‹ Œuvres diverses de G. TridonChapitre 5 sur 25 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

^ Si ma protestation contre une de ces calomnies qi

sont familières à l'histoire avait eu besoin de preun ft à l'appui, un adversaire s'est rencontré qui se cba^

de les fournir. Une accusation mortelle, l'accusallei d'avoir déclaré la guerre à la science, venait de tomiw encore sur des hommes que toutes les voix, toutes la plumes s'acharnent à déchirer depuis trois quarts à siècle. Je me suis récrié. En mon âme et conscieaKi je crois que les Hébertistes, loin d'être les ennemis, a sont montrés, na contraire, les champions les plm décidés de la pensée rationnelle. Je l'ai dit, et s^ vouloir faire entre leurs mains un monopole de calaines idées qui appartiennent à tous, j'affirme queM idées sont leur Credo, leur raison d'être, et dcviei' dront leur glorification devant l'avenir.

Or, voici que, pour rendre ma tâche plus facile, oo évoque des fantômes contre lesquels je m'escrimaii dans ie vide. Merci.

Permis au pair de France Daunou d'insulter èi révolutionnaires et des martyrs : c'est dans son rOle.

Permis à M. Corbon, vice-président de la Gonslii tuante de 1848, de vanter les délicatesses de la fiM populaire, de chanter les louanges du grand style cl^ tracer une sorte d'art poétique â l'usage des iém l'aturot de l'avenir : il a fait pour cela d'assez fn* lueuses études sur la matière, en compagnie des JérùnK l'aturot du passé.

Permis encore à des âmes simples de s'apitoyer p contagion sur de royales infortunes. Voudraîent-ells me dire, cependant, ce que VAutriehienne a coiil

e sang à la France ? La jeunesse aurait-elle donc la blorose à ce point de ne témoigner d'intérêt qu'au ourreau qui se blesse avec sa hache, à la reine qui se rise le front avec sa couronne ?

11 ne s'agit pas d'Hébert, il ne s'agit pas d'idoles : les ôtres sont la vérité et la justice, et nous sommes prêts tout sacrifier pour elles; il ne s agit pas d'un homme, lais d'une idée. Ce qui est en question, c'est l'âme et i vie même de la Révolution, le souffle qui îmuait les foules, le battement de cœur, terrible )mme le tocsin, qui, sans relâchC; précipitait des éros et des bataillons.

En vérité, le miracle de la multiplication des pains est reproduit pour la Révolution. Chacun s'en fabrique sa guise, et les bateleurs, à tous les coins du carremr, affublant une ballerine d'oripeaux bariolés, crient la foule ébahie : <r Voilà la véritable, voilà la seule, oilà celle qu'il faut choisir ! »

La Révolution n'est pas cette tragédienne, élève de aima, si savante à débiter des tirades classiques ; cette ;atue de marbre au profil grec sous un bonnet bien osé, à la blanche tunique vierge de souillures : tant e sérénité, demandent du loisir et des rentes. Celle qui Jrgit un jour sous le pied du peuple, comme le Courier de Neptune, c'est toujours la forte femme d'Auuste Barbier, la sauvage héroïne des barricades, fixée •ar Delacroix sur son admirable toile du Luxembourg ; 'est la fille fougueuse, debout en haillons sur les (ierres de la Bastille, et dont le poing fermé, menace B ciel et les palais, dont la colère se rue comme la empéte.

Certes, le visage est hâve quand on jeûne depuis des iècles, la voix est rauque quand elle s'indigne des ouffrances de l'humanité. Le sein rugit, lorsqu'il est îlein de la soif de la justice, et la main ni l'esprit ne 'eculent, lorsque devant eux, laissé aux hasard de l'in-

difrérencft ctdu crime, se joue le sort du inoDde <[ii'un tour de roue de la Fortune peut avancer relarder indéfiniment la longue altenle.

