‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: augmentées de l'essai sur la vie de BarthélémyChapitre 41 sur 53 · DE PALMYRE. I · texte numérisé non relu

DE PALMYRE. I

et les autres en proposèrent qui n'étaient établies sur ai^pun fondement. On soupçonna que la langue palmyrénienne devait approcher de la syriaque ; les caractères de cette langue furent tour à tour regardés comme arabes, syriaques et phéniciens. Ils restèrent inconnus, et les inscriptions dont on les avait tirés devinrent un de ces écueils redoutables que la littérature cache dans son sein , et <]Ue des naufrages réitérés n'ont rendu que trop fkmeùx. C'est pour en faciliter les approches que nos voyageurs se sont fait un devoir de rassembler le plus d'inscriptions inconnues qu'ils ont pu trouver. Ils en ont rapporté treize, dojit la plupart sont jointes sur les marbres avec des inscrîptioûs grecques correspondantes , et les ont proposées comme un problème à résoudre. Nous avons averti, dans nos nouvelles littéraires du mois dernier, qu'il l'a déjà été par M. l'abbé Barthélémy de l'açaHémie des inscriptions et belles - lettres. Nous ajoutons que son alphabet sufBt pour expliquer toutes les inscriptions palmyréniennes (i), et qu'il en résulte deux conséquences certaines : la première , que les caractères dont on se servait anciennement à Palmyre avaient beaucoup de rapport avec ceux des Chaldéens, adoptés ensuite par les Juifs; la seconde , que l'ancienne langue de Palmyre était effectivement la syriaque. Nous ne pouvons dé-

(i) Cet extrait étant anonyme, Barthélémy se nomme ici lui-même ; mais il n'y rappelle ses propres découvertes qu'avec beaucoup de modestie. Note de t Éditeur,

igB LES RUIfTES

tailler ici les avantages de cette découverte;. mais nous observerons que l'auteur en fait reja^ir la gloire sur nos illustres voyageurs , dont la scrupuleuse exactitude ne lui a présenté que des matériaux aisés à mettre en ordre, et disposés à se réunir d'eux - mêmes. Ces inscriptions palmyréniennes , ainsi que les grecques dont elles sont les traductions , se trouvent tracées sur des autels, des colonnes et des sépulcres. Elles contiennent des formules des vœux adressés aux dieux, les noms des parents ou des amis dont on regrettait la perte, et des éloges simples accordés à des citoyens qui avaient rendu des services signalés à leur patrie. Il ne s'en trouve point en l'honneur de Zénobie, soit que la courte durée de son règne n'eut pas permis de lui élever des monuments , soit que les Romains élussent détruit tous ceux qu'on lui avait consacrés. • -

Nous passons la relation abrégée que nos auteurs nou> donnent de leur voyage à travers le désert , pour en venir aux planches qui terminent cet ouvrage et aux explications qui les accompagnent.

La première contient en trois feuilles la vuç des ruines de Palmyre. Le dessinateur, placé au nordest , avait à sa gauche les restes superbes d'un fiçmple du Soleil, et promenant de là ses regards viers la droite, il voyait comme une forêt de colonnes de marbre semées confusément dans une plaine couverte de fragments, les unes isolées et sans chapiteaux , les autres groupées et conservant encore leur entablement, celles-ci disposées en noa-

DE PALMYRE. igC)

nière de demi-ovale , ou de carré , celles-là servant de péristyle à des temples , ou faisant partie d'uii portique, toutes ensemble laissant voir par intervalles des mausolées , des obélisques et dès édifices que la barbarie des vainqueurs a ravagés. Ces objets divers sont représentés dans la plapche dont nous parlons. Nous l'avons comparée avec une vue de Palmyre qui n'a jamais été publiée , et qui fut prise sur les lieux par deux Français, nommés Giraud et Sautel, qui y passèrent trois jours, en 1 7o5. M. le comte de Pontchartrain , à qui le sieur PouUard, consul de Tripoli en Syrie, l'avait adressée, la fit communiquer à l'académie des inscriptions et belles-lettres, qui l'inséra dans ses registres, où elle se trouve encore. Nous y 9|Mis reconnu, en général , la même distributîob de colonnes et de fragifkients que nous avions remarquée dans la précédente , et , s'il se trouve quelques variétés dans les détails , il nous a paru qu'on pouvait les attribuer aux différents postes qu'avaient occupé3 les dessinateurs. Du reste, nous faisons cette observation moins pour montrer que les Français n'ont pas négligé les ruines de Palmyre , que pour ajouter un témoignage de plus à la fidélité des voyageurs anglais.

La seconde planche contient le plan géométrique des ruines de Palmyre; et dans les suivantes, jusqu'à la cinquante -septième et dernière, sont successivement développées toutes les parties d'un temple du Soleil et de son enceinte , celles d'un auti^ temple , celles d'un arc , de divers mausolées

et de plusieurs édifices dont la destination n'est pas connue. Ils en donnent les mesures , les proportions , les différents aspects ; et , abandonnant au lecteur éclairé le soin de faire ses remarques sur l'arcliitQCture , ils se contentent bien souvent d'indiqu^,j)ar des notes sommaires, le sujet oe chaque planche. «

Dans l'examen de ces monuments , on est étonné de la forme singidière que les Palmyréniens donnaient quelquefois à leurs mausolées. C'étaient de grandes tours carrées, et divisées en quatre ou cinq étages propres à renfermer plusieurs corps. Les unes étaient toutes de marbrç , les autres en étaient incrustées au-dedans. Le dehors en imposait par sa majestuetee simplicité, et l'intérieur était décoré par des .bustes et des ornements de toute espèce. Ceâ? tours, placées dans des endroits élevés, lur les bords d'i^ne vallée qui conduit du désert à Palmyi*e l attirent encore les premiers regards des voyageurs.

