XLIV ÉLOGE HISTORIQUE
par les Lacédémoniens% qui précéda immédiatement son arrivée. Cette introduction, qui lie le siècle de Périclès à celui d'Alexandre , est un abrégé historique d'un nouveau genre: elle offre un tableau fidèle, toujours animé, souvent brillant, quelquefois magnifique, digne du Titien et du Corrège. Sans être sublime comme. Bossuet, et sans avoir d'aussi importants résultats , Barthélémy ne manque jamais d'élévation et donne à son sujet tout l'intérêt dont il est susceptible, soit par la manière de le présenter, soit par les réflexions qu'il en tire. Le portrait qu'il y fait d'Homère, quoique dicté par l'enthousiasme, aura toujours l'approbation des hommes qui voudront juger ce grand poète, non par une froide discussion, mais par sentiment et d'après les règles immuables de la nature. Que de chaleur ne met pas Barthélémy dans sa narration en parlant de la guerre des Perses, et en décrivant les célèbres journées de Marathon, des Thermopyles, de Salamine et de Platée. Cent fois on a lu la plupart de ces détails, et on les relit encore avec le plaisir de la nouveauté et de la surprise: ils deviennent clairs et intelligibles sous la plume de notre auteur. Si, en racontant le combat naval de Salamine, il n'a pas l'énergie pittoresque d'iEschyle', du moins a-t-il une partie de l'élocution enchanteresse d'Hérodote.
Le jeune Anacharsis traverse le Pont-Euxin et la Propontide, relâche aux îles de l'Archipel, arrive en
(i) La première année de la quatre-vingt-quatorzième olympiade , [\Ol\ ans avant J. C. (2) In Pers. , v. 272-430.
DE BARTHÉLÉMY. ttV
Béotie, passe à Thèbes, et se rend à Athènes, ville dont il fait son séjour ordinaire. 11 entreprend différents voyages dans les autres pays de la Grèce. Partout il observe les mœurs et les usages , converse avec les hommes célèbres , assiste aux jeux publics et à toutes les fêtes religieuses, s'instruit de la forme et de la nature des gouvernements, consacre ses loisirs à l'étude de l'esprit humain, et en suit les progrès, soit à l'école des philosophes, soit dans les bibliothèques, soit aux représentations théâtrales. Ainsi cet ouvrage nous présente, sous une forme dramatique et pittoresque, l'histoire religieuse, civile, littéraire et philosophique de la nation la plus éclairée de l'antiquité. Anacharsis part ensuite pour l'Egypte et la Perse; et pendant son voyage, on lui écrit, de même qu'à Philotas son ami, des lettres sur les affaires générales de la Grèce. C'est un nouveau moyen d'éviter la monotonie, et jamais on ne fit plus d'efforts pour exciter la curiosité, réveiller l'attention, la soutenir, et réconcilier en quelque sorte l'érudition avec ceux que le belesprit et le phiiosophisme en avaient îiliénés.
Non content de plaire aux personnes du monde, Barthélémy voulut aussi mériter le suffrage des gens de lettres. C'est à quoi il réussit par la manière savante et lumineuse avec laquelle il discute et approfondit différents objets d'érudition; et quelquefois l'homme le plus instruit y apprend ce qu'il croyait déjà savoir. Malgré cela, on ne rencontre nulle part des épines ; l'auteur cueille par-tout des fleiu^s , et ne les fane jamais. Nourri de la lecture d'Homère, il imite