Uix-liuit cents ans l'humanité a été souffletée p nains, vilipcndi'-e par des sols, irompt'e par d«s I l>es ! Dix-huit cents ans do torture demandeaf geance I En Tace de celte grande rOTendicatioo, qui lorait froid ? IJui pourrait plonger dans ce goufnv s'éh'vi'Ut les gémissements des villes et les crisdes pies ilévoiH^s jusqu'aux entrailles, sans se sentir d'un veriige de colère et do justice '!

Yoilù pourquoi l'aspect de ces hommes est I menlé; voilà pourquoi leur front se contracte p crainte ou l'espoir ; voilà pourquoi I{iurs gesua fébriles elconvulsifs. Arrière, vous tous qui rft votre pitié pour les coupe-jarrets tués la main A sang, les sbii-es pendus sur place, les grands coup! exécutifs ! Vous ne pouvez comprendre les 1 de 93.

Leur haine contre les castes égoïstes n'est qne ' pour les maux populaires; leur violence du at veut en finir avec les abus, les préjugés, les nà les oppressions. Leurs sillons sanglants sont la Vi l'égalité et du progrès. Exagérés pour nos faibles i veaux, ils vivent dans le réel de la logique ( passion. O'est que la guerre est déclarée entre l'« et le passé, la liberté cl le despotisme, l'ère m¥ et le moyen âge, la raison et la superstition. Il s'Bf vaincre ou de mourir.,., et sans phrases.

L'idée que la plèbe porto dans ses entrailles o un dépôt sacré, a enfin vu lo jour. A peine éelose, ost menacée, comme Hercule, de périr étouffée i son berceau. De tous les points de l'horizon s's) ceilent les vents et les tempêtes. Les nations se c sent, la trahison rampe, l'indifférence et le mod^ tisme entonnenl leur hymne hypocrile. Sous le s

de Touragan, l'idée vacille comme la lampe qui va s'éteindre. Alors, quelle sueur froide mouilla ces fronts d'airain ! quelle angoisse brisa ces cœurs saisis de la grandeur de leur mission I Craignaient-ils pour leurs têtes? Ils ont prouvé le contraire. C'est pour nous, pour la cité future qu'ils tremblaient. Aussi ne faillirent-ils point; ils sedressTcnt à la bauteiir des événements, toujours plus grands, plus terribles, à mesure que l'horizon devenait plus noir, que la foudre grondait plus fort. Ils eurent foi, ils voulurent. Un sourire de la Raison, leur déesse, un signe de la Conscience, leur guide, suffisaient à relever leurs courages, et, jetant la mort en défi entre eux et leurs adversaires, ils lancèrent jusque dans les âges ce cri sublime : « Périsse notre mémoire, et que l'esprit humain soit sauvé I » Certes, ce ne sont pas des habiles.

Il n'en manquait pas alors, de ces faux frrres, plus redoutables à la nation que la Vendée et l'Autriche ; de ces habiles qui avaient voulu une république pour en être les oligarques, et qui se croyaient généreux en octroyant au peuple le rôle d'escabeau. Nous les avons vus à l'œuvre, ces excellents modérés, tendres hypocrites, tartuffes de libéralisme et de mansuétude. L'histoire en déroule la liste avec complaisance. Elle les porte dans son cœur, ces apôtres immaculés de la dignité et du repos, cesLhôpital qui voilent leur barbe blanche au récit des Saint-Barthélemy, ces I^amoignon et ces d'Aguesseau qui signent en gémissant les ordonnances les plus iniques : ce cycle de braves et honnêtes citoyens qui prenaient leur glace pendant l'assaut de la Bastille, et qui un beau matin, au Champ -de-Mars, essayèrent de leurs feux de peloton sur la foule, à l'ordre de ce bon M. Bailly, l'astronome, et de ce précieux marquis de La Fayette, héros posthume de 1830.

