TRAHISON DE L'EMPIRE
Or, le tyran est surtout et avant tout la défaite, Tincapacité et la honte. C'est lui qui a préparé, provoqué et accompli le désastre. C'est lui qui le continue. C'est lui qui met la France entre deux feux (1).
A la nouvelle de nos désastres, un mouvement national s'était produit digne de 93. Toute la France : hommes, vieillards, enfants, s'était levée en masse, demandant des armes, des cartouches et l'ennemi. Tout eatiers au sentiment du territoire foulé, ils comptaient sans leur maître. Allons donc I Des armes à ces esclaves tant houspillés ! Rien que cette pensée jetait plus de terreur dans la conscience impériale que « Notre Fritz » ou Steinmetz. Les sous-préfets de Bonaparte eussent presque rendu grâce aux uhlans de couper les cordes du tocsin, si redoutable à l'oppression (2). Il fallut la débâcle, la marche des Prussiens sur Paris, et aussi, à vrai dire, le succès des infamies et sophismes policiers pour arracher une à une des armes soigneusement dérobées à la nation. Neuf départements furent ainsi livrés sans défense à l'ennemi. Les Palikao n'ont pas même eu encore recours à la mobile.
(1) La Montijo a employé cette expression dans un de ses libelles contre le parti républicain. Le procès de la Villette et les condamnations à sa suite montrent surabondamment qui place les Français entre deux feux,
(2) Le maire bonapartiste de Golmar fit conduire à la prison de ville, menottes aux mains, les jeunes gens qui voulaient se défendre contre les Prussiens. (Séance du Corps législatif du 31 août.)
tli UiwrDl et calomnient oetle force, qui fiitleid àe II Répulilique H fonna toute la landweiir, Turf (]tic k^s nioI)i)t« lie province n'ont pas même élÉtf^ lés tl rrstfrnt à la i]>^ban(la<]c, on a dîs le d<''but sâ^ l'aris à blanc cl enlevé loulc [a population Tirile,^ de livrer la ville aux bandes bonapartistes. InvaHOUl prenait aux Parisiens lours enfants comme otages eti M) donnait même pas la pi>inc de dissimuler. D 1() amenés de Paris à CliAlons pour les mmener à S Maiir, nicdiianl de les porter en Afrique. Il le d'abord donné des bâtons, puis enfin des fusiU ï Uta li.'-re, et quels fusils 1 II refusa de les mener à l'enna afin d'insulter leur courage.
Quand ce n'ost pas chez les prussiens-impé' mauvaise foi et défiance outrageante, c'est la p incroyable ineptie. Nés joiirnaun français et étranp fourmillent de faits plus terribles ^ur une nal' que trois batailles perdues: régiments entiers)) (lui's sur les cadres de l'armée en campagne, et ouhB jusqu'en Corse, dépôts laissés jusqu'à ce jourâlsn ajiciens cantonnements; de sorte qu'il faut coorit Coléah, à Villcfra)iche ou à Bayomie pour rejoind son régiment à la frontière; vingl-cin(( mille chau res brûlées par mégarde au camp de Chàlons, Un que les soldats vont nus pieds ; l'artillerie ptvsn égarée dans ces mouvements précipités et relrouïée| hasard ; des millions de francs de farine, paille ( " abandonnés sans nécessité aux Prussiens; des complets de gendarmes et de mobiles sans ordre^ enveloppés par l'ennemi... J'en passe et des [ inouïs.
Par contre, les impedimenta inutiles et honte! ne manquent point. Dans la déroute de Woertli, 1 uhlans firent un butin énorme de chignons, de palI merles, ainsi que de garde-robes, do hijoux, de rhum, sucre et de café I II y avait jusqu'à des châles cl ti
voitures, dont deux de campagne magnifiques et dos chiens. On se fût cru à Rosbach, au milieu des bagages de Soubise.
Les forces de la France ne sont même pas entamées : elle regorge d'hommes et de ressources ; à peine a-t-elle eu 200,000 hommes d'engagés qui ont fait éprouver des pertes triples à l'ennemi. Et un gouvernement si riche en inventions contre le peuple, ne sait trouver ni un soldat, ni un général, ni un plan de campagne ; il gaspille et jette aux quatre vents la moelle et l'honneur de la France, la rend la risée et le jouet de l'Europe.
