‹ Œuvres diversesChapitre 7 sur 17 · LE PIGEON ET L'HIRONDELLR · texte numérisé non relu

LE PIGEON ET L'HIRONDELLR

JADIS un pigeon ramier S'entêta d'une hirondelle.

Il ne fut pas le premier, Ni le dernier épris d'elle.

Elle était jeune, était belle (Ou peu s'en était fallu), Et ce peu la laissait telle, Qu'une plus belle eut moins plu.

Bref, le fuyard, dit l'histoire S'empêtra dans le lien :

Pigeon n'aime que trop bien, N'étant pas, comme on peut croire. L'oiseau de Vénus pour rien.

On l'aimait, en récompense.

Peut-être au fond, presque point, Mais assez en apparence; Et c'est toujours un grand point Pour l'amant en défiance.

Déj;\, cependant, en l'air

Régnait l'orageux Borée :

Déjà s'approchait l'hiver.

Au voyage d'outre-mer,

L'hirondelle est préparée :

Ne plus vivre en même lieul

0 disgrâce sans égale!

Arriva l'heure fatale,

Qu'il fallut se dire adieu.

Quand ce mot des bouches tombe,

Malheur aux cœurs de colombe!

« Consolez-vous, mon ami.

Lui répétait l'hirondelle :

C'est trop pleuré, trop gémi,

Je vaux une tourterelle.

Je retournerai fidèle,

Et sans déchet, ni demi, a

A ces mots, la favorite

Passe au pays tempéré ;

Et par un bras d'Amphitrite.

Le couple est tôt séparé.

L*oiseau reste, se désole.

Ehl pourquoi ces cris perçantsT

Le voyage, pour qui vole,

Ne paraît pas des plus grands.

Trois mois ne sont pas mille ans,

Surtout trois mois d'espérance.

Non; mais pour un tendre amant,

Fut-il jamais courte absence,

Ni petit éloignementV

A chaque moment qui passe,

L'amour, en cas pareil, fait

Compter plus d'un siècle, et met

Entre l'un et l'autre objet,

Les deux pôles pour espace.

Enfin le printemps parait,

Et ramène l'hirondelle :

Le pigeon la voit, l'appelle,

Et Progné le reconnaît.

« Que me voulez-vous? » dit-elle.

— « Ce que je vous veux, cruelle I

Quoi! vous !... » Mais sourde à ses cris,

L'infidèle vole et passe ;

Le pigeon meurt sur la place;

Et je n'en suis pas surpris.

Qu'est-ce que l'amour? demandait-on un jour à Pîron. C'est, répondit-il, un mal qui prend aux yeux ; l'abcès se forme au cœur, et crève un peu plus bas.

VOLTAIRE proposa lin jour h Lekain de lui r/îciler quel(|ues lambeaux rl<*s rôles qu'il avait d^jà joués. Celui-ci, sans trop examiner la question, lui proposa assez maladroitement de lui déclamer le grand couplet de Gustave f au second acte, « point, point de Piron, dit-il avec une voix tonnante et terrible, je n*aime pas les mauvais vers; dites-moi tout ce que vuus savez de Racine. » Cette réponse de Voltaire marque plus d'inimitié et de jalousie que de justice.

PIRON, supérieur dans l'épigramrae, osa attaquer au milieu de sa gloire Voltaire, et le flt trembler jusque sur le trône. Voltaire, si prompt à écraser l'audacieux qui avait la hardiesse de lui trouver des défauts, respecta cependant et craignit Piron, ou plutôt il craignit l'arme redoutable du ridicule, que celui-ci maniait avec tant d'avantage. On en jugera par l'épigramme suivante, faite à l'occasion de quelques menaces de l'auteur de Mahomet.

De Corneille et de Grébilloa

Le réformateur téméraire,

Que prône à triple carillon

Tiriot, le thuriféraire;

Le prince des badauds, V...

Du haut de son trône bourgeois.

Va sur moi viser son carquois.

Du mien ne tirons qu'un-^ flèche, Dont la douce pointe n'ébrèche L'honneur, ni l'intérêt d'autrui.

Malheur à lui seul s'il empêche 1

Quelqu'un félicitait Piron d'avoir fait la dernière comédie de ce siècle (la Métromanic). Il répondit Ajoutez et la dernière tragédie (Gustave).

¥tn de ses amis lui amena un jour une personne de Usa connaissance, à qui, dit-il, il avait Tobligation d'avoir vu Voltaire ; et pour lui en témoigner sa reconnaissance, il ne croyait pas pouvoir mieux fair^ que de lui faire voir l'auteur de la Métromanie : Monsieur vous doit du reste, dit Piron à son ami.

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