SECOND EXTRAIT
I j 4 compagnie des savants, chargée de publier avec des explications les monuments de la ville d'Herculanum, a consacré à sa majesté catholique le roi d'Espagne , le second volume des peintures qu'elle a donné au public ; comme elle avait dédié le premier au même prince , lorsqu'il était roi des Deux-Siciles. Rien de plus légitime et de plus juste, à tous égards, que les sentiments de reconnaissance et les regrets qu'elle a fait éclater dans sa nouvelle dédicace. Dans la préface qui suit , elle déclare que , pour soutenir la réputation du précieux cabinet de sa majesté, elle avait cru devoir, dans le premier volume , prévenir le public contre les entreprises de ceux qui ont écrit avec peu de réflexion sur les monuments d'Herculanum. Elle fait connaître, à la tête de celui-ci, l'adresse ou plutôt la supercherie de Joseph Guerra, vénitien, demeurant à Rome, que l'appât du gain engagea de publier dans cette
(1) Le pitture antichi^ etc. Peintures anciennes et dessins d'Herculanum. Tome II, grand in-folio de 389 pages, sans l'épître, la préface et la table. Journal des Savants, septembre 1762, page 599.
ville des peintures antiques, dont il voulait faire croire qu'il avait les originaux trouvés dans les fouilles d'Herculanum. C'était donner lieu à des soupçons fâcheux ; il fallait les éclaircir. On acheta donc à Rome trois de ces peintures qu'on débitait pour antiques, et une confrontation publique qui s'en fit à Naples avec celles du cabinet royal , fit évidemment reconnaître l'imposture. Le peintre fut obligé d'exposer dans Rome la copie du Chiron et de l'Achille, et la planche publiée lui servit de modèle et d'original. Nouvelle comparaison qui découvrit encore la nouveauté de ces monuments qu'on voulait donner pour antiques. Toutes ces copies sont maintenant exposées à la vue du public dans le cabinet de sa majesté , avec le nom de Fauteur, et une légende qui transmettra sa fourberie à la postérité. Il faut être sur ses gardes et plein de méfiance, concluent nos savants, contre ceux qui annoncent des peintures tirées des fouilles d'Herculanum : Jn tanto è ognuno^ nelVobligo di diffidare , quando si senta vantar pitture che sieno uscite dalle scavazioni d'Ercolano.
Il serait à souhaiter qu'ils eussent pareillement daigné apprendre au public quelle peut être la cause des différences considérables que nous avions remarquées (i) entre un dessin monochrome qu'ils ont publié dans le premier volume , et l'exposition qu'en avait donnée M. Rayardi dans son catalogue.
(il Journal de mai 1759.
n'nF.RCULANUM. 239
L'entreprise qu'ils ont formée de commencer par les peintures, retarde la publication de plusieurs autres rares monuments conservés dans le cabipet de Portici. Pour donner quelque chose à la curiosité des étrangers, ils ont imaginé de leur communiquer de temps en temps quelque rare morceau, en attendant qu'on leur présente une liste complète du tout. Ils leur offrent ici un médaillon en or, d'Auguste, du poids d'une once et un quart; on voit, d'un côté, la tête de ce prince couronnée de laurier, et autour ces mots : C^SAR AVGVSrVS DIVI Filius PATER PATRIE. Sur le revers paraît la figure de Diane ou de Cérès, avec ces mots ; IMPerator XV , et à l'exergue SICTLia. C'est de là qu'ils concluent que le médaillon a été frappé vers la fin de 768 ou au commencement de 759, vers le temps du second retour de Tibère à Rome, après avoir pénétré dans l'Allemagne jusqu'à l'Elbe. Les historiens attestent qu'alors Auguste , pour encourager Tibère à l'expédition d'Illyrie, de Dalmatie et de Pannome,lui fit prendre et prit luimême le titre à' ImperaCor. On voit dans Mezzabarba que le titre imper. XV se trouve joint à la puissance tribunit. XXVIII, XXIX, XXX et XXXI; que celui de imper. XVI se trouve uni pour la première fois avec potest. trib. XXXIII, c'est-àdire, que Y imper. XV dura jusqu'au 7 juin 763, le tribunal d'Auguste ayant commencé le 7 juin 731. De là on peut conclure que le tribunat XXVIII d'Auguste ayant commencé au même jour 708, le titre à'imper. XV tomba sur la fin de cette année
a^O LES ANTIQITITKS
OU vers le commencement de la suivante (i). Ce qui s'accorde assez bien avec le récit de Vell. Pateçculus, qui place le second retour de Tibère sur la fin de l'année qui suivit son adoption , ou de l'an 758.
