LA GIRONDE EN 1869 ET EN
8uel est ce mot de c libéral > ue les gens d'un certain calibre Placent toujours, tant bien que mal?
— C'est le climinutif de libre.
Lebrun.
F" Partie LA GIRONDE EN 1869
Nous revoici aux beau temps des Girondins. Cette race ergoteuse et bavarde a reparu avec son long cortège de périodes. Elle oppose encore Tobstacle du fédéralisme ; elle calomnie, disserte, ment, pleurniche. Tout est détrempé de ses larmes ou corrodé de ses impostures.
Même rage clabaudeuse, même verbiage, même ostentation philanthropique, même soif inextinguible de candidatures et de places. Masque de patriotisme ; fond d'égoïsme, d'envie et de couardise.
Sommes-nous d'hier ou d'aujourd'hui ? Seronsnous toujours sans yeux et sans épiderme pour les sanglantes leçons de l'histoire ?
Tu cherches des hommes, naïf Diogène ? rien que des revenants et des spectres^ plus nains et plus pygmées encore que par le passé. On dirait un sabbat de Lilliput.
J'ai vu nos beaux fils s'engouffrer dans le sombre vestiaire de 93. Chacun, fouillant dans les coins ou se carrant devant la glace, essayait la perruque, le faux nez, le costume à sa taille. Triste détroussement ! toilette pire que celle du condamné, où le vivant lutte avec la mort I II y a bien ça et là quelques vêtements inabordables, quelque toge difficile à porter. Mais à tous vont lès Pasquins de la Gironde.
Voici Pierre Brissot, master Brissot, Taustère collaborateur de Morande, avec son chapeau de quaker. Il aime tant Tégalité à distance, cet ami des noirs, ennemi des blancs, qu'il lui sacrifie de bon cœur les colonies et les colons. Il déteste si fort le sang, qu'il offrirait la Commune parisienne aux mânes des royalistes. Républicain sous la monarchie, monarchiste sous la République, le député défend avec passion les abus dénoncés jadis par le publiciste. Et c'est bonté d'âme, désintéressement pur. Le pauvre homme ! quatre ministères lui suffisent amplement à lui et à ses amis.
Voici sa bruyante pléiade, Ducos, le roi du bilboquet, avec la fleur des barreaux de Montpellier et de Carpentras, les tirades de Vergnaud, les fureurs dlsnard et de Barbaroux, le fiel de Guadet et Gensonné, Taigreur de Lasource, les amours et intrigues des Gorsas, des Carra et des Biroteau. L'officine à candidats, la grande machine parlementaire fonctionne pour Paris et la province. Les salons resplendissent de fleurs et de femmes comme au temps de Faublas, et la Roland y joue à THéloïse avec Buzot. Candeille brûle ses planches, Lodoïska sort de son armoire. Brigitte elle-même loue ses livres. Que les artistes se rassurent, les banquets ne manqueront pas (1). On cherche en-
(l)Le fameux Ijanquet des Girondins, ce thème inépuisable des poètes et des graveurs, n'est qu'une fiction. En vérité, les modernes, quand ils s'y mettent, ont bien de l'esprit.
core, îl est vrai, le vertueux Roland, mais sûrement on le trouvera ; on le fabriquera tout au moins.
Certes, ce libéralisme mitigé ne va pas à la cheville de Mirabeau. Recevoir de la cour 80,000 écus par mois, du peuple la plus haute popularité des temps modernes, et demeurer immaculé, même par brevet de nos plus purs démocrates, c'est le née plus ultra de Tart politique. La Gironde n'est pas à cette hauteur. Son allure modérée lui assure toutefois quelques provendes : les femmes, les honneurs, l'estime des royalistes (lisez des honnêtes gens)^ les triomphes de la tribune, etc.
Quoi que prétendent les rustres, une bonne harangue, un speech en trois points fait tôt ou tard son chemin dans le monde. On perd peut-être en première instance devant le peuple, devenu pourtant, depuis 48, plus sensible aux belles choses, mais on a gain de cause en appel devant la postérité réactionnaire. C'est même double profit, car cette élite spirituelle attire le peuple à son avis, et lui fait pleurer ses plus implacables bourreaux.
Reposez, si possible, ombres discoureuses et plaintives, vos émules du jour ont comme vous pour ennemis les révolutionnaires, les centralisateurs, les anarchistes (nous expliquerons tout à l'heure cette macédoine).* Ils rendent à vos cendres un culte de latrie, ils rabâchent vos prosopopées et vos métaphores. Pas une phrase, pas une bribe de votre cru qui ne soit ressassée par ces fidèles disciples. Galantins posthumes, ils chérissent jusqu'à vos maîtresses et vos adultères ; ils ramassent, pour les aspirer à pleines narines, les roses fanées éparses dans les recoins de vos boudoirs et de vos cabinets. Charlotte Corday est leur sinistre idole. Le moindre brûle de vous succéder et de vous venger.
C'est que dans le mélodrame historique les situa-
lions se relayent sans se modifier. Les mêmes éléments d'attaque et de résistance reparaissent sur la scène avec des étiquettes multicolores.
Deux principes sont en lutte depuis mille ans. Ils s'appellent Révolution et Réaction, Justice et Exploitation, Peuple et Bourgeoisie. Qu'importent les oripeaux, les acteurs et les ficelles ! qu'importent aux trinités leurs avatars, aux essences leurs modes I
Tant que l'obstacle restera, il en sera ainsi. Tant que la société présente, oligarchique et chrétienne, spiritualiste et oppressive, n'aura pas sombré, Marcel et Charles V, Robespierre et Clootz, la Gironde et Marat, Cavaignac et les insurgés, comme Luther et les paysans, s'étreindront dans une lutte éternelle. Les costumes, les noms, les décors peuvent changer, la charpente du drame reste la même... jusqu'à l'avènement du traître, du battu, du pilorié, de la démocratie enfin.
Le danger vient de Tignorance et de l'illusion populaires. Un moment secoué par la Révolution, mais plutôt ébloui qu'éclairé, le peuple est depuis cent ans la proie des intrigants. Le coup de tonnerre de 93 ne l'a retiré une seconde du gouffre que pour l'y laisser retomber plus bas. Il n'a fait que changer de maîtres et troquer les loups pour les renards. On ne le dompte plus, on l'escroque. C'est même devenu une science, avec sa méthode, ses chaires, ses écoles, ses systèmes divergents.
Hippocrate dit oui et Galien dit non.
Une jeunesse studieuse hume les paroles des vieux maîtres, décorés de tartufferie, professeurs es traquenards, idoles et verges populaires. Leurs enseignements, écrits en rouges caractères sur les côtes du peuple, germent dans la terre boueuse. Et bientôt, dans la zone méphitique du pouvoir et la sentine des places, du fond des bourbiers électoraux, grouille toute une
ii-e (étrange, enragée d'ambition et d'eiivii-, l^prip lité et de conscience, race de brari et rie grecs autour du tapis vert politique, s'efforçant de Ire le grand enjeu, le peuple, dans leur couleiip. par la giàee et la sottise populaires, il n'est pas We pri-s de finir, le n'gne des intrigants !
lu milieu de eut enchevêtrement de masques et de ges, la Gironde est la fonnc la plus dangereuse de tre-r(?voliition, parce qu'elle en est la plus liypo- B et la dernière venue, ^'insecte du lis, le roya- I, seigneur des hommes et sujet du roi, est tombé i Louis le dernier sur la Place de la Iti^volution. la règne encore de par les fantasmagories romantit. Hais leur complaisant compère, le caméléon triiK, le comédien de patriotisme, le charlatan de poiriU, s'épanouit dans toute sa fleur. 11 étale cliajonr 5es couleurs ondoyantes. Il so querelle dans lispule du pouvoir, uni pour l'craser le peuple, ■épour le partage de la proie. Il multiplie à l'infini machinations et ses métamorphoses.
