LIVRE m
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)»EfirE les deux -«lAKfiMix avaient fait voHe p^idant quelques hetÉCf , que la naftilHi talière se soulève contre eux. La mer s'enâe,^ elles flots entr'ouverts découvrent le fond des j^jneSé
«O Vénus, s'écriait Caiite, commande à ces « ondes qui t'ont vu naître de respecter les jours 4K de l'amant le plus tendre ! O Amour, maîti^ de « l'univers , viens sauver ton plus bel ouvrage !d Ces vœux sont interrompus par les cris des ma*t^ts : le tonneire gronde, les vents sedéchmnent, le nautofurier pAltt , le pilote effitiyé ne trouve plus tie ressources dans son «sX : la nuit vient , rhorreur redouble ; l'imite de la mort sV>£Ere partout à leurs yeux.
La tempête dura jusqu'au jour, et dés que te^ Heui*es eurent attelé le char du Soleil ^ Soie rappela du ibiMl de ses antres les aquiioi» mfutioé^, et bientôt il les enchaîna de sa main puissante : mais, quoique renfermés dans ces prisons obscures, on les entendit encore gronder dans le lointain et frémir d'impatience de voir leur courroux arrêté.
Dès que les ombrc^s eurent fait place à la lu-
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mière, Polydore avait cherché des yeux le vais^au de Carite; mais cesl «n vain qu'il promenait ses regards stir la surface des flots ; les vent$ l'avaient encore éloigné de son amante.
Cependant les pirates^ui enlevaient ce jeune in* fortuné, voulant se dé&ire de leurs esclaves^ résolurent d'aller à Sestos pendant les fêtes d'Acbnis que l'on célébrait alors : le concours d'étrangers qu'attire la cérémonie , leur faisait regarder ce; ipoment comme favorable à leurs desseins.
La ville de Sestos est située dans la Chersonèse^ à la pointe d'un promontoire qui porte le méme^ nom : la mer qui baigne ses murs est appelée Hellespont, du tiom d'Hellé, sœur de Phryxus, qui se noya jadis dans, ce détroit en le traversant sur le £aimeux bélier dont la toison était d'^or.
C'est par un usage antique et consacré dans ce lieu qu'on y célèbre tous les ans les fêtes d'Ado-^ nis et de Vénus, et c'est, dit*on, pendant le coiirs de cette cérémonie que l'amoureux Léandre vit pour la première fcMs la jeune Héro.
Ces fêtes sont célèbres dans toutes les contréesi voisines : on y accourt également de la Grèce et dt l'Asie. Ceux d'Âbidos, de Colophon, d'Éphèse, etc... viennent en foule à Sestos olB&ir des vœux à Vénus. Les habitants de Lemnos , ceux de Te«ipé , tous les peuples qui sont entre la mer et le mont Cy theron , m rendent aussi dans oe temple pour adorer la déesse , et pleurer avec elle la nmrt de son malheureux amant
Pendant le c«urs de ces fêten, on célèlNni «u
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même temps celle de FAmour, et- l'on emploie un jour entier à cette cérémonie particulière: ce' fut dan» ce moment que les pirates abordèrent au rivage. Polydore est exposé dans la place publique avec les autres esclaves. A son aspect , la fête est interrompue: on s'empresse, on accourt, on jette des fleurs sous ses pas; les peuples croyaient voir FAmour, qui, touché de leurs hommages, venait se mêler à leurs jeux; mais Polydore, les yeux baissés, adressait lui-même des vœux secrets au fils de Vénus: cette fête , ou régnait l'allégresse , n'offrait à ses regards qu'un souvenir plein de douleur.
Cejpendant les chœurs commencèrent bientôt à paraître : les jeunes garçons et les jeunes filles qui les composaient, vêtus d'une robe blanche, s'avançaient à pas lents; et récitaient alternativement l'hymne sacré.
