JDLES SIMON ET SON ŒUVRE
L'Eglise a deux loisirs : la chasse et la pioche. Après avoir manié pendant quelques siècles l'i'pée de saint Pierre, elle sent parfois le besoin de reprendre ses filets de Génésareth. Alors on voit, revenu sur l'eau, un doucereux et modeste personnage, à mine et à parole onctueuses, poli, insinuant, accort et surtout de bonne composition : il connait à fond les faiblesses humaines, sait au juste le vrai et le faux de toutes les opinions, reproche tendrement à la raison son aveugle défiance envers la foi, cet inf^puisable trésor de splendeurs et de miséricordes, et peut répondre aux questions indiscrètes: « Mon but est la gloire do Dieu, n
Le seizième siècle inaugure cette ère de métamorplioses. Le jésuite, naguère, maniait le couteau, versait le poison et conduisait les bandes de Gilly et de Wallenstein ; subitement tranformé, il manie la rhétorique, verse le pardon, et, par des chemins jonchés de fleurs, conduit les consciences au salut. Un carnaval religieux, inconnu jusqu'ici, parcourt et étonne le monde. Brahmane dans l'Inde, idolâtre en Chine, communiste au Paraguay, le jésuite se fait philosophe en France pour la plus grande gloire de Dieu ; il invente
— il» —
la philosophie' spiriliialislp drs motif rncs. cHtc [aift lii- liaul suU- Dti le plaïUttk'iirtlii l'oflii|iic tombi'a»'^ (trii^ sons tn^ argumciils do la foi.
M. Juire SimoD fsl il.- telle ^oIp tiicralivi', cl jsiM pnrentr^ iir- fl>st inticrïlf en caracb'rr^s plus trrî-cusalila D'alwnl c'fsl t'air Af ramillc, pbj'sioiiomie patclioet sotirianl(>. Ion onoliieux avi-c une Icitile <ii> mmH (li^liigoile phrust^n^liilcori'csoùsc noie le ItM-icur.mhi (If^ain tlf la scienco, je dirai plus, niënii> Uiclii|ue.
Comme ses ancilircs, M. Simon sait duniiRr l'atC lade aus ilIl^es «jn'il lî\Te, soufflelor les morliS)^ couleur de les d^Tondrc el jouer au naturel la dMiî de la raison aux pieds de la foi.
Pour dernier trait de ressemblance. Jules Siiw s'adr*«5e au public du père CoiLon et du pÎTif Drnolls à ees chères et tendres pénilcnles. Madeleines senàH toutes prêtes à verser des vases d'aromales sor. i hottes vernies du philosophe on les saodaW du Di« femmes inoccupi^eset oisives. paiitos et sigisbés ; iDDt d'afféteries et de sorooltes où une idée uc {) vivre faute d'air : la rêverie tue la réalité, comme nerfs, le sentiment. Ce monde, puis(|u'il slnliB ainsi, prend son lustre pour un soleil, adore l'anacte nisme, du moins en tant qu'il s'agit des choses de 11 prit, et les plus frêles créatures, qui ne rcciilKrûl point à. l'occasion devant le fouet do Juvénal. Lomb en syncope en face d'une oiuvrc mâle ; c'est à e société amoureuse du convenu eldu médiocre, Piiii^ née de l'élan et de l'originalité, que M. Simon dédit livres sans passion et sans sève, sa morale erfén"" sa philosophie élastique qui s'adapte à toute supU tion, sa liberté de conscience qui musêlo et coclU la conscience ; enfin le monstre lui-uiême, lesocitilial griffes coupées, dents limées, orné de joujoux bI rubans dorés et apprivoisé comme un king-flhw sur un canapé de petite maîtresse.
tin des joujous offerts par M. Simon à celte clieii- S d'élite porte le nom de Religion naiurelle. La \gion est à la nature ce que le rêve est à la réalitc^, abrc au eorps, l'hallucinattoD à la lucidîtO. feut-êire M. Simon veut-il appliquer à la religion Uu'ories des disciples de Rousseau sur le retour à It sauvage! Mais à mesure que nous avançons dans l^s, le spectacle le plus hideux s'offre à nos yeux, n^gre tremble devant son fétiche, le sémite jette anfant dans l'idole rougie, Abraham traine son fils le sur le Morj'ak, le Scythe l'-gorge ses captifs en ida glaive sacré éternellement arrosé de sang hiin; partout le massacre, l'borreur, Vantropophagie ne. Telles sont les premièna apparitioiia d'une idée, I de l'ignorance, et dont le dogme fut toujours, sous formes diverses, le sacrifiée ou la torture du genre jûn. Est-co à cette religion, malheureusement trop Ipelle, puisqu'on la retrouve au berceau de tous les plf ss que M. Simon entend nous ramener î Non sans te. Lorsqu'une sociéti* ou une philosophie va périr, se sent prise d'un irrésistible besoin de jeunesse ^tsiour; elle tente do cacher sa décrépitude sous flours, elle veut respirer encore, ne fût-ce qu'une t l'icre senteur des champs et des plaines ; alors les tlllis 80 déguisent en bergers du Tendre, les com- H gardent les moutons de la DeshouUf'Tes et une fi te fait laitière à Trianon : Watteau peint et Florian sàos pastorales. Vains efforts! Le vice perce sous HHque et couvre d'un voile bidcux la nature ; en it des brebis et des houlettes, ces marquis sont des ^1} ces comtesses des courtisanes, ce paysage une 9 de petite-maison. Rien de plus décrépit, de ~ 'p goût que ces aspirants à la uature et à la (6 genre lui-même se définit: le rococo. — Ëéesvieilloltes, dont l'affaissement lui semble 16t de jeunesse, il nous donne un lugubre
pastiche de Boucher. La jeune vestale qu'il nous présente galamment par la main n'est autre que Tordre, cynique et effrontée vieille, reste impur des temples et des portiques ; sa religion dite naturelle n'est qu'un fétide amalgame de tous les détritus religieux ; de dieux et de dogmes meurtris en un horrible mélange. Sous le fard et le plâtre, les faux cheveux, les fausses dents et le faux sourire, reconnaissez- vous, enveloppée de ses bandelettes, la momie de Proclus déterrée par les jésuites, rhabillée par les soins de M. Simon, à la mode du dix-neuvième siècle ? Cet infatigable cavalier veut même donner la raison pour servante et pour entremetteuse à ce squelette vermoulu que se disputent les vers. Ecoutez-le : « Parlons maintenant des philosophes « qui ne reconnaissent d'autre autorité que celle de la « raison. Ceux-là se divisent en deux classes. Les uns, « parmi lesquels je me range, croient la forme religieuse « et la forme philosophique destinées à être toujours « séparées et à subsister toujours indépendantes Tune « de l'autre, parce qu'elles répondent à deux besoitis « différents, mais réels de la nature humaine. »
Halte-là, maître Jacques, je vous saisis au collet sans vous laisser le temps de passer votre robe de philosophe ou votre souquenille de prêtre.
Gomment, il y a deux vérités et deux erreurs, pourquoi pas deux morales ? Le blanc est noir, les ténèbres lumières ; une lutte plus furieuse que la lutte persique d'Ormuzd et d'Arrhimane divise le monde; la science dit oui, la théologie non ; l'une affirme la vie, le progrès, la pensée que l'autre nie et renie ; ot toutes deux ont raison. La foi traque la science, brûle, tenaille, égorge, déchiqueté ses disciples, anathéraatise toute civilisation, toute découverte, sacrifie l'homme, l'univers, l'humanité (aux pieds d'une entité hypothétique), et ces deux ennemis acharnas répondent à deux besoins différents, mais très réels, de la nature
humaine, besoin de haine, de meurtre et d'hypocrisie d'une part, besoin de paix et d'amour de l'autre. Vous conciliez le bûcher et Servet, la roue et Labarre, Galilée et l'Inquisition, l'Encyclique et la liberté. Bravo I bien verbiage, sophiste I Tu n*ignores pas quel est ici l'usurpateur et le véritable maître de la maison ; et tu dois rendre, à contre-cœur il est vrai, quelque hommage aux] derniers succès de la science qui te permettent de la souffleter dans ces tristes pages. Lorsqu'il s'agit de vie ou de mort pour l'humanité, vouloir paraître impartial, c'est trahir.
Laisse donc tout cet attirail inutile, masque, et... montre-nous ton Dieu, que nous examinions ses lettres de créance.
