‹ Œuvres diverses de G. TridonChapitre 6 sur 25 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

La métaphysique, ce musée Curtius des idées et des dogmes, fait grand hruit d'une imc^e de cire à l'œil atome, aux traits immobiles, aDx roides draperies, haptisée du nom de Liberté. Un l'adore à condition qu'aucun battement ne soulèvera sa poitrine, qu'aucun souffle n'agitera ses lèvres, et que cette pâle et geuse vision ne descendra jamais dans la forte réalité. La pauvre déesse inspire tant d'effroi qu'on la divinise pour [a reléguer au ciel.

Tant qu'elle consent à trôner au fond d'une nick, dans l'atmosphère emt>auméc des principes, l'encens fume, les hymnes montent dans une spirale sans fin. Mais la statue prend-elle vie, veut-elle parler, agir. descendre de son piédestal, alors l'excommunication commence, l'encensoir se change en massue et les thi riféraires en geôliers.

C'est ainsi que la grandeur et la dignité humaini sont sacrifiées sur l'autel des entités. On avait évoqua

des oasîs pleines d'ombrage et de repos ; mais voici le désert et le simoun. La caravane s'arrête. Le port ne sera pas atteint, parce qu'il faudrait braver la tempête. Malheur au combattant dont l'habit est couvert de poussière, Tépée rougie et le bouclier faussé ! Gloire aux madones d'armoire, aux dieux de portique et aux grands hommes de galerie I... J'aime mieux Théroigne de Méricourt.

Qui nous délivrera de ces orgueilleuses abstractions. Credo de l'immobilisme ? La Liberté est de chair et d'os. Elle vit et souffre depuis des siècles au milieu de nous. Si elle n'est pas tout à fait aussi pure que la Circassienne élevée pour le harem du pacha, ou que la fille bourgeoise enfermée à grands frais dans un couvent, à qui la faute? Elle sort à peine des cachots de l'Inquisition, la Liberté I Elle a été tenaillée, déchirée, violée par tous les tyrans et tous les fourbes. Des mains impures ont arraché sa tunique. Sextus s'est encore roulé sur le corps de Lucrèce; et, lorsque la malheureuse captive se débat entre les bras des satrapes et vous tend ses mains suppliantes, vous répondez pudiquement : « Croupis dans la honte, prostituée ; tu n'es pas notre « idéal. »

La Révolution apportait à tous la paix, la fraternité, l'honneur ; elle dit aux nobles et aux prêtres : « Quittez « vos titres iniques pour le titre plus beau de citoyen; « restituez vos biens injustement détenus, afin qu'il n'y « ait plus de maîtres ni d'esclaves et que vous formiez « tous un peuple de frères. » Ils ont répondu par le poignard.

Que de fois la Révolution n a-t-elle pas ouvert ses bras à ces perfides ? Que de fois n'a-t-elle pas pardonné ? Ils se relevaient pour la frapper par derrière. Elle eut enfin pitié du peuple.

Où sont les coupables ? Parmi les privilégiés, défenseurs Jusqu'à la mort de droits acquis par la fraude, ou

dans les Fangs des déshérités, réclamant leur part au soloil '. — Avec Tartuffe écrivant : « La liberté de conscience est notre oppression >. ou avec les champions héroïques de la raison humaine?

Qui donc fut l'ennemi le plus acharné de la Révolution? qui voilait le Christ et les autels, faisait otdonner le carnage par la bouche de la Vierge, prêchail le meurtre au nom do Dieu et vouait à la mort une classe entière de citoyens ?

Qui, le pied sur la gorge de l'humanité, lui posa cette sanglante alternative : n Meurs ou tue ! »

La Révolution n'a fait que se défendre. Levant sur ses ennemis l'arme du Père Duchetne : i Prenez garde, dit-elle, je vais frapper, «

Ils n'eurent de repos qu'après l'avoir contrainte i se souiller de leur sang. Que ce sang retombe sur Its provocateurs!

Eh! qui brandit les haches de septembre, sinon Brunswick et ses compagnons, utopistes d'un paysa^ de ruines sur les bords do la Seineî Qui jette Louis XVl sur la planche fatale ? — les rois et les émigrés. Les apôtres du mercantilisme traînent les Girondins à la mort. Les noyades de Carrier sont l'œuvre des prêtr« de Vendée ; et c'est au pape et aux cardinaux qu'il faut demander compte du massacre de la Glacière.

Les femmes d'Avignon coupent avec des ciseaui les lèvres do Leseuycr, ces lèvres coupables d'avoir prononcé le mot de liberté.

Le curé constitutionnel de Machecoul est crucifié: puis, comme c'est un dimanche, la populace cetholiquc s'amuse. Elle fouille les maisons, précédée d'un piqueur. A l'aspect d'un patriote, il sonne la vue; la victime abattue, c'est l'hallali. En l'assommant, on donne le signal de la curée, et les femmes accourenl avec leurs ongles, les enfants achèvent à coups de pierre. Dans cette mémo ville, cinq cents républicains

sont jetés au fond d'une fosse, et, lorsque les bleus arrivent, ils aperçoivent sortant de terre une main dont les doigts crispés serrent une touffe d^herbes. Partout où se produit le mouvement pudique et religieux, les soldats sont rôtis dans des fours, enfilés par une corde en chapelets vivants, poignardés sur l'autel après la messe, cloués aux portes des églises... « Assez! » criez-vous. Oui ! vos nerfs tressaillent, votre chair se révolte. Tant mieux si vous souffrez! les victimes aussi ont souffert.

De quelle colère ne devaient point bouillonner les cœurs patriotes à ces lugubres nouvelles? Quelle pitié méritaient de pareils monstres? Ils s'étaient mis hors l'humanité, et la foudre révolutionnaire tomba sur leurs têtes. Le Comité de salut public donne l'ordre de détruire les repaires des brigands ; les généraux l'exécutent. Rien de moins semblable aux boucheries sacrées que ces rigueurs inévitables de la guerre civile; et il faut de la bonne volonté pour associer les granges vendéennes à l'albigeoise Béziers (1). Bouchotte écrit à Santerre d'épargner les villes où les républicains sont en majorité ; et des indemnités sont accordées à ces malheureux.

