‹ Œuvres diverses de G. TridonChapitre 4 sur 25 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Jusqu'à ce jour, l'histoire de la Révolution, vaslo sujet de biographies où l'on ne croyait pouvoir s'avenlurcr sans prendre un héros en croupe, n'a été écrite (|ii'au point de vue des personnes et avec des instincts trrs aristocratiques. Ptolémée faisait tourner le soleil cl les planètes autour de la terre ; les historiens, vrais Ptolémées modernes, ne se proposent qu'un but : faire loiirner autour de tel ou tel homme le grand système di: 89 et de 93, accaparer au profit de leurs théories et di' leurs fétiches le mouvement le plus impersonnel ((tii fut jamais.

Un homme d'Etat du Midi s'éprend naturellement (lis Girondins ; Micbelet que son génie historique eût (liL prémunir, ne cache point ses préférences pour Diinton, et l'ex-prédicaleur du Luxembourg élève une nouvelle statue à l'idole inféconde et farouche qu'on appelle Robespierre,

Mais la Révolution I ce bouillonnement d'hommes, (rejaillissement d'idées, ce déchaînement de passions, mêlée admirable et terrible où toutes les aspirations,

tous les principes et toutes les douleurs de Thumanité se trouvèrent en présence, elle est comme le Dieu de d'Aubigné, qui,

Au désert, pauvrement hébergé,

A basti tout le monde et n'y est pas logé ;

elle n'existe que par ses scories. Que dis-je ? elle gît ensevelie sous un amas d'injures, d'accusations et de calomnies tel, que les plus braves n'osent faire l'effort de la retrouver et de prendre sa défense.

Par une tactique sans cesse renouvelée, de faux amis la louent dans les fautes qu'elle a commises, la déifient dans les ennemis qu'elle a épargnés, les abus et les préjugés qu'elle n'a eu ni le temps ni le vouloir de détruire ; ils finissent par la souffleter dans sa chair et ses os.

Panégyristes des principes de 89, qui n'eut jamais de principes, trouvères de la Fédération et du Jeu de Paume, séides de Robespierre ou de Torquemada, Jacobins de boudoir et de coulisses, forts de calomnie, faibles de cœur, descendez à la Commune, abordez 93.

La Révolution n'est pas ce théâtre à phrases, dépassé continuellement par le mouvement parisien, cette scène épique et tragique où déclament des orateurs emportés par le flot populaire ; elle réside dans les entrailles de la plèbe, les piques des faubourgs, les mugissements des sections et des clubs, dans ces hommes obscurs ou exécrés, toujours en action, qui exaspéraient les forts, ranimaient les faibles, semaient partout la haine des tyrans et des dogmes, et ramenaient dans la voie révolutionnaire, à la bouche des canons, les conventionnels^ beaucoup trop surfaits. Paris est la fournaise, entrevue par Danton, où bout le métal en fusion, le moule ardent d'où va sortir la grande statue de la Liberté.

Sublime adjurati(Hi de la foule en guenilles aux

porlos dos palais ! Quoua^ue terriblo tic l'armée do u mist-re, ouvriers sans ouvrage pl sans pain, facesdl cliarnécs, femmes blêmes avec des enTanls mal: "* étalant leurs cicatrices et Ipurs plaies au sein di assemblées envahies t Ces dt^piitations fougueuses <( jurent de n'avoir d'autres religion que l'Egalité, d'aul culte que la Pairie ; ci-s monceaux de vases et dedflr^^ sacerdotaux apport<'-s par les Fiitèies à la Conventiffl ces cloclies et ces cercueils devenus des canons et i balles, ces prêtres ('changeant avec joie leur titre toi tique contre celui d'iiomme et de citoyen, quel eatl guement pour les nations !

Les saints les plus v^nt^rés tombent sans mot di sous le marteau des iconoclastes, les reliques mirae leuses brillent sans que la foudre gronde. I^es vierg qui sauvèrent des villes ne peuvent se sauver e" mêmes. Une flamme jaillit de la Grève : elle dévfl les ossements de sainte tîenevièvc et la cbemise saint Louis.

Uu'est-ce que les chaires de philosophie devant ce philosophie en action qui a le monde entier pour t ditoire ?

Que sont tes années de méditations et de calculs, I iHudes profondes, les âges, les livres et les pays inH rogés, les ruines fouillées, en face de l'iustinct cl l'inspiration populaires ?