Tlus brillants que solides, plus outrecuidants cjuo Tonds, mais ff^briles, instables, inassouvis, les ni'Oondins doublent leur nombre de leurs phrases et de i
écrils. Cet essaim bourdonnant étourdit toute
lille et offusque tout regard. Ils semblent féconder
irs harangues la jeune bourgeoisie engluée dans
lacs.
La domination est leur but ; la liberti', leur tamtam
leur tambour de basque. Pas de bailler plus sinistre
les jardins fleuris de ces Armides parlementaires.
de poisons plus sulitils que leurs caresses et leurs
les mielleuses. Certes, Machiavel m'inspire moins
'horreur que Montesquieu. Son Esprit des liiùt, ce
'rùii:e de la Gironde, est plus perfide et plus vi'qi''-
II mille fois que lo Borgia du Florentin. Machiavel
franc du moins : il prt'sente le despotisme dans toute
sa brutalité ; il en déchire les voiles et les draperies, urache le masque souriant, fouille à deux poings la poitrine chamarrée, et monb% au peuple le cœur eufiellé, l'àme basse et fangeuse de ses maîtres. Montesquieu a pour but de couvrir ce qu'étale au grand soleil la plume juvéualesque du citoyen de Florence, de tromper l'ilote par la farce de la légalité, enfin, selon l'énergique expression de La Boêtie, de sucrer la servitude. Il est depuis deux cents ans la Bible des aristocraties. Les Girondins le savaient par cœur.
c Liberté ! > répètent-ils en cliœur avec un accent cabalistique. Oui, la liberté de l'agio, du lucre, la liberté du harem et, par contre, la liberté de la misï're, de la faim, de la prostitution, du bagne, de l'hospice, et encore I J'ai vu l'ouvrier des forges, ce lutteur du fer, le poumon brûlé par la chaleur de la fournaise, glacé à son retour par la brume du soir ou la rosée da matin ; je l'ai vu hâve, couvert de guenilles, fiévreui et mourant, mendier sa place dans le lit de la charité chrétienne. Il devait, ce moribond, traverser la ville entière, la teindre de ses crachats sanglants, pour aller réclamer au médecin officiel sa carie d'admission. Le médecin, ce haut et puissant personnage, était à la campagne, à la chasse, en partie, que sais-je 7 lui, le pauvre, revenait on trébuchant, suant la mort et le désespoir, le front crispé, sifflant de ses dents convul* sives d'amères paroles, celle-là surtout qui retentit à mes oreilles : « Parce qu'ils ont tout ce qu'il leur fauU € ils ne pensent pas que d'autres puissent manquer el a souffrir! » et ce cri du prolétaire : « J'ai faim, j'ai • froid I « Voilà, voilà la liberté des Girondins.
Ainsi, dominer par la ruse, cacher ses griffes sous le velours, bâillonner, condamner, exploiter au nom df la liberté, couvrir le monopole et l'agio du respect des propriétés, invoquer une égalité factice pour les spoliés et les spoliateurs, bouleverser toute notion, per-
vertir tout principe, combattre le progrès avec ses propres armes et vaincre la Révolution par les mots et les idées qu'elle a apportés, telle est la tactique des Girondins de tous les temps.
Le triomphe de ces sophistes consiste à renouveler sans fin le jugement de Dieu du moyen âge : pei-suader au vilain de lutter avec son droit pour toute armure contre le chevalier bardé de fer Ils pensent, dans leur for intérieur, rester les jugea éternels du combat, et jeter à temps leur baguette entre les lutteurs. Mais bientôt te manant baigne dans son sang, et le maheustre s'avance sur eux, l'épée haute. Ces machiavé* listes sont, en fin décompte, les édificatours les plus assidus de tyrannies. Ils s'en consolent vite, du reste, si on leur laisse la corde roide et le balancier, le tremplin de la tribune aux harangues. Mieux vaut encore, pour leur amour-propre ulcéré, un espoir de domesticité tyrannique que l'égalité et la liberté sous un peuple abhorré ! Le Prinee a soin de puiser dans leurs rangs sa horde de légistes, de scribes, de rhéteurs et de proxénùtes. Le reste stationne à la porte, remuant la pierre de Sisyphe des oppositions, embouchant encore une fois la trompette du peuple vendu et trahi, quitte à le revendre et le trahir demain.
Car la fausse position des Girondins, leur système équivoque est de n'être ni de l'avenir ni du passé. Ils ont besoin du peuple et du roi ; du peuple, pour s'imposer au roi et recevoir superbement bulletins et mandats; du roi, pour refouler le peuple, perpétuer sa misère et son abrutissemenL Aussi les a-ton vus, dans leurs jours d'apothéose, conserver pieusement, comme un dépôt à leur usage, le mobilier monarchique, et la moindre menace populaire les rejette de tout leur poids dans la balance des répressions. Ces apôtres vantards de légalité n'ont jamais signalé leur passage au pouvoir que par la dictature et les coups d'Etat. A leur
nom, à leur politique tortueuse se rattachent les plus sanglants désastres de Thistoire. Ils ignorent le repentir. et leur superbe d'immaculés les dispense du remords. Leur bête noire, la cible de leurs attaques et de leurs calomnies, c'est le cœur de la France et du monde, la ville et le flambeau do la révolution, celle oti battent pour riiumanité la vie et la pensée. Ils voient dans cette cité d'élite le dernier espoir du progrts aux jours d'obscurité, comme aussi son avant-garde aux journées de délivrance. Rien n'égale leurs cajoleries pour Paris, si ce n'est leurs invectives.
Ces machinateurs politiqucsavaient autrefois l'arme du fédéralisme. Ils l'ont ajustée aux mœurs et au jargon du jour, et ne parlent plus que décentralisation. Prévoyants réacteurs, d'édifier ainsi d'avance la soupape de sûreté destinée à faire fuir la fièvre révolutionnaire ?
Ils savent que si la centralisation royaliste a broyé dans toute la France initiative, dignité, honneur et vertu, la centralisation révolutionnaire, vraie lance de Tclèphe, serait seule capable de réparer ces blessui^es; que du centre social partiraient ces secousses, pareilles aux décharges de l'électricité, qui peuvent revivifier le pays, le remettre sur pied dans sa force et son énergie. Ils le savent et prêchent la croisade contre la Capitale. Ces nains veulent lier le noble cœur dont le battement redoublé infuseaux peuples le flux d'un sang riche et chaud. Leur souffle épuisé essaie d'éteindre la flamme qui plane sur la grande cité. Ils sentent dans l'action parisienne la mort de l'intrigue et du partage, et luttent en furieux pro focis. Les leçons du passé ne leur ont pas été stériles. Puissent-elles également nous éclairer 1 Elles nous coûtent assez cher.