Qu'elle serait belle si elle s'était laissé égorger, la République ! Qu'elle serait belle , pâle dans l'ombre avec sa plaie au sein, sur les dalles de la Morgue ! C'est

(l) Un moderne père de l'Église, l'honorable Éric Isoard, accuse les républicains d'avoir traité Chollet comme Béziers le fut par les croisés de Montbrt. — Chollet n'a été brûlé que deux fois, savoir : en 1794, par le catholique Stofflet, garde-chasse et général vendéen ; et en 18G4, dans le Journal des Écoles^ par le très catholique Eric Isoard, le même qui dans le Phare de la Loire, toujours en 1864, a tue Lepelletier de Saint-Fargeau d'un coup de pistolet. Que dira de ce meurtre, dans l'autre monde, le garde du corps de Paris, qui s'imaginait avoir passé son sabre à travers la poitrine du pauvre conventionnel ?

dans cette attilude ([n'on l'aime : mais elle vous a j'oi un mauvais tour, messieurs cis l'oraison funèbre. B a broyé ses ennemis, et, bien que déchirée par « mensonges, elle vit encore dans l'histoire.

Chantres doucereux du martyre, qu'on sent bien poison de vos paroles ! Vantez la gloire des lorlurt^, bonheur des supplici<^s; ressassez les recommandatiiH du Christel de saint Pierre. <• Souffrir est plus t que punir, > n'est-il pas vrai? Allons! couronnra^ fleurs la victime qu'on miine à l'BUtel.

Sanguis marti/rum, xemen marlrjrum! Sang d martyrs, semence de martyrs ! — Bi'ate ironie !

La bravade de Tertullien ricane d'une façon sini sur le corps d'Uypatia, aux lueurs des bûchers et cl&: Saint-Barth^lemy, Où sont ces milliers de i vigoureusement argumcnK^es par le fer et le feu! 1 foi des Dominique refleurit sur le sol arrosti du s des sectaires ; les pays les plus persécuti^s pour sont devenus les plus orthodoxes, toujours en veP de l'axiome : Sane/uis marti/ruin...

Quel scandale ! la matière étranglablo à merot révolte contre ses légitimes tortureurs. L'ilote mordt main qui le frappe. Débauche d'orgueil I le martyr sOi do l'état sublime de rt^signation pour se plonger d la vengeance ; il dédaigne la tirade poslbumedespoètt et des rhéteurs.

Si, fermant les yeux aux souffrances populaires les hommes qu'on veut salir de boue et do sang avaiei aspiré à longs traits l'opium philosophique; s' sant du pied la femme et l'enfant en guenlU^ 1 s'étaient réfugiés dans les temples d'abst l'action a" des filles célestes ; s'ils n'eussent témoigné qu'iiil haine platonique contre l'immoralité, et que d'bén^ ques poissardes, montées sur des canons, a'easaen pas été chercher le roi et la reine à Versailles, le moye ^''e relevait la tête, et nos adversaires d'aujourd'hn

n'auraient pas la satisfaction de renier et d'outrager leurs libérateurs.

Ces monstres ont sauvé la République ! voilà leur crime inexpiable^ dont je ne les disculperai pas. Ils ont voulu le triomphe de la raison humaine ; et bien que les coalisés de la haine, unis dans le baiser de Judas, aient porté un coup à cette œuvre, la voie néanmoins reste ouverte ; on ne la fermera plus.

Pauvres frères foudroyés ! oui, vous fûtes grands pour rallier ainsi contre vous tous les ennemis de l'esprit humain ; vous fûtes sincères , puisque les avocats de tout coupable blasonné n'ont jamais plaidé en votre faveur une circonstance atténuante ; vous fûtes terribles au crime^ puisque l'intrigue s'est acharnée sans trêve à vous défigurer et à vous noircir.

C'est que vous ne connaissiez point l'art de souiller avec de douces paroles, de tuer décemment, d'égorger le sourire aux lèvres. Vous ne coquettiez point avec la postérité ; vous ne vous êtes pas marchandés, vous vous êtes donnés. Grands par la haine ! grands par l'amour I

Nulle accusation no reste debout contre Hébert, a On ne s'e^t pas contenté, dit-il dans une séance des <c Jacobins, d'arrêter mon journal, on a envoyé dans a mon pays natal d'autres intrigants pour prendre des « renseignements sur toute ma vie. Ils ont découvert a qu'à l'âge de seize ans j'eus un procès criminel pour et un de mes amis indignement persécuté, dont je pris et la cause en main. On vit que j'avais tenu tête à un < des anciens parlements, bien qu'il y eût alors quel- « que danger. On vit que j'avais toujours été libre ; on a vit que j'étais républicain à seize ans et que je « m'exerçais déjà contre les despotes. On vit de telles a choses que l'homme qu'on envoyait s'écria : « Il est et bien malheureux qu'on ne puisse obtenir prise sur « ce coquin-là. »

La meule aboyante prit sa revaiiclielorsijue If cliampioii fui tomhi^ de la brèche. Elle compci lé^i^nilp (le son ennctiii abaltii. Malhcureuseaieol|i elle, ces ranlômes, si menucanls de lutn, s'éranO sent uiissilàt (iti'on le^ touehe. l'n éerivainpcusii9[ d'iiêbcrlisine, M. Louis Blanc, a restitué à U<^berL priorittl du l'i're Duchenne, môme contre le f habile et le plus aecrédité do sns plagiaires. LareiO qualilo n^poiisc d'ilrhcrt à Camille Desnioulins, n$ (iiiito par lo liépuhiieain français, a"' 419 et 420,A a inilii's à tout un passe do travail et de i sycophaiites, il est vrai, ont soin de ne pas la et parce Jju'clle est pêremploire. Que leur importa vrai Heur but est d'étrangler tout homme gênant, politique comme en histoire.

Aussi, que d'imagination dépensée dans ce b Les uns comptent Hébert parmi les meurtriers à princesse de Lamballe I A cette heure même il si^ à la Commune^ à moins dp jouir du don d'ubiquit ne pouvait éLre aussi à la Force. D'autres luiattrilil les persécutions essuyées par Prudhomme, sob< frère de la presse, et Prudhomme, arrêté trois tm les Comités, est cliaque l'ois mise en liberté surl'dl de la Commune. Enfin, pourquoi la déposition Mario-An loin elle, résultai d'une enquête que je point à contrôler, et imputable au Conseil tout eiï dont il n'est que le rapporteur, retombc-t-elleobst ment sur lui seul'f

Mais la palme appartient à Mallet du Pan, qui éi à deux millions la fortune laissée par Hébert, (i^ cuse d'avoir reçu un autre million pour faire évalJl reine. En touchant ce prétendu million, Hébert tf dit cette excellente plaisanterie : t Si je ne peut {Il sauver, je la ferai périr, d

Mallet du Pan lâche sa calomnie et ne s'ioqiiî pas du reste. Or. tous les hicns d'Hébert et de

femme ont été confisqués. Arrêtés à l'improviste, ils n'ont pu rien mettre en sûreté. Qui a jamais entendu parler de valeurs quelconques saisies chez le père Duehesno? Si Ton eût trouvé seulement dix mille francs, la postérité lui reconnaîtrait quarante millions. La vérité est qu'Hébert est mort sans le sou.