Ces martyrs du pot-au-feu, vrais rats de La Fontaine, avaient recouvré la voix. Muets spectateurs des

crimes de la royauté, censeurs très silencieux de ses orgies, ils accusaient hautement de despotisme la République mise au ban des nations. Après les mv comptes de La Fayette et de Dumouriez, trop tôt démasqués, ils avaient toujours sous la main quelque traître qui devait sauver la France de la tyrannie et leurs revenus de l'emprunt forcé. Lorsque leurs amis les Girondins sont arrachés du sein do la Convention, ces bons apôtres ne prennent même plus la peine de cacher leurs projets : ils s'allient franchement aux royalistes, allument la guerre civile et livrent Toulon aui Anglais.

C'est contre cette tourbe funeste que fut rendue la loi des suspects, commentée par Chaumotte ; et cette loi du 17 novembre, loin d'être un aliment pour Finsurrection (consultez les dates) contribua puissamment à la réprimer. Ce mouvement des provinces, mouvement de l'égoïsme et de la peur, fatalement réservé à toute révolution sérieuse, ne se soutint jamais que devant les demi-mesures; partout oii parurent des hommes énergiques, des mesures révolutionnaires, il disparut anéanti. La Commune fut héroïque au milieu de ce déchaînement des intérêts. Sans se détourner ud | seul moment de son œuvre de réforme sociale, elle fil J face de tous côtés à l'orage. Comme Rome autrefois^ elle leva et équipa des armées qu'on dirigeait immé diatemont sur les points menacés. Elle avait décrété qu'il appartenait une fois encore à Paris de sauver la France. Elle a exécuté son décret.

Que ces généraux improvisés n'aient pas toujours été à la hauteur de leur mission, et qu'ils aient montré^ souvent plus de patriotisme et de courage que de talent militaires, soit. On leur reprochera des fautes, peu être : des trahisons et des lâchetés, jamais. L'intrépi dite de Ronsin était proverbiale. Sur Rossignol, Tiid dos vainqueurs de la Bastille, qu'on veuille bien coi

pue

Klter les mémoires de Kléber, juge compétent pppose, et peu suspect de flatterie envers des coll lues auxquels il impute ses défaites.

Harmonieux roucouleurs de phrases, qui jetez sur B peuple votre poudre dor<5o et vantez ses instincts aristocratiques, afin d'étrangler sa virilité; don Juans Et Lovelaces des pauvres multitudes, si prodigues le déclarations à la guenille victorieuse, votre filet do ontralto est bien grêle devant les rugissements de irat et d'Hébert I Je sais bien que chez Hébert la voix est enrouée, la orme parfois basse et grossière, le fond épicé de lirons qui emportent la bouche. Qujî voulez-vous Î II vaitvendu des contremarques sur le boulevard. Ses «"Oductions rugueuses ne valent pas les charmantes irades de littérature inutile que nous connaissons; ttais en revanche, quelle franchise ! quelle verve ! |uel amour profond de la justice et de l'égalité I . Hébert d'ailleurs ne sacrait pas toujours. A la barre le la Convention, à la Commune, quand il parle DOmme magistrat, son langage est parfait de distinction, Otez même les grains de poivre incrustés à dessein dans les pages du Père Duehesne pour flatter le palais du lecteur, il restera un stylo correct et facile, ft la hauteur au moins do celui de ses confrères, Anjourd'huî. ce gros sel n'allécherait plus le peuple : Kiirgoùt a été perverti par la Révolution. Mais il élait 66 que l'avait fait de longue main une éducation catholique et royale, c'est-à-dire il élait passablement

Je comprends qu'à ces cris, à ces gestes désordonnés des tribuns de la rue, on préfère la fine prose ^e Desmoulins, corrigée dans les premiers numéros P^r son ami ['incorruptible. C'est clair, net, joli, *i>quet, spirituel, digne des salons les plus littéraires jkuitième siècle, en un mot, réussi. Celle plume

«'■I^^atp et distiiigu(:« tHinccUe d'ironie, de malice t d'humeur à faire bondir Ik'bcrt éperdu sous or piqûres d'insecte.