« On a fait un grand nombre de démonstrations de « l'existence de Dieu, la plupart irréfutables (1); sont- « elles utiles ? On peut en douter. Dans le fond il y a « bien peu d'athées, si même il y en a (i). On oublie ( Dieu, on se fait de lui des idées fausses, mais on ne « peut le nier. Il suffit d'ouvrir les yeux, le monde « parle, ou, mieux encore, il suffit de penser ; car notre « raison, en se développant, s'élève vers Dieu comme « par une force invincible. A défaut de ma raison, mon « cœur est tout plein de lui. Je ne puis souffrir, je ne « puis être heureux sans retrouver en moi le sentiment
< de sa présence. Il est mon soutien et mon espoir, le
< fondement de ma raison, l'étoile de mon amour et de « ma volonté I Mais si je le connais par ses bienfaits et « par ses promesses, je ne puis le connaître dans son « essence même. La nature de l'infini échappe à mon « intelligence imparfaite. Dieu m'a fait pour tendre tou-
(1) On ne peut réfuter ce qui n'existe pas, ce qui n'est pas prouvé.
(2) Quel doute. Du moment que M. Jules Simon ne voit pas l'athéisme, il est de force à croire en Dieu.
* JDun Tcn lui par IouIkIo* Torcndc mon inieUigCDW,' « (le mon amour ri di- ma Tolonlé, ri pour resUr liM*
• jnurk i»rinimi-nl rninlt-ssous de lui. Le premier mot- - ijc la ftliilmopliic »loil i^irc «Ip pro^Inmer i/u'Uemit, t i-i If wroiid.d'ocouer'/u'iYetf incomprrheruible.t
Uufl je tiif sais cru au sennon; quel gtlimaliii rlouble et Iripli-. Plaisant ptiilowplio ! plaisant iHeul |j incillcun- preuve apponi^ par M. Jules Simon ife l'oxiBti'ncfî (le ï)ieu, l'csi iju'ii n'y comprend rien. Moi non ptuBi Kt lo public'.' Kfiprit-Saint, descendez (■
OOtIB.
Cet i^clianlillon du genre Jules Simon suffira, jt l'espjire, à mon lecteur, pour sa morliricalion personnelle. Je lui »j)preDih, dans un but de terreur salutaire, l'exislencc d'autres cliupilresinlîtuk-s :
1" Paxtik. — Chap. i. — De l'ineompréheruibilisé A Dieu. — Ohap. 3. — La Création,
11* Pautik. — Cl)u(i. 3, — DieuQOucerne le mondeparMi loi» générale.
IW pAiiTiK. — Chap. 2. —De la destinée de rame aprfl ta mort,
IV Partie. — Chai». !■', — ûe la prière, etc.
En présence de cotte création de c]ia-)uo jour, Ileiirt immimblo et i^lernel sorti des larges flaacs de la oatuR^ M. Jules Simon no pense iju'à sa figurine de plaire ; il lui soumet les êtres cl les choses sous prétexte ^u'aJÛ est incomprékensil/le, que son cœur est tout pliit rf'e//e, ([u'ollo esH'iMoilo deson amour et autres * soniiemi.'uts de celte force. Les lois de la nature, em UU'tw et iuéliiclablc harmonie, arrùtcnt quelque li'hiinli enii-itnicteur et il n'ose, inalgri^^ touEfi envie, pousser jusqu'au miracle. Alors, par un ettWl de muscles digue d'un gymnaste, M. Simon juche Dieu au sommet de l'édirice. Ce Créateur façon JulS Simon, qui règne et ne gouverne pas, rappelle le tonstituliounel de Condorcct, en bois et acier, garuil
pour une éternité, sauf réparation. Ce roi débonnaire, à l'aide d'un mécanisme, savait saluer la foule et signer les ordonnances présentées par ses ministres. Le Dieu de Jules Simon salue depuis six mille ans et signe toutes les paperasses présentées par ses sophistes, qui n'ont que la peine d'émarger.
M. Jules Simon a écrit quelque part que les principes de la philosophie ne peuvent arriver jusqu'au peuple. Il faut avouer que le bon sens du peuple ferait une prompte justice de ces amplifications de catéchisme; il leur faut, pour se produire, le demi-jour du salon et de la sacristie
Ce qui est encore plus merveilleux que la conception vide, creuse et irrationnelle des déistes, c'est l'arrogance et la fatuité qu'elle leur donne. Il semble que l'affirmation d'une entité hypothétique les dispense non seulement de savoir, de logique et de raison, mais encore de politesse et de convenance, et que leur Dieu les absolve d'avance de toute ruade lancée contre ces maudits incrédules.
M. Jules Simon traite de Turc à More tous les philosophes qui ne croient pas à sa divinité incompréhensible. « Ce sont, dit-il, des cœurs froids, des « esprits vides traitant de chimères les vérités les « mieux établies, répondant par la raillerie à l'enthou- « siasme et prenant leur impuissance pour de la force, « etc. » La litanie serait longue. « Le mot de devoir, « dit-il, est nécessairement pour eux synonyme de « contrat et par conséquent de calcul. » Là-dessus, triomphe de M. Simon. « Il arrive, dit-il avec dédain, « qu'on fasse une bonne action, non parce qu'elle est « honnête, mais parce qu'on craint d'être puni on ne « la faisant pas, ou parce qu'on espère être récom- « pensé pour l'avoir faite... » Vertueuse indignation de M. Simon. « La vertu qui rapporte n'est plus de la « vertu ; se sacrifier aujourd'hui pour gagner demain,
fon)p<-nftf«, 1*1 inèm«t r(<çoit nn paia
■ Qitflqui^fois la Proviiifncc (siTne&^
< dffiici' f il m a mis parlant) pcrmM <■ soil favtlo. 1^- plus soiivi'iil HI« iioun « lui à travers le p»*ril cl la soiilfrasc^
■ uno n^componsc à l'hanniXr liomme, I « (IrrriiTe le tomlH'au. et parce i\a'M
* mt-nfe, ello la veiil chr-rement achelH
El plus bas '. • L'amour de Diou, j'tfl
< nous Tnit vivre [Htranlicipatioade lafl
• Dieu nii'me k ses (Htis... ■ I
Los iilôcs lie H. Simon sur l'hominfl sont tcllomeut dC-solantcs que. pou sûr^ lui Tant encore une menace. Si d'un cdi pris MoDthyon du ciel, il veut de l'ftull l'enfer : " Celui qui croît à une vie fl
■ Proviilence est le soûl (|Lit Tasse entrd
< de supf'rieur et de surhumain dans ■ a justice. II simpose la loi d'observa| > coptes ^èuRuts, il se sacrifie jusqu'à M 1 peur de Teufer ou par espérance du m
Ainsi la peur cl l'espoir d'un DietH nitive, avec le gendarme et le juge fl sans doute, te seul crileriuiu de la Justin
ncur ou à resclavagc, reste lettre close pour M. Simon. Il passe sur le remords, cette voix de la nature qui dit à l'homrae : « Tu as mal agi. » Il ne comprend le devoir qu'avec une solde et des verges. Cette idée si pure, que le souffle même de Dieu suffit pour la ternir, ce sacrifice du sage à l'humanité, la Vierge qui souiit à CassiusauxIdesdeMarset dans les champs dePhilippes, «H celle qui présente Tépée à Caton et la ciguë à Socrale, il la vend, il l'asservit, il la prostitue à toutes les diva- Rations théologiques, et ose, les mains souillées encore de son honteux marché, accuser ses adversaires de vénalité ! tant est grande la démoralisation de M. Simon ^t sa profonde inintelligence du Droit et de la Justice.
La régie de morale d'Adam Smith, que dans toute occasion il faut faire ce qui serait approuvé par un observateur impartial, met M. Jules Simon en furie. « En supposant, dit-il, que la régie fût bonne, il res- « terait à nous apprendre d'où elle vient. Qui êtes-vous « pour nous imposer des régies?.. Une régie suppose « un droit, un devoir. Vous ne connaissez que des « sentiments, des faits. Si vous invoquez pour votre '^ régie prétendue mon intérêt, vous tombez dans le « système égoïste ; si vous invoquez l'intérêt de la « société, dites-moi pourquoi je me sacrifierais à l'in- « térêt d'autrui? Je le ferai si c'est mon instinct, mon « plaisir, et voilà tout. Il n'y a pas là les éléments « d'une morale. L'erreur commune à tous ces systèmes « est de ne point voir que la régie ne peut venir que « de Dieu ou de la force. » On voit par ces lignes quel cas tous ces spiritualistes font de la conscience et de la dignité humaines. Ils outragent les philosophes qui ont affirmé la justice en dehors de toute superstition, de toute récompense, et, sur la terre comme dans le ciel, leur morale cynique en appelle au garde-chiourme. Leur brutal triomphe sera une des hontes de notre époque.