I £n. continuant le même examen, on n'est pas moiiB frappé du grand nombre de statues qu'on voyait autrefois à Palmyre, et dont il ne reste à prése];^ aucun vestige. Il y en avait presque à chaque colonne; les temples, les édifices publics en étaient ornés; jamais Rome et la Grèce ne furent plus attentives à immortaliser les grands hommes. Le trait suivant épuise à cet égard toute notre admiration. Vers le milieu de la ville s'élevait un arc superbe que la sculpture et l'architecture avaient embe^i de concert. Il conduisait à un portique

DE PALMTRE. 20f

soutenu par des colonnes de marbre qui occupaient en longueur une étendue de quatre mille pieds. Sur la plupart de ces colonnes étaient des statues et des inscriptions pour ceux qui avaient rendu des services à leur patrie , et sur- tout ceux qui avaient . favorisé son commerce. Quel motif d'^sprvijation pour les citoyens! quel spectacle pour leii' étrangers ! Rapprochons les temps et les circfltestaDceti>^ et supposons pour un moment que la ville de Pal^ myre eût accordé de pareilles distinctions à tous les genres de mérite , quelle place aurait-elle destinée à des hommes qui, sacrifiant leur loisir^ leurs richesses et leur santé , auraient été dans des pays éloignés chercher des principes et des modèles du bon goût pour les communiquer à ses artistes, "et établir dans son sein l'empire des beaux arts? Nous osons assurer que la mémoire de M. Bouveric aurait été consacrée par un de ce^ mausolées dùnt nous avons parlé, et celle de M. Dawkîlis sur une des principales colonnes du grand portique^ u. ,

Après les détails où nous sommes entrés , il* est inutile d'avertir qu'en publiant ce Uyr^, ^ifrn'a rien oublié pour que la beauté du papier et l'élégance des gravures répondissent à la (^andeixÉf d'une entreprise qui hoïiore la nation anglaise , et qui doit intéresser toutes les autres.

202 LBS RUINES

J jAirs notipe journal du mois d'avril de Tannée 1754? nous avons rendu compte du voyage que MM. Dawkins, Bouveric et Rober Wood avaient fait en Grèce, en Egypte et dans l'Asie : nous avons observé <ju'au retour de cette expédition, M. Wood, ft'éf ant proposé de publier les dessins de tous les momiments anciens qui s'étaient offerts à leurs regards, avait commencé par ceux de Palmyre, comme pour justifier^$on entreprise et pressentir le goût du public. Les suffrages éclatants accordés à ce premier ouvrage ont produit celui qui va .i^^us. occuper aujourd'hui, et ce que des c»rconstances particulières ne nous ont pas permis de faire connaître plutôt.

Il est formé sur le même plan que celui des ruines de Palmyre , et le discours préliminaire est ■ I ■ ' » 1 —

(i) Autrement dite Héliopolis dans la Cœlesyrie, A Londres, 1757, in-folio. Journal des Savants, juin 1760, page 3o3.

DE BALBEG. ao3

divisé en trois parties. Dans la première , on trouve la description de la route que nos voyageurs avaient suivie pour aller de Palmyre à Balbec , la seconde comprend l'état ancien de cette dernière ville, et la troisième 9 l'explication détaillée des planches qui en représentent les monuments.

Nos voyageurs quittèrent Palmyre le 27 mars 1761, prirent leur route vers ix^^lst, ne virent pendant plusieurs jours que des sables arides, des campagnes dévastées , de& villages à demi ruinés , et des habitants sans cesse exposés aux incursions des brigands et à l'avarice des gouverneurs. Le souvenir de ces tableaux odieux fut bientôt effacé par l'aspect riant de la plaine de Bocat, dans laquelle ils entrèrent le premier avril. Cette plaine , plus fertile encore que la fameuse vallée de Damas, a sa direction du nord*nord-est au sud-sud-^ouest ; » sa longueur est d'environ vingt lieues, et sa largeur de quatre ou de deux lieues, suivant oue les montagnes du Liban et de l'Antir Liban se rapprochent phis ou moins. £lle est arrosée par la Litane et le Batdouni, dont, les e^ux,' considérablement augmentées par celles d'une belle* fontaine qui coule sous les ruines de Bialbec^ét par divers ruisseaux que forment en «e fondant les neiges des montagnes voisines, s'unissent ensuite et vont se jeter dans la mer près des rivages 6ù était l'ancienne ville de Tyr. La proximité des lieux rendait cette vallée utile au commerce des Tyriens ; mais, sous le gouvernement des Turcs, elle est presque totalement négligée, et l'arj: n'y ajoute rien à la nature. .