Mais sous lc« fleurs le serpent so caclic. Sous | concclli du ^acîeux rt'^publicain. réclamant } raixon malade le lit de songea de la auperstition,< seot toujours gronder l'ex-procureur-général Ae lanterne. Aujourd'hui it ro()nicrt contre les ultra ri lutionnaires. pour les royalistes. D'une voix doi reuse, il demande la têle du philosophe Anacharsïst tlu philosophe Anaxagoras, flu traître Hébert et d trailre Vincent, un tas de stipendiés de Pill ctCohoit

■ Pitt ! > débute un numéro du pamphlets' • ô Pitt, je rends hommage à ton génie !.., ■ Legi de Pitt consiste à fournir le P'tb Dui'hesne de guiri anglaises. L'aimable Camille ne se bornait pas à d noncer. Il avait la malheureuse habitude de trailorU contradicteurs de filous. Il a reproché tour à loar Brissot et à Hébert le vol d'un mouchoir. Serait-ce I mémo, par hasard ?

Pas plus de bon sens ni de bonne foi dans l'ai dote des 600,000 numéros vendus au ministre B chotte avec des bénéfices concussionnaires. Le Vi*ii Cordelier, devenu le drapeau do la réaction, an électriser son public. Hébert, bâtard ! — Hébert, chand de contremarques I — Hébcrl, voleur 1 vqIm surtout! Cette polémique sonnait délicieusement \ oreilles des aristocrates. « Mais », dit-on avec ! moulins, » Hébert n'a pas répondu à l'accusation' Avant d'en croire sur parole le mensonge de i adversaire, qu'on ouvre les numéros 3.30 et '" Père Diichesne, on y lira une réponso catégorique,ï en outre, il n'a pas été seul u répondre.

MM. Bûchez et Houx, en bons catholiques \ hérissés d'hébertophobio, avaient ramassé avec bH liour pour leur compilation pnrlementaire la calotnM

du Vieux Cordelier. Bouchotte, encore vivant à cette époque, s'empressa de la repousser par un démenti énergique et remit Camille à sa place. C'était une polissonnerie, qui fut prise au sérieux plus tard et avidement accueillie par la prévention ou la crédulité.

Le plaisant de l'affaire, c'est que Desmoulins vendait ses feuilles vingt sous aux aristocrates, en accusant Hébert d'escroquerie parce qu'il vendait les siennes dix centimes aux soldats.

Le parti révolutionnaire, après enquête, fit justice. Desmoulins fut chassé des Cordeliers comme calomniateur, et rayé même des Jacobins. Mais les deux Robespierre, qui ne pouvaient permettre une telle victoire des Hébertistes, obtinrent la réintégration du pamphlétaire aux Jacobins, en fermant la bouche à son accusateur, sous le prétexte hypocrite que les querelles de personnalités devaient céder le pas aux intérêts

généraux.

Je dois rappeler, puisqu'on l'a oublié, un des grands crimes d'Hébert, celui d'avoir épousé une ex-religieuse. Les gens qui ont donné le mot d'ordre à l'histoire auraient pu passer bien des choses*au pore Duchesne ; lui pardonner sa religieuse, jamais ! Camille accablait cette pauvre femme de ses sarcasmes. Mais devant quelle énormité aurait reculé la haine de Camille ? Le jour de l'exécution des Hébertistes, jour appelé longtemps de ses vœux, il arpentait Paris à la poursuite des, charrettes, pour s'assurer que sa proie ne lui échapperait pas. Ceci n'est pas de mon cru. C'est Desmoulins lui-même qui raconte dramatiquement ses courses effarées, du tribunalà la rue Saint- Honoré et à la place Louis XV ; ses craintes d'un mouvement de la canaille pour délivrer les condamnés, son triomphe quand tout est enfin consommé. Rien de lugubre comme ses transports de joie à la vue de la tête de son ennemi qui tombe.-. Huit jours plus tard.

la siâODe allait la rejoindre dans le même panier. Robespierre, l'homme d'Etat, leur avait coupé le sifflet à tous deux pour les mettre d'accord. Moyen sur df conciliation el d'apaisement I

Je me suis demandé plus d'une fois pourquoi c« déchainement universel contre Hébert, Nos coureun de coulisses ont-ils pris en grippe le vendeur de contremarques devenu l'un des premiers magistrats de II ville de Paris? Nos patriotes, qui ont besoin d'un valet de pied pour mettre leurs bottes, éprouveraieatils quelque dégoût à la pensée de ce laquais, réformateur des cultes et des dogmes?