Apn*»s avoir fait du devoir un caprice divin et réduit la morale à une gliilde sacrée, M. Simon célèbre tous les spéculateurs en paradis qui ont déchiré leur corps et foulé aux pieds leur volonté dans cebuthypocrite. « Les mystiques, dit-il, sont arrivés à de tels « raffinements qu'on ne sait ce qu'il faut le plusadmi- « rer de leur perspicacité ou de leur courage ? Quand ils « ont senti Tinsuffisance de la langue humaine pour • exalter la grandeur de Dieu, ils se sont rejetés sur le « néant de l'homme. N'est-ce pas, en effet, le même « hymne? Et que fais-je de Dieu, à quelle hauteur « vais-je le placer quand je me jette au néant, moi, le « roi de la création ? C'est dans ce même esprit qu'ils « ont usé des cilices et brisé des fouets sur leurs corps, « ou qu'ils ont abandonné leurs parents et leurs amis, « et effrayé le monde du spectacle de leur pénitence. « Mais malgré tous leurs efforts, ce moi qu'ils pour- « chassent se retrouve encore au fond de leur cœur. « Déchirés, meurtris, ensanglantés, il est là pour sentir « le bonheur et s'anéantir. »
C'est trop d'audace, en vérité, de faire entendre au siècle de la lutte du travail et de l'activité, l'éloge du suicide misérable de quelques fous inutiles à leur patrie et au monde, de glorifier tout haut leur rêverie inféconde et leur anéantissement équivoque, et il suffit, pour réfuter ces basses rapsodies, deleslrainer au grand jour de la risée et du mépris.
M. Jules Simon ne recule même pas devant les conséquence de cet anéantissement, base de la falaK* doctrine do Molinos; il dit avec Havaillac et Ballhazar Gérard : « L'idée de la justice est une idée innée. Par « conséquent, si elle nous trompe, c'est Dieu même a qui nous trompe. » On va loin avec de tels principes ; aussi M. Simon explique, comprend et même admire Tartuffe: « Il y a des sectes mystiques qui coni- « menceât par le pur amour et finissent par la lubri-
« cité. Tartuffe, dans le premier acte de Molière, par- < lant du ciel pour s'acheminer à Tadultère, n'est si « grand que parce qu'il est vrai. »
Dès lors, monté, sur son dada philosophique et débarrassé de tout obstacle, M. Simon chevauche bride abattue en plein milieu du catholicisme. « La religion « catholique est la seule qui ait parfaitement compris « cette nécessité d'avertir les âmes et de les arracher à « la matière par des signes matériels. Non contente de « multiplier les églises et les chapelles, elle plante c< des croix partout où elle domine, sur les monu- « ments, sur les tombeaux, aux carrefours des che- « mins. Elle attache un rosaire à la ceinture des fidèles, « elle est ingénieuse à créer sans cesse de nouveaux « objets de dévotion. Elle ne laisse pas une place dans « ses temples sans la couvrir de tableaux, de statues, « d'images, de sentences tirées de l'Ecriture ou d'ea? « voto. » Rien n'est oublié, ni les chapelets, ni les estampes, ni toute autre sainteté. Simon s'extasie sur les oraisons et les signes de croix, il prône les pratiques de dévotion « qui exigent à peine l'attention de l'es- « prit et peuvent aller leur train, tandis qu'on vaque à « quelque travail. » Il se pâme au son des cloches qui frappent les oreilles vingt fois par jour ; les calvaires, les images, les reliques, tout le bric à brac religieux le remplit d'une sainte allégresse : « Pour l'immense ma- « jorité des hommes, toute cette formalité du culte « n'est pas de trop. »
« Quand je n'aurais pas fait autre chose que de dé- « livrer les hommes de la tyrannie des paternostres, « avait dit Luther, on me devrait de la reconnais- « sance. » M. Jules Simon n'est pas de cet avis. Il chérit d'un amour extatique toutes ces pratiques assujétissantes, la honte d'une génération ; il pleure d'un œil de crocodile l'ignorance des moines, la saleté des mendiants^ les danses de Saint-Guy, les soupes des mo-
nastrres, tout Timpur fétichisme de Tépoque la plus misérable des siècles. Et jamais, depuis Pascal, Tabêtisscment n*a trouvé un plus fervent apôtre :
a Essayez d'expliquer rationnellement les détails a d'un culte quel qu4l soit, vous tomberez dans l'aboc surde. Essayez de les prendre au pied de la lettre, « vous tomberez dans la superstition la plus niaise... « L'Eglise catholique fait parler à plus des trois quarts « de ses fidèles une langue qu'ils n'entendent pas. « Qu'ont-ils besoin de l'entendre? Il suffit que la loi « soit dans le symbole ; la dévotion est dans le chant « de l'orgue. Elle fait répéter cent fois en une heure la « même prière ; c'est une basse monotone, mais sur « cette basse l'amour jette ses éblouissantes brode- • ries. »
L'idéal social de Simon et de ses acolytes est un troupeau do Chinois, hébétés par l'opium, poursuivant dans un sommeil inquiet, des rêves de ciel, de paradis et d'enfer. Mais la raison vient enlever l'humanité à cet épouvantable cauchemar, la science emporte d'un souffle ces vapeurs maladives, élève, sur les ruines des chapelles et des calvaires, ses temples de justice et de liberté, et, prenant les peuples parla main, les arrache à ce champ de convulsionnaires pour une existence de lutte, de combat et de gloire. Les fourbes qui spéculent sur l'avilissement des nations se retournent alors contre ce trouble-fête, les bouches mielleuses grimacent l'anathème et l'ouvrage du philosophe se mêle aux foudres de Dupanloup : « Quoique les opinions malé- « rialistes commencent heureusement à disparaître (on « n'entend donc pas les bruits de la rue dans votre « oratoire capitonné), elles ont passé sur la France à la « fin du dix-huitième siècle et pendant tout le premier « quart du dix-neuvième. Elles ont certainement eu « pour effet de dégoûter les esprits de tout ce qui esi « spéculation pure. Nous avons de leur longue donii-
Blion l'habitude de juger tes choses par leurs résiil- 1 i et inèine de vouloir les résultats hâtifs. A'ous j vous inventé un barbansine pour etprîmer une J hose barbare : le positivisme, comme théorie, n'est ] leu du tout ; mais comme Tait, c'est un très grand , Kit ; il a envahi la plupart des esprits. C'est le plus nplacable ennemi du progn'-s, de la science et de la iviiisatiou. >
Oui, j'en jure par l'étemelle force et l'éternelle
Bèro, les progris d'Escobar el de Loyola sont arrêli^
lais. Vous ne nous donnerez point le change par
sirs hypocrites. Sous savons où se trouvent les . itahles ennemis du progrès, de la science et de la J illsalion.
En vain les philosophies soumises, avec leur carte ^
rlhodoxie en poche, se taisent d'indépendance. En
n Tartuffe se déguise en libre penseur pour s'inlro-
v dans la maison. Il ne lui manque plus que de se
f l'avocat de ses victimes, le patron de la liberté de iscience ; la cliente n'a qu'à bien se tenir. •C'est ainsi que, par une tactique non encore épuisée ous des titres menteurs, de hardis sophistes prêchent Kberté d'enchaîner les consciences et de les tenir sous ■ verrou, la liberté de l'exploitation spiritualiste, la 1 jrtci du dol et do l'escroquerie philosophique. Et, int de partir pour cette sainte croisade, nos preux se
Snt aux geuoux de leur digne inspiratrice : la religion Etienne. ■ Ceux qui ont pris la peine de lire mes Ivres savent d'avance qu'ils ue trouveront ici aucune Itaquc contre la religion chrétienne... Je suis rempli
la fois do respect el d'admiration pour le christia-
me, cette doctrine si simple et si profonde, qui
Kseigne si clairement l'unité de Dieu et l'immorta-
é de l'àme, dont la morale est si pure, etc., etc. i
,e reste e^t bieu connu, je puis en faire grâce.