ao4 LES RDI'NES

La ville de Balbec, connue autrefois sous le nom d'Héliopolis , est située vers l'extrémité de la plaine , sur une hauteur, au pied de TAnti-Uban, à une distance d'environ seizB lieues de Damas , dans un éloignement à peu près pareil de Tripoli en Syrie. Ses habitants, dont le nombre peut être fixé à cinq mille , sont nauvres , ne connaissent ni commerce , ni mai4ËsKtures , et vivent dans l'obscurité au milieu des monuments qui rappellent, leur ancienne grandeur; ils en ignorent eux-mêmes

; l'origine. Quelques auteurs orientaux les attribuent à Salomott;^ et, comme ces ouvrages; leur paraissent au-dessul^ des forces humaines, ils ajoutent que ce prince ept recours pour l'exécution à l'assistance de quelques esprits empressés à seconder ses vues. Des voyageurs modernes ont rapporté sérieusement ces fables; M. Wood les cite en passant et leur substitue bientôt des idées plus saines. Nous en rendrons compte après avoir présenté au lecteur la description des monuments qui en sont l'objet. Ce sont trois temples qui, par le goût du travail, paraissent avoir été construits dans le même siècle. Le premier et le plus petit de tous se trouve placé au milieu de la ville ; le plan en est circulaire , et il est du genre des temples ronds auxquels Vitruve donne le nom de périptère. Les murs qui en forment l'enceinte sont décorés extérieurement par des pilastres entremêlés de niches, qui., siiivant les apparences, contenaient autrefois des statues. Il règne dans le pourtour un péristyle, si l'on

. peut caractériser ainsi huit colonnes isolées d'ordre

DE BALBEC. 2o5

corinthien, qui d'un côté accompagnent l'entrée du temple et le perron par où l'on y arrivait , et qui dans les autres parties font face à chaque pilastre et sont posées sur un stylobate continu. Ce stylobate, qui rentre en dedans dans tous les entre -colonnements , y forme autant de tours creuses, dont l'entablement servant de couronnement à tout l'édifice, est obligé de se replier et de suivre le même contour; exemple unique dans l'architecture ancienne , et qui mérite d'être remarqué. Lorsque ce temple était entier, il était couvert d'une voûte en calotte, dont on voit encore des arrachements , et qu'on ne peut mieux comparer qu'à celle de la Rotonde de Rome. Des colonnes ioniques appliquées contre les murs à des distances égales, en ornaient et en ornent encore l'intérieur et le rez-de-chaussée, et audessus était un second rang de .colonnes corinthiennes , formant des manières . de tabernacles. Cette décoration intérieure était terminée par un grand et magnifique entablement , semblable à celui de l'extérieur. C'était sur cet entablement que la voûte prenait naissance. Ce temple, aujourd'hui fort dégradé , sert d'église aux , chrétiens grecs.

Les deux autres temples, placés dans la partie occidentale de. la ville, et voisins l'un de l'autre, sont dirigés tous deux sur la même ligne vers l'orient. Nous commencerons par celui que le temps a le plus épargné. Il a la forme d'un carré long. On y montait par un escalier qui ne subsiste

!206 LES RUIVIS

plus. Un péristyle de huit colonnes de front et de quinze sur les côtés, en comptant deux fois celles des encoignures, forme tout au tour une galerie d'environ neuf pieds et demi de lai^e (r), et dont le plafond , enrichi d'un compartiment d'ornements de sculpture , offre dans les renfoncements de diverses caisses la représentation de quantité de têtes et de figures en bas-relief, que leur extrême élévation , jointe à la poussière dont elles sont couvertes , permet à peine de discerner. Les colonnes du péristyle sont d'ordre corinthien , ainsi que toutes celles qu'on voit dans ce temple et dans le temple suivant. Elles ont soixante piedft de haut , y compris la base et le chapiteau , et sont composées de plusieurs blocs de pierre si étroitement liés par des crampons de fer, qn'ils se brisent plutôt que de se désunir. La Cella , ou le temple proprement dit , était précédée par un vestibule dont les colonnes devaient être cannelées , sans doute afin qu'elles se pussent mieux distingue^ de celles du péristyle , qui sont lisses : on en juge ainsi par quelques-unes de ces colonnes sur lesquelles on avait commencé d*appliquer cet ornement ; et , ce qui ne mérite pas moins d'attention , c'est quelles sont d'une moindre proportion que celles du péristyle ; singularité qu*on ne remarque dans aucun autre édifice ancien , et que' nous

(i) On a réduit les mesures anglaises en pied de roi, en évaluant le pied anglais à onze pouces quatre lignes et demie , qui est la mesure donnée par Davila.