Car cette tourbe de phraseurs et de demi- lettrés, aussi prétentieuse qu'ignorante, ne hait pas seulement Paris foyer de révolution, mais Paris foyer de lumières
et d'instruction, siège de ta science moderne. Pas d'i'galilé véritable sans instruction. Donc, rien do commiin entre le noble instrument de propres des Arcliimitle et des d'Aiembert, et le misérable outil, objet de lucre et de boutique aux mains d'hypocrites accapareurs. Tel n'est pas leur langage, je le sais. Des phrases sur l'instruction gratuite et même obligatoire, des homélies sur la liborti' de l'enseignement, des dithyrambes à l'Mu-
cation tant que vous voudrez ! mais des actes? Ils
ont rais Falloux à l'instruction publique, livré l'Université aux jésuites, et déclaré aux instituteurs une guerre sans quartier (1).
Le peuple de Paris, en face des sophismes et des projets girondins, tel est le grand obstacle aux rêves de nos modernes candidats. Aussi remuent-ils ciel et terre. De tous les points les plus opposés de l'horizon s'élève un concert enthousiaste en l'honneur de la décentralisation et de sa bienfaisante influence. Pas une note discordante dans co concerto. Au signal donné par les cheTs d'orchestre, l'hymne à la Décentralisation roucoule dans les premiers-Paris, brame dans les brochures, mugit à la tribune et aux assemblées. Blancs, bleus, rouges, roses et noirs, toutes les fanfares rivales, unies dans un accord fraternel, semblent retrouver l'élan du leu de Paume. Ce n'est qu'un prélude; bientôt le savant pt noble orchestre passe au morceau d'attaque. On profite des abus d'une centralisation faussée pour noircir 'o seul instrument d'avenir, pour ruer toutes les haines ;t les malédictions sur ce bouc d'abomination. Tout louveau-né politique doit lui dire raca/ tout barbon ui jeter sa dernière pierre. Les habiles en font un
[l] Voir la manière d'agir de ces messieurs envers le pro- 'cssorat, la fameuse affaire Amédée Jacques, en 18jO, où inparangondellbëralianie,lemelliiluSaint-MarcGirarilina ouË un premier rôle. Applaudissez, naïfs étudiants de u-einière année I
spectre plus rouge ol plus effroyable que le fampui mannequin des Bomieu et des Véron.
« Courbez le front, fiers Sicambres, brûlez ce (juc € vous avez adoré. Adorez ce que vous avez hrùlé. « Mécréants, socialistes, qui croyez à la bienfaisaiici' B possible de l'État, reniez vite voire vieille erreur. .\ « genoux devant la Vierge libérale! « Peu s'en faut qu'à l'aide de tontes ces manœuvres, ios rusés eompèrw n'inscrivent sur le drapeau démocratique leur jésuitique formule, et ne clouent à la hampe sa propre coddamnation. Bonne farce renouvelée des mobiles de Juin, le plus plat et le plus ridicule des suicides!
CEil ardent, narine dilatée, ils voient le peuple briser son arme, renier sa foi, encenser toutes les idoles économiques. Ce novice balbutie bien quelque peu; mais on le soutient, on l'encourage. Bientôt il répi'ti? tout courant la leçon soufflée par des fourbes. Aussi le noble aréopage ne contient plus sa joie : les bravi: brava 1 retentissent plus bruyants qu'à la Comédie ilaliennc. Jamais pareil tonnerre d'applaudissements n'éclata, même à la Convention, lorsque Gobel et sa suilf vinrent abjurer le christianisme. Ici, c'est la Révolution qu'on abjure.
Dans quelles ornières ne l'a-t-on pas embourbé, cp crédule prolétariat? En face d'un impôt de deux milliards et de la dime peiçuc par le capital avant que lo travailleur mange une bouchée de pain, en face de loii^ ces prélèvements léonins qui condamnent le marctiauil à la sophistication, le pauvre à l'empoisonnement, !<.-:■ masses à l'ignorance, au bruit des triomphes de l'agio et des victoires du monopole, que conseille-t-on aux ouvriers? Le leurre delà coopération, un congénère <li' la résignation chrétienne.
Messer Capital, ce haut et puissant seigneur, s'(■^! fait socialiste. Il prêche du haut de son carrosse 1<foules ébahies : a Travailleurs de tout pays, de toul
« sexe, de toute profession^ associez-vous, unissez-vous, ff fédérez- vous ; mariez le capital au travail, joignez « sous et liards. Pérorez, griffonnez, mais renoncez aux « idées de violence qui vous ont toujours perdus. Faites « par vous-mêmes et en dehors de tout recours autori- « taire. La seule véritable révolution, c'est la révolu- « tion pacifique et progressive qui viendra toute seule. « En ce jour des calendes grecques, je donnerai ma « démission.
« En effet, mes amis, quesuis-je? Tout. Que dois-je « être? Rien. Discutez-moi, niez-moi, combattez-moi, « tuez-moi, mais par la douceur. Je n'en demande pas «davantage. » Et le gros père de rire sous cape, d'écouter d'un air paterne les amphigouris des faiseurs niutuellistes. Peu lui importe qu'on le nie, qu'on le blasphème, pourvu qu'il palpe I
Sa joie toutefois est moins franche qu'elle no paraît au premier abord, et ses succès du moment n'illusionnent pas le hardi philanthrope. « Hélas I dit-il assez « triste, nos ouvriers ne sont pas encore mûrs pour la « liberté. » Parlez-moi de l'Angleterre, à la bonne heure. Heureux pays de Vhabeas corpus et du constable spécial, où 200,000 hommes se rassemblent paisiblement pour applaudir Bright et casser trois carreaux ! Vieille terre des lois, possédée en toute sécurité par cinquante land-lords^ où les Communes ouvrent largement leurs portes au trop plein des avocats et des économistes I Libre à son peuple de crever de faim et de misère avec la grande charte au poing. John Bull est sage. Hurrah pour John? Bule, Raie, Britannia !
Aussi, comme on nous le vante, ce peuple idéal ! que d'encens on lui brûle I comme on le présente sans cesse en modèle à nos ouvriers encore virils et chauds (1).
(l) Voir comme spécimen, dans n'importe quelle feuille libérale, un compte rendu quelconque des stupides meetings réformistes.
Œ Sésame, Sésame, ouvre-toi I » répètent en chœur tous les Ali-Baba de la presse. Que leurs tartines nous soient légères !
C'est que raristocratie prend peur non des mots, mais des choses. Les mots, elle les exploite pour sod profit et sa gloire. Son but unique est d'arracher à la masse son unité de revendications, de la fractionner, de la désagréger même, sous le nom menteur de coopépération. Quelle est donc, en fin de compte, cette drogue éventée dont on crie derechef sur les toits les vertus merveilleuses?
Le fédéralisme, c'est la parole d'Jsnard, les ruines de Paris-Babylone au milieu d'un flot vide, sous un soleil désert; c'est la Vendée et ses cent mille brigands; c'est Juin et ses massacres et ses pontons: c'est le triomphe des instincts égoïstes et brutaux de l'aristocratie provinciale sur l'idée plébéienne de Paris.
Le fédéralisme, sous sa moderne étiquette de décentralisation, c'est l'éparpillement et le désarmement, en face d'une réaction ralliée et organisée, c'est la défaite et la ruine.
Décentraliser, c'est tuer le travailleur de la province, le livrer pieds et poings liés aux jésuites et aux chefs de clan, revenir aux ténèbres du moyen àgc.