',t se livrant à un enthousiasme factice qui le con
duit fort bien où il veut aller, Simon s'écrie : ■ mon ( Dieu, Dieu de paix et de liberté, bénissez nos cfforls « dans votre cause ; que ceux qui m'ontendeot et qui n m'inspirent deviennent comme les apôtres de la B liberté de conscience, qu'ils lui restent fidèles à « jamais, qu'ils l'honorent par une modération invin- 1 cible et qu'ils se rappellent toujours que, pour être u digne de la liberté, il Tau t savoir la respecter mèini' > dans ceux qu'ils maudissent. •>
Et encore : « Laissons la haine à nos.enuemis, ren- " dons-leur justice. Dé/endom-les au besoin; que s leur liberté nous soit aussi chère que la notre. >
Dieu, l'autorité incarnée, la source de toute iololirance et de tout arbitraire, le Dieu des fureurs et de l'enfer, devenu le hérault de la liberté et de la conscience, ce n'étaitdéjà point mal pour commencer, c'est encore mieux pour finir : Un dogme de bon plaisir. contre lequel déposent la raison, l'histoire et ta science; voue le berceau de l'homme au paradis où à la géhenne. Il est la négation de l'individualité humaino, l'ennemi implacable de la liberté : partout où il !<> trouve ill'égoi^e; s'il est le plus fort, ou, obligé Jf subir la générosité du fort, il en profite pour aiguiser ses poignards. La lutte dure encore, et M. Simon non* conseille de désarmer en face de l'ennemi. Il nmi* adjure, au nom de notre conscience, de hvrer à ces forbans la liberté arrachée de leurs griffes. Pourquoi no nous propose-t-il pas de la conduire, les poignet liés et la corde autour du cou, au tribunal du Saiii< Office 1
Certes, Sinon d'Argos ne parla pas mieux eu conseillant aux Troyens d'introduire dans leurs raurs l' funeste cheval.
La liberté de conscience, sous la plume de M. >i mon, peut comporter une dizaine d'inijuisitcurs, ''lii'' besoin d'entendre la messe : « L'humanité, dit-il. [W"i
« sa consolation et son édification, a besoin d'un culte « public. »
Après avoir bien constaté aux yeux des habiles sa profonde orthodoxie, M. Jules Simon se livre à une excursion dans l'histoire. Nous Ty suivrons.
D'abord il rencontre sur ses pas le grand polyihéisme hellénico-romain, ce culte de la patrie, de la beauté et de la matière, à qui nous devons Tart, la poésie, la nature, et dont les débris, retrouvés à la Renaissance, ont suffi pour renouveler le monde. M. Jules Simon n'a pas assez de mépris pour cette religion matérialiste et humanitaire ; il ne peut du moins lui refuser ce qui a fait défaut au christianisme, la vertu des forts et des justes, la tolérance.
Ce n'est point, en effet, le côté par lequel brille le dogme fait tout exprès pour les ignorants et les simples, et acclamé par M. Simon avec tant d'enthousiasme. L'aveu même lui échappe, arraché par une douloureuse nécessité :
« Soyez attentifs, messieurs, à ce grand fait de « l'apparition de l'intolérance religieuse dans le monde. « Je dis que c'est le christianisme qui Ta apportée... a Vous allez voir naître l'intolérance civile en même « temps que l'intolérance religieuse, et pour la com- « battre ; et depuis cette époque, c'est-à-dire depuis le « jour où par Tavénement d'un culte' véritablement « digne de ce nom, la liberté de conscience est deve- « nue plus que jamais nécessaire, vous traversez toute « l'histoire, jusqu'aux temps les plus voisins de notre <( révolution de 1789, sans trouver un philosophe qui « enseigne le principe de la tolérance, ni un peuple « qui l'inscrive dans ses lois. »
Cette coïncidence d'un culte véritablement digne de ce nom accompagné de dix-huit cents ans d'intolérance no frappe pas plus M. Simon que Voltaire, Diderot, Bayle, d'Alembert, etc. ; tous les apôtres de la
toli^rance el de la libcrU^ n'existent pas pour lui. D'un pas caime et assuré, il s'avance au milieu des cadavi-cs et des crimes dont !e culte véritablement digne de ce nom a parsemfi la terre; il assiste avec sériinilé à la condamnation d'Abf^lard, et nous raconte avec plus de tristesse que de colt-re la crf'ation des inquisiteurs, Irs massacres des Vaudois, d'Amboise, de Vassy, les Saint- Barthélémy, les supplices d'Anne Dubourg, de Bcrquin, de Giordano Bruno, eufia tout le sillon sanglnat tracé par la religion sur les pages de l'histoire. Quiconque aura lu M. Simon ne pourra l'accuser d'intolérance, car il fait preuve de la plus grande impartialité entre les massacreurs et les (''gorgés; on trouve même, pour la consolation de ces derniers, une série de maximes divines qui eussent valu aux peuples une éternité de martyres sous le joug des tyrans.
a Je vous dis, psalmodie Simon avec Jésus, de iit " point résister au mal que l'on veut vous faire, mais « si quelqu'un vous a frappé sur la joue droili^ pn'- « sentez encore la joue gauche. «
B Si quelqu'un veut plaider contre vous pour vous prendre votre robe, abandonnez-lui encore volr« a manteau. Je vous dis: aimez vos ennemis, faites du a bien à ceux qui vous haïssent... >
La Révolution, heureusement pour nous, fut d'un tout autre avis. Elle somma une dernière fois ses advei'saires de revenir à la vérité et à la justice ; cl lorsqu'ils lui eurent répondu par leur éternel cri de guerre : « La liberté d'autrui est notre oppression, ■ lorsque la foi se jeta sur elle pour la déchirer avec ses dents et ses griffes, elle comprit l'irréconciliable dualisme de l'Eglise et de la Kévolution. Alors, elle entreprit courageusement de délivrer le monde des monstres qui l'avaient jusque-là souillé et broy.?. Certes, la Révolution a mérita les aoathémes de Jules Simon.
A la rescousse, à l'aide, à la garde! Iiurlc le Troid narrateur des boucheries sacerdotales, avec un accent désespi'ré; on attenle à la foi df-Torquemada. On porte une main impie sur les e^usciences de Simon de Monlfort, de Jean XXIH {aux 300 concubines), des impudiques Clément V et Alexandre VI, de tant de doctes et saints personnages. Une intolérance farouche chasse les inquisiteurs, les bourreaux, les Chouans, les Tartuffes et les Frérons, la horde des jongleurs et des insulteurs.
Et notre philosophe d'aboyer de plus belle à la lune. Colère imprudente. Pendant que le platonicien se di*uiène avec furie, son masque tombe, et, sous sa livrée de philosophe, je vois passer un bout de scapulaire.
a Je ne veux pas, dit-il en style d'Euménide, faire " lo procès à la Convention. » Gare à la Convention ! Simon lui reconnaît quelque mérite : l'Europe repoussée, la destruction des préjugés séculaires, etc. ; mais Simon ne peut avaler les déerets antireligieux de celle Assemblée :
« Dominée par les événements, dit le vindicatif « casuiste, qui lui paraissaient légitimer l'abus de la •• force, entraînée peut-être à son insu par un sentiu ment de vengeance souvent provoquée par les tentait liées eontre-récolutionnairea du clergé, elle ne « eessa d'entraver la liberté religieuse jusqu'au moment u où elle proscrivit à la fois la religion et ses mia nistres. »
Chaque mot témoigne plus ou moins de la science d'insinuation perfide possédée par l'école spiritualisle, niais entraoer surpasse tout. La liberté religieuse entravée par la Convention s'appelait la dîme, les privilèges ecclésiastiques, les biens escroqués à l'ignorance depuis des siècles, le paradis ou l'enfer sur la gorge. La foi, c'était l'assassinat prêché et mis en pratique sur les bords de la Loire comme sur les bords du Hhàne,
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et les ministres proscrits, pauvres gens, vouaient la Itt'publiquo à l'Europi^ coalisée, et les palriotes auï Vendéens. Aussi lorsque la Révolution proclame enlio sa formule et que la justice déclare la guerre aui impurs arrêts de la grâee, Simon crio à l'aboniination de la désolation. Son cœur, plein de l'amour de Dieu, débonle d'amertume, de fiel ; son œil, sec en face des tueries sacerdotales, élincellc do haine ; sa rage impuissante trempe sa plume dans la boue du ruisseau hippocrènc de Veuillot et des évêques : « Vous, le savei, « messieurs, de tous côtés venaient les injures; les B journaux et les clubs ne tarissaient pas, les adminis- 1 [rations locales s'enhardissaient à entraver etàmo- " lester les prêtres (il y tient). On attaquait jusqu'à la " religion naturelle. (Est-il assez orfèvre ? mais elle
D'i?tait pas encore inventée.) Dieu était passé de " mode. Les orateurs des Jacobins et ceux des sections « de Paris enveloppaient toutes les religions et toutes « les pliilosophies dans le même mépris et dans ie « même anathème. D'indignes prêtres, reniant leur
1 passé et leur foi, mêlaient leurs voix à ces impiétés. « Lorsque Gobel, évèque constitutionnel de Paris, vint » avec son clergé abjurer son catholicisme et prendre « le bonnet rouge au sein de la Convention, il fut a imité séance tenante par plusieurs membres de l'As- « semblée... Cette scène étrange fut comme un signal " auquel répondirent de tous les côtés de la France •< tout ce qui restait de praires corrompus. Chaque " jour l'Assemblée, la Commune, les Jacobins enlendaient des rétractations qui luttaient entre elles de " cynisme, n
Voilà certes un ('■chantillon passable do tendresse lliéologiquo. L'époque grandiose où l'homme, chassant toute superstition et toute crainte, proclama à la faci' du monde sa dignité et sa raison, sera l'éternel désespoir des âmes fausses et des cœurs froids ; la parole dr
CCS prêtres philosophes qui, souffrant de leur position double, saisirent avec empressement Foccasion d'ouvrir leur cœur et de se donner tout entiers à la vérité, brûle, comme un fer rouge, le front des rhe^teurs hypocrites. « Gobel, dit Jullien,de Toulouse, vient de manifester les « sentiments que j'ai dans mon àmc ; je désire m'iden- « tifier à ce grand exemple. On sait que les ministresdu « culte protestant n'étaient gurre que des officiers do «' morale ; mais il faut en convenir, il y a dans tous les « cultes, du plus au moins, un peu de charlatanisme... t J'ai exercé pendant vingt ans les fonctions de mi- « nistre protestant, je déclare que je ne les exercerai « plus, que je n'aurai désormais d'autre temple que le « sanctuaire des lois, d'autre divinité que la liberté, « d'autre culte que celui de la patrie, d'autre évangile « que la Constitution républicaine. »
Entre Jules Simon et Jullicn, quel est le cynique ?