croyons devoir relever , parce que ces diverses colonnes étant posées sur le même plain-pied et en face les unes des autres, il a fallu de la part de l'architecte bien des ressources et du génie pour en raccorder les corniches. La porte , qui se dislingue par la justesse et l'élégance de ses proportions, a environ vingt pieds d'ouverture de baie, et quarante pieds et demi de haut , ce qui est le double de sa largeur. Le chambranle en est extrêmement orné et chargé de feuillages travaillés dans le marbre avec la plus grande délicatesse ; jusqu'au soffîte sous le linteau, est appliqué un bas-relief où l'on voit exprimé un aigle tenant dans ses serres un caducée, et dans son bec les extrémités de deux guirlandes soutenues par deux génies placés à ses côtés. Du temps de la Roque , voyageur français qui nous a donné une descriptÎQn de Balbec dans son voyage en Syrie et du mont Liban, imprimé à Paris en 1722, l'intérieur du temple. était partagé en trois nefs par deux rangs de colonnes , qui, suivant M. Wood, avaient; été ajoutées lcH:*sque les chrétiens convertfrent ce temple en une église. Il prétend qu'elles sont tombées depuis, et que leur chute a mis à découvert l'ancienne et belle ordonnance de C^t édifice , qui était voûté en plein ceintre. On voit encore des vestiges de cette voûte, qui prenait naissance au-dessus de l'entableoient que soutiennent des colonnes corinthiennes cannelées et engagées de la moitié de leur diamètre dans le mur. Dans les entre^-colonnements sont de grandes arcades ou niches surmontées par des ni*^

ches plus petites, carrées et couronnées d'un fronton triangulaire. Les unes et les autres paraissent avoir été destinées à des statues. Le sanctuaire , séparé du reste du temple , en occupe le fond. On y montait par un degré de plusieurs marches qui ne sub^stent plus; mais, au milieu de leurs ruines, on distingue à droite et à gauche deux autres escaliers qui conduisent à des voûtes souterraines pratiquées sous le sanctuaire. La voûte, l'entablement, les niches, les arcades, la porte, toutes les parties qui, au -dedans et au -dehors, se sont trouvées susceptibles d'ornements, en ont été enrichies avec autant de profusion que de variété. Ajoutons que tout l'édifice porte , ainsi que le précédent, sur un soubassement dont les pierres sont taillées et appareillées avec soin; que sa longueur totale est d'environ deux cent dix neuf pieds anglais, et sa largeur de cent seize; enfin, que, suivant la Roque, dans un des escaliers qui mènent au comble de l'édifice, on compte vingt -neuf marches taillées dans une seule et méine pierre.

Cependajit ces traits de grandeur et de beauté cessent d'étonner le voyageur, lorsqu'il jette les yeux sur les restes d'un temple voisin , que les habitants ont nommé le château df& Balbec , depuis les ouvrages qui açtfr été ajoutés en différents temps potir èti faire un lieu de défense. Il est assis sur une teiTasse qui domine le temple dont nous venons de parler ; et pour y arriver , l'on montait du côté de l'orient par un grand degré , dont les marches ont été arrachées et dont il ne reste aucun

vestige. On trouvait d'abord un porche ou p<»rtique ouvert sur le devant , formé par douze colonnes de front et terminé à droite et à gauche par deux pavillons carrés , contenant chacun une chambre dont les murs sont décorés à rextérieur de pilastres correspondants aux colonnes du portique. Trois portes , dont celles dû milieu est fort élevée , communiquent du portique à une cour irrégulièrement hexagone ; sa plus grande laideur depuis un aîigle jusqu'à l'angle opposé est d'environ cent quatre- vingt dix pieds de roi. De cette cour on entre dans une seconde , beaucoup plus spacieuse , qui n'a guère moins de trois cent soixante pieds en carré. Elles étaient l'une et l'autre entourées de bâtiments semblables , pour le goût et la disposition , à ceux qui environnaient les cours des Thermes de Dîoclétien à Rome. M. Wood est persuadé qu'ils étaient destinés y soit à des écoles publiques, soit au loge^ ment des ministres du teniplè. L'architecture et la sculpture avaient travaillé de coiidèrt à les embellir. La plupart des colonnes qu'on y voyait étaient d'un seul bloc de granit , les murs étaient couverte de statues, et lattique au-dessus de l'eiïtablement paraît en avour été couronné.

Le temple se présentait au fond de la couf . Il était du genre de ceux que les Grecs appelaient périptères et dicastyles. Il occupait un espace dé deux cent soixante-seize pieds de long sur ceiit cinquante-deux de' large, et son enceinte était formée par, iun rang de colonnes immenses,' dix sur chaque. front et vingt-une sur les côtés, en I 14 '

;X\0 i«Cfi KUIITES

complant deux fois celles des encotgniires. Il n'en est demeuré que neuf sur pied , qui depuis plus «le quioze siècles soutiennent encore leur enta* t>lement. Toutes les autres se trouvent renversées , ainsi que les murs qui servent de clôture à la partie du temple dans laquelle on révérait le dieu. Mais comme presque toutes les bases des colonnes^ dans ce bouleversement presque général, sont demeurées à leur place « on peut juger aisément de la ibrme qu'avait f édifice lorsqu'il subsistait en son entier ; comme on peut connaître la grandeur des colonnes et en apprécier la hauteur à soixantetrois pieds environ, en établissant le calcul sur leur diamètre, qui est d'un peu plus de six pieds et demi.

Au-dessous du porti<pie et des bâtiments qui environnent les cours du temple sont des souterrains tellement remplis de déocmibres qu'il est impos- ^le d'y pénétrer. Enfin , tout l'édifice porte sur un soubassement revêtu^ dans les deux faces qui C l^gardent l'ouest ett le nord , de trois rangs ou as- ~" sîse$ de pierres énormes. Celles de la couche in* férieure ont douze pieds et demi de hauteur, près de dix pieds de largeur^ non compris la saillie des «fioulures d'un sodé ménagé dans la même pierre , et depuis vingt-neuf pieds et demi jusqu'à trente^ trois pieds et demi de longueur* Sur cette première assise on en voit une seconde, qui, dans le coté de l'^ouest , présente Tobjèt du plus grand étonnement : ce sont trois pierres', qui, prises ensemble, portent cent quatre-^ vingt*»un pieds de longueur.