Certaines attaques sont des éloges ; et les insulteurs, panégyristes inconscients, accentuent par leur violence même ce que je ne puis que sous-entendre.

Mais laissons Hébert, car Hébert n'est pas seul. A côté de cette figure animée, pleine de mouvement et do vie, voici le doux regard de Ghaumette, le front inspiré de Glootz.

Clore Vvre antique et inaugurer l'ère moderne, ce fut la grande œuvre entreprise par ces hommes. Ils voulurent substituer enfin la réalité aux théories, et à la place du bon plaisir divin et terrestre faire régner la justice, la vérité, la raison.

Le roi au Temple et les avocats à la tribune, ils ne crurent pas la tâche terminée. Toute tyrannie était leur ennemie, celle des corps et celle des âmes. Las de s'apitoyer sur des souffrances ambitieuses, ils n'eurent plus qu'une pitié : le peuple mis en croix.

Ces hommes sont le cœur de la Révolution. Toutes les douleurs, tous les désirs de l'humanité aboutissent à leur douleur et à leur désir. Ils savent retrouver ces accents qu'inspire la nature à Sophocle, à Térence et à Lucrèce, ces tressaillements profonds à l'aspect des chairs et du sang, ces haines vigoureuses de la vertu en présence du crime. L'océan humain a été remué jusque dans ses abîmes, car une vase étrange monte à la surface. Ténèbres des bouges, cloaques fangeux, pain de sueur et d'angoisses, femmes et enfants flétris, tout un monde de hideurs, voilé par la dorure des cités, surgit à la lumière, envahit les palais désertés de leurs maîtres, et, par la voix de son vendeur de con-

IremarijiK^s HoIjltI, iIl' son mousse CUaumette, fait ( tendre sa triste plainte.

La Commune adopte le vieillard, l'infirme, Tpatu elle a une pensée pour le inisL^rable, le d<^shérilé, f le malade, au'[uel elle envoie des livres; elle aère assainit les prisons, donne une tombe au suicidi^ el supplicii'-, dont elle prend l'enfant en tutelle; 001 des ateliers aux femmes; et en face des couvents l truits, des prostituées proscrites, relève la grande ï lime d'une sociétt^ sans entrailles, la fille-mère.

Qui dicta ces choses ? Le coeur.

Fait remari] uable encore et laissé dans l'ombre | riiisloire, lorsque la Convention, l'-prise du cûun Spartiate de Lepelletier et de Robespierre, rejetta: projet de Lakanal sur l'instruction publique à plosiffl degrés, ce sont les Héberlîst<s, les aiilorités de Pi alliées à Fourcroy et aux savants, qui forcent la G vontion à revenir sur sa résolution malheureuse. ^^

Hébert, eu proie à une sorte d'impatience fébri comme s'il sentait le terrain manquer sous ses pis fatigue les Cordeliers et 1rs Jacobins de ses appels . faveur de l'instruelion publique ; il téclamc à gnJ cris des maisons pour les estropiés et les iufim Chaumelte déclare la guerre auï charlatans el aox i ploi tours.

Di''s le matiu, le philosophe Anaxagoras, avec large et bonne figure, ses yeux noirs du Nivei SCS longs cheveux, siégeait à la Commune. Au milh de cette foule sans cesse renouvelée, en lutte avec 1 difficultés inextricables d'une ville en révolutu Anaxagorc, calme, poli, affable, avait nue parole une pensée pour tous.

L'émeute ne fit pas trenlibler sa votx, les trioat^ ne la rendirent pas hautaine. SI la séance so pnm geait, cet homme, dont les royalistes ont fait un 1 vcur d'ai", lirait de sa poche un morceau de pain,

chevait, sans quitter ses fonctions, un frugal déjeuler. Apres midi, il se rendait aux Filles-Dieu, dans ces pauvres quartiers des Gravilliors où Léonard Bourdon vait élabli une école ; et là, tous deux expliquaient à es travailleurs le but et le sens de la Révolution, iniiaientces simples aux enseignements de Thisloirc, aux érités de la science; appelaient de leurs vœux et de 3urs efforts les temps bénis où tombera la grande [légalité et la grande servitude : l'ignorance.

Glorificateur du travail et do la pauvreté, ennemi éclaré des parasites, ce paysan de la Nièvre, chassé ar les prêtres, embrassa tout ce qui pleure et tout ce ui souffre dans sa grande pitié. Vivement pénétré des ouleurs du peuple, parce qu'il était peuple lui-même, t sans cesse occupé d'y porter remède, ne puisant ses très que dans les services rendus, et non dans le presge d'une autorité brutale, Chaumette apparaît comme ) type idéal du magistrat.

« La société, disait ce grand citoyen, est renversée, il faut la remettre sur ses pieds. Le premier rang appartient au citoyen utile, au travailleur, au paysan. L'oisif et le parasite doivent retomber dans le mépris où ils ont si longtemps tenu leurs esclaves. » Et ressentant Tavenir, il réclame avec Homoro le parge agraire des biens nationaux qui^ devenus la proie î l'assignat avili, vont créer une nouvelle caste.

A l'héroïsme du bon sens et de la raison tous ces ébertistes joignent encore l'abnégation la plus comète, l'horreur de toute distinction et de toute gloriole ai tendrait à exalter l'individu au-dessus de l'idée, ébert, honoré d'une couronne par la Commune, la 5poso sur le buste de Jean-Jacques. Et tandis que la aison Duplay, domicile de Robespierre, est un muum où partout se reflète Timage adorée de l'incoriptiblo, Chaumette s'emporte en plein conseil contre [1 graveur qui veut faire son portrait :

o Je me suis empressé de lui faire délense dp coiil t tinuer, en lai offrant de l'indemniser du travail faiti a J'ai eu pour réponse que le graveur Bonncvilic i^ a voudrait pas abandonner son entreprise pour mil'' I écus... J'ai considéré que c'était faire renaître panEij ■ nous un genre d'idolâtrie qui ne convient point» « des hommes libres, et jo lui ai tait défense cxpriv; « de continuer son travail, car mon droit de propivi' * doit s'i'lendre au moins jusqu'à ma fi^re (1). i

Rendons justice au siècle : sur ce point encore ms grands hommes ne sont pas Hébertistes. |

La fètc de la Raison elle-même, texte de tani * moqueries, n'en reste pas moins comme une date lunt neuse, mi phare qui éclairs la Révolution et jellfa luour dans l'avenir, i

La icmmc, arrachée à un idéal mystique, n'a pi* pour but que la famille et la cité. L'art retrouve ni piédestal. A la vue de la liberté et de la science déifie^ le monde pousse un cri d'espoir.