Le panégyriste des ex-voto, des scapulaires et des litanies monotones s'emporte contre la Fête de la Raison, premier cri d'un peuple libre. La raison de M. Jules Simon est l'opposé de la jument de Roland. Elle a toutes les vertus, quand elle est morte.
Ce dilettante de cloches, amateur de gargouilles et de verrières, ne peut pardonner à la Commune et à la Convention le décret du 16 novembre, rendu sur la proposition de Cambon, « qu'en principe, tous les bâ- « timents qui servaient au culte et au logement des vx ministres, devaient servir d asiles aux pauvres et « d'établissements pour l'instruction publique. »
Et M. Jules Simon, si injuste pour les efforts des révolutionnaires, continue ses plaintives jérémiades sur le sort des fauteurs de la guerre civile : « Où étaient, « dit-il, ces cultes qu'on faisait libres ? Où étaient leurs « prêtres, leurs autels, leurs fidèles? Où était, surtout, « le culte catholique contre lequel s'élevait tant de « haines?... »
(In étail le ciiIIp catlioli(|uc-, M. Simon? je vais vous le dire. Il Hah au Bocage, dans les marais de kYcDiii'C. dans les greniers de Nimes et de Montauban, parloul sotirriant la discorde, le meurtre ot l'incendio. 11 ilaii avec Rarbotin égorgeant les républicains sur l'aiild, avec tel curi? achevant les blessés sur les champs ilc carnage à grands coups de son crucifix de fer; avec Laussat qui leur administrait des hosties empoisonnte, s'annonçant au comil** de Cliollet par cette parole lugubre: ï Kffaçons-le de Pardon, s Le catholicisme pn"'cliait alors à ses paroissiens : ■ Plus vous tuerez de pi- " Iriotes, plus vous irez vite au Paradis. » Et cent niilif enfants de chœur les suivaient, avec des fusils et lics torches en guise de cierges. Les fureurs de votre cullc de prédilection, monsieur Simon, contrastent avec les chants de paix et de fraternité bientôt étourfés, doiil retentissaient alors le Temple de la Raison.
L'alerlc dos superstitions et des philosopliies ne sera pas longue, lorsque Robespierre est là. a II faul le <i dire bien haut, tout le culte de la Raison ne fut qui' 11 le détire d'un moment. La Convention le subit; ces' 11 une tache pour elle; mais l'idée n'en était pas niV " dans son sein, c'est une création de la Commune di* « Paris, Quand Chaumette, escorti^ d'une troupe di u gens sans aveu., vint proclamer son nouveau ciilU' Il dans l'assemblée, les représentants applaudirent ; il^ Il invitèrent Chaumette et la déesse Raison aux hon- Il neurs de !a séance. Ils firent plus; ils décidinnl " ([ue Notre-Dame serait le temple de la Raison d.
descendant de leur siège, ils suivirent docilemenl li
1 corli'-ge de la déesse jusque dans son nouveau tcm- « pie. Mais ils souffraient au fond de l'âme. Ils srii- «■ talent leur humiliation... ils le montrèrent |)iu^ " tard, "
Diable 1 voilà bien de la rancune, pour une p»'rcssion à Notre-Dame; el lesaug desHébertistcs nai-''
pas lavé encore, aux yeux de M. Simon, la tache d'une faiblesse si tôt réparée?
Chau mette, escorté d'une bande d'hommes sans aceu, n'est pas très adroit. Il est vrai que M. Simon ne prétendait pas alors au Corps législatif.
Mais, monsieur le député, ces hommes sans aveu étaient, comme vous, les élus de la ville de Paris, et, plus que vous, ils avaient le sentiment de leurs devoirs. Investis de cette haute mission, à l'époque la plus périlleuse et la plus mémorable de notre histoire, ces hommes sans aveu eurent à cœur de placer leur grande Commune à, la tête de la civilisation. Leur idéal n'était pas un troupeau de fakirs et de croyants ensevelis dans l'anéantissement des saints ou le marmottement des prières, mais un peuple fort, actif, intelligent, instruit, debout au grand air de l'Agora ou du Forum. La haine de Dieu et l'amour des hommes enflammait leurs courages ; ils ne voulaient pas seulement chasser un roi et des prêtres, mais l'ignorance, la superstition et le charlatanisme, et lorsqu'ils tombèrent sous les coups d'un rhéteur spiritualiste, la Raison et la Liberté ont péri avec eux. Je comprends, monsieur Simon, que vous insultiez à leur statue de bronze. Ils avaient ce qu'on ne remplace pas avec des élégies dévotes, une foi : la Révolution; un dogme : l'Humanité.
Pourtant, vous aimez le peuple vingt jours au moins avant l'élection; tous les cinq ans, ce n'est pas de trop, et Tun de vos avatars s'appelle VOuorière. C'est que les titres de vos ouvrages sont suspects et les mots prennent sous votre plume une signification fâcheuse. Vous dites : « Voici la religion naturelle », et je vois un bedeau qui nettoie la nappe de Tautel ; votre Devoir est un ermite occupé à égrener son rosaire, votre liberté de conscience, la liberté de l'Inquisition. Enfin, l'Oiipriére.^ Quelle parole d'amertume ou de découragement allez- vous jeter à cette malheureuse victime ?
En socialisme, M, Simon est de l'école de Pangloss, avec moins de logique et dé grandeur. Pangloss est convaincu ; mist^rabie jouet du sort, Pangloss dit à U douleur qui le dévore : < Non, tu n'es pas un mal. » Assis dans un sopha, en face d'une table bien servie, se!« successeurs bâtards disent au peuple qui pleure et qui souffre : pleurez, souffrez, vous èles bien heureux, le paradis est à vous: " Sommes-nous riches'.' ' Nous avons les habitudes des riches, il nous fautdcs
* appartements élégants, du feu en biver, de l'air en B été, de bons mets, des vins fins, des domestiques. 8 Tout cela ne nous n^jouit guère, c'est en quelque » sorte notre pain quotidien. Nous souffririons d'en •I être privés, nous remarquons à peine que nous
l'avons, etc. n Alors vient la contre-partie: «Entrons " dans la demeure du pauvre. Est-ce une maison? " Non, la langue lui donne un autre nom, c'est une « chaumière. Entrons là, voici un espace où netien- >■ drait pas l'antichambre du riche. L'air n'y vient pas " parce qu'il y a un impôt sur les fenêtres. En revanche. " le vent et la pluie y pénètrent par les toits effondri'S.