Ce second volume des peintures d'Herculanum contient soixante planches , sans parler de celles qui servent de vignettes et de culs-de-lampe ; de sorte que le nombre total des différents morceaux se monte à cent quatre-vingts. Les explications qui les accompagnent sont curieuses, et dans le goût de celles du premier volume , dont nous avons parlé. Les neuf premières planches représentent Apollon , avec une cithare ou lyre à onze cordes , et huit Muses. La première de ces Muses, assise sur un siège , dont le dossier est formé en demicercle, tient dans sa main gauche un volume à
(i) La puissance tribunitienne commence à paraître sur les médailles d'Auguste, et se trouve assez communément sur celles de ses successeurs, jusqu'à Trajan-Dèce. Elle y est exprimée quelquefois comme un simple titre de puissance; et d'autres fois, se trouvant jointe à des nombres, elle exprime les années du règne. On ne cite qu'ime médaille de Trajan-Dèce avec l'année de la puissance tribunitienne. Après ce prince , les années du règne sont bien rarement marquées de cette façon, excepté sur celles de Posthume et de Gallien, où elles se trouvent quelquefois. Enfin, après Dioclétien, et son collègue Maximien, dont les médailles conservent quelques traits de cet usage, on le croit voir s'abolir entièrement; mais il reparaît sur deux médailles de Théodose le jeune , rapportées par Mezzabarba. [Note tirée des manuscrits de Barthélémy.)
U HJvRCULANUM. ■2l^l
demi ouvert, où on lit son nom C/io, et celui de V Histoire, à laquelle elle préside. La seconde tient un masque comique de la main gauche, et un bâton recourbé de la droite. Sur un de ses vêtements on voit une pièce rouge, en forme de carré oblong, qui paraît appliquée sur l'étoffe , ce qui rappelle l'idée du Clavus. Une inscription, placée au bas de la figure, annonce son nom Thalie , et la Comédie ^ à laquelle elle préside. La troisième, tenant à la main gauche un masque tragique, s'appuie de la droite sur une massue : c'est Melpomène, qui préside à la Tragédie, ainsi que le déclare l'inscription. L'inscription de la quatrième annonce que c'est Terpsichore , comme présidant à la lyre, et la figure la représente avec cet instrument à sept cordes. Pindare, en effet, attribue à Terpsichore la poésie lyrique, quoique Horace ne la nomme jamais, tandis qu'à cet égard il fait mention de Melpomène , d'Euterpe , de Polymnie , de Calliope et de Thalie. Mais il faut entendre ici les danses sacrées, qui, comme les hymnes, étaient accompagnées de la lyre. C'est la remarque de nos savants.