ce Reçois notre hommage, disaient -ils d'abord et* tous ensemble ; dieu puissant qui commandes à a l'univers : toi qui donnas le feu célcfste à Promé- <c thée , toi qui sus régler les éléments et débrouil- «1er le chaos: ame de la nature, viens régner a parmi nous ; quitte le séjour de Cythère pour « habiter dans ce séjoiu*. »
a Loin' de nous, reprenaient ensuite les jeunes « garçons, cette divinité malfaisante que les désirs « précèdent^ et que suivent les repentirs ; le bonce heur n'accompagne jamais ses pas : la jalousie , « Faigreur et le désespoir sortirent àve(; elle de la f boite de Pandore. O vous qui nousi écoutez ,
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« gardez-tvous de la suivre : c'est un fantôme dan* <( gereux,;et les plaisirs, qui composeni; sa. cour « .sont une image aussi trompeuse des vrais plai-* « sirs. y> 'i ' 4 "
ce II est un autre Amour , répondaient les jeunes <c filles, dieu, favorable qui jadis habita sur la terre (c pendant le^ siècle de Cybèle , et que les vœux « des mortels ; ont quelquefois appelé des cieux : « l'innocence et la vertu relevèrent dans leur, tem* (c pie pour le bonheur des hommes: auteur des <c vrais biens , il les répand sur ses adorateurs fiâè* « les. 4C'«st lui qui soutient l'espoir au milieu des « traverses , et qui ranime* la persévérance au com- <K ble du malheur. Q^vous qui nous écoutez, ha-* <c tez-vous de •reconnaître son pouvoir, et croyez « qu'il est seul digne de votre culte. »
ce Chère Carite,v s'écria tout à coup Pelydore, « voilà le dieu que mon cœur veut pour maître, a et c'est poiu" vous que je l'implore. »
Ces paroles attirèrent de nouveau sur lui les regards du peuple: on le considérait avec une surprise mêlée d'intérêt, lorsqu'un vieillard, perçant la foule, accourut là lui pour l'embrasser : «Hékil! « disait-^il, voilà le fils que les Parques m'avaient a ravi, et que les Destins me renvoient touchés <c de mes malheqrs^.. Mais, que dis-jeP^quelleillu- « sion?>PeupleS:de Sestos , pardonnez , j'ai vu , j'ai a cru revoir mon fils dans ^cet esclave;. ses traits « m'ont fi:*£^ipé^ mais cette ressemblance est un jeu a du hasard^^ui ne fiiit qu'irriter ma. douleur. »
lïausicratès , éh proférant ces mots , embrassait
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Poljrdoâre; et cet infortuné, touché lui-même dé compassion, oubliait ses maux en Toyant ceux que sa présence venait d'irriter. Dans cet instant, le che£ des pirates voulut les séparer l'un et l'antre ; mais la vue de Polydore était trop précieuse pour Nausicratès : ce généreux vieillard paya sa rançon , et l'emmena sur-le-champ avec lui. Cependant le peuple , que la suite de cette aventure avait intéressé, bénissait Nausicratès, et lui recommandait son jeune esclave. Dès qu'ils furent arrivés sur le rivage, le vieillard monta dans sa barque avec Polydore. ' »
La ville d'Abydos^ où demeurait Nausicratès, est celle qui vit donner le jour ai| jeune Léandre; elle est bâtie en face de Sestos^ de loutre côté de l'Hellespont. Pendant le trajet, Nausicratès considérait Polydore , et prévoyait avec douleur la surprise de sa malheureuse épouse, à la vue de cet esclave.
£lle était sur le rivage ; elle attendait son époux avec impatience, et déjà même cèle accusait sa lenteur , lorsque la barque arriva. Nausicratès descend, sa vertueuse femme courait au-devant de ses pas ; mais à peine eût - elle aperçu PolydcNre , que l'excès de son étonnement fit craindre pour ses jours : a Quel objet ! s'écria-t-elle ; que voisr-je ! — * « Rassurez -vous, nm chère Thémisto, lui dit le « vieillard , le sort vous avait privé de votre ^ ^ et a le cid veut vous donner un adoucissement à « vos maux, p -rr <( Non, disak-relle d'une voix < treinblante, non, ce n'est po^it mon fib; ce
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V matin encore j'arrosais ses cendres avec des K-» « bâtions de lait : ce nest pas lui, vous dis-je; « ses mânes ont traversé le Styx, et n'entendent «. pas mes cris. »
Dès que Thémisto put écouter le récit de cette aventure , Polydore lui devint aussi cher qu'à son époux : ils ne pouvaient se lasser l'un et l'autre de le voir et de l'embrasser : quelquefois même ils le prenaient pour une divinité secourable qui venait soulager leur infortune. Polydore, ému' de ce spectacle, partageait leurs sentiments: il essuyait leurs larmes, il en répandait avec eux; moins à plaindre lui-même, puisque, au milieu de ses maux , il jouissait du bonheur de faire des heureux.
Cependant il fallut gagner la maison : elle était placée aux portes de la ville. Polydore, en entrant dans cette cabane, se sentit pénétrer d'un saint respect : l'ordre et la simpUdté qui y régnaient^ i*etracèrent à ses yeux ce que l'on raconte de ces deux vieillards qui reçurent autrefois les dieux dans leur humble séjour.
T^ute la richesse de ces deux époux consistait en un petit nombre d'arpents de terre qu'ils £aiî*saient valmr de leurs mains , et en quelques troupeaux dont lis allaient t43us les ans vendre une partie pendant les fêtes de Sestos« On.^^otifiâ tout à Polydc»*e le lendemain de son arrivée , non comme à un «asclave dont on exigeait des ««oins, mais comme à txo: fils aimé que l'on voulait combler de bietts.
La vigilttoce dft Folydortvct ms attendons oon^
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tmuelles augmentèrent le revenu de ses maîtres : il passait tout le jour au travail : le matin dans les campagnes, il pi;'évenait l'aurore, et le soir il ramenait les troupeaux à la maison ; ensuite il en portait le : lait aux deux vieillards , et sa vue leur rendait bientôt cette volupté pure que la tendresse fait naître , et dont son absence les privait l'un et l'autre.