Eh bien î messieurs, vous n'en viendrez pas à bout. La France est malade sans doute ; elle souffre de vos œuvres et des coups qne vous lui avez portés. Mai^ pleurez, Madeleines consolables, votre main était mai assurée, ils ne sont pas mortels. La centralisation est là avec ses artères rapides, ses muscles vigoureux, son admirable appareil de circulation; hier peut-êiiv instrument de mort, demain instrument de vie. Gràe' à elle, le fardeau des erreurs et des superstitions st'cu laires va tomber en poudre, la liberté refluer du cœur jusqu'aux plus infimes extrémités, le progrès décupler
en quelques années sa force et sa course. Seule, la centralisation arrachera la société au moyen âge, soutiendra le faible contre le puissant, inondera l'Europe de lumière et sauvera le monde. C'est le levier d'Archimède.
La centralisation est une force. Or, une force n'a ni responsabilité ni volonté, et n'existe que par le bras qui la meut. Si ce bras est assez fort pour égarer l'homme, Féloigner de la science et de la liberté, quel changement quand, au lieu d'élever digues sur digues contre le flot tumultueux, il lui ouvre la voie, Téperonne et le précipite I La centralisation, c'est comme la langue d'Esope, suivant l'usage qu'on en fait, l'excès du bien ou l'excès du mal.
Elle est funeste lorsque aux mains des ennemis de la nation, elle enserre l'homme cloîtré dans son ignorance.
Qu'elle revienne, ne fût-ce qu'un jour, à ses alliés naturels, et s'unisse avec la science et l'humanité, en quelques années l'ignorance et la misère disparaissent comme des espèces maudites, la guerre n'est qu'un noir souvenir du passé, l'inégalité un mot vide ie sens.
Notre esprit, embourbé dans la routine, ne sépare pas centralisation de despotisme. Mais le despotisme û a pouvoir que sur l'ignorance; un peuple instruit et armé ne le redoute ni ne le subit. Que la ccntralisat^ion vienne au plus vite l'arracher au vieux monde, le fendre à lui-même et, pour mettre le sceau à l'œuvre, 5 anéantisse dans l'exaltation et l'émancipation de l'iniividu. Cette maudite est, en fin de compte, le seul garant sérieux de l'indépendance individuelle.
Les Girondins l'avouent eux-mêmes par leur logoïiachie contradictoire : « Communistes et anarchistes, ^ autoritaires et désorganisateurs, » coassent-ils tout ^ la fois contre leurs adversaires. Habemus eonfitentes
- Hi —
reos. Dépouillé dn son exagération passionnée, ce langage conressG l'orficaeitt^ absolue de la centralisalion, non seulement poui' l'uniti^ du groupe social, mai» pour la libre expansion de ses membres.
Car le fédéralisme n'est pas seulement le dissolvant, le poison, l'erreur, c'est encore le rempart li' plus solide contre la civilisation, c'est le caste! de l:i barbarie et de l'ignorance. Jamais dans ces sortes il'' pays les idées n'entrent que par effraction.
J'ai parcouru la Suisse, ce pays d'élection et de Listors, muré dans son égoïsmc, soumis à ses prêtres et à ses oligarques, accroupi à son insu dans un triste (^ clavage. Peu de générosité, un chauvinisme plal, lii^ haines et des jalousies intercantonales, l'ivrogacrii' érigée en vertu. Là on s'agenouille devant saint Caai sius et on roue l'athée de coups de bâton. Le movrii âge, ce hibou de l'histoire, s'est réfugié dans les Irou' de ces montagnes, d'où la centralisation française i été doux fois impuissante à le chasser. Encore en cette année 18G!Ï, Appenzell conserve la torture, lu-' jeune fille y a ^té exposée, en 1864, au carcan pour un vol d'effets. On ne travaille, à Fribourg, ni l^' dimanche ni les jours do l'été, sous peine d'amenilf Il existe chaque année, pour toute laSuisse, des jei'ia^ nationaux et fédéraux. Danser, à Genève, est un criiin d'Etal.
Je ne me sens pas de force à plonger davanUp' dans ce barathre appelé le Digeste suisse. Pensons i|ui' deux fois la France a tenté d'introduire la lumi^'ii'. Aussi ne lui pardonnent-ils guère? La dernière visl^ est de 98. Berne fut pris, mais un corps bernois avaii repoussé Brune à Neunegg. On en a fait une Eêtc;ii' monument s'est (^levé on août 1866, sur les bords 'i' la Sensé, avec cette inscription : a Ici les guerrier' ' u Berne ont fait mordre iapoussière auxorgueillf baioillans du la République françaine. a En ISl'
sen prendre à la République française, quel glorieux
à-propos I
Rendons cette justice aux Suisses qu'ils ne laissent pas de place à l'équivoque. Eh bien, dans cette fête, protestation violente contre la civilisation, nous les ivons vu se ruer sur les wagons, trop exigus pour 10,000 personnes, se les disputer avec une fureur de Caraïbes, louler les faibles aux pieds, sans souci des femmes et les enfants. L'autorité, bien repue, était partie l'avance ; la foule, laissée à elle-même, tourbillonnait vre et féroce, fière d'être Suisse, les pieds rougis d'un cadavre et de plusieurs blessés (1).
La Suisse du Banz des vaches^ et de Tell n'existe [ue dans les opéras. Un bon petit voyage suffit pour battre toute illusion. Demandez aux revenants des ongrès de Genève.
On me citera peut-être TAmérique, les Etats-Unis, fais l'intolérance sectaire, la biblomanie, l'indiffémce pour toute question philosophique et humaine, > culte exclusif du dollar, l'esclavage à peine aboli et aristocratie mercantile, dénotent les funestes effets i fédéralisme. Encore est-il combattu par l'infusion mstante des fugitifs d'Europe. L'Amérique est la éation de l'esprit d'égoïsme, l'esprit protestant. Elle accorde pas même d'existence légale à l'athée. Son at civil y est tenu par les prêtres, et je me défie une république tant vantée des aristocrates et des
■1) Que dire d'un peuple républicain dont le chant nanal n'est qu'une copie du God save the Queen, air et rôles.
God saoe faterland
Maintenant, d'où vient le plagiat? des Suisses ou des g'Lais? et comment adapter à cette coïncidence la léide de Lulli? Je laisse ce mystère aux amateurs.
jt^suites, de l'Eldorado des Tocquoville, des Labouisjf et des Kuvcrgier de Hauranne (1),
Non. mrssieurs les niais el les jésuites, puisque c'ost tout un, on ne laissera pas le peuple entre vos serres. On ne vous abandonnera pas les hommes pom en faire des coquins Tanatisés, et les femmes des liafpios do Saint-Barlliélemy. On luttera, sans souci è vogue ni de mode démocratiques, contre vos ballons d'essai, lancfs par les habiles, colportiïs par les soft Il faut qu'aujourd'liui tout homme confesse ou nie'' Hévolution, se déclare son ami ou son bourreau.
Aussi baragouinez décentralisation admlnistraliv^' augmentation des attributions des conseils gén^raus. diminution du pouvoir central et autres roeambobfaites le boniment des coopératives.., C'est le masqu''' Ouvrons les feuilles de 48, ces moniteurs de réaclio"- De toutes parts, les Girondins des conseils géntaui calomnient Paris avec l'ardeur de Brissot, et ofW d'y conduire leurs bataillons trompés. Ouvrons ''* feuilles des dernières années ; de toutes parLs li** blancs, bleus, rouges, tricolores, tout le prisme réactionnaire bat le rappel de la coopération et pousse »o" cri d'alarme, ce signal de Juin, auquel tous se recdnnaissent fraternels ennemis du prolétariat (2).
