‹ Œuvres diversesChapitre 8 sur 17 · ÉPITAPHB DU GENRE HUMAIN · texte numérisé non relu

ÉPITAPHB DU GENRE HUMAIN

I'aurorb ayant du jour entr'ouvert la barrière Devançait le soleil, qui de près la suivit. Mais quel étonnement, voyant la terre entière, De ne plus y revoir personne qui les vît?

L'homme était disparu de dessus la surface Du bourbeux élément dont il était sorti : Un souffle le créa lui jadis et sa race ; Un souffle aussi léger l'avait anéanti.

Une haute obélisque au sommet du Caucase, Terminait et couvrait un vaste souterrain ; Et Némésis venait de graver sur la base En chiffres infernaux : ci gît le genre humain.

La belle inscription pour le Grec hypocondre Qui souhaita de voir tous les humains détruits I Que l'autre misantrope et le Timon de Londre, Youngà ses côtés coule d'heureuses nuits?

Moins rigoureusement jugeons la race humaine, L'homme était vicieux, mais faible, peu sensé : Et plus digne, après tout, de pitié que de haine. Le ciel s'en devait moins tenir pour ofi'ensé.

Aussi deux beaux esprits admis dans l'Elysée, Molière et Lucien, les momus d'ici-bas.

Aux hommes ont peint l'homme un objet de risée Le» hommes en riaient; mais le ciel ne rit pas

11 dit ; qu'il ne soit plus : et la terre est déserte ; Amour, dont elle fut l'empire en tous les temps. Tendre amour, c'est à toi de réparer sa perte, Et de la repeupler de meilleurs habitants.

Sois nud, simple, joyeux, fidèle et sans caprices : Loin de toute imposture, exempt de tous forfaits. L'argent, l'airain, le fer, amenèrent les vices; Ramène l'âge d'or, et qu'il dure à jamais.

INE personne, parlant de la Métromanie^ et ne pouvant se souvenir du nom VEmpirée, substituait celui de Grimpe- Soleil.

Nous avons dit, dans la vie de Piron, qu'il était employé chez le chevalier de Belle-Isle, à copier des rapsodies politiques, que ce dernier ne payait pas. Qua le poète imagina d'entourer de vers le coller du chien favori du chevalier, pour informer le maître de la détresse du copiste ; voici ces vers :

Preux chevalier, que Mars et sa maîtresse Puissent couvrir de myrlhe et de lauriers'

Or, écoutez un bèr« en grand' détrMie,

Qui craint bien Dieu, puis après les huissiers.

Mon aubergiste, un de mes créanciers,

Pour qui, le plus, je me sens de tendfMM,

(Môme deux fois par jour lui fais MfetM,)

Jà me reçoit, si très peu volontiers

Qu'il ferme l'huis, dès qu'il voit que j'arrive.

Si faut-il vivre et griffouner pour vous.

Je le voudrais : mais comment entre noos,

Si n'ai pécune, enleud-on que je vive?

Bien mieux : comment, je le demande à tout, i

Si je ne vis, entend-on que j'écrive?

Je ne le sais. Or, donnez-moi de quoi.

Voilà le point, puis excusez ma muse,

De vous offrir vers de pareil aloi. J

Faim fait faillir : je l'ai, c'est mon excuse.

Vous déplait-elie? eh bien, ôLez-la moi.

PiRON, étant à Livri, sa mauvaise vue lui fit faire un saut très périlleux. Un des amis du comte de Livri imagina d'y faire planter un poteau, sur lequel on grava quatre P. qui veulent dire dire ; Piron, pensant, pensa périr. C'est à ce trait que se rapportent les quatre vers suivants d'une épître de ce poète, adressée au comte de Livri .*

Là, comme une belle anecdote.

On montre le tertre escarpé.

Célèbre par les quatre P.

Du général de la calotte.

IL était jadis d'usage à l'Université de Montpellier, de faire endosser à un candidat en médecine, le jour de sa réception au doctorat, la robe de Rabelais. C'est pour se moquer de cette niaiserie pédantesque, que Piron adressa cette épigramme à la ville de Montpellier.

Secourable mont des pucelles, Puissiez-vous longtemps prospérer, Puissent de vos plantes nouvelles Les vertus toujours opérer, Et ne jamais dégénérer.

Comme la robe mémorable, Qui fut un harnais honorable, Tant que Rabelais l'eut sur lui.

Mais qui, par un sort déplorable, N'est plus qu'un bât d'âne aujourd'hui.

^IVELLE DE LA Gdaussée, inventeur du comique lariimoyant, et que, pour cette raison, Piron appelait plaisamment le révérend père la Chaussée, qui fut un de ceux qui contribuèrent le plus à ce que notre poète ne fut point admis au nombre des quarante immortels reçut un matin la chanson suivante :

8* ŒUVHES DIVEHSES DE PIRON.

Ain : de Joconde,

Connaiseez-voiis sur ril^licoa

L'une et l'autre Thalle?

L'une est chaussée, et l'autre non,

Mais c'est la plus jolie.

L'une a le rire de Vénus,

L'autre est froide et pincée; Honneur à la belle aux pieds nuds,

Narsue de la chaussée.

ÏN aveugle qui mendiait dans le passage des Feuillants qui mène aux Tuileries, dans l'espérance de ranimer en sa faveur la charité du public, avait affiché sur sa loge d'assez mauvais vers de sa façon.

Un jour qu'il se plaignait à quelques amis du peu que lui rapportait sa veine poétique : « Eh ! que ne t'adresses-tu à M. Piron, lui répondit l'un d'eux; il passe ici tous les jours; il est aveugle comme toi, et probablement fait mieux les vers. »

L'aveugle, profitant de l'avis, se fait avertir du moment où passerait Piron, et lui présenta humblement sa requête.

« Très volontiers, confrère, lui dit l'auteur de la Alëtromanie, j'y ferai de mon mieux, sois en bien sûr. »

ÛBUViiKS DIVERSES DE PIRON. 85

Eiïectivement Piron, au retour de sa promenade, et en repassant vis-à-vis de l'aveugle lui remit les yers suivants :

Chrétiens, au nom du Tout-Puis?ant, Faites-moi l'aumône en passant; L'aveugle qui vous la demande, Ignore qui la lui fera, Mais Dieu qui voit tout le saura; Il le priera qu'il vous la rende.

La singularité de l'aventure, jointe au mérite des vers que chacun voulut lire, ne tarda pas à rendre le pauvre aveugle heureux, au delà de ses espérances.

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