Ce culte emblématique fut tellement aimi' 4(4 patriotes, que les Robcspierristes, en le détruisant j Paris, durent le ménager dans les provinces, cl quffl armées ri'-puljlicaines marquèrent longtemps encore H

s de leurs conquêtes par des temples à la Juslicffl H la Liberlé. I

Comonl desCordeliers, oii Etienne Marcel tint*' assises, monument où par éclairs s'émancipa la rai-« humaine, où travaille aujourd'hui la science reine * l'avenir, je Jio puis te contempler sans émotion. TufŒ véritablement l'âme de 92 et de 93, A côté du soniW cloître des Jacobins, Sinaï bâtard où détonne la s»''(l) parole de Robespierre, retentissent les grands Cor^ liers, pleins de vie, de sève, débordant d'enthousiasut!

■lillo a passé outre, et son œuvfc, queji i^uï, rappelle à la fois les traits et la modîS ■r.c de bien.

atre des cerveaux bouillonnants. A chacun sa tâche. s Jacobins furent l'organisation républicaine, dure, )ide, négative, fille de la Fatalité et des circonstan- 5 ; mais les Gordeliers, c'est l'élan et l'initiative, ujours ils se trouvent en tête des grands mouveîuts de la Révolution. Là éclatent Danton et Desmous, lorsque l'espérance est vivante dans leurs canus, qu'ils n'ont pas encore perdu leur virilité sur le n d'une femme. Marat mugit avec la rage du joueur i voit en péril l'enjeu de toute sa vie, la Révolution, bert, Chaumette, Vincent, Momoro, élèvent l'épouatable drapeau des souffrances populaires. Théroigne éroïque évoque la femme, cette grande opprimée B la science n'a pu sauver encore du mysticisme, is silence ! Ecoutons un inspiré; le Prussien Clootz a parole.

Clootz apparaît comme Tange de la Révolution, le au de ralliance entre la France et les peuples. Nulle jche n'a trouvé des paroles aussi étrangement belles • l'unité humaine. Nul esprit n'a sondé aussi avant is les siècles, contemplé d'un œil plus sûr, d'un nt de vue plus élevé, l'avenir de la République et inonde, n'a proclamé avec tant de foi le symbole de : ^othe-Seigneur le Genre Humain. »

La plus grande figure de la Révolution française it un Allemand. Homme des vastes utopies et des 'izons sans limites, âme et cœur de poète, cet apôtre la fraternité universelle, le premier passe le Rhin ;c l'olivier de paix. La fatale barrière, tant de fois igie du sang des deux peuples, devient dans ses es la grande artère d'une même patrie habitée par . frères. Infortuné ! De ces deux pays dont il médite ornolle union, l'Allemagne le proscrit ; la France, à uelle il se donne, le jette à l'échafaud. Baron prusa et riche, il échange ses millions et ses titres contre nom de citoyen ; il se fait l'ennemi des rois, le

champion de l'opprimé, du pauvre, et son sang tiioik le sol républicain où il était venu chercher l'hospiï hté. Malédiction sur ce sinistre pontife de l'Etre s prëme qui a souillé d'un tel crime noti'c fojer. ( immolé la victime innocente sur l'autel de Tauride:

Hébert fut l'ami et le compagnon de ces homoin voilà sa justification et sa gloire. Ils ne se sont poil séparés dans la vie, ne les séparez point dans la id«{ Clootz proclamait de sa parole la plus vibrante, àe^ geste le plus inspiré, les principes d'humanité tl < justice; Chaumctte les mettait en pratique, et W\ii les inculquait au peuple sous la seule forme lais ouverte par l'influence cléricale et royaliste. Dan; i> histoire de la Révolution, si élevée et si vraie de pM de vue, mais parfois si légère d'appréciations, M ) chelet ne rend point aux Hébertistes toute la jusu qu'on était en droit d'attendre de lui. Permis aux Loi Blanc, aux Thiers, aux Gabourd, de méconnaitr^< mouvement fécond, mais non à M. Miehclet. Apt' avoir pendant trois volumes flagellé indistinctervi Hébert et Chaumette, le plus voyant de nos historié s'est aperçu enfin qu'il bâtonnait des amis. Aussi, (i sant amende honorable envers Chaumette, dans k pages les plus touchantes de ses deux derniers voli mes, M. Michelet se fonde sur l'hypothèse arbiint d'un dissentiment entre Anaxagoras et Hébert pi refuser à ce dernier toute réparation. C'est unepo fantaisie. Chaumette n'a jamais séparé sa cause de i^ de ses amis, lui qui se présente tant de fois à la fo* rite dans ces simples paroles : < Hébert et moi, 'i^l lecture du Père Duchesne, la conduite d'Héberl il Commune en l'absence de son chef, tout démoH invinciblement leur communauté d'action et de p<"-

Quand Robespierre, marchant à grands pas " une sorte de papauté, exécuta ses variations sur' motif de la liberté des cultes ; lorsqu'il lança Vei«*

nunicâtion contre les athées et les impies, cette atta- [ue troubla un peu le parti qui s'était affirmé à la fête le la Raison. A croire le prophète du grand Allah, le anatisme expirant rendait son dernier soupir, lorsque les stipendiés de Pitt et Gobourg avaient voulu le essusciter par la persécution. Cet air perfide manque arement son effet ; il fut d'autant plus goûté que îhaumette, par une mesure inopportune, venait de 'aliéner les comités révolutionnaires.

Aussitôt la réaction spiritualiste déborde de toutes >arts ; on peut suivre pas à pas ses progrès. Le 28 noembre, Chaumetto rapporte son arrêté du 23 sur les ►rêtres. En vain convoque-t-il les comités révoluionnaires à la Commune pour le 4 décembre au soir. >ans la matinée du 4, Billaud-Varenne fait défendre lar la Convention à toute autorité de convoquer les omités, à peine de dix ans de fers. Le 6, Robespierre, ous prétextp de liberté des cultes, fait triompher les eligions révélées. Le 7, Hébert, aux Cordeliers, est bligé de déclarer qu'il n'a point pris part aux tentaives de Ghaumette contre les comités; le 11, sous le oup de l'épuration des Jacobins, il déclare n'être point thée, puisque la liberté était son dieu : — un déisme assablement moqueur, comme on voit. Enfin, le 12, lootz, naguère président des Jacobins, en est expulsé iir un signe de Robespierre. La Société, aussi parfaiîment dressée que celle des jésuites, fonctionnait avec )ute la passivité désirable.