La face qui regarde le midi n'a point de revêtement; dans les deux autres faces il est fort dégradé. M. Wood eh infère que le soubasseineiit n'a jamais été fini , et , que pour Fachever, on avait taillé dans une carrière voisine des blocs de pierre qu'on y voit encore, et qui sont d'une grandeur CTcessive. On en peut juger par l'exemple suiyant ; un de ces blocs a soixante-six pieds de long sur environ treize pieds tant en hauteur qu'en largeur.

Ce récit ne saurait, être soupçonné d'ex9g^atioq; il est confirmé par le témoignage de tpus les voyageurs, et sur-tout par celui des sieurs. Giraud et Sautel, deux Français qui visitèrent, en 1 7o5 , les ruines de Balbec. Dans leur relation Daanuscrite que nous avons sous les yeux^ ils parlent Qon-seulement des trois grandes pierres qui sont dans la patrie occidentale du soubassements mais ils ajoutent encore une singularité que nous rap^ portons sans oser la garantir ; c'est que la pierre qui fait un des angles dans cette partie du soubassement a vingt-deux pas de longueur. sur un des côtés et autant sur le retour.

Les trois édifices que nous venons de décrire ne sont pas entiers , mais il en reste d'assez grandes parties pour qu'on soit en état d'en former les plans et les élévations , pour qu'on désire d'en connaître l'époque et les auteurs; et, en effet, à l'aspect de ces travaux prodigieux , il n'est personne qui ne se dise à soi-même : a Quel est donc le peu. a pie qui, danç un canton obscur de la Phénîcie, « osa élever des monuments comparables à ceux

aia LES RUINES

(i de l'Egypte? sont- ce les Phéniciens? sont-ce les « Grecs? » — « Non, répond M. Wood; Thistoire « des derniers garde un profond silence à cel égard, « et celle des premiers nous apprend seulement «« que dans les temps les plus anciens le culte du « Soleil ou de Jupiter Héliopolitain (car ces deux «divinités n'étaient pas distinguées) était établi « dans la ville d'Héliopolis , que sa statue y avait « été transportée d'une ville dû même nom en « Egypte; enfin, que lè^èemple était célèbre par « un oracle que Trajah consulta sur son expédition « contre les Parthes. » Ces détails, empruntés de Macrobe, prouvent Tancienneté du culte que les Héliopolitains rendaient à Jupiter, mais ne fournissent aucunes lumières sur lés édifices dont nous recherchons l'origine ; c'est à l'histoire romaine qu'il faut avoir recours pour la démêler: Fauteur en parcourt les diverses époques , et produit un passage qui sert à résoudre le problème; il est de Jean d'Antioche, surnommé Malala. « Après la « mort d'Hadrien , dit ce chroniqueur ( Hist. chr.^ a lib. XI) j Antonin-le-Pieux monta sur le trône, « et bâtit dans la ville dlléliopolis , près du mont a Liban en Phénicie , un temple qui passait pour « ime des merveilles du monde, et qui était concc sacré à Jupiter. » Ce témoignage acquiert Ae nouvelles forces par les réflexions suivantes :

1 ° Les édifices de Balbec sont d'un goût d'architecture qui annonce le siècle des Antonins. 2® Les écrivains antérieurs à ce prince, ces écrivains qui parlent avec tant d'admiration de plusieurs édifices

DE BALBEC. 2l3

moins considérables, qui se sont récriés sur Je> temple d'Éphèse, et sur la grande partie de Farchitrave qui allait d'un entre-colonnement à l'autre dans le milieu de la façade, n'ont point fait la moindre mention des monuments d'Héliopolis , qui néanmoins contiennent des merveilles si supérieures à celles qui les étonnaient. 3^ Ce sileiice profond de l'histoire cesse d'abord après les règnes des Antonins ; et le temple de Balbec , qu!on ne voit jamais sur les médailles des premiers empereurs, commence à se montrer sur celles de Septime Sévère, et de quelques-uns de ses successeurs.

Nous ignorons à quelle occasion Antonin fit^ élever le temple de Balbec. Nous savons seulement que , dans la suite , l'empereur Théodose le convertit en une église. Ce fait est attesté par la Cht*onique Paschalcy dans un passage où se trouvent deux expressions qui ont embarrassé les critiques. Elle dit que cet édifice était consacré à Balanius, et parmi les épithètes dont elle le désigne, elle lui donne celle de TpiXiOoç. A l'égard de la première de ces expressions, M. Wood pense , avec Holstenius, qu'elle désigne Baal, qui, parmi les Orientaux,, signifiait souyent la même chose que Jupiter. Quant à la seconde, il la regarde comme une indication des trois pierres immenses du soubassement. « Il « n'est nullement surprenant, ajoute-t-il, que dans « la décadence du goût, où le grand fut plus ad- « miré que le beau, ce temple ait principsUement « attiré l'attention par les trois plus énormes pier-

ai4 L£S RUIJVES

« l*es qui jamais aient été mises en œuvre dans ce quelque bâtiment que ce soit. » *