1 par les murs lézaiNlés. Point d'autre sol que la
• terre dure et humide, etc.. Quelle vie? Ne disons » pas qu'on s'y habitue jusqu'à ne plus souffrirdela ■■ misère, ne berçons pas notre égoïsme de cette vaine « pensée ; mais disons, car cela est vrai, que la proùa denee ceille sur ses abandonnés, quelle émous.te i exprès leurs sens pour que la douleur ait moins ■1 d'aiguillons, quelle endurcit leur.i corps aus priva- « tious et à la fatigue, qu'elle endort leur imagination " pour que le regret du bonheur absent n'ajoute pas « à la misère présente. L'homme, heureusement, nhc- « bitue à souffrir, comme il s'habitue, hélas ! à jouir " Dieu ramène une sorte d'égalité entre le riche et le " pauvre par cet effacement de nos facultés. ComnK' " le plus grand bonheur est celui qui est nouveau, il }
<r a une misère presque intolérable, et c'est celle qui « vient nous surprendre au milieu des jouissances de « la vie. »
Proudhon venait sans doute de lire une page semblable, lorsqu'il a écrit : « Dieu, c'est le mal. » Qu'aurait-il dit de cette Providence, dispensatrice d'affaissement, et complice des verbiageurs? Jamais les spiritualistes ne cesseront de faire jouer à leurs entités le rôle infâme d'utilité de l'égoïsmc ; ils n'ont qu'un but: Soigner de la couche du riche tout remords importun, endormir par un haschisch paradisiaque les misères du pauvre et renvoyer aux calendes du jugement dernier les assises de la justice. Leurs larmes reconnaissantes 5ont réservées de droit à l'agioteur millionnaire qui se voit obligé d'entrer aux contributions directes, à la mite d'une opération malheureuse.
C'est dans cette touchante disposition d'esprit que e sensible Simon aborde un des plus redoutables problèmes de notre monde.
Un jour, les malheureuses employées dans les fabriques autour de Lyon reçurent Tordre de volager eurs cœurs, de laver leur visage, de prendre un habit ît un air de fête. M. Simon, le socialiste philosophe, ► enait en berline, accompagné des autorités et du naître du lieu, juger de visu de la situation des classes )uvrières.
L'ouvrage est là tout entier. Avant de nous faire lescendre dans l'enfer du prolétariat et de nous pronener dans les sinistres régions de sanglots et de armes où passent des génération?, vouées à la damnaion humaine, Simon écrit au portique : Lasciate ogni 'peranza, voich'entrate. « Les causes d'inégalités sont )ernianentes et nécessaires. »
Lecture horrible et navrante. Simon découvre les )laies avec une sorte de complaisance, décrit les angoisses, les tortures, rend les sanglots, montre « dans le
« mi'nage maudit le p^ro et la mère absents chacan de » leur côtt^; l'enfant, que la mère ne peut plus allaiter, < abandonné à des mains étrangères; puis uae «!■ « frayante mortaiiti', des habitudes morbides pïTirf 1 les enfants qui survivent, une dégénérescence croi* « santo de la race, l'absence complète d'éducation D u raie. > 11 charge des plus sombres louches ce àoiï tableau : « Les enfants de trois à quatre ans erronl « hasard dans les ruelles fétides, poursuivis par il ' faim et le froid ; quand, à sept heures du soir, 1' " père, la mère et ces enfants se retrouvent du " l'unique chambre qui leur sert d'asile, le pèrceti " mère fatigués par le travail, et les enfants par I 1 vagabondage, qu'y a-l-il de prêt pour les recevWt « La chambre a été vide toute la journée, le foywo « mort ; la mère, épuisée, n'a pas la force de prtpart 1 des aliments, tous les vêtements tombent eiili" « beaux. Voilà, dit Simon, la famille telle que lesi « niifaclures nous l'ont faite, b Et l'ouvrier ne resl même pas " dans cette chambre étroite cl malpiopn B privée d'air, où l'atlendenl un repas mal prélâ* » des enfants à demi-sauvages, une femme qui Inifl .' devenue presque étrangère. Il ira au cabar^ V « gloutir ses profits ot ruiner sa santé. » Enfin SiwB pour conclure, évoque le formidable fantôme do misère cote à côte avec la richesse, du paupérid ilebout au milieu de l'industrie prospèi'e, d'un penf l'Sclave de par l'iniquité sociale édifiant, au prix i^i dignité et de sa vie, les iortunes et les palais ilei exploiteurs. Et lorsque le cœur se brise au récit àe ? misères, lorsque l'esprit s'indigne et que loul ce qa' y a d'humain dans notre être crie ; i Pitié ! pitié J** I tant de souffrances ! justice pour tant de l&beurti Le spiritualiste Simon se croise les bras en fredODiM son immuable refrain: « Laseiate ogni speranta.l <i faut se résigner à faire le bien par le perfeelioDfll
f ment des anciennes méthodes, ce qui revient à dire, ' < pour parler franchement, qu'on peut plutôt atté* « nuer le mal que le détruire, ou qu'on ne le dé- « iruira que par de longs et persévérants efforts... « Oui, dit-il, le mal est affreux; non, il n'y a pas de « remt de souverain, de remède unique. » Dans cette voîe perfide M. Jules Simon en arrive à nier le droit du travailleur, il s'adresse au bon plaisir du maitre, à son caprice ; il imprime au front du misérable un stig- , ffiatc encore plus douloureux que la misère, la cha- '^rité: « 11 faut redoubler d'énergie et de pitié. Que la « charité qui éparpille ses trésors, qui les perd, qui les « répand quelquefois au détriment de ceux qu'elle « croit soulager, n'abandonne plus au hasard, aux ins* « pirations- d'une pitié aveugle, ses ressources et son « dévouement. »
Le temps de cette charité qui vous affole est passé, VI. Jules Simon. Le temps de la justice est venu. Entendez-vous bien, la richesse est sociale et la répartition des produits doit être sociale, c'est-à-dire faite avec le moins d'inégalité possible. Le peuple, comme vous seniblez le croire, n'est point créé pour produire sans fin ni trêve au profit de quelques privilégiés qui lui mesurent la pâture comme un chauffeur à sa machine; il voit sa misère s'accroître avec son labeur, avec votre richesse ; et le droit au repos, à l'instruction et à toutes les jouissances sociales devient indispensable à ces générations harassées, broyées, avilies, menacées de décrépitude physique et morale.
Toutes ces considérations touchent peu M. Simon, il est chrétien ; il nie le progrès, l'avenir et la pensée, et va répétant avec Jésus la maxime insolente : « Vous « aurez toujours des pauvres parmi vous. »
M. Simon devrait être conséquent et ajouter avec ce divin vagabond : « Pourquoi vous occupez-vous du « lendemain ? Voyez les oiseaux du ciel, voyez les lis,
s Ils ne tissent pas et sont plus richement vftus^UP • Salonton dans tout» sa gloire. •< Hais les banquiers (A ctiefs de Tabriquo démocrates no seraient point MHi* lenls. Tous ces oisifs filent des dithyramiies au iraïa^ comme des odes à la fîluire, afin de voiler une ri^iM (|ui serait trop ali'oce.
Le spoptacle des maux populaires est un sauvi^fit grandiose paysage dont ils décrivent en artistes Is oppositions d'ombre et de lumière, les loas et la coulcui's, afin de saisir les nerfs des petites r et de crt'er des émotions aux aristocraties.
Aussi, est-ce avec une sorte d'acharnement f^MW que Simon nous plonge dans ces cercles de Danlpofi retentit, encore plus efrraj'anl que dans la grotte âd Cyelopes, le sourd grondement des mat'hiiics et ds marteaux dominé par l'aigre sifriet dn conlrematCro^ il fait défiler sous nos jeux les damnés des enfers indut triels attachés à leur supplice : Sisyphes roulant le dnl roc du pain quotidien, attachés à la roue de la faûn Tantales dévorant de leurs regards affamés les jouii sances de la vie. Voici Rouen avec ses ouvriers débikj souffreteux, écrasés sous la douleur et le désespoir,! où semble imprimée à jamais la griffe des Séuant des Franck-Carré; Rouen avec ses huttes et sa poQI^ déguenillée dont Adolphe Blanqui écrivait : « L fi d <|ue personne n'iguoro qu'il existe des mi)^ a d'hommes parmi nous, dans une siluatiOD | Il que l'état sauvage, n Voici Amiens, lu ville ràl aux vastes rues, aux magnifiques promenades; * possède la plus belle cathédrale du monde et le IK faubourg de la Veillière, qui semble enJonni et fi mal à voir, La cathédrale de Reims, où se sacra:' les rois, lient sous son ombre une des plus époui tables misères de France. Ce gémissement est Rouliûl cette plainte, Lille et Saint-Uuenlin. Un longliurlen de colère et de haine indique Lyon cl seseHnulschi'tifc
enfouis dans leurs caves. Ici, M. Simon pousse son cri de joie : il a trouvé la manufacture-prison, une bonne œuvre, une traite perfectionnée avec bénédiction des évêques. « Un fabricant, sorti lui-même des ateliers, « et devenu riche par des miracles d'économie, a eu « ridée de transformer Tapprentissage en une sorte « d'internat. Il a bâti tout exprés, à quelques lieues de « Lyon, un établissement considérable, fabrique, école « couvent, comme on voudra l'appeler. L'idée a pros- « péré et il y a maintenant plusieurs maisons de ce « genre. Les jeunes filles, en entrant dans ces établis- « sements, signent un engagement de trois années « Le règlement est partout extrêmement sévère ; dans « une de ces maisons, par exemple, le travail com- « mence à cinq heures un quart du matin -et finit « à huit heures un quart du soir. Sur cet espace de « quinze heures, cinquante minutes sont accordées, « le matin, pour déjeuner et faire les lits, une heure « pour diner et se reposer, ce qui laisse un peu plus a de treize heures de travail effectif. La journée finie, « on soupe, on dit la prière et tout le monde est couce ché à neuf heures. Les apprenties n'ont droit qu'à « une sortie toutes les six semaines. On ne trouve, dans « le règlement, aucune trace d'un enseignement élé- « mentaire qu'une école du dimanche. Le chapitre V « organise l'emploi de la journée du dimanche : Le « dimanche est un jour exceptionnel ; nous voulons lui c< conserver le caractère qu'il doit toujours avoir, c'est- « à-dire le consacrer à remplir les devoirs religieux et Ci à se livrer au repos.