Entre' ces dates se débat la crise suprême de la évolution. Mais que ressort il de ces lamentables éripéties? C'est que tout ce monde hébertiste, jeune, nprévoyant, habitué à parler et à combattre en plein >leil, à nommer les hommes et les choses par leur om, était incapable de lutter contre le pieux machiaélisme des mystiques. Il y eut défaut d'union et d'enîmble, manque complet d'organisation, débâcle, tant

qu'on voudra ; il n'y eut. jamais apostasie ni trali- Au mois de fi5vrier 94, quelques jours avant son arntalion, la tête sous le couperet, Hébert profite de ii fêle ct'lébrée dans le temple de la Raison, en réjoui;sance de l'abolition de l'esclavage, pour faire eneorf un courageux panégyrique de son ami et colli'fi» Cbaumetle. 11 espère que les citoyens oublieront ui instant d'erreur au souvenir de tant de serviceî,i< adjure « tous les républicains de continuer à ne rew naître d'autre culte que celui de la liberté el^b <i l'égalité, en dépit des cagots et des intrigants fi « chercbent à se raccrocher aux branches pour troii « per le peuple et l'égarer. > Cette finale devait sonne assez désagréablement à certaines oreilles.

Comment donc expliquer ce parti pris de dêni^ ment de la part d'un écrivain tel que H. Michelet? b répugnance instinctive d'une nature délicate pourb style du Père Duchesne aurait-elle dicté ses jugemeot sur l'homme et sur l'œuvre ï Ce serait, en vérité, tr^ sacrifier le fond à la forme . Un peu d'indulgence, illusln historien. Votre plume n'est qu'à voua. Celle d'Hi^bfrt crache un peu, c'est vrai ; mais ne refusez pas de w qu'elle a servi à sa manière la cause défendue aujout d'huiavec tantde verdeur par votre incomparable talent

La génération présente a traité les Hébertistes a li façon du tribunal révolutionnaire; elle les a condamnés sans les entendre, sur les dépositions de leui< adversaires. Il faut reviser tous ses procès brusque; qu'on s'efforce de rendre définitifs. La vérité est tcilfment puissante qu'elle arrache même à la haine h aveux singuliers. Le remords perce sous l'outrage.

IjC panégyriste de Louis XVIII, Paganel, après avoi: l'Crit ceci : « Tout espoir de préserver la Républiil* B d'une sanglante anarchie et le peuple français dei " plus avilissante dégradation s'évanouit sans reltmt < quand Hébert put à son gré travestir en indéceDM

caricatures la religion, la pudeur et la vertu, opposer un cynisme grossier à Turbanité nationale, et, par le mépris des lois et des mœurs, faire passer sous le joug d'une multitude effrénée la nation, les magistrats et les législateurs. »

Eh bien, Paganel, qui n'est sans doute pas un comi*re, s'oublie au point de dire plus bas : « Avec quel étonnement nos neveux apprendront que l'auteur de ce journal, qui chaque jour appelait la multitude à l'insubordination, les dépositaires de l'autorité à l'injustice et les deux sexes au mépris de la décence; qui, pour rappeler les hommes à l'égalité, n'élevait aucun rang, mais les faisait tous descendre dans la classe la plus grossière et la plus avilie, qu'Hébert n'était rien moins que grossier, immoral et féroce. Une physionomie douce, une gaieté aimable, un esprit orné, le faisaient remarquer parmi les révolutionnaires, et son éducation ainsi que ses talents promettaient bien autre chose à la société que la composition d'une feuille séditieuse, et à lui-même que l'échafaud. Le fanatisme de la démocratie l'égara. Hébert devait croire que les hommes qui ne montraient que de l'audace sans génie disparaîtraient, et que la liberté, survivant à leurs fureurs, appellerait autour d'elle ceux qui pourraient par des lumières et des talents consolider son empire... S'il aspira à la domination, ce fut pour un autre temps que celui où il secondait les entreprises de la Commune.. . Il faut avouer que les biens de la fortune, étaient ceux dont les hommes de son caractère et de cette époque s'occupaient le moins. S'ils dépouillaient leur ennemi, c'était pour enrichir la République. Elle ne fut ruinée que par les intrigants qui succédèrent à ces héros de la pauvreté et de l'anarchie. Le désintéressement était chez ceux-ci une sorte d'orgueil, comme l'amour de la liberté un fanatisme. »

Témoignage précieux que i'oii no peut assez sifiii- 1er. Je transcris encore cetie page écrite avec une sii* d'amertume : ■ Chaumette n'était ni ' un inslnimi « passif ni un aveugle séide. Il était riche de son pf^ « pre fonds. Il savait également appliquer aui à- B constances et la langue des halles et un style sévri^ ( ment populaire. Je l'ai vu à la barre, s'humiliai

• devant la puissance de la Convention, s'atlendrissai'

• sur le tableau dressé par lui-même des misères Ji| « peuple, soutenant le crédit de l'aulorité municipal* B par une éloquente exagération de ses travam « et de ses sollicitudes, et se promettant, tribui - séditieux, d'opposer bienLot le peuple à la Coo-

« vention Chaumette était passionné Jusquai,

« délire pour ce qu'il nommait liberté, A ce molJ « avaitlegesteet le langage d'un inspiré, Athéeeffrot^ " ou jouant l'athéisme, il fit la guerre au vicesai^ « amour de la vertu, il professa une austérité de mœ»'' « qui aurait honoré la vertu la plus pure ; la sitnplia cité, la modicité, une gravité décente, composaiei « son extérieur. Il avait l'habitude des privations.- ■

Héros de pauvreté et d'anarchie ! Voilà pourtant^ langage d'un ennemi, et d'un ennemi déclaré; cai'i cri do la conscience étouffée, la protestation involoitaire contre le mensonge et la mauvaise foi.

Je comprends pourquoi la Doctrine dispose son «■ don sanitaire et répand son encre boueuse. Il faut bifi défigurer tes victimes : si on allait les reconnaître '

Que spirites et chrétiens unissent leur voix lii'^ l'hymne à Robespierre : it sauva ta superstition. 1^ rhéteur, ami de l'autorité et des dogmes opprf^i'» frappa dans la vaillante Commune l'avant-garde dcd pensée humaine, le libre génie de la terre dont rf* portait te drapeau,

Héljert, Clootz, Chaumette, peuvent être rantr parmi les martyrs de l'idée, à côté du Bruno, de \aniv

le Servet. Le jageineût qui les condamne est un jugenent dogmatique pour cause de religion. On reproche i Chaumette son arrêté contre les prostituées qui serraient de garantie aux honnêtes femmes ; à Clootz, sa lépublique universelle, Tantithèse du chauvinisme acobin ; à Hébert, sa vie infime et accidentée, le langage grossier de sa feuille ; à tous enfin, d'avoir reçu les guinées pour déifier la raison et prêcher Tathéisme. C'est déjà le thème moderne : la famille, la morale ît la religion. Fouquier-Tinville et Dumas, comme >aint-Just et son maître, sont les précurseurs directs les Jean de Broë, des Marchangy et des Jacquinot- ^ampelune. Rien n'y manque, pas même l'insulte aux raincus. On mêle artistement au procès les festins de [och destinés à faire ressortir la frugalité des purs ; et a diplomatie robespierriste triomphe dans l'accusation le vol, cet accompagnement obligé des procès poliiques, machine odieuse employée déjà contre Brissot, mis contre Jacques Roux, et qui frappera bientôt Danon. Le tribunal se déclare suffisamment éclairé après m simulacre d'interrogatoire, et Cofflnhal se vante l'avoir falsifié le compte rendu des débats.