Auprî'S de cette voix formidable où hurlent tons dt'-sirs et toutes les souffrances de la terre, que vaiU période d'un tribun ?

Les étals généraux, complaisante machine à cooU signer des ('■dits, donnaient à la France le bon billet I^ Châtre. Les Iroil cents élci'teurs de Paris, serrés I tour du blond La Fayette et du compassé Bailly, c litutionnels bâtards, menteurs de liberté, eussent pi la Révolution et eux-mêmes par amour du juste milW si on leur eût abandonné les guides. ^^

Ils parlaient, le peuple agit et laissa bien loin derrière lui ses pâles pédagogues.

Les hommes étaient petits, mesquins, esclaves de 'ambition, de Tégoïsme et de la peur ; les assemblées 5e montrèrent royalistes, girondines, réactionnaires^ toujours bourgeoises ; le peuple seul fut le grand révolutionnaire, héroïque, prodigue de son sang et de son îœur, prêt à trancher les situations comme Alexandre.

Aussi l'originalité véritable est-elle dans les quelques figures hardies qui furent les types de la logique et de a grandeur plébéiennes.

Oublions un moment ces orateurs dont cent mille lommes ponctuent les phrases et accentuent chaque not, coryphées grandis par le sang de la canaille. Oublions ces acteurs à masque et à cothurne, portés sur es épaules des masses.

Vieillard haché par le sabre de Lambesc, femme et înfant massacrés sur l'autel de la patrie, volontaire îrucifié par la piété des chouans sur la lande déserte, )uvrier dont la poitrine nue s'offre aux balles des Suisses, que ne puis-je pénétrer jusqu'à vous, embras- »er votre nom et votre mémoire I Victimes glorieuses et )bscures, la renommée n'a point recueilli vos moindres )aroles et vos moindres gestes ; elle n'a point fouillé rOtre vie, depuis la naissance jusqu'au tombeau ; elle le sait point vx)s noms. Vous êtes tombés, chacun à rotre place, avec le droit pour soutien, avec l'égalité )our espoir, sans un pleur ou un souvenir, et votre îadavre est devenu le piédestal des intrigants.

Puisqu'il n'est pas permis d'arriver jusqu'à vous, léros enfouiSj j'irai jusqu'à la dernière couche, et du noins je vous glorifierai dans vos chefs, ces bouches lui ne craignaient pas de hurler avec l'émeute, ces nains qui saisissaient la pique et tordaient la corde du ;ocsin.

. Ils ne sont point dans la salle du Manège ou sous les

lambris des palais, les fului's vainqueurs do la Bi liommcsdc^ juin et d'août, tronçons de la g mune : l'atlilt'tiquc Saint-Hurugu^, l'iiuissier K qui va sommer le roi jusque dans son Versailles; 1« seur Santerre, à la voix de sicntor ; iMarat, l'homnu TÉireur et de la justice; le beau Polonais I commandant les canonniers de Saint-Marcel ; le ni rieux Gusman, les JcunoB Varlet et 1 Hébert, les Momoro et les Chaumette, apôtres p tinésde la Raison. L

Ce qui distingue ces âpres lutteurs de la cohortl illustres, c'est qu'alli'-rés de justice et de réparatÎH niellent sans hi^siter la main à la besogne. !

Les dieux de l'olympe politique restent cachés^ leur nuage. Ces enfants perdus de l'idée, WfvJ brûlés de la fièvre patriotique, poussent les événMB et forcent la main à la Fortune.

Ils sont au Palais-Hoyal, lorsque le Camille Defl| lins de S9 pousse son brûlant appel aux armM 17 juillet, tandis que Danton et Legondre déjeùM Fontenay, ces obscurs, ces fous vont auCliamp4fr| signer la pétition de déchéance, que signera wf l'heure le sang du peuple. Echappés aux balles ij geoises, ils élèvent à leur tour le drapeau rouge, 1 " martiale du peuple proclamée contre la rébellia pouvoir exécutif. « A leur voix, les seotionB bientôt prouver au roi inviolable la vanité de son) et les ménagères parisiennes coifferont le petit^ saint Louis du rouge bonnet de Liberté. ■