La cinquième muse est représentée avec un instrument qui a quelque ressemblance avec la harpe , qu'elle touche d'une main avec l'archet , tandis qn'elle le pince avec les doigts de l'autre. Nos savants ont recherché ici quel était le nom (le cet instrument qui a neuf corcies. Les uns ont prétendu que c'était le psalteriwn , d'autres ont
24^ LKS ANTIQUITÉS
attaqué cette opinion : et les raisons apportées de part et d'autre sont assez fortes pour laisser ce point indécis. T/inscription porte epaxto tj/àXTpia. C'est donc la muse Eraio, dont Ovide dit qu'elle doit son nom à l'amour, Zw nomen Amoris habes y ([uoique d'autres donnent à son nom une origine différente. Mais que signifie le second mot (^|;a7^Tpla)? Quelques-uns ont pensé que c'était un terme abstrait y qui manque dans nos lexiques, et qui désigne l'art de toucher un instrument à cordes. D'autres ont jugé qu'il signifiait ici , comme à l'ordinaire , celle qui joue d'un instrument de cette espèce : que d'ailleurs l'expression est conforme au génie de la langue grecque , et même de la latine, agere Chœreaîn , comme nous disons y««>e OEdipCy Agameinnon , pour faire le rôle de ces princes. Mais le mot grec ^vXzi^ioL désigne quelquefois celle qui touche un instrument, d'autres fois celle qui chante, enfin celle qui danse, et souvent aussi celle qui fait ces trois actions à la fois , réunissant la voix et la danse au son de l'instrument. Voilà donc Éraio confondue avec Terpsichore: point du tout, suivant l'opinion de quelques académiciens d'Herculanum. L'usage sacré et religieux de la lyre est du domaine de Terpsichore ; Érato préside à l'usage profane à\\ psalterium dans les festins , dans les chansons à boire , et dans les chansons amoureuses. Aussi les chansons obscènes, ou remplies de'^raits piquants, portaient-elles le nom àe psaltej'ia, comme on le voit dans un pas-
d'iiercllaivim. 9.43
sage de Varron par Nonnns (t). Celte idée n'a pas été généralement adoptée , et quelques-uns de nos savants ont soupçonné que la diversité des instruments faisait la différence principale des deux muses.
Mais une singularité remarquable de cette inscription et des autres, c'est que dans celle-ci le psi grec a la forme d'une croix , ainsi que dans plusieurs manuscrits du huitième et du neuvième siècles , et que dans toutes V epsilon et Y oméga sont en caractères minuscules , tels que ceux de l'écriture courante (s, w). Voilà un argument décisif contre ceux qui renvoient à des temps bien postérieurs l'usage de cette espèce de caractères : d'où il semble qu'on peut conclure que les anciens avaient deux sortes de lettres, les majuscules pour les monuments publics et pour les ouvrages écrits avec soin, et les minuscules pour l'usage ordinaire. A.ussi trouve-t-on des traces de celles-ci dans des médailles du troisième siècle, et même avant celui d'Auguste.
A ce propos, les savants académiciens rapportent ime inscription plus singulière encore. Elle fut trouvée dans la fouille de Résina, le 6 mars 1743, sur un mur qui formait l'angle d'une rue , laquelle menait au théâtre. C'est un vers d'Ei^^ipide (2) écrit en caractères noirs et rouges avec les esprits
(1) Vovc'z Scalig. sur Varron, de Ling. lut. (1) Voyez les fraamcnts de \' Antiope , v. 77.
et les accents qui sont en usage aujourd'hui. Sans doute l'inscription , et la pierre qui la porte , se conservent dans le cabinet de Portici ; sans doute aussi les doctes académiciens qui jugent incontestable l'antiquité de ce monument, l'ont examiné avec l'attention la plus sérieuse , avec l'œil le plus critique , pour éviter toute surprise , et pour ne point donner dans ces pièges qu'on a tendus plus d'une fois aux antiquaires. Que diront donc à présent ceux qui soutiennent que les esprits et les accents grecs ne datent que du septième siècle? Peut-être ne changeront-ils pas de sentiment; mais qu'auront -ils à opposer au témoignage de nos savants , et à celui du monument même , s'il existe encore? Iscrizione , la di cui antichità è incontras tahile.
La sixième muse n'a point d'instrument , ni aucun autre attribut qui la distingue : elle porte seulement l'index de la main droite à sa bouche , pour indiquer le silence; et l'inscription annonce que c'est Poljmnie, qui préside aux Fables. Plutarque témoigne que Numa avait recommandé aux Romains d'avoir une vénération pai-ticulière pour une muse nommée Tacita, ou Silencieuse. On sait d'ailleurs que Polymnie présidait à l'art des pantomimes, ou à la Chironomie, qui consistait à tout exprimer avec les gestes. Ansone :
Sifinnt c.uucta manu, Inquitnr Polyhyinnia gestu.
