‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: augmentées de l'essai sur la vie de BarthélémyChapitre 40 sur 53 · DE PA.LMYRE. IQI · texte numérisé non relu

DE PA.LMYRE. IQI

capitale; qui, par la terreur de son nom, obligea les Goths à quitter brusquement l'Asie mineure ; qui, en daignant accepter le titre d'auguste, et l'association à l'empire que lui offrit Gallien, fit plus d'honneur à ce prince qu'il n'en reçut luimême d'un pareil choix; enfin, qui mérita d'avoir Longin pour panégyriste, et Zénobie pour épouse, car, malgré le témoignage de Trébellius PoUio, Hous aimons à nous persuader avec l'auteur anglais qu'elle ne trempa point dans la conspiration qui fit périr Odenat. Des soupçons vagues, recueillis par un écrivain de peu d'autorité , suffiront-il pour ternir la vie d'une reine qui aima la gloire , et qui ne s'éloigna jamais des routes qui y conduisent? M. Robert Wood rapporte ici tout ce que les anciens auteurs ont dit au sujet de Zénobie , et met dans leurs récits l'ordre et l'enchaînement dont ils sont susceptibles. On y voit une jeune princesse unir dans un degré supérieur les grâces aux talents, la valeur et l'expérience aux autres qualités qui forment les héros, remplacer dignement sur le trône un des plus grands hommes qu'ait produit l'Orient, dédaigner l'alliance des Romains et les mettre en fuite de tous côtés, s'emparer de la Mésopotamie, de la Syrie, de l'Egypte et de presque toute l'Asie mineure, et, après des conquêtes si rapides, tomber entre les mains de l'empereur Aurélien , qui la conduit à Rome où elle passe le reste de ses jours dans une condition privée. Sa chute entraîna celle de l'empire qu'elle avait formé. La ville de Palmyre subit le joug des Romains qui

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]a détruisirent ; et, malgré les soins d'Aurélien, qui y fit rebâtir le temple du soleil , malgré les efforts de quelques empereurs qui tâchèrent de la rétablir en différents temps, elle ne jouit plus de son ancienne splendeur. Il n'en est point parlé dans l'histoire romaine après le siècle de Justinien; les auteurs orientaux n'en ont eu qu'une idée superficielle; et la plupart des géographes du dernier siècle qui en ont fait mention , ne connaissent point son état actuel. Mais, en 1678, des négociants d'Alep, Anglais de nation , résolurent de s'y rendre sur le récit qu'ils avaient entendu faire des ruines qu'on y voit. Les avanies qu'ils éprouvèrent de la part des Arabes ayant rendu cette première tentative infructueuse, ils y retournèrent en 1691, et y passèrent quatre jours à copier des inscriptions et à lever des plans. Ce voyage fit beaucoup de bruit en Europe ; la relation en fut imprimée dans les Transaclioiis philosophiques. M. Halley l'accompagna d'une histoire succincte de l'ancien état de Paimyre, et d'autres critiques se sont exercés sur ce même sujet; mais il n'en est traité nulle part avec plus d'exactitude et de lumières que dans l'ouvrage que nous abrégeons.

Paimyre est habitée aujourd'hui par un petit nombre de familles arabes , dont les huttes construites sans goût et sans ornement , sont dispersées au milieu d'un amas confus de colonnes et de fragments de marbre et de granit ; contraste singulier, où l'on voit d'un côté ce que l'ignorance et la pauvreté peuvent offrir de plus humiliant, et de

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l'autre ce que l'opulence et l'art ont jamais produit de plus magnifique. Ces ruines , que nos voyageurs visitèrent en 1751, et qu'ils étudièrent pendant quinze jours, sont les restes des temples et des autres édifices qui ornaient autrefois cette ville, et dont M. Robert Wood a tâché de fixer le temps. Il remarque à cet effet que les divers monuments de Palmyre n'offrent point dans leur architecture ces différences qui caractérisent des âges fort éloignés l'un de l'autre ; que l'ordre corinthien qui y règne presque partout ne permet pas de les rapporter à des temps fort éloignés : enfin, que les inscriptions qu'on y lit en plusieurs endroits semblent prouver qu'ils ont été construits dans les trois siècles écoulés depuis la naissance de J. C. jusqu'à Dioclétien. L'auteur est persuadé aussi que la plupart de ces édifices ont été élevés par les Palmyréniens eux-mêmes , et que la situation de Palmyre suffit pour rendre raison du degré d'opulence où elle était parvenue, et âe la somptuô^té de ses bâtiments. Le "désert était, à son égard, ce qu'est la mer par rapport à la Grande-Bretagne. Il faisait ses richesses et sa sûreté. Ses habitants furent heureux tant qu'ils s'appliquèrent uniquenyent au commerce, et que les arts, introduits chez eux à la suite des trésors de l'Orient et de l'Occident, se bornèrent à l'embellissement ^e leur ville. Mais lorsque la perte de la liberté eut entraîné celle du commerce , Palmyre cessa , pour ainsi dire , d'exis-' ter; et , si les débris de sa magnificence subsistent encore aujourd'hui, ils doivent leur conservation I i3