Avertissement inutile ! chimère de conciliai! Brunswickse déclare le vengeur des souveraiDBa gésdans Louis XVI, le royalisme trahit et menu ulémas do Vendée prêchent la guerre sainte, H veut fuir jusque derrière la Loire, et l'AsBeSd aplatie par la pfiir, subit les impertinences a Fayette. C'est au peuple encore à se sauver lui-J

Lces jours de péril par l'organe du fougueux K son du tocsin des Cordeliers, qui jetle sur s vengeur, chaque section envoie à l'Hôlel l^is commissaires insurrectionnels avec des . La faible commune de Pétion s'évame un songe. Une forêt de haches, de sabres 1 flot de eolrreet de Justice roule vers ériës, en broie les défenseurs, et jetle aux pieds ?mblée législative la royauté pantelante, ce grand corps, trouve sa tête puissante dans nune du 10 août et de 93, la Commune d'H6- [arat et de Ghaumetto. En ces jours seuls, rappée, le peuple, la pliM)r, la populace (ehoii toujours eu esclave ou en tutelle, régna par le, et, dégoûté des empiriiiues, fit son vigoulup d'essai. Le gouvernement de ces rudes c'était la lutte sans tn'ive, la lutte jusqu'à ce I restât plus debout un abus ni une erreur. Les b vaincus, ils s'attaquèrent aux idi^es. La nea Girondins détruits, ils voulurent abattre la ) spirituelle, l'hypocrite oppression des âmes. dans l'antiquité ni dans l'ère moderne, dans ni dans le Forum, qui puisse donner une idée nces de la grande Commune, cette gloire éter- I la plèbe,

nagistrals de Paris siègent dans la salle Saintjservée à tant de tempêtes. Le bonnet rouge, le du paysan, du forçat et de la liberté, est sur tes ; la carmagnole, la souquenille du nianœu- ; leur vélemeul ; ils portent des sabots, car l'ar- Luque de chaussures. Plus loin s'étendent les :s remplies d'ouvriers de la Grève, do délégués » ou soctionnaires, de femmes et d'enfants cocarde tricolore, foule affamée et défiante, :de de ses mille bras et observe de tous ses yeux |de son choix.

Le fronurar de la | doner «t f«nnc pHrole ^ l«i<irr :

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naissance du proIiHaire à l'estime perfide des arist craties.

Martyrs dont on n'a gui-rp remué la poussière! I eux, l'esprit humain, l'esprit de la Grèce et de Rom (évoqué un Instant par la Renaissance, faillit trïompb à jamais ; ils virent dans la Uévolution le d^bat fatal la justice et de la socii^tiS et ils se joliTont sans hésit dans la lutte. A leur voix, bastilles, monastères et p loments s'ticroulèrent, et dans Nolre-Darae régénéra sur l'autel des sacrifices, l'hérétique du moyen-âg l'amie de Voltaire et de Diderot, la Raison a tniné [

Salut, Hébert et Paohe, purs et nobles citoyen Ghauraette, que le peuple aimait à l'égal d'un p^ Momoro, plume ardente, géniVeux esprit ; Ronsi général intrépide ; et loi, douce et mélancolique figu par qui le panthéisme allemand donna ta main J naturalisme français, Clooiz Anacharsîs [

L'orgueil et l'ambition, cachés sous d'hypocril formules, ont sacrifié ces hommes, et la Révolution péri avec eux.

Toujours se dresse avec outrecuidance le parti d impuissants, des purs et des vides; toujours la n ' tion, sous le masque menteur de puritanisme eli vertu, oppose à la vie et à l'action l'argument du bàiUf et du poignard. Toujours les victimes sontsouilléesp les bourreaux. Mourir est doux pour l'homme doni vie tout entière a été un combat: c'est le repos. If mourir dans son honneur, savoir que d'impitoyaU adversaires souffletteront la tète coupée, frapperont^ poitrine morte, interpelleront la bouche qui ne ] ' répondre et rappelleront lâche !

Savoir qu'ils s'allieront contre vous, même a^ leurs propres ennemis, parce que vous n'eûtes pas I( projet égoïste et leur arrière-pensée déloyale, parce qi la justice et non l'intrigue fut votre but; savoir (jï leur audace trouvera créance et que les plus nob!