La danse pantomime était très-estimée des anciens :
une ancienne épigrnmmc parle d'un homme célèbre
u'herculanum. s4^
en ce genre, chez qui, par un art merveilleux, toutes les parties tlu corps étaient autant de langues :
Tôt linguce quot inernbra viro : mirabilis est ars Quœ facit articulas , voce silente, loqui.
Les anciens, dit Cassiodore (i), donnèrent le nom de muette à cette partie de la musique, qui, sans le secours des sons articulés, exprimait avec le geste seul des choses que la langue et l'écriture auraient à peine pu rendre, Hanc partem musicœ disciplinœ mutam nominavere majores : scilicet quœ ore clauso , m,anibus loquitur , et quibusdani gesliculationibus facit intelligi, quod vix^ iiarranlc linguâ^ aut scripturœ textu possit agnosci. Il ajoute; que Polymnie est la muse à laquelle l'invention de cet art est attribuée. Mais pourquoi l'inscription donne -t -elle les fables à cette muse? C'est que Xancieujie histoire et les métamorphoses fabuleuses étaient le sujet principal sur lequel s'exerçaient les pantomimes, comme nous l'apprend Lucien {^de Sait.). Saint-Cyprien dit (2) que l'art du pantomime consiste à exprimer par ses gestes et par sa danse les obscénités de l'ancienne mythologie : oui ars sitverba manibus expedire, ut desaltentur fabulosœ antiquitatis libidines. D'ailleurs le mot grec, comme le latin /àbula, signifie généralement tout récit, vrai ou faux.
(1) Var. 1 , ep. 10.
('2) Epist. 103.
Si'4^ LES ANTIQUITÉS
La septième muse n'a point d'inscription : assise sur un siège à dossier formé en demi-cercle, elle tient de la main gauche un globe , et de la droite une baguette avec laquelle elle indique les objets tracés sur le globe; ce qui la fait prendre pour Uranie, la muse de \ Astronomie. Cependant, comme le globe ne paraît point étoile, la peinture ayant ici un peu souffert, quelques-uns l'ont pris pour un globe terrestre , la plupart des anciens ayant reconnu que la figure de la terre dtait sphérique.
L'inscription de la huitième muse indique Calliope, comme présidant à \'à Poésie. Sa tète paraît couronnée de lierre, et elle tient un volume dans ses mains. C'est la poésie héroïque qu'il faut ici entendre ; car on sait que les poètes épiques avaient coutume d'invoquer Calliope, qu'on regardait comme la nourrice d'Homère.
Carmina Calliope lihris heroica mandat.
ÀtSOXE , I , 20.
Euterpe est une des muses qui n'est point représentée dans ce volume des peintures d'Herculaiium ; mais on sait que les anciens ont beaucoup varié sur le nombre des muses, puisque quelquesuns n'en ont reconnu que deux , tandis que d'autres en ont admis trois , quatre , cinq , six , sept , et la jîlupart neuf.
Il est si difficile de déterminer les sujets des deux planches suivantes , qu'on ne doit pas être surpris si à leur égard nos savants ne présentent que des doutes et des conjectures. Ils sont moins
d'iIEKCLI LAIS 1131. '>-.l\']
ambarrassés sur la douzième, qui serait, à leur avis, une des meilleures du cabinet royal, si la délicatesse du pinceau répondait à la force de l'expression, et aux grâces de la composition ; ce qui leur fait penser que c'est une copie d'un excellent original. Elle représente l'éducation de Bacchus. Silène assis tient et soulève Bacchus tourné vers trois nymphes, qu'on prend pour ses trois nourrices , dont l'une lui présente une grappe de raisin , tandis que les deux autres , debout derrière un arbre, ont les yeux fixés sur le petit dieu. Nous avons observé que, dans son catalogue, M. Bayardi ne prend pas ces deux dernières figures pour deux nymphes; il en est une qui a paru à ses yeux être un homme : l'ignorance du peintre est apparemment la cause de ces variétés. Aux pieds de Silène est couché un âne ayant au cou une couronne de fleurs , et sur le dos un bât ou une selle assez semblable aux nôtres: nos savants ont même cru apercevoir qu'il était ferré. Mercure , avec ses attributs ordinaires, assis sur un tonneau, tient et pince de la main gauche une lyre, et a dans sa droite le plectrum dont il ne fait point usage. Un satyre paraît à ses pieds, prêt à lui ôter ses talonnières, et plus bas une panthère lèche un tympanum , garni de grelots, qui ressemble à notre tambour de basque. On imagine bien que le nombre et les noms des nourrices de Bacchus , Silène et son âne , le bât et les autres objets de la peinture, ont engagé les académiciens d'Herculanum dans de savantes dis-
cussions.
