Pièce satyrique de M. de Voltaire contre Lamothe
ciait avec la Suède, pour en obtenir du secours. — Monsieur l'ambassadeur, dit gaiement Piron, je ne demande pour tout plaisir à la reine, que d'envoyer dix mille bommes au roi Stanislas.
PIRON se trouvant dans une loge à l'Opéra, à côté d'une femme de la réputation la plus suspecte, et qu'il connaissait bien, ne cessait de jeter des yeux malins sur elle. Celle-ci enfin s'en impatiente et dit au poète avec bumeur ; — M'avez-vous de vos yeux assez considérée? — Je vous regarde, reprit gaiement Piron, mais je ne vous considère pas.
A l'occasion de la pastorale des Courses de Tempe et de la comédie de V Amant mystérieux, qui virent le Jour en même temps, avec un succès bien différent ; Piron dit à ses amis : Le public m'a baisé sur une ^oue et donné un bon soufflet sur l'autre.
iu sortir de la répétition de la Métromam'e, Piron suivant son usage, entra au café de Procope^ superbement vêtu. Tout le monde l'entoura et lui fit com-
pliment. L'al)b6 Dcsfontaincs était présent; il voulut p!ai-;anter Piron, et soulevant avec une curiosité affectée et une feinte adnniration, la basque de l'habit, pour en faire remarquer la richesse : — (juel habit, s'écriat-il, pour un tel homme! Piron, soulevant aussitôt le rabat de l'abbé, repartit sur le champ : — Et quel homme pour un tel habit 1
IES comédiens pressaient vivement Piron de faire des corrections à sa tragédie de Fernand Cortez^ et lui citaient Voltaire, qui corrigeait et refondait même quelquefois jusqu'à des actes entiers. — Parbleu, messieurs, je le crois bien, dit-il, il travaille en marqueterie, et moi je jette en bronze.
PIBON, dans un accès de mauvaise humeur contre Voltaire, dont il avait à se plaindre, lâcha contre lui l'épigramme suivante. Sa propre vieillesse (car il était alors âgé de 80 ans,) l'autorisait à plaisanter 5ur celle de son rival.
Sur l'auteur dont l'épiderme Est collé tout près des os,
La mort tarde de frapper ferme, De peur d'ébrécher sa faux.
Lorsqu'il aura les yeux clos, Car si faut qu'il y vienne, Adieu renom, bruit et los, Le temps jouera de la sienne
N jeune homme vint lire à notre poète une tragédie qui allait bientôt être jouée. A chaque vers pillé, Piron ôtait son bonnet et continuait ce manège à tout moment. L'auteur de la pièce, étonné de ce geste perpétuel, lui en demanda la raison. — C'est, dit Fauteur de la Métromanie, que j'ai pour habitude de saluer les gens de ma conmaisance.
IL disputait un jour vivement avec un grand seigneur : après quelques paroles trop piquantes de part et d'autre, le poète dit au grand seigneur qui se fâchait tout de bon : — Finissons, monsieur, la partie n'est pas égale; je ne suis qu'un insolent et vous êtes brutal.
UAND les Trois Siècles, par Sabattier, parurent, en 1772, un des amis de Piron lui en envoya un
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exemplaire. Giiichard l'auteur du Bûcheron^ était alors avec lui, Piron qui, comme on sait, était aveugle sur la fin de sa vie, pria Guichard, de lui lire le titre du livre. — Il y sera certainement parlé de vous, ajouta le lecteur; voulez-vous que je vous lise l'article? — Non, dit Piron ; mais voyons ce qu'on y dit de Voltaire. A peine a-t-il entendu les trois ou quatre premières pages de cet article, qu'interrompant Guichard : — Je savais bien, dit-il, que Voltaire n'avait qu'une réputation viagère, mais je vois qu'on commence à ne plus payer.
IL avait une nièce chez lui, qui s'était mariée, à son insu, avec Capron, fameux violon : quoique cet hymen fût fait depuis longtemps, elle s'imaginait que Piron l'ignorait absolument. Il disait de -temps en temps : J'en rirai bien après ma mort, Nanette a le paquet. Elle était en effet nantie d'un testament dans lequel l dit : — Je laisse à Nanette, femme de Capron, musicien, etc. ; ce qui prouve qu'il n'ignorait pas la supercherie, et qu'il avait eu la générosité de ne rien diminuer de ses sentiments pour sa nièce.
S 'Étant fait lire la tragédie d'Orphanis : Blin, dit-il, débute mieux que Voltaire ne finit.
IL a souvent donné du chagrin à l'auteur de la Hen riade par ses bons mots. Après la première représentation de Zulime, qui ne vaut pas mieux aujourd'hui qu'alors, Voltaire rencontraPiron, et lui demanda ce qu'il pensait de cette pièce : — Je pense, monsieur, lui répliqua-t-il, que vous voudriez bien que je l'eusse faite. — Je vous aime assez pour cela, répondit Voltaire.
I 'ingénuité maligne de Piron, fut en partie la cause qui l'exclut de l'Académie française : — Je ne pourrais, disait-il, faire penser trente-neuf personnes comme moi, et je pourrais encore moins penser comme trente-neuf.
ÏN auteur médiocre lui disait qu'il voudrait bien faire un ouvrage où personne n'eût travaillé et ne travaillât jamais : — Vous n'avez, lui repartit le poète qu'à faire votre éloge.