Lirs prononceront avec défiance des noms qu'ils eus-

t acclamés avec amour, ah I c'est mourir deux fois, oert déchire ses vêtements, et le mouchard de Robesrre peut écrire à son maître : t Hébert a paru faible, barrasse ; la dernière nuit, dans sa prison, il a eu des es de désespoir (1). »

Il triomphait à son aise, le continuateur de saint Tiinique et de Loyola, drapé dans son gilet brossé, inisé dans l'Etre suprême, frappant à droite et à iche. Hébert mourait par Camille Desmoulins. Chautte entraînait Danton. Nobles et prêtres respiraient •ités derrière le grand pontife. Châtré par la vertu

rincorruptible, catéchisé par la morale de Saint* it, voué pour tout avenir aux Joies de Tascétisme, le lie de la Révolution râlait, et Catherine Théot, deiçant Bûchez, annonçait au monde le nouveau 3sie*

Il meurt crucifié le 9 thermidor, et ressuscite après ÎO. Il vit dans le cœur de Fambitieux vulgaire, de omme qui veut dominer à tout prix, du dandy qui lie entre deux maîtresses et trois chevaux de course morale puritaine ; il vit dans Tàme haineuse et jaise, l'esprit bas et méchant. Son ombre, qui ne peut is tuer, insulte et souille. Basile à longue barbe et à apeau pointu sort du club ou de l'estaminet, et resse à son compère clérical le sourire de l'augure.

Robespierre vit honoré au milieu des nuages du is dévot encens, tandis que ses victimes traînent aux monies ; son froid regard glace le cœur et le cerveau

la France, tandis que les représentants de la Vie et

Progrès, les amants de la Nature, dont la généreuse apie ne demandait qu'à devenir réalité, barbouillés

lie et de sang, plient sous l'injure de tous les enne-

(1) Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Réoo- Uon, vol. XXXII, p. 54, rapport de l'espion Laboureau.

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mis coalisés de riiumanité, et sont en horreur à toi qui connaît leur nom.

Et pourtant, ost-il rien de plus faux que lésa sations de Camille, cet ingénieux gamin qui, selon! pression du cousin Jacques, en calomniant ne cro que médire? Toutes les allégations du procès, — caii nies; la trahison de Ronsin, — mensonge; Tas] vicieux et cynique infligé à ce groupe lumincuï poètes, d'étudiants, d'artistes et d'hommes du peu] — dérision.

L'avènement des Hébertistes fut l'avènement d science et do la raison sous la forme la plus énergiij la plus populaire, mais aussi sous la forme qui pou( seule en assurer le triomphe définitif. La ^science \ les Girondins, les doctrinaires d'alors, avaient vo^ cloîtrer dans une oligarchie lettrée, fut tirée du lu doir et jetée sur la place publique. Les Héberlis s'adressèrent au peuple et lui dirent : « La science ta conquête, la science appartient à tous, viens prends! »

La lutte acharnée qu'ils engagèrent contre la wé physique autoritaire, cette pierre angulaire de loi oppression, montre que seuls ils eurent conscienec la Révolution, que seuls ils en comprirent le sensJ marche et le but. L'humanité future leur apparut di une vision sublime; et, las de promesses vaines. réclamèrent le règne immédiat de l'homme sur la ten

Ils ont attendu jusqu'à présent la justice. Alt dront-ils longtemps encore ?

« J'en appelle à la postérité! » s'écria Cloolz?^ l'échafaud. La postérité n'a encore répondu que f l'outrage : « Gloire aux bourreaux, haine aux vi. mes ! » chantent poètes et iiistoriens. Les tueurs la^c le pavé, jettent les morts dans des trous, s'essuient^ mains et disent à la foule assemblée : < Quel cric nous reproche-t-on? Notre main est blanche.

!CUTniilcz, puisque toi est l'usage, sur ces boucs ■s de la Ri'volulion l'horreur de tous tes forrépélez les bourdes de DesmouHns ot les aboinins des légendes et pamplilels catlioliquos ; mais loîns ne jetCK pas à ces morts la dernître injure, ïulo peut-être qui puisse les faire bondir dans leur 1 ; ne reprochez pas la haine de la science à ; qui, pendant leur courte existence, ont combattu ■ elle les idées supranaturalistes, à ceux qui l'ont 'se au point de l'honorer sous les traits d'une déesse. ;ends gronder Hébert :

t La grande colère du pt-re Duchesne de voir que instruction publique ne va que d'une ailo, et qu'il itiste des accapareurs d'esprit qui ne veulent pas uo le peuple soit instruit, afin que les gueux contiuent do porter la besace. Ses bons avis à toutes les [fciétés populaires pour qu'elles donnent le grand oup de collier à l'instruction des sans-culottes, afin 'écraser, une bonne l'ois, le fanalisme et la tyran-