La treizième planche représente la lutte de Pan et de l'Amour aîlé. Silène , tenant de la main gauche une palme, porte la droite sur les cornes du petit satyre. Bacchus assis , et tenant de la main gauche un long thyrse , regarde les combattants. Plus haut paraît une femme assise, que les uns prennent pour une nourrice de Bacchus , d'autres pour Ariane , ou pour Semèlé, ou pour Vénus, ou pour Cérès. M. Bayardi,dans son catalogue, prend l'enfant aîlé pour Bacchus, et avertit que dans cette peinture la tête de l'homme au long thyrse avait disparu , la di eut testa è perduta. Nos savants ne nous apprennent point comment elle a été retrouvée. Ils se contentent de dire qu'elle est couronnée de pampres et de raisins.
Ariane abandonnée dans l'île de Naxos par Thésée, dont on voit le navire, gagnant le large, déjà loin du rivage, est le sujet traité dans les deux planches suivantes. Dans la seizième, la même Ariane est représentée endormie ; un satyre la découvre en partie, tandis que Bacchus, conduit par l'Amour, et s'appuyant d'une main sur l'épaule de Silène , paraît épris de ses charmes. Ce dieu est suivi dans le lointain d'une troupe d'hommes et de bacchantes, où l'on remarque la double flûte , et la corbeille mystique.
La dix- septième planche, dont les académiciens d'ilerculanum font grand cas ( i ) , représente Apol-
(x) Ils renvoient ici au n°. ^ï^'i du catalogue, c'est le -s^'i; i! y a t|uel(jues autres fautes ])aieilles, connue pages icii, l'^o,
d'herculanum. 2^9
Ion appuyé sur une espèce de pilastre , en lace d'une femme assise , qui , tenant une branche de laurier, a la tète basse, comme par un sentiment de honte ou de tristesse. La figure néanmoins d'Apollon est telle qu'on peut la prendre pour celle de Paris, ou de Diane, ou de Minerve, ou même de Vénus; et souvent on a cru voir dans les anciens monuments ce dieu sous une forme féminine. Quant à la femme assise, qui a une petite chaîne d'or à son cou, on ne sait quel nom lui donner. On a pensé à Hélène, à Iphigénie, à Cassandre, etc., sans pouvoir se décider.
La célèbre dispute d'Apollon et de Marsyas , ce téméraire silène , ou satyre ( car on varie sut ce point), qui osa défier avec sa flûte le dieu de la lyre, est le sujet de la planche dix-neuf. Apollon, assis et couronné , tient de la main gauche une lyre à quatre cordes, et le plectrum de la droite. Près de lui une muse , tenant une guirlande do fleurs, semble vouloir en couronner l'instrument victorieux. Aux pieds d'Apollon paraît à genoux Olympe , qui intercède pour son malheureux maître. Marsyas, dépouillé et les mains liées derrière le dos, est attaché à un tronc d'arbre ; et un homme , un couteau à la main , parait attendre les ordres qu'on va lui donner d'écorcher vif l'infortuné silène, près duquel on voit la double flûte étendue par terre. A ce propos les savants d'Herculanum rapportent ropinion de ceux qui altribuent à Marsyas Turigine de l'art d'enfler deux flûtes à la fois, quoique d'autres en fassent honneur à Jagnis, son père. On
25o LES ANTIQUITÉS
voit au bout inférieur de chaque flûte une espèce de cheville, qui servait sans doute, dans ces temps grossiers, à varier les tons, les flûtes n'ayant alors point de trous sur les côtés.
