PARADE PRELIMINAIRE
Les rodomontades et les vantcries devaient suppléer à tout. On déshonorait ainsi la nation avant de la livrer. On montait à Paris d'ignobles farces rendues encore plus grotesques par le dénouement. On inondait les vitrines et les murs d'images et d'emblèmes que la défaite allait transformer en sanglante ironie. On faisait appel aux odieux souvenirs cl aux pires instincts. Des feuilles putrides, écloses dans les cloaques de la rue de Jérusalem, luttaient entre elles de grossièreté et de cynisme, remplissaient avec délices la mission de mettre un peuple en rut do furie
et de crime, et de réveiller on lui le ferment des mauvais jours. Ces scélérats allaient jusqu'à invenlvr d< prétendues rigueurs exercées en Allemagne coolre dos l'ésidents français, pour on exciter en France de féellos. A cette Franco, dont la devise est Fraternité des Peuples 01 Humanité, on offrait en pâture une guerro i' i-aces, et comme, en dépit de ces lubriques appels, flli' ne s'allumait pas suffisamment, ils lui jetÎTcnt, eomini' dernier ingrédient, la Marseillaise !
Chute et profanation I Ils n'ont même paséparjiDila Maraeillai^e! Il faut donc que par cette bande lo"l soit sali ot pollué. La Marseillaise, Thymue de BéTOlution, le chant, non, le cri de la France indignw, l'appel suprême contre l'oppression, dans la bouche Jf ces bandits ! La Marseillaise, faisant suite à : Partant pour la Syrie, et entrant dans la police, sa carie on main ! La Marseillaise impérialisée et reçue à lacour: Ali, c'était trop I Voyez d'ici Montijo entonnant ;
Liberté, Liberté cMrie, ft, lui, répondant :
Contre nous de la tyrannie 1...
Pouah I les êtres pour qui honneur et vertu son' des jouets, l'ont versée au peuple comme on verse Jn schnik avant la bataille pour saouler les mauvais solilals ! La Marseillaise était assommée et proserii'' <juinzejoursauparavant. Elle devient subitemenl cIuH' officiel sur un signe du Mailre et fait lesdélicesJf sénateurs. Une nation capable de pareils scandales e-i mûre pour tous les désastres et toutes les hontes. Qui'chantent la Marseillaise. Nous n'en voulons plus, B!' (St passée à l'ennemi. Qu'ils la gardent, Girardiai' diantée.
C'est que Bonaparte, policier quand même, enl't^ prenait l'enthousiasme guerrier comme toUB Icsiulr^'j
Il croyait faire coup de partie on mêlant la Marseillaise dans sa cuisine de sorcii'-res 1 11 ne comptait pas moins sur la Marseillaise que sur ses mitrailleuses.
C'était Dous ramener aux Chinois, à leurs grimaces de guerre et aux dragons fantastiques. On se rappelle ce défilé de hâbleries qui écœura l'Europe et enleva toute pitié pour nos revers. Nos cliassepots, celte merveille de l'Empire, portaient à deux cents mitres plus loin que les Dreyse. Les mitrailleuses allaient hacher comme paille les bataillons ennemis, et autres vantardises. La Prusse a été plus sobre de ces guenleries de poltron, et, en di^pil des chassepots et mitrailleuses, le Dreyse est à Bar-le-Duc.
Si au moins Bonaparte eût su utiliser les quelques forces qu'il avait sous la main? Mais ce César do préfecture eiit juré d'étriper et de bafouer la France qu'il n'eût pas agi autrement. Car, je le répète, tout cela n'est pas seulement lamentable, mais profondément ridicule. Si l'on pouvait plaisanter en pareille matière, c'est de l'Offenbach et du Heilhac tout pur, un véritable scénario de la grande Duchesse : d'abord Lebœuf et son maître proscrivant les journalistes pour maintenir secret un mirifique plan de campagne, qui n'existait point; puis l'incubation dudit plan de camp^ne, semblable à l'omelette fantastique, puis le conseil de guerre bouffe où Boum IH commanda à ses généraux im succès facile et de parade, destiné à éblouir sa nation, puis cette comédie de Sarrebruck, avec le baptême du petit Louis et la lettre à Eugénie, puis... mais laissons cette corde aux librettistes.