Mais auquel des deux grands édifices dont on trouve les ruines à fialbec, faut-il appliquer les témoignages qu'a recueillis M. Wood, et qui ne font mention que d'un seul temple? C'est une question qu'il propose ; et pour mettre sur la voie^ ceux qui voudraient l'éclaircir , il observe qu'on ne peut tirer aucun avantage des médailles qui représentent le temple de Jupiter Héliopolitain , pArce que leurs types offirent trop de variétés. Il remarque aussi que son explication du mot rptXiOoç pMuverait que le temple dont Théodose fit une église cfirétietme, est le plus grand des édifices ^uepôus venons de décrire. Il ajoute enfin que éé» deux édifices ont été , suivant les apparences, construits vers le même temps , et que l'un parait être Une imitation de l'autre.

C'est pour entrer dans les' vues de l'auteur que nous hasarderons ici quelques légères observations. Sur les piédestaux des deux colonnes qui soutenaient autrefois le portique du plus gtrand des temples sont deux inscriptions fort dégradées, et que M. Wood a trouvé le moyen de lit*e en grande partie; elles exprittiaient toutes deux la même chose , et commençaient Tune et l'autre par cette formule dé consécration,

M. DUS HELIVPOL

que l'auteur explique de cette manière : Magnis dits HeUupolitanis, Plusieurs voyageurs ont ràp-

DE BALBEC. 2l5

porté Ces mots avec quelques différences , et La Roque , entre autres , les a feit précéder dans sa co* pie par deux lettres initiales , de façon qu'il Ik : M. V. M. DUS HELIVPOL. Son autorité ne nous arrêterait pas , si nous ne trouvions la même leçon dans la relation manuscrite des deux Français qui visitèrent, en î7o5, les ruines de Balbec. Si #B$ lettres ont jamais existé , elles ont pu désigner les noms des divinités adorées dans ce temple , ou le nom du particulier pour qui Ton avait fait ces inscriptions. Quoiqu'il en soit , ces deux mots DUS HELIVPOLITANIS suffisent , ainsi que l'a pensé Pococke, pour prouver que le grand temple de Balbec était consacré auiïVnciçnnes divinités du pays, c'est-à-dire, au Soleil et à la Lune.

L'autre temple était sans doute destiné au culte de Jupiter. Nous ne citerons ps^ l'aigle qu'on voit au soffîte de la porte , parce qu'il pourrait désigner la puissance des Romains; mais les figures de Diane , de Ganymède , de Léda , représentées dans* le plafond de la galerie qui environne l'édifice, peuvent être prises pour des attributs propres à caractéliser cette divinité. Ajoutons qu'on célébrait dans la ville d'Héliopolis des jeux nommés, ^ur les médailles, capilolins, et qu'ils étaient institués en l'honneur de Jupiter Capitolin. Ce n'est pas que les Syriens eussent de ce dieu la même idée que les Romains : les premiers le confondaient avec le Soleil, qu'ils regardaient comme le premier des dieux; les seconds, du temps des Antonins, favorisaient d'autant plus cette opinton, qu'on était

ai6 LES RUINES

alors fort attentif à concilier les divers systèmes de mythologie ; car de cette conciliation naissaient des divinités panthées, dont les symboles désignaient, tous les genres de pouvoir qu'elles exerçaient, sur chaque peuple ep particulier , et dont le culte s'exr primait en divers pays par différentes cérémonies , quoiqu'il fut le même partout quant, au fond du dogme.

On voyait donc à Héliopplis deux temples superbes , l'un consacré au. Soleil et à la. Lune, l'autre construit en l'honneur dé Jupiter, adoré sous des traits qui lui étaient communs avec le Soleil. Le premier. servait aux, jbtabitants du pays, et le second ftUx Romains 4Kblis en Syrie: les anciens auteurs les ont confondus , parce que fun et l'autre avaient, en quelque façon, le même objet. Mais en les distinguant, on répandra peut -.être quelque clarté sur les textes de ces écrivains. Le culte du dieu d'Héliopplis était , suivant Macrobe , d'origine égyptienne; et voilà pourquoi on voit dans le plus grand temple , ainsi que dans ceux d'Egypte, de si vastes logements pour les prêtres; tandis que le second , semblable à la plupart des temples des Grecs et des Romains, n'avait point de bâtiments dans son enceinte. Macrobe dit encore que la statue du dieu d'Héliopolis représentait une figure qui , d'une main tenait un fouet , et de l'autre la foudre et des épis pour désigner à la fois Jupiter et le Soleil. VoUà une figure panthée., voilà un mélange de culte: en conséquence, nous placerons cette statue dans le temple le plus entier.