C'est que tout en France, aujourd'hui, honneurs, commandements et places, est le prix du servilisme ou de la tartufferie. Ce gouvernement de boudoirs et de sacristie ne considère ni les talents, ni le mérite, ni l'étude, mais le dévouement. Frossard peut, à son gré, perdre dix batailles et se faire un jeu de la vie de ses soldats (1). N'est-il pas le gouverneur du jeune prince I Pa- Hkao, ce coupe-jarret soulographe, se drape en Carnot et fait préconiser ses talents par les journaux tarés, souteneurs de filles et souteneurs d'empires. On ne lui connaissait; jusqu'alors, que le génie du vol avec effraction, et la science du guet-apens.
Le preux égorgeur de Mentana, l'idiot Failly, dont l'armée réclame d'une seule voix la destitution, sera maintenu quand même par la faveur des jésuites. Lebœuf et Lebrun reçoivent des commandements, au lieu de passer devant un conseil de guerre. Ainsi l'a voulu ce maître, que des habiles nous représentent comme détrôné et impuissant.
(1) Interrogé pourquoi il n*éclairait pas son corps d'arïûée, cet inepte bravache a répondu que cela n'entrait pas dans son système. On a guillotiné Houchard pour beaucoup nioins.
Qu'importe qu'on le méprise, pourvu qu'on le craigne, ce Tibère impotent. 11 trône plus que jamais dans la honte et le désastre, et sa main se retrouve dans tous les détails de l'horrible politique où tourbillonne la France éperdue.
Ces brigands^ habitués à manier comme cire l'esprit public, nous mettent au régime de l'autruche, et nous leurrent jusqu'à la dernière heure des illusions de l'espérance.
D'un côté, les histoires de tentatives prussiennes d'assassinat sur Mac-Mahon, de violation de frontière belge, de sacs de villages, d'outrages à des religieuses appartenant aux plus grandes familles de France, d'expéditions de flibustiers partis d'Amérique.... tous mensonges ignobles du Figaro et autres malfaiteurs, tendent à donner à la guerre un caractère encore plus sauvage. De l'autre, l'annonce d'exploits imaginaires, de plans de campagne mystérieux, de victoires impossibles, des mouvements de Bazaine t trop occupé pour user du télégraphe » , de nouvelles enfermées dans le sein dePalikaoet qui, « si elles étaient connues, obligeraient Paris à illuminer I > Les insupportables rodomontades de ce bravache, et son travail prétendu de cabinet où, selon la chronique, il se consomme plus de grogs au rhum et de verres d'absinthe que de plumes et d'encre; tout cela forme un système de déception et d'expédients destiné à amener la nation aveuglée jusqu'à l'abîme. Il faut que Bonaparte pèse sur la France jusqu'à l'extinction absolue de cet infortuné pays.
