‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy (volume 2)Chapitre 27 sur 115 · DE BARTHÉLÉMY. LXI · texte numérisé non relu

DE BARTHÉLÉMY. LXI

villes et des rois, les comparer, soit entre elles, soit avec les autres moniimenls de l'antiquité; saisir, combiner mille rapports, souvent légers et presque imperceptibles; remonter à l'origine de la gravure des médailles, et, malgré le silence des historiens, suivre cet art dans ses opérations, dans ses progrès et dans les révolutions qu'il a éprouvées en différents pays ; se faire pour chacun de ces pays des systèmes particuliers qui se rapportassent tous à un plus grand, et qui fût luimême concilié avec l'histoire des arts en général, et avec celle du commerce, qui influe toujours sur le nombre, le poids et la valeur des espèces^ Aucun homme de lettres n'avait eu autant de ressources que Barthélémy pour réussir dans une entreprise de cette nature. Il s'était ouvert lui-même la carrière, en avait mesuré^bute l'étendue, et était presque assuré d'y être couronné par des juges non moins instruits qu'équitables. Il aurait donc dû la parcourir depuis longtemps avec confiance. S'il n'eût même achevé dans sa vie que ce seul ouvrage, sans doute que sa gloire aurait été moins brillante; mais peut-être aurait-elle gagné du côté de la solidité. Il ne se dissimulait pas quelquefois l'espèce de reproche que ses plus sincères admirateurs ne craignaient pas de lui faire là-dessus*. Cependant leur sentiment n'entra pour rien dans les motifs qui l'engagèrent à reprendre ses premiers travaux sur les anciennes médailles. Fatigué par les an-

(i) Acad. deslnscript. , t. XXIV, p. 3i.

(2) Vid. Eckhcl Doctrin. numer. vcter. proleg. cap. 20, t. I, jHig. i32, et alibi.

Lxn ÉLOGE HISTORIQUE

nées, il désirait moins de s'élancer de nouveau dans la lice que d'en sortir tout-<à-fait. Il cherchait seulement à se faire des illusions. « C'en est une pour moi de « continuer ma paléographie, m'écrivait -il; c'est une « diversion pour mes infirmités et pour mes peines. . . « la seule que je regretterai en mourant, c'est de ne « pas terminer mes travaux sur les médailles ; car la « carrière est immense, et bien peu de gens auraient (c la patience de m'y suivre. Néanmoins je continue, « ayant besoin de remplir les longues et éternelles « heures de la journée. Autrefois elle me paraissaient « courtes, avec de la jeunesse et de la santé; mainte- « nant elles ont le poids d'une journée ou même d'un « siècle', etc. » La partie de la Grande-Grèce et de la Sicile a été achevée, ainsi que les deux ou trois autres chapitres concernant la Grèce proprement ^e. Les matériaux de tout le reste étaient rassemblés, et près d être mis en œuvre. Peut-être que cet important ouvrage eût été plus avancé sans le dessein qu'il conçut de donner une nouvelle édition du Voyage d'Anacharsis, et un recueil de ses différents mémoires, lus à l'Académie, avec des additions.

Mais ridée de ces projets était souvent troublée par les réflexicns que Barthélémy faisait sur l'état déplorable des lettres. Il s'apercevait depuis long- temps de leur décadence en France, et présageait que leur chute totale était prochaine et inévitable. On lui avait du en grande partie la création d'un seconde classe d'associés libres, à l'académie des Belles-Lettres, et un

(i) Lettio du 26 prairial, an II.

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