‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: augmentées de l'essai sur la vie de BarthélémyChapitre 22 sur 53 · DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

DE LA RELIGION

JLiEs disputes scandaleuses des théologiens^ Tigno-rance du clergé, suite de la décadence générale des études, l'ignorance plus grande encore des gens du monde, l'amour de la singularité, une fausse philosophie introduite à la place d'une raison éclairée ; telles sont à peu près les causes du mépris ouvert que l'on témoigne pour la religion.

Ce mépris éclate dans les conversations, et sur^ tout dans les ouvrages qu'on pubUe à chaque instant; il est bon que vous en soyez prévenu*

Je ne chercherai pas à vous prouver la vérité de la religion chrétienne ; j'aime mieux vous renvoy» aux ouvragai^'^e Pascal, d'Abbadie, de Bossuet, de Fénélon , et de tant d'autres écrivains célèbres. Je vous prie néanmoins dé vous arrêter un moment sur la réflexion suivante.

Ceux qui attaquent la religion conviennent tous que sa morale est excellente, mais qu'on ne saurait admettre ses mystères. Ils disent : Ces mystères sont incompréhensibles, donc il faut les rejeter. Cependant n'y a-t-il pas dans la physique et dans la géométrie même des vérités qui sont in-

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compréhensibles et qu'on est forcé d'adopter? S'il n'était pas démontré que deux lignes peuvent se rapprocher éternellement sans se rencontrer jamais , le croirait-on possible ? et en admettant cette vérité, la conçoit-on? L'incompréhensibilité d'un mystère n'est donc pas une raison suffisante pour le rejeter.

Ceux qui croient disent : Ce n'est pas parce que nos mystères sont au-dessus de notre raison que nous nous y soumettons , c'est parce que Dieu a parlé ,• et qu'il nous a ordonné de les croire. Dieu a parlé par les prophéties , par les miracles , par le témoignage des premiers martjnrs, par la manière dont la religion s'est établie , etc. Voilà les titres de notre foi. Lorsqu'au lieu de les attaquer, vous verrez quelqu'un jeter une sorte de ridicule surles raystèires, dites qu'il n'est pas seulement au fait de la question; et pour Pen convaincre, demandez -lui ce qu'il ferait , si l'Etre que nous adorons dai gnait se dévoiler à ses yeux , et lui ordonner d'une manière claire et précise de croire les mystères de la religion chrétienne? Il le promettrait sans doute: Nous le promettons aussi, parce quie nous sommes persuadés que Dieu a parlé autrefois de la même manière; et si nous sommes dans l'erreur,* ce «n'est pas parce que nous croyons des points de dodrine^incompréhensibles , mais parce que. nous croyons que ces points ont été révélés , quand ils ne l'ont pas été. Ainsi, pour nous attaquer suivant les règles d'une saine logique, les incrédules ne devraient pas se borner aux objets de la foi, ils

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devraient en examiner les principes et les motifs, et voilà ce qu'ils ne font presque jamais : i** parce que cet examen suppose des connaissances qu'ils n'ont pas ordint^iirement, et un travail auquel ils ne veulent pas se soumettre; 2° parce que s'ils entreprenaient cet examen, ils verraient bientôt que nous avons des raisons suffisantes pour recevoir nos mystères, tout incompréhensibles qu'ils sont.

Je vais plus loin , et je suppose que les preuves de la religion sont balancées par des difficultés aussi fortes; dans ce cas on serait dans le doute, et il faudrait pratiquer ce que prescrit la religion , suivant cet axiome dicté par la raison même , et confirmé par l'usage : Dans le doute il faut choisir le parti le plus sûr (i).

Allons plus loin encore, et supposons^ qu'après un long examen quelqu'un eût cru apercevoir un caractère de fausseté dans les motifs de notre foi.' Devrait - il publier Cfette prétendue découverte? ITo;!,, sans doute ; et le parti le plus raisonnable ser^Éi^e s'imposer un silence profond sur ces malièros;; Pn l'a dit mille fois , et on le dira toujours': il f;s^ut une religion aux hommes; le plus beau présent dont on pouvait les gratifier , c'était de les obliger à ne faire tort à personne , à excuser les défauts, à pardonner les injures, à souffrir avec fermeté, à s'aimer entre eux, à être heureux dans

(i) Voyez l'Éclaircissement, à la tin de ce Traité. Note de Véditeur,

cette vie, dans l'espérance de l'être encore plus dans une autre. Or, voilà ce que la religion prescrit, et si l'on ne veut pas qi^éH^;4pit divine, il £siut au moins la regarder comnitp^^l|ii^plus belle de toutes les institutions politiquesi^ .«fit vrai qu'elle a occasioné des divisions et des guerres ; mais ce n'est pas sa faute, c'est celle des hommes, qui en ont abusé, comme ils abusent de la raison et des vertus.