Polydore trouvait ainsi dans Abydos cette vie pleine d'innocence , dont l'habitude et l'éducation lui avaient fait connaître le prix : il aimait ses nouveaux maîtres presque autant qu'il en était aimé : il faisait leur bonheur ; ils auraient fait le sien , si Polydore, éloigné de Carite, avait pu goûter des plaisirs.
L'Amour a dans le voisinage de la ville un temple assez connu par toute la Gi*èce : il est .bâti sur le haut d'une montagne où l'on prétend que le dieu se retira jadis en fuyant les cœurs perfides qui déshonorent son culte. Polydore s'y rendait tous les soirs à la fin de son travail; et tous les soirs il implorait la protection du dieu dont il n'avait encore éprouvé, que les rigueurs.
Nausicratès avait à la suite de ^maison un jardin aussi simple qu'elle : on avait planté dans- le fond unbqiguet de myrtes, et la statue de L'Hymen était placée au milieu. Nausiqratès allait souvent la visker , , et remercier ce . dieu tutélaire des bienfaits dont il l'avait comblé; mais il y, avait un jour de l'année destiné particulièrement à lui rendre des actions de grâces : c'était le jour qui^vait
VU commencer l'union *des deux époux. Ils invi- -t^, taient leurs amis à venir célébrer avec eux Tanni^ versairc' de leur mariagie: ilsise couronnaient de fleurs, ils offraient des libations de vin, et quelquefois même ils sacrifiaient une génisse ou un chevreau. i
Le jour ;de la fête , lorsque la cérémonie fut ache« vée, les convives se retirèrent , et Polydote resta seul au pied tle la statue : la nuit vint, et le sommeil le surprit. A- peine eut-il cédé à cette impression bienfaisante^ qu'un songe funeste vint taknrmer ses esprits. Il crut voir la statue ette-^méiHe •s'animer tout à coup, et le dieu de l^lip^ménée*, un flambeau à la main, lui montres^ sa jeune épouse dans 'les bras d'un rival. Il frémit à oette vue: Il se réveille avec fureur. « Sort injuiste! s'écria-t-il , et vousi imei piersécutez jusque dans les bras du som- « meil: le tepQs .que la nature accorde aux plus « viJs de tous, les animaux , n'est pas même un bien « pour moi! Non, ma cbère Garite,. Je. connais « votre cœur: si vous vivez, vous .m!étes fidèle... « 'Mais qu(H! reprenait-il un moment àpi^ès,<;e songe « n'est-il pas ua avertissement des dieux ? Ah ! Car « rite , Carite'^-tu me trahis! un autre a touché ton « cœur. .Où trouver ce téméraire? j'irai le punir de « son : audace. Quittons ces lieux : volons.... Mais « quoi! Nausicratès, Tfaémisto, pourrais-je vous « abandonner? malheureux que je suis! Pourquoi « fautril que l'honneur et la reconnaissance me « retiennt»it, quand l'amour et l'hyménée me rap- « pellent. » •
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Cependant un pouvoir secret le fit encore céder au sommeil, et le songe qui Tav^rit tourmenté lui présenta de nouveau son image accablante, a C'en « est ÉBÛt pour cette fois , s'écria-t-il , je n'en dois fc plus douter , Carite est infidèle : l'Hymen iuî*i> « même a révélé ce mystère affreux : j'irai , j'irai « lui reprocher sa perfidie jusque dans les bras de « son amant. Je ne balance plus : l'amour le veut, « l'amour l'emporte. Dieux , qui voye& mes com* « bats, rendez justice à mon innocence, et corn- « blez à Jamais de biens le vertueux Nausîcratès et « la malheureuse Thémisto ! »
Des que le jour parut, Polydore chercha le long du rivage un vaisseau qui fît voile pour la Grèce. n ne fut pas long^ temps à le trouver. La ville d'Abydos envoie tous les ans au dieu d'Épidanre des présents considérables, et le vaisseau qui devait les porter allait se mettre en mer. Polydfore saisit cette occasion de retourner en Grèce : il se flattait de retrouver Carite auprès de la tendre Sterope ; et si ses espérances étaient trompées, après avoir embrassé Pisistrate , il devait se remettre en mer , et chercher Carite dans toutes les Cyclades.
Il partit dans ce dessein y et il ne s'éloigna pas sans regret du rivage: le souvenir de Nausicratès et de son épouse le tourmentait sans cesse : il implorait les dieux en leur faveur, et il leur soubai*^ tait une meilleure destinée.
Les approches de la Grèce changèrent bientôt l'état de son ame. Dès que le vaisseau eut abordé au rivage , Polydore , sans attendre le jour où l'on
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devait porter les présents au temple , descendit seul pour chercher les moyens d^ traverser en peu de temps le Péloponèse , et de se rendre à Corinthe.