Le plus grand malheur do l'homme, dit Hébert,

jl l'ignorance : elle est la cause de presque toutes

sottises et de tous les crimes qui se commettent

ta la terre. C'est elle qui a engendré tous les maux

1 nous affligent ! Le despotisme est son ouvrage,

le fanatisme son chef-d'œuvre. »

Les tyrans, dit encore le père Duchesne, qui saent bien que leur pouvoir est fondé sur l'ignoince, ont grand soin de l'entretenir; car il ne faut u'un gouffle de la raison pour renverser tous leurs ll&teaux de cartes. Ils protègent la superstition, arce que la superstition abrutit l'homme et lui ôte m courage et son énergie...; car, tandis qu'il a la ite pleine de sorciers, de revenants et de tous les jnteâ du diable et de l'enfer, il ne songe pas au érîtable enfer, à l'enfer de l'esclavage. Aussi, le plus

« grand crime aux yeux des despotes, c'est de parle « raison et de prêcher la vérité.

« J'ai vécu dans ce temps de malheur où il n'éui a permis aux sans-culottes que de lire VAlmanaeh i « Liège et le Messager boiteux. Malheur au pauvp « barbouilleur qui osait, dans son grenier, griffonne « un livre pour éclairer le peuple ! Je me souvien € d'avoir vu brûler au pied de Tarbre de la basoé « tous les écrits des braves qui nous ont appris à deve a nir libres. Je me souviens de tous les mandement a d'évôques et d'archevêques contre le bonhomii « Jean-Jacques Rousseau, de tous les arrêts di « Parlement, de toutes les lettres de cachet qui pieu « vaient comme grêle sur la tête de cet ami de l'huiBi « nité. Comme Marat, il était obligé de se cacher di a cave en cave pour n'être pas grillé tout vivant ei « place de Grève. Le paillard, le crapuleux Louis X « n'aurait jamais pardonné à Voltaire d'avoir fait Bn^ « tus et turlupiné toute sa vie les calotins, si ce mêDn « Voltaire, pour se tirer de presse et pour éviter « brûlure, ne s'était avili en flagornant les rois etei « faisant des couplets muscadins en l'honneur de ton « tes les maîtresses royales et de tous les proxénètt^ « du roi très chrétien.

« Il est donc clair, comme deux et deux font qu* t tre, que le grand secret de la tyrannie pour écrasfi « les hommes, c'est de les tenir dans l'ignorance. 1

« faut que tous les b qui ont du sang dans 1^

« veines et qui savent aussi que la raison est labolK « secrète pour tuer la tyrannie, ne cessent de prêcha « la raison ; il faut donc, si l'on veut sincèrement <^1^ « blir la vérité, combattre, étouffer les préjugés;' « faut instruire tous les hommes : car si nous cooli' « nuons de laisser tous les œufs dans le même panier « c'est-à-dire si les sans-culottes ne peuvent se proou' « rer autant d'instruction que les riches, bientôt il^

deviendront esclaves; H y aura un accaparemi I science, cl les gueux porteront toujours la bosacè!^ Ali ! si !'Asscmbl<*o constiluante avait joué beau" ta bel arJiïOQt. si elle avait été de boQue foi comme t Convention, les écoles primaires seraient élablies puis quatre ans, et il n'y aurait pas ud seul saiis- (ilotLe dans toute lVt<^ndue de la République qui ne " t lire et ('•crire : nous ne serions pas à la merci des

ni de loi et des calotîns qui occupent toutes les aces, et qui feront la pluie et le beau temps jusn'à ce que les sans-culottes soient instruits. Pour ^parer le temps perdu et pour écraser une bonne Di& toutes les vermines de l'ancien régime, je voulais qoe tous les amis de la liberté se réunissent tour donner un grand coup de collier à rinslruclon publique. <•

