‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy (volume 2)Chapitre 13 sur 115 · XL ÉLOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XL ÉLOGE HISTORIQUE

En conséquence, il fit imprimer deux fragments assez longs du Voyage du jeune AnacharsiSy le premier sur la musique , et le second concernant les fêtes de Délos. Malgré le succès qu'eurent l'un et l'autre, il ne se serait pas déterminé à mettre au jour l'ouvrage tout entier, sans la mort du duc de Choiseul. Dans une pareille crise, le cœur avait besoin du secours de l'esprit, c'est-à-dire d'une forte distraction ; et rien n'était plus capable de produire un effet si salutaire que cette publication. Au reste, dans le Fojage d' Anacharsis^ le sensible Barthélémy s'était ménagé la consolation de faire revivre son bienfaiteur, sous le nom d'Aisame, et d'y parler de l'épouse qui n'a cessé de le pleurer, sous celui de Phédime. Il revient plus d'une fois à cet homme célèbre ^ , en fait un éloge très - brillant et y rappelle les principaux événements de son ministère, au moyen de l'allégorie. Barthélémy avotie même que ces noms d'Arsame et de Phédime ont été fréquemment sur le point de se mêler à ces récits; il finit par y témoigner le désir qu'après sa mort, sur la pierre qui couvrira sa cendre, on grave profondément ces mots ; Il obtint les bontés d'Arsame et de Phédime. Sans doute qu'on pardonnera à la reconnaissance de mettre ce langage dans la bouche d'un philosophe scythe.

La résolution étant prise, Barthélémy travailla d'abord à revoir son manuscrit. Il s'aperçut de plusieurs lacunes , qu'il remplit sans efforts ; et les nouveaux articles, tels que ceux de Pindare, d'Aristippe, etc., ne

(i) Chap. 6i , t. V; chap. 81 , t. VI, etc.

DE BARTHELEMY. XLT

portent certainement pas l'empreinte de la main d'un septuagénaire^ Non-seulement il y fît des corrections et des additions essentielles ? mais encore il eut le courage d'y faire de grands retranchements : espèce de sacrifice qui coûte tant à la jeunesse, et que la vieillesse se permet rarement. Triomphant des années et des infirmités, il oubliait encore la perte d'un œil. Mais son amour-propre, aussi actif qu'éclairé, avait des inquiétudes fâcheuses. A peine le premier volume eut été imprimé, qu'il fut tenté de le supprimer. Il fallut lui arracher, en quelque sorte, tous les autres: parfois il ne couchait pas dans sa maison , et allait se cacher dans celle de ses amis pour éviter de fournir de la copie aux ouvriers. Enfin, au bout de trois ans, il vit terminer, presque malgré lui , une impression qu'on aurait pu terminer en peu de mois. Alors sa crainte redoubla ; et il disait à ses amis que la chute de sa triste compilation, c'est ainsi qu'il appelait son ouvrage, ne lui serait pas supportable, et qu'il la préviendrait en allant s'ensevelir au fond de sa province.

Les éloges du public vinrent bientôt mettre un terme à ces angoisses, ou du moins à ces vives agitations de l'amour-propre , d'ailleurs justement alarmé des circonstances. Tous les esprits étaient alors préoccupés et peu disposés à s'éclairer : on ne voulait plus lire que pour se confirmer dans son opinion; l'histoire était devenue une espèce d'arsenal oii chacun allait chercher des armes pernicieuses ou destructives : les hommes les plus civilisés ressemblaient à ces barbares qui trein-

(i) Celui d'Avistippe a été fait en 1784-

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