Le même instrument paraît aussi dans les deux planches suivantes, dont la première représente un chœur de bacchantes, et l'autre une pompe de Bacchus : M. Bayardi avait aussi cru l'apercevoir dans la main gauche d'une figure de la planche trenteun ; mais ce sont deux fleurs , suivant l'exposé des académiciens d'Herculanum.
Les planches vingt-deux et vingt-trois ont rapport à quelques cérémonies des mystères de Bacchus,mais il est difficile d'en déterminer l'objet: aussi ne nous donne-t-on à cet égard que des conjectures: on peut en dire autant de la vingt-quatrième , qu'on croit regarder le plus fameux , comme le plus caché, des mystères de Bacchus, de ce Bacchus sur-tout qui portait le nom de Bassareus ou Sabazius. On n'est pas plus éclairé sur les deux planches suivantes ; ce qui n'empêche pas les académiciens d'Herculanum de dédommager leurs lecteurs par des notes pleines d'érudition. Il est encore question de Bacchus dans ki planche vingtsept; mais c'est presque tout ce qu'on en peut dire. Le principal morceau de la suivante offre la plupart des symboles et des choses propres aux cérémonies du culte de Bacchus, une panthère, un serpent, des cymbales, une branche de laurier, la corbeille, ou le van mystique, le tynipanum, le thyrse et diverses .sortes de vases.
d'hEUCULAjVUM. 231
On regarde comme ministres de Bacchus, deux femmes que présente la planche vingt-neuvième. L'une porte d'une main le tympanum , et de l'autre mie petite corbeille pleine de verdure. On rappelle à ce sujet les fêtes appelées Thalysies, dans lesquelles on offrait à Cérès et à Bacchus les prémices des champs, présent qui s'offrait aussi à d'autres divinités. La seconde femme porte une patère d'une main, et de l'autre un rameau ou une tige qui a la figure d'une massue formée de feuilles et de fleurs; ce qui l'a fait prendre par quelques-uns pour une fende.
La planche trente offre deux morceaux, ou deux figures, l'une d'une femme, l'autre d'un homme. Ce que la première tient de la main droite a été pris par quelques-uns pour un thyrse ou un bâ- Jon , au haut duquel on portait de la flamme pour éclairer les fêtes nocturnes de Bacchus, tandis que d'autres l'ont regardé comme une trompette. Sur l'épaule gauche, elle porte, suivant M. Bayardi , une colonne ; mais on remarque ici que c'est un instrument creux qu'on croit pouvoir être aussi une trompette. Rien de plus varié que la forme de cet instrument dans les monuments anciens. Le pavillon de cette trompette est surmonté d'un aigle; autre circonstance qui a fait naître différents avis, dont le meilleur pourrait être celui qui ne trouve en cela qu'un caprice de peintre. L'homme a la poitrine découverte , de la barbe au menton : il est couronné de lierre, assis et revêtu du pailium; ce qui a fait croire à quelques-uns que c'était un
poète grec , peut-être Homère ; d'autres ont mieux aimé le prendre pour un philosophe , et les avis différents ont été attaqués et soutenus avec un égal avantage. Quoique les savants d'Herculanum aient prodigué dans leurs remarques une vaste et curieuse érudition , bien des gens les en auraient dispensés , vu l'incertitude qui en résulte , et auraient désiré plus d'étoffe avec moins de broderie. Mais il faut se ressouvenir qu'ils écrivent même pour l'utilité de ces lecteurs qui n'ont ni le pouvoir ni la volonté de consulter les ouvrages qu'on cite, et qu'en indiquant les routes qu'ils ont imaginées pour se conduire dans cette ténébreuse carrière, ils ont voulu mettre les autres à portée d'en découvrir peut-être de plus siires.
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