a Pour passer cette journée chréliennement et gaie- (i went (ce sont les expressions de cet édit) le matin, c( messe, exercices religieux, école de lecture etd'écri- « ture. De deux à trois heures, catéchisme. Après, « vêpres et promenade sous la surveillance des sœurs « (car il y a des sœurs). La surveillance est confiée aux
.jn'i'i l'exil
nous l'as inoiirtint
• cent pnfi moins
• (]'iin an.
\\U- <|u'il)i Dans l(^ dé] t'aïuillfîs do viiiKl-nL' avant l't, ouvriers de H
L'inTatigab] gurdor leurs nil à la fabrique, la race humain
seul plaisir de mettre sous nos yeux un aussi (épouvantable mystère ? Lorsque le lecteur halète, réclamant un remède, un moyen de panser ces blessures et ces misères, le descripteur prolixe de tant de souffrances et de tortures balbutie. Au milieu de phrases incohérentes et de vagues déclamations je distingue : « Rcconsti- < tution de la famille. »
Mais les salaires sont insuffisants à Tentretien d'un ménage et vous-même, tout à l'heure, nous avez fait frémir en retraçant ce trou noir enfermé, hideux, sans meubles et sans lit, où demeurent Touvrier et sa famille. Maintenant, c'est une autre gamme : « Dans l'état « actuel de nos ateliers, les ouvriers les mieux payés « ne sont ni les plus rangés ni les plus heureux ; on « peut même dire qu'ils ne sont pas les plus riches... « C'est en vivant dans son intérieur, en préférant le « bonheur domestique à tous les ruineux et dégradants « plaisirs dij cabaret qu'un ouvrier triomphe de la « sévérité de sa condition, et c'est à le rendre capable « de soutenir et de conduire une famille qu'il faut « faire servir toutes les forces de la bienfaisance « publique et privée. » M. Jules Simon avoue avoir composé l'Ouvrière sur les renseignements des chefs d'industrie ; il a dû, pendant la durée de son élection, réformer quelques-uns de ses jugements. Mais si certains corps d'ouvriers participent à la démoralisation des classes élevées, à qui la faute? Et quand même un malheureux, à force de privations, de lutte et de tra-. vail, en retranchant de sa vie toute récréation, parviendrait à prolonger ou à améliorer une existence de misères, le droit de cet homme et de sa classe tout entière à une part des jouissances sociales en reste-t-il moins intact, moins juste, moins sacré? M. Simon est clirétien, il croit à la perversité originelle et aime à tonner en vrai prédicateur contre la débauche et Tivrognerie. Qu'il réserve donc ses foudres contre les
aut(!urs ('■fçoïslos de ces di-gradalions et non contiv li' pauvre diable qui, écrasé de douleur et de honte, tâche dp tuer sa pensée encore trop vivante (à son gri!') cl va au bouge ou au cabaret oublier le seulimeul dcscs misères t Le prêtre de la Religion naturelle propose ilremplacer le trois-six par sa philosophie lîpiritualistc ; entre les deux drogues, je ne sais véritablement ijinli' est la plus pernicieuse ?
M. Siirion sait bien pourtant d'où parlent li> exemples honteux qui démoralisent la nation, et celle corruption des classes élevées, débordant coranii: un flot impur sur la société tout enti(Te. Pourquoi Cf lableau digne de Couture, n'a-t-il pas tenté la plumi' i\<- M. Simon comme les misères du pauvre ? Est-ce (juc le vice élégant n'est pas le vice? Et ce dandy, ivre df Champagne sur des canapés, n'est-il pas au-dessous i\r l'iloto étendu dans le ruisseau qui, lui au moins, a l'excuse de son ignorance et de son abrutissomciit'/
Pourquoi M. Simon, apri's avoir décrit les régiondos ténèbres et des sanglots, no nous a-t-il pas promenés à travers les régions de lumière et de fètesî Pourquoi ne nous a-t-il pas dépeint la sueur et le saaf; rtc* misérables métamorphosés en perles sur la gorge des prostituées, en (étoffes d'or, de soie et de brocard, en vins exquis sur la table de Trimalcion ; le luxe erfrénv , voile menteur jeté sur les plaies de la France ; les ruelles et les masures, derrière les palais et les boulrvards; un peuple enfin, créateur de richesses, brovéc insulté par la richesse? Qu'il chante les scandales. \i" fureurs d'un agio qui ruine d'un coup de dé des mil licrs de familles, les mystères des falsifications, li' victoires et conquêtes du monopole, toute l'épopée démystifications sociales! Le rapprochement n'eût poi"i été hors de propos.
M. Jules Simon préfère prêcher aux ouvriers 1-'' vertus théologales, comme si leur moralité pouvait n-
.'^isler aux eiisfigiiotncnts ('■latés de touu-s parts par Ih haute société. Il demande lo rétablissement de la famille en laissant debout tous les éléments qui s'opposent à sa reconstitution. Qu'il réclame d'abord le rélablissemenl de la morale et de la justice !
Hais tous ces économistes n'ont qu'un souci : ouvrir do nombreux débouchés à l'industrie, jeler dans le nouveau tourbillon de nouveaux peuples, de nouvelles terres, attacher à la chaîne les peuplades jusque-ià tranquilles. Il semble qu'ils aient juré de ne plus laisser un seul instant de répit au monde entier. Kq proie à une sorte de rage frénétique, tous ces honnêtes savants creusent le gouffre, sous prétexte de le fermer. Au moment même où le progrès des sciences et l'introduction des machines semblaient assurer des loisirs à l'humanité, les peuples se trouvent voués à un travail haletant, fébrile, superflu, qui ne fait point pousser un grain de blé et n'avance pas d'une seconde le moment de leur régénération. Produire sans I but, sans espoir et sans trêve, afin d'édifier la statue d'or et d'argent du dieu Luxe ; produire même en jetant dans le funeste engrenage sa vie, sa pensée, ses enfants, son avenir, produire même sans consommer, sinon les restes du priWIégié ou quelque produit avarié; tel semble le dernier mot do la civilisation moderne.
• Travaille! » hurle l'économie politique, chaque fois qu'un prolétaire relève la tête, « c'est ton honneur " c'est ta gloire, le plus beau lot de l'humanité ». Et lorsque leurs dithyrambes ne suffisent pas, « un gon- « vernement très ferme et très réservé » ajoute l'argument de la mitraille et du sabre. Les Simon se doublent des Cavaignac et des Gharras.