Environ à un demi-mille d'Épidaure , tin vieillard qui conduisait des timipeaux rarréta. a Jeune « étranger 9 lui dit-il, si vous souhaitez d'entrer « dans la ville , je vous conseille dj|^endre jusqu'à « demain. Il faut traverser celte -foret, qui n'est' « pas longue, à la vérité, niais dont les détours sont « obscurs et difficiles. Atteiid4|||||i|[ii'à demain, « vous dis-je : d^a l'ombre detf^nd des montait gnes , et déjà la ^uso^e s'élève du toit des ha^ « meaax vobins i reftéÉNivec moi; je vous o£Bre du « lait pour votre lepas et des feuilles fraîches pour « passer la nuit. » — « J'accepte votre ofire, lui « 4it Polydore : puisse Jupiter hospitalier vous en « donner la récompense! »
Ils s'avatEicent à ces mots : une nombreuse famille vient au-devant du vieillard: on reçoit Polydore avec joie: chacun s'empressait autour de lui, lorsque le vieillard, élevasl; la vodx, lui dit: « Étranger ^ la paix dont vous nous «oyez jouir « n'a pa^ toujours régné dans oes climats : ce n'est « que depuis peu de mois et par la valemr d'un « seul homme, qu^ nous avons ^;quis la sécurité « dans laquelle nous vivons.
« U n'y a pas long-temps qu'il habitait dans ces « lieux un géant féroce connu sous le nom de Sin- « nis : ce brigand faisait périr tous les voyageurs <c par le suppliai le plus x^ueL Sa force était si « prodigieuse qu'il pU^ jusqu'à terre deux pins
llî CARITE
« énormes ; et , après avoir attaché ses victimes à ce chacun de ces arbres , il les laissait aller à la « fois Tun et l'autre, afin que le mouvement qu'ils <K faisaient en se relevant déchirât les membres de te ces malheureux. Je fus moi-même le témoin du w dernier de ses crimes; et je le vis recevoir le juste « châtiment q^'il méritait. Ce souvenir me glace « encore <l^e£Broi. J'allais à la ville , et je traversais « h forêt aussi vite que mon âge et mes forces <K pouvaient kl permettre, lorsque je rencontrai un <K jeune homme :qui accompagnait une femme du «même Âge que lui : ils me demandèrent le che- « min, et m'apprirent qu'ils étaient Cretois. Je «( m'éloignai d'eux en leur souhaitant toutes sortes « de prospérités. Mais à peine eus-je fait quelques « pas., que je les entendis l'un et l'autre pousser « de grands cris: je me retournai. Le géant avait « saisi le jeune homme , et le trauiait par les che- « veux : son épouse le suivait en implorant ce « barbare; mais, loin de toucher son cœur, elle ne « Élisait que l'irriter davantage.
a A peiaie le Cretois avait perdu la vie, que « Thésée arriva dans ce lieu : il n'est, pas possible , « continua le vieillard, que vous n'ayez entendu « parler de ce héros, qui fait aujourd'hui l'admi»- « ration de la Grèce, et qui marche sur les traces te d'Âicide : depuis la défaite du Minotaure, il a « fait mordre la poussière à plusieurs brigands « qui désolaient rÂchaïe,.et, quoique Egée sou « père soit mort depuis «in an , # préfère les cornac bats et la gloire des érxnes à l'éclat tranquille « du trône.
ET POLYDORE. Il3
^c Thésée arriva, comme je vous l'ai dit,, dans « le moment que le jeune Cretois venait d expiât rw; il attaqua lé monstre;; et, après l'avoir dés- « .atifté, il le fit périr par le supplice qu'il avait « lui-même inventé. Ce héros, après avoir tué le « géant, déracina lui seul les deux arbres qui «c livaient servi d'instrument à sa cruauté, afind'ef- « jEsfccer jusqu'aux traces de cette afïreuse barba- « rie.
«J'étais resté à quelque disl&nce, pénétré de « douleur et d'effroi , lorsque je vis ia jeune Cré- « toise qui rassemblait, en pleurant, les membres a épars de son époux : j'allai moi-même la soulac( ger dans ce pieux o£6ce, et je la ramenai dans a joaa . maison. Quelques jours après , elle fit. élever « un tombeau dans le lieu où cet infortuné a. perdu « la vie; et tout auprès de ce monument. elle en « a fait construire un autre pour un de ses fi^ères if qui était mort, disait-elle , auparavant.
« Dès que ces deux ouvrages ont été finis, on « a bâti dans le même endroit une cabane pour « elle; et depuis ce temps elle y demeure sans « cesse entre les mânes errants de son frère et de « son époux. Il faut passer dans cet endroit pour « aller à la ville; nous nous y arrêterons demain c< ensemble. Jeune homme , àe tels exemples sont <c faits pour yotre âge : si vous aimez la vertu et « la piété , celui-ci touchera votre cœur ; présen- « tement allez vous reposer; j'aurai soin de vous « avertir moi-même quand il faudra partir. ».
« Ah ! mon père , lui dit Polydore , qu'elle est à i 8
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ic plaindre , et qu'il est afirêiiit de perdre ce qu'on « aime !»