Pourquoi Marat lui-mètne est-il plus épargné î CW (|u(i Marat n'est qu'un cri de guerre, tandis que l'hé-l bcrtisme est un système. Le grand courant qui sel forme au comité insurrectionnel des Quinze-Vingts rtl de l'Evêché nous donne la philosophie de la Révolu-] tion tout entière. Il faut en finir avec un ostracisme! hautain. Quand même Hébert serait un misérable, co i qui est faux, l'idée que son nom représente n'en aurait point à souffrir. Qu'importe au drapeau la main qui agite ses plis ? Qu'importe à la flamme les aliments impurs qu'elle dévore? Le but fut la justice, le but fui la science, le but fut l'humanité.

Ce fut un rude jouteur, cet Hébert; sa vie une longue lutte, d'abord contre la misère, puis contre les sui)erstitions, le pouvoir, contre la calomnie surtout. cet écueil des forts, où lui aussi fut brisé. Tous les obstacles qui enrayaient la Révolution : le roi, la reine, les Girondins, Robespierre, la Convention elle-même, di-coaronnée de sa première énergie, il les attaqua sans relâche, sans ménagement. Apre aux puissants et aui habiles, il se sentait des tendresses infimes pour sefrères de la blouse.

Lorsque les mieux trempés des révolutionnaires succombant de lassitudo, disaient : « Assez 1 > lors

mbilton voulait planiPr sa tente et que le cr^akr du tribunal n^volutionnaire, Danton liii-mème, le | inlon de l'audace, donnait sa d<^mission, gagnant à mémoiiv, par cette volte-face, l'indulgence de 8lf libérale, seul Hébert criait aux ilotes ses comnons : t Marchons toujours, nous ne sommes pas v^a. Plus loin! encore plus loin I • li est tomW avant la Tin de la joumi^e, comme le issonneur épuisé avant d'avoir accompli sa tâche; 11 na point trouvé le repos dans la mort. Son nom U jeté à l'horreur et au mépris, on lui a cloué au Il UD écriteau infâme, et l'insulle croa,sse toujours son cadavre.

Voilà nos morts 1 Que les rois pleurent sur les rois, ir nous, fils de la roture, le sang d'un bouvier est s précieux que celui d'un prince. Que nous importe ( le famille du Temple, si étrangement exploitée de jours aux dépens des Ames sensibles! Des captifs 1 intéressants pourrissaient dans les cachots de tes tes monarchies. Lorsque le pain manque à nos niques armées, lorsque les femmes se battent à la ledes boulangers, que la famine hurle dans Paris, ert, devenu membre de la Commune, a-t-il donc si ad lort de réduire la volaille ut la pàlisserie dans les enses du Temple ? Que M. Thiers s'en scandalise, à lOOne heure; ce sont là des larmes acquises par t; il est historien-ministre. Mais le peuple ! doit-Il Mrer ses ennemis ?

Ce pieux roi qui jure la constitution d'une main et ila viole de l'autre, ce pi'Te du peuple qui dépêche ■ Oet-Dupan aux souverains pour hâter la marche des lées étrangères sur Paris, ce fils de saint Louis qui îe ensuite sa signature devant la Convention, a-t-il it ans regrets éternels du pays sauvé par miracle ^trahison? Et cette femme au regard aigu, à la "6 impérieuse, au nez d'aigle, aux blonds cheveux ]

tro, cotte f^

riotlanl fiur des épaiiics d'albàtro, i -^,

dos poètes et dps peintres, n'esl-co point 1 mystérieuse du collier, la maîtresse do royale qui, d'un geste si gracieux, offrait au serrurici le verre de via empoisonné?

