un, qui ignorait sa demeure, la demanda à Piron. — C'est, répondit celui-ci, dans telle rue, à côté de son cordonnier.

MONSIEUR de Fontenelle avait ses dîners marqués pour chaque jour de la semaine dans un certain nombre de bonnes maisons. Cela se dit à Piron, voyaint

passer le convoi da do^'en do l'académie : — ■ Voilà la première fois que M. de Fontenelle sort de chez lui pour ne pas aller dîner en ville.

PIRON dit un jour à un de ses amis qu'il rencontra allant à une représentation de Mélanide : — Tu vas donc entendre prêcher le père Lachaussée.

PIRON nous apprend lui-même qu'à la première réprésentation de Callisthène, en 1730, le poignard qu'on présentait à Callisthène, et dont il devait se percer le sein, se trouva en si mauvais état, qu'en passant de la main de Lysimaque dans la sienne, le manche, la poignée, la garde et la lame, tout se disjoignit et se sépara, de façon que l'acteur reçut l'arme pièce à pièce, et fut obligé de tenir tous ses morceaux le mieux qu'il put, à pleine main. Il s'éleva une risée générale au fatal instant où le comédien se poignarda d'un grand coup de poing, et jeta au loin l'arme meur. trière en quatre ou cinq morceaux. Il n'y eut que le faux moribond et moi qui ne rîmes point, dit Piron; ce fut là le vrai coup de poignard qui tua ma pauvre Callisthène.

60 GCLVHES DIVEHSËS DE PlHOM.

||N ami de Pirun vint lui annoncer la fausse nouvelle (Jde la mort de Voltaire; il fut témoin de l'agitation qu'elle lui causa, et le vit se lever avec vivacité de s^jn fauteuil, s'écrier à plusieurs fois : Ah I le pauvre homme I quelle perte! c'était le plus bel esprit de France! Puis il ajouta, par réflexion : Au moins, monsieur, vous répondez de votre nouvelle?

PiRON ayant eu à se plaindre de l'abbé Desfontaines, lui envoya l'épigramme suivante, et la première qu'il ait lâchée contre lui :

Un écrivaio, fameux par cent libelles, Croit que sa plume est la lance d'Argail; Au haut du PinJe, entre les ueuf pucelles, Il est planté comme un épouvantail

Que fait le bouc en si gentil bercail? S'y plairait-il? penserait-il y plaire?... Non, c'est l'eunuque au milieu du sérail : Il n'y fait rien, et nuit à qui veut faire.

Ce qu'il y a de plus plaisant, c'est que Piron étant allé voir l'abbé, qu'il trouva avec deux jésuites, le journaliste pâlissant de colère, s'écria : comment étesvous assez hardi pour vous présenter à ma vue, après

l'horrible épigramme que vous avez faite contre moi? — Horrible ! dit Piron ; comment vous les faut-il donc? elle est pourtant fort jolie... Ce grand sang-froid redoubla la colère de l'abbé, et fît partir d'un grand éclat de rire les deux jésuites. — Point d'emportement, reprit Piron; jurer et crier ne remédie à rien; l'épigramme n'en est pas moins faite : mais puisqu'elle vous fâche, dites dans la première de vos feuilles, qu'elle a été faite il y a plus de cinquante ans, on ne sait par qui, ni contre qui, et tout sera dit là-dessus. Ce qui choquait le plus l'abbé dans cette épigramme, était ce vers :

Que fait le bouc en si gentil bercail?

— Eh bien ! lui dit Piron qu'a cela ne tienne : au Heu d'écrire le mot bouc tout entier, mettez seulement le b...; le vers y sera toujours, et le lecteur y suppléera.

ÏN ami de Piron rencontra un jour ce poète [se promenant aux Tuileries. 11 fît remarquer aux personne» de sa compagnie la haute taille, l'air vénérable de l'auteur de la Métromame, et surtout le grand bâton

02 OBL'VRKS DIVKHSES DE PIRON.

qu'il avait en main. — Voyez Pii on, dil-ii en rianl, ne lui Irouvez-vous pas, comme rnui, l'air d'un prélat?... Sur-le-champ, il va au-devantde lui, se raetà genoux sui son passage comme pour recevoir la bénédiction. Pi ron, qui n'avait pu entendre le projet de cette plai santerie, le devine sur-le-champ, il lève majestueusement sa canne ; el ayant béni son ami en digne prélat : — Lève-toi, dit-il, ou je te confirme.

PIRON ayant plaisanté assez vivement un homme qui n'entendait pas raillerie, celui-ci se fâcha et lui demanda raison de ses sarcasmes. A la bonne heure, dit Piron. Les champions partent pour aller se battre hors Paris. Piron, à demi-chemin s'arrête ( la soif le pressait), il entre dans le premier endroit, et y boit abondamment de la bière. Son camarade, toujours marchant, s'excède de fatigue, et, tout en sueur, s** retourne enfin pour voir si son adversaire le suit Point de Piron. L'homme court de plus belle, vole a la découverte : mais c'est inutilement. Harassé, ii rentre chez lui, et meurt en deux jours d'une fluxion de poitrme. Piron en fut instruit. Quelque temps après, plusieurs personnes lui demandèrent mahgnement des nouvelles de son afi'aire : — Comment vous en êtes-

OEUVRES DIVERSES DE PiRON. <»3

VOUS tiré avec un tel, lui dirent-elles? — Fort bien, répondit Piron, je l'ai enrhumé.

ÏN évêque de Bayonne vint un jour rendre une visite à Piron. Ce poète lui dit avec sa gaieté ordi naire : — Monseigneur, j'ai en grande vénération le.jambons de votre diocèse.

Âla première représentation d'Arlequin Deucalion y opéra-comique de Piron, ce poète fut complimenté par la marquise de Mimeure et la marquise de Colandre. Il allait leur répondre; lorsqu'il aperçut, par dessus la tête de ces deux dames. Voltaire élevant subitement la sienne, et qui Fapostropha ainsi : — Je me félicite, monsieur, d'être pour quelque chose dans votre chef-d'œuvre. — Vous? monsieur, répondit Piron, et quelle part, s'il vous-plait, pouvez- vous y avoir? — Quelle part! Qu'est-ce que ces deux vers que vous faites dire à votre Arlequin; lorsque vous les faites tomber de dessus Pégase :

Oui, tous ces conquérants rassemblés sur ce bord, Soldats sous Alexandre et rois après sa mort *.

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