Poiydore n'en dit pas davantage; et bÉM[t6t après il se retira dans la chambre qu'on Irtrl^it préparée : le récit qu'il venait d'entendre faisait naître dans son esprit une foule de réflexions :
* « Quoi! s'écriait-il quelquefois en soupirant, l'aa mour ne fait que des malheureux ! quand deux
^ « cœurs semblent unis, il les sépare, ou du moins « il les livtie aUît tourments de l'absence, de l'oubli, « de l'infidélitél De tous tes présents des di^ux , « un cœur sensible serait-il donc le plus à cratnw dre? »
A la pointe du jour, Menthes ( c'était fe nom du vieillard ) vint chercher Potydore , et Us se mirent en marche l'un et Tautre. « Peiit*-être, lui dit ce Menthes en entrant dans la forêt, peut-être ne « trouverons- nous pas la jeune étrangère dans sa « cabane ; elle est obligée tous les matins d'aller « à la ville pour chercher tes provisions dont elle « a besoiti; mais vous verrez les dieux monuments « qu'elle a feit élever. »
Ils ne furent pas long-temps sans les apercevoir ; ils étaient l'nn auprès de l'autre dans vm coin du bois qui s'était trouvé par hasard planté de cyprès ; c'étaient deux pjrramides asseï ba^es , tormontées de deux urnes de grès ; elles portaient une inscription. Pblydore s'approcha de l'une , il y trouva ces mots : Au niéblheureux Corèbe. Il s'approcha de l'autre; il y tf^ouve ces mots ; A-u malheureux Poiydore,
ET POLYDORE. I iS
Il demeure sans voix : ses genoux tremblants se dérobent sous lui. Menthes s'approche pour le secourir : clans ce moment, Polydore en fureur s'élance sur la colonne de Corèbe, comme si ses mains impuissantes avaient pu la renverser; mais les forces lui manquent , et il tombe de l'autre côté sur le monument qui porte son nom.
Cependant l'étrangère arrive de la ville; elle aperçoit le vieux Menthes; elle vient à lui» Quel spectacle pour elle! i^fc homme appuyé sur le tombeau de Polydore! son- visage tourné contre terre; il se relève , Carite lè vxnt : « Cher époux, « s'écria-t-elle , est-ce toi que je retrouve , est-ce (c ton ombre plaintive qui sort de ce monument?» Polydore, sans lui répondre, s'approche d'elle^ il la saisit , et il allait la poignarder devant la tombe de Corèbe , si Menthes n'eût arrêté son bras. Carite effrayée de sa rage tombe évanouie à ses pieds, et sans douté la douleur seule allait trancher sa vie, sans les secours empressés du vieillard.
Carite fut long-temps à revenir de son évanouissement, et ce danger lui rendit toute la tendresse de Polydore : la jalousie l'avait aveuglé, mais la présence du péril , le spectacle de la mort , la crainte de perdre Carite, tout le rendit à lui-même, à son amante , à l'amour : il ne vit rien ; il ne croyait plus rien. Carite en ouvrant les yeux se trouva dans les bras du plus tendre de tous les hommes.
a Laissez «moi, disait*elle, laissez-^moi périr. Pou#- (c quoi me rappeler à la vie? Ce que j'aimais né « m'aime plus : ô Polydore , tu me crois o&àpAiéi
ï l6 CARITE
«^1 ne me manquait plus que cette infottuné^ljour « avoir épuisé toutes les rigueurs des dieux! »
a Rassure «toi , lui disait son époux, lés filles de « l'Érèbç tourmenta l'en t mon cœur, elles versaient « dans mon ame le poison de la jalousie.; mais j'ai «cru voir, j'ai vu tous les dieux ensemble dans « un de tes regards ; les Euménides cèdent à leiir «puissance; je t'aime, je t'adore, chère Carite : « mais, que dis-je? ton amant n'est plus digne de « la lumière. J'ai pu te soupçonner! j'ai pu !.... Non, « ne le pense pas; mon cœur ni ma raison n'ont <( point de part à cet affreux délire....» — '«Écoute- « moi, -interrompit Carite, et permets à ton épouse « de se justifier:» — «Toi, lui dit Palydore, te jus- « tifier! ah! de quoi? d'un crime imaginaire que «^mon amour dément? Te justifier! toi coupable! « non , tu ne Tes pas , et tu ne peux pas l'être. Je « ne veux rien entendre, je ne veux rien savoir, « je te retrouve, et je te retrouve vertueuse. Oui, « tu m'es fidèle , j'en crois mon amour, mes re- « mords, mon cœur, ta présence, tes yeux.» — « Écoute-moi, lui répondit en souriant Carite, tii « me crois innocente et tu m'as cru coupable : je « ne te condamne point, je ne me plaindrai point « de ton injustice, elle m'a fait connaître ton amour.»
«Ah ! venge -toi , s'écria Polydore. » — « Eh ! de « qui? s'écria Carite.» A ces mots, ils se jettent dans les bras l'un de l'autre; leurs larmes se confondent ensemble; leurs caresses n'étaient interrompues que par leurs soupirs, ou par les sanglots de Polydore; et cependant Menthes, attendri de ce
ET POLTDORE. * JÎ'J
spectacle, remerdait les dieux, dont la sagesse et la bonté se font toujours connaître.
