I\ CHUTE DU RHIN A LAUFFEN
L^abime en retentit, Fair siffle, le sol gronde ^
Le gouffre en bouillonnant s^enfle et revomit Tonde ;
Le fleuTe épouvanté dans ses fougueux transports ,
Retombe sur lui-même et décbire ses bords ,
Et semble , en prolongeant un lugubre murmure ,
De ses flots mutilés étaler la tenture ,
£t , d^un cours insensé s^ enfuyant au basard ,
En cent torrens brisés roule de toute part.
Tel un temple superbe, inondé par la foule ,
Sur ses vieux fondemens tout à coup sUl s'écroule ,
Un seul cri jusqu'au ciel s'élance; tout s'enfuit;
Le sol tremblant répond à cet horrible bruit;
Les piliers ébranlés chancellent sur leur base ;
La Toûte éclate et tombe ; et les murs qu'elle écrase
Roulant sur les parvis en immenses lambeaux ,
De leurs débris fumans enfoncent les tombeaux ;
Sous un nuage épais de cendre et de poussière
L'astre du jour répand sa sinistre lumière ;
Et sur les champs voisins les décombres jetés
Laissent errer au loin les yeux épouvantés!
Tombe avec cette chute, et rejaillis comme elle, ma pauvre pensée ! et plongcs-y ton aile , Comme l'oiseau du ciel, qui vient en tournoyant Enivrer son regard sur ce gouffre aboyant ; Puis confonds dans l'horreur d'une extase muette Ta faible voix au bruit que chaque flot lui jette, Et que Dieu , qui là-haut écoute dans sa paix L'écho majestueux des hymnes qu'il s'est faits , Distingue avec bonté ton sourd et doux murmure