L'asservissement absolu de la patrie est la seule voie de salut de Bonaparte, son unique ouverture de négociations politiques. Il faut qu'il puisse dire, en vautrant sa diplomatie aux pieds de tous les potentats : « Voyez comme je les ai corrompus, empoisonnés et « moisis. Admirez et contemplez mon ouvrage. JeTai ff trépigné, assommé et avili, ce peuple qui terrifiait
< l'Europe et le monde. La Révolution n'est plus que ma d servante et la République ma prisonnière. J'ai fait ( battre Belleville sur mes champs de bataille et arrêter « Blanqui par laVillette. De grâce, que je continue mon « œuvre et perpétue ma dynastie, indispensable au repos « du monde. Je serai à jamais votre mouchard et votre « garde-chiourme, le geôlier et le bourreau des Fran- ( çais. » Et, aussitôt, tous les mangeurs d'homme, czar de Russie et lords d'Angleterre, roi galant homme et pape, empereur d'Autriche et grand-turc d'interposer leurs bons offices, de prêcher calme et raison à la Prusse. Auront-ils assez d'empire pour faire passer l'aigle noir de Berlin sur les griefs particuliers? Si oui, Bonaparte est prêt à leur laisser l'Alsace et la Lorraine au prix de sa conservation. Il les gorgera de notre or et de notre vin pour retomber plus ignoble, plus lâche et plus atroce sur la France désolée. Puisse, auparavant, arriver notre dernier jour I
DELENDUM IMPERIUM
Enlevez l'Empire, et la victoire se range sous le drapeau rouge des Français. C'est lui, ce traître, ce Prussien couronné qui dit encore : « Plutôt la Prusse que la République ! Plutôt la mort de la nation que la déchéance et la proscription de la race I » C'est lui qui vous demande, cet impudique, l'ajournement de vos espérances et de vos droits, l'oubli et l'absolution de ses crimes. L'Empire ne cède point, et vous vous rangeriez sous le sauvage oiseau de proie de ses étendards ? Il fallait, il faut encore détruire l'Empire et l'empereur pour sauver la France. Il faut en finir avec les Lebœuf, les Mac-Mahon, les Trochu, les Bazaine, les Gambetta et les Palikao pour évoquer des généraux et
lies liotnnicsd'Ctat. Il faut un 10 Août et un Septembte pour avoir Valmy. Le grand Prussien, le compère d ppofpasftur de Dismarck, vs\ aux Tuileries et au qufl lier g^Di^ral : il Tanl lui passer sur le ventre pour M rir sus k ses allU%. C'est une question de proprelé.
Quel horiitou siiperbf. La patrie en danger, lalerl en masse, les quatorze armées de la République d 1 canon d'alarme appelant aux armes tous ses enlanl^ CVlait la victoire, l'honneur et la régénération ; et,! c'était la chute, la chute était au moins glorieuse. ï {)érir avec Bonaparte, s'attacher à ce cadavre doDl 1 veut plus Kicord, étreindre encore la puante Monfi dans les spasmes do l'agonio et réchaufrer dans si sein le petit drôle do Sarrebruck ? Ah! c'esl pÉi deux fois.
L'Empire somhre le revolver au poing, et il ti hera les doigts crispés sur la gorge des F»
Quelle riante perspective offre-t-il à ses défenseurs,* nouveau Vieux do la Montagne- î La loi de sùrelé gfn raie, l'état de si<'>ge, l'espionnage, l'impôt, Cayenniîf la tyrannie. L recouvre tout cela du nom de patrie ( danger et de défense nationale. Allons donc 1 nul neB prend à cette véreuse mascarade do 92 avec Grandpel ret pour Danton. On n'a qu'à entendre ces Tyriéesd la France, les Chabrillat, les d'Aunay, tes Correllel les Cassagnae, moniteurs de prostilulion, il y adi mois, comme ils sont moniteurs d'empire en ponn turc : « Donnez-moi votre dernier enfant et votre de t nier écu, et no vous occupez pas du reste, et si voi o raisonnez, vite Boulier et mon conseil de guerrel Voilà les arguments persuasifs do nos maîtres et d fenscurs. Oui, soldais, mobiles, volontaires et gaid nationaux, espérance de la patrie, battez-vous poi que Cbabrillat ait sa pitance, et Covielle son i pour que Jules Richard émarge au ministère de Tint rieur ot tiue Villcraessaut achète des maisons de cai
pagne à Seîneport. Battez-vous, Tépée des sergents de ville dans les reins et le casse-tête des mouchards sur la tête. Versez votre sang et votre or pour assurer à ces messieurs leurs châteaux, leurs maîtresses, pour vous conserver un tyran. Battez-vous pour la conscription, l'impôt et Mazas. Défendez Palikao, Pietri et Grandperret.
C'est au point que la victoire de Bonaparte serait aussi redoutable que celle des Prussiens. Ce monstre aux abois trouve encore assez de force pour déchirer, en expirant, le sein de la France. Que serait son triomphe ! Nous en frémissons.
Malheureux peuple I Malheureuse France, roulant aux abîmes I Je sais que notre pays a le privilège de retours et de réveils qui n'appartiennent qu^à lui. Mais le coup est rude, et le châtiment bien cruel. Que nous réserve l'avenir? A ce spectacle déchirant, le patriote n'a-t-il plus qu'à se voiler la face et à prononcer la fatal : Finis Galliœ!
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