Ils surent mourir. Déchiré par l'acre parole de Ro- )espierre, mordu au cœur et brisé dans ses pensers les )lus chers, calomnié et assassiné par cette patrie d'aloption à laquelle il s'était donné tout entier, Clootz ne >ousse pas un cri, pas une plainte : « France, guéristoi des individus, » murmure sa lèvre sereine. Et devant le tribunal révolutionnaire : « Il serait singulier qu'un homme brûlable à Rome, pendable à Berlin et rouable à Vienne fût guillotiné à Paris. » « Toute défense est inutile, dit Ronsin à ses compagnons, ceci est un procès politique. Vous avez parlé quand il fallait agir; il faut mourir. Tôt ou tard les instruments des révolutions sont brisés, mais : le peuple nous vengera. »

— fii —

Si quelquos-uns se déscspi^rcnt, c'est sur ravcnir| non sur eux-mfjmcs. i Ce qui me lue, s'écrie HélxrB

• cVst que la Bi^publique va périr. » — « Non, réplil

• que Ronsin, elle est immorleile. •

Le jour où la République périt en effet dans sa sr et dans son originalité fut un jour de fête, éclairé p; un beau soleil de printemps. Di''s l'aube, la spéculatioii avait élevé sur la place des estrades et des banquelta qui furent payées fort cher dans la journée. Une mull titudc bien mise, rayonnante de joio et d'espérancfJ encombrait toutes les voies qui conduisaient à l'eifen-l lion. C'est que la grande armée des contre-révolution-' naires, réveillée chaque matin par la trompette du Père Dtichesne, s'était ébranlée tout entière. Les royalistes venaient voir tomber la tète de l'ennemi de Louis XVI et de Marie-Antoinetto. Les riches saluaieni le terme des emprunts forcés, la défaite du sans-culoitisme, le retour de l'ordre, de la religion et de la dtcence. Les moins empressés ne furent pas les théistes, et les chrétiens des diverses sectes, altérés du sang d^ athées et des anarchistes.

Ces excellents citoyens, déjà fort en liesse, eurcni le plaisir d'une double surprise. La première appartient à Camille Desmoulins; l'honneur de la secondi' revient tout entier au bourreau. Camille, inquiet sur» proie et toujours courant dans celte journée du 4 germinal ( • toute la canaille est pour ces scélérats •. répétait-il), l'attiqueetspirituel Camille s'ingénia à trouver un intermède qui put avilir les condamnés ^^ abreuver d'amertume leurs derniers moments. Par sw soins une bande d'émissaires, portant au bout de longues perches, les fourneaux du Père Ducheane, et faisant retentir l'air des laz/is habituels de cette feuilli', accompagnèrent la charrette jusqu'à l'échafaud.

L'aristocratie ne s'était de longtemps trouvée i pareille fête. Elle riait aux larmes. Ce succès de Camilli

que au vif le bourreau, qui veut pour sa part conibuer à l'ivresse publique.

Raffinement inouï I Lorsque Hébert dc^jà couché sur

planche, le cou emprisonné dans le collier fatal, tend la chute du couperet, le bourreau, à diverses prises, fait descendre à moite, puis remonter le fer, olongeant ainsi, aux féroces applaudissements de la ule (1), l'agonie du patient, avant de précipiter la * ort sur s^ tête.

La calomnie ne pouvait abandonner Hébert sur îchafaud. C'était bien le moins de le faire mourir en che; elle n'y a pas manqué. Mais elle a reçu un Mnenti de deux témoins irrécusables, l'espion Sénard Georges Duval, l'auteur des Souvenir^ de la Ter- ?Mr. Hs l'ont vu à côté d'Anacharsis^ calme et insenble au milieu des huées, promener son long regard ir la place de la Révolution, et ces deux faussaires, jceptacles de mensonges royalistes, méritent d'être *us lorsqu'ils apportent une allégation favorable à ?s républicains. Dans sa prison, Hébert, à la pensée Il désastre qui engloutissait tous ses rêves, avait eu îs accès de fureur et de désespoir, mais il retrouva sa ignité devant la mort.

Chaumette, épargné un instant, parce qu'on redoulit sa popularité, garda au tribunal une attitude leine de noblesse. 11 déclara répondre moins pour sa

(1) Le public qui honorait de sa présence l'exécution îs Ilébertistes était exclusivement composé des classes sées. Le peuple, consterné du coup frappé sur ses guides i prédilection, avait tui le sanglant spectacle de sa déite. — Par ce moulinet de guillotine en dehors du proramme, flatterie délicate à l'adresse de son public d'élite, bourreau prenait couleur et faisait acte d'opinion polique. C'était évidemment un modéré, ce qui ne nuisait en en à ses fonctions et ne Tempéchait pas de décoller prorement, chaque jour, bon nombre de ses coreligionaires, avec autant d'impartialité que de philosophie.

défense que pour sa mémoire. On le conduisit à la mort entre la Lucile de Camille Desmoulins et la Jacqueline d'Hébert, étroitement unies dans le malheur: « Peuple, disait-il, vois la récompense de ceux qui t'onl aimé. » Et se redressant dans une malédiction suprême, il ajourna ses assassins à Téchafaud.

Cet autodafé fut la joie des royalistes et le deuil des patriotes. A la première arrestation de Ronsin, Gaillard, Tami de Chalier, se perce le cœur, et le lendemain de l'arrestation des Hébertistes, le patriote Ancart proclame avec tant de chaleur à la tribune des Cordeliers son indignation et leur innocence, qu'on l'envoie rejoindre ses amis. Les condamnés purent voir sur leur passage les bustes de Marat et de Chalier joncher les rues ; ils purent entendre VHosannah et le Dîes irœ, si longtemps comprimés, sortir de terre. Le royalisme devient si menaçant, que Robespierre se voit obligé d'abattre la tête tout à l'heure triomphante de Dcsmoulins et de Danton.