Suit un plan d'instruction publique dessiné de »in de maître. Hébert termine ainsi en s'adrcssant L sociétés populaires : u C'est vous qui avez fondé l liberté; mais ce n'est pas assez, vous devez nous qtprendre à la conserver : délivrez-nous donc du nensoiige et do l'ignorance, et vous donnerez le »up de grùce à toute espèce de tyrannie. Attendons SU, dit-U encore, des liommes qui ont sucé le lait

lu despotisme et croupi dans l'esclavage Jamais

m n'aura de bons généraux, de bons magistrats, [u'une Ixinue éducation n'ait réformé les hommes. Empressons- nous donc d'élever nos enfants dans les TÎacîpes républicains. Que leurs mères soient leurs ÎDurrices, k nature l'ordonne. Que les premiers lots qu'elles leur feront balbutier soient ceux de ■ BPté ol d'égalité ; que leurs grand'mères, au Heu e leur apprendre des contes de féos et de revenants, sur racontent, dés le berceau, tous les crimes des

dis Surtout que les prêtres n'approchent jamais

S l'enfant, car ils corrompraient bientôt sa jeunesse,

ice^^B eau ■

1 ils lui apprendraient à êtru fourbe, oi^eilleud

« intrigant ]

> En formant le cœur et l'esprit de nos enfanl^

I habituons-les au travail ; qu'ils apprennent à siin « porter la fatigue, à endurer le froid et le chaud. Qm < leurs bras s'exercent au maniement des armes poi^ t défendre leur patrie et purger la terre de tous les » rois et de tous les monstres qui ne veulent pas le .. bonheur de l'humanité. Quels hommes nous aurow '. dans vingt ans 1 C'est alors que la République sVla^ i< blira sur des bases inébranlables. Si elle rencoiiln- • lant d'obstacles, c'est que les hommes ne sont pu " mûrs.

( Courage donc, braves Montagnards I continuez (Jt <i mériter les bénédictions du peuple on rendante' •' bons décrets. Tandis que d'une main vous tenez 1* " foudre pour écraser les despotes et leurs vils escla- " ves, tendez l'autre aux malheureux, assurez du In- < vail à tous les citoyens, accordez des secours aui ■ vieillards et aux infirmes, et, pour couronner volr>' " ouvrage, organisez promptement l'instruction publi-

II que, ce sera là votre chef-d'œuvre ; car, sans iu^- ' Iruction, pas de liberté. >

Après de telles affirmations, reproduites sans ceîst daos le Père Duchesne, peut-on, de bonne foi et au mépris do l'histoire, attribuer à Hébert ou à ses partisans la fameuse parole du tribunal révolutionnaire: u La République n'a pas besoin de savants ni de chimistes I ?

Les historiens, à propos de cette parole impie, hésileut entre trois hommes qui ne sont point les adeples. mais les ennemis et les immolateurs du parti hébcr listo : Fouquier-Tinvitle, l'instrument du Comité il( Salut public, et Dumas ou Coffinhal, créatures et kntfi damnées de Robespierre.

Plus d'ignorants ni d'ilotes, disaient les Hébortistes :

il us d'oligarchie lettrée, d'accaparement scolastique ; lus de ces hommes à courte vue, pour lesquels la cience est un moyen et non un but, de ces sceptiques >lasés, toujours prêts à enseigner au peuple ses devoirs n lui taisant ses droits et à écrire des harangues conre les vaincus 1 Assez de cette horde chamarrée, pire [ue les Vandales, qui mutile la raison pour l'asservir

ses ennemis et la faire mentir à elle-même, qui em- >oisonae sous prétexte d'instruire.

Mais le citoyen qui voit dans la science le but de 'humanité, l'instrument du triomphe et .de l'émanci- )ation, le levier du monde et la compagne de la liberté ; 'homme qui poursuit le préjugé, l'épée haute sans rêve ni merci, et qui, en face des iniquités sociales, exposant le résultat de ses veilles, dit au peuple - : t Voilà la vérité ! » celui-là eût été à sa place au milieu le la Commune, entre Chaumette et Clootz. Il eût été mrement repoussé par les mystiques de la rue Saint- Honoré, les fanatiques quintessenciés, abstracteurs de vertu platonique, pour lesquels la sécheresse d'aspect 3t de cœur, l'ascétisme inintelligent et mesquin, ont toujours tenu lieu de qualités et de savoir.

Ce qu'on veut flétrir du nom d'hébertisme est la face la plus brillante de la Révolution. Obscurcie aujourd'hui par les insulteurs jurés, elle est destinée à resplendir toujours davantage. Certains docteurs espèrent que nous en sommes à jamais débarrassés. Les idées ne meurent pas, lorsqu'elles sont la vie même de l'hu^ manité !

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