Après les premiers instants , et dès qu'ils eurent retrouvé l'usage de la voix, Carite s'adressant à Polydore : « Si tu ne yeux pas , lui dit-elle , que « je me justifie, écoute ,au iboins le récit de mes « malheurs. Regarde ce^^ïlWxibçâu que mes mains « avaient élevé àton 0,mëM|:#^ ' hélas! je croyais « t'avoir perdu pour |iii$|)0^^.t je rendais à ta mé- « moire ^n hommage qji^^^ encore sup-
« port^ la vie. Te souvient -ii de ce moment où « des pirates Tious séparèrent? Je te vis arracher <c de mes bras, et entraîner sur un autre vaisseau : « le moment qui venait de nous réunir, nous re- « plongeait dans de nouveaux malheurs, A peçie le « destin te rendait-il à mes soupirs , et j'étaisî prête «à gémir encore* dans les horreurs de l'absence. « Séparation funeste! mon cœur se déchirait, et je « sentais que mon ame s'échappait pou? te suivre.
i( J'avais espéré dû moinsque nos ravisseurs ne c( se quitteraient point dans le trajet , et qu'ils nous « exposeraient sur le même rivage. Conterite dans « mon malheur de ne pas perdre de vue le vaisseau « qui te portait, je me plaignais moins de la rigueur «de ma destinée, quand tout à coup les flots en <c courroux me firent trembler pour tes jours. « J'implorais à grandît cris la protection de Vénus : te j'appelais à ton secours le dieu dont nous portons «c les chaînes ; mais vaineinent ton amante en larmes ce attestait leur puissance : ô souvenir affreux! ton «r vâisseiaa dis{)al^ut,^ ehtraîiflé par là fureur des
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« vagues f les abymes se fermèreiit, et les cris de « mes conducteurs m'apprirent qu'il n'était plus a d'espoir pour leurs compagnons ni pour fnon « époux.
« Je ne te peindrai point ma siln^tioD , je ne te H dirai pas même ce qui se passa tlans les premiers (f moments sur le vaisseau : éperdue , égarée , pou- « vais-je le savoir? J'appelais la mort, et elle se a refusait à mes cris : j'avais voulu la chercher dans « les flots, luie pitié cruelle m'avait sauvé malgré « moi de ma propre fureur. Il fallut vivre; o» m'y « obligeait : je vécus dans l'espérance d'élever urt « jour un monument à ta cendre, et de l'arroser <i sans cesse de mes larmes.
« Ik quelques jours de là nous abortlàmes en « Crète : je fus vendue comme esclave diuis la ville « de Gnosse à un vieillard nommé Fhorbas. Son a humeur-me parut assez facile; simple et donx^ il était ^rté à la bienfaisance et à l'humanité ; « mais Xantippe^ sa femme, était ausû impérieuse « que Pborbts t'était peu ; heureusement elle m'é- (> loigna elle-même de ses yeux, en m« donnant K pour mon travail une partie de ses x^i^'ltR* ^ « cultiver.
« ÎJO premier essai de mes forces fut de construire « un petit tombeau de gazon, dans un bosquet V écarté : d«a qu'il fut achevé , j'appelai par trois « içà» l'ombre de mon char Polydor«, et je con- « jurù les dieux du S^ de se contenter -de ces n vain* honn«urs.
«Je finissais à peùgw d« te muirv ces faibles
ET POI^YPORE. Hg
« de voits, lorsque j'entçudis du bruit à mes côtés: « j(s regardai précipitampieiit , je . n aperçus rien , (< et je retournai à mon travail ordinaire.
« Tous les matins Taurore me surprenait au pied <x de ce monument : je t'appelais à grand cris, et <c je laissais au moins un libre cours à mes^ litrmes. « Un jour, en aniv^mt dans ce lieu^ j'aperçus le « reste d'un sacrifie^! on avait offert quelques li- « bâtions; et une brebis noire, victime ordinaire tf d'Hécate , arrosait le tombeau de son sang : je « m'approchai. Qui que tu sois, m'écriai^je, à qui « je <lois ce bienfait, sois assuré pour jamais de ma « reconnaissance.
«Gomme j'achevais de proférer ces paroles, « Corèbe s'avança , Corèbe , fils de ^Phorbas ; c'était «c lui dont les mains généreuses avaient offert ce ic sacrifice : Ah! seigneur, lui dis-je en tombant à « ses genoux , puissiez - yot^^ recevoir le prix de * votre piété. Pendant ce idUsieours, Corèbe s'em-^ « pressait de me relever : J'aperçus qu'il avait le^ (c yeux mouillés de larmes. Il fut long- temps. «ans «me répondre: il me parut interdit, tremblant, « et tout à coup il tomba lui-même à n^esiff^noux. « Je voulus fuir : Arrêtez, me dit-il, rhûiQiiii||e que « je vous rends n'est indigne ni de l'un ni de l'autre. « Ë€outez<*moi , vous connaîtrez Corèbe ; vous l» fi plaindrez , et vous direz peut-éti'e : Il était digne u d'un meiUeiar sort.