Contraste éloquent I c'est après la mort des ultrarévolutionnaires que la Terreur atteint son apogée. Avec eux périt la Terreur franche et mouvementée, née sous les canons de Rrunswick et les poignards des gardes du corps, qui s'attaque aux têtes puissantes et ne frappe que pour défendre le principe humanitaire. Maintenant, la raison est morte, l'Etre suprême a triomphé ; c'est la Terreur louche, morne et froide, la Terreur sacerdotale, hypocrite et sans but, qui sacrifie aui pieds du Moloch des porteurs d'eau en goguette, des laquais ivres, des femmes, des enfants. Fatalité de l'idole I à peine édifiée, elle réclame du sang et des victimes. Les fournées sont des holocaustes, les juges des sacrificateurs.

Dieux, prêtres et rois sont parents. Qu'y a-t-il entre Robespierre et Hildebrand ? une simple formule. - Entre. Robespierre et Chaumette? un abîme. Les sou-

verains ont pleurt^ Robespierre, Napoléon lui trouvait de la suite ; et son coup d'Etat de germinal, ses velléités religieuses, lui recruteront longtemps encore des admirateurs et des dévots. Mais des athées ! des hommes qui ne voulurent plus d'autre Dieu que Thumanité et qui se sont laissé prendre ! L'histoire maudit, se signe et passe.

Ecoutons cependant les aveux échappés à quelques adversaires : « Ces monstres étaient doux, sensibles, humains, doués des vertus domestiques. »

M. Lairtullier, l'auteur, peu subversif, des Hommes eélèhres de la Révolution^ à\{ \ « Hébert, que l'on se a représente comme un croquemitaine, était un fort « bel homme, d'une figure ouverte, enjouée et bien- <r veillante. Sous le masque rébarbatif qu'il avait adopté, « il cachait l'extérieur le plus agréable et les manières « les plus élégantes. Chez lui se réunissait une société a toute épicurienne, à laquelle présidait une des fem- « mes les plus spirituelles du temps, Marie Goupil, ex- « religieuse du couvent delaConception-Saint-Honoré, « devenue sa femme. »

Desgenettes, chirurgien en chef de l'armée d'Orient, nous a laissé de cet intérieur un tableau plein de charmes. Compatriote et ami d'Hébert, qu'il avait aidé dans le malheur, il le retrouva, pendant un de ses séjours à Paris^ à la tête de la Commune. Hébert, plein de joie et de reconnaissance, n'eut de repos qu'après avoir emmené chez lui son ancien camarade. Desgenettes entra dans un appartement propre «t de bon goût, décoré de gravures de maître. La citoyenne Hébert vaquait aux apprêts du dîner. Cette femme, éminemment distinguée et patriote ardente, avait conservé un fonds de mysticisme dont son mari la plaisantait tendrement.

Bien longtemps après, Desgenettes semble avoir »ardé de cette soirée le plus agréable souvenir. Il

raconte les conversations d'Hébppt au sujet l journal II' Père Duchsxne, los moliTs qui lui B19 fait adopter ce stylo l'auhourien, source de tant de ventions et de clameurs. Esprit brillant, écrivaii verve, Hébert n'avait pas rongi de se faire l'interi] de la Rrvolution auprès du peuple, muré dans ignorance^ et méprisé des hauts philanthropes. Ce i pas au seul Desgcncties qu'il a donné ces explicati Arrêté par ordre du juge Buob pour outrage Madame Veto, il déclare qu'en rédigeant sa feuille c ce langage au gros sel, il a voulu se mettre à la pG des classes peu instruites, incapables de comprei la langue politique des salons et des asscmblëes. <'

Ajoutons qu'il avait parfaitement réussi, otqi Père Duchesne a été le journal le plus infltu Paris plébéien.

Si nous jetons un coup d'œil sur les personni de second ordre du parti héberlisls, le premier qu présente à nous est le géni^tral de l'armée révolut naire, Ronsin, l'homme le mieux trempé peulqu'ait produit la Révolution. Disons d'abord q» fougueux champion du club des Coi'deliers a laissé œuvres pleines de sentiment et de cœur.

Dévoué avec énergie aux idées nouvelles, peso ne garder aucune mesure avec le fanatisme religû Ronsin voulait soumettre la Vendée à la France, et subordonner la France à la Vendée. Aussi les mè voix qui criaient : « Pitt ot Cobourg t sur Hébei Glootz, l'ace usèrent-elles de trahison ainsi que Bi gnol. J"

Cette guerre de Vondée, comme tout ce quuj porte aux Hébertistes, a été indignement déngtni'

11 y avait en présence, dans l'arméo répu1>l^ d'un côté, l'arisloeratie des grades, la morgue milili le dogme de la soumission aveugle et de la force r^ les ci-devant Caudaux et Dubajet ; de l'autre, h

: Pautre, ky

îipes et les instincts égalitairos, la foi enthousiaste, le )as donné à l'énergie du patriote sur la routine du acticien, les sans-culottes Ronsin et Rossignol. A ces 'lénients de lutte joignez le pieux républicanisme de ^hélippeaux, et un choc sera inévitable. On vit bien out d'abord qui mettait l'intérêt général au-dessus dos onsidérations personnelles.

Deux plans de campagne étaient proposés : le pre- Qicr, celui de Ronsin, utilisait la levée en masse prolamée au son du tocsin dans six départements, et marhait droit aux Vendéens, pour les acculer à la mer ; I avait pour lui la majorité des généraux. L'autre, le lian stratégique de Grouchy et de Phélippeaux, trop fiilitaire, trop compliqué pour des foules ardentes, isséminait les troupes dans un but de mouvement oncentrique, et les exposait à être battues séparément.

Rossignol en fait l'objection, et, pour mettre à Taise amour-propre des états-majors bourgeois, propose à anclaux de lui céder le commandement, s'il veut nlrer en campagne par Sauraur. Canclaux refuse, et iOssignol déclare faire à son collègue le sacrifice de 3n opinion.

Rientôt les prévisions funestes du parti de Saumur 3 réalisent : Kléber, mal soutenu de Reysser, est battu Torfou, tandis qu'une terreur panique entraîne les olontaires de Rossignol à Coron.

Rien jusqu'ici que de très naturel. Malheureuselent, Phélippeaux s'était fait fort, si l'on adoptait son lan, de terminer la guerre en un mois. Il trouva comlode de rejeter cet insuccès sur des adversaires thébigiques. Un mouvement rétrograde de Ghalbos, réiltat d'un malentendu, et presque aussitôt réparé, uisque Chalbos se trouvait en ligne avant Canclaux, ui le reliait à Kléber, devient la base des imaginations !S plus inouïes'; et, bien que Kléber n'attribue sa délite qu'à la désobéissance de Reysser, Phélippeaux

crie sur les toits à la trahison, et de la tnêtne plume dont il rédigeait des actes de contrition et des catéchismes pour convertir les chouans, il écrit des libelles et des actes d'accusation contre les républicains.