Allons, Hi''berll prends ton fouet sanplat loi de ton rugissement le plus sauvage. Voi femmes nues se débattant au milieu des drag sionnairos de Louis XIV, ces vierges, ces enta dues do douleur et de honte entre les bras ( officiers et des galants seigneurs? Entendsvent des triomphales fanfares le sombre chani Connais-tu Fontenelle, ce baron breton qui, i de cliasse, aimait à enfoncer ses pieds dai trailles des filles éventrées? HébcrtI pense^ pense à tes sœurs, pense aux haillons des La mesure est comble, l'heure est venue; ^ geancc, sois le châtiment !..

.... Soixante-dix ans ont passé sur ces tôt remuons pas des cendres éteintes. Faut-il le di dant? la satire de la vivante s'est bien éin transformée en apothéose de la morte. Le Marie-Antoinette rappellera toujours le sca certaines amitiés qui font penser à Lesboa, e logue de la bibliothèque de Trianon, ce terrib gnage, a fait comprendre le témoignage d'Héb plaider, je le sais, une cause perdue d'avance. vendeur de contremarques qui a sacrifié sa ■v idée, et l'épouse sans amour, la reine sans pi fille de Marie-Thérèse et des césars, morte ea tant pour les millions de sa liste civile, i délicat de notre bonne société pourrait-îl hi instant?

L'histoire a son Elysée avec son ciel d' jardins dessinés par Le Nôtre, des jets d'eau murmure. On n'y entre qu'àcon'IKion d'avoii

ds dai lenseÀ

sage, de s'être livré aux excès permis d'un honnête libéralisme, de n'avoir pas commis de gestes désordonnés, ni dérangé les plis de sa longue toge. On s'y endort, dit-on, quelquefois en écoutant de bonnes et correctes harangues ; on y baille comme à l'Académie. C'est le séjour du calme et de la sérénité, la retraite des hommes d'Etat rangés, et le prix Montyon des serviteurs fidèles qui ont trente ans de vertu publique.

Plus bas, dans la boue, dans le sang et dans la honte, rugissent les damnés, la figure contractée comihe les Titans, la bouche tordue comme la colère antique, les bras convulsivement tendus...

Quelquefois Vun d'eux, par un violent effort, essaye de monter dans la barque qui passe. Ses pieds étreignent la proue, ses deats et ses doigts saisissent le bord avec la fureur de Cynégire. Mais l'historien libéral, Caron de ces lieux horribles, qui conduit vers les Champs-Elysées la cargaison fraîchement recueillie des réputations pures et morales, s'empresse, d'un coup de rame, de replonger l'audacieux au fond du Phlégéton.

Si, sous la conduite d'un autre Virgile, vous vous aventurez dans ces noires cavernes et sur les bords de ces fleuves à la bourbe fumante^ le premier aspect vous saisit d'horreur et d'effroi. Mais, si vous surmontez ce mouvement, si vous restez immobile, bientôt sur ces traits foudroyés se lit l'expression d'une pitié et d'une douleur qui vous saisissent jusqu'aux entrailles. De ces regards aux éclairs sinistres s'échappe une lueur plus douce que la lampe de la pauvre veuve qui veille à côté de son enfant assoupi. Du milieu de ce tumulte infernal s'élève une plainte plus triste que le soupir du vieillard à cheveux blancs égorgé par des sbires, que le sanglot étouffé de l'enfant à la mamelle écrasé sous les roues des caissons, que le pleur éternel de la vierge tombée des mains des hulans... Ecoutez... écoutez encore... c'est le murmure de l'idéal entrevu, le cri de la vérité

cherchée, du progrés poursuivi, de l'humanité chérie jusqu'à la fureur. C'est le chant de l'avenir, l'hymne du ('liaos fécond d'où va sortir un monde.

Aussi, plus que les héros de musée taillés sur . patron officiel et vêtus à la grecque, plus que ces ma nequins placés, pour nous mettre en fuite, dans If champ de l'idée, plus que ce ramas d'eunuques que l'on nous montre pour des hommes, je vous aime et je vous glorifie, d grands dahnés de l'histoire I

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