DE BALBEG. 21 7

La Chronique Paschcde citée par M. Wood, rap^ porte que le temple d'Héliopolis fut changé en une église chrétienne par l'empereur Théodose, et. comme elle donne à ce temple l'épithète de TpiXiOoç ^ qui 9 suivant M.* Wood , fait allusion aux trois grandes pierres du soubassement du grand temple^ il semble qu'il est d'abord questioi;i dans ce passage de cet immense édifice. Cependant nous soupçonnons une légère méprise dans Fauteur' de la Chronique, et nous rapportons lé fait qu'il nous a conservé au temple le plus entier. JEn- effeÇ, M. Wood observe que les deux rangs ^ de colonnes qu'on y voyait autrefois au milieu de- la nef, avaient été ajoutées après coup, et l'on a des exemples: de semblables additions daos les temples que les chrétiens convertissaient à leur usage ; enfin, suivant le témoignage d'un écrivain syrien, dont la Chronique se trouve traduite en partie dans le second volume de la Bibliothèque Otienr taie de M. Âsemani, environ cent cinquante an& après la mort de Théodose , la foudre étant tombée sur le temple d'Héliopolis , le consuma , ainsi que la statue du Soleil; et, quelques années après, plusieurs tremblements de terre se firent sentir dans toute la Phénicie, où ils détruisirent plusieurs villes. Voilà, suivant nous, l'époque de la destruction du grand temple; voilà les accidents terribles, qui seuls pouvaient renverser un édifice qu'on avait construit pour l'éternité.

Si ces réflexions ont quelque mérite, nous avouerons avec plaisir que nous en avons troifvé

ai8 LES RUINES

le germe dans l'ouvrage de M. Wood; si elles ne sont pas goûtées, nous n'en serons que plus disposés à louer la sage retenue de cet auteur, dont les doutes sont toujours éclairés, et qui, dans la discussion des faits, ne cherche point à étaler le faste de l'érudition , n'épuise jamais l'art frivole et fastidieux des conjectures , et se contente àe montrer une supériorité de connaissance et de raison ; ausM nous n'hésitons pas à regarder le discours qu'il a placé à la tête des Ruines de Paimjre , et celui do9t nous rendons compte aujourd'hui , comme deux modèles en matière de critique. Nous regrettoni en même temps de ne pouvoir emprunter de ce dernier, et faire passer dsms notre ex* trait une foule de réflexions qui serviraient à l'embellir, et qui caractérisent k la fois le savant et l'homme d'esprit. Nos regrets s'étendent principalement sur un morceau qui termine ce discours , et qui concerne l'anâenne idolâtrie. L'auteur est persuadé que les circonstances du climat et des lieux jetèi'ent beaucoup de variété dans les divers sys* tèmes de mythologie ; il le prouve ptr des détails agréables aui^uels nous sommes cc^trakits de nous refuser.

Avant que de passer aux planches -qui sont à la ÔB de ce volume, nous observions que notre auœur ne parie pas d'une inscription citée par d'autres voyageurs, et qui vraisemblablement ne subsistait plus quand il a vu ces ruines. Il en est fait mention dans une lettre manuscrite du sieur Grtinger, écrite le a8 janvier i73(i, à M. le comte

D£ BALBEG. 2I9

de Maurepas. Après avoir parié fort au long des monuments de Balbec qu'il venait de visiter, il s'exprime ainsi : ic Lorsqu'on parcourt les dehors (c de ce château , on remarque , dans la façade qui « est à l'ouest , une pierre d'environ quatre pieds (( de long sur deux de large , sur laquelle est gra^- « vée une longue inscription en des caractères qui (( me sont inconnus , et que des prêtres maronites « disent être du chaldéen , etc. » Pococke , tome II, page 1 07 , parle aussi d'une inscription en ancienne langue syriaque; mais il semble ne la pas pla<^er dans le même endroit que Granger. Il serait à dé* sirer que ces deux voys^eurs noua eussent apporté une copie de ce monument, ou plutôt qu'il se fut diïiert aux regards de M. Wood. En le comparant avec les inscriptions de Palmyre, oh en aurait peut-être tiré de nouvelles lumières pour la littérature orientale.

Les planches dont il nous reste à parier sont au nombre de quarante-six; les deux premières contiennent un plan et une vue de la ville de Balbec: les autres représentent les monuments qu'elle rien- {etme. Leurs plans, leurs élévations, le développement de leurs ornements y sont retracés avec autant d'élégance que de précision.

Nous pouvons juger à présent de leur magnificence et des vains efforts qu'avaient faits différents voyageurs pour la mettre sous nos yeux. Cependantil en est un dont les travaux^ quoique fort inférieurs à ceux de nos Anglais , méritent une attention particulière; c'est un Français que

9aO LES RUINES

nous croyons être M- de McfDceaux (i), et qui se rendit- à Balbec dans le siècle dernier. Il dessina le plan , les élévations et les coupes dû temple le plus entier, il découvrit même les deux grandes cours qui précèdent le grand temple; maïs, comme il n'avait point assez arrêté ses dessins, et qu'il ne les avait pas désignés tous par des dénominations particulières , le sieur Marot , architecte , qui se chargea de les publier en quinze planches , eu dépatura quelques-uns en les rapportant à un temple de la Grèce, et les défigura tous par des additions et des corrections sans nombre: le père de Montfaucon inséra quelques-unes de ces gravures dans le second volume de son Antiquité expliquéei et, trop rempli des idées qu'il en avait reçues, il né reconnut pas le tèmiple de Balbec dans un dessin qu'il avait trouvé sans étiquette parmi les mémoires manuscrits dé M. de Monceaux, et qu'il a fait représenter <lans la trente-deuxième planche de ce volume.