« J obéis à sa prière: je restai. Corèbe, après «c avoir essuyé ses larmes, commença ainfi^ son « discours : La -confiance qu'inspire, dit-on, i« tea-
JîO CARITE
« dresse 5 les plïiisirs de runion et de l'amitié sont « des bieiis inconnus à mon cœurl On a pris soin , « depuis que je respire, tfécater de la maison de «f mon père tout ce qui pouvait faire naître des « sentiments dans mon ame : sans liaisons, éloigné rt de tout, ignoré du monde, je m'ignorais moi- «méme. Mais , hélas ! je vous ai vuev ^ii^able cr Garite, et depuis- ce moment l'univers a pris à « mes yeux une face nouvelle' : jai connu le besoin «d'aimer en même temj)s que j'en ai coniiu la •«douceur. Oui, je vous aime t ce discours vous «'blessé, je le sais : rassurez- vous , je n'offenserai « pas davantage et votre tendesse et votre constance.
« Je suis instruit de vos malheurs. J'étais avec « mon père lorsqu'il vous acheta dans la ville de « Gnosse : frappé de vos attraits, je m'informai des « marchands qui vous avaient vendue , quelle « était votre patrie et votre sort*: ils me répondi- « rent qu'ils vous ^«ient surprise sur les rivages « de Naxe; qtfe lorsqu'ils vous trouvèrent vous i< étiez avec un homme qui dëpuiaapérrxlans les «flots, et dont vous pleuriez continuellement la « perte. • ' "" ■
« Touché par ce récit, entraîné peut-être par « un penchant invincible , je vous suivis,' j'obser- « vais vos pas. Depuis deux mois qiie vous habi- « téz ce séjour j'ai ' été le témoin de vos larmes, « j'ai partagé votre douleur : elle a redoublé mon « amour, mais je la respecte, et mes feux seraient «toujours demeurés dans le silence si mon cœur «f avait pu se contraindre. Pardonnez-moi cette of-
« fense involontaire , et ne haïssez point un mal- « heureux qui n'a pas du moins mérité votre haine. « Ma haine! hii répondis-je, ah! ne la craignez c< point: non, je ne puis haïr le bienfaiteur ^e (c mon époux; les devoirs que vous venez de ren- « dre à son ombre m'inspirent pour toujours la c< plus vive reconnaissance; mais mon cœur ne « peut rien de plus, il est tout entier à l'olget « dont j'honore ici les mânes, et j'emploierai le <r reste de mes jours à pleurer son trépas.. Écou- « tez-moi à votre tour : vous aimez la vertu , votre « cœur eifepur : écoutez^et vous verrez quels futc rent mes engagements et quels sont mes devoirs.
c< Je lui peignis «loi^i^dntînua Carite , l'histoire <c de nos amoursM^d6'rà»'iûalheurs; je me disais <c à moi-même '^e^di je lui pf^entais ce tableau « fidèle, c'était dans la vue de lui ôter tout espoir : « mais, te le dirai-je? je me trompais : oui, j'allais « parler de toi , j'allais me rappeler des moments <c bien chers à mon souvenir, ir n'en fallai^; p^is t< davantage. Hélas! depuis notre séparation, si le « nom de Polydore était sorti de ma bouche , des « objets inanimés , les échos çeuls avaient pu l'en- « tendre ; un cœur sensible allait m'écouter , et w peut-être verser des pleurs sur le tombeau de « mon époux. Dans le temps que j'achevais mon « récit, j'entendis mes compagnes qui m'appelaient « au travail, il fallut s'y rendre: je laissai Corèbe « dans le trouble et dans l'agitation.
<c Je retournai le lendemain, comme à l'ordi- « naire, au pied du; monument; j'y répandis des
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« fleurs que je venais de cueillir , et j'adressai quel* (X ques prières aux dieux de la nuit, sans que per- « fionne vint m'interrompre ; je continuai les jours « suivants. Je m'applaudis en secret de n'y plus «voir Gorèbe, et je me flattais que mou récit « avait éteint son amour. Dans ce même temps on « me donna des occupations nouvelles : mes maift ires me rappelèrent dans l'intérieur de la maia son y et mon emploi dans les jardins fut rempli « par une autre esclave. Je ne le quittai pas sans « regret: j'avais peur qu'on ne découvrît la retraite « où j'allais honorer tes cendres ; m^ le sort , « toujours constant it me persécuter, me préparait H encore de plus grands malheurs,
« Phorbas invita quelque temps après ses amis A à un festin magnifiqpe, Dana le momeut où je ce m'occupais comme les autres des apprêts néces- « saires, un des conviés crut reconnaître k ma « voix que j'étais étrangère , et il s'approcha pour <c , me demander quelle était ma pairie*
« Je lui répondis que j'étais Athénienne, née « libre et réduite à l'esclavage par une suite con<- « stante d'infortune^. Comme je proférais ces mots , « j'aperçus que ses yeux étincelaient de colère : « je frémis; quand tout à coup ce furieux y s'adres- « sant à Phorbas: Téméraire! lui dit* il, comment ce une esclave née chez ces nations impies trouve-r « t-^Ue un asile dans votre maison ? Avez-vous ou- « blié les raisons que la Crète a de frémir au nom tf seul d'un Athénien? Ne savez- vous plus que ces •f peuples perfides ont fait périr lâchement le gé-
4c néreux Aridrogée; qu'ils ont violé la paix que « le roi leur avait accordée après cet attentat; « qu'ils ont tué le Minotaure, et qu'enfin Minos <t indigné veut que tous ses sujets partagent soii « ressentiment, et donnent sans distinction la mort « à tous les Athéniens qui sont en leur pouvoir? « Qu'on me livre à l'instant cette esclave, ou je « dénonce au roi votre crime et votre audace.