Un démocrate de l'espèce maculée, animé li'"' saint zèle, appelait même deniièrement les eatlioliil"^' à la rescousse coopérative, et tiraitdoJésus-Christcclu
(1) Selon l'eicellcnte et iDfaillible règle de Montesqu"'-; le rang d'un peuple dans la civilisation se calcule en n; son inverse du la place occupée clieï lui par l'âlêni''i'': reliçieui. Or le catholicisme fuit aui Etats-Unis des pr' grès qui out déjà attiré l'attention du Congres. H les [■■'> vertlra tous, si on le laisse faire, jusqu'au dollar touteii"
{i) Voir la cuneuae encyclique de M. Ledcu-Eollin. l'-i bliee dans l'Aeenir national de janvier ISâti.
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^ontioè ^vangélique (1). Bon oUcn diasse de raec. Quel est le but de ces aboyeurs? Attiser les jalousies provinciales au profit d'une ambition malsaine, et substituer la convoitise aux revendications populaires. Notre but à nous, c'est la liberté armée, la liberté avec sa pique, non la triste prostituée des livres et des discours, dont vous dénouez chaque soir la ceinture. C'est Tégalité qui protège le faible contre le fort, et jette, s'il le faut, son épée dans la balance. C'est la Commune, non lés oligarchies provinciales d'avocats, d'industriels et de grands propriétaires.
Nous croyons en Paris, cœur et cerveau de la France. De lui part le coup de tonnerre qui fait craquer les empires et tressaillir les nations. Paris vaincu, la liberté râle. Paris triomphant, le juste et l'opprimé relèvent la tête. Son histoire est celle même de la raison humaine : elle meurt en Germinal, décapitée avec les Hébertistes, par les amis de Dieu ; elle meurt en Juin, saignée à blanc par les amis de Tordre. Elle revivra un jour avec la grande Commune.
Alors, deuil inexpiable, il n'y aura plus de place pour l'intrigue et le girondinisme ; ils ne pourront respirer au sein de cette forte atmosphère ; il leur faudra périr ou se faire citoyens, triste fin pour des sauveurs patentés ou des orateurs d'Etat.
Alors, abomination de la désolation dans la sainte tribune! les prosopopées et les mouvements de bras luront fait leur temps. Plus n'en est besoin chez un îeuple libre : une famille de patriotes marche simplenent^ la main dans la main^ à la régénération du flobe.
Nous n'en sommes pas là : Brissot est toujours en )ied. Ces dehors séduisants, cette tenue soignée, cet
(1) Opinion nationale, de la première quinzaine d'août
assemblage disparate de qualités et de méchants instincts, masque de la Gironde, a séduit jusque de nos jours les plus subtils et les plus clairvoyants esprits.
Je ne sacrifie pas au magister dixit. Mon respect et mon admiration sincères pour Proudhon mettent ma critique à Taise.
Philosophe rationnel, économiste honnête (des mots étonnés de la rencontre), Proudhon ne pensait guère semer une nouvelle Gironde. S'il revenait, il n'aurait pas assez de verve contre ses soi-disant disciples.
Entre Proudhon et les proudhoniens, distinguo. Ceux-ci, suivant l'usage, n'ont emprunté que les défauts du maître. Mais dans le bilan des idées, les hommes procèdent de leurs doctrines. 11 y a deux Proudhon : l'un, le nôtre. Français et fils du dix-huitième siècle, qui définit le progrès « une œuvre des qua- € rante-huit sections de Paris, » et réclame l'abolition de l'agio, du monopole et du culte ; soldat du principe humain et matérialiste, la justice ; l'autre, l'hegelien trouble, l'Allemand aux brumeuses formules, l'athée craintif dont la métaphysique a double visage. Ces nuages, condensés par des mains habiles, servent à cette heure d'arguments et d'appeaux aux détracteurs de la Révolution. Proudhon détruit et réfuté par luimême, quel spectacle! Aussi pas d'hésitation entre le révolutionnaire et son antipode girondin I Le dernier s'est fait l'avocat de ses juges ; il a confondu ^oliga^ chie envieuse de la Gironde avec l'anarchie égalilaire do la Commune de Paris, et prêté aux ennemis des armes dont il ignorait le futur usage, qu'il briserait le premier aujourd'hui.
Tel est le sort du génie, lorsque sa forme et si pensée manquent du cachet de notre pays, la netteté. On épuise sa vie et son talent contre des doctrines adverses; on prodigue liberté, jours et veilles, on
étage Ôssa sur Pélion. Ces quartiers de roes ne serviront qu'à étayer Vidée qu'on veut d<^truire, et les plus farouches insulteurs de Thomme feront Toraison funèbre du mort. La netteté a fait défaut.
Les prétendus disciples de Proudhon ne cessent de profaner son nom et sa doctrine. Janicot l'invoque, et Sainte-Beuve l'esquisse. Girardin lui tresse des couronnes, et Malthus lui trouverait du bon. Il faut tout le souvenir du représentant et du journaliste de 48, le respect de ses grandes œuvres ; Idée de la Révolution au dix neuvième siècle^ la Justice dans l'Eglise et dans la Révolution, pour combattre dans les esprits républicains l'impression fâcheuse de cette estime posthume (1).
Ainsi procède l'esprit girondin. On nous a mis dernièrement en garde contre l'esprit robespierriste, l'esprit jacobin. On a bien fait. L'ambition incorruptible, la savante dépravation de l'ascète, le fiel charitable des saints valent à peu près le brio moqueur, les creuses tirades, la sensiblerie des virtuoses bourgeois. Les deux genres sont également mortels à la Révolution, et s'il faut fuir l'esprit de mort et d'inquisition, l'esprit jacobin, il faut fuir, comme une autre peste, l'esprit de mensonge et d'exploitation, le doucereux revenant de la Gironde.
(1) Ces lignes étaient écrites lorsqu'elles ont reçu d'un proudhonlen de la seconde manière, M. Gustave ctfaudey, une vigoureuse coofirmation. Voici roracle Chaudey, rendu au Congrès de Berne : « Vous citez toujours Prouve dhon et vous appuyez de lui. Mais vous n'avez donc pas « la ses derniers ouvrages ? C'est ce Proudhon des dix der- « nières années que j'ai connu, aimé et estimé. Quant au «c p roudhon de 48, nous vous l'abandonnons volontiers. » Et grand merci, maître Chaudey, de votre générosité. Vous n'aviez pas besoin de nous le donner. Il y a longtemps qu'il nous appartient. Nous saurons même le défendre contre ses anUs,
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IP Partie LA GIRONDE EN 1793
1" Journée. — 27 Mai
Nous sommes en plein 93. Les Girondins ont prononcé le fatal : // faut en finir. Ils n'ont vu dans la République qu'un théâtre, dans la liberté qu'un discours, dans le peuple qu'un escabeau. Groupe sceptique, sans convictions et sans idées, où l'athée coudoie le janséniste, ils ont un lien plus solide que l'airain: la haine du peuple et l'asservissement de Paris.
