‹ Œuvres diverses de G. TridonChapitre 20 sur 25 · L'ATTAQUE DE LA VILLETTE · texte numérisé non relu

L'ATTAQUE DE LA VILLETTE

C'est assez dire que la Révolution est morte. Les efforts coalisés de la police et de la réaction de toute nuance l'ont bâillonnée et assassinée. La jobarderie et la niaiserie populaires ont fait lo reste. Aussi, rien de morne et de navrant comme Taspect de ce Paris, si bruyant il y a quelques jours. C'est une dépression immense, comme un sentiment de remords.

Le désespoir et toutes ses faiblesses et toutes ses horreurs. La honte monte au cœur dans ce lugubre coucher d'empire, entraînant la nation à sa suite. Car on sent vaguement qu'un grand peuple se débat dans les convulsions de l'agonie. Il n'a pas su faire la République ! Il s'est placé entre la Prusse et l'Empire, et maintenant il regarde, éperdu de toutes parts, et ne sait que faire, jouet d'une effroyable mystification.

On lui a cependant montré la voie. On a poussé le signal de délivrance. Soixante héros ont déployé le drapeau rouge et se sont lancés sur un poste de la Villette, suicide glorieux. La foule les a laissés seuls; les espionomanes les ont arrêtés. I^ Ruaille de la presse a réclamé leur sang, et l'honnête et libéral Trochu va les faire fusiller, de compte à demi avec la Gauche, comme agents de Bismarck.

France, ce sang sera ta honte, et te voue aux Prussiens. Entre la République et Bonaparte, tu as choisi le

tyran. Malheur à tœ ! Il n'y a plus de pitié pour une passion aussi criminelle ; et si c'est bêtise, elle est telle, qu'elle devient perversité.

Page 1