Je dirais donc volontiers à tout homme : Croyez. Si vous avez le malheur de ne pas croire , doutez^ si vous ne pouvez^ pas douter, condamnez - vous au silence. Et quel fruit espère-t*-on de cespcopos légers qu'on se permet sur des matières si respec^ tables ? On y sourit quelquefois par une mauvaise habitude, ou par une lâche complaisance; mais, en général , ils affligent les gens sensés , et ne sont applaudis que par les esprits superficiels. Quel malheur s'ils parviennent jusqu'à ce petit peuple que le besoin, une mauvaise éducation, et de pires eitemples entraînent sans cesse vêts le crime I Le contiendrez-vous par le seul appareil de la-justice des hommes, et vous croirez-vous en sûreté au milieu d'une foule de domestiques, qui, tous également intéressés à vous ôter les biens ou la vie, n'auront plus qu'à réfléchir au moyen de le faire impunément? Les lois des hommes sont destinées à retenir la main ; celles de la religion à retenir le cœur. Doit-on se flatter que les premières inspireront l'amour de la vertu, tandis que) jointes aux secondes, elles peuvent à peine produire cet effet?

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Les déclamations indécentes fcontre la religion ne se bornent pas à troubler l'ordre de la sociélé; elles peuvent jeter encore tine sorte de désespoir dans le cœur des malbeuTenic, Dans tous les états, il est des âmes rertueiises qui gémissent en secret et demeôrent en proie aux outrages de la fortune, à l'injustice des méchants, aux chagrins les plus amers. Eh! pourquoi leur arracher l'unique consolation qui leur reste, celle de penser qne tout se fait par les ordres d'un Dieu témoin des larmes qu ils répandent , .et que ce Dieu , plein de tendresse pour eux, leur ménage, à la fin de leur carrière, des biens propres à les dédommager des maux qu'ils auront soufferts ! Si ce système est une illusion , elle est ïnilie fois préférable à ces funestes lumières qn^ôli ^udrait lui substituer.

Je ne parle ièi-^Aconiftie théologien, ni comme dévot; mais j'en appelle ;giux' coeurs sensibles, aux cœurs capables de compassion et d'humanité, et je leur demande si ce n'est pas une barbarie atroce que de vouloir persuader aux malheureux qu'ite étaient destinés , en naissant , à être gratuitement les victimes de la douleur , et que , n'ayant plte aucune ressource du côté de la terre , ils ne doivent pas même en attendre du ciel.

Tîe croyez pas néanmoins que tous ceux qui parlent ou qui écrivent contre la religion , aient prévu ces conséquences. Les uns agissent par légèreté, ou par attachement à de faux principes ; les autres cherchent des partisans qui les soutiennent contre leurs doutes ou leurs remords : il en est enfin

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en qui tous les sentÎQieQts (Mix^ai&s^nt éteints , et dont l'ame a con^TàCté, datis f eilKliè& des plaisirs , une sorte de dureté, et- (f j^éatitiiilBenient. Tous affichent une vertu, qft'il ti0>£aLut pas toujours exaininer avec scrupule. En effet, est-on essentielle- Client vertueux, désire -t-on que les autres le soient, lorsqu'on s'acharne avec tant de fureur contre une religion qui ne reconnaît, ne respire, ne récompense que la vertu ; lorsqu'on n'admet qu'une probité appuyée sur des principes humains qu'on nous permet aussi de regarder comucie des préjugés de l'éducation? Je n'ose pas proposer ce problème.

Si les religions étaient l'ouvrage des hommes, le premier qui a voulu établir un commerce d'ampiu* entre un être infini et une* faible créature, aurait formé le plus touchant de tous les projets,

La religion chrétienne, dépouillée de toutes les petitesses que les hommes y ont ajoutées, est le plus beau système de morale et de bonheur. Elle enrichit l'ame de toutes les vertus; elle l'élargit; elle la fait aimer autant qu'il est possible d'aimer , et lui procure par là cette paix douce, profonde, inaltérable; cette paix que le monde ne peut ni donner ni ôter, qu'il ne connaît même pas; cette paix enfin , qui nous rend amis des autres et de nous-méme.

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