LA CHUTE DU RHIN A LAUFFEN
Déjà, comme battus par les coups d'un orage , Les arbres ébranlés secouaient leur feuillage , Et les rochers, minés sur leurs yieux fondemens , Épouvantaient mes yeux de leurs longs tremblemens. Enfin mon pied crispé touche au bord de Tabîme ; Le Toile humide , épars sur cette horreur sublime , Tombe ; je jette un cri de surprise et d'effroi : Le fleuve tout entier s'écroule devant moi!
Ah! regarde, ô mon ame! et demeure en silence ! Nature, ah! qui pourrait parler en ta présence , Quand sous ses traits divins que ton Dieu t'a donnés , Tu te montres sans voile à nos yeux étonnés?
Le poids de ta grandeur accable la pensée; Le cœur fuit , l'œil se trouble et la bouche oppressée , Cherchant en vain le mot impossible à trouver , Dieu! jette ton nom, et ne peut l'achever.
De rochers en rochers et d'abîme en abîme n tombe, il rebondit, il retombe , il s'abîme ; Les débris mugissans roulent de toutes parts ; Le Rhin sur tous ses bords sème ses flots épars; De leur choc redoublé le roc gémit et fume ; Le flot pulvérisé roule en flocons d'écume , Remonte , court , serpente ; aux noirs flancs du rocher Semble avec ses cent bras chercher à s'accrocher. Sur les bords de l'abîme accourt, hésite encore; Puis dans le gouffre ouvert , qui hurle et le dévore. Réunissant enfin tous ses flots à la fois , D'un bond majestueux tombe de tout son poids :