Paris I y songent-ils ? le Paris de la Révolution, qui l'a nourrie de sa chair et de son sang, qui raréchaufiït^ sous son aile, comme une mère ses petits ! Croient ils donc qu'il se laisserait ravir son enfant? Et ce n'est pas seulement délire de la part de la Gironde, c'est ingratitude. Cette même ville, contre laquelle ils n'ont pas assez de mépris et de calomnies, ne les a4-cllc pa> accueillis avec enthousiasme? N'a-t-elle pas choisi dall^ leur sein ses représentants et ses chefs, sacrifié ses fils à leur voix, applaudi leurs actes et leurs speechs ? \^ peuple, travesti dans des libelles en monstre furieux recevait encore hier, des nâains de Carra et de Barha roux, la pique qui devait ouvrir aux ministres giroadins les portes des Tuileries. C'était alors le bon peuplt le grand et magnanime peuple. Les Buzot^ les IsnardJ' sensible Roland, pédantesque Egérie, ne trouvaieo point de trope assez élogieux pour célébrer ses vertu? Aujourd'hui, la note a changé. Il s'agit de Fenvoyen
son établi l'instruiDent indocile, de refouler dans son lit de misère le flot déchaîné par les rliélciirs pour les porter au pouvoir.
Cor ce qui constitue rinfériorilé morale des Girondins, c'csirorgueilleuso personnalité, l'ambition égoïste, la soif (le tout ramener à soi. Alliées ou théistes, nulle foi. Nul génie, sinon celui de l'intrigue. Nulle moraliti\ car ils correspondent avec la Cour, et leurs purs, Monsieur-Madame Roland, ont au milieu des patriotes dos corrupteurs à gages, payés avec l'or de la nation, comme ci-devant par la liste civile (i).
Qui d'entre eux sacrifia jamais ses ressentiments à la patrie? Conduits par des femmes à sentiments étroits et à prétentions ridicules, ils en avaient emprunté les susceptibilités nerveuses et maladives, les mesquines colères, les folles criailleries. Us on servaient les puériles passions avec une servilité d'eunuques. Un parti mené par un bas-bleu de ia force de Manon Roland est un parti jugé.
Aussi, dès que ces brillants acteurs virent leur échapper le premier rôle dans le drame révolutionnaire, lorsque la curée des places fut fermée à Brissot et
II) Sur la police de Roland, voir //('«(. parlementaire t. XXVIII, p. 95 et suivantes, le rapport de Brival sur les papiers trouvés chez l'ei-miaistre, et surtout IfS lettres de 1 espion Oadol.
Sur les rapports de la Gironde avec la Cour, voir la lettre écrite au peintre Boze, pour être mise sous les veui dnroi, llitt. parlementaire, t. XXII, p. 3S6, t. XXIX, p. 415 et t. XXX, p. 43. Bïi'trand de Mollevillo, Mémoires, t.. Il, clia[!. XXIV. p. 112. La conduite de Roland dans raff.iin' de l'armoire de fer n'a qu'une explication : la nécessité île détruire des pièces compromettantes. Il ne voulut pas, dit-il, du contrôle d'un magistrat ou d'un membre de lu Commune, de peur de voir insérer au milieu de sa ti-ouvaille des pièces hostiles à ses amis. Pitoyable défaite qui provoque les soupçonseontraires.
— iin-
aux Drissoliiis, pt que le spcclre Ac l'ppalilé se drcs» avec Rrs haillousoL SCS plaie» au milii'ududoctecéuacllii alors l'horreur saisil cette troupe d'artistes, et, »\i l'horreur, la colère. Ils préFi^n'-renl la ruînedolapalris à cello de leur inriucnce, et le démon de la calomois; OMié de loiilo la maj^ie du stylf. n'-gna seul dans lei cii'ur irrilé.
La Yendi-e en armes poussait son croassement sinîs^ Ire. Lo Midi et le Jura foulaient aux pieds la cowrfl tricolore. L'armée, conduite par dos Iraitres, essuyU dérailes sur diTaites, el l'ennemi, dans les saiiragi discours de Guadcl et d'isoard, ce n'i^tait point L Cobourg et Brunswick, mais Marat, la cloche du lOïoA et le tocsin do l'intérieur, mais la Commune, qui vià tiré le canon d'alarme, di!claré la Pairie en dangii déjoué les complots, cnFlammé tous les cœurs dm énergie farouche. La ville contre laquelle laFrancedevS se lever comme un seul homme, ce n'était point Viennl Berlin, Londres ou Coblontz, non I c'était Paris, lo tifH des journi^es glorieuses, le phare et le salut de i France; et derrière ces furieux suivait la foule i privilégiés, des rancunoux ol dus égoïstes, la graaS armée royaliste dont ils n'étaient que l'avant-gurde.
L'histoire, clémente jusque dans ses rigueurs, n aujourd'hui ce qu'il y eut d'iujuste dans les altsçui de leurs adversaires.
Mais Carra, un des leurs, n'en avait pas moins, G pleine séance des Jacobins, proposé la royauté du dûl d'York, et le 27 juillet 1792, au moment où les PrO siens marchent sur la capitale, lo même Carra prâ dans SCS Annales patriotiques, comme sauveur cl H tauraleur de la liberté, qui? Brunswick, le général i Prussiens, l'auteur du fameux manifeste.
Quelqu'un du parti l'a-t-il combattu ou désavoitf
Evidemment il obéissait à un mot d'ordre. D'aîlieO la Gironde eut comploté avec Pitt et Kaunilz, qu'cU
n'aurait point agi ni parlé autrement. Avocats intarissables, ils se grisaient au flux de leurs paroles, et l'ironie de leurs discours semblait se jouer des périls et des désastres. On voyait défiler dans leur lanterne des Saturne dévorants des grands sacrificateurs, les sept sages de la Grèce, les trente tyrans, tous les Sylla, les Cicéron et les Catilina de l'antiquité; et il s'agissait pain, misère, travail, armement, instruction, organisation, toutes les affreuses contorsions d'un peuple qui se constitue après dix-huit siècles de servage.
Juristes quand même, en face d'une situation plus noire et plus fatale d'heure en heure, ils invoquaient la légalité comme s'il y en eût d'autre alors que nécessité et justice. Hommes d'Etat et d'imagination, ils avaient proclamé la guerre, non la grande guerre des peuples contre les rois, préchée par Clootzet les Cordeliers, mais la guerre comme arme gouvernementale, et ils ne savaient pas la soutenir, en chicanaient les moyens.
Leur sensibilité avait des sarcasmes étranges. A une République pressée de tous côtés par les poignards, Yei^naud, échappé des bras de la Candeille, prêchait le billet à La Châtre « la Révolution par l'amour » ; et, avec une désinvolte d'immaculé, ce dédaigneux seigneur du barreau bordelais ne craignait pas de reprocher à Marat ses condamnations de presse. Il s'excusait en minaudant c d'avoir à remplacer à la tribune un homme « chargé de décrets de prise de corps. »
Quand on discuta la loi de l'emprunt forcé, ils s'attirèrent cette sanglante apostrophe : « Ils la repoussent « parce qu'ils sont riches, et que les députés n'en sont « pas dispensés. » Déjà, lors de la fête de la Loi, leur philanthropie bourgeoise avait tenté de substituer à la devise républicaine, un nouveau Labarum : « Liberté, « Egalité, Propriété, » Us saluèrent, dit-on, la République avant sa « naissance ». Oui, en tomes et brochures, lorsqu'ils la jugeaient impossible ; mais ils vou-
lurent la tuer à son apparition, cl l'un do ces rf''piiblicains avant la Icttrr, ai'folr de peur à l'approche du 10 août, brandit « le glaive de la loi sur les républi- , min, (1). .