Ce rapport de Phélippeaux, œuvre d'un imposteur ou d'un fou, jugé calomnieux par la Convention et les sociétés populaires, a été servilement suivi, comme document incontesté, par la plupart des historiens. Aucun ne semble connaître la foudroyante réponse de Choudieu, qui le réfute ligne par ligne. Pourtant la passion seule, et la pire de toutes, la passion religieuse, est capable d'expliquer les erreurs et les mensonges dont fourmille cet incroyable factum. Ainsi, Phélippeaux accuse l'état-major de Saumur d'avoir arrêté les envois faits aux Mayençais; et lui-même Phélippeaui assistait avec Merlin (de Thionville), Rewbell et Richard à la distribution des vêtements et des vivres, qui ne fut pas un seul moment interrompue. Selon Phélippeaux, Ronsin se tenait caché dans une étable, au moment même où, du témoignage de Choudieu et de Santerre^ Ronsin, déployant un courage intrépide, s'efforçait, un drapeau à la main, de rallier les fuyards, et courait au devant de la mort. Rossignol également serait un lâche. — Rossignol ! qui à Antrain, au premier rang, disait à ses soldats : « Vous allez dire que a vos généraux vous trahissent. Non, c'est votre « lâcheté qui perd la bataille. » Le pieux Phélippeaux. resté à Nantes pour parfaire son catéchisme, tandis que ses collègues suivaient les armées, accuse sous l'inspiration du Paraclet. Rien ne l'arrête : époques, lieux, personnages même, il confond tout. Et qu'importe, pourvu qu'il accuse I Laissons ces misérables productions de la haine.

Notre siècle de justes-milieux bâtards et de conciliation hypocrite comprendra-t-il jamais ces âmes vit>lentes et excessives, passionnées pour le progrès, im-

placables contre ses ennemis? Hébert annonce que la Révolution est venu mettre fin aux supplices et à la mort. Il propose des couronnes et des ri^conipenses aux régicides. Hébert est devenu riiomme de l'exécration universelle. Mais Clootz, ce jeune enthousiaste, qui traversa pur tous les excts de la R<^voIuLion, se fait pourtant l'apologiste des journées de septembre, et c'est GhaumeLte, le philosophe Chaumelte, qui, à la nouvelle des atrociti^s vendéennes,, réclame des mesures foudroyantes. L'annaliste, complice de la contre-révolution victorieuse, flétrit les mesures et supprime les atrocités.

Et voilà comme on mystifie les générations.

Les sectes, dont la sensiblerie cruelle innocente l'oppresseur et pleure le bourreau, ont repris la t&che d'aplatir l'humanité. On hébèle le peuple, sous prétexte de ie moraliser. En supprimant l'élan de la passion, on supprime la passion elle-même, l'homme ébranché n'est plus qu'un soliveau. La haine du mal, corollaire de l'amour du bien, s'évanouit dans les cœurs, et le faible, désarmé par philanthropie, reste sans défense.

L'histoire délivre ses brevets aux Washington, libérateur de son pays et propriétaire d'esclaves, aux La Fayette, escamoteur de révolution et fabricant de rois, mx Luther, ami des princes, ennemi des paysans ; à :ous ces mesureurs homœopathes du droit et de la ustice.

La philosophie, à son tour, presse dans ses bras les 'lonorables docteurs qui servent en même temps Dieu r't l'humanité, qui savent accoupler la monarchie livine et l'expansion humaine, confondre la charité et a justice, la liberté et la madone. Elle n'a qu'anathèmes ïour les génies oseurs qui, brisant ces lacs dorés, ren- .ersent d'un souffle les bâtisses derrière lesquelles l'abritaient la mauvaise foi et l'égoïsme.

Nul n'a jamais réclamé la justice, sans se voir entouré de la noire auréole du scélérat.

La liberté est hideuse pour de brillants oligarques, lorsqu'elle se dresse sous l'aspect fauve d'un Spartacus. lorsqu'elle brandit la torche des Jacques et traîne derrière elle la haine et les mis>res. Mais pour un monde égoïste et raffiné, quelle Méduse que la justice ! A cel aspect terrifiant, la terre frémit, les abus et les dogmes tremblent, l'intérêt et l'imposture poussent un long gémissement. Palais, prisons, cathédrales, vacillent comme dans l'ivresse ; les os qui blanchissent au soleil depuis des siècles ont tressailli d'espoir.

« Malheur à nous ! s'écrient le pontife, le noble et € le prince, en frappant leur poitrine. Malheur à nos < palais bâtis dans le sang, à nos droits élevés sur les « ruines du droit, à nos parcs-aux-cerfs gardés par la « morale publique ! Si la justice parle, nous sommes « perdus. » Elle ne parlera pas. t Ilotes, on en veut à « vos maîtres. Prolétaires, défendez l'exploitation qui « vous ronge. Sus à l'impudique qui veut fermer le? « sérails pour donner à tous la famille I Sus au prédi- « cant de spoliation qui dit à l'usurpateur : Restitue! « Guerre aux impies qui divinisent l'humanité ! »

Ainsi la blanche Vérité, assise sur le gouffre des âges, prend les traits d'une harpie. Le Droit devient un vil coquin, la Raison une prostituée ; l'astre créateur semble un sanglant météore, et, frappée par ceux qu'elle est venue sauver, la dresse traîne aux gémo* nies. L'infâme se tord dans le dornier râle. Plus dt^ spectre importun au banquet de Trimalcion. Caisse el principes, tout est sauvé. Moyennant finances, le Ciel se charge des remords, et l'histoire, des comptes avtn: la postérité.

Allons! chouans des premiers-Paris, verdets des confréries littéraires, débitez-nous votre onguent libéràtre. Liberté! dites-vous, illustres jésuites? Oui, pour

k'ous, liberté de jouir et de parler ; et pour les autres, le se taire et de souffrir.

Nous connaissons votre madone enrubannée et )oramadée, tartuffes de l'Etre suprême ou du rosaire. 1 y a longtemps que nous avons soulevé sa blanche unique ; et sous ces plis immaculés, nous n'avons rouvé ni torse ardent, ni mamelles fécondes, ni cœur ui batte, ni chair qui sente. Sous cette idole, vernie e phrases et de sophimes, nous avons trouvé — uoi ? — Des ficelles.

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