‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: augmentées de l'essai sur la vie de BarthélémyChapitre 4 sur 53 · XVI ESSAI SUR LA VIE · texte numérisé non relu

XVI ESSAI SUR LA VIE

à rapporter cette petite scène de collège. Elle en od-« casiona* bientôt une autre du même genre, et plus comique encore. Je me permets de la rapporter aussi , parce qu'elle peut servir à apprécier les charlatans, qui abusent si souvent, et à si bon marché, de notre penchant à admirer ce que nous ne comprenons pas.

Dix ou douze des principaux négociants de Marseille lui amenèrent un jour une espèce de mendiant qui était venu les trouver à la Bourse pour implorer leur charité , leur contant qu'il était Juif de naissance, qu'on l'avait élevé, pour son grand savoir, à la haute dignité de rabbin ; mais que , persuadé par Ses lectures des vérités de l'Évangile, il s'était fait chrétien ; se disant enfin profondément instruit dans les langues orientales^ et demandant que, pour en avoir la preuve, on le mît aux prises avec quelque savant. Ces messieurs n'en cherchèrent pas d'autre que le jeune Barthélémy, qui n'avait alors que vingt-un ans. Il eut beau leur dire qu'on n'apprend pas ces langues-là pour les parler : ils le pressèrent d'entrer en conversation avec Térudit oriental; et celui-ci s'empressa lui-même de la commencer. Heureusement l'abbé , qui savait les Psaumes de David par cœur, s'aperçut que son interlocuteur récitait en hébreu le premier psaume. Il l'interrompit après le premier verset, et riposta par une phrase arabe tirée d'un de ces dialogues qu'on trouve dans toutes les grammaires, et dont il n'avait rien oublié.

DE J. Jl BARTHELEMY. XVU

Le juif reprit son psaume hébreu, Tabl^ Continua son dialogue arabe , et Tentretiea s'anima sur ce Km jus^ quk la fin du psaume» C'était le nec plus uktà de la Vaste érudition du juif , qui se t^t. Barthélémy v^milut avoir le dernier, et ajouta 4»acore, en forme de péco^ raison scientifique,^ une ou deux phrases de sa gram^ ' maire arabe, après quoi il dit à messieurs les n^o» ciants, que cefinçonmat^hû paraissait digne (Fintériessef leur bienfaisance ; et dé son coté, le juif leur balbutia, en mauvais français, qu'il avait paroôuAi l'Espagne, l'Italie,. l'Allemagne, la Turquie, l'Egypte, et qu'il n'avait rencontré nulle part un aussi habile homrae^ que ce jeune abbé, à qui cette ridicule^ venture fit un honneur infini dans Marseille. Ce ne fîxt pas sa faute, car il n'avait ni vanité , ni charlatanerie ; et il raaonta naïvement à tous ses amijs^comment la chose s'était passée: mais on ne voulut fyas le croire*, et on si'en tint opiniâtrement au merveilleux*

Barthélémy., ayant fini son séminaire y se retira à Aubagne, dans lé sein de sa fitmille, qu'il adorait, et avec laquelle il vivait dans une société aimable et . choisie , où ne manquait aucun des agréments que les talents et le gbût peuvenliÉpocurer. Il s'arrachait sou-* vent a cette vie si douce, ^our aller à Marseille vi* siter d'illustres académiciens ses amis, ayec lesquels il s'entc^iUpait des objets d'étude qui l'entraînaienf^ avefe' un attrait irrésistible. Te^ était entre«autres M. Cary, I b

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