La politique u'cst pas le calembour. Inutile de jouer sur les mots et de confondre la bagarre lillipulienne de Caen avec le majestueux spectacle de la fédi?ration. Kien d'antipatbique aux Girondins comme ces nobles <^lans vers l'unité Républicaine qui ruinaient d'un seul coup toutes les calomnies ourdies à lon^ fiais contre Paris et les Parisiens, Aussi récIament-ÎU bien vite le di^part des fédf^rt^s avec plus d'ardeur qu'ils a'en avaient appek^ l'arriv('e,
Enlin combattre toute mesure utile dont l'initiative appartenait à la Commune ou à la Montagne, voir dans les misères d'une situation inouïe une occasion d'('k;raser des ennemis politiquosj fatiguer l'Assemblt^ de leurs d(?bats personnels, déverser à flots le blâme el l'outrage sur quiconque préférait la République au sa.lon Roland, accuser sans preuves, souiller, mMire, s'emporter avec des délires et des cris de femme, lei fut jusqu'au dernier moment le rôle des Girondins.
Aveuglés par leurs passions, envieux de la popularité et des succès des Jacobins, ils se blessèrent plus d'une fois en voulant percer leurs adversaires. Ils (évoquaient sans cesse aux yeux de l'Europe le sang de septembre, cette frénésie d'un peuple éperdu entre les baïonnettes de Brunswick et les complots des roralistes, et ils avaient dans leurs rangs Duprat et Main-
(1) ' S'il existe das hommes qui travHilleut maintenant « à Établir la Bépubllque sur Ies débris de la caustitutit^a. ' le glaiee de la loi doit frapper sur eux coiiim.e sur ka
• amis actils des lieux Chambres et sur les contre-réTolu-
• tiontialres de Coblentz. • Discours de Briaaot, séance liu 2ti juillet nw. Voir également l'Adresse de Guadet au Mi.
' ■ n des Douze.
vielle, les hommes de la Glacière d'Avignon, amnistû^s par eux. Leurs philippiques échevelt^es poursuivaient Paris et Danton, ce personnage de mauvaises manières, détesté de la vertueuse Roland, élève de Plutarque ; et involontairement, Tesprit se remémorait qu'après la prise de Verdun, Danton, les arrêtant au collet dans leur fuite derrière la Loire, avait forcé ces hommes de peu de foi à faire face au danger. Ils citaient la capitale au tribunal des départements, et déjà, dans le procès de Louis XVI, l'appel au peuple, proposé par eux, était un appel à la guerre civile.
Provocateurs irréfléchis, prompts à mettre leurs ennemis dans l'alternative dangereuse do tuer ou do mourir, ils ne pensaient pas, en poussant leur pointe haineuse, forger des armes contre eux-mêmes. Ainsi ils donnaient l'exemple funeste de violer le caractère de représentant dans la personne de Marat. Ils ne parlaient que de jeter à la guillotine les chefs de la Commune, dont au 10 mars le dévouement généreux avait détourné l'orage de leurs têtes. Au moment où le besoin d'union pour la défense du territoire s'imposait comme une loi inexorable, leurs lettres, leurs discours appelaient les départements aux armes, ravivaient les vieilles jalousies contre la capitale et préparaient une guerre fratricide au profit de leurs misérables vanités.
Forts de l'appui d'une Assemblée bourgeoise, encouragés par les hésitations de la Montagne, hostile à la Commune et peu sympathique à Marat, ces fanfarons de liberté, prêts à accuser de tyrannie quiconque s'opposait à leurs menées tyranniques, créèrent une autorité dictatoriale comparable aux décemvirs d'Appius.
Sur la proposition de Barrère, l'éternel motionneur du plus fort, la Commission vote une commission de douze membres, chargée « de prendre toutes les mesures nécessaires à la tranquillité publique. » Ce qui
Tonlait «lire ; domptrr Paris. \t< jtloyw, murt «ouplc, sous la U-rr«>-iir tEiroiiilinf.
Les Ikiiizf. (lu reslr, m- foitt pas mystï-re du 11 projets, lis arK-U'tit. sur un simple soupçon. Uinu4' Mic-liol. les ailminislralcuni de- police. Us arr6leiK trihun Varlct. ils arrtsU'nt Dolisent, le pri^sident de strcljon de /'( Cité, gui rt^fusp di' leur liïTtT se livs. ils pi-ovo(|iii>iit toutes les di^nonciations, toutesl lutines, t'ntoun>ril la Couttinlion des soolions myallï du Palais-Royul, et furin portt^nt la main suruaa trnt de la Coinmuuc, le substitut llc'bert.
i On m'ai-rachen mi^s fonctions >, dit cemag fa se présentant au Conseil, son mandat d'amener àl main, " mais jo dois oliéissanec à la loi. Vous, ii
• bliez pas (juc vous avez jurt- de regarder wœ
• Frappé sur tous le roup porté à un seul.CcMI
• ment, je l'invoque, non pour moi. bien décidé qi
■ je suis à la mort, si elle peut servir ma patrie, d
pour mes concitoyens, que l'oppression menace.'
1 Va, lui répond Cliauinolte, j'espère bientôt «lier ' « rejoindre. »
tu aux réclamations de la Commune :
■ demandons que vous rendiez à ses fonctions I
• magistrat estimable par ses vertus civii^ues et I " lumirrns. Nous demandons qu'il soit prompiei « jugé. Les arrestations arbitraires sont pour i hommes de bien des couronnes civiques. »
Aux plaintes des sections : « Rondoz-nona at « magistrat; jamais sa surveillauce no nous fut [ » nécessaire. Seize sections, sans attendre le vœu é « plus grand nombre, se sont lovées spoataoëmt « pour i-éelamcr la liberté d'un magistrat répol « cain. "
A leurs prières : t Au nom de la majorité dos s " tions, nous demandons notre frère, notre ami, a ' qui est investi de notre confiance, celui qui nous
« toujours dit la vérité, celui que nous avons toujours «( cru. Nous vous le demandons au nom de la f patrie (1)., »
A toutes ces instances, Isnard, le futur complice des
Compagnons du Soleil, répondit par cette parole d'à-
nathème qui reste à jamais clouée à la mémoire des
Girondins, la parole de Brunswick, des ennemis de la
France et de l'humanité : « S'il arrivait qu'on portât
« atteinte à la représentation nationale, je vous le dé-
« clare au nom de la France entière. . . — Oui, au nom
€ de la France, » reprennent les membres de la droite
en se levant. — « Je vous le déclare, Paris serait
« anéanti. — Oui I oui I la France entière tirerait une
« vengeance éclatante de cet attentat », reprend la
droite, accentuant les paroles de son orateur. —
^ Bientôt on chercherait sur les rives de la Seine où
of Paris a existé, » fulmine la voix sombre d'Isnard,
tandis que Marat debout, la main étendue : « Descendez
m du fauteuil, président, vous jouez le rôle d'un trem-
e« bleur... Vous déshonorez rÂssemblée. » Eh bien,
même après ce soufflet insensé qui fit bondir les fau •
Ldoui^s, Paris offrit encore paix et concorde à la Gi-
r'onde. Il se contentait de la suppression des Douze et
(3e félargissement des prisonniers. Le dévot Lanjuînais,
0e prédestiné de la pairie, fait rapporter le décret du
2t7 mai comme entaché de violence, et jette de nouveau
èm, Paris le défi de guerre civile... t Us l'avaient voulu. »
2^ Journée. *- 31 Mai
Cette. aveugle Gironde travaillait à sa perte avec une ardeur qu'auraient dû envier ses ennemis. La nouvelle du rétablissement des Douze vint frapper la Commune
(l) Voir pour toutes ces pièces, Hfr»^o?re parlementaire, tome XXVII.
au moment même où Hébert, arraché de son cachot àc l'Abbaye, reprenait triomphalement ses fonctions à l'Hôtel de Ville.