L'art perfide des hommes est de dépeindre au peuple, sous les plus noires couleurs, tous les instruments d'émancipation, de lui faire prendre en haine toute
voie de salut, et par contre d'offrir à son amour ses plus mortels vampires. Simon, comme de juste, s'éli-vc eontre ta seule intervention qui puisse sauver l'ouvrier en contrebalançant l'inriucnce du capital. 1t invoque avec ferveur la vierge Apéga, de Sparle, qui presse sur son sein, garni de pointes de fer, les gi''ni^rationô déHiirées, la vierge de l'Inquisition réédiriéi^ ii Magdebourg, la grande déesse des doctrinaires, l'Hypocrisie masquée en Liberti'-: o Tout ce que peut rÊtal. u c'est de rendre les crises plus rares en s'efforçant dv « répartir les bras sur le territoire suivant les besoins. " et de les rendre moins cruelles en donnant plus « d'extension aux travaux publics dans les moments aii « l'industrie privée se resserre. 11 faut aussi, par di' « bonnes lois et par une administration très ferme cl 1 trèsréservée, ravoriscrrinduslrieetied(''velopp<-iii''iii s du travail national. Hors de là il n'y a guère que des « utopies. ï Ainsi la croix est faite, et il n'y a plus à ) revenir. Tout est pour le mieux dans la plus atroce des industries possibles. M. Simon prononce, sur la fosse du prolétariat, la parole de mort. Une adminislratioa très ferme, il doit être satisfait. Des travaux publics, mais qu'il voie autour de lui. Eh bien, M. Simon, permettez-moi de trouver vos allégations de stota quo Iri's utopistes. Vous attaquez si violemment l'intcrvcnlitiii de l'Etat, c'est la seule qui puisse vous arracher voir. proie, émanciper la classe ouvrière : « Le despolismc. « soit qu'il s'applique au travail même de l'ouvrier ou B à ses transactions, ne peut jamais être un remèdf... V L'éternelle et nécessaire loi du travail est la libcrlé: « liberté pour l'ouvrier, liberté pour le eapilal. b « science économique parviendra-t elle à créer \»v '< combinaison qui, sans blesser en rien la librrie, • attribue au travail une plus large part dans les lu-n- 1 fiées ? Nous voulons l'espérer, s
Grand merci do vos souhaits I Ut'mocratc Siinori,
i|uî douterait de leur sincérité? L'Etat, et jô parlerai dft TEtat révolutionnaire et progressif, non de vos administrations fermes et réservées, l'Etat n'a-t-il pas mission de relever et de défendre le faillie, Topprimé i Vous crierez au despotisme, car votre liber tr se désesp( re chaque fois qu'on touche à un privilège ; sa sonore «Hiquetle recouvre l'absolutisme du capital et le servage indéfini des classes ouvrièn^s. Abstracleurs de liberté, l'ouvrier, pressé entre la faim et la dévorante peine des manufactures, Touvrière avec la prostitution ou le réchaud de braise comme alternative, sont-ils libres, oui ou non ? M. Simon se garde bien de répondre. 11 préfère réciter son oraison funèbre sur la tombe du socialisme, soulever la pierre pour la laisser retomber plus pesante, prêcher morale et résignation à des ventres affamés. Puis, comme M. Simon est philosophe, il dresse son établi, étale ses drogues et débite les panacées plus stupéfiantes que la thériaque des femmes de iSaint-Sauveur. Nous les connaissons déjà, c'est la Providence qui dispense l'affaissement, le Dieu de l'abrutissement égalitaire : « Personne ne nous soupçonnera « d'être indifférents sur le fond des croyances. Nous « ne renonçons pas, pour les idées qui nous sont chères, « au droit sacré de propagande et nous croyons du fond K du cœur que les doctrines spiritualistes sont à la fois < vraies, consolantes, fortifiantes, que la notion du i devoir est plus claire et que le sentiment de l'obli- ( gation devient plus doux, quand on rattache la loi ( morale et l'ordre universel à Fauteur de toute vérité ( et de toute harmonie. Nous savons que l'àme s'agranc dit et s'épure dans la contemplation de la perfection : infinie ; et si le savant et le philosophe ont besoin, pour s'intéresser aux besoins de la vie et aux peines qu'elle impose, de se rappeler les volontés de Dieu, nous comprenons ce que cette continuelle présence, ce que cette douce espérance sont pour le simple et
" l'abanOoiim'.., Dieu (]ui osl vraiment le piV iIps n hommes sp donne sans pf.'mo et sans rcelicrclie »ui " ccenrs dioils, aux âmes innocentes; il leur mon Iri', » dans leurs angoisses, les éternelles consolations Ji' « l'avenir; il les assure dans ia Justice eu leur apprv- 1 nant le monde et les plaisirs du monde, etc., elc. C(> " fjuirend le soldai indifférent au danger et àiapfiiii', c'est le sentiment profond de la justice d'une cansi' n ou l'honneur national exalté jusqu'à l'héroïsme; f et dans le champ de bataille de la misère, où l'on « compte tant de blessés et de morts, c'est aussi la foi: c'est la croyance à Dieu et au Devoir qui donm'l' ■■ résignation, le vrai courage, la persévérance infjiii- " gable, etc. »
J'ai honte de reproduire d'aussi lâches et d'ausM viles rapsodies, mais la plume tombe de dégoût lorsqu'on voit les coryphées de Dieu et de l'immorlaliléili' l'àme, la bouche pleine encore do leurs religîeus»" tirades, conclure par un aveu de scepticisme. Ap^'■^ avoir écrit très justement ; « Cette société qui péril J" ï scepticisme n'a pas le droit de prêcher des croyancfs « qu'elle a perdues ou qu'elle n'a pas encore retron* t vées ; de ces entreprises, la plus déloyale et en m^iu' temps la plus inutile est de prÈcher la foi, Élaiii « incrédule, et de faire de Dieu un instrument de domi- « nation. » M. Simon se condamne et se dément '"'même ; il se prend dans son propre piège dans une tl' eos conférences, feintes par lesquelles les pliilosopl"'* spiriinalistes essaient d'attendrir leur public et préclu'in le vrai pour masquer le faux : < 11 faut d'aillcur» « " rappeler que nous sommes jugés sévèrement el j"'" • tement dans les ateliers. Les ouvriers connaissiiii B l'état do nos esprits et de nos mœurs, ils nous ssï* " seepliqvet, sans savoir ce que c'esl que lo scPp « crsmc. »
Ainsi, M. Jules Simon, vous vous déclarez scoplii|ii'
Fos ack-s <1<" foi, d'pspéranct? vt rie cliarilr, vos i^lans |ers le ciel, vos amours divins, celte immortalité de me, consolatrice de votre espoir et de voire vertu, rompeHses figures de rh<^torique déroutées à plaisir Svant la foule t^-bahie. Et ce Dieu lui-même, confessé ' ïous sur le tr»^pied de la sybllle, jeté en défi à la (Société moderne, ce Dieu à qui vous avez élevé lant 'autels et de chapitres, vous n'y croyez pas, vous le ramier ; il ne sert qu'à recouvrir la si'cheresse et le Ttdc de votre âme ; il n'est que la sanction de votre BUDObilisme et de votre manque de foi. Instrument el Ifnnination au service des magisters égoïstes, il leur lËnnel de débiter un inlerminable sermon plutàt que 'e tendre une main secourable à celui qui se noie. La rovidence, vieille et âpre usurière, n'a jamais prêté l'aiix riches, M. Simon, et vous l'avouDï,
Parlerai-je du dernier ouvrage de Jules Simon, Seolef Notre aimable philosophe démontre fort bien le dans certains pays do l'Allemagne on sait plus lire écrire qu'en France? Oui, mais le Français, même letlr<5, aveu son bon sens voltairien et sa merveilleuse titude, n'est-il pas encore supérieur au pîétiste gerùa, muré à tout jamais dans la lecture de la Bible et los son ignorance? Une question pour terminer: idmets pleinement le principe de l'éducation obligaîre, mais enfin, que seraient des hommes élevés de s dans les idées de Jules Simon V Rendons du moins à notre héros cette Justice que, lez lui, l'homme politique est à la hauteur du tliéoriien et sa ligne de conduite procède directement de ses ouccpts sur Dieu, le devoir et l'immortalité.
Le vertueux Simon écrivait à son compagnon de ., le colonel Charras, la lettre citée dans la Presne B février J864.
1j3S raisins étaient peut-être un peu veris. Ils m\\ïent à vue d'œil. Trois jours après le signataire de
1(1 Icitrc à Cliarras, l'auU'ur du Devoir. le vertuen Simon, mis en Tace de la curée,.. Ouéroult-Girardil n'liésil« pas à immoler ses scrupules personnels t triomphe du prolétariat parisien : ■ Le devoir, t^crit-i
• c'est la science du sacrifice... Personne nt » lierait pour le devoir s'il était d'institution humaim
• On lui donne son repos, sa fortune, sa vie, part « qu'on reconnaît qu'il vient de Dieu... Quelquefois] ï Providence permet que le devoir soit facile, le plu « souvent die nous oblige d'aller vers lui à travers 1 f p<?ril et la souffrance, d'oublier pour lui nos goùl " et nos intérêts, nos amitti^s, nos colères, nos espofi u et de donner pour lui, jusqu'à notre vie elle-mèm< I' Si elle garde une récompense h l'honnôtc bomn» « elle la lui cache derrière le tombeau, et, parce qu'e" •i l'a faite immense, elle la veut chèrement achetée.
— Amen !