« Sage Lycophron, dit Phorbas, Jupiter con* ce naît mon cœur; j'ignorais ce que l'aveu de cette a esclave vient de nous' apprendre : je croyais que « l'île de Naxe l'avait vu naître ; les marchands qui « me l'ont vendue m'en avaient assuré. Mais, puis* « qu'elle a reçu le jour dans un climat odieux , je a ne m'oppose point à votre juste colère, et je la « i^MEiets en votre pouvoir: le prince Crète vous ce était €Ji€^, vous aviez élevé son enfance, votre « courrottx est légitime...
« Déesse de la vengeance, écoute -moi, inter* « rompit Lycophron : je ne demande que le temps a nécessaire pour purifier cette victime impie, et a je jure que bientôt j'irai la sacrifier moi-même <« au tombeau de mon cher Androgée.
(c On me fit saisir aussitôt par les autres escla- « ves, et mes compagnons, devenus mes bour- « reaux , m'entraînèrent dans la maison du barbare « Lycophron,
« O mon cher Polydore ! avec quelle impatience « ton amante attendait le coup qui Idevait la re- «^ joindre à toi! J'envisageais la mort comme la fin «c éé mes mw% ; elle était trop lente au gré de mes
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«. désirs. Cependant on préparait les: cérémonies « de . Texpiation; car dans le cœur des Cretois « l'outrage ^e joint à la cruauté : non contents «d'immoler tous les Athéniens f J'ombre d'Arête drogée, ils les regardent comme des victimes « impures dont les eaux lustrales ; doivent . effacer « auparavant les taches.
« Quand les préparatifs furent achevés, on vint « m'arracher du lieu où l'on m'avait, renfermée. A « l'instant,. on me conduit au tombeau. d' Androic.gée : le peuple accourt à ce spectacle, et tous « les habitants de Gnosse sortent, de la ville pour « y assister. J'approche de l'autel; le prêtre s'arme « du fer sacré : .Lycophron lui-même saisit , tin poi- « gnard. Dans ce moment, un tumulte affreux «t. trouble le sacrifice : Lycophron y .vole. En même «f temps, une troupe.-de gens armé^ se jette «wr « les sacrificateurs : on me saisit; on écarte. la mul- « .titude , et deux de mes libérateurs me portent, « en courant, jusque sur les bords>de.la mçijr. Bijena tôt ils m'obligent de monter sur uu vaisseau «qui les attendait à l'ancre: on cpupe le$ cailles, « et j'aperçois de loin, sur le rivage, le peuple qui « poussait vers le ciel des cris inutiles.
« Surprise, interdite, j'ignorais encore à qui je « devais .ce bienfait , lorsque Corèbe parut. Belle c( Carite, me dit-il, ce moment est le seul où les et destins .m'aient regardé d'un œil fevorable : dis- « posez de votre sort; voyez où vous voulez tour-r « ner vos pas : la. seule récompense que mon cjoeur « .vous deinande. est de pouvoir vows.y^ conduire.
ET POLYDORK. laS
« Ne craignez point les transports d'un amour « malheureux, mon respect l'a condamné dépuis « long-temps au silence.
te Trop généreux Corèbe , lui dis- je alors, croyez « du moins que la reconnaissance est un seôtiment « qui ne coûtera pas à mon cœur : mais quel sera « désormais votre sort ? oserez-vous reparaître en « Crète après cet éclat malheureux? — Ne songez « point aux suites de ma destinée, me dit-il; les « amis qui m'ont prêté leurs secours ne m'aban- « donneront pas. Mais quoi! pouvez- vous 'me « plaindre, et mon sort n'est-il pas assez doux? « Je vous ai sauvé la vie, je n'ai plus rien à crain- « dre , et je défie désormais la coIèi*e des dieux.
<c Je priai Corèbe de me conduire au rivage « d'Athènes. J'allais attendre près de ma mère la « fin d'une vie malheureuse, lorsqu'une tempête « plus violente que celle qui nous avait séparés « quelques mois auparavant, brisa notre vaisseau « sur les côtes d'Épidaure. Corèbe, seul échappé « du naufrage , me tira de ce péril : il me saisit par « mes vêtements et m'entraîna sur le boi*d de la « mer: c'était la seconde fois que son courage. « avait sauvé mes jours.
« Je te l'avouerai, mon cher Polydore, je ne vis « plus Corèbe qu'à regret; j'étais fâchée d'avoir a reçu ces bienfaits d'un autre que de toi : tant « d'obligations devenaient presque un fardeau, « et je lui eaviais pour toi seul le bonheur quHl « avait eu de m'arracher à la mort. Cependant, « plus le généreux Corèbe m'avait comblée de
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