De pareilles méprises ne sont plus à o'aindre. Les monuments de Balbec seront désormais connus dans tous les temps et dans tous les pays. L'ouvrage qui le contient fera une époque mémorable

(i) M. de Monceaux avait été envoyé dans le Levant, en * 1667, pour y rechercher des médailles. Il en avait rapporté les dessins de plusieurs anciens moniunents qu'il avait vus ; il les communiqua à M. terrault, qui en a fait usage dans son excellente traduction àe Fitruve, et qui en parle dans une de ses notes, page i34, seconde édition.

dans l'histoire 4eÇ;?»ts, et sera distingué parmi ceux que notre siècle consacre à leur gloire et à celle des anciens; car nous devons nous rendre cette justice. Il me semble que , depuis environ vingt ans , un nouvel esprit agite de toutes parts lés ruines de l'antiquité. Nous avons vu l'entreprise sur Palmyre, sur Balbec, et sur tant d'autres endroits fameiix, s'exécuter avec le succès le plus éclatant; nous avons vu l'infatigable Richard Pocooke parcourir l'Egypte , l'Asie , la Grèce , l'Italie , dessiner tous les monuments qui s'offraient à ses yeux, et les exposer à ceux de l'Europe. Nous avons vu M. Norden partir de Danemarck , pénétrer dans la Haute-Égypt^V^^'établir au milieu des débris de l'ancienne Théi^s, nous en offrir à son retour le spectacle intéressant, et rappeler dans ses dessins tout ce qui reste de la magnificence des Égyptiens. Nous avons vu un jeune architecte français ( M. Le Roi ) se transporter en Grèce , recueillir de toutes parts les principes du goût qui respire encore dans les ruines de ce pays, et ressusciter dans ses plans les anciens édifices d'Athènes ; tandis que des Anglais , attirés par le même objet dans ces beaux climats , y faisaient une moisson abondante , dont ils vont bientôt enrichir le public. Dans les intervalles de ces différentes expéditions, la ville d'Herculanum a reparu, et des gravures fidèles nous ont déjà transmis une partie des trésors qu'el^ renfermait dans son sein. Un architecte italien (Mi Birranèse) , entraîné par la fougue de son génie, a travaillé de nouveau sur les monuments

!22t2 LES nUIN£S

de l'ancienne Rome , a découvert ce qui avait échappé aux autres , a créé ce qu'il n'était pas possible de découvrir. Avec le même »èle, quoique avec moins de gloire , un religieux théatin a publié les antiquités de Sicile: celles de la ville de Pœstum, dans le royaume de INaples, vont recevoir^ par les soins éclairés de M. le comte de Gazoles^ la célébrité qu'elles méritent : on prépare, à Venise le recueil des monuments de la ville de Pola en Istrie ; et à Londres celui des monuments de Spalatro, dessinés par un architecte français (le sieur Clérisseau), que des Anglais avaient envoyé en Dalmatie. Le même artiste est ourson départ pojur les îles de l'Archipel; il visi^e/^Wc peut -être les contrées du iPéloponèse, où l'^n'a fait jusqu'ici aucune recherche; il verra peut-être cette ÉUde, autrefois i^Quy^rie de temples, d'autels, de statues et d'inscriptions; cette ÉUde où les traités de paix entre* les nations , gravés sur le marbre et sur Tairain , étaient déposés daps des asyles sacrés; cette Ëlide enân, qui, suivant les apparences, conserve encore dans ses ruines une partie des annales de la Grèce. A ce tableau de dévouements inspirés de nos jours par l'amour des lettres et des arts, il manque un trait, et nous Talions ajouter. Nous avons vu un Français, à peine sorti de l'enfance (M. Anquetil), former le dessein d'aller apprendre sur les lieux l'ancienne langue des Indiens et celle des anciens Perses; et, tourmenté bientôt par son :]Lirojet, employer des voies extraordinaires potîr! l)ÉKécuter , passer dans l'Inde , s'enfoncer tout seul dans des

régions désertes , parcourir des pays immenses , étudier les antiquités des nations qui les habitent , leur arracher des connaissances dont ils ignorent le prix, et s'initier dans leurs mystères sacrés, traduire leurs manusOTts , et, au milieu d'une foule d'obstacles, de travaux et de dangers, ne ressentir d'autres peines que de n'avoir pas encOve rempli toute l'étendue d\ine si surprenante vocation.

Nous avons cru devoir rassembler ces divers exemples sous un même point de vue, c'est un hommage que nous rendons à ceux qui nous les ont laissés , et nous en réservons un semblable à ceux qui auront le' courage de les suivre (i). Puissent de pareilles entreprises se multiplier de*jour en jour ; puissions -nous voir enfin les monuments qui subsistent dans nos provinces méridionales, copiés avec la fidélité , gravés avec l'intelligence f t le goût que nous admirons dans l'ouvrage dont nous venons de rendre compte.

(i) M. Robert Wood en a publié un troisième, sur le génie d'Homère et la Treade , dans lequel on trouve de la sagacité, des idées ingénieuses, des paradoxes et quelques erreurs. Il fit connaissance, h, son passage en France, avec Barthélémy qui en tira différents renseignements relatifs à la Grèce et aux autres contrées de l'Orient, visitées par cet habile voyageur, M. Wop^ a laissé plusieurs manuscrits; entre autres , un recueil d'ii^^fnf^ tions, qu'à sa mort, arrivée en 177^, Barthélémy tenta vainement d*acquérir.

Page 1