‹ Œuvres diversesChapitre 6 sur 17 · ÉPIORAMMK SUR LA POÉTIQUE DE MARMONTEL · texte numérisé non relu

ÉPIORAMMK SUR LA POÉTIQUE DE MARMONTEL

ON ne voit qu'auteurs de préceptes.

De méthodes, d'arts et d'essais; Mille rose-croix, point d'adeptes, Mille professeurs, nul profès.

Les Grecs, les Latins, les Français Nous laissant, entre autres sornettes, Des poétiques fort bien faites, Marmontel en fait après eux.

Ehl l'ami, fais-nous des poètes I Sois-le toi-même, si tu le peux!

PiRON écrivit l'épigramme suivante, derrière un billej de comédie qu'il donna à son barbier, le jour de la première représentation de Gustave^ de Laharpe. Ce billet fut reçu à la porte; en sorte que l'épigramme courut toute la salle, avant la toile levée ; la voici :

Souvent qui refait, refait pis :

Sémiramis, Rome sauvée^ Mérope, Oreste, recrépis, Vins de la dernière cuvée !

Camarade, à vous la corvée 1 J'ai laissé Gustave imparfait, Refaites mieux, mais gare un trait Que vous et moi de vous craindrai Messieurs, criera quelqu'indiscret, Mavius gâta le portrait, Bavius l'achève de peindre I

A la première représentation de la tragédie de Gustave de Laharpe, on écouta d'abord patiemment; on continua par bâiller prodigieusement, et Ton finit par tourner le dos au théâtre fort indécemment. Lorsque l'acteur vint pour faire l'annonce on cria : bon ou mauvais, rendez-nous Piron. Celui-ci, fier d'être un pis aller, adressa les vers suivants à Laharpe

L'esprit en écharpe Et le nez au vent.

Va, cher de Laharpe, Et marche en avant.

Encore deux chutes :

Quatre ou cinq culbutes, Sont un passeport Aux lieux ou tu buttes.

Malheur à qui doit, Renonçant au drame.

Laisse là la rame, Revire de bord.

Lourd, froid, bcc et rogue, L'écolier i>€U fort Deviens pédagogue.

A travers, à tort, Fais l'art poétique; Il aura le sort D'un garde boutique.

Double afTrout, d'accord; Mais pique et repique, Pousse la boutique ; Et sans autre effort, Titre ni rubrique, Te voilà d'abord, Membre académique.

PESSELiER, auteur d'Ésope au Parnasse, dans une fable sur l'optique, fit allusion aux pièces qui perdent à la lecture. On venait à cette époque d'imprimer Gustave, tragédie de Piron. L'auteur de Gustave adressa à Pesselier l'épigramme suivante :

L'auteur désigné dans l'optique.

Riant du ris de saint Médard, A dit : monsieur l'auteur caustique, ' Vous êtes un malin pendardi Mais je ne crains point votre dard, Car vos fables de misantrophe Refcsembleut à celles d'floudard, Et votre esprit au corps d'Esope.

auAND Grébillon fut nommé à la censure de la police, après la mort de Tabbé Chérier, gros réjoui, qui n'avait de bréviaire que la bouteille, et d'autre bénéfice que sa place, dont il s'acquittait comme du reste, Piron fit contre luil'épigramme suivante :

Pour dire à ma muse une iujure,

Faible et téméraire écrivain,

Je vois d'ici quelle aventure

T'offrit ces deux mois, « triple airain. »

Tu les cherchas longtemps en vain,

Tant que, suant à grosse goutte,

Tu t'essuyas le front sans doute,

Et les trouvas là sous ta main.

Dieu des vers, sous ton pavillon,

Qu'on vogue bien à la mal-heure?

Pour placer le grand Grébillon,

Il faut que le gros Chérier meure 1

Quelle place! pour moi j'en pleure.

Examiner avec dégoût

Nos rogatons de bout en bout!

Du moins l'autre (en paix soit sa cendre)

Approuvait ou réprouvait tout,

Sans lire, ou sans rien entendre.

ItABBÉ Desfontaines fit un jour mention dans ses feuilles d'une lettre ou J.-B. Rousseau louait Piron qu'il avait vu à Bruxelles. Après avoir rapporté et

7i GEUVRES DIVERSES DE PIRON.

approuvé les éloges que ce poète illustre en faisait, le malin journaliste ajouta un mais avec des points. « Oh I oh I dit Piron, tu me payeras non pas ce que tu as dit, mai» ce que tu n'as pas dit. »

CN jour de vendredi, Piron, au sortir d'un bon repas, se soutenait à peine sur ses jambes. Une dame de sa connaissance, qui le vit dans cet état, lui en fit des reproches, en ajoutant que dans un jour si saint, sa conduite était du plus grand scandale. — Il est bien juste, répartit le poète, que lorsque la divinité succombe, l'humanité chancelle.

I'abbé de Voisenon disait à propos du de profundts de Piron : — Si dans l'autre monde on se connaît en vers, cet ouvrage pourrait l'empêcher d'entrer dans le ciel, comme son ode Ta empêché d'entrer à l'Académie.

PIRON dînant chez une dame de sa connaissance ; 86

livra à quelques sarcasmes violents qui déplurent.

« Vous êtes un cheval lui dit cette dame. » Le poète

se lève de table, tenant sa serviette àla main. — Où allez- vous donc? — A Técurie. — Vous n*avez pas besoin de serviette.

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