Chaumette, au nom des patriotes, lui offrit une couronne, qu'il déposa sur le buste de Jean-Jacques en prononçant cette mélancolique parole : « Aux morts seuls les couronnes ! » Aussitôt Chaumette de tonner, toutes les sections de mettre à l'ordre du jour les moyens de sauver de la ruine le foyer des lumières et le berceau de la République. Celle des Arcis se prépare même à demander aux Girondins Texplication des paroles d'Isnard : a On cherchera sur quelle rive de la « Seine Paris a existé. »
Point de touche assez sombre pour donner une idt'O du nuage noir qui planait alors sur la capitale. De tous côtés et coup sur coup, les plus lugubres nouvelles : l'armée du Nord repoussée, la Vendée victorieuse, les départements en armes, et au milieu de cet entrecroisement de sinistres, la Gironde fermant les yeux sur les dangers de la patrie pour ne voir que sa querelle égoïste.
Aussi, quand chaque patriote prêtait l'oreille aux aigres éclats échappés des Tuileries, une voix murmurait à sa conscience : < La source de tous nos maux, « l'aliment des discordes et l'espoir de nos ennemis a sont dans la Convention. >
Telle était la pensée de la Commune, tel fut le but où elle marcha avec une tenace énergie, laissant le myope Robespierre répondre aux appels déchirants du peuple par sa jésuitique jérémiade : « Je suis incapable « de prescrire au peuple les moyens de se sauver. Cela « ne m'est pas donné à moi qui suis consumé par une a fièvre lente, surtout par la fièvre du patriotisme. J'ai « dit. Il ne me reste plus d'autre devoir à remplir en « ce moment. » — Va te coucher, Basile, puisque lu as la fièvre. Ces Parisiens sont des ingrats qui songeut
sans pudeur aux dangers de la France, quand ils devraient s'occuper de Tépuisement/des déchirements et de la consomption du grand Pontife.
L'Hôtel de Ville, qui croyait avoir d'autres devoirs à remplir que de mettre son bonnet de coton sous pr<^texte de fièvre lente et patriotique, l'Hôtel de Ville saisit à deux mains les rênes de la situation.
Marat, lui, n'avait pas sur les épaules une tête de Janus, et ne connaissait pas les hypocrites détours de la prudence politique. Sous son inspiration brûlante, Dobsent invite les sections à envoyer à TÉvêché des commissaires munis de pouvoirs illimités, et la Commune convoque dans son sein toutes les autorités constituées.
Le Conseil général, cet aréopage d'obscurs travailleurs, sur qui pesa le plus dur labeur de la Révolution, était en permanence dans la nuit du 30 au 31 mai. Il veillait, lorsque tout à couple tocsin sonne aux tours de Notre-Dame. La salle, les tribunes sont envahies par la foule des citoyens armés.
Dobsent se présente entouré des commissaires de l'Évêché et, au nom de la majorité des sections, annule les pouvoirs des. autorités constituées.
Tous les membres du Conseil se lèvent d'un mouvement spontané et jurent de ne jamais séparer leurs intérêts de la chose publique. Ils jurent de rester inviolablement unis à leurs frères des départements et de maintenir la République Une et Indivisible.
Dobsent, au nom du peuple souverain, épure la Municipalité, la réintègre dans ses fonctions et la fortifie de l'investiture révolutionnaire. Tous, peuple et chefs, se préparent à demander compte à la Convention de la menace girondine.
Ce fut un jour mémorable, que celui oii le département de Paris, la Commune, le Conseil général, les commissaires des sections, vinrent apporter leur plainte
à la barre d(t la Convention, plaider la cause de Paris et de la Liberté 1
L'orateur, Lhuillîer, fut à la hauteur do cette grande tàcbe :
t Législateurs, dit-il dans un langage plein de ma- « jesté, nous vous demandons justice d'une inj ure atroù'
■ faile à la nation, que dis-je? d'nae insulte, d'un for-
• fait commis coulrc la majesté du peuple. Nous vous " parlons du sacrilt''ge politique proféré par Isnard.
a Isnard a tout à la fois provoqué la guerre civile
■ et l'anéantissement de cette grande cité. Il a tout à ta « fois fl(Hri la ville de Paris, en supposant qu'elle pûl a jamais se rendre digne d'un sort aussi affreux. Il a flétri les départements en leur prêtant l'atrocité de sou àme...
B Législateurs, le projet de détruire Paris scrait-îl « bien formé î Voudrait-on à la fois engloutir tant de « richesses amassées par la laborieuse industrie, et dé- B truire les arts et les sciences, pour conduire plus tôt « nos concitoyens à l'anarchie et à l'esclavage? Non, « vous respecterez, vous défendrez vous-mêmes le c dépôt sacré des connaissances humaines. Vous vous B souviendrez que Paris a bien mérité de la patrie. Vous « vous souviendrez qu'il fut et qu'il est encore l'école
• do la liberté; qu'il est le point central de la Répua bliquo ; qu'il peut fournir 100,000 combattants pour « défendre la patrie, qu'il en a la volonté. Vous vous
■ souviendrez qu'il a fait les plus grands sacrifices àla « Bévolution, qu'il n'en regrette aucun, qu'il fera sans
• murmurer tous ceux qu'exigeront les circonstances,
■ et enfin qu'il est uni de l'amour le plus sincère et le
■ plus fraternel avec les autres départements. "
Le tocsin et la générale, le cliquetis des armes et les murmures d'une grande ville insultée accentuaient ces âpres périodes. Eperdue, tremblante pour ses fils chéris et ses harangueurs de la Gironde, l'Assemblée jeta
au peuple la commission des Douze, sacrifice tardif qui ne pouvait plus rien sauver.
3'»« Journée. — !«' et 2 Juin.
Mais si la commission des Douze était à terre, la Gironde, la cause, la créatrice restait debout. La Commune le comprit et rédigea, le 1*' juin, l'adresse suivante :
« Citoyens, vos commissaires ont porté à vos délé- « gués vos justes plaintes. Déjà ils ont obtenu un pre- <r mier succès. La Convention a cassé la commission <( inquisitoriale des Douze et renvoyé à Texamen d'un « comité la conduite des coupables... De plus, elle a a déclaré que les sections ont bien mérité de la patrie. € Par ce qu'elle a fait hier, nous attendons ee qu'elle € va faire aujourd'hui. Citoyens, restez debout I »
Marat vint lui-même enflammer les courages, déve- Ippper la doctrine de l'insurrection populaire : « Lors- « qu'un peuple, et un peu pie libre, a confié son bonheur « à une autorité constituée par lui, il doit sans confie tredit respecter les décrets de ses mandataires, ne les ce point troubler dans leurs délibérations et les tenir a pour inviolables dans l'exercice de leur mandat. Mais ce si ces représentants du peuple trahissent sa confiance «c et mettent la chose publique en danger, au lieu de « la sauver, le peuple alors doit se sauver lui-même. « Levez-vous donc, peuple souverain, présentez- vous à « la Convention, lisez votre adresse et ne désemparez € de la barre que vous n'ayez une réponse définitive. » Et montant à l'horloge, il jette sur la ville l'appel terrible du tocsin.
On sait le reste... Paris en armes, Hanriot à la tête de ses canons, les derniers cris do la Gironde, ses phrases, ses effets épiques et tragiques, ses mots de la