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H la sécheresse du climat , qui n'a pu les dégrader, à la faiblesse des habitants, qui n'ont pu les dé- Ifzuire , à l'éloignement des autres peuples, qui n'ont pu les transporter. Les Palmyréniens honoraient le soleil et la lune d'un culte particulier. Ils étaient soumis au gouvernement républicain , et paraissent avoir aimé les lettres ; si Longin n'est pas né chez eux , ils ont la gloire de l'avoir protégé. Les auteurs anciens parlent de leur adresse à tirer de l'arc , et l'on voit encore dans leurs sépulcres des momies préparées de la même manière que celle des Égyptiens , soit par rapport à la composition du baume destiné à les conserver, soit par rapport aux replis des bandelettes qui les couvrent. De toutes ces réflexions, notre auteur conclut que les'^almyréniens imitaient de grands modèles dans leurs manières , dans leurs vices et dans leurs vertus , et que les coutumes qu'ils observaient dans leurs fu* nérailles venaient d'Egypte, leur luxe de Perse, et leurs arts^« Grèce. Paitni les témoignages dont M. Robert Wood s'est servi pour éclaircir l'histoire de Palmyre , il a cité une médaille de l'empereur Caracalla, où cette ville prend le titre de colonie, r^ous ignor<His si cette médaille se trouve ailleurs que dans les ouvrîmes de ceux qui l'ont rapportée d'après Goltzius, auteur respectable , mais souvent fautif. Quoi qu'il en soit , nous profitons de cette occasion pour en publier une qui ne l'a pas encore été , et qui peut exercer avec fruit la sagacité des antiquaires. Cette médaille , qui est de petit bronze, est conservée dans le riche cabinet de M. Pell^iii ,

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et représente d'un côté la tête de Serapis au milieu de celles du Soleil et de la I^une , divinités tutélaires des Palmyréniens. On voit au revers, avec le nom de Paimyre exprimé en grec, une Victoire qui tient une balance en équilibre au-dessus d'une borne. Ce type singulier et inusité signifierait - il que ce peuple, dont l'alliance était également re* cherchée des Paiwies et des Romains , avait remporté des avantages capables de conserver l'équilibre du pouvoir entçexes deux grands empires, et de les contenir dans leurs bornes respectives ? Nous n'insistons point sur cette conjecture , et nous passons à un autre article de l'ouvrage de M. Robert Wood.

Il a pour objet les inscriptions que nos voyageurs ont copiées à'Palmyre. Elles sont gravées en trois planches , et peuvent être divisées en deux classes principales. Les unes sont en grec, et les autres dans l'ancienne langue du pays. La plupart des grecques avaient déjà été publiées par les Anglais qui sur la fin du dernier siècle se rendirent à Paimyre , et plusieurs savants critiques , tels que MM. Halley , Edouard' Bernard et Thomas Smith , avaient tâché de les éclaircir. Nos voyageurs les ont vérifiées sur les Keux , et voici les différences qu'on peut observer entre leur copie et les précédentes, i^ Ils se sont attachés servilement à dessiner la forme des lettres, précaution très-nécessaire et souvent négligée par ceux qui recueillent des inscriptions ; a® ils ont corrigé quelques fautes qui s'étaienj glissées dans les premières copies ; 3® ils

ont rapporté plusieurs inscriptions qui avaient échappé aux premières recherches. Outre ces avantages, M. Robert Wood a joint à ces monuments des notes courtes et judicieuses. Les inscriptions palrayréniennes ont dû coûter plus de travail, mais nous osons dire qu'elles foiu'niront encore plus de lumières que les inscriptions grecques. Pour justifier cette assertion , nops sommes obligés de développer un point important de la littérature orientale. à -.-

Les premiers Anglais^ qui turent à Pal myre s'aperçurent d'abord quie presque toutes les inscriptions grecques qu'on trouvait parmi ces ruines étaient accompagnées d'autant d'inscriptions en une langue dont l'alphabet neijsur était pas connu , et qu'ils prirent pour l'ancienne langue des Palmyréniens. Ils rapportèrent en Europe trois -ou quatre de ces inscriptions, toutes copiées avec, si peu d'exactitude que non-seulement la forme des caractères s'y trouve notablement altérée , mais qu'il y manque presque partout des lettres radicales et dei mots entiers ; et ce qui devait augmenta l'embarras, c'est que ces omissions n'étaient pas même indiquées. De plus, il s'était répandu des copies différentes de ces inscriptions, et les fautes y avaient tellement * été multipliées qu'il ne restait souvent d'autre ressource pour fixer la leçon d'un mot, que l'intérêt et la convenance du système qu'on avait embrassé. Aussi, parmi les savants qui voulurent débrouiller ce cahos , les uns avouèrent qu'ils avaient